La lecture du rapport sur les prélèvements fiscaux et sociaux en France et en Allemagne remis vendredi 4 mars par la Cour des Comptes à Nicolas Sarkozy est très instructive. Sous un langage prudent et froid, louant les velléités du moment de gouvernance économique commune ou d'harmonisation européenne, les Sages de la Cour des Comptes relèvent au fil de leurs conclusions les contre-vérités et vraies erreurs de l'argumentation habituellement servie par le Président des Riches et ses proches depuis des mois.
1. Sarkozy s'est trompé de débat. L'été dernier, il avait abrité la suppression du bouclier fiscal et l'assouplissement de l'ISF sous l'argument qu'il fallait renforcer la compétitivité française en se calant sur le modèle allemand en matière de fiscalité du patrimoine. Pour la Cour, dans « le débat actuellement engagé sur la réforme de la fiscalité du patrimoine, (...) la comparaison avec l’ Allemagne n’apporte au demeurant aucun éclairage décisif.» C'est dit.
Elle précise cependant que l'Allemagne taxe certes moins le capital que la France : cette taxation représente 6,9% de son PIB (en 2008). Elle pèse 9,8% du PIB français. Cette taxation a toujours été très faible (6,8% en 2000). En fait, la différence principale provient de l'imposition du « stock de capital » (4,5 points des 9,8% français; contre 1 point des 6,9% allemands) : taxe professionnelle (21 milliards, désormais remplacée par une contribution économique territoriale), taxe d'habitation (13 milliards), et taxe foncière (23 milliards, soit le double en France qu'en Allemagne); l'ISF « ne représente cependant qu’une part très limitée de l’écart », insiste la Cour. Les prélèvements sur les revenus du capital sont eux similaires.
2. S'il faut parler du patrimoine, il faudrait mieux taxer les plus-values. En effet, l'Allemagne taxe davantage ses revenus et les plus-values; la France taxe un peu tout (détention, transmission, cession), et mal. « La France, pour sa part, a fait des choix de politique fiscale qui conduisent à taxer le patrimoine sur l’ensemble de la chaîne de la détention à la cession/transmission en passant par les revenus, et ce à des niveaux qui se sont accrus au fil du temps, au point d’atteindre un poids économique nettement supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE.»
3. Le bouclier fiscal n'existe pas en Allemagne. Sarkozy s'est longtemps abrité derrière cet exemple faux pour justifier sa propre mesure de renforcement à 50% en 2007. Ses proches ont depuis reconnu que Sarkozy mentait. « De fait, n’a donc jamais été appliqué, en pratique, un quelconque principe de « bouclier fiscal » en Allemagne.» En 2010, le bouclier fiscal concernait 19.000 contribuables pour 700 millions d'euros.
4. Si Sarkozy voulait faire converger nos fiscalités, il devrait s'attaquer aux niches fiscales des plus riches. En France comme en Allemagne, la fiscalité des hauts revenus est similaire, mais les niches fiscales sont moins importantes outre-Rhin. La Cour relève même que le système français est « plus favorable aux hauts revenus et à partir de trois enfants. » Bizarrement, ce point n'est jamais retenu par le Président des Riches. « Le système français juxtapose allocations et déductions fiscales, ce qui n’est pas le cas du système allemand. »
5. Sur le coût du travail, la question n'est pas celle du poids des prélèvements, mais de leur répartition. Les prélèvements sur les revenus du travail sont similaires en France et en Allemagne : « L’imposition des revenus du travail est comparable entre les deux pays », mais « sa structure est en revanche très différente ». . La France prélève davantage de cotisations sociales, surtout sur les employeurs (60%), et toutes sortes de taxes qui n'existent pas outre-Rhin (taxe sur les salaires, versement transport, taxe d’apprentissage...); l'Allemagne préfère l'imposition des revenus des ménages.
6. En France, les recettes de fiscalité environnementales n'ont cessé de chuter depuis 2003. Où est passé le Grenelle ? Les Allemands taxent davantage l'énergie que les Français. « Le niveau de la fiscalité environnementale (entendue au sens large), est plutôt supérieur en Allemagne.»
7. En Allemagne, on travaille effectivement plus qu'en France... mais à temps partiel. On savait déjà que les durées du travail à temps complet en France et en Allemagne étaient similaires. La Cour des Comptes enfonce le clou : concernant les salariés à temps plein, « la durée de travail hebdomadaire moyenne en 2009 est légèrement plus longue en Allemagne qu’en France (respectivement 41,2 heures et 40,9 heures) ». En revanche, « le temps partiel s’est beaucoup développé en Allemagne : il a augmenté de 6,7 points depuis 2000, et représentait en 2009 26,1 % de l’emploi total. » En France, on se félicite des exonérations de cotisations sociales pour certains bas salaires ou les heures supplémentaires. En Allemagne, cette exonération porte surtout sur le temps partiel et la part salariale. Conséquence, le taux d'emploi est plus important... outre-Rhin.
8. La compétitivité de l'Allemagne tient à des facteurs « hors prix » que la Sarkofrance occulte souvent : qualité perçue supérieure des produits « Made in Germany », développement de filiales en Europe de l'Est, et plus grande diversification géographique. La Cour reconnaît aussi que « l’évolution des coûts salariaux horaires a été défavorable à la compétitivité de la France sur la période 2000-2008 », relevant un « écart de 10 points entre les taux de croissance des coûts salariaux en France et en Allemagne sur la période 2000-2008. » Mais elle modère le constat : la compétitivité-coût de l'Allemagne vient de sa modération salariale depuis l'alignement des salaires de l'ex-RDA sur ceux de l'ex-RFA en 2000. En d'autres termes, l'Allemagne partait de beaucoup plus haut que la France à l'aube des années 2000, pour une productivité, à l'Est de son territoire, plus faible.
9. La fiscalité des sociétés est proche dans les deux pays, et ce n'est donc pas un facteur de différenciation de compétitivité... : « les niveaux de prélèvements effectifs sont proches et classent les deux pays parmi ceux dont la fiscalité est élevée et dont l’attractivité et la compétitivité ne peuvent principalement reposer sur ce paramètre.» Il faut rappeler qu'en France, les PME sont davantage taxées par l'IS que les entreprises du CAC40.
10. La comparaison des taux de prélèvements obligatoires n'a pas de sens à cause des périmètres différents de l'assurance sociale : « La couverture des risques par la protection sociale obligatoire est plus large en France qu’en Allemagne.» En matière de retraites, les Allemands recourent ainsi massivement à des assurances privées, qui ne sont pas comptabilisées dans les comptes publics : « 15 millions de personnes (35 % de la population active) sont couvertes par un régime de retraite d’entreprise privée et donc hors prélèvements obligatoires.» Les conseillers concluent : « On peut certes noter une tendance à la réduction des prélèvements plus marquée en Allemagne ces dernières années, l’écart atteignant 3,5 points avec la France en 2008, mais cet écart tient pour une part significative au périmètre de son système de protection sociale obligatoire.»
11. Faut-il seulement converger vers l'Allemagne ? La Cour dresse un bilan peu flatteur de l'évolution des conditions sociales, et notant une augmentation de la pauvreté et des inégalités de revenu plus forte outre-Rhin qu'en France. En matière de pauvreté au travail, l'Allemagne a quasiment rattrapé la France depuis 2000 : « Le taux de travailleurs pauvres a augmenté en Allemagne (de 4 % en 2000 à 6,8 % en 2009), tout en restant inférieur à la moyenne de l’Union européenne à 27 (8,6 % en 2008). En France, la pauvreté au travail est passée de 7 % en 2000 à 6,7 % en 2009, et est désormais identique au niveau allemand.»
12. La véritable convergence fiscale devrait concerner la TVA selon la Cour des Comptes. La TVA française a un taux réduit plus bas qu'en Allemagne (5,5% contre 7%); ce taux réduit « s’ étend largement au-delà des biens et services de première nécessité auxquels l’ont cantonné d’autres pays comme l’Allemagne » ; et « la multiplicité des taux dérogatoires, qui conduit à l’existence de 7 taux de TVA différents en France alors que l’Allemagne n’en utilise que 2.»
13. Les Allemands ont mis en oeuvre une « TVA sociale », c'est-à-dire qu'ils ont fait porter la baisse de 1,6 points des cotisations sociales (-2 points pour les cotisations chômage; -0,4 point pour la retraite) par un relèvement de la TVA, en 2007. Mais la Cour note surtout (1) que les Allemands acquittent d'un impôt sur le revenu bien plus étendu que leurs voisins français (les impôts directs représentent 29,3% du total des taxes, contre 27,6% en France); (2) le taux de TVA, avant réforme, était plus bas qu'en France (16% devenu 19%) ; (3) après une baisse du taux marginal de l'Impôt sur le revenu en 2001 (de 53 à 42%), ce dernier a été relevé en 2008 à 45%. En France, Nicolas Sarkozy s'est refusé à tout relèvement de l'IR pour les plus riches, alors que la TVA sociale est régulièrement évoquée depuis juin 2007 malgré un taux de TVA déjà hors normes (19,6%). La Cour rappelle que Nicolas Sarkozy a au contraire baissé de 0,6 point de PIB les prélèvements fiscaux à cause de la loi TEPA... sans réussir à réduire, comme en Allemagne, le déficit budgétaire. Au final, les prélèvements indirects - les moins redistributifs car dé-corrélés des revenus des foyers, représentent 15% du PIB en France (2008), contre 12,8% en Allemagne (et 13,8% en Europe). Les prélèvements directs sont comparables (11,8 contre 11,5). Les cotisations sociales affichent 1 point de PIB d'écart, aux détriments de la France, même si elles ne recoupent pas la même réalité.
14. L'Allemagne recourt en effet massivement à l'impôt sur le revenu (IR) : ce dernier représentait 239 milliards d'euros en 2008 (sur 1.244 milliards de prélèvements obligatoires; soit 9,6% du PIB), contre 50 milliards en France (sur 770 milliards; soit 2,6% du PIB). En France, l'exonération des 50% des ménages les plus modestes (par ailleurs frappés par la fiscalité indirecte) et l'abus de niches fiscales utilisées par les plus riches a transformé l'IR en un panier percé. En France, la CSG et le CRDS, qui pèsent sur tous les revenus (travail, capital) ne compensent pas l'écart (90 milliards d'euros (4,6% du PIB). En Allemagne, l'IR se déclenche plus tard (7.834 euros contre 5.875 euros), mais il est ensuite plus lourd qu'en France. Onze millions de foyers sont non imposables par l'IR (contre 9 millions en France). La Cour des comptes note que le quotient familial, « une spécificité bien française », profite « d’autant plus (...) que le revenu imposable est élevé.»
lundi 7 mars 2011
dimanche 6 mars 2011
Sarkozy et l'ISF : le candidat des riches n'oublie pas les siens.
François Baroin, le ministre du budget, devait faire quelques annonces jeudi 3 mars sur la réforme du patrimoine. Son premier ministre, qui ouvrait un colloque sur la fiscalité et le patrimoine au ministère de l'Economie, lui a grillé la politesse. Sarkozy, lui, s'était échappé au Puy-en-Velay. Il démarrait son « Tour de France des terroirs ».
Masquer l'échec du bouclier
L'objectif initial est connu : supprimer le bouclier fiscal, renforcé par Nicolas Sarkozy en 2007. Le candidat veut dégager son maigre bilan de tous les boulets électoraux symboliques qui pourraient le gêner. Il faut gommer cette fichue image de Président des Riches qui lui colle à la peau depuis le soir même de son élection et son dîner au Fouquet's. Malheureusement, Sarkozy est toujours rattrapé par ses démons de classe. Alors même que les comptes publics sont plombés, le Monarque ne se résout pas à lâcher cet avantage fiscal sans contrepartie. Dès l'été dernier, la suppression de l'Impôt de Solidarité sur la Fortune a été jeté dans le débat. Depuis, la « majorité » se déchire. Les plus prudents souhaitent remplacer l'ISF par de nouvelles taxations : nouvelle tranche supérieure de l'impôt sur le revenu (comme en Allemagne) ou résidence principale, toutes les idées ont été récusées à l'Elysée jusqu'à lors.
Mardi, Marianne2 publiait le contenu d'une note gouvernementale adressée à quelques parlementaires choisis du clan UMP pour les convaincre que les bénéficiaires de l'ISF n'étaient pas les plus riches contribuables du pays. L'argument a fait boomerang. On découvrait ainsi que les 100 foyers les plus riches de France déclaraient 28,7 millions d'euros chacun en moyenne en 2008 (soit 2,9 milliards d'euros au total), contre un revenu moyen déclaré par foyer fiscal en France de ... 23.000 euros. Alors que les « pauvres » 100 plus gros patrimoines assujettis à l'ISF ne déclarent « que » 4,5 millions d'euros de revenus annuels, soit 6 fois moins. Si l'on élargit le périmètre, on remarque que les 100.000 foyers les plus riches (soit 0,3% des foyers du pays) déclaraient 50 milliards d'euros de revenus cumulés (soit 6% des revenus déclarés en France en 2008). L'analyse de l'origine de ces revenus est tout aussi intéressante : en moyenne, les revenus déclarés par les 36 millions de foyers français proviennent à 85% des salaires et traitements (bref, de son travail); 8% de revenus commerciaux (travailleurs libéraux); 5% de revenus foncier et immobilier; et seulement 2% de plus-values de cession de valeurs mobilières (action, obligation). Pour les 100.000 plus riches, la répartition change du tout au tout : le travail ne pèse que pour 31% de leurs revenus globaux; les revenus commerciaux grimpent à 23%; les revenus fonciers à 14%. Et les plus-values à ... 32% !
Au final, le bouclier fiscal, sous Chirac comme sous Sarkozy, n'a même servi à rien pour améliorer l'attractivité fiscale du pays. Le nombre de rapatriés reste ridiculement faible depuis des années.
François contre François
Jeudi, François Fillon a confirmé les principaux contours de la réforme fiscale. On cherche toujours la fameuse « convergence fiscale » avec l'Allemagne utilisée comme prétexte fantaisiste depuis juillet pour l'opération. Le bouclier fiscal sera ainsi intégralement supprimé, soit environ 700 millions d'euros d'économies annuelles pour l'Etat. On applaudit. C'était l'un des derniers « marqueurs » de la présidence Sarkozy. « Nous devons regarder la vérité en face: le bouclier fiscal a été mal compris, et sans doute la crise que nous avons traversée a-t-elle rendu nos concitoyens plus sensibles à certains de ses effets » a commenté Fillon. Il justifia la suppression du bouclier fiscal, un « remède imparfait » par l'aménagement de l'ISF. Seconde mesure en effet, l'ISF exonérera quelques 300.000 foyers supplémentaires, pour un coût de 900 millions d'euros par an pour les finances publiques. Enfin, les petits épargnants seront ... épargnés : « pas question de toucher au livret A, à l'assurance-vie du petit épargnant, ni à aucun des placements des ménages qui ne sont pas à l'ISF aujourd'hui » a insisté Fillon. Même conservatisme sur les droits de succession, allégés en 2007 et intouchables selon Fillon, ou sur l'impôt sur le revenu.
Sarkozy veut préserver l'illusion du rêve français, et Fillon fut ce jour-là son porte-parole : « Nous ne voulons pas d'une France où les classes populaires ne pourraient plus rêver d'accéder au statut des classes moyennes, et les classes moyennes au statut des classes supérieures. » Cette tartuferie agace. Les inégalités de revenus et de patrimoine se sont terriblement accrues ces dix dernières années. « En moyenne, les 10 % les plus riches ont gagné près de 10 mois de Smic net supplémentaires en dix ans » rappelait l'Observatoire des inégalités, « Entre 2004 et 2007, les 0,01 % les plus riches ont vu leur revenu annuel s’accroître de 360 000 euros !».
Pour théâtraliser la démarche, le gouvernement avait organisé un colloque à Bercy, sobrement baptisé « Patrimoine et fiscalité, enjeux et convergences européennes.» Après le mot d'introduction par Fillon, une première table ronde sur « Le patrimoine des Français aujourd’hui », filmée, associait l'UMP Pierre Méhaignerie, président de la commission des affaires sociales (qui déclarait récemment que les allocations chômage étaient trop élevées pour inciter les chômeurs à trouver un emploi), deux experts « neutres » et le strauss-kahnien Gilles Finchelstein, auteur de « l’Enquête sur la perception des inégalités dans le monde », directeur général de la Fondation Jean-Jaurès et directeur des études d’Euro RSCG worldwide. Une seconde table ronde sur les « déterminants des choix patrimoniaux » et la mondialisation était dirigée par un autre UMP, Gilles Carrez, rapporteur général de la commission des finances à l'Assemblée, représentants des notaires, du conseil financier et de l'immobilier, et ... un avocat fiscaliste basé à Bruxelles, spécialistes de l'expatriation... Une troisième table ronde, sur la « fiscalité et rôle du patrimoine dans le financement de l’économie » associait un sénateur centriste, (Jean Arthuis,, président de la commission des finances), un expert, et trois représentants des banques, assurances et entreprises.
Dans l'après-midi, Christine Lagarde put intervenir quelques instants. Elle plaida pour le maintien de l'exonération de l'outil de travail. Le débat n'est pas là mais dans la définition de l'outil de travail. L'actionnaire majoritaire d'une entreprise même cotée en Bourse peut exclure ses actions de son patrimoine taxable à l'ISF. On se souvient du cas exemplaire de Liliane Bettencourt révélée l'an dernier lors de l'affaire Woerth.
Une dernière table ronde reprenait l'argument présidentiel, la fameuse convergence. Le sénateur (UMP évidemment) Philippe Marini l'animait avec un représentant de l'OCDE, et un avocat. Marini dénonça la place « envahissante » occupée par l'ISF dans le débat fiscal, un « sujet symbolique et difficile. » S'agissait-il d'un tacle à l'encontre du Monarque ? Marini regretta l'absence du vrai débat, celui sur l'ensemble de la stratégie fiscale du pays.
Il ne restait au ministre du Budget François Baroin qu'à conclure. La réduction d'ISF s'appliquera ainsi via le relèvement du seuil de patrimoine taxable de 790.000 euros à 1,3 millions d'euros. Le barême sera simplifié, à deux tranches, au lieu des six actuelles: l'une de 1,3 million d'euros à 3 millions de patrimoine, taxée à 0,25% et l'autre tranche au-delà de 3 millions, taxée à 0,5.%. Avec un patrimoine de 2 millions d'euros, l'ISF coûtera ... 5.000 euros. Quel effort ! Comme l'explique Hervé Nathan, est que le gouvernement ne s'est pas limité à exonérer les « petits » patrimoines. En simplifiant les tranches, il réduit l'ISF des très gros patrimoines !
Le pavé Migaud dans la marre Sarkozy
Vendredi 4 mars, le président de la Cour des Comptes Didier Migaud a remis son rapport de 312 pages sur la convergence fiscale franco-allemande. Le timing est finalement parfait pour légitimer l'argument sarkozyen de cette réforme de riches. Sauf que la Cour flingue quelques arguments sarkozyens au passage. Elle écrit notamment que dans « le débat actuellement engagé sur la réforme de la fiscalité du patrimoine, (...) la comparaison avec l’ Allemagne n’apporte au demeurant aucun éclairage décisif ». Et paf ! Elle s'alarme moins de l'écart des prélèvements obligatoires entre les deux pays (« cet écart reflétant pour une large part le choix fait par notre pays d’un système de protection sociale obligatoire plus étendu.») que de celui des déficits structurels, 3 points de PIB également, « lié à une moindre capacité de la France à contenir la progression des dépenses publiques.»
En matière de compétitivité, une « priorité stratégique » de l'Allemagne depuis la réunification en 2000, la Cour précise que « la politique suivie par l’Allemagne en matière de prélèvements est loin d’être la seule explication ni même la principale.» A nouveau, le désaveu est sévère pour Sarkozy. « Les politiques de modération salariale, de réforme du marché du travail de même que les stratégies d’externalisation en particulier vers les pays de l’est de l’Europe, poursuivies par les entreprises allemandes qui s’appuient de plus sur des avantages historiques, comptent en effet pour beaucoup dans ces résultats. » Seul point d'accord avec la vulgate sarkozyenne (qui s'y opposerait ?), la fiscalité du travail est trop lourde en France. En matière de recommandations précises, la Cour pointe cette incohérence évidente que représente la TVA à taux réduit. Le simple rélèvement de 5,5% à 7% (comme en Allemagne) apporterait 15 milliards d'euros de recettes supplémentaires. Elle pointe l'ampleur de l'impôt sur le revenu en Allemagne, plus large, et suggère un allègement de la taxation du travail
Au final, cette réforme fiscale, cache-misère de l'échec sarkozyen, s'avère symbolique de cette propension à protéger les riches aux détriments du plus grand nombre.
Masquer l'échec du bouclier
L'objectif initial est connu : supprimer le bouclier fiscal, renforcé par Nicolas Sarkozy en 2007. Le candidat veut dégager son maigre bilan de tous les boulets électoraux symboliques qui pourraient le gêner. Il faut gommer cette fichue image de Président des Riches qui lui colle à la peau depuis le soir même de son élection et son dîner au Fouquet's. Malheureusement, Sarkozy est toujours rattrapé par ses démons de classe. Alors même que les comptes publics sont plombés, le Monarque ne se résout pas à lâcher cet avantage fiscal sans contrepartie. Dès l'été dernier, la suppression de l'Impôt de Solidarité sur la Fortune a été jeté dans le débat. Depuis, la « majorité » se déchire. Les plus prudents souhaitent remplacer l'ISF par de nouvelles taxations : nouvelle tranche supérieure de l'impôt sur le revenu (comme en Allemagne) ou résidence principale, toutes les idées ont été récusées à l'Elysée jusqu'à lors.
Mardi, Marianne2 publiait le contenu d'une note gouvernementale adressée à quelques parlementaires choisis du clan UMP pour les convaincre que les bénéficiaires de l'ISF n'étaient pas les plus riches contribuables du pays. L'argument a fait boomerang. On découvrait ainsi que les 100 foyers les plus riches de France déclaraient 28,7 millions d'euros chacun en moyenne en 2008 (soit 2,9 milliards d'euros au total), contre un revenu moyen déclaré par foyer fiscal en France de ... 23.000 euros. Alors que les « pauvres » 100 plus gros patrimoines assujettis à l'ISF ne déclarent « que » 4,5 millions d'euros de revenus annuels, soit 6 fois moins. Si l'on élargit le périmètre, on remarque que les 100.000 foyers les plus riches (soit 0,3% des foyers du pays) déclaraient 50 milliards d'euros de revenus cumulés (soit 6% des revenus déclarés en France en 2008). L'analyse de l'origine de ces revenus est tout aussi intéressante : en moyenne, les revenus déclarés par les 36 millions de foyers français proviennent à 85% des salaires et traitements (bref, de son travail); 8% de revenus commerciaux (travailleurs libéraux); 5% de revenus foncier et immobilier; et seulement 2% de plus-values de cession de valeurs mobilières (action, obligation). Pour les 100.000 plus riches, la répartition change du tout au tout : le travail ne pèse que pour 31% de leurs revenus globaux; les revenus commerciaux grimpent à 23%; les revenus fonciers à 14%. Et les plus-values à ... 32% !
Au final, le bouclier fiscal, sous Chirac comme sous Sarkozy, n'a même servi à rien pour améliorer l'attractivité fiscale du pays. Le nombre de rapatriés reste ridiculement faible depuis des années.
François contre François
Jeudi, François Fillon a confirmé les principaux contours de la réforme fiscale. On cherche toujours la fameuse « convergence fiscale » avec l'Allemagne utilisée comme prétexte fantaisiste depuis juillet pour l'opération. Le bouclier fiscal sera ainsi intégralement supprimé, soit environ 700 millions d'euros d'économies annuelles pour l'Etat. On applaudit. C'était l'un des derniers « marqueurs » de la présidence Sarkozy. « Nous devons regarder la vérité en face: le bouclier fiscal a été mal compris, et sans doute la crise que nous avons traversée a-t-elle rendu nos concitoyens plus sensibles à certains de ses effets » a commenté Fillon. Il justifia la suppression du bouclier fiscal, un « remède imparfait » par l'aménagement de l'ISF. Seconde mesure en effet, l'ISF exonérera quelques 300.000 foyers supplémentaires, pour un coût de 900 millions d'euros par an pour les finances publiques. Enfin, les petits épargnants seront ... épargnés : « pas question de toucher au livret A, à l'assurance-vie du petit épargnant, ni à aucun des placements des ménages qui ne sont pas à l'ISF aujourd'hui » a insisté Fillon. Même conservatisme sur les droits de succession, allégés en 2007 et intouchables selon Fillon, ou sur l'impôt sur le revenu.
Sarkozy veut préserver l'illusion du rêve français, et Fillon fut ce jour-là son porte-parole : « Nous ne voulons pas d'une France où les classes populaires ne pourraient plus rêver d'accéder au statut des classes moyennes, et les classes moyennes au statut des classes supérieures. » Cette tartuferie agace. Les inégalités de revenus et de patrimoine se sont terriblement accrues ces dix dernières années. « En moyenne, les 10 % les plus riches ont gagné près de 10 mois de Smic net supplémentaires en dix ans » rappelait l'Observatoire des inégalités, « Entre 2004 et 2007, les 0,01 % les plus riches ont vu leur revenu annuel s’accroître de 360 000 euros !».
Pour théâtraliser la démarche, le gouvernement avait organisé un colloque à Bercy, sobrement baptisé « Patrimoine et fiscalité, enjeux et convergences européennes.» Après le mot d'introduction par Fillon, une première table ronde sur « Le patrimoine des Français aujourd’hui », filmée, associait l'UMP Pierre Méhaignerie, président de la commission des affaires sociales (qui déclarait récemment que les allocations chômage étaient trop élevées pour inciter les chômeurs à trouver un emploi), deux experts « neutres » et le strauss-kahnien Gilles Finchelstein, auteur de « l’Enquête sur la perception des inégalités dans le monde », directeur général de la Fondation Jean-Jaurès et directeur des études d’Euro RSCG worldwide. Une seconde table ronde sur les « déterminants des choix patrimoniaux » et la mondialisation était dirigée par un autre UMP, Gilles Carrez, rapporteur général de la commission des finances à l'Assemblée, représentants des notaires, du conseil financier et de l'immobilier, et ... un avocat fiscaliste basé à Bruxelles, spécialistes de l'expatriation... Une troisième table ronde, sur la « fiscalité et rôle du patrimoine dans le financement de l’économie » associait un sénateur centriste, (Jean Arthuis,, président de la commission des finances), un expert, et trois représentants des banques, assurances et entreprises.
Dans l'après-midi, Christine Lagarde put intervenir quelques instants. Elle plaida pour le maintien de l'exonération de l'outil de travail. Le débat n'est pas là mais dans la définition de l'outil de travail. L'actionnaire majoritaire d'une entreprise même cotée en Bourse peut exclure ses actions de son patrimoine taxable à l'ISF. On se souvient du cas exemplaire de Liliane Bettencourt révélée l'an dernier lors de l'affaire Woerth.
Une dernière table ronde reprenait l'argument présidentiel, la fameuse convergence. Le sénateur (UMP évidemment) Philippe Marini l'animait avec un représentant de l'OCDE, et un avocat. Marini dénonça la place « envahissante » occupée par l'ISF dans le débat fiscal, un « sujet symbolique et difficile. » S'agissait-il d'un tacle à l'encontre du Monarque ? Marini regretta l'absence du vrai débat, celui sur l'ensemble de la stratégie fiscale du pays.
Il ne restait au ministre du Budget François Baroin qu'à conclure. La réduction d'ISF s'appliquera ainsi via le relèvement du seuil de patrimoine taxable de 790.000 euros à 1,3 millions d'euros. Le barême sera simplifié, à deux tranches, au lieu des six actuelles: l'une de 1,3 million d'euros à 3 millions de patrimoine, taxée à 0,25% et l'autre tranche au-delà de 3 millions, taxée à 0,5.%. Avec un patrimoine de 2 millions d'euros, l'ISF coûtera ... 5.000 euros. Quel effort ! Comme l'explique Hervé Nathan, est que le gouvernement ne s'est pas limité à exonérer les « petits » patrimoines. En simplifiant les tranches, il réduit l'ISF des très gros patrimoines !
Le pavé Migaud dans la marre Sarkozy
Vendredi 4 mars, le président de la Cour des Comptes Didier Migaud a remis son rapport de 312 pages sur la convergence fiscale franco-allemande. Le timing est finalement parfait pour légitimer l'argument sarkozyen de cette réforme de riches. Sauf que la Cour flingue quelques arguments sarkozyens au passage. Elle écrit notamment que dans « le débat actuellement engagé sur la réforme de la fiscalité du patrimoine, (...) la comparaison avec l’ Allemagne n’apporte au demeurant aucun éclairage décisif ». Et paf ! Elle s'alarme moins de l'écart des prélèvements obligatoires entre les deux pays (« cet écart reflétant pour une large part le choix fait par notre pays d’un système de protection sociale obligatoire plus étendu.») que de celui des déficits structurels, 3 points de PIB également, « lié à une moindre capacité de la France à contenir la progression des dépenses publiques.»
En matière de compétitivité, une « priorité stratégique » de l'Allemagne depuis la réunification en 2000, la Cour précise que « la politique suivie par l’Allemagne en matière de prélèvements est loin d’être la seule explication ni même la principale.» A nouveau, le désaveu est sévère pour Sarkozy. « Les politiques de modération salariale, de réforme du marché du travail de même que les stratégies d’externalisation en particulier vers les pays de l’est de l’Europe, poursuivies par les entreprises allemandes qui s’appuient de plus sur des avantages historiques, comptent en effet pour beaucoup dans ces résultats. » Seul point d'accord avec la vulgate sarkozyenne (qui s'y opposerait ?), la fiscalité du travail est trop lourde en France. En matière de recommandations précises, la Cour pointe cette incohérence évidente que représente la TVA à taux réduit. Le simple rélèvement de 5,5% à 7% (comme en Allemagne) apporterait 15 milliards d'euros de recettes supplémentaires. Elle pointe l'ampleur de l'impôt sur le revenu en Allemagne, plus large, et suggère un allègement de la taxation du travail
Au final, cette réforme fiscale, cache-misère de l'échec sarkozyen, s'avère symbolique de cette propension à protéger les riches aux détriments du plus grand nombre.
samedi 5 mars 2011
200ème semaine de Sarkofrance : les grosses ficelles du candidat Sarkozy
Voici 200 semaines que Nicolas Sarkozy a été élu à la Présidence de la République. N'espérez aucune célébration de cet anniversaire. Déjà candidat, le Président des Riches nous a quand même livré une semaine exemplaire : instabilité ministérielle, bondieuseries identitaires, conflits d'intérêt, assouplissement de l'ISF, service minimum sur l'emploi, et hypocrisie diplomatique.
A l'Elysée, l'équipe de campagne est presque au complet. Brice Hortefeux sera conseiller politique. Mais chut... on officialisera plus tard cette nomination. Pour l'instant, Sarkozy n'est pas en campagne.
Hypocrisie politique
Dimanche, sans crier gare mais sans surprendre, Nicolas Sarkozy a encore remanié son gouvernement. L'instabilité ministérielle, à l'exception notable de Christine Lagarde à l'Economie, ressemble à la IVème République. Exit Michèle Alliot-Marie et Brice Hortefeux. Place aux « expérimentés » Alain Juppé aux Affaires étrangères, Gérard Longuet à la Défense, et Claude Guéant à l'Intérieur et immigration. Le monarque s'est même adressé au pays à la télévision, pendant 7 petites minutes. Pour justifier l'opération, il n'évoqua pas son crash diplomatique, ni les casseroles de ses collaborateurs : le périple tunisien et les affaires familiales de MAM, les congés de la famille Fillon payés par l'autocrate Moubarak, l'attentisme français face au printemps arabe, la collusion d'un Ollier avec le sanglant régime Kadhafi. Ce dernier a décidé d'attaquer la candidat écolo Eva Joly pour diffamation, qui rappelait ses relations d'amitiés avec les autorités libyennes et les ventes d'armes correspondantes.
Sarkozy préfèra s'abriter derrière les révolutions arabes, l'incroyable bouleversement politique qui frappe le Proche-Orient. Il vanta l'Union pour la Méditerranée (UPM) nouvelle formule, mieux entourée de démocraties qu'il faudrait soutenir. Quatre jours plus tard, la Sarkofrance signait un accord de coopération culturelle avec la Syrie : le « Groupement pour la mise en œuvre de l’accord franco-syrien de coopération culturelle » était approuvé, qui prévoit un soutien français à la rénovation des musées de la dictature syrienne. Et la liste reste longue de ces dictatures amies pour lesquelles la Sarkofrance déploie davantage de protocole que les simples relations diplomatiques minimales entre Etats.
Au final, Sarkozy ne reconnut aucune erreur et prit l'électeur pour un abruti. Il fallait lire entre les lignes : « je me dois de ne faire prévaloir aucune autre considération que l'efficacité et l'intérêt général dans le choix de ceux auxquels sont confiées les responsabilités de l'Etat. » Lundi, il faut faire le service après-vente. Henri Guaino donnait encore quelques leçons d'intelligence aux médias, aux commentateurs, à la France entière. Il fut contraint d'avouer qu'il a lui-même passé le réveillon à Tripoli, chez l'ambassadeur du coin. Il a même « payé » ses vacances. Quel effort !
Service minimum
Lundi, François Fillon était à Troyes. Il vanta l'exonération de charges sur les bas salaires
Mardi, le candidat Sarkozy lui emboita le pas sur l'apprentissage. Il recycla quelques vieilles annonces, comme les « 15 000 places supplémentaires d'hébergement pour les jeunes apprentis » financées par le Grand Emprunt de janvier 2009. La création d'« internats d'alternance » (avec 18.000 places à l'époque), est promise depuis deux ans. Financer la politique de l'emploi par la dette ? On applaudit ! Plus fort encore, plus grave aussi, il remit « 250 millions d'euros supplémentaires pour financer 50 000 contrats aidés de plus par rapport à ceux déjà budgétés ». Un « effort absolument exceptionnel »nous expliqua-t-il ! Il avait lui-même réduit le nombre de contrats aidés en 2007, puis à nouveau fin 2010 pour l'année 2011. L'homme navigue décidément à vue. Le tour de passe-passe est un peu gros. Il supprime d'abord, pour redonner ensuite, mais un peu moins...
Fin janvier, quelques 2,56 millions de personnes sans emploi étaient indemnisées, pour partie par pôle emploi au titre de l'assurance chômage (2,124 millions, soit 49% des inscrits), et pour partie par l'Etat (435.400 fin de droits) au titre de la solidarité. Ce nombre n'a progressé « que » de 2,5% en un an tandis que le chômage augmentait lui de plus de 4% sur la période.
Si Sarkozy espère qu'on « travaillera plus » cette année, à l'approche du scrutin de 2012, il reste très discret sur le pouvoir d'achat. Son ministre de l'industrie a dû reconnaître que les prix du gaz augmenteraient en moyenne de 5% le 1er avril prochain. Sur un an, la hausse est de 20% pour quelques 11 millions de foyers. La révolte libyenne a également provoqué une envolée des prix du pétrole. Le litre de diesel frôle les 1,50 euro.
A l'Assemblée, les nouveaux ministres passaient leur premier oral. Claude Guéant s'accrochait à son micro pour mieux mentir sur l'insécurité. Les effectifs des forces de l'ordre sont bel et bien revenus, en 2011, à leur niveau de 2002. Alors que la population française a cru de 5% sur la période, et que les atteintes aux personnes, fichu bilan de 9 ans d'insécurité sarkozyenne, ont cru de ... 22%. En matière sécuritaire, le gouvernement est plus actif contre le Net. Le décret qui exige la conservation et la communication, sur simple demande de toute autorité gouvernementale, des données personnelles des internautes par les fournisseurs d'accès pendant un an vient de paraître au Journal officiel.
Mauvaises affaires
Les affaires n'ont pas fini de polluer la mandature sarkozyenne. On se rappelle les conflits d'intérêt du nouveau ministre de la Défense. Gérard Longuet, quand il présidait les sénateurs UMP, émargeait aussi comme consultant pour GDF-Suez entre septembre 2008 et décembre 2009. En plein débat sur la libéralisation du marché de l'électricité, ça aide... Une plainte contre X pour «corruption active et passive, prise illégale d'intérêts, recel, blanchiment, escroquerie, abus de confiance, abus de biens sociaux» va être déposée auprès du procureur de la République par Jean-Marie Kuhn, actionnaire minoritaire de GDF-Suez, révèle l'Express. Mediapart complète : le montant de la prestation se serait élevé autour de 450.000 euros. Un bonheur n'arrivant jamais seul, on apprend qu'un collègue de Longuet, Frédéric Lefebvre, le désormais discret secrétaire d'Etat au Tourisme et au Commerce, souhaiterait nommer l'épouse de Longuet vice-présidente de la Commission nationale des professions libérales. Un ancien camarade du groupe Occident, Hervé Novelli, avait déjà confié une mission de 4 mois à Mme Longuet à l'automne dernier pour refondre cette Commission qu'elle s'apprête donc à rejoindre...
Lundi, le juge Renaud van Ruymbeke, qui enquête sur le volet financier de l'affaire de Karachi, a eu un très instructif entretien avec l'ancien trésorier de la campagne de Balladur en 1995. René Galy-Dejean n'a aucun souvenir de l'origine de 7 millions de francs (environ 1 million d'euros), reçus en petites coupures de 500. On s'interroge... Le juge semble établir un lien avec d'autres versements occultes, à l'époque au bénéfice du Parti Républicain présidé par ... Gérard Longuet.
Bondieuseries identitaires
Jeudi 3 mars, le candidat parlait patrimoine, terroir, héritage, et surtout racines chrétiennes de la France. Evidemment, quelques zélotes notèrent qu'il avait aussi évoqué Juifs et Musulmans dans son discours. Mais imaginez simplement qu'il fut allé visiter une mosquée, pour glisser ensuite une seule allusion au christianisme... « Il ne faut pas opposer identité et diversité » Quelle diversité ? L'Islam, seconde religion du pays, ferait débat. La chrétienté serait magnifique. Son discours regorgeait de références et d'hommages chrétiens. Il se déclara « saisi par la majesté immense de cet immense reliquaire de pierre.» Il loua le « le magnifique héritage de civilisation » laissé par la chrétienté à la France, «la foi des bâtisseurs de Notre-Dame du Puy ». Il ne manquait que le signe de croix.
Sarkozy sait-il qu'il préside, certes mal, un pays laïc ? Sait-il qu'il y d'autres urgences, comme le chômage, la précarité, ou les inégalités ? Pour que l'extase du candidat soit sans faille, d'innombrables gendarmes et CRS étaient présents. La bourgade était bouclée ; le cortège présidentiel, comme toujours, immense. Quelques dizaines de contestataires furent évidemment chargés et gazés à la bombe lacrymogène. De retour de la cathédrale, Sarkozy livra un discours attendu. Depuis 3 semaines, il a choisi de fustiger l'Islam, à travers un funeste débat sur la place de cette seconde religion du pays dans notre société. Il renifle les thèmes du Front National, s'inquiète de la solidité sondagière de Marine Le Pen, et de sa propre fragilité. Au Puy-en-Velay, le candidat voulait séduire.
A Paris, l'UMP accueillait Eric Zemmour, le chroniqueur récemment condamné pour provocation à la haine raciale.
Un nouveau cadeau aux Riches
Vendredi, Nicolas Sarkozy a reçu une claque de 312 pages. Un rapport de la Cour des Comptes qu'il avait pourtant lui-même commandé sur les différences fiscales entre la France et l'Allemagne. Or le dit rapport contredit en tous points l'argumentaire officiel développé depuis l'été dernier. Que dit la Cour ? Que le débat lancé par Sarkozy en juillet sur la fiscalité du patrimoine n'a aucun sens. Qu'il vaudrait mieux réfléchir à relever les taux de TVA réduit de 5,5 à 7% comme en Allemagne (15 milliards de recettes nouvelles !). La Cour des Comptes recommande de ne pas chercher à aligner la fiscalité française sur le régime allemand. Elle dénonce l'excessive taxation du travail versus le capital, ou l'ampleur des niches fiscales. Elle fustige le débat inutile sur la fiscalité du patrimoine. Elle souligne que les durées du travail à temps complet sont similaires, mais que l'Allemagne creuse la différence sur sur l'emploi à temps partiel. Et elle rappelle que les comparaisons de prélèvements obligatoires sont méthodologiquement difficiles : 15 millions d'Allemands sont par exemple contraints à des retraites complémentaires privées faute d'une assurance publique aussi développée qu'en France.
Malgré un cliché photographique figurant Sarkozy, large sourire aux lèvres, tendant la main à Didier Migaud pour recevoir ses conclusions, le communiqué officiel de la présidence fut sobre et glauque. Comme celui d'un boxeur sonné. Sarkozy savait sans doute tout cela avant de recevoir le rapport. Il a quand même laissé quelques ministres s'agiter dans un fumeux colloque organisé par Bercy ce jeudi. Les François Fillon et Baroin annoncèrent la suppression tant attendue du bouclier fiscal (+700 millions d'euros par an), mais aussi une large révision, en deux temps, de l'Impôt de Solidarité sur la Fortune : exonération des patrimoines inférieurs à 1,3 millions d'euros, et réduction des taux pour les autres. Une belle fortune de 100 millions d'euros économisera quelque 1,2 million d'euros ! Bravo !
La Présidence des Riches a encore frappé... Systématiquement, il lui faut donner quelques gages et contre-parties aux maigres efforts qu'elle demande aux plus riches. Une note confidentielle de Bercy, délivrée à quelques parlementaires-godillots, nous apprenait que les 100 foyers les plus riches de France déclaraient 28,7 millions d'euros chacun en moyenne en 2008 (soit 2,9 milliards d'euros au total), contre 23.000 euros par foyer fiscal en France. Et pour les 100.000 plus gros revenus du pays (50 milliards en cumulé), la Bourse et le placement sont les premières sources de rémunération (32%): le travail ne pèse que pour 31% de leurs revenus globaux.
Gagner plus ... sans travailler plus...
Ami sarkozyste, où es-tu ?
A l'Elysée, l'équipe de campagne est presque au complet. Brice Hortefeux sera conseiller politique. Mais chut... on officialisera plus tard cette nomination. Pour l'instant, Sarkozy n'est pas en campagne.
Hypocrisie politique
Dimanche, sans crier gare mais sans surprendre, Nicolas Sarkozy a encore remanié son gouvernement. L'instabilité ministérielle, à l'exception notable de Christine Lagarde à l'Economie, ressemble à la IVème République. Exit Michèle Alliot-Marie et Brice Hortefeux. Place aux « expérimentés » Alain Juppé aux Affaires étrangères, Gérard Longuet à la Défense, et Claude Guéant à l'Intérieur et immigration. Le monarque s'est même adressé au pays à la télévision, pendant 7 petites minutes. Pour justifier l'opération, il n'évoqua pas son crash diplomatique, ni les casseroles de ses collaborateurs : le périple tunisien et les affaires familiales de MAM, les congés de la famille Fillon payés par l'autocrate Moubarak, l'attentisme français face au printemps arabe, la collusion d'un Ollier avec le sanglant régime Kadhafi. Ce dernier a décidé d'attaquer la candidat écolo Eva Joly pour diffamation, qui rappelait ses relations d'amitiés avec les autorités libyennes et les ventes d'armes correspondantes.
Sarkozy préfèra s'abriter derrière les révolutions arabes, l'incroyable bouleversement politique qui frappe le Proche-Orient. Il vanta l'Union pour la Méditerranée (UPM) nouvelle formule, mieux entourée de démocraties qu'il faudrait soutenir. Quatre jours plus tard, la Sarkofrance signait un accord de coopération culturelle avec la Syrie : le « Groupement pour la mise en œuvre de l’accord franco-syrien de coopération culturelle » était approuvé, qui prévoit un soutien français à la rénovation des musées de la dictature syrienne. Et la liste reste longue de ces dictatures amies pour lesquelles la Sarkofrance déploie davantage de protocole que les simples relations diplomatiques minimales entre Etats.
Au final, Sarkozy ne reconnut aucune erreur et prit l'électeur pour un abruti. Il fallait lire entre les lignes : « je me dois de ne faire prévaloir aucune autre considération que l'efficacité et l'intérêt général dans le choix de ceux auxquels sont confiées les responsabilités de l'Etat. » Lundi, il faut faire le service après-vente. Henri Guaino donnait encore quelques leçons d'intelligence aux médias, aux commentateurs, à la France entière. Il fut contraint d'avouer qu'il a lui-même passé le réveillon à Tripoli, chez l'ambassadeur du coin. Il a même « payé » ses vacances. Quel effort !
Service minimum
Lundi, François Fillon était à Troyes. Il vanta l'exonération de charges sur les bas salaires
Mardi, le candidat Sarkozy lui emboita le pas sur l'apprentissage. Il recycla quelques vieilles annonces, comme les « 15 000 places supplémentaires d'hébergement pour les jeunes apprentis » financées par le Grand Emprunt de janvier 2009. La création d'« internats d'alternance » (avec 18.000 places à l'époque), est promise depuis deux ans. Financer la politique de l'emploi par la dette ? On applaudit ! Plus fort encore, plus grave aussi, il remit « 250 millions d'euros supplémentaires pour financer 50 000 contrats aidés de plus par rapport à ceux déjà budgétés ». Un « effort absolument exceptionnel »nous expliqua-t-il ! Il avait lui-même réduit le nombre de contrats aidés en 2007, puis à nouveau fin 2010 pour l'année 2011. L'homme navigue décidément à vue. Le tour de passe-passe est un peu gros. Il supprime d'abord, pour redonner ensuite, mais un peu moins...
Fin janvier, quelques 2,56 millions de personnes sans emploi étaient indemnisées, pour partie par pôle emploi au titre de l'assurance chômage (2,124 millions, soit 49% des inscrits), et pour partie par l'Etat (435.400 fin de droits) au titre de la solidarité. Ce nombre n'a progressé « que » de 2,5% en un an tandis que le chômage augmentait lui de plus de 4% sur la période.
Si Sarkozy espère qu'on « travaillera plus » cette année, à l'approche du scrutin de 2012, il reste très discret sur le pouvoir d'achat. Son ministre de l'industrie a dû reconnaître que les prix du gaz augmenteraient en moyenne de 5% le 1er avril prochain. Sur un an, la hausse est de 20% pour quelques 11 millions de foyers. La révolte libyenne a également provoqué une envolée des prix du pétrole. Le litre de diesel frôle les 1,50 euro.
A l'Assemblée, les nouveaux ministres passaient leur premier oral. Claude Guéant s'accrochait à son micro pour mieux mentir sur l'insécurité. Les effectifs des forces de l'ordre sont bel et bien revenus, en 2011, à leur niveau de 2002. Alors que la population française a cru de 5% sur la période, et que les atteintes aux personnes, fichu bilan de 9 ans d'insécurité sarkozyenne, ont cru de ... 22%. En matière sécuritaire, le gouvernement est plus actif contre le Net. Le décret qui exige la conservation et la communication, sur simple demande de toute autorité gouvernementale, des données personnelles des internautes par les fournisseurs d'accès pendant un an vient de paraître au Journal officiel.
Mauvaises affaires
Les affaires n'ont pas fini de polluer la mandature sarkozyenne. On se rappelle les conflits d'intérêt du nouveau ministre de la Défense. Gérard Longuet, quand il présidait les sénateurs UMP, émargeait aussi comme consultant pour GDF-Suez entre septembre 2008 et décembre 2009. En plein débat sur la libéralisation du marché de l'électricité, ça aide... Une plainte contre X pour «corruption active et passive, prise illégale d'intérêts, recel, blanchiment, escroquerie, abus de confiance, abus de biens sociaux» va être déposée auprès du procureur de la République par Jean-Marie Kuhn, actionnaire minoritaire de GDF-Suez, révèle l'Express. Mediapart complète : le montant de la prestation se serait élevé autour de 450.000 euros. Un bonheur n'arrivant jamais seul, on apprend qu'un collègue de Longuet, Frédéric Lefebvre, le désormais discret secrétaire d'Etat au Tourisme et au Commerce, souhaiterait nommer l'épouse de Longuet vice-présidente de la Commission nationale des professions libérales. Un ancien camarade du groupe Occident, Hervé Novelli, avait déjà confié une mission de 4 mois à Mme Longuet à l'automne dernier pour refondre cette Commission qu'elle s'apprête donc à rejoindre...
Lundi, le juge Renaud van Ruymbeke, qui enquête sur le volet financier de l'affaire de Karachi, a eu un très instructif entretien avec l'ancien trésorier de la campagne de Balladur en 1995. René Galy-Dejean n'a aucun souvenir de l'origine de 7 millions de francs (environ 1 million d'euros), reçus en petites coupures de 500. On s'interroge... Le juge semble établir un lien avec d'autres versements occultes, à l'époque au bénéfice du Parti Républicain présidé par ... Gérard Longuet.
Bondieuseries identitaires
Jeudi 3 mars, le candidat parlait patrimoine, terroir, héritage, et surtout racines chrétiennes de la France. Evidemment, quelques zélotes notèrent qu'il avait aussi évoqué Juifs et Musulmans dans son discours. Mais imaginez simplement qu'il fut allé visiter une mosquée, pour glisser ensuite une seule allusion au christianisme... « Il ne faut pas opposer identité et diversité » Quelle diversité ? L'Islam, seconde religion du pays, ferait débat. La chrétienté serait magnifique. Son discours regorgeait de références et d'hommages chrétiens. Il se déclara « saisi par la majesté immense de cet immense reliquaire de pierre.» Il loua le « le magnifique héritage de civilisation » laissé par la chrétienté à la France, «la foi des bâtisseurs de Notre-Dame du Puy ». Il ne manquait que le signe de croix.
Sarkozy sait-il qu'il préside, certes mal, un pays laïc ? Sait-il qu'il y d'autres urgences, comme le chômage, la précarité, ou les inégalités ? Pour que l'extase du candidat soit sans faille, d'innombrables gendarmes et CRS étaient présents. La bourgade était bouclée ; le cortège présidentiel, comme toujours, immense. Quelques dizaines de contestataires furent évidemment chargés et gazés à la bombe lacrymogène. De retour de la cathédrale, Sarkozy livra un discours attendu. Depuis 3 semaines, il a choisi de fustiger l'Islam, à travers un funeste débat sur la place de cette seconde religion du pays dans notre société. Il renifle les thèmes du Front National, s'inquiète de la solidité sondagière de Marine Le Pen, et de sa propre fragilité. Au Puy-en-Velay, le candidat voulait séduire.
A Paris, l'UMP accueillait Eric Zemmour, le chroniqueur récemment condamné pour provocation à la haine raciale.
Un nouveau cadeau aux Riches
Vendredi, Nicolas Sarkozy a reçu une claque de 312 pages. Un rapport de la Cour des Comptes qu'il avait pourtant lui-même commandé sur les différences fiscales entre la France et l'Allemagne. Or le dit rapport contredit en tous points l'argumentaire officiel développé depuis l'été dernier. Que dit la Cour ? Que le débat lancé par Sarkozy en juillet sur la fiscalité du patrimoine n'a aucun sens. Qu'il vaudrait mieux réfléchir à relever les taux de TVA réduit de 5,5 à 7% comme en Allemagne (15 milliards de recettes nouvelles !). La Cour des Comptes recommande de ne pas chercher à aligner la fiscalité française sur le régime allemand. Elle dénonce l'excessive taxation du travail versus le capital, ou l'ampleur des niches fiscales. Elle fustige le débat inutile sur la fiscalité du patrimoine. Elle souligne que les durées du travail à temps complet sont similaires, mais que l'Allemagne creuse la différence sur sur l'emploi à temps partiel. Et elle rappelle que les comparaisons de prélèvements obligatoires sont méthodologiquement difficiles : 15 millions d'Allemands sont par exemple contraints à des retraites complémentaires privées faute d'une assurance publique aussi développée qu'en France.
Malgré un cliché photographique figurant Sarkozy, large sourire aux lèvres, tendant la main à Didier Migaud pour recevoir ses conclusions, le communiqué officiel de la présidence fut sobre et glauque. Comme celui d'un boxeur sonné. Sarkozy savait sans doute tout cela avant de recevoir le rapport. Il a quand même laissé quelques ministres s'agiter dans un fumeux colloque organisé par Bercy ce jeudi. Les François Fillon et Baroin annoncèrent la suppression tant attendue du bouclier fiscal (+700 millions d'euros par an), mais aussi une large révision, en deux temps, de l'Impôt de Solidarité sur la Fortune : exonération des patrimoines inférieurs à 1,3 millions d'euros, et réduction des taux pour les autres. Une belle fortune de 100 millions d'euros économisera quelque 1,2 million d'euros ! Bravo !
La Présidence des Riches a encore frappé... Systématiquement, il lui faut donner quelques gages et contre-parties aux maigres efforts qu'elle demande aux plus riches. Une note confidentielle de Bercy, délivrée à quelques parlementaires-godillots, nous apprenait que les 100 foyers les plus riches de France déclaraient 28,7 millions d'euros chacun en moyenne en 2008 (soit 2,9 milliards d'euros au total), contre 23.000 euros par foyer fiscal en France. Et pour les 100.000 plus gros revenus du pays (50 milliards en cumulé), la Bourse et le placement sont les premières sources de rémunération (32%): le travail ne pèse que pour 31% de leurs revenus globaux.
Gagner plus ... sans travailler plus...
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vendredi 4 mars 2011
Sarkozy : un Chanoine en pleine recherche d'identité électorale
Sans surprise, Nicolas Sarkozy s'est réfugié derrière l'héritage chrétien de la France quand il visita la cathédrale du Puy-en-Velay, jeudi 3 mars, lors de cette première étape de son Tour de France des terroirs. Ainsi a-t-on baptisé cette tournée électorale pour le scrutin de 2012. Cette cathédrale est aussi la première étape des processions catholiques vers Saint-Jacques de Compostelle. Tout un symbole. Mais comment reprocher à Nicolas Sarkozy d'apprécier les belles églises de France lors du visite consacrée à la sauvegarde du patrimoine national ? C'est en fait assez simple. Il fallait écouter son discours, observer son extase, se rappeler ses anciens propos, ou sa récente idée, lancée voici 3 semaines, d'un débat sur la compatibilité de l'Islam avec l'identité française. Un débat aussitôt fustigé et enterré par quelques ténors de son camp y compris François Fillon.
Terroir électoral
Le patrimoine national est-il menacé ? Il faut bien le croire, puisque Nicolas Sarkozy avait bloqué une grosse matinée et un déjeuner pour ne parler que de cela. L'actualité est pourtant particulièrement chaude. A Paris, son premier ministre dévoilait les principaux contours de la réforme fiscale. On croyait que c'était l'une des priorités de cette fin de mandat. En Libye, des dizaines de milliers de réfugiés s'accumulent aux frontières tunisiennes et égyptiennes. Dimanche dernier, Nicolas Sarkozy nous expliquait combien ces incroyables et imprévues révolutions arabes l'avaient conduit à remanier une nouvelle fois son gouvernement. Le chômage ? Mardi dernier, il avait lâché quelques fausses promesses pour favoriser l'apprentissage des jeunes, un mélange de rallonges sur des budgets qu'il avait lui-même coupé et d'annonces anciennes de plusieurs mois. Service minimum pour une cause pourtant nationale. On croyait enfin que le Monarque nouveau président du monde, c'ets-à-dire du G20, avait une tâche immense et difficile à travailler à une meilleure régulation du monde de la finance et des marchés de matières premières.
Non, ce jeudi 3 mars, donc, Nicolas Sarkozy ne voulait parler que de patrimoine national. Y-aurait-il menace ? Oui, bien sûr. La menace est électorale. Depuis 18 mois, Nicolas Sarkozy tente de s'emparer de la thématique identitaire contre l'OPA frontiste. Débat sur l'identité nationale, discours répétitifs sur l'identité agricole, discours identitaire de Grenoble contre l'Immigré Délinquant... Il a tout essayé. En vain. Il reste bloqué dans les bas-fonds des sondages, et la blonde Marine fille de Jean-Marie s'affirme chaque jour un peu plus.
N'y avait-il qu'une cathédrale pour illustrer la richesse de notre patrimoine ? Non, bien sûr. Mais il faisait d'une pierre trois coups : un clin d'oeil appuyé à l'électorat dit catholique ; un autre pour les supporteurs frontistes sur l'identité nationale, et une belle illustration de l'image qu'il veut donner de lui : proche des gens et des terroirs.
Extase du candidat
Au Puy-en-Velay, le candidat visita donc d'abord la cathédrale du coin, avec le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, son conseiller préposé aux discours Henri Guaino, et le jeune ministre et maire de la bourgade Laurent Wauquiez. Seuls les journalistes de l'AFP furent autorisés à suivre le cortège présidentiel à l'intérieur de l'église. On voulait sans doute éviter quelques photos provocatrices d'un Sarkozy faisant le signe de croix.
A l'écart, d'horribles contestataires avaient tenté de faire entendre leur voix. Comme toujours, les lieux avaient été bouclés. Des gaz lacrymogènes furent lancés, selon le quotidien local La Montagne. Dans la nouvelle salle de l'hôtel-Dieu, voisin de quelques mètres, quelques 300 personnes durent attendre le candidat une bonne heure. Son discours fut bref, d'une trentaine de minutes.
« En gravissant tout à l'heure les marches qui conduisent à la cathédrale du Puy-en-Velay, comme l'ont fait avant moi, et cela depuis bientôt 10 siècles, des millions de personnes, j'ai été très ému, et j'ai été, comme eux, saisi par la majesté immense de cet immense reliquaire de pierre...» Le catholique Nicolas s'emballe... « Il y a près de 1000 ans, les architectes inspirés qui ne disposaient d'autres moyens techniques que leur talent... et que leur foi ... » Il lève la tête, en souriant, vers l'évêque... «... eurent l'idée folle de jeter dans le vide la nef de leur église pour l'affranchir des contraintes naturelles qui la bridait (...) Je suis heureux d'être venu ici, j'en garderai un souvenir, je vous prie de le croire, un souvenir très personnel. » Sarkozy était-il encore président ? Le Chanoine de Latran est revenu, celui-là même qui nous expliquait en décembre 2007 que « Dieu qui n’asservit pas l’homme mais qui le libère.»
C'est l'extase, chrétienne bien sûr : « Ces paysages qui nous entourent font partie de l'identité de la France. Cette idée exprimée avec tant d'intelligence par Fernand Braudel (...), ces paysages du Velay incarnent la France, au même titre que le Mont Saint-Michel, le Pont du Gard, la cité de Carcassonne, le Château de Versailles... Personne ne peut parcourir ce pays sans rencontrer son histoire, (...) une histoire tragique parfois, sublime souvent (...). Amiens, Chartres, Strasbourg, Paris, aucune de nos villes ne seraient ce qu'elle est aux yeux des Français et aux yeux du reste du monde sans ces cathédrales vers lesquelles convergent, toujours, fidèles et touristes. (...) Cet héritage, mes chers compatriotes, nous oblige. (...) Nous devons l'assumer sans complexe et sans fausse pudeur.»
On ne sait plus si Sarkozy parlait des pierres qu'il avait contemplé, ou de la religion. Ou plutôt, on sait très bien. Il y a avait comme de la provocation non assumée dans ce discours-là, une sorte d'hypocrisie à ne pas affirmer le fonds de sa pensée du moment et/ou de couardise à éviter une trop grosse provocation. Sarkozy leva les yeux de son texte, et, comme souvent, là est le danger. Il s'évade, dérape ou glisse. C'est selon.
« A tous ceux qui défendent à juste titre la diversité, je voudrais dire que sans identité, il n'y a pas de diversité, qu'à l'origine de la diversité il y a les identités, et que ce n'est pas faire preuve de fermeture que de croire en son identité pour mieux la faire partager avec les identités des autres. Mais si on ne croit pas en sa propre identité, comment peut-on partager avec celle des autres, et comment même peut-on recevoir les identités des autres? » s'interroge-t-il. On croyait qu'il fallait parler sauvegarde du patrimoine national... La menace n'est donc pas que l'usure du temps. On comprend qu'elle est culturelle.
« Il ne faut pas opposer identité et diversité. Il faut comprendre que pour qu'il y ait diversité, il faut qu'il y ait le respect de l'identité. » Sarkozy a le sourire large, comme satisfait de ces belles formules. Protéger notre patrimoine, « c'est résister à la dictature de l'immédiat, et oserais-je dire, à la dictature de l'interchangeable où tout se vaut, où rien ne se mérite plus.»
L'argument est incompréhensible. Quel mérite y-a-t-il à hériter d'un tel patrimoine ? Entend-t-il développer l'idée d'une supériorité du patrimoine français ? On est perdu. Sarkozy rappelle les efforts de rénovation financés par l'Etat. Il revient à son texte. « Assumer notre héritage, c'est tout simplement reconnaître ce que l'on est, savoir d'où l'on vient. Assumer notre héritage n'oblige personne à partager la foi des bâtisseurs de Notre-Dame du Puy » lâche-t-il quand même.
Il était temps.
Il continue : « Il est toujours dangereux d’amputer sa mémoire. (...) L’ignorance de soi conduit rarement à l’estime de soi. » Pour faire bonne figure, il ajouta une référence aux « racines juives » et à « l'influence de l islam dans notre culture.» Rien pour les Bouddhistes ou les athées ? « Nous sommes tous des citoyens romains » s'est-il permis de plaisanter...« La France tire son génie de toutes les influences qui l’ont traversée et qui lui ont laissé un peu de leurs sédiments (...) La République est laïque » s'est-il souvenu. Pour mieux ajouter : « Construire l’Europe de demain, c’est aussi continuer de suivre le chemin tracé il y a plus de mille ans par les premiers pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle.»
Sarkozy eut cette fameuse formule qui claque : « La chrétienté a laissé à la France un magnifique héritage de civilisation. Président de la République laïque, je peux dire cela. »
La salle applaudit. Cette dernière expression ne signifie pourtant pas grand chose. Sarkozy continue d'engorger son propos de références chrétiennes : « Grégoire de Tours, le plus ancien de nos historiens, dans son Histoire des Francs, évoque le sanctuaire du Puy et la synagogue de Clermont. Il écrivait il y a 15 siècles. C'est la France que nous aimons, c'est la France dont nous sommes fiers. C'est la France qui a des racines.» N'en jetez-plus, la coupe est pleine.
Sarko-rance
« Racines », « héritage », « patrimoine », « identité », la Sarkofrance sentait le rance ce jeudi gris au Puy-en-Velay. Sarkozy insiste lourdement sur les racines de la France, son patrimoine qu'il faudrait protéger. Protéger notre patrimoine, « c'est protéger l'héritage de la France, c'est défendre les signes les plus tangibles de notre identité.» Boutade facile, le Monarque évoqua les polémiques sur son projet de Musée de l'Histoire. « J'ai vu les polémiques. Pourrions-nous vivre sans polémiques ? » Il aime cela.
Ebloui par sa visite de la cathédrale, Nicolas Sarkozy s'exclame : « ce baptistère serait contemporain du sacre de Clovis... et donc de la naissance de la France ! C'est pas rien ! » Sur la tribune, il exulte presque. Et pour annoncer ensuite qu'il débloquera l'argent nécessaire à la finalisation de sa rénovation... Un petit cadeau de dernière minute... c'est toujours utile.
A peine son discours terminé, le Monarque partit déjeuner chez ... les frères et soeurs de l’ordre de Saint Jean, en présence de l’évêque local. Le symbole, toujours le symbole.
Jeudi, écouter Nicolas Sarkozy, président d'une République laïque, tenir de tels propos à l'occasion d'une visite de cathédrale avait quelque chose d'embarrassant, de honteux, et d'insupportable. A la différence du Nicolas Sarkozy du discours de Grenoble du 30 juillet dernier, qui « mettait les pieds dans le plat » des pires amalgames frontistes sur l'immigration vecteur d'insécurité en France, le Sarkozy version 2012 s'affiche plus hypocrite. Il s'accapare les thématiques préemptées par le Front National de Marine Le Pen sans nous l'avouer.
La ficelle est bien grosse, l'attitude est bien triste.
Terroir électoral
Le patrimoine national est-il menacé ? Il faut bien le croire, puisque Nicolas Sarkozy avait bloqué une grosse matinée et un déjeuner pour ne parler que de cela. L'actualité est pourtant particulièrement chaude. A Paris, son premier ministre dévoilait les principaux contours de la réforme fiscale. On croyait que c'était l'une des priorités de cette fin de mandat. En Libye, des dizaines de milliers de réfugiés s'accumulent aux frontières tunisiennes et égyptiennes. Dimanche dernier, Nicolas Sarkozy nous expliquait combien ces incroyables et imprévues révolutions arabes l'avaient conduit à remanier une nouvelle fois son gouvernement. Le chômage ? Mardi dernier, il avait lâché quelques fausses promesses pour favoriser l'apprentissage des jeunes, un mélange de rallonges sur des budgets qu'il avait lui-même coupé et d'annonces anciennes de plusieurs mois. Service minimum pour une cause pourtant nationale. On croyait enfin que le Monarque nouveau président du monde, c'ets-à-dire du G20, avait une tâche immense et difficile à travailler à une meilleure régulation du monde de la finance et des marchés de matières premières.
Non, ce jeudi 3 mars, donc, Nicolas Sarkozy ne voulait parler que de patrimoine national. Y-aurait-il menace ? Oui, bien sûr. La menace est électorale. Depuis 18 mois, Nicolas Sarkozy tente de s'emparer de la thématique identitaire contre l'OPA frontiste. Débat sur l'identité nationale, discours répétitifs sur l'identité agricole, discours identitaire de Grenoble contre l'Immigré Délinquant... Il a tout essayé. En vain. Il reste bloqué dans les bas-fonds des sondages, et la blonde Marine fille de Jean-Marie s'affirme chaque jour un peu plus.
N'y avait-il qu'une cathédrale pour illustrer la richesse de notre patrimoine ? Non, bien sûr. Mais il faisait d'une pierre trois coups : un clin d'oeil appuyé à l'électorat dit catholique ; un autre pour les supporteurs frontistes sur l'identité nationale, et une belle illustration de l'image qu'il veut donner de lui : proche des gens et des terroirs.
Extase du candidat
Au Puy-en-Velay, le candidat visita donc d'abord la cathédrale du coin, avec le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, son conseiller préposé aux discours Henri Guaino, et le jeune ministre et maire de la bourgade Laurent Wauquiez. Seuls les journalistes de l'AFP furent autorisés à suivre le cortège présidentiel à l'intérieur de l'église. On voulait sans doute éviter quelques photos provocatrices d'un Sarkozy faisant le signe de croix.
A l'écart, d'horribles contestataires avaient tenté de faire entendre leur voix. Comme toujours, les lieux avaient été bouclés. Des gaz lacrymogènes furent lancés, selon le quotidien local La Montagne. Dans la nouvelle salle de l'hôtel-Dieu, voisin de quelques mètres, quelques 300 personnes durent attendre le candidat une bonne heure. Son discours fut bref, d'une trentaine de minutes.
« En gravissant tout à l'heure les marches qui conduisent à la cathédrale du Puy-en-Velay, comme l'ont fait avant moi, et cela depuis bientôt 10 siècles, des millions de personnes, j'ai été très ému, et j'ai été, comme eux, saisi par la majesté immense de cet immense reliquaire de pierre...» Le catholique Nicolas s'emballe... « Il y a près de 1000 ans, les architectes inspirés qui ne disposaient d'autres moyens techniques que leur talent... et que leur foi ... » Il lève la tête, en souriant, vers l'évêque... «... eurent l'idée folle de jeter dans le vide la nef de leur église pour l'affranchir des contraintes naturelles qui la bridait (...) Je suis heureux d'être venu ici, j'en garderai un souvenir, je vous prie de le croire, un souvenir très personnel. » Sarkozy était-il encore président ? Le Chanoine de Latran est revenu, celui-là même qui nous expliquait en décembre 2007 que « Dieu qui n’asservit pas l’homme mais qui le libère.»
C'est l'extase, chrétienne bien sûr : « Ces paysages qui nous entourent font partie de l'identité de la France. Cette idée exprimée avec tant d'intelligence par Fernand Braudel (...), ces paysages du Velay incarnent la France, au même titre que le Mont Saint-Michel, le Pont du Gard, la cité de Carcassonne, le Château de Versailles... Personne ne peut parcourir ce pays sans rencontrer son histoire, (...) une histoire tragique parfois, sublime souvent (...). Amiens, Chartres, Strasbourg, Paris, aucune de nos villes ne seraient ce qu'elle est aux yeux des Français et aux yeux du reste du monde sans ces cathédrales vers lesquelles convergent, toujours, fidèles et touristes. (...) Cet héritage, mes chers compatriotes, nous oblige. (...) Nous devons l'assumer sans complexe et sans fausse pudeur.»
On ne sait plus si Sarkozy parlait des pierres qu'il avait contemplé, ou de la religion. Ou plutôt, on sait très bien. Il y a avait comme de la provocation non assumée dans ce discours-là, une sorte d'hypocrisie à ne pas affirmer le fonds de sa pensée du moment et/ou de couardise à éviter une trop grosse provocation. Sarkozy leva les yeux de son texte, et, comme souvent, là est le danger. Il s'évade, dérape ou glisse. C'est selon.
« A tous ceux qui défendent à juste titre la diversité, je voudrais dire que sans identité, il n'y a pas de diversité, qu'à l'origine de la diversité il y a les identités, et que ce n'est pas faire preuve de fermeture que de croire en son identité pour mieux la faire partager avec les identités des autres. Mais si on ne croit pas en sa propre identité, comment peut-on partager avec celle des autres, et comment même peut-on recevoir les identités des autres? » s'interroge-t-il. On croyait qu'il fallait parler sauvegarde du patrimoine national... La menace n'est donc pas que l'usure du temps. On comprend qu'elle est culturelle.
« Il ne faut pas opposer identité et diversité. Il faut comprendre que pour qu'il y ait diversité, il faut qu'il y ait le respect de l'identité. » Sarkozy a le sourire large, comme satisfait de ces belles formules. Protéger notre patrimoine, « c'est résister à la dictature de l'immédiat, et oserais-je dire, à la dictature de l'interchangeable où tout se vaut, où rien ne se mérite plus.»
L'argument est incompréhensible. Quel mérite y-a-t-il à hériter d'un tel patrimoine ? Entend-t-il développer l'idée d'une supériorité du patrimoine français ? On est perdu. Sarkozy rappelle les efforts de rénovation financés par l'Etat. Il revient à son texte. « Assumer notre héritage, c'est tout simplement reconnaître ce que l'on est, savoir d'où l'on vient. Assumer notre héritage n'oblige personne à partager la foi des bâtisseurs de Notre-Dame du Puy » lâche-t-il quand même.
Il était temps.
Il continue : « Il est toujours dangereux d’amputer sa mémoire. (...) L’ignorance de soi conduit rarement à l’estime de soi. » Pour faire bonne figure, il ajouta une référence aux « racines juives » et à « l'influence de l islam dans notre culture.» Rien pour les Bouddhistes ou les athées ? « Nous sommes tous des citoyens romains » s'est-il permis de plaisanter...« La France tire son génie de toutes les influences qui l’ont traversée et qui lui ont laissé un peu de leurs sédiments (...) La République est laïque » s'est-il souvenu. Pour mieux ajouter : « Construire l’Europe de demain, c’est aussi continuer de suivre le chemin tracé il y a plus de mille ans par les premiers pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle.»
Sarkozy eut cette fameuse formule qui claque : « La chrétienté a laissé à la France un magnifique héritage de civilisation. Président de la République laïque, je peux dire cela. »
La salle applaudit. Cette dernière expression ne signifie pourtant pas grand chose. Sarkozy continue d'engorger son propos de références chrétiennes : « Grégoire de Tours, le plus ancien de nos historiens, dans son Histoire des Francs, évoque le sanctuaire du Puy et la synagogue de Clermont. Il écrivait il y a 15 siècles. C'est la France que nous aimons, c'est la France dont nous sommes fiers. C'est la France qui a des racines.» N'en jetez-plus, la coupe est pleine.
Sarko-rance
« Racines », « héritage », « patrimoine », « identité », la Sarkofrance sentait le rance ce jeudi gris au Puy-en-Velay. Sarkozy insiste lourdement sur les racines de la France, son patrimoine qu'il faudrait protéger. Protéger notre patrimoine, « c'est protéger l'héritage de la France, c'est défendre les signes les plus tangibles de notre identité.» Boutade facile, le Monarque évoqua les polémiques sur son projet de Musée de l'Histoire. « J'ai vu les polémiques. Pourrions-nous vivre sans polémiques ? » Il aime cela.
Ebloui par sa visite de la cathédrale, Nicolas Sarkozy s'exclame : « ce baptistère serait contemporain du sacre de Clovis... et donc de la naissance de la France ! C'est pas rien ! » Sur la tribune, il exulte presque. Et pour annoncer ensuite qu'il débloquera l'argent nécessaire à la finalisation de sa rénovation... Un petit cadeau de dernière minute... c'est toujours utile.
A peine son discours terminé, le Monarque partit déjeuner chez ... les frères et soeurs de l’ordre de Saint Jean, en présence de l’évêque local. Le symbole, toujours le symbole.
Jeudi, écouter Nicolas Sarkozy, président d'une République laïque, tenir de tels propos à l'occasion d'une visite de cathédrale avait quelque chose d'embarrassant, de honteux, et d'insupportable. A la différence du Nicolas Sarkozy du discours de Grenoble du 30 juillet dernier, qui « mettait les pieds dans le plat » des pires amalgames frontistes sur l'immigration vecteur d'insécurité en France, le Sarkozy version 2012 s'affiche plus hypocrite. Il s'accapare les thématiques préemptées par le Front National de Marine Le Pen sans nous l'avouer.
La ficelle est bien grosse, l'attitude est bien triste.
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jeudi 3 mars 2011
Sarkozy ressort l'identité catholique, ses ministres rament.
Il est allé chez le coiffeur. Il fallait être beau. Nicolas Sarkozy se déplace aujourd'hui au Puy-en-Velay. Le candidat choisit ses lieux et ses thèmes. Il parlera patrimoine chrétien. La ficelle est grosse. Après les agriculteurs, il faut continuer de servir l'électorat dit catholique échaudé par la chasse aux Roms de l'été dernier. Il faut aussi récupérer le débat sur l'Islam et la laïcité.
Après une première séance de questions d'actualité à l'Assemblée et un premier conseil de son gouvernement remanié, ses ministres patinent, la vie reprend.
Ministres... ou pas
Il fallait le consoler. Dimanche, Brice Hortefeux a été emporté par le remaniement « MAM » comme Christian Blanc partit avec le wagon Joyandet en juillet dernier : par surprise. Depuis, on explique que Nicolas Sarkozy se devait de faire le ménage jusqu'au bout, et se débarrasser d'un ami et ministre encombrant depuis ses affaires judiciaires. Lundi soir, le collaborateur déchu eut droit aux honneurs d'un dîner avec Nicolas et Carla. Maigre lot de consolation. « Sarkozy s'arrache un bras ! » s'est écrié la journaliste Anna Cabana pour le Point. Le sacrifice est en effet important.
Michèle Alliot-Marie va s'épancher, elle l'a promis mardi soir sur France 2. Bizarrement, elle l'aurait pu déjà le faire ce soir-là. Elle n'était plus ministre. « J'ai sans doute des choses à dire en tout cas, j'ai bien l'intention de les dire. Et comme je ne serai plus tenue à la langue diplomatique que l'on doit parfois avoir dans les ministères régaliens, eh bien, on va m'entendre ! »
Dans l'après-midi, les nouveaux ministres, comme les anciens, subissaient leur première séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale. On pressent de prochaines bourdes. Ainsi le nouveau ministre de l'intérieur, ancien grand vizir de l'Elysée, s'est-il permis d'expliquer quelques jolies inexactitudes. « J'entends dire et redire, répéter, que notre politique de sécurité serait un échec
les chiffres, eux, ne mentent pas. (...) Il y a aujourd'hui 4 500 (policiers et gendarmes) de plus qu'il y en avait en 2002 » pour justifier que les effectifs de police et de gendarmerie n'avaient pas baissé depuis 2007.
Admettons, ce qui est faux, que les effectifs des forces de l'ordre n'aient pas baissé depuis 2007. Guéant nous explique donc qu'il y a 4.500 policiers ou gendarmes de plus qu'en 2002. Sur la période, la population française a augmenté de 5%. Et les atteintes aux personnes de 22% ! Claude Guéant, ce mardi, racontait donc n'importe quoi. Ça commence bien.
Précarité... chut !
Mardi, le candidat Sarkozy avait voulu faire croire à de nouvelles mesures en faveur de l'emploi. On avait compris qu'il s'agissait de fausses annonces. Justement, le lendemain, pôle emploi publiait quelques nouveaux chiffres.
Fin janvier, quelques 2,56 millions de personnes sans emploi étaient indemnisées, pour partie par pôle emploi au titre de l'assurance chômage (2,124 millions, soit 49% des inscrits), et pour partie par l'Etat (435.400 fin de droits) au titre de la solidarité. En un an, ce nombre a progressé de 2,5%... seulement. Le nombre d'inscrits à pôle emploi a cru de 4,4% sur la même période. L'évolution du nombre de fin de droits indemnisés est tout aussi inquiétante : ils étaient 460.000 en décembre 2009 pour tomber à 435.400 un an plus tard.
Mercredi, Nicolas Sarkozy tenait son premier conseil des ministres avec son gouvernement « remanié.» Guéant est sorti discrètement. L'ancien homme de l'ombre n'aime pas les prises de paroles non encadrées. Gérard Longuet, qui attendait son strapontin depuis 17 ans, fut beaucoup plus prolixe. Il savourait son moment, oubliant les consignes présidentielles de discrétion de l'automne dernier. « Les ministres n'ont que des devoirs, le Premier ministre en a encore plus, le président a tous les devoirs » a déclaré le candidat Sarkozy. Quelle formule !
Justice... plus tard
Lors du conseil, Michel Mercier, le si discret Garde des Sceaux, expliqua à ses collègues les réformes en cours en matière de justice. Evidemment, il commença par le meurtre de la jeune Laëtitia Perrais. On n'abandonne pas un hochet électoraliste comme ça ! Le ministre rappela « l'arsenal législatif très complet pour prévenir la récidive » (loi du 12 décembre 2005 relative au traitement de la récidive des infractions pénales ; loi du 10 août 2007 avec les peines plancher ; loi du 25 février 2008 qui crée la rétention de sûreté ; loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 ; loi du 10 mars 2010 tendant à amoindrir le risque de récidive criminelle qui complète ces dispositions ; et la fameuse Loppsi II)... pour conclure d'une laconique : « Il n’est donc pas nécessaire d’adopter une nouvelle loi.» Nicolas Sarkozy, il y a 6 semaines, réclamait publiquement l'inverse. Une volte-face de plus, sous la pression, désormais officialisée en conseil des ministres. Mercier rappela plutôt les mesures ponctuelles décidées après-coup pour améliorer le suivi judiciaire, tout en promettant, sans chiffres, que « Des moyens supplémentaires seront alloués à la chaîne pénale, pour mettre en place ces mesures. » 4 semaines après la fronde magistrale de cette fameuse chaîne pénale, on attend toujours ...
Le Garde des Sceaux évoqua aussi la future nouvelle grande réforme de l'année... l'introduction de jurés populaires dans les tribunaux correctionnelles. Cette réforme « permet de renforcer le lien entre l’institution judiciaire et nos concitoyens.» Elle devra permettre que « des jurés assesseurs s’ajouteraient à la formation de jugement du tribunal correctionnel, et, en appel, de la chambre correctionnelle de la cour d’appel, qui seraient ainsi composées de juges professionnels et de citoyens.» La Sarkofrance n'a même plus assez d'argent à consacrer à la justice pour payer les jurés d'assises...
En campagne, toujours
Ce jeudi, Nicolas Sarkozy se rend au Puy-en-Velay, dont le maire n'est autre que son ministre (cumulard) Laurent Wauquiez. Une manifestation contre sa venue avait prévue dès 11 heures et l'arrivée du Monarque. Mais le parcours de sa visite a été sécurisé. Impossible d'approcher le candidat, sauf au pied de la fontaine des choristes, vers 10h30.
Le déplacement expresse - 3 heures au mieux - est placé sous le thème de « l’héritage patrimonial de la France.» Identité nationale, identité agricole, identité française, héritage patrimonial ou culturel... on se creuse les méninge, à l'Elysée, pour thématiser ces visites aux relents frontistes. Avec le Puy, il démarre son « Tour de France des terroirs ». Le programme est assez explicite : « Le chef de l'État visitera la cathédrale du Puy-en-Velay, son baptistère et son cloître, puis le chantier d'aménagement de l'Hôtel-Dieu. Il prononcera ensuite un discours au conseil général de la Haute-Loire à l'occasion duquel il reviendra sur les actions engagées pour préserver et valoriser le patrimoine architectural de la France et évoquera son importance pour la perpétuation de notre héritage culturel.» Après le débat lancé le 10 février dernier sur l'Islam de France, critiqué par de nombreux responsables de la « majorité » jusqu'à François Fillon lui-même, le candidat Sarky va tenter de rebondir sur le terrain identitaire. Le scrutin approche, la rivale Marine est à 20% dans les sondages et lui à 65% d'impopularité... Il fut riposter.
Comme le rappelait le quotidien d'obédience catholique La Croix ce mercredi, ce rappel programmé à « l’histoire de France dans un des hauts lieux du catholicisme français » n'est pas un hasard. Déjà, « l'entourage du président » (comprenez Franck Louvrier et Henri Guaino) prévenaient que le candidat « ne pourra faire autrement que d’évoquer les racines chrétiennes » de la France et « d’assumer l’héritage de civilisation que représente la chrétienté. » Le 15 août dernier, de cette même cathédrale du Puy-en-Velay dans laquelle Nicolas Sarkozy entrera « à pied » (précise le communiqué), le cardinal André Vingt-Trois avait lancé l'une des premières critiques de la communauté catholique à l'égard de la chasse au Roms déclenchée par le Monarque depuis juillet. Après sa visite au Vatican, à la rentrée dernière, le candidat Sarkozy vient à nouveau faire pénitence devant l'électorat catholique. Gageons que ce dernier n'est pas si amnésique...
Au Puy, on sera curieux d'entendre l'avis de Nicolas Sarkozy sur les processions catholiques. Le Puy est l'un des points de départ historiques des pèlerinages vers Saint-Jacques de Compostelle. Prières de rue contre processions de campagne ? Quel débat ! Le maire Wauquiez a rappelé que la France devait assumer « assumer son identité, son histoire et ses racines chrétiennes. (...) Ce sera sans doute le sens du message du déplacement du président de la République, dans la ville du Puy, point de départ de Saint-Jacques de Compostelle. »
Nicolas Sarkozy, sous l'ombre de Saint-Jacques de Compostelle...
Pour gagner en 2012, tout est possible.
Après une première séance de questions d'actualité à l'Assemblée et un premier conseil de son gouvernement remanié, ses ministres patinent, la vie reprend.
Ministres... ou pas
Il fallait le consoler. Dimanche, Brice Hortefeux a été emporté par le remaniement « MAM » comme Christian Blanc partit avec le wagon Joyandet en juillet dernier : par surprise. Depuis, on explique que Nicolas Sarkozy se devait de faire le ménage jusqu'au bout, et se débarrasser d'un ami et ministre encombrant depuis ses affaires judiciaires. Lundi soir, le collaborateur déchu eut droit aux honneurs d'un dîner avec Nicolas et Carla. Maigre lot de consolation. « Sarkozy s'arrache un bras ! » s'est écrié la journaliste Anna Cabana pour le Point. Le sacrifice est en effet important.
Michèle Alliot-Marie va s'épancher, elle l'a promis mardi soir sur France 2. Bizarrement, elle l'aurait pu déjà le faire ce soir-là. Elle n'était plus ministre. « J'ai sans doute des choses à dire en tout cas, j'ai bien l'intention de les dire. Et comme je ne serai plus tenue à la langue diplomatique que l'on doit parfois avoir dans les ministères régaliens, eh bien, on va m'entendre ! »
Dans l'après-midi, les nouveaux ministres, comme les anciens, subissaient leur première séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale. On pressent de prochaines bourdes. Ainsi le nouveau ministre de l'intérieur, ancien grand vizir de l'Elysée, s'est-il permis d'expliquer quelques jolies inexactitudes. « J'entends dire et redire, répéter, que notre politique de sécurité serait un échec
les chiffres, eux, ne mentent pas. (...) Il y a aujourd'hui 4 500 (policiers et gendarmes) de plus qu'il y en avait en 2002 » pour justifier que les effectifs de police et de gendarmerie n'avaient pas baissé depuis 2007.
Admettons, ce qui est faux, que les effectifs des forces de l'ordre n'aient pas baissé depuis 2007. Guéant nous explique donc qu'il y a 4.500 policiers ou gendarmes de plus qu'en 2002. Sur la période, la population française a augmenté de 5%. Et les atteintes aux personnes de 22% ! Claude Guéant, ce mardi, racontait donc n'importe quoi. Ça commence bien.
Précarité... chut !
Mardi, le candidat Sarkozy avait voulu faire croire à de nouvelles mesures en faveur de l'emploi. On avait compris qu'il s'agissait de fausses annonces. Justement, le lendemain, pôle emploi publiait quelques nouveaux chiffres.
Fin janvier, quelques 2,56 millions de personnes sans emploi étaient indemnisées, pour partie par pôle emploi au titre de l'assurance chômage (2,124 millions, soit 49% des inscrits), et pour partie par l'Etat (435.400 fin de droits) au titre de la solidarité. En un an, ce nombre a progressé de 2,5%... seulement. Le nombre d'inscrits à pôle emploi a cru de 4,4% sur la même période. L'évolution du nombre de fin de droits indemnisés est tout aussi inquiétante : ils étaient 460.000 en décembre 2009 pour tomber à 435.400 un an plus tard.
Mercredi, Nicolas Sarkozy tenait son premier conseil des ministres avec son gouvernement « remanié.» Guéant est sorti discrètement. L'ancien homme de l'ombre n'aime pas les prises de paroles non encadrées. Gérard Longuet, qui attendait son strapontin depuis 17 ans, fut beaucoup plus prolixe. Il savourait son moment, oubliant les consignes présidentielles de discrétion de l'automne dernier. « Les ministres n'ont que des devoirs, le Premier ministre en a encore plus, le président a tous les devoirs » a déclaré le candidat Sarkozy. Quelle formule !
Justice... plus tard
Lors du conseil, Michel Mercier, le si discret Garde des Sceaux, expliqua à ses collègues les réformes en cours en matière de justice. Evidemment, il commença par le meurtre de la jeune Laëtitia Perrais. On n'abandonne pas un hochet électoraliste comme ça ! Le ministre rappela « l'arsenal législatif très complet pour prévenir la récidive » (loi du 12 décembre 2005 relative au traitement de la récidive des infractions pénales ; loi du 10 août 2007 avec les peines plancher ; loi du 25 février 2008 qui crée la rétention de sûreté ; loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 ; loi du 10 mars 2010 tendant à amoindrir le risque de récidive criminelle qui complète ces dispositions ; et la fameuse Loppsi II)... pour conclure d'une laconique : « Il n’est donc pas nécessaire d’adopter une nouvelle loi.» Nicolas Sarkozy, il y a 6 semaines, réclamait publiquement l'inverse. Une volte-face de plus, sous la pression, désormais officialisée en conseil des ministres. Mercier rappela plutôt les mesures ponctuelles décidées après-coup pour améliorer le suivi judiciaire, tout en promettant, sans chiffres, que « Des moyens supplémentaires seront alloués à la chaîne pénale, pour mettre en place ces mesures. » 4 semaines après la fronde magistrale de cette fameuse chaîne pénale, on attend toujours ...
Le Garde des Sceaux évoqua aussi la future nouvelle grande réforme de l'année... l'introduction de jurés populaires dans les tribunaux correctionnelles. Cette réforme « permet de renforcer le lien entre l’institution judiciaire et nos concitoyens.» Elle devra permettre que « des jurés assesseurs s’ajouteraient à la formation de jugement du tribunal correctionnel, et, en appel, de la chambre correctionnelle de la cour d’appel, qui seraient ainsi composées de juges professionnels et de citoyens.» La Sarkofrance n'a même plus assez d'argent à consacrer à la justice pour payer les jurés d'assises...
En campagne, toujours
Ce jeudi, Nicolas Sarkozy se rend au Puy-en-Velay, dont le maire n'est autre que son ministre (cumulard) Laurent Wauquiez. Une manifestation contre sa venue avait prévue dès 11 heures et l'arrivée du Monarque. Mais le parcours de sa visite a été sécurisé. Impossible d'approcher le candidat, sauf au pied de la fontaine des choristes, vers 10h30.
Le déplacement expresse - 3 heures au mieux - est placé sous le thème de « l’héritage patrimonial de la France.» Identité nationale, identité agricole, identité française, héritage patrimonial ou culturel... on se creuse les méninge, à l'Elysée, pour thématiser ces visites aux relents frontistes. Avec le Puy, il démarre son « Tour de France des terroirs ». Le programme est assez explicite : « Le chef de l'État visitera la cathédrale du Puy-en-Velay, son baptistère et son cloître, puis le chantier d'aménagement de l'Hôtel-Dieu. Il prononcera ensuite un discours au conseil général de la Haute-Loire à l'occasion duquel il reviendra sur les actions engagées pour préserver et valoriser le patrimoine architectural de la France et évoquera son importance pour la perpétuation de notre héritage culturel.» Après le débat lancé le 10 février dernier sur l'Islam de France, critiqué par de nombreux responsables de la « majorité » jusqu'à François Fillon lui-même, le candidat Sarky va tenter de rebondir sur le terrain identitaire. Le scrutin approche, la rivale Marine est à 20% dans les sondages et lui à 65% d'impopularité... Il fut riposter.
Comme le rappelait le quotidien d'obédience catholique La Croix ce mercredi, ce rappel programmé à « l’histoire de France dans un des hauts lieux du catholicisme français » n'est pas un hasard. Déjà, « l'entourage du président » (comprenez Franck Louvrier et Henri Guaino) prévenaient que le candidat « ne pourra faire autrement que d’évoquer les racines chrétiennes » de la France et « d’assumer l’héritage de civilisation que représente la chrétienté. » Le 15 août dernier, de cette même cathédrale du Puy-en-Velay dans laquelle Nicolas Sarkozy entrera « à pied » (précise le communiqué), le cardinal André Vingt-Trois avait lancé l'une des premières critiques de la communauté catholique à l'égard de la chasse au Roms déclenchée par le Monarque depuis juillet. Après sa visite au Vatican, à la rentrée dernière, le candidat Sarkozy vient à nouveau faire pénitence devant l'électorat catholique. Gageons que ce dernier n'est pas si amnésique...
Au Puy, on sera curieux d'entendre l'avis de Nicolas Sarkozy sur les processions catholiques. Le Puy est l'un des points de départ historiques des pèlerinages vers Saint-Jacques de Compostelle. Prières de rue contre processions de campagne ? Quel débat ! Le maire Wauquiez a rappelé que la France devait assumer « assumer son identité, son histoire et ses racines chrétiennes. (...) Ce sera sans doute le sens du message du déplacement du président de la République, dans la ville du Puy, point de départ de Saint-Jacques de Compostelle. »
Nicolas Sarkozy, sous l'ombre de Saint-Jacques de Compostelle...
Pour gagner en 2012, tout est possible.
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mercredi 2 mars 2011
Guéant exposé, Sarkozy menacé.
A peine son remaniement expédié, Nicolas Sarkozy fait semblant d'être passé à autre chose. Mais on ne sait plus quoi. Est-il toujours le président en charge directe de son domaine diplomatique réservé ? Non. Plus que jamais candidat, il voulait éclipser son premier ministre en se gardant quelques annonces bien opportunes.
Tandis que Claude Guéant prenait ses fonctions avec de belles déclarations arrangées à l'Eysée.
Guéant s'y croit
Le tout nouveau ministre de l'intérieur et de l'immigration veut « améliorer la sécurité partout ». Après neuf années passées sous les ors de la République, Claude Guéant, qui a pris ses fonctions dès lundi, découvre le terrain. Il a expliqué que « Il n'y a pas de questions de sécurité qu'en Seine-Saint-Denis et à Marseille. Il y en a aussi dans toutes les villes de France et dans les villages ». Il était en déplacement à Chartres. Pas très loin d'Orléans où son patron de président avait lancé sa charge anti-magistrat il y a un mois. « Tous les Français ont droit à la sécurité et mon combat sera de protéger tous les Français, d'améliorer la sécurité partout. » Et le nouveau ministre de reconnaître les limites du bilan sarkozyen en la matière, en reconnaissant le « gros travail à faire, parce que vous savez bien, vous qui êtes en contact avec la population, nos concitoyens ont des attentes. » Guéant hérite d'un bilan calamiteux, avec des violences contre les personnes en constante progression (hormis 2007, année électorale)...
On ne sait pas si le ministre de l'Ordre aura le même enthousiasme en matière de délinquance en col blanc... ou de financement politique. L'enquête du juge Renaud van Ruymbeke progresse à petit pas, dans le cadre de l'affaire Karachi. Le juge a écouté lundi 28 février l'ancien trésorier de la campagne d'Edouard Balladur en 1995. Et le mystère semble s'épaissir sur les dons en liquide et petites coupures reçus par le candidat malchanceux. René Galy-Dejean a d'énormes trous de mémoire, à moins qu'il n'ait décidé de se désolidariser de son ancien mentor : il n'a aucun souvenir du versement, en espèces, sur le compte de campagne de l'ancien premier ministre, de 7 millions de francs (un peu plus d'un million d'euros), pourtant attesté dans les comptes définitifs validés par le Conseil Constitutionnel ultérieurement. Il assure même ne l'avoir jamais déposée le 26 avril 1995 : « Je n'ai déposé que les 3 millions de francs. Je suis incapable de vous dire d'où vient cet argent que je n'ai pas déposé. »
Le juge Van Ruymbeke semble établir un lien avec d'autres versements qualifiés d'occultes, pour 5 millions de francs, au profit du Parti Républicain en 1995, alors présidé par ... Gérard Longuet, tout nouveau ministre de la Défense, et soutien de ... Edouard Balladur. Que le monde est petit.
Les malus de l'alternance sarkozyenne
Mardi, Nicolas Sarkozy parlait à Bobigny, sur le thème de la formation et de l'emploi. Il visitait un centre de formation, et avait quelques annonces privilégiées. Quelles que soient les circonstances, Nicolas Sarkozy excelle à les ignorer. Il peut parler du printemps arabe un dimanche soir, avec environ une douzaine de semaines de retard, et s'afficher ensuite sur le site de l'Elysée pour déclamer que « le travail est au centre de mon action politique.» La presse ne relève plus et retient peu. A peine quelques brèves de Reuters ou de l'AFP ici ou là. On pense plutôt à ses dernières cartouches, qu'il vient de griller ce weekend.
Il fallait donc l'écouter, ce mardi, puisqu'aucun journaliste n'allait s'y intéresser plus que ça. « La croissance est repartie. Le nombre des plans sociaux a été divisé par deux. » Tiens, pas un mot sur l'envolée du nombre de ruptures de contrats de travail à l'amiable ? Sarkozy lisait ses notes, le regard parfois dubitatif sur ce que ses propres conseillers lui avaient rédigé... « notre économie s'est remise à créer des emplois.... Une bonne santé de l'intérim avec 187.000 créations de postes ; 700 millions d'heures supplémentaires en 2010 » Quelle satisfaction ! « Mais il reste un défi majeur devant nous... le chômage, qui a commencé à se stabiliser, n'a pas diminuer autant que nous l'aurions souhaité. » Il faudrait rappeler que les derniers chiffres du chômage restent mauvais, avec quelques 4,3 millions de demandeurs d'emploi à fin janvier. Sarkozy surjoue sans détermination.
« Je sais que dans le temps on a dit qu'on avait tout essayé contre le chômage, et qu'il n'y avait plus rien à tenter... Je ne partage pas cette analyse... Je pense que tant qu'il y a des chômeurs dans notre pays, notre devoir est de nous mobiliser et d'essayer tout ce qui peut faire diminuer le nombre de chômeurs. » Rappelez vous, en 2007, Nicolas Sarkozy nous promettait déjà d'aller chercher un point de croissance. avec les dents... A ! Ce volontarisme toujours si répétitif...même 2 millions de chômeurs supplémentaires tard... « Et je ne ferai jamais partie de ceux qui pensent que sur l'emploi, l'Etat doit se contenter de jouer les simples spectateurs. » Quelle assurance ! Quelle détermination ! Qui en France a jamais réclamé de rester spectateur face au chômage ?
Au bout de 33 minutes de présentation, Sarkozy finit par lâcher ses annonces. Répétant sa promesse d'atteindre les 800.000 apprentis en 2015, un peu éventée depuis décembre dernier, Sarkozy promit d'augmenter la part des jeunes en alternance dans les effectifs des entreprises de plus de 250 salariés de 3 % à 4 %. Il espère sortir quelques 135.000 jeunes des statistiques du chômage. Et comment ? Premier volet, le gouvernement va instaurer un nouveau système de bonus-malus annoncé sur TF1 le 10 février dernier. « Les grandes entreprises devront embaucher 4 % d'alternants, mais, en contrepartie, nous allons moduler la surtaxe pour faire en sorte que celui qui ne fait aucun effort soit davantage pénalisé que celui qui est juste en dessous du seuil.»
Second volet, les aides à l'emploi également déjà promises. Il faut gonfler les chiffres, frapper les esprits : « Un demi-milliard d'euros seront dégagés cette année. » Tout était dit le 10 février. « En cette période contrainte pour nos finances publiques, c'est un effort absolument exceptionnel. Et comme il est hors de question d'augmenter les déficits, ce milliard d'euros (...) nous le récupérerons par des économies parallèles sur les autres ministères.» Lesquels ? On verra plus tard. Dans le détail, l'Etat subventionnera 2.000 euros par embauche d'un demandeur d'emploi âgé de plus de 45 ans, en sus des l'exonération de charges sociales et aux aides de Pôle Emploi applicables aux contrats de professionnalisation. Et hop ! Une nouvelle niche fiscale !
Troisième volet, 500 autres millions financés... par le Grand emprunt. Et pour financer des projets de formation ou créer des places supplémentaires d'apprentissage. S'endetter pour financer la politique de l'emploi... Quelle surprise !
Au final, l'exercice est facile. On oublierait presque que son gouvernement avait sabré de 15% les crédits de la politique de l'emploi pour 2011. « Je fais un choix. Plutôt que d'indemniser un demandeur d'emploi, je préfère qu'on lui finance un contrat aidé ou une formation pour qu'il puisse se reconvertir. » expliqua Sarkozy. Supprimer d'abord, pour redonner ensuite, mais un peu moins... Quelle belle affaire !
Le même jour, Eric Besson, le ministre de l'Industrie, confirmait ce qu'il se refusait à faire, à peine 8 jours plus tôt : les prix du gaz augmenteront de 5% en moyenne à compter du 1er avril. Le ministre s'est empressé de justifier que le gouvernement avait « décidé de ne pas modifier les prix du gaz en octobre 2010 et janvier 2011 » et que « les tarifs sont restés inchangés pendant tout l'hiver 2010-2011 ». Sur un an, ils ont pourtant augmenté de quelques 20% en un an...
Nicolas Sarkozy n'avait pas envie de commenter ses mauvaises nouvelles sur le pouvoir d'achat. Il n'a d'ailleurs réalisé ni prévu aucune visite sur ce thème pourtant central de ses promesses de 2007. Jeudi, son nouveau fidèle ministre du budget François Baroin présentera ses pistes de suppression de l'ISF.
Le Premier cercle est impatient.
Tandis que Claude Guéant prenait ses fonctions avec de belles déclarations arrangées à l'Eysée.
Guéant s'y croit
Le tout nouveau ministre de l'intérieur et de l'immigration veut « améliorer la sécurité partout ». Après neuf années passées sous les ors de la République, Claude Guéant, qui a pris ses fonctions dès lundi, découvre le terrain. Il a expliqué que « Il n'y a pas de questions de sécurité qu'en Seine-Saint-Denis et à Marseille. Il y en a aussi dans toutes les villes de France et dans les villages ». Il était en déplacement à Chartres. Pas très loin d'Orléans où son patron de président avait lancé sa charge anti-magistrat il y a un mois. « Tous les Français ont droit à la sécurité et mon combat sera de protéger tous les Français, d'améliorer la sécurité partout. » Et le nouveau ministre de reconnaître les limites du bilan sarkozyen en la matière, en reconnaissant le « gros travail à faire, parce que vous savez bien, vous qui êtes en contact avec la population, nos concitoyens ont des attentes. » Guéant hérite d'un bilan calamiteux, avec des violences contre les personnes en constante progression (hormis 2007, année électorale)...
On ne sait pas si le ministre de l'Ordre aura le même enthousiasme en matière de délinquance en col blanc... ou de financement politique. L'enquête du juge Renaud van Ruymbeke progresse à petit pas, dans le cadre de l'affaire Karachi. Le juge a écouté lundi 28 février l'ancien trésorier de la campagne d'Edouard Balladur en 1995. Et le mystère semble s'épaissir sur les dons en liquide et petites coupures reçus par le candidat malchanceux. René Galy-Dejean a d'énormes trous de mémoire, à moins qu'il n'ait décidé de se désolidariser de son ancien mentor : il n'a aucun souvenir du versement, en espèces, sur le compte de campagne de l'ancien premier ministre, de 7 millions de francs (un peu plus d'un million d'euros), pourtant attesté dans les comptes définitifs validés par le Conseil Constitutionnel ultérieurement. Il assure même ne l'avoir jamais déposée le 26 avril 1995 : « Je n'ai déposé que les 3 millions de francs. Je suis incapable de vous dire d'où vient cet argent que je n'ai pas déposé. »
Le juge Van Ruymbeke semble établir un lien avec d'autres versements qualifiés d'occultes, pour 5 millions de francs, au profit du Parti Républicain en 1995, alors présidé par ... Gérard Longuet, tout nouveau ministre de la Défense, et soutien de ... Edouard Balladur. Que le monde est petit.
Les malus de l'alternance sarkozyenne
Mardi, Nicolas Sarkozy parlait à Bobigny, sur le thème de la formation et de l'emploi. Il visitait un centre de formation, et avait quelques annonces privilégiées. Quelles que soient les circonstances, Nicolas Sarkozy excelle à les ignorer. Il peut parler du printemps arabe un dimanche soir, avec environ une douzaine de semaines de retard, et s'afficher ensuite sur le site de l'Elysée pour déclamer que « le travail est au centre de mon action politique.» La presse ne relève plus et retient peu. A peine quelques brèves de Reuters ou de l'AFP ici ou là. On pense plutôt à ses dernières cartouches, qu'il vient de griller ce weekend.
Il fallait donc l'écouter, ce mardi, puisqu'aucun journaliste n'allait s'y intéresser plus que ça. « La croissance est repartie. Le nombre des plans sociaux a été divisé par deux. » Tiens, pas un mot sur l'envolée du nombre de ruptures de contrats de travail à l'amiable ? Sarkozy lisait ses notes, le regard parfois dubitatif sur ce que ses propres conseillers lui avaient rédigé... « notre économie s'est remise à créer des emplois.... Une bonne santé de l'intérim avec 187.000 créations de postes ; 700 millions d'heures supplémentaires en 2010 » Quelle satisfaction ! « Mais il reste un défi majeur devant nous... le chômage, qui a commencé à se stabiliser, n'a pas diminuer autant que nous l'aurions souhaité. » Il faudrait rappeler que les derniers chiffres du chômage restent mauvais, avec quelques 4,3 millions de demandeurs d'emploi à fin janvier. Sarkozy surjoue sans détermination.
« Je sais que dans le temps on a dit qu'on avait tout essayé contre le chômage, et qu'il n'y avait plus rien à tenter... Je ne partage pas cette analyse... Je pense que tant qu'il y a des chômeurs dans notre pays, notre devoir est de nous mobiliser et d'essayer tout ce qui peut faire diminuer le nombre de chômeurs. » Rappelez vous, en 2007, Nicolas Sarkozy nous promettait déjà d'aller chercher un point de croissance. avec les dents... A ! Ce volontarisme toujours si répétitif...même 2 millions de chômeurs supplémentaires tard... « Et je ne ferai jamais partie de ceux qui pensent que sur l'emploi, l'Etat doit se contenter de jouer les simples spectateurs. » Quelle assurance ! Quelle détermination ! Qui en France a jamais réclamé de rester spectateur face au chômage ?
Au bout de 33 minutes de présentation, Sarkozy finit par lâcher ses annonces. Répétant sa promesse d'atteindre les 800.000 apprentis en 2015, un peu éventée depuis décembre dernier, Sarkozy promit d'augmenter la part des jeunes en alternance dans les effectifs des entreprises de plus de 250 salariés de 3 % à 4 %. Il espère sortir quelques 135.000 jeunes des statistiques du chômage. Et comment ? Premier volet, le gouvernement va instaurer un nouveau système de bonus-malus annoncé sur TF1 le 10 février dernier. « Les grandes entreprises devront embaucher 4 % d'alternants, mais, en contrepartie, nous allons moduler la surtaxe pour faire en sorte que celui qui ne fait aucun effort soit davantage pénalisé que celui qui est juste en dessous du seuil.»
Second volet, les aides à l'emploi également déjà promises. Il faut gonfler les chiffres, frapper les esprits : « Un demi-milliard d'euros seront dégagés cette année. » Tout était dit le 10 février. « En cette période contrainte pour nos finances publiques, c'est un effort absolument exceptionnel. Et comme il est hors de question d'augmenter les déficits, ce milliard d'euros (...) nous le récupérerons par des économies parallèles sur les autres ministères.» Lesquels ? On verra plus tard. Dans le détail, l'Etat subventionnera 2.000 euros par embauche d'un demandeur d'emploi âgé de plus de 45 ans, en sus des l'exonération de charges sociales et aux aides de Pôle Emploi applicables aux contrats de professionnalisation. Et hop ! Une nouvelle niche fiscale !
Troisième volet, 500 autres millions financés... par le Grand emprunt. Et pour financer des projets de formation ou créer des places supplémentaires d'apprentissage. S'endetter pour financer la politique de l'emploi... Quelle surprise !
Au final, l'exercice est facile. On oublierait presque que son gouvernement avait sabré de 15% les crédits de la politique de l'emploi pour 2011. « Je fais un choix. Plutôt que d'indemniser un demandeur d'emploi, je préfère qu'on lui finance un contrat aidé ou une formation pour qu'il puisse se reconvertir. » expliqua Sarkozy. Supprimer d'abord, pour redonner ensuite, mais un peu moins... Quelle belle affaire !
Le même jour, Eric Besson, le ministre de l'Industrie, confirmait ce qu'il se refusait à faire, à peine 8 jours plus tôt : les prix du gaz augmenteront de 5% en moyenne à compter du 1er avril. Le ministre s'est empressé de justifier que le gouvernement avait « décidé de ne pas modifier les prix du gaz en octobre 2010 et janvier 2011 » et que « les tarifs sont restés inchangés pendant tout l'hiver 2010-2011 ». Sur un an, ils ont pourtant augmenté de quelques 20% en un an...
Nicolas Sarkozy n'avait pas envie de commenter ses mauvaises nouvelles sur le pouvoir d'achat. Il n'a d'ailleurs réalisé ni prévu aucune visite sur ce thème pourtant central de ses promesses de 2007. Jeudi, son nouveau fidèle ministre du budget François Baroin présentera ses pistes de suppression de l'ISF.
Le Premier cercle est impatient.
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mardi 1 mars 2011
Remaniement : les hommes usés du Président
Lundi 28 février sur toutes les ondes, il fallait faire le service après vente du remaniement gouvernemental expresse de la veille. Nicolas Sarkozy était apparu sacrément coincé, sur toutes les chaînes, pendant quelques minutes. Le lendemain, il fallait faire prendre les vessies pour des lanternes. Des départs contraints pour des décisions volontaires. Des bévues pour des circonstances. Nicolas Sarkozy a désormais grillé toutes ses cartouches.
La prochaine fois, sera-t-il capable de se remanier lui-même ?
Service après-vente
Nicolas Sarkozy a perdu la main face aux évènements internationaux comme nationaux. Depuis 2007, seuls deux ministres ont conservé leur poste, rappelle le Nouvel Obs. Mais il faut faire mine de toujours le gouvernail élyséen. Les hommes usés du président délivrèrent les éléments de langage habituels en ces circonstances troublées, après cette déclaration présidentielle télévisée de dimanche soir : le printemps arabe avait bon dos, puisqu'il justifiait un nième changement d'équipe, le douzième en moins de 4 ans.
Michèle Alliot-Marie n'avait commis aucune faute, même si son remplacement est « politique » et Alain Juppé est, lui au moins, « expérimenté.» On pourra au moins s'intéresser désormais à cette fondation d'utilité publique de l'ex-ministre des affaires étrangères, sans être suspecté de vouloir déstabiliser inutilement la Sarkofrance...
Nicolas Sarkozy ne pense qu'à son action présidentielle même si Brice Hortefeux le rejoint comme conseiller politique. La campagne se prépare, à moins qu'il ne s'agissait de trouver un placard doré pour l'encombrant ministre multi-condamné. Arnaud Leparmentier détaille pour le Monde cette « folle » journée de dimanche 27 février. Concernant l'ami de 30 ans, « si Hortefeux s’en va, il faudra trouver une explication », s'inquiétait un « ami » du ministre de l’intérieur ce jour-là vers 14h.
Dans les coulisses de l'Elysée
A l'Elysée, Xavier Musca reprend les rênes du secrétariat général laissé vacant par Claude Guéant. Il aurait résisté à cette jolie promotion... jusqu'à lundi matin. Il cumulera ces fonctions avec celle de « sherpa » pour l'organisation du G20.
Son collègue Henri Guaino était à nouveau sur les ondes, France Inter ce lundi après France info vendredi dernier. Il refusait de reconnaître toute panique ou crash diplomatique. Il réfuta toute maladresse à MAM d'avoir passé ses congés de Noël en Tunisie.
Lui-même a passé ses vacances de Noël... à Tripoli. Il l'a reconnu aux Inrockuptibles, dans leur édition à paraître mercredi. Comme l'on le soupçonne le collusion l'agace : « Oui, je suis allé passer mes vacances de Noël chez l'ambassadeur de France à Tripoli. De France ! A titre personnel. Je n'étais pas chez Kadhafi : j'étais en Libye chez l'ambassadeur de France. Ne tombons pas dans un terrorisme moral ! »
Marginalisé ?
L'autre volet de cette contre-offensive politique était diplomatique. La France s'est décidée à lancer une « opération humanitaire massive » en Libye. Dans les zones libérées du joug du colonel Kadhafi, que d'aucuns en Sarkofrance saluaient encore comme leur « frère » il n'y a pas si longtemps, François Fillon a annoncé lundi que deux avions français étaient envoyés le jour même à Benghazi, une ville libérée à l'est de la Libye. Des renforts suivront.
Vendredi dernier, le parquet annonçait avoir ouvert une double enquête préliminaire sur les avoirs du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et de l'ancien président égyptien Hosni Moubarak, suite à une plainte des organisations non gouvernementales Sherpa et Transparence International France. Les mêmes s'étaient attaquées, en vain jusqu'à maintenant, aux biens mal acquis de quelques autocrates africains toujours en poste.
En fait, la France suit l'administration américaine. Hillary Clinton vient d'annoncer l'envoi des forces navales et aériennes autour de la Libye en vue d'opérations humanitaires locales.
Dimanche soir, Nicolas Sarkozy a vanté l'Union pour la Méditerranée (UPM) nouvelle formule : moins de dictateurs autour de la tablée, davantage de démocraties émergentes qu'il faut aider et soutenir. C'est désormais la compétition entre chefs d'Etat européens, une course à l'échalote démocratico-humanitaire pour montrer qu'on est là après avoir été absent pendant des décennies. La spécificité française dans la démarche est la menace migratoire qu'on agite comme un chiffon. Le premier ministre espagnol Zapatero a exposé vendredi les mêmes craintes, mais en les assortissant d'un flegme qui tranche avec la dramatisation électoraliste du Monarque français. Pour Zapatero, l'afflux de réfugiés est « le prix à payer pour la liberté et la démocratie.» Il fut le premier chef d'Etat occidental à se rendre en Tunisie, ce dimanche. Il y a 7 jours, il applaudissait sans réserve le printemps arabe tandis qu'en France on tergiversait encore sur la révolte libyenne On est bien loin des positions françaises. Quand il était encore ministre de l'immigration, la semaine dernière, Brice Hortefeux avait refusé tout accueil de réfugiés tunisiens.
Et pendant ce temps...
François Fillon était à Troyes, pour parler économie. Il s'est félicité de l'exonération de charges sur les bas salaires : « On estime son impact à quelque 800.000 emplois crées ou sauvegardés, ce qui fait de cette stratégie (...) sans doute l'instrument le plus efficace de la politique de l'emploi ». Les débats sur le coût du travail frisent le ridicule tant les chiffres ne s'accordent plus, depuis quelques semaines, avec l'argument sarkozyen favori sur la mauvaise compétitivité française vis-à-vis de l'Allemagne. Le coût du travail n'est pas si cher en France : ça fait mal à l'exécutif sarkozyen de l'entendre, mais c'est officiel. Quel affront !
Plus grave, les projets fiscaux du gouvernement Sarkozy suivent leur cours. Le site Marianne2.fr s'est procuré un court argumentaire élyséen, transmis via Bercy à quelques proches parlementaires pour les convaincre de la suppression de l'ISF. Et que lit-on ? Une sacrée révélation : les 100 foyers les plus riches de France déclarent 28,7 millions d'euros chacun en moyenne, soit 2,9 milliards d'euros au total. Ce chiffre hallucinant est à comparer avec le revenu moyen déclaré par foyer fiscal en France : 22.000 euros. L'écart est de 300 durées de cotisations minimales (42 ans).
D'où vient-il ? De salaires démesurés ? Que nenni ! 94 % de ces ressources annuelles proviennent des revenus du capital. En fait, l'objectif de cette note est de convaincre quelques-uns de ces parlementaires influents que ces richissimes gagnent plus que les détenteurs de patrimoine, imposés à l'ISF. Et oui ! Il y a plus riches que riches ! « les 100 plus gros patrimoines taxés à l’ISF gagnent beaucoup moins que les 100 plus gros contribuables » explique Emmanuel Levy pour Marianne2. Tout est bon pour convaincre de faire disparaître l'ISF. Même des révélations fiscales qui mettent à mal l'idéal républicain égalitaire et travailleur.
« c'est mon devoir de prendre les décisions qui s'imposent quand les circonstances l'exigent » nous expliquait Nicolas Sarkozy dimanche soir.
Vraiment ?
La prochaine fois, sera-t-il capable de se remanier lui-même ?
Service après-vente
Nicolas Sarkozy a perdu la main face aux évènements internationaux comme nationaux. Depuis 2007, seuls deux ministres ont conservé leur poste, rappelle le Nouvel Obs. Mais il faut faire mine de toujours le gouvernail élyséen. Les hommes usés du président délivrèrent les éléments de langage habituels en ces circonstances troublées, après cette déclaration présidentielle télévisée de dimanche soir : le printemps arabe avait bon dos, puisqu'il justifiait un nième changement d'équipe, le douzième en moins de 4 ans.
Michèle Alliot-Marie n'avait commis aucune faute, même si son remplacement est « politique » et Alain Juppé est, lui au moins, « expérimenté.» On pourra au moins s'intéresser désormais à cette fondation d'utilité publique de l'ex-ministre des affaires étrangères, sans être suspecté de vouloir déstabiliser inutilement la Sarkofrance...
Nicolas Sarkozy ne pense qu'à son action présidentielle même si Brice Hortefeux le rejoint comme conseiller politique. La campagne se prépare, à moins qu'il ne s'agissait de trouver un placard doré pour l'encombrant ministre multi-condamné. Arnaud Leparmentier détaille pour le Monde cette « folle » journée de dimanche 27 février. Concernant l'ami de 30 ans, « si Hortefeux s’en va, il faudra trouver une explication », s'inquiétait un « ami » du ministre de l’intérieur ce jour-là vers 14h.
Dans les coulisses de l'Elysée
A l'Elysée, Xavier Musca reprend les rênes du secrétariat général laissé vacant par Claude Guéant. Il aurait résisté à cette jolie promotion... jusqu'à lundi matin. Il cumulera ces fonctions avec celle de « sherpa » pour l'organisation du G20.
Son collègue Henri Guaino était à nouveau sur les ondes, France Inter ce lundi après France info vendredi dernier. Il refusait de reconnaître toute panique ou crash diplomatique. Il réfuta toute maladresse à MAM d'avoir passé ses congés de Noël en Tunisie.
Lui-même a passé ses vacances de Noël... à Tripoli. Il l'a reconnu aux Inrockuptibles, dans leur édition à paraître mercredi. Comme l'on le soupçonne le collusion l'agace : « Oui, je suis allé passer mes vacances de Noël chez l'ambassadeur de France à Tripoli. De France ! A titre personnel. Je n'étais pas chez Kadhafi : j'étais en Libye chez l'ambassadeur de France. Ne tombons pas dans un terrorisme moral ! »
Marginalisé ?
L'autre volet de cette contre-offensive politique était diplomatique. La France s'est décidée à lancer une « opération humanitaire massive » en Libye. Dans les zones libérées du joug du colonel Kadhafi, que d'aucuns en Sarkofrance saluaient encore comme leur « frère » il n'y a pas si longtemps, François Fillon a annoncé lundi que deux avions français étaient envoyés le jour même à Benghazi, une ville libérée à l'est de la Libye. Des renforts suivront.
Vendredi dernier, le parquet annonçait avoir ouvert une double enquête préliminaire sur les avoirs du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et de l'ancien président égyptien Hosni Moubarak, suite à une plainte des organisations non gouvernementales Sherpa et Transparence International France. Les mêmes s'étaient attaquées, en vain jusqu'à maintenant, aux biens mal acquis de quelques autocrates africains toujours en poste.
En fait, la France suit l'administration américaine. Hillary Clinton vient d'annoncer l'envoi des forces navales et aériennes autour de la Libye en vue d'opérations humanitaires locales.
Dimanche soir, Nicolas Sarkozy a vanté l'Union pour la Méditerranée (UPM) nouvelle formule : moins de dictateurs autour de la tablée, davantage de démocraties émergentes qu'il faut aider et soutenir. C'est désormais la compétition entre chefs d'Etat européens, une course à l'échalote démocratico-humanitaire pour montrer qu'on est là après avoir été absent pendant des décennies. La spécificité française dans la démarche est la menace migratoire qu'on agite comme un chiffon. Le premier ministre espagnol Zapatero a exposé vendredi les mêmes craintes, mais en les assortissant d'un flegme qui tranche avec la dramatisation électoraliste du Monarque français. Pour Zapatero, l'afflux de réfugiés est « le prix à payer pour la liberté et la démocratie.» Il fut le premier chef d'Etat occidental à se rendre en Tunisie, ce dimanche. Il y a 7 jours, il applaudissait sans réserve le printemps arabe tandis qu'en France on tergiversait encore sur la révolte libyenne On est bien loin des positions françaises. Quand il était encore ministre de l'immigration, la semaine dernière, Brice Hortefeux avait refusé tout accueil de réfugiés tunisiens.
Et pendant ce temps...
François Fillon était à Troyes, pour parler économie. Il s'est félicité de l'exonération de charges sur les bas salaires : « On estime son impact à quelque 800.000 emplois crées ou sauvegardés, ce qui fait de cette stratégie (...) sans doute l'instrument le plus efficace de la politique de l'emploi ». Les débats sur le coût du travail frisent le ridicule tant les chiffres ne s'accordent plus, depuis quelques semaines, avec l'argument sarkozyen favori sur la mauvaise compétitivité française vis-à-vis de l'Allemagne. Le coût du travail n'est pas si cher en France : ça fait mal à l'exécutif sarkozyen de l'entendre, mais c'est officiel. Quel affront !
Plus grave, les projets fiscaux du gouvernement Sarkozy suivent leur cours. Le site Marianne2.fr s'est procuré un court argumentaire élyséen, transmis via Bercy à quelques proches parlementaires pour les convaincre de la suppression de l'ISF. Et que lit-on ? Une sacrée révélation : les 100 foyers les plus riches de France déclarent 28,7 millions d'euros chacun en moyenne, soit 2,9 milliards d'euros au total. Ce chiffre hallucinant est à comparer avec le revenu moyen déclaré par foyer fiscal en France : 22.000 euros. L'écart est de 300 durées de cotisations minimales (42 ans).
D'où vient-il ? De salaires démesurés ? Que nenni ! 94 % de ces ressources annuelles proviennent des revenus du capital. En fait, l'objectif de cette note est de convaincre quelques-uns de ces parlementaires influents que ces richissimes gagnent plus que les détenteurs de patrimoine, imposés à l'ISF. Et oui ! Il y a plus riches que riches ! « les 100 plus gros patrimoines taxés à l’ISF gagnent beaucoup moins que les 100 plus gros contribuables » explique Emmanuel Levy pour Marianne2. Tout est bon pour convaincre de faire disparaître l'ISF. Même des révélations fiscales qui mettent à mal l'idéal républicain égalitaire et travailleur.
« c'est mon devoir de prendre les décisions qui s'imposent quand les circonstances l'exigent » nous expliquait Nicolas Sarkozy dimanche soir.
Vraiment ?
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