lundi 7 février 2011

Avion, justice et succession : l'impunité de Nicolas Sarkozy

Depuis jeudi, Nicolas Sarkozy fait mine d'ignorer la polémique créé par ses propos accusateurs et sans preuves contre magistrats et policiers dans l'affaire Laëtitia. Il part ce lundi à Varsovie, en Pologne. On imagine qu'une flottille aérienne le suivra, comme pour aller à Bruxelles vendredi dernier. En France, son camp se déchire dans les Hauts-de-Seine, affecté par les ambitions du Prince Jean. Et sa ministre des Affaires Etrangères s'enfonce chaque jour un peu plus dans des polémiques sur des relations tunisiennes.

Petits luxes compromettants...
Michèle Alliot-Marie a utilisé un second jet privé lors de son périple tunisien à Noël. La ministre a confirmé et s'est défendue, à nouveau : « cette nouvelle polémique est totalement artificielle. J’ai dit dès mercredi dernier que avec monsieur Miled, j’avais à la fois rejoint Tunis à Tabarka et fait des excursions... je suis allée au port de Tabarka, dans un site archéologique et avec des amis nous sommes allés dans le désert... Quand je suis allée en Tunisie entre le 26 décembre et le 1er janvier il y avait des mouvements sociaux limités à deux provinces...au moment où j’y étais il n’y avait pas d’émeutes généralisées...» Sa défense est de moins en moins crédible. La ministre, comme son ancien collègue Eric Woerth, a une riposte bien maladroite, alternant démentis en bloc et aveux parcellaires. La première fois, elle expliquait que (1) son ami Aziz Miled, chef d'entreprise tunisien l'attendait par hasard à l'aéroport de Tunis, (2) que ce dernier n'est pas un proche du clan Trabelsi/Ben Ali, et (3) que les émeutes qui débouchèrent sur le renversement de Ben Ali n'avaient pas démarré.

Quelques jours plus tard, elle du reconnaître que la révolte tunisienne était si grave au point de voyager en avion pour l'éviter, sans apporter par ailleurs aucune explication sur la mise à disposition d'un jet privé pendant l'intégralité de son séjour. Quand à Aziz Miled, ses relations décennales avec le pouvoir Ben Ali ont également été détaillés dans la presse. Mediapart relève ainsi qu' « Aziz Miled peut en effet s'enorgueillir d'être l'un des rares entrepreneurs tunisiens à avoir été en affaires, dans la finance, le tourisme ou l'aviation, avec à peu près toutes les composantes de ce qu'il était convenu d'appeler le «clan Ben Ali». Que ce soit les familles Materi, Trabelsi, Chiboub ou Mabrouk. »

Nicolas Sarkozy apprécie tout autant les déplacements en avion que sa ministre. Pour se rendre à Bruxelles et assister à un sommet européen, à 300 kilomètres de Paris, il a utilisé deux avions : son gros Air Bus A330-223, acquis et rénové pour 176 millions d'euros, si gros qu'il est stocké à Evreux ; et un un second appareil, « un luxueux avion d’affaires » Falcon 7X au rayon d’action de 11.000 km. Lundi 7 février, le monarque est parti à Varsovie pour un sommet du Triangle de Weimar (Pologne - Allemagne - France), une rencontre initiée en 1991.

En avril dernier, Nicolas Sarkozy avait séché les funérailles nationales du président polonais, décédé dans un accident d'avion. Son Air Sarko One n'était pas prêt.

Justice enflammée
Les magistrats entament cette semaine leur mouvement national contre les provocations verbales de Nicolas Sarkozy, jeudi dernier à Orléans. La révolte est « inédite », note le Figaro. A droite, les réactions sont restées rares. Le Monarque paraît bien isolé. Dimanche sur Canal+, Patrick Devedjian, en disgrâce présidentielle depuis qu'il contrarie les ambitions népotiques du fils Jean dans les Hauts-de-Seine, a déclaré que la justice est à bout de souffle.

Quel constat d'échec ! Le député Eric Ciotti, qui s'est vu confier une mission sur l'application des peines par Nicolas Sarkozy lui-même, a semblé battre en retraite dans une interview au Figaro : « Le président de la République a eu raison d'indiquer que les dysfonctionnements qui a priori ont été relevés doivent être sanctionnés » mais, ajoute-t-il « les inspections (...) diront » s'il y a eu des fautes. Jeudi dernier, Sarkozy était moins prudent et plus catégorique. Sans attendre le résultat de ces fameuses inspections, il a lâché : « il y a eu un certain nombre de dysfonctionnements graves. (...) Ces dysfonctionnements, j'ai demandé aux deux ministres, Michel Mercier et Brice Hortefeux, de les sanctionner. ».

Ciotti a suggéré qu'il « faudrait bâtir un plan Marshall pour la justice et la police, qui doivent être traitées globalement », reconnaissant qu'au « regard d'autres démocraties voisines, comme l'Allemagne, la justice française n'est pas à la hauteur.» En 2011, le budget de la Justice augmente de 4%, pour dépasser les 7 milliards d'euros. Mais ces augmentations ne suffisent pas à rattraper le retard français sur ses voisins européens : en 2008, la France était classée 35ème sur 42 pays européens par le Conseil de l'Europe. En 2011, la justice a gagné 80 millions d'euros supplémentaires, soit à peine la moitié du coût d'investissement et d'aménagement du superbe avion présidentiel.

Guerre de succession dans les Hauts-de-Seine
Les élections cantonales approchent. La semaine dernière, dans l'indifférence générale, Jean-François Copé a lancé la campagne de l'UMP. Dans le fief de Nicolas Sarkozy, les Hauts-de-Seine, la bataille fait rage. On se souvient de l'affaire de l'EPAD, quand Sarkozy père avait voulu imposé son rejeton Jean, toujours étudiant, à la tête de l'Etablissement Public d'Aménagement de la Défense, le plus riche quartier d'affaires de France. Devedjian avait ensuite refusé de céder sa place de président du conseil général au fiston Sarkozy. Crime de lèse-majesté !

La riposte s'est organisée en 4 temps, avec une hypocrisie et un cynisme politiques rares : (1) le couple Balkany, grands amis du Monarque - ils faisaient partie des rares invités à souffler les 56 bougies de Sarkozy à l'Elysée le 28 janvier dernier - attaquent Devedjian dans la presse; (2) des conseillers élyséens appellent un à un les électeurs de l'UMP locale pour dégager Devedjian de la présidence de la fédération départementale en novembre dernier; (3) Isabelle Balkany se présente contre Devedjian à la présidence du département ; (4) Jean Sarkozy la remplace.

Le Monde a d'ailleurs publié une lettre de 6 pages du Prince Jean, adressée le 31 janvier, à tous les conseillers généraux et maires de droite du département, où il décrit ses ambitions et priorités pour les Hauts-de-Seine : il propose « la stabilité fiscale pour les trois ans qui viennent », de « bâtir une véritable politique de l’adolescence », « d’aider au rapprochement des générations en aidant les familles », de régler « la question essentielle des modes de garde de la petite enfance », de « contribuer à l’emploi des parents », en généralisant les « espaces insertion » dans l’ensemble du département, et, pour accompagner le discours de Papa Nicolas, d'« assumer nos compétences en matière de prise en charge de la dépendance », et, enfin, d'« inverser la tendance » des difficultés croissantes d'accès au logement.

Avion, luxe et succession, Nicolas Sarkozy ne change pas.

Souvenez-vous en !



dimanche 6 février 2011

Délinquance : tous contre Sarkozy ?

Jeudi 3 février, Nicolas Sarkozy était à Orléans, pour un nouveau déplacement de campagne sur le thème de la sécurité. Il devait surtout discuter de la prévention de la délinquance. Mais devant quelques gendarmes et policiers, il se lâcha. Pour justifier la réduction des effectifs, y compris de police et gendarmerie, il soutient que la modernisation des moyens prime désormais sur les effectifs dans la lutte contre contre la délinquance. Il prit l'exemple des enquêtes sur les viols, en pleine affaire Laëtitia, et les progrès de la police scientifique. Puis il glissa, de façon préméditée, sur les « dysfonctionnements » de la justice...

Débauche de moyens
A Orléans, terre centriste, Sarkozy voulait adoucir son discours. « La répression et la prévention sont les deux volets complémentaires d'une même politique. Il n'existe pas de cloison entre les deux. Je réfute toute approche idéologique tendant à privilégier la prévention sur la répression ou l'inverse. » On est loin du « vous n'êtes pas des assistantes sociales » jeté à la figure de quelques policiers toulousains au printemps 2003. Pour 2012, Sarkozy se veut p-r-o-t-e-c-t-e-u-r.

Ce 3 février, il a donc visité un Centre Communal d'Action Sociale (CCAS), le centre de ressources Illettrisme et Analphabétisme, et même la Maison de la Justice et du Droit (MJD). Jean-Marie Bockel, ex-socialiste et ex-secrétaire d'Etat à la Coopération puis à la Justice, dégagé du gouvernement en novembre dernier, était même du cortège officiel. On lui a confié une « mission sur la prévention de la délinquance » en janvier dernier. Six mois sans rapport à produire pour « aider sur le terrain », un vrai remerciement politicien dans la perspective de 2012. Un immense décor avait été dressé pour l'heure et demi de « débat ». Combien a donc coûté cette visite ? Il fallait voir la table ronde, encadrée d'une armature métallique digne d'un plateau de télévision, avec projecteurs et caméras. C'est un show presque télévisé, comme une répétition de la prochaine émission, le 10 février prochain, sur TF1.

Mais quelques minutes avant de rejoindre sa table ronde, le candidat visitait la Direction Départementale de la Sécurité Publique (DDSP). Un micro en main, il se fit filmer debout au milieu de gendarmes et policiers. C'est bon pour l'image de proximité. « Je suis heureux d'être ici, une nouvelle fois, dans cet établissement que je connais bien.» Il multiplia les louanges sur la qualité du travail, salua l'engagement, insista sur le nécessaire respect du à leur fonction. « Croyez bien que je ne vous ai pas oublié, que vous avez droit à tout mon soutien.» ajouta-t-il un peu plus tard.

Fichiers contre police de terrain
Il enchaîna rapidement sur la rigueur. Les effectifs de policiers et gendarmes sont revenus à leur niveau d'il y a 10 ans. Pour économiser quelques millions d'euros, et rassurer les marchés, le « Super-Flic de France » a réduit les moyens de terrain. Et d'ailleurs, les statistiques de la délinquance violente restent mauvaises. L'enjeu, pour Sarkozy, est sérieux. Alors devant quelques policiers et gendarmes, il voulait faire un peu de pédagogie grossière.

« On va tout mettre en oeuvre pour améliorer vos conditions de travail, j'étais venu ici il y a quelques années et vraiment ce n'était pas la même chose. Mais par respect pour vous, je voudrais vous dire vraiment le fond de ma pensée. La meilleure façon d'aider la police et la gendarmerie à faire son travail c'est d'investir massivement dans les moyens techniques qui permettront d'avoir la police et la gendarmerie du 21ème siècle.


Pendant des années, dans la police comme dans la gendarmerie, on raisonnait exclusivement en termes d'effectifs. Les effectifs, c'est très important. Mais ce n'est pas tout. Et ce n'est d'ailleurs même plus l'essentiel. Avoir beaucoup d'effectif et peu d'équipements, ça ne permet pas une police efficace. »

La modernisation des forces de l'ordre reste une belle promesse. Les annonces de l'été dernier, en pleine séquence sécuritaire, ont fait sourire (200 dispositifs de lecture automatisée des plaques d’immatriculation (LAPI) à bord des véhicules de police et de gendarmerie ; 12 hélicoptères dotés de caméra thermique). La réorganisation des zones de compétences gendarmerie/police fait aussi grincer des dents. Ainsi à Libourne (20.000 habitants), 32 gendarmes vont remplacer ... 67 policiers.

Pour étayer son argument, Sarkozy puisa dans l'actualité récente, et, évidemment, le drame de Pornic : « Au moment où nous gérons les conséquences du drame épouvantable de la petite Laëtitia, je veux rappeler que tout ce qu'on a fait ensemble, notamment la création des fichiers, où on met sur le fichier l'ensemble des délinquants sexuels.» Il lança, sans preuve : « Jamais dans l'histoire de la République on a autant arrêté de coupables d'agressions sexuelles. Un violeur sur deux, maintenant, est retrouvé et puni.... Et ça, c'est pas les effectifs qui le font, c'est les fichiers, c'est la police scientifique.» On n'ose à peine lui rappeler les scandales pédophiles qui ont secoué l'Eglise où la police scientifique et les fichiers n'eurent aucun rôle.


Provocation préméditée ?
Cette introduction étant faite, Sarkozy put s'épancher plus longuement sur l'affaire Laëtitia. « Que je dise un mot du drame qu'a subi cette pauvre Laëtitia. J'ai vu sa famille adoptive. Et j'ai eu de nombreuses réunions de travail avec le ministre de l'intérieur et le garde des sceaux, je les remercie tous les deux, sur ce qui s'était passé pour Laëtitia. Je veux m'en expliquer avec vous. Il y a toujours eu, et il y aura toujours, des détraqués, dont le comportement est monstrueux. Et notre devoir, c'est de protéger la société de ces monstres. Je dis monstre parlant du cas de Laëtitia, parce que je crois qu'il y a un moment où il faut savoir employer les mots qui correspondent aux situations et ne pas se voiler la réalité. »

La société fabrique-t-elle des monstres ? Vaste question dont on connaît la réponse sarkozyenne. Le Monarque croit à l'inné, plus qu'à l'acquis et aux facteurs sociaux. Ignorant les principes élémentaires de la justice, comme à son habitude, le candidat Sarkozy évoqua ensuite le « présumé coupable.» Sarkozy, pourtant président et donc premier garant de la Constitution, devrait s'abstenir de tels raccourcis. En France, un accusé est toujours présumé innocent.
« Dans cette affaire, ça serait trop dramatique de dire, c'est la fatalité. Je ne crois pas à la fatalité, c'est trop facile. (...) Le risque zéro n'existe pas, mais tout expliquer par la fatalité, c'est se réduire et se condamner à l'impuissance. Dans l'affaire de Laëtitia, je souhaite que nous allions jusqu'au bout. Le présumé coupable a été arrêté. Des charges très lourdes pèsent contre lui, très lourdes, très lourdes.
La justice aura l'occasion de dire ce qu'il en est. Mais, il y a eu un certain nombre de dysfonctionnements graves.... Il faut regarder les choses en face, c'est mon devoir. Ces dysfonctionnements, j'ai demandé aux deux ministres, Michel Mercier et Brice Hortefeux, de les sanctionner. Là aussi je veux m'en expliquer avec vous... Quelle crédibilité aurait mon soutien s'il n'avait pas comme contre-partie une exigence de vérité ? Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés. C'est la règle, nous sommes des responsables. »
Tollé général
Cette déclaration, murement réfléchie, a provoqué un tollé, murement espéré. Les magistrats de Nantes ont suspendu leur audiences dès jeudi. Le mouvement s'est amplifié vendredi. Sarkozy a l'habitude de ces confrontations. Depuis 2002, il s'est fait une spécialité d'inonder les magistrats de ses critiques.

Mais le plus grave, pour Nicolas Sarkozy, fut la réaction des policiers. Chez eux aussi, les propos présidentiels ont suscité « pas mal d'émoi », a confirmé le secrétaire général d'Unité Police SGP-FO, premier syndicat de gardiens de la paix, Nicolas Comte. Vendredi, le Syndicat national des officiers de police (Snop) réagissait également, en déclarant qu'il «ne peut admettre que des lampistes» servent «de boucs émissaires à ceux qui détiennent le pouvoir et refusent d’assumer les conséquences de son exercice lorsqu’elles ne sont pas à son avantage». Pire, un communiqué commun associant syndicats magistrats/police/personnel de justice a été publié le même jour :

« Les syndicats signataires dénoncent cette mode qui consiste à rechercher, à l’occasion d’évènements médiatisés, pour satisfaire l’opinion publique, la responsabilité des serviteurs de l’État qui accomplissent leur travail dans des conditions souvent difficiles.
Cette mise en accusation systématique a atteint son apogée avec l’affaire dramatique de PORNIC, les ministres de la JUSTICE et de l’INTÉRIEUR n’ont pas hésité à mettre en doute la compétence professionnelle des Magistrats, des Policiers, et des Personnels Pénitentiaires en cherchant à mettre en évidence des fautes personnelles alors que le dysfonctionnement de l’administration et ses carences évidentes trouvent leur source dans la mise en œuvre de la Révision Générale des Politiques Publiques. Une devise bien rôdée, «plus de charge, moins de moyens».
D’autre part, dans les propositions, la décision de créer un office opérationnel de suivi des délinquants sexuels et violents va à l'encontre de l’efficacité opérationnelle des services de la Police Nationale, de la gendarmerie et de la Justice qui sont confrontés au quotidien à la lutte contre les violences à caractère sexuel. Dans ce domaine particulièrement sensible, il n’est pas nécessaire de rajouter des strates, mais plutôt de mieux coordonner l’existant.
Les syndicats signataires refusent de se satisfaire des effets d’annonce et des bonnes intentions qui naissent souvent dans la précipitation et dans l’émoi évènementiel. Si cette mesure peut relever du bon sens, comme d’autres, la réalité du terrain est tout autre.
Les syndicats signataires mettent solennellement en garde les responsables politiques sur les dangers de cette pratique qui affaiblit l'autorité des institutions régaliennes et qui est source de désengagement des acteurs concernés. Il est urgent d’arrêter la dégradation de leurs conditions de travail. Il faut défendre sans concession le service public au service des citoyens.»
En quelques phrases bien senties, celui qui se croit toujours Premier Flic de France a été sévèrement recadré. Politiquement, l'affaire est grave. Le chef de l'Etat se trouve accusé par le corps judiciaire, policier et pénitentiaire (1) d'instrumentaliser un fait divers, (2) d'être incompétent, et (3) de se défausser sur des boucs-émissaires.

Qui dit mieux ?





samedi 5 février 2011

196ème semaine de Sarkofrance : Sarkozy, présumé coupable.

Il ne ménage pas ses efforts. Il sillonne la France. Il exhibe son épouse. Des centaines de déplacements de terrain sont prévus pour convaincre qu'il a changé, qu'il nous protège et ne fait que son devoir devant les dangers de la mondialisations. Jeudi prochain, il réédite son show de proximité sur TF1. Et pourtant, rien n'a changé. Ni sa cote de popularité, désastreuse, si ses convictions, si son tempérament. Il suffit d'un fait divers dramatique pour qu'il dérape. Un dérapage bien préparé. A-t-il perdu la main ? Il suffit d'une révolution arabe pour qu'il soit tétanisé. Après la révolution tunisienne, l'administration Sarkozy passe à côté de la révolte égyptienne. Sa ministre des affaires étrangères Alliot-Marie se noie dans des polémiques.

Agitation médiatique
Lundi, Sarkozy vient de rentrer d'un sommet africain à Addis Abeba en Ethiopie; il avait auparavant célébré rapidement ses 56 bougies, le 28 janvier dernier, avec quelques proches à l'Elysée. Minc, Bazire, Balkany, Hortefeux, Guéant, Barbelivien, Charon, Herzog, et Guaino ont pu gouter du buffet élyséen.

Pour cette semaine qui débute, l'agenda présidentiel est très chargé. Dès lundi, Sarkozy reçoit beaucoup : il félicite les handballeurs victorieux, il console la famille adoptive de Laetitia, il écoute Lionel Jospin pour le G20. Il s'occupe et occupe le terrain. Carla Bruni joue sa part, avec quelques confidences au Parisien : « Je ne me sens plus vraiment de gauche.»

François Léotard, son ancien collègue du gouvernement Balladur, se confie au juge Marc Trévidic dans l'affaire Karachi. Il se dit convaincu que l'attentat du 8 mai 2002 a pour cause l'arrêt du versement des commissions aux intermédiaires et la vente de sous-marins à l'Inde qui aurait fâché les Pakistanais. Sur d'éventuelles rétrocommissions pour financer la campagne Balladur, Léotard n'en sait rien. Il jure que son propre parti, à l'époque, n'en a jamais reçu. Et l'intermédiaire Ziad Takiédine, imposé à la dernière minute par les Balladuriens ? « On m'a dit que c'était important pour le contrat AgostaCe même lundi 31 janvier, la cour d'appel de Paris refuse d'élargir le volet financier de l'instruction aux faits de corruption.

Pédagogie de la rigueur
Le lendemain, le candidat file dans le Cher. Son déplacement passe inaperçu. Sarkozy fait la leçon de la rigueur aux maires et élus locaux : « on ne peut pas toujours dépenser plus. » C'est une question d'indépendance nationale ... envers les agences de notation, celles-là même qui dégradent la note de la Tunisie quand l'autocrate Ben Ali est renversé. Tout y passe. Les tribunaux ? « On ne va pas garder un tribunal avec son juge d'instruction tout seul dans son bureau et deux audiences la semaine.» Les hôpitaux ? « 69% des hôpitaux de France sont en déficit.» Les bureaux de postes ? « Le service public c'est la polyvalence..» Les gendarmeries ? « mieux vaut un gendarme en tournée qu'à attendre le chaland .» Sarkozy suggère même à l'un des maires présents de distribuer lui-même le courrier s'il trouve son acheminement trop long à cause des fermetures de bureaux de postes. Il ressort ses exemples caricaturaux sur la Fonction publique (« le postier avec sa casquette au liseré jaune ») ou les salariés qui ne voudraient pas évoluer dans la mondialisation.

Quand Sarkozy parle équilibre budgétaire, jamais il n'évoque la question fiscale. Il y aurait fort à dire sur l'ISF qu'il veut supprimer, le bouclier fiscal qu'il aimerait cacher, ou le faible taux d'imposition des plus riches. Mardi, son secrétaire de l'UMP avait lancé une nouvelle idée. Jean-François Copé est là pour « faire vivre le débat », c'est-à-dire dire tout haut ce que Sarkozy pense tout bas. Cette fois-ci, il suggère de relever la TVA pour y transférer le financement de l'assurance sociale. Ce retour de la TVA sociale ne plaît pas à certains ministres tels Lagarde ou Baroin.

Bizarrement, ni Copé, ni Sarkozy ne voulaient commenter cette semaine le regain de l'inflation ni la stagnation des salaires. Les péages des autoroutes comme les TGV ont annoncé une hausse tarifaire de 2,24% et 2,85%. Les premiers chiffres sur le pouvoir d'achat des Français en 2010 sont très mauvais : en 2010, les salaires de base n'ont progressé que de ... 0,3% en France, la plus faible hausse depuis 2000.

Il y a deux semaines, Sarkozy exposait longuement sa feuille de route pour les prochains G20 et G8. Il y a 8 jours, c'était il y a une éternité. Vendredi, le sommet européen auquel il assistait à Bruxelles fut un échec. Les Etats n'ont pu se mettre d'accord sur les conditions de prolongation de la « Facilité européenne de stabilité financière ». Le candidat Sarkozy s'est collé à Angela Merkel. L'Allemagne est un modèle qu'il faut suivre. La chancelière a proposé un « pacte de compétitivité » pour les 17 économies de la zone euro, basé sur les critères de « l’État le meilleur », c'est-à-dire de l'Allemagne.  Quel programme ! Les « points très concrets » à mettre en œuvre dans chaque Etat-membre sont édifiants : fin de toute indexation des salaires sur l’inflation, relèvement de l’âge de la retraite sur le vieillissement, limitation constitutionnelle de l’endettement, création d'une assiette commune des impôts sur les bénéfices des sociétés. Le président polonais s'est senti insulté. Belgique, Luxembourg, Autriche, Espagne ont fait savoir qu'ils ne suivraient pas les exigences allemandes. Sarkozy suit et applaudit. A-t-il le choix ?

Boomerang sécuritaire
Le candidat Sarkozy, si soucieux de son image sérieuse et rassembleuse, avait déjà dérapé sur le drame de Pornic la semaine dernière. En réclamant un loi d'urgence contre la récidive sexuelle, il avait tenté d'instrumentaliser l'affaire alors que son propre bilan contre la délinquance est critiqué de toutes parts. Devant la résistance de son propre camp, il avait du renoncer. Lundi 31 janvier, les ministres de l'intérieur et de la justice lui ont remis leurs conclusions, et leurs recommandations : des dysfonctionnements dans la chaîne pénale auraient permis de laisser le suspect Tony Meilhon sans surveillance. Les remèdes proposés sont intentionnels ou inefficaces : on promet d'augmenter les capacités d'accueil du centre national d'évaluation des condamnés, mais on veut créer des strates administratives supplémentaires (nouvel « office central de suivi des délinquants sexuels et violents », « cellule de synthèse et de recoupement »); on va même mobiliser des retraités pour renforcer le suivi des récidivistes.

Mardi, le corps découpé de Laëtitia est retrouvé près de Saint-Nazaire. L'émotion est forte. Jeudi, le candidat Sarkozy est en campagne, à Orléans. Le déplacement devait être calme, le sujet était rassembleur (la prévention de la délinquance), avec une table ronde soigneusement décorée comme un plateau de télévision. Mais, avant ce débat, les vieux démons de Nicolas Sarkozy ont pris le dessus. Devant quelques gendarmes et policiers réunis pour 15 minutes d'échanges avec lui, Sarkozy commet une vraie faute politique, une bourde savamment préméditée. Passés les compliments d'usage et les messages de soutien, il justifie d'abord les réductions des effectifs de police et de gendarmerie. Plutôt que d'« avoir beaucoup d'effectif et peu d'équipements», il préfère « investir massivement dans les moyens techniques. » Plutôt que la police de terrain, les fichiers et les caméras ! On connaît le refrain, mal compris, y compris à droite. Lundi, il avait dû céder devant une épidémie de grève chez les CRS contre des fermetures de casernes. Mais ce jeudi-là, il voulait montrer qu'il tient la barre. Il glisse sur l'affaire Laëtitia, micro en main, le sourire crispé. On sent l'effort de maîtrise, les mots soigneusement choisis :  « Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés.»

Le tollé était inévitable. En quelques heures, Sarkozy parvient à liguer contre lui magistrats, policiers et personnels pénitentiaires.  On applaudit ! La campagne de 2012 démarre très mal. Le candidat auto-proclamé de la droite s'est planté. Les magistrats annoncent une grève des audiences pour une semaine. Les syndicats de policiers dénoncent l'injustice des accusations, l'inefficacité des mesures proposées, et surtout l'instrumentalisation politicienne du drame de Pornic. Les services sont surchargés. Des courriers officiels révèlent que la Chancellerie était au courant depuis deux ans au moins des dysfonctionnements en Loire-Atlantique. Va-t-on virer Hortefeux ou Fillon ?

Sarkozy a-t-il perdu la main ? Il est pris au piège de son jeu et de son bilan : depuis 2002, le nombre de violences aux personnes ne cesse de croître.

Sarkozy voulait-il provoquer pour divertir l'attention ? Jeudi, le procureur Jean-Claude Marin a confirmé ce que l'on craignait : le deuxième otage français au Niger n'a pas été exécuté par AGMI, mais tué par erreur par les forces françaises lors de leur intervention le 8 janvier dernier.

Faillite diplomatique
L'échec, cette semaine, était aussi diplomatique. Pourtant, Nicolas Sarkozy porte une attention hors normes aux sujets étrangers depuis novembre dernier. C'était même le prétexte avancé pour justifier son silence prudent sur les affaires intérieures. Mais il a complètement raté le coche... A l'étranger, la révolte égyptienne fascine et inquiète. L'administration américaine, de Barack Obama à Hillary Clinton, a multiplié les déclarations simples, claires et précises : la violence doit cesser, et Hosni Moubarak doit partir. L'Amérique a plus à craindre d'un changement. Elle subventionne à hauteur de 1,3 milliards de dollars l'armée égyptienne. Le gouvernement français est à la traîne. Il suit, il approuve sans approuver, il se perd dans un langage diplomatique empoulé à force de prudence, il a toujours quelques heures voire quelques jours de retard. Quand la secrétaire d'Etat à la jeunesse Jeannette Bougrab, dimanche dernier, recommande à Moubarak de partir, elle se fait recadrer illico par François Fillon. Il fallut que des journalistes soient attaqués, voire disparaissent pour le Monarque réagisse directement :«  J'ai été choqué par ce qui s'est passé à l'endroit des journalistes (...) les menaces sur la presse sont inadmissibles et inqualifiables.» a-t-il enfin lâché vendredi, à Bruxelles, lors d'un sommet européen à Bruxelles. Mais sur l'éventuel départ de Moubarak, « nous laissons aux Egyptiens le soin de déterminer qui doit le conduire et comment. »

La diplomatie française est inaudible. Quel sinistre présage pour les prochains G20 et G8 présidés par la France ! La ministre des Affaires Etrangères s'est encore faite tacler à deux reprises. Lundi, François Fillon répond par écrit à une question de l'opposition : la Sarkofrance a bien autorisé la livraison de grenades lacrymogènes à la Tunisie 48 heures avant la fuite de Ben Ali. Trouillard quand les choses s'enveniment, Fillon précisa qu'il n'y était pour rien, mais qu'Alliot-Marie, comme Hortefeux et Juppé, ont donné son feu vert.

Mercredi, le Canard Enchaîné accuse Alliot-Marie d'avoir usé d'un jet privé d'un proche du dictateur Ben Ali pour rejoindre une villégiature tunisienne, 6 jours après le déclenchement de la révolution, 6 jours après que le jeune vendeur de légumes Mohamed Bouazizi se soit immolé par le feu de désespoir à Sidi Bouzid. Michèle Alliot-Marie a nié. Son hôte est un ami, un homme d'affaires qui aurait été victime comme d'autres du clan Trabelsi-Ben Ali. Il était là par hasard, sur le tarmac de l'aéroport de Tunis, près à l'emmener gratuitement dans son jet quasi-vide. Vendredi, Mediapart démonte la défense de la ministre. L'avion qu'elle a utilisé « a été soupçonné une dizaine de jours plus tard par la police italienne d'avoir transporté le dictateur Zine el-Abidine Ben Ali dans sa fuite.» Cet avion, d'après les registres aériens, était la propriété directe de Belhassen Trabelsi, le beau-frère de Ben Ali.


Ami sarkozyste, où es-tu ?



vendredi 4 février 2011

Cher : le candidat Sarkozy rate sa visite de terrain devant les maires

Mardi dernier, le candidat Sarkozy s'est rendu dans le Cher pour une nouvelle visite de campagne. Le déplacement fut raté, car faiblement médiatisé. L'actualité était ailleurs. A force de parler de tout sauf des sujets du moment, de vouloir forcer l'agenda médiatique et d'encadrer ses prises de paroles dans des mises en scènes convenues et sans enjeu, Nicolas Sarkozy finit par être hors sujet et n'intéresser personne.

Ce jour-là, l'attention était à l'étranger (en Egypte, où la diplomatie française est à la remorque des Etats-Unis, ou en Tunisie où la ministre Alliot-Marie peine dans différentes polémiques), ou en métropole, où l'on débattait des concessions faites aux CRS,  de la découverte macabre du corps de Laëtitia près de Saint-Nazaire, et de la crise du pouvoir d'achat. « Pôles d’excellence rurale, réforme territoriale, emploi, dotations aux collectivités : le Président débat avec les élus locaux du Cher », pouvait-on lire sur le site de l'Elysée. Quel résumé ! En fait, le candidat Sarkozy s'est montré hautain, distant, et sourd.

Cérémonial habituel
Pour ce déplacement de terrain, des CRS non grévistes étaient là, avec seize fourgons, renforcés de gendarmes. Le parcours était calé avec la visite d'une usine, « Avignon-Ceramic » à Bruère-Allichamps, faussement improvisée, avant un long monologue puis un faux débat devant les maires du Cher à Saint-Amand-Montrond.

Les voeux sont terminés, Sarkozy renouait donc avec l'exercice de la table ronde. Malgré une belle centaine de déplacements similaires l'an passé, sa cote de popularité est toujours au plus bas. Mais il continue. Il était cette fois filmé assis sur une estrade, face à un public de maires et d'officiels locaux. Le visage est toujours marqué par des tics à répétition, contractions de mâchoires ou haussement de sourcils. Après une trentaine de minutes de discours, une poignée de maires eut le droit de poser chacun une question préparée, sans droit de suite. A chaque fois, les réponses avaient été préparées, et Sarkozy ne cachait même pas qu'il lisait certaines formules écrites par ses conseiller de l'ombre.

Le Monarque débuta son intervention par des « Monsieur le président de l'association ceci », « Monsieur le président de l'association cela », ponctués de « Cher Remy », « Cher Jacques » et « Cher Thierry ». Il s'échappa assez vite de ses notes. « Rémy vient de me dire qu'il y avait des inquiétudes. Me voilà rassuré, nous sommes en France.» Gros sourire... il ressert la même formule à chacun de ses déplacements. « J'ai voulu venir devant vous d'abord parce que mon devoir, c'est de me déplacer, d'aller à la rencontre des gens, de les entendre, de les écouter. Puis de tirer des conclusions de ce qu'ils me disent et d'y apporter des réponses.» Le devoir, toujours le devoir. Le candidat Sarkozy persiste à confondre déplacements et discours avec action et réalisations.

Le monde est un village
Puis le candidat embraya immédiatement sur le thème du « monde-village ». Cette prise de recul sert toujours à minorer l'importance de nos problèmes quotidiens (précarité, sécurité, santé) et à renforcer l'image d'un président qui défend la cause nationale de par le monde. « Dans un monde qui est devenu un village, les problèmes de la France trouvent des réponses au cœur de l'Afrique de l'Est, pour plaider pour les financements innovants, le développement de l'Afrique -- seule façon de réguler l'immigration. Ils trouvent également des réponses à Bruxelles, pour plaider pour un gouvernement économique européen, une stabilité des cours des matières premières agricoles, seule façon de répondre, cher Bruno Le Maire, durablement à la question du revenu des agriculteurs. Ils trouvent enfin des réponses ici, pour parler de la réforme territoriale, de la péréquation et de l'avenir des services publics. C'est la même chose !»

Le vocabulaire change, les exemples sont usés
Au fil des semaines, Sarkozy a fait évoluer son vocabulaire, mais pas ses exemples. Rupture et volonté ont fait place à des termes plus consensuels et moins anxiogènes tels réforme et modèle sociale. Même l'identité n'est plus nationale ou agricole, mais sociale.

Sarkozy ne parle plus de « casser les tabous », mais il conserve son éloge du mouvement. Il n'insiste plus sur l'identité nationale, rurale ou agricole comme en 2009, mais évoque notre « modèle social » et républicain. La dialectique est délicate. De quel modèle social parle-t-il ? La privatisation progressive de l'assurance sociale, la défiscalisation croissante des fortunes, la déstabilisation systématique de la justice par une boulimie législative, servent-elles la préservation du modèle français ? L'homme du discours de Grenoble, du bouclier fiscal, de l'affaire Woerth et de la réforme des retraites insiste sur sa « première idée » du jour : «  si nous voulons être fidèles à l'idée que nous nous faisons de l'identité de la France, il nous faut collectivement avoir la capacité à nous adapter au monde d'aujourd'hui. Nous n'avons pas le choix.»

Sarkozy ne parle finalement plus de volontarisme politique. Il préfère défendre le devoir incontournable et l'absence de choix. Il n'y a pas d'alternative, tenez-le vous pour dit ! C'est l'argument réactionnaire, habituel et séculaire des classes dirigeantes. La mondialisation ne serait pas « une question de gauche ou de droite, d'opposition ou de gouvernement.» Le mythe du président protecteur en prendrait-il un coup ? Sarkozy pédale. L'assistance est silencieuse. « Qui pense que les mêmes recettes marcheraient ? » Il faut bouger, nous dit-il, car « l'immobilisme c'est la mort.» Et lui, il bouge, il voyage dans son nouvel Airbus, et s'il se démène autant, c'est pour nous défendre : «  il y a un lien pour moi entre tous ces déplacements que je fais à longueur de semaines : c'est défendre le modèle français en essayant de convaincre qu'il doit s'adapter pour que la France reste un pays qui compte dans le monde et que demain vos enfants aient la meilleure formation et que des emplois puissent rester dans des territoires ruraux comme ici. » Quels déplacements ? Son voyage touristique de 4 jours en Inde ? Ses weekends à répétitions à Marrakech ou au Cap Nègre ? Ou ses allers-et-retour expresses, aux quatre coins du pays, avec hélicoptère, avion, fourgons de CRS et journalistes silencieusement parqués au fond des salles ?

Sur un registre au moins, Sarkozy reste constant : il ne cesse de rabâcher les mêmes exemples, refrain et anecdotes.

Travailler, c'est si facile !
« la France est dans un monde qui bouge à une vitesse stupéfiante. (...) il nous faut nous adapter pour survivre dans la compétition d'aujourd'hui. » La vraie nouveauté de ces dernières années n'est pas l'accélération de la mondialisation, mais celles des inégalités, et surtout en France.Sarkozy ne l'évoque pas. Les études sont pourtant là.

L'usine « rurale » qu'il vient de visiter a été bien choisie par les conseillers élyséens : « Cette usine et ses salariés extraordinaires, s'ils avaient continué à fabriquer simplement de la vaisselle, cela ferait longtemps que l'usine serait fermée. A partir d'un savoir-faire ancestral, ils fabriquent désormais des pièces du Rafale, de l'Airbus A380 ou des turbines à vapeur. » Sarkozy prêche pourtant dans le désert. Le chômage progresse, dans toutes les catégories; le nombre d'offres d'emplois collectées par pôle emploi en 2010, année de prétendue reprise, est identique à l'année creuse de 2009. Sarkozy en devient presque insultant, quand il poursuit son exemple local : « On aurait pu manifester, protester -- « on veut rester, on a été formés pour fabriquer des assiettes, on reste fabriquer des assiettes, cela ne nous intéresse pas le reste ». Parfait, alors on ferme. Voilà la problématique qui est la nôtre. » Qui manifeste pour ne pas « bouger » ? Le chômage ou les faillites d'entreprises seraient-elles dues à des blocages idéologiques, des résistances aux nouveaux marchés ?

Service après-vente
Sarkozy a peu de totems, son bilan est pauvre en médailles. Seul l'enrobage compte désormais. Parfois, la suppression de la taxe professionnelle (remplacée par deux autres taxes), ou la réforme des retraites sont citées en exemple du courage présidentiel. D'autres fois, et ce fut le cas ce mardi, elles servent à illustrer la nécessité du changement. D'autres choses, en Sarkofrance, ne changent pas, comme la fiscalité des revenus, le fameux « partage de la valeur ajoutée ». Mais chut !

Sur la taxe professionnelle, Sarkozy n'évoque pas le fond du sujet : « Les élus qui étaient attachés à la taxe professionnelle, ce que je peux parfaitement comprendre, auraient tout perdu le jour où il n'y aurait plus eu d'usines sur leur territoire.» Les inquiétudes exprimées au passage de la réforme ne concernaient pas le principe même de la taxe professionnelle, mais la compensation de sa disparition et l'autonomie budgétaire des collectivités locales.

Sarkozy se félicita aussi de sa réforme des collectivités locales. On connaît le refrain, mais Sarkozy le chanta quand même : « Au total, nous avions 7 niveaux d'action disposant tous, ou presque, de la compétence générale. Est-ce que vous ne pensez pas qu'il y a là une des raisons qui fait que nous avons plus de dépenses que nos voisins ? » Sa réforme territoriale devait générer des économies. On sait que ce sera loin d'être le cas.

Moins de services publics
Sarkozy dériva aussi sur les services publics. Un grand moment !  « Je voudrais toutefois vous demander dès à présent qu'on ne fasse pas, sur la question des services publics, la même erreur qu'avec les 35 heures. Je m'explique. Avec les 35 heures, on a raisonné sur le travail en quantité, en ignorant totalement le débat sur la qualité.» C'est le seul argument qui reste aux ténors de Sarkofrance pour répondre aux critiques contre la faiblesse de certains moyens publics (enseignement, police, justice). Boulimique en lois, Sarkozy est radin en effectifs. Il préfère parler « qualité que quantité ». La belle affaire !

Il s'enfonce avec quelques considérations sans intérêt ni logique. Il fallait sans doute meubler de quelques évidences : « travailler 35 heures dans un travail qu'on n'aime pas, c'est une catastrophe, et travailler plus dans un travail qu'on adore, c'est fantastiquement épanouissant.» Ou encore : « Je dis simplement que pour les territoires ruraux qui s'en allaient mourants, comme pour le chômeur qui n'a pas de travail, la question n'est pas d'accompagner la mort. »

Parfois, l'argument se cache derrière la formule : « Ce que je pense, mes chers compatriotes, c'est que la meilleure façon de faire que le chômage ne soit pas douloureux, c'est de permettre à celui qui est au chômage de trouver un emploi.» Comprenez : il faut réduire le traitement social du chômage (indemnités, etc) pour mieux subventionner les embauches. Pour 2011, le gouvernement a réduit de 15% les crédits de la politique de l'emploi. En août dernier, le gouvernement a resserré les conditions d'accès à la dispense de recherche d'emploi (DRE), notamment pour les seniors : l'âge de DRE pour les chômeurs senior non indemnisés a été porté à 60 ans depuis le 1er janvier. La DRE sera abrogée en janvier 2012.


La rigueur pour les uns
Le gel des dotations publiques aux collectivités locales pour 3 ans ? « Oui et je l'assume car c'était mon devoir. Avec la crise de 2008, les recettes fiscales de l'Etat, en quelques semaines, ont diminué brutalement de 22%. » Sarkozy s'emballe et raconte n'importe quoi. L'Etat ne pilote pas ses recettes fiscales à si court terme. Ce taux de 22% sort d'un chapeau. Du grand n'importe quoi. Il faut des mois après la cloture d'une année pour que les services fiscaux identifient le niveau des recettes. Que ces dernières aient baissé à cause de la récession, personne ne le conteste. Sarkozy aurait pu ajouter que la dégradation des comptes publics était aussi due au Grand Emprunt, et... à divers cadeaux fiscaux sarkozyens comme la TVA sur la restauration ou le paquet fiscal de l'été 2007.

Pour s'excuser, le Monarque rappelle aux édiles locaux : « je fais exactement le même travail que vous. ». Ou encore : « Avec le Premier Ministre, nous avons pris l'engagement de rétablir l'équilibre des comptes de la France. Cet engagement, nous le tiendrons. Il n'y a pas d'autre solution sauf à souhaiter que la France ne soit plus un pays indépendant.» Indépendant de qui ? Des marchés ou des agences de notation ?

Sur les pôles d'excellence, Sarkozy prévient : « pour le Cher, vous avez déjà 10 pôles d'excellence qui ont été labélisés, dont 4 au titre de la 2ème génération.  (...). Si nous créons de nouveaux pôles, les ministres et notamment celui chargé de l'aménagement du territoire devrons avoir le courage de délabéliser les pôles actuels qui ne remplissent pas leurs objectifs.»

Haro sur les associations et la décentralisation
Au bout d'une trentaine de minutes, place au « débat.» Les questions sont préparées; les réponses également. Sarkozy puise abondamment dans ses notes.

Un maire s'inquiète du sort de l'aide aux communes, non obligatoire, des conseils généraux dans la réforme territoriale. Sarkozy reformule et répond à côté. Le maire exprimait la crainte, partagée, de voir des crédits supprimés. Sarkozy lui répond par une éloge du guichet unique ! « Non seulement nous sommes le seul pays du monde qui a tant de strates administratives mais de surcroît chacune aspire, exige la compétence générale. Quelle est la conséquence de la compétence générale ? C'est la demande générale. ... Bien sûr... Si la région est compétente pour tout, tous les groupes s'adressent à la régions. (...) Niveau départements, c'est pareil. » Il critique ensuite les lacunes de l'évaluation à la française. Pour lui, une subvention acquise par une association, « c'est un droit de l'obtenir, c'est scandale de la retirer. Vous connaissez ça naturellement... » Il se fait timidement applaudir. Nous avons voulu y mettre un terme. Comment ? Nous considérons... J'vais prendre mes responsabilités Monsieur le Maire, je ne vais pas me cacher derrière le petit doigt... qu'il y a deux niveaux de compétence générale légitimes : le niveau communal qui reste le niveau de proximité de tous les jours. (...) La réforme territoriale c'est d'abord une réforme qui renforce la commune. (...) Puis il y en a un deuxième, c'est l'Etat. »

En quelques mots, Sarkozy résume bien l'affaiblissement inédit de la décentralisation que représente cette réforme. Entre les 36 000 communes et l'Etat central, les régions et départements auront des compétences « attribuées ».

Les élections sénatoriales sont proches. Il faut flatter...

Un autre maire questionne le gel des dotations aux collectivités locales, et en particulier à l'encontre des communes rurales, fiscalement moins dynamiques. Il demande aussi une révision des règles de péréquation entre communes riches et pauvres. Sarkozy est laconique : « on ne peut pas toujours dépenser plus. On ne peut pas.» Sur la péréquation, Sarkozy annonce un grand chantier : « attendez vous à une sacrée bagarre. » Mais sur le gel, « je ne peux pas y revenir. On a tellement de déficits que nos notes seraient dégradées. » On l'avait compris. Que ne l'avait-il pas glissé plus tôt dans son argumentaire sur le monde qui bouge et qui est un village ?  Les agences de notations stressent le Monarque élyséen.

Un peu plus tard, Sarkozy s'évade. Il promet une simplification des lois. C'est drôle, ou triste, quand on se souvient de ses voeux aux parlementaires, quelques semaines auparavant, où il se félicitait du nombre record de 67 lois votées l'an passé. 

Débat encadré
Un autre maire s'alarme de l'affaiblissement des services publics, et notamment de la fermeture de classes ou de gendarmeries, ou de la distribution du courrier : « êtes vous prêt à renoncer à la destruction de centaines d'emplois publics programmés dans notre département cette année 2011 ? ». Sarkozy l'éconduit brutalement : « Non mais bien sûr... j'vais y répondre... Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit et qui est un désaccord entre nous... Monsieur le Maire... » Et il enchaîne sur les regroupements de gendarmerie (« mieux vaut un gendarme en tournée qu'à attendre le chaland »), et la réforme de la carte judiciaire : « la justice de proximité, c'est pas d'avoir un tribunal dans sa ville, c'est d'avoir un jugement qu'on comprend dans des délais raisonnables. (...) Sur la santé, y a 69% des hôpitaux de France qui sont en déficit... C'est quand même des questions qui faut poser aux citoyens français !» La santé est-elle un coût ou une solidarité ? Avec la tarification à l'acte (depuis 2003), Sarkozy a choisi sa réponse, celle du Président des Riches.

« Vous m'dites qu'une lettre met 8 jours pour faire 2 kilomètres... Ecoutez... faites les deux kilomètres...» Une partie de la salle applaudit... Dans la salle, le maire ainsi interpellé ne peut répondre. Le micro lui a été retiré.

Sarkozy enfonce ses arguments, la télétransmission, le télétravail, le monde a changé, l'informatique « que nos enfants manient si bien »... « On ne va pas garder un tribunal avec son juge d'instruction... tout seul dans son bureau... et deux audiences la semaine.» Quel cliché inopérant ! De quelle justice parle-t-il ? Les tribunaux sont surchargés. « Si vous voulez qu'on investisse dans plus de TGV... vraiment... on ne ne peut garder le postier avec sa casquette au liseré jaune... vous savez... et qui dit 'mon métier c'est la poste et pas le service public'. Le service public c'est la polyvalence. (...) Il n'y a pas de désengagement de l'Etat.  » Sarkozy reste catégorique.

Un autre élu lui demande pourquoi n'a-t-il pas supprimé le numerus clausus de certaines professions encadrées tels les médecins, pharmaciens, notaires ou dentistes. « C'est un sujet très important... et très compliqué sur lequel il nous faut prendre des décisions rapidement. » commence-t-il par répondre. Premier blocage évoqué à toute réforme de ces professions électoralement favorables à la cause sarkozyenne, les 8 années et demi de formation des médecins généralistes passées à l'hôpital. « Un jeune qui a passé 8 années de formation à l'hôpital n'a qu'une seule envie c'est de continuer à l'hôpital. » Vraiment ? Quand Sarkozy n'enfonce pas des portes ouvertes, il balance des idioties.


Au final, cet exercice de communication politique fut assez étonnant, une formidable synthèse de l'action actuelle de Nicolas Sarkozy : peu d'annonces ni de promesses, un maigre bilan enrobé d'évidences, aucun débat contradictoire... Sarkozy est en campagne, mais tout seul.

jeudi 3 février 2011

Hortefeux, Alliot-Marie : le grand retour des ministres-fusibles

Si Nicolas Sarkozy s'est réfugié dans un silence médiatique pesant sur l'actualité du pays, il n'en demeure pas moins bien actif en coulisses. Après l'affaire Pornic, où il s'est laissé « débordé » par une une émotion incontrôlée, voici qu'il fait recadrer son ami Brice par son fidèle Guéant. Et Michèle Alliot-Marie, sa ministre des affaires étrangères embourbée dans des polémiques tunisiennes depuis la mi-janvier, est emportée dans un double scandale, un voyage privé ... et des bombes lacrymogènes.

Brice recadré
La gronde lui a fait peur. Nicolas Sarkozy a besoin des policiers. Depuis quatre jours, des centaines de CRS se portaient pâle, voire en grève de la faim, pour protester contre la fermeture annoncée de 8 casernes (sur 61). Dès lundi 31, Sarkozy cède. Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat des gardiens de la paix SGP-FO, a été reçu à l'Elysée dans la matinée. Quelques heures plus tard, Claude Guéant « recadre » Hortefeux et lui fait annoncer à la presse qu'il n'y aura aucune fermeture. Evidemment, la Présidence dément avoir donné une quelconque instruction.

Mercredi, le ministre s'explique dans les colonnes du quotidien la Provence. La compagnie CRS 54 de Marseille devait être fermée, avant la décision de lundi soir. Hortefeux plaide le malentendu : « Pour que je renonce il aurait fallu qu'il y ait annonce! A aucun moment je n'ai annoncé de fermeture. Il y a eu des rumeurs colportées. C'est naturellement faux. » Mercredi 26 janvier, il avait confirmé que des études pour fermer des casernes CRS étaient en cours. Les CRS grévistes marseillais avaient clairement compris que leur compagnie 54 faisait partie du lot. Il le confirmait à nouveau ce mercredi (« Des études ont effectivement été menées sur le redéploiement de deux compagnies.») Et il annonce même un renforcement des moyens policiers à Marseille (140 hommes) : « il y a trois compagnies de CRS basées à Marseille, soit 420 policiers actifs et aucune de ces compagnies ne sera supprimée



MAM sacrifiée ?
MAM va mal. La révélation, mercredi, par le Canard Enchaîné, que la ministre des affaires Etrangères avait utilisé en décembre le jet privé d'un proche de Ben Ali tunisien lors d'un déplacement intérieur. Michèle Alliot-Marie avait reconnu avoir passé quelques jours de congés à Noël en Tunisie « comme des millions de Français » avec son compagnon et secrétaire d'Etat aux relations avec le parlement Patrick Ollier. Les manifestations contre le pouvoir en place avaient débuté, depuis l'immolation par le feu d'un jeune le 17 décembre à Sidi Bouzid. Le cabinet de la ministre a immédiatement confirmé le voyage (« C'était à l'invitation de Aziz Miled, un ami depuis plusieurs années, qui est le propriétaire d'une compagnie aérienne appelée Nouvelair. Aziz Miled était dans l'avion et les a emmenés, avec ses parents et son conjoint »), mais en précisant que l'homme d'affaire n'était pas un proche de Ben Ali: il se serait fait chiper 20% de sa compagnie aérienne par Belhassen Trabelsi, beau-frère de l'ex-président Zine el Abidine Ben Ali, qu'il a récupéré depuis le changement de régime. En fait, il est bien difficile de distinguer ce qui relevait du racket du reste dans les relations d'affaires, nombreuses et anciennes, de M. Miled avec le clan Trabelsi/Ben Ali. Et là n'est pas la question : deux ministres de la République ont accepté, lors d'un voyage privé, une invitation en jet d'une compagnie contrôlée par la famille Ben Ali.

Mais ce n'est pas tout. François Fillon a répondu lundi dernier par écrit à une question de Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste, relative « aux exportations et autorisations d'exportations de matériel de maintien de l'ordre à destination de la Tunisie.». Et la réponse laisse pantois tant le premier ministre, que l'on aime décrire comme courageux, se défausse sur ses ministres quand il confirme le pire : primo, il valide ce que l'on craignait. Le gouvernement français, le 12 janvier dernier, a bien délivré, en urgence (i.e. en 24 heures), deux autorisations d'exportations de grenades lacrymogènes à son homologue tunisien.

Secundo, Fillon prend soin de préciser qu'il n'y est lui-même pour rien : en tant que premier ministre, ce type d'autorisation ne lui serait pas remontée. Il indique que cette exportation a été avalisée par les ministères de l'intérieur (Hortefeux), de la Défense (Juppé) et des Affaires Etrangères (MAM). Tertio, vendredi 14 janvier, Ben Ali a fui la Tunisie, quand un lot de grenades parvient aux Douanes de Paris pour un contrôle habituel. Les douaniers ont la présence d'esprit de bloquer le chargement en demandant si l'autorisation d'exportation vaut toujours compte tenu du changement de régime. Les services de Michèle Alliot-Marie répondront par l'affirmative... le 18 janvier. 

Voici donc MAM, l'une des ministres à l'incroyable longévité gouvernementale, qui semble sacrifiée sur l'autel de l'efficacité électorale. 

mercredi 2 février 2011

Sarkozy. L'hypocrisie ou la nausée ?

L'actualité a ceci de terrible qu'elle peut télescoper des faits sans rapport apparent auxquelles les défaillances d'un gouvernement donne finalement une cohérence. En l'occurrence, l'hypocrisie des plus hautes autorités du pays semble être la ligne de conduite commune dans des affaires aussi disparates que la disparition de la jeune Laëtitia, la situation du mal-logement ou les faux débats provoqués par le libéral Jean-François Copé.

Et la nausée n'est pas loin.

Pornic : Sarkozy est ému, mais radin
Le scandale de Pornic fait grand bruit. Des membres du corps découpé d'une jeune fille ont été retrouvés mardi 1er février près de Saint-Nazaire, dans un endroit qui serait habituellement fréquenté par le suspect Tony Meilhon. Nicolas Sarkozy s'était déjà saisi de l'émotion populaire, il y a 8 jours, sans connaître ces résultats de l'enquête. Lundi, ses ministres de l'intérieur et de la justice avaient annoncé 7 mesures dont une suscite déjà les critiques : la mobilisation de magistrats et greffiers retraités, pour faire face au manque d'effectifs dans la chaîne pénale a été jugée « grotesque » par les syndicats. Effectivement, la proposition est cruelle quand on se souvient de l'indignation si forte de Nicolas Sarkozy qu'il réclamait une nouvelle loi.

Sarkozy est pris au piège de son jeu et de son bilan : même si l'affaire dramatique de Laëtitia reste un cas statistiquement isolé, le nombre de violences aux personnes ne cesse de croître depuis 2002. Et même si Sarkozy se laisse envahir par son émotion personnelle pour crier haut et fort sa détermination contre l'inacceptable, il se laisse finalement rattraper par ses incohérences budgétaires qui lui font réduire les moyens de la justice et de la sécurité. Dans l'affaire de Pornic, on a répété, y compris en haut lieu, que les services de probation et d’insertion des détenus sont débordés, au point de classer les dossiers jugés non prioritaires comme celui du suspect Tony  Meilhon. La première des 7 mesures gouvernementales annoncées lundi fut d'ailleurs d'interdire tout « choix dans la priorité des dossiers confiés aux conseillers d’insertion et de probation qui soit fondé sur la nature de l’infraction commise ». Au service de Nantes, rapporte le journal 20 minutes, « quelque 800 dossiers avaient ainsi été écartés, dont celui de Tony Meilhon, le suspect numéro 1 dans l’affaire Laëtitia

Alors, Monsieur le Président, quelles sont vos réelles priorités ? L'outrance électorale ou la résolution des problèmes ?

Pouvoir d'achat : Sarkozy se tait
Quel sera le pouvoir d'achat des Français en 2011 ? Les mauvaises nouvelles s'accumulent. Le candidat du Travailler Plus pour Gagner Plus se tient coi. Après la hausse des mutuelles, les nouveaux déremboursements de médicaments à vignette bleue, la hausse très modérée des minima sociaux, et le relèvement de la TVA sur les offres ADSL (entrée en vigueur ce 1er février), voici que les péages des autoroutes ont augmenté leur tarif ce mardi de 2,24% et la SNCF ses billets de TGV de 2,85% dès la semaine prochaine. Selon l'Association professionnelle des autoroutes et ouvrages routiers (Afsa), 0,17% de l'inflation autoroutière serait la stricte répercution d'une nouvelle « taxe d'aménagement du territoire » qui doit apporter 35 millions d'euros par an aux trains inter régionaux déficitaires (Corail, Téoz, trains de nuit Lunéa).

Quel sera le pouvoir d'achat des mal-logés ? La fondation Abbé-Pierre vient de livrer mardi son 16ème rapport annuel sur l'état du mal-logement en France. La bilan, comme toujours, n'est pas fameux. Il s'est même aggravé depuis 2008, à cause de « chute de la construction » . Les auteurs notent aussi que le fameux « Plan Marshall annoncé en 2007 n’a toujours pas vu le jour ». Ils dénoncent « l'extension de la crise du logement.» La récession a évidemment joué son triste rôle. Mais la Fondation Abbé Pierre livre quelques conclusions sur la politique du logement de Nicolas Sarkozy et, notamment, la priorité donnée à l'accession à la propriété. Primo, « l’État s’est déchargé de la responsabilité des fonds de solidarité pour le logement sur les départements qui, contraints par leurs difficultés financières tendent, par diverses mesures, à limiter les possibilités d’accès à ces fonds.» Le même jour, Nicolas Sarkozy s'exprimait justement devant des maires du Cher, ... pour mieux justifier le gel des dotations des collectivités locales.

Secundo, le gouvernement a fragilisé les ménages les plus exposés. Ainsi, note la Fondation, il a adopté « des mesures concernant le logement qui renforcent l’insécurité des plus fragiles. Il en est ainsi par exemple de la fongibilité des prestations de la CAF. » En l'occurrence, les services sociaux peuvent ponctionner un trop-perçu au titre d'une aide (par exemple les allocations familiales) sur une autre (par exemple, l'aide au logement), accentuant la précarité des ménages les plus modestes. La Fondation dénonce aussi l'économie de 240 millions d’euros réalisée par le gouvernement en supprimant la rétroactivité de 3 mois des aides au logement décidée l'an dernier. Elle critique aussi la récente refonte du Prêt à Taux Zéro (PTZ), désormais ouvert à tous sans condition de ressources ! Elle attaque plus globalement la ̀« privatisation des difficultés de logement ». Sur le soutien à l'accession à la propriété, le rapport n'est pas tendre. Ses auteurs rappellent une évidence oubliée par Nicolas Sarkozy : l'augmentation du « droit de passage » pour obtenir le statut prisé de propriétaire. La faiblesse de l'offre de logement, allié à un soutien à l'emprunt, n'a fait qu'aggraver la situation : « En raison de la progression des coûts immobi- liers et des apports limités des ménages, on as- siste à une généralisation et à une banalisation de l’endettement (dans 85 % des cas, l’accession s’effectue par le recours à l’emprunt). »

Dans sa feuille de route pour 2012 (G20, agriculture, insécurité, dépendance), la précarité du logement n'est pas évoquée par le candidat Sarkozy. Jamais le candidat Sarkozy n'a évoqué le sujet dans ses nombreuses déclarations de voeux de l'année. Faut-il qu'il soit amnésique de ses propres promesses et aveugle de la réalité ?

Copé, la « boîte à idées » de Sarkozy
Dans un entretien sur RTL, la ministre de l'Economie a expliqué que ce n'était « pas le moment » de relever la TVA pour financer l'assurance sociale et alléger les cotisations sur les salaires. « Une augmentation de la TVA entraînerait une augmentation immédiate du volume des prix alors qu'on n'aurait pas immédiatement une diminution des charges sociales ». Elle réagissait à une nouvelle proposition de Jean-François Copé, le secrétaire de l'UMP. Ce dernier a été mandaté par Nicolas Sarkozy pour « agiter » le camp présidentiel et montrer que l'UMP n'est pas une coquille vide. Tout y passe (35 heures, statut des fonctionnaires,...) sauf l'essentiel. Et comme Nicolas Sarkozy reste très silencieux, tout occupé qu'il est à paraître reculé et présidentiel avant la campagne officielle, il faut donc lire et écouter Copé pour comprendre ce qui se trame en Sarkofrance. 

Ainsi, le secrétaire désigné de l'UMP n'a pas d'idée sur une refonte de la fiscalité des revenus (il ne pense qu'au transfert du financement de l'assurance sociale à la TVA). Il n'a rien à dire sur l'incroyable injustice du système fiscal français actuel où les « informés » (ménages les plus riches, ou grandes entreprises) payent proportionnellement moins que les autres. Il reste bien indulgent avec les expatriés fiscaux (« Je ne suis pas de ceux qui disent : ce sont des mauvais Français. Je pense que c’est un constat d’échec. Quand ils déménagent, ils ne vont pas en Chine, mais en Suisse ou en Belgique. Juste à côté. C’est rageant. »). Il n'aime pas la taxation du patrimoine, fut-il élevé et hérité (« payer un impôt sur quelque chose que l’on détient mais qui ne vous rapporte rien…il fallait l’inventer !»). Sur la lutte contre la précarité, il reste sans proposition : « Il n’y a pas de baguette magique, ça n’existe pas

Sur l'insécurité, il se permet de critiquer à mots couverts (une vraie surprise !) : « Le premier, c’est tout ce qui touche aux moyens disponibles, qui ne sont pas vraiment bien organisés.» Mais il reste sur l'argument primaire de Sarkofrance : ce n'est pas une question de moyens, mais d'organisation et d'application : « Cette question de l’application des peines va devenir un grand débat.» Sur l'éducation, même topo. Ne lui parlez pas des moyens, comme pour la police ou la gendarmerie, même si le nombre de naissances en France se maintient à niveau exceptionnelle comparé à nos voisins européens : «  ces histoires d’effectifs, on nous les sort à tous les étages. Pour moi, le vrai sujet, c’est la considération des enseignants.»

Pour Nicolas Sarkozy, le vrai sujet est-il la considération des électeurs ?


mardi 1 février 2011

Justice, police, Carla : tout se prépare pour 2012 en Sarkofrance.

L'Egypte est toujours en ébullition, les CRS se mettent en grève de la faim, mais en France, Nicolas Sarkozy pense toujours à autre chose. Officiellement, il prépare son G20, flatte des handballeurs français, console les proches de la jeune Laëtitia disparue à Pornic. Officieusement, la justice qui se préoccupe toujours de ses affaires, de Pérol à Karachi, est sous surveillance. Et s'il laisse son épouse Carla parler pour ne rien dire, il a clairement 2012 en tête.

Sarkozy, hors sol
Le candidat Sarkozy, de retour à Paris après une visite expresse au sommet de l'Union Africaine dimanche, a beaucoup reçu ce lundi 31 janvier. Le matin même, il débutait ses entretiens avec les anciens premiers ministres « dans le cadre de la préparation du G20 ». Lionel Jospin était le premier. Personne n'espère grand chose de ces rencontres, comme des futurs sommets. On ne sait pas si Sarkozy et Jospin ont évoqué la récente passe verbale entre Fillon et l'ancien premier ministre socialiste à propos de la Tunisie. En début d'après-midi, il célébrait l'équipe de France de handball, victorieuse la veille aux championnats du monde, pour la quatrième année consécutive : « Il nous a longuement félicités et nous a dit qu'il allait essayer de faire que le handball soit plus médiatisé » a confié l'un des sportifs.

Un peu plus tard, il consolait la famille d'accueil de la jeune Laëtitia disparue à Pornic. Bizarrement, le candidat Sarkozy n'avait pas invité le père biologique de la jeune fille, qui conserve pourtant l'autorité parentale. La semaine dernière, il avait créé le trouble en réclamant une énième loi sur la récidive, avant d'abandonner en rase campagne, devant la résistance de son propre camp à légiférer dans l'urgence. Peu avant l'entrevue, le garde des Sceaux Michel Mercier et le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux s'étaient rendus à l'Elysée pour délivrer à Nicolas Sarkozy quelques constats et recommandations. La mise en scène devait être parfaite.

Dans son communiqué ultérieur, Mercier expliqua que « le suivi des obligations auxquelles Tony MEILHON, auteur présumé des faits, était astreint dans le cadre du sursis de mise à l’épreuve prononcée contre lui par le tribunal correctionnel de Nantes, n’a jamais été mis en œuvre.» Exemples à l'appui, le ministre dénonce « une défaillance de la chaîne pénale ». Tout y passe, mais personne n'est responsable : pas de désignation d'un conseiller d'orientation, faible priorité accordé au cas Meilhon malgré ses antécédents, plainte pour viol en décembre 2010 non traitée, etc.


Que tout le monde soit rassuré ! Les institutions judiciaire ou policière ne sont pas en cause. Seuls quelques individus, prochainement identifiés, sont responsables, et bientôt « sanctionnés Plutôt qu'une loi, les deux compères Mercier et Hortefeux ont aussi proposé 7 mesures sur-mesures à leur patron-candidat : extension des bracelets électroniques, création de cellules départementales « de synthèse et de recoupement » pour suivre « les individus multiréitérants », augmentation des capacités d’accueil du centre national d’évaluation, chargé d’examiner la situation des condamnés les plus dangereux avant sortie, etc...

Dans les médias, son ministre Chatel multiplie les interventions pour éteindre les polémiques sur les moyens de son ministère. Le voilà qui annonce qu'un seul enseignant, au lieu de 4 actuellement, cumulera prochainement l'enseignement de toutes les matières scientifiques (physique, chimie, Sciences et vie de la terre, et technologie) dans quelque 400 collèges classés dans les zones les plus en difficulté. Il veut aussi que les élèves de primaire réalisent 15 minutes de calcul mental par jour et rétablir la récitation des tables en classe. Il a enfin décidé de nommer dans chaque académie des inspecteurs chargés des mathématiques et des sciences pour « mieux piloter le système.»

Dominique Paillé, ancien porte-parole de l'UMP récemment recasé président de l'Office de l'immigration et de l'intégration, n'avait rien trouvé de mieux à dire, ce lundi, qu'il redoutait un afflux migratoire en provenance de Tunisie. Non contente d'avoir raté la révolution de jasmin, la Sarkofrance a toujours quelque difficulté à exprimer un réel soutien : « Nous nous attendons à une recrudescence de ces flux, de Tunisie, d'Egypte et sans doute d'ailleurs car nous ne sommes qu'au début d'un processus

La justice, étouffée ?
Jeudi, la Chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris décidera si la nomination de François Pérol sans avis de la commission de déontologie nécessitera une instruction. L'ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée est visé par plusieurs plaintes pour « prise illégale d'intérêts », eu égard à son rôle élyséen dans le rapprochement des banques populaires et des caisses d'épargne, dont il a pris la présidence ensuite. En septembre 2009, le parquet de Paris, rappelle Mediapart, avait « considéré que l'ancien haut fonctionnaire n'avait pas violé l'article 432-13 du code pénal qui lui faisait interdiction pendant trois ans de passer dans une entreprise privée sur laquelle il a exercé auparavant l'autorité publique.» En juin dernier, un juge, Roger Le Loire, s'était saisi de l'affaire en justifiant combien l'investigation du parquet avait été désinvolte : . « Cette enquête relativement succincte s'est limitée à la seule audition de Monsieur François Pérol et (...) dès lors il n'est pas possible en l'état sans procéder à des investigations complémentaires contradictoires de dire quel a été le rôle exact de ce dernier dans le rapprochement des groupes Caisses d'épargne et Banque populaire, ainsi que dans l'attribution du soutien financier dont ils ont bénéficié de la part de l'Etat .» Autant dire que la décision de jeudi est très attendue...

Dans une autre affaire, celle de Karachi, l'ancien ministre de la Défense d'Edouard Balladur en 1994, François Léotard, s'est rendu à la convocation du juge Marc Trévidic, qui enquête sur l'attentat du 8 mai 2002 à Karachi qui coûta la vie à 15 personnes dont 11 employés français de la DCN. Dimanche, Léotard a publié quelques réflexions sur cette affaire sur le site Rue89 : selon lui, l'attentat est dû à l'arrêt du versement des commissions aux intermédiaires de la vente des sous-marins au Pakistan, décidé par Jacques Chirac, mais aussi à la cession d'autres sous-marins, plus perfectionnés, par la France à l'Inde voisine. Léotard ne lève pas toutes les ambiguités, même si sa déclaration paraît sincère : il confirme que Balladur et Sarkozy étaient au courant des moindres détails du contrat Agosta, mais ajoute-t-il, « si des versements d'argent avaient été opérés vers des Français, ils seraient justement considérés comme illégaux. Pour ma part je n'en ai jamais eu connaissance.»

Le même jour, la justice française a illustré combien la recherche de la vérité est compliquée. La cour d'appel de Paris vient de refuser, ce lundi 31 janvier, d'élargir le volet financier de l'instruction aux faits de corruption. Les partie civile des familles de victimes sont déboutées au motif qu'elles ne pourraient invoquer un quelconque préjudice directement provoqué par une éventuelle corruption. Il y a 15 jours pourtant, de nouvelles informations étaient révélées dans les documents récemment déclassifiés par la Défense : les services secrets français enquêtaient dès 2002 sur la piste financière.

Carla, à droite
Carla Bruni-Sarkozy ne se sent « plus vraiment de gauche.» C'est ce qu'elle a confié au Parisien, lundi 31 janvier. On imagine qu'elle aurait été la surprise de son mari de président si elle avait déclaré l'inverse. « Je n’ai jamais voté pour la gauche en France, et je vais vous dire, ce n’est pas maintenant que je vais m’y mettre. Je ne me sens plus vraiment de gauche. Il y a eu certains faits, certains commentaires, notamment à la suite de l’affaire Polanski-Mitterrand. J’ai entendu des responsables socialistes dire la même chose que ceux du Front national. Ça m’a vraiment choquée. »

Exhibée dans nombre de déplacements politiques depuis l'automne, l'épouse du Monarque exprime aussi ses doutes quant à son efficacité politique : « La politique, ce n’est pas mon métier ». Elle lâche quand même cette confidence contradictoire : « Je ne vais pas faire campagne, surtout quand mon mari n’est pas encore en campagne. Franchement, c’est à lui de choisir ce qu’il veut faire pour 2012. Mais je serai évidemment derrière lui, s’il se lance. » En d'autres termes, si Sarkozy fait campagne, elle le soutient. Sinon, elle ne fera pas campagne... Sans blague ? En fait, cette intervention est très calculée. L'image de Carla Bruni-Sarkozy s'est redressée à droite, oscillant entre 75% et 80% d'opinions favorables chez les sympathisants de droite depuis plusieurs mois. Et dans cet entretien, Carla a tenté de forcer son affiliation avec Bernadette Chirac, dont elle n'a pas changé le bureau, expliqua-t-elle, à l'exception d'un tapis porte-malheur.

Les Chirac, justement, se sont rappelés au bon souvenir des Français ces dernières heures. Jacques Chirac ira bien au tribunal le 7 mars prochain, pour la vingtaine d'emplois fictifs du temps où il était Maire de Paris. Le sang de son épouse Bernadette n'a fait qu'un tour, dimanche matin, quand elle a lu dans les colonnes du Journal du Dimanche, des soupçons d'Alzheimer à l'encontre de son mari. Elle s'est précipitée lire une déclaration bien préparée sur les ondes d'Europe 1 dès le lendemain.

CRS, en grève
Les Compagnies Républicaines de Sécurité ont un devoir de réserve. Pas question de manifester. Mais cette fois-ci, la grogne s'exprime, devant les risques de fermeture de casernes. A Perpignan (Pyrénées Orientales), une compagnie est en grève de la faim. A Sainte-Foy-les-Lyon (Rhône), 70 % des effectifs étaient en arrêt maladie la semaine dernière. A Paris, L'une des trois compagnies marseillaises en mission dans la capitale s'est placée en grève de la faim samedi. Dimanche, deux nouvelles compagnies se sont portées en arrêt maladie (à Troyes et à Nancy). Cette situation est une mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy, déjà fortement critiqué depuis des mois pour ses mauvais résultats en matière de la lutte contre la délinquance. Mercredi dernier, le ministre Hortefeux avait confirmé que la fermeture des installations était « à l'étude.» Et d'ajouter qu''il « n'y aura pas d'amputation mais un redéploiement (...) à décider dans la concertation et le dialogue.» Brice Hortefeux «La capacité des CRS ne sera pas remise en cause»

L'an dernier, le gouvernement avait mis en place une nouvelle « doctrine d'emploi » de ces CRS : « sécabilité des unités » (pour réduire les effectifs d'intervention) ; « réversibilité missionnelle » (qui permet de passer,« lorsque c'est nécessaire », de la sécurisation au maintien de l'ordre) ; « fongibilité des zones de compétence police/gendarmerie » (qui élargit le périmètre d'intervention des CRS à l'ensemble du territoire). Lors de la cérémonie du 65ème anniversaire de la création des CRS, le 7 décembre dernier, le ministre n'avait pas eu un mot de commentaire sur la situation de l'emploi et ces projets de fermeture de caserne. Le gouvernement avait également dû céder devant les protestations après la suppression, en 2008, de l'indemnisation des heures supplémentaires pour les officiers CRS au motif que ces derniers étaient passés cadre. Le point fut réglé l'été dernier.

Au sein de la police nationale, quelques 5.000 postes ont été supprimés de 2008 à 2011, et 4000 autres seraient supprimés pour la période 2012-2013. Concernant les seuls CRS, quelques 2.000 équivalents Temps Plein ont été « économisés » en 2008/2009 par la réduction des équipes d'intervention.