jeudi 7 avril 2011

"Quelle conne ?" : le problème Sarkozy.

Mardi dernier, l'UMP a donc tenu son débat sur la laïcité, dans un hôtel de luxe à Paris. Il y avait quasiment plus de journalistes présents que de « militants ». Tout ça pour ça...

Officiellement, Nicolas Sarkozy est « concentré » sur une actualité internationale trop chargée: la France est en guerre en Libye, mais aussi en Côte d'Ivoire, même si le terme reste tabou. Tout juste se permet-il un hommage à Aimé Césaire, le grand auteur qui, en 2006, refusa de le rencontrer à cause de ses positions post-colonialistes.

Officieusement, le candidat Sarkozy enrage contre Fillon et ces ministres qui, telle Roselyne Bachelot, se sont démarqués sur son re-positionnement frontiste. Il ne pense qu'à son élection. Mardi, il était à nouveau en campagne dans la Somme. Et ce jeudi, il part dans le Puy-de-Dôme « à l'occasion de la Semaine de l'Industrie.»

Guerre en Afrique
En Côte d'Ivoire, l'armée française est intervenue pour protéger, voire sauver, les ressortissants nationaux bloqués par la guerre civile. Le secrétaire général de l'ONU l'avait autorisé, lundi, à intervenir aux côtés de l'ONUCI. Les forces d'Alassane Ouattara, le président élu, n'ont pas réussi à déloger Laurent Gbagbo, malgré une dernière offensive ce mercredi contre sa résidence. Ce dernier, à l'abri dans son bunker, négocie sa reddition, mais pas avec la France. Alain Juppé a expliqué, mardi, que la France souhaitait sa protection par l'ONU, sans toutefois envisager de l'accueillir :  « Nous avons demandé à l'Onuci d'assurer (la) sécurité physique (de Gbagbo) et celle de sa famille.»

A l'Elysée, on a été pris de court. La France est donc engagé dans trois guerres, Afghanistan, Libye et maintenant Côte d'Ivoire...   Le chef de guerre avait prévu de s'attaquer au colonel Kadhafi, pas à Laurent Gbagbo. Le premier est toujours là. Et les services de renseignement français s'inquiètent désormais que l'organisation AQMI ait profité du conflit libyen pour récupérer et acheminer quelques missiles sol-air... sur le sol français. Rien que ça ! 

Le problème Guéant
Mardi 5 avril à l'Assemblée nationale, François Fillon a apporté son soutien à « son » ministre Claude Guéant, qui assistait à la séance. Un soutien qu'il a maquillé dans une violente salve verbale contre le Parti socialiste, de l'affaire Guérini au poster du MJS figurant Sarkozy en Hitler. « Claude Guéant est un républicain, et sa carrière parle pour lui ! » a-t-il crié. Ce Guéant avait tenté de faire encore parler de lui, lundi, en déclarant que le nombre de Musulmans posait problème. Mardi, Guéant se montrait encore pour amalgamer un triste fait divers - le tabassage d'un jeune à Noisy-le-sec par une bande - pour louer la prétendue utilité de la videosurveillance qui, en l'occurence, n'a pour l'instant servi à rien. Guéant n'est pas ministre de notre sécurité, mais de la récupération électorale tous azimuts pour son patron-candidat.

Ce soutien de Fillon à Guéant est manifestement l'hypocrite. Fillon se démarque depuis des semaines contre la droitisation à outrance du discours gouvernemental prôné dans les cabinets élyséens. Et Guéant n'est que l'exécutant fidèle de cette stratégie sarkozyenne... Les dérapages n'épargnent personne au gouvernement. La semaine dernière, la secrétaire d'Etat à la Santé Nora Berra avait fait cet ignoble raccourci : « l'homosexualité est un facteur de risque pour le VIH, donc une contre-indication de don (d'organe) ».

Mardi, à l'Assemblée toujours, le dit-Claude Guéant se félicita d'avoir pu arrêter quelques 2.800 Tunisiens en un mois à peine, dont « 1.700 ont d'ores et déjà fait l'objet d'une reconduite à la frontière, la plupart à la frontière avec l'Italie.» Il y avait pourtant d'autres sujets « concrets », comme dirait Roselyne Bachelot, que le ministre de l'intérieur aurait pu commenter, comme ce récent recours de l'ASIC.

L'Association française des services internet communautaires (Asic), qui regroupe les principales sociétés de l'Internet français, dépose un recours devant le Conseil d'Etat. En cause, un décret publié le 1er mars dernier au Journal officiel qui oblige les hébergeurs et sites à conserver pendant un an la totalité des informations personnelles qu'ils collectent habituellement sur leurs utilisateurs. La situation prête à sourire : Facebook et Google, les grands Big Brothers de l'internet mondial, se sont joints à cette plainte ! La liste des informations susceptibles d'être ainsi transmises à toute administration française qui en ferait la demande est impressionnante : identifiants de connexion ;  terminal utilisé ; caractéristiques de la ligne de l'abonné ; nom et prénom ou raison sociale ; adresses postales associées ; pseudonymes utilisés ; adresses de courrier électronique ou de compte associées ; numéros de téléphone ; mot de passe « ainsi que les données permettant de le vérifier ou de le modifier, dans leur dernière version mise à jour ». Que nous reste-t-il ? Au gouvernement, on prétexte que c'est pour la bonne cause, la lutte contre le terrorisme et les pédophiles.

Le problème Sarkozy
« Pour moi, il n'y a pas de problème Fillon » aurait déclaré Nicolas Sarkozy en privé, lundi matin. C'est Charles Jaigu du Figaro qui nous l'apprend. Pourtant, à lire d'autres confidences, cette fois-ci dans l'Express, le Monarque est loin d'être aussi tendre avec son « premier collaborateur.» Il n'a pas davantage apprécié les déclarations de Roselyne Bachelot, sa ministre aux Solidarités actives qui avait prévenu publiquement qu'elle n'assisterait pas au micro-débat UMPiste sur la laïcité de mardi dernier :

« Quelle conne! Est-ce qu'on lui demandait son avis sur la question? » se serait exclamé notre Monarque... A l'UMP, le débat sur la laïcité s'est donc tenu, dans un salon d'un hôtel de luxe à Paris. Le parti du Président des Riches ne se refuse rien pour débattre des prières dans la rues. Sans surprise, il y eut quelques dérapages (« certaines religions comme l'Islam font des brèches dans la laïcité » a déclaré Alain Marleix), le tout sous l'oeil attentif du conseiller élyséen Franck Louvrier.

« Le président est juste un peu las quand il lui faut en plus régler ces états d'âme totalement nombrilistes de la majorité alors qu'il est très concentré sur les questions internationales », avait confié un « proche » du Monarque au même Jaigu du Figaro. Le story-telling est délicieux. Concentré sur les questions internationales, notre Monarque ? Mardi, le candidat a surtout repris son tour de France des terroirs. Il était dans la Somme, pour lancer le grand du canal Seine-Nord Europe. 

Un chantier comme il les aime : énorme, avec ses 106 kilomètres de longueur, ses 4 milliards d'euros d'investissements, et les 14 millions de tonnes de marchandises qu'il est prévu d'y faire transiter chaque année à l'horizon 2020. Dans les rues de Nesle (7500 habitants), le candidat fut photographié, en plan rapproché, au milieu de quelques sympathisants UMP enthousiastes ; ça sentait bon la proximité présidentielle ! On avait aussi organisé une table ronde sur l'avenir du transport fluvial, dans un gymnase du coin. La mise en scène était habituelle, avec grosse structure métallique, une douzaine de projecteurs pour éclairer la scène, trois caméras d'Elysée.fr pour fournir les journaux télévisés en déclarations sélectionnées, et une assistance sage et tranquille. Borloo était toujours là, aux côtés de son ancien patron et de Nathalie Kosciusko-Morizet, sa successeur.

‎Ce déplacement était avant tout politique. Le candidat a d'abord pu se montrer avec Jean-Louis Borloo, qu'il aimerait décourager de ses présenter en 2012. Ce cliché murement préparé était important pour les communicants de l'Elysée. Sur place, le candidat voulait aussi montrer son sérieux environnemental.  Ce fut raté... Il perdit mesure et  sang-froid quand il glissa sur le sujet nucléaire : « Je me battrai pour défendre le nucléaire, parce qu'il n'y pas d'énergie alternative en l'état actuel des choses, sauf à dire aux Français qu'ils vont maintenant se chauffer et s'éclairer à la bougie.» Il assura : « Il faut garder son sang-froid, le vrai débat n'est pas 'pour ou contre le nucléaire', il faut des énergies renouvelables et l'énergie nucléaire. Le vrai débat, c'est celui de la sûreté nucléaire

L'argument est vide de sens. C'est justement parce que le nucléaire représente de tels dangers que l'on doit débattre de son utilisation. « Le vrai débat, c'est de faire que nos centrales soient sûres et qu'on arrête avec ce terrorisme qui consiste à dire que tout développement, que toute croissance ou que toute création de richesse est en soi un mal

Mercredi, Nicolas Sarkozy voulait paraître ce président rassembleur qu'il n'a jamais été. Il rendait l'hommage attendu à Aimé Césaire, au Panthéon. Le discours,  sans doute écrit par Henri Guaino, sonnait dans le vide : « Cette cérémonie était importante parce que c'est un homme qui compte pour la France, et pour nos compatriotes ultramarins. C'est un très beau signal de diversité de la France » a-t-il expliqué. En ces temps de polémique identitaire instrumentalisée au coeur de l'Elysée, la formule est incroyable. On frise la nausée... Quelques centaines de personnes, triées évidemment, s'étaient déplacées pour écouter le Monarque un mercredi après-midi. Sarkozy glissa une grossière et indigne allusion à l'identité : En 2006, Aimé Césaire avait refusé de rencontrer la candidat Sarkozy. « C'est un type dangereux » avait-il expliqué.

Ami sarkozyste, où étais-tu ?




mercredi 6 avril 2011

Ces vrais sujets qui font peur à Nicolas Sarkozy.

On est en campagne. Les résultats sondagiers sont mitraillés sur une opinion publique indifférente. Un dernier donne Marine Le Pen présente au second tour chez les 18-24 ans. Dans un autre, Fillon devance d'une courte tête son patron Sarkozy dans le coeur des sympathisants de droite. A l'UMP, on « questionne » toujours la loyauté du premier ministre. Jean-Pierre Raffarin (dimanche) puis Claude Goasguen (lundi soir) ont attaqué frontalement Fillon. Pourtant, même à l'UMP, certains aimeraient qu'on parle enfin des vrais sujets.

Chiche !

1. La croissance ne sera pas au rendez-vous.
Le gouvernement s'apprête à réviser à la baisse sa propre estimation de croissance du PIB pour 2011. Il était temps. Cela fait 6 mois que la quasi-totalité des instituts publics ou privés sont plus pessimistes. Et la flambée des prix de l'énergie à cause des tensions dans les pays arabes n'a rien arrangé.

Christine Lagarde sera toujours là pour nous expliquer que la reprise est là puisque la récession n'est plus. Mais avec un chômage en hausse, des rémunérations qui stagnent, une inflation qui repart... difficile de parler de reprise.

2. Les déficits publics vont se creuser.
Conséquence du point précédent, les rentrées fiscales seront moins bonnes que prévues. Et l'on se rappelle que la quasi-totalité des « économies » budgétaires trouvées pour ramener le déficit budgétaire à 6% du PIB en 2011 provenait en fait de la non-reconduction de dépenses ... non reconductibles.

Il y a quelques jours, nos ministres se sont félicités de la « baisse » du déficit l'an passé. On l'attendait à 7,7%. Il ne fut « que » de 7%. Le journaliste Hervé Nathan, sur son blog Antibobards, révèle la supercherie comptable. Et la dette publique a atteint 81,7% fin 2010.

3. Les impôts devront augmenter. 
Le Parti socialiste a validé, et publié, les grandes lignes de son projet politique pour l'élection générale de 2012. Et la question fiscale apparaît en bonne place. Il propose une fusion de l'Impôt sur les sociétés et de la CSG, l'intégration de tous les revenus financiers dans l'assiette, le tout avec un barème progressif,  c'est-à-dire, s'inquiète Le Figaro, « en clair plus lourd pour les ménages aisés.» Pourtant, même à droite on cherche comment taxer un peu plus. Et parfois en s'éloignant des promesses du candidat Sarkozy. Prenez la réforme de l'ISF, en juin prochain. Elle serait l'occasion de réduire encore davantage la défiscalisation partielle de l'ISF en faveur des PME. « Bercy ne le cache pas : si le barème de l'ISF était allégé, il n'y aurait donc pas forcément lieu de maintenir un avantage fiscal aussi important pour les ménages. » révélait Lucie Robequain dans les Echos, la semaine dernière.

4. La rigueur ne sera pas juste.
Le 1er avril dernier, le gouvernement a augmenté les pensions (2,1%). N'y voyez aucun cadeau. Cette hausse était mécanique, car calculée sur une inflation revue à la hausse (1,8% contre 1,5%). Le seul coup de pouce concerne le minimum vieillesse, +4,7% (dont l'inflation), car, comme l'a rappelé Xavier Bertrand « Nous avons un engagement, de revaloriser le minium vieillesse de 25 % sur les cinq années.» Il a raison de s'y accrocher. Ce sera la seule promesse qu'il est finalement capable de tenir. Depuis quelques mois, Nicolas Sarkozy se félicite du « pacte pour l'euro » de Mme Angela Merkel. Et que prévoit ce fameux pacte ? De « réexaminer les dispositifs de fixation des salaires et, le cas échéant, le degré de centralisation du processus de négociation, ainsi que les mécanismes d'indexation », c'est-à-dire notamment l'indexation du SMIC sur l'inflation.

Lundi, le ministre de l'énergie a proposé de limiter la hausse des tarifs du gaz conventionné. Pourquoi faut-il des semaines de polémiques pour en accepter au moins le principe ?

5. La précarité est massive.
Le 4 avril, François Baroin et son secrétaire d'Etat à la Fonction publique George Tron se sont félicités d'avoir signé avec les organisations syndicales un protocole d'accord pour « sécuriser le parcours professionnel des contractuels de la fonction publique.» Contraint par des mois de polémiques, Nicolas sarkozy s'était résolu, lors de son intervention télévisée du 25 janvier dernier, à promettre de titulariser les précaires de la Fonction publique. Et finalement, le résultat est bien maigre : il faudra justifier de 6 années d'emplois consécutifs pour obtenir la transformation de son CDD en CDI. Depuis 2007, le nombre d'agents contractuels a cru de 100.000, soit le nombre de suppressions de postes entre 2007 et 2012 promis par Nicolas Sarkozy dans la fonction publique...

Plus globalement, la précarité reste massive : les emplois qui se créent sont surtout partiels (en février, le nombre d'offres d'emplois de moins d'un mois a explosé de 17%); le chômage des plus de 50 ans ne cesse de progresser, stimulé par des ruptures conventionnelles qui remplacent les pré-retraites ; le nombre de chômeurs en fin de droits devrait frôler le million à la fin de l'année ; les profits des grands groupes du CAC40 sont repartis à la hausse en 2010 (frôlant le record de 2007), les bonus bancaires également, mais pas les comptes des PME. Le prix des denrées alimentaires explose. Et, selon un sondage, un Français interrogé sur trois déclare réduire ses dépenses alimentaires.

6. Les atteintes aux personnes augmentent depuis 2002.
En 2007, Nicolas Sarkozy s'est (notamment) fait élire sur un malentendu, sa prétendue efficacité à lutter contre la délinquance. Certes, les vols de voitures et, d'une façon générale, les atteintes aux biens n'ont cessé de reculé depuis 2002. Et comme ces délits se chiffrent en millions, ils emportent le résultat global. Mais les atteintes aux personnes, évidemment plus graves, sont elles en progression régulière : 381.000 en 2002, 433.000 en 2007 , 467.000 l'an dernier, soit +14% en 5 ans. A chaque publication statistique, le ministre titulaire trouve un angle original pour focaliser l'attention médiatique : les bandes, les cambriolages, les personnes âgées, les vols de smartphones dans le métro, la délinquance roumaine (si, si, rappelez-vous l'été dernier !)... Mais les faits sont têtus .

7. La politique étrangère de la France est incohérente.
Si l'on voulait parler d'actualité internationale, puisque celle-ci s'invite chaque jour dans nos journaux, on pourrait s'interroger sur le sens de ces dernières semaines. On fait la guerre en Libye, avec emphase et grandes déclarations. En Côte d'ivoire, on ne sait pas si Nicolas Sarkozy, qui communique beaucoup sur les réunions d'urgence qu'il tient sur le sujet à l'Elysée, s'est entretenu avec le président élu Alassane Ouattara des centaines de morts, civils compris, victimes des représailles du camp pro-Gbagbo d'après l'organisation Human Watch. Mais on s'émeut à peine des massacres massifs de manifestants en Syrie. On fait quelques courbettes nécessaires en Chine, mais on laisse la même Chine étouffer un peu plus sa contestation.

Lire aussi :

mardi 5 avril 2011

Guéant et Chatel, deux ministres exemplaires.

L'un enfonce le clou, l'autre divertit à merveille. Malgré les divisions internes au camp présidentiel et les critiques, Claude Guéant, ministre de l'intérieur, s'obstine à fustiger la place de l'islam en France.De son côté, son collègue de l'Education nationale Luc Chatel manie avec adresse une nouvelle diversion alors que les conseils départementaux de l’Education nationale dévoilent cette semaine quelles classes primaires seront fermées en septembre prochain.

Voici donc deux ministres exemplaires, qui « font le job », loin des états d'âmes des uns et les doutes des autres. En coulisses, le Monarque Sarkozy applaudit.

Guéant jette de l'huile
C'est le grand jour, celui tant attendu où l'UMP toute entière devait chaleureusement débattre de l'Islam, pardon, de la laïcité. Son président Sarkozy l'avait exigé en février dernier, à l'occasion de son émission télévisée sur TF1. Il faut parler de l'Islam de France. La manoeuvre politique était si évidente que l'affaire est revenue comme un boomerang dans la figure du candidat Nicolas. Son camp se chamaille en public, son autorité fait défaut, son premier ministre est accusé d'infidélité politique, voire de traîtrise... Une vraie pagaille ! Le fameux débat s'est finalement réduit à une discussion de deux heures, mardi 5 avril à 16h, dans le salon d'un hôtel de luxe du quartier de Montparnasse à Paris.

Heureusement, Claude Guéant est là. On murmure que Nicolas Sarkozy est très satisfait de son nouveau ministre, et ravi de ses provocations sécuritaires ou xénophobes. Lundi 4 avril, l'ancien vizir s'est à nouveau distingué. Au coeur d'un déplacement à Nantes, il a confié que le nombre de Musulmans en France posait problème.
« Le problème est très important : tous les représentants des grandes religions estiment que la laïcité est un principe protecteur de la liberté de conscience. (...) La question interpelle nos concitoyens : nombreux sont ceux qui pensent qu'il y a des entorses à la laïcité. En 1905, il y avait très peu de musulmans en France, aujourd'hui il y en a entre 5 et 10 millions. Cet accroissement du nombre de fidèles et un certain nombre de comportements posent problème. Il est clair que les prières dans les rues choquent un certain nombre de concitoyens. Et les responsables des grandes religions ont bien conscience que ce type de pratiques leur porte préjudice.»
De quoi parle-t-il  ? Notre confrère Guy Birenbaum relayait, il y a 3 semaines à peine, cette information peu commentée dans les médias : d'après une enquête de l'INED, la France compterait 2,1 millions de Musulmans, sur quelque 65 millions d'habitants... Quelle angoisse !

Chatel masque
Depuis lundi, dans chaque académie, les cartes scolaires de la rentrée prochaine sont peu à peu définies. On découvre les conséquences concrètes des nouvelles réductions de postes : 11.000 au global, dont 9.000 dans le primaire.

Ainsi en Seine-en-Marne, le conseil départemental de l’Education nationale vient d'entériner 71 ouvertures définitives de classes et 32 fermetures définitives pour les 1.115 écoles publiques du département. Mais 97 autres décisions ( 53 ouvertures conditionnelles et 44 fermetures révisables) ont été reportées à juin ou septembre. Même exercice à Lyon (13 fermetures, 11 créations), en Côte d'Or (78 classes menacées), ou dans les Hautes-Alpes (17 fermetures), etc. Dans l'Ain, l'inspecteur d'académie a dû gérer, paraît-il, « une équation impossible » : 3 postes en moins, mais 573 élèves en plus annoncés à la rentrée prochaine.

Luc Chatel, le ministre de l'Education nationale, a choisi ce lundi pour lancer quelques idées pour la rentrée scolaire de ... 2012. Il s'y voit déjà, après le scrutin présidentiel de l'an prochain. Oublions vite 2011... Il faut faire diversion, occuper le terrain médiatique, allumer quelques contre-feux.

Ce 4 avril, il installait donc un « comité de réflexion » sur l'apprentissage des langues ­vivantes de la maternelle au bac. En janvier dernier, il s'était plaint que les langues étrangères soient mal maîtrisées en France. Son propre patron, pourtant avocat d'affaires de métier, donne d'ailleurs un piteux exemple tant son anglais est détestable. Pour améliorer cet apprentissage, Chatel adopte une tactique habituelle en Sarkofrance : on créé une commission qui donnera l'impression qu'on agit ; on prévient que les travaux seront libres (« Je n'ai pas d'idée préconçue »), mais on oriente quand même la réflexion (« Mais je pense qu'il faut une épreuve orale au bac, en langue vivante 1, en plus de l'écrit actuel. »).

Chatel aurait pu s'interroger sur la réduction du temps d'apprentissage tout court, qui frappe aussi bien les classes primaires que le collège. Ou sur la réduction des effectifs enseignants. Même le Figaro n'est pas dupe : « Comment comptez-vous élargir l'enseignement de l'anglais aux enfants dès l'âge de trois ans, alors que les postes d'intervenants étrangers sont les premiers à ne pas être reconduits en raison des suppressions de postes ? » demande un journaliste. La réponse du ministre est ... hypocrite. Il recommande, pour des élèves de maternelles...  la débrouille ou la visio-conférence !
« Nos jeunes enseignants parlent désormais davantage l'anglais, ils peuvent l'enseigner. Je pense surtout qu'on peut utiliser les nouveaux modes de communication. On peut apprendre l'anglais à Paris par visioconférence en dialoguant avec un enseignant basé à Londres.»
Autre sujet d'une actualité plus brûlante pour nombre de parents d'élèves, les remplacements d'enseignants absents. Le ministre avance des chiffres d'une précision remarquable. Surtout quand on sait que son administration n'est même pas capable d'évaluer avec précision le nombre de ses titulaires ! « Nous ne comptons que 4% d'absences sur une année. (...). Et 96,2% de ces absences sont remplacées. Le remplacement s'améliore. Le taux de mobilisation des professeurs titulaires sur zone de remplacement est passé de 76,53% en octobre 2009 à 85,76% en février 2011.» Et pour remplacer les absences, le ministre a son idée : plutôt que d'avoir des enseignants titulaires, il préfère que les proviseurs s'adressent à Pôle emploi, ou embauchent des étudiants ou des retraités : « Les vacataires, étudiants ou ­jeunes retraités, peuvent très bien remplir ce rôle.»

Ces deux sujets, l'apprentissage des langues étrangères et les remplacements sont deux exemples supplémentaires de la situation inconfortable du ministre Chatel. Il a beau botter en touche dès qu'on questionne la réduction des moyens d'enseignement, il est coincé par cette politique du chiffre : d'un côté, il lui faut participer à la réduction du nombre de fonctionnaires (11.000 pour la rentrée prochaine) ; de l'autre, il bricole par des embauches précaires ou partielles. A chaque critique, il répète les mêmes arguments : « Nous avons 35.000 postes d'enseignants de plus qu'il y a quinze ans alors que nous avons 500.000 élèves de moins ». Mais les problèmes demeurent. Le contexte économique et social est plus dur qu'il y a quinze ans, la compétition internationale également. Sarkozy est le premier à le répéter.


lundi 4 avril 2011

Affaire Tapie : pourquoi Christine Lagarde risque la mise en examen.

Il y a peu de chance que la ministre de l'Economie soit évincée du gouvernement comme Eric Woerth, disqualifié par l'affaire Bettencourt puis évincé lors du remaniement gouvernemental. Pourtant, elle mérite largement une scrutation approfondie de son rôle dans l'étrange arbitrage qui conféra à Bernard Tapie, ancien leader du Parti Radical de Gauche rallié à Nicolas Sarkozy, plusieurs centaines de millions d'euros en règlement du litige qui l'opposait au Crédit Lyonnais depuis quinze ans. Jeudi 31 mars, le député socialiste et président de la Commission des finances Jérôme Cahuzac remettait un très instructif rapport sur cette affaire Tapie.

Et des députés socialistes veulent désormais que Mme Lagarde passe devant la Cour de Justice de la République.

L'amitié Tapie/Sarkozy
On connaît l'histoire. Bien avant l'élection présidentielle, Bernard Tapie s'était démarqué de son camp, et même de son parti radical. Le rapprochement datait du passage de Sarkozy... au ministère des Finances en 2004.

Sans surprise, en 2007, il appela à voter Nicolas Sarkozy. Le 10 mai 2007, le candidat de la droite à peine élu, Bernard Tapie s'enthousiasmait. Il invitait à la fusion des partis radicaux de gauche et de droite, pour rejoindre la « majorité présidentielle » de Nicolas Sarkozy. Quel ralliement intégral ! A l'époque, Bernard Tapie rencontra Nicolas Sarkozy, grâce à l'aimable intermédiaire de Brice Hortefeux. Il réclama un arbitrage plutôt que d'aller au bout de la procédure qui l'opposait au Consortium de réalisation, l'organisme chargé de gérer le passif du Crédit Lyonnais (évalués à 4,4 milliards d'euros fin 2009).

Quelques mois plus tard, en octobre 2007, l'Etablissement public de financement et de restructuration (EPFR), qui chapeaute le CDR, acceptait la « proposition » des liquidateurs du groupe Bernard Tapie de soumettre le litige à un tribunal arbitral plutôt que de poursuivre la voie judiciaire normale. Pourquoi ce revirement ? Ses conseils lui promettaient pourtant une victoire au tribunal, contre Tapie : en octobre 2006, soit 6 mois avant l'élection présidentielle, la Cour de Cassation avait annulé la condamnation du Crédit Lyonnais et du CDR prononcée un an avant (et, par la même occasion, les 135 millions d'euros d'indemnités ordonnées dans le jugement).

Parmi les trois arbitres désignés par le gouvernement (Pierre Mazeaud, ancien président du Conseil constitutionnel ; Jean-Denis Bredin, avocat ; Pierre Estoup, magistrat), l'un a été vice-président du Mouvement des Radicaux de Gauche de Bernard Tapie, et un autre (Estoup) a déjà joué l'arbitre dans une procédure liée à l'affaire Elf....

Le coût pour l'Etat
Le 7 juillet 2008, les « arbitres » rendent leur jugement : le Crédit Lyonnais est débouté, et les époux Tapie gagnent 240 millions d'euros (hors intérêts), dont, fait rarissime, 45 millions d'euros nets d'impôts au titre du « préjudice moral ». Un record dans les annales judiciaires. Même les innocents d'Outreau n'eurent pas droit à cette générosité ! Dans son rapport parlementaire, Jérôme Cahuzac rappelle que le préjudice moral n'a jamais été indemnisé plus d'un million d'euros en France...

Lors de son audition devant la Commission des finances de l'Assemblée, le député Charles de Courson (UMP), représentant l'Assemblée au conseil d'administration de l'EPFR, a livré ses estimations du montant net perçu par les époux Tapie après intérêts, déduction des dettes fiscales et application du bouclier fiscal à 50% : entre 106 et 144 millions d'euros.

La procédure arbitrale elle-même a coûté aux contribuables la bagatelle d'un million d’euros, comme le détaille Jérôme Cahuzac dans son rapport : « chaque arbitre étant rémunéré à hauteur de 300 000 euros et une somme de 100 000 euros ayant été affectée au fonctionnement du tribunal

Le rôle de Christine Lagarde.
La ministre de l'économie a joué un rôle central, et l'on devine qu'elle a elle-même agi sur instruction élyséenne.

En premier lieu, l'EPFR a reçu des instructions bien précises de Christine Lagarde pour accepter le changement de procédure Au mois de juillet 2008, cette dernière confirme enfin. Il fallait « économiser des frais de procédures » et mettre un terme à une affaire vieille de 14 ans.

La seconde intervention de Christine Lagarde est délicieuse. Le cadeau ne s'arrête pas là : fin juillet, sans attendre l'expiration du délai légal et contre l'avis de l'Agence des participations de l’État, Christine Lagarde - encore elle - décide précipitamment d'abandonner tout recours contre cette condamnation de l'Etat. Une fois encore, le président de l'EPFR a témoigné qu'il avait reçu instruction de la part de la ministre de voter contre un éventuel recours.

L'étau se resserre
En février dernier, après deux ans d'enquêtes, la Cour des Comptes présidée par Didier Migaud, a saisi la Cour de discipline budgétaire et financière à l'encontre de deux hauts fonctionnaires : le président du CDR Jean-François Rocchi et celui de l'EPFR Bernard Scemama. Tous deux sont hiérarchiquement aux ordres de Mme Lagarde. Les sommes en jeu sont faramineuses. Cette procédure de saisine est rarissime. En 2010, la Cour de discipline budgétaire et financière n'a eu à traiter qu'une dizaine de cas.

La Cour des Comptes considère, dans un référé transmis à la commission des finances de l’Assemblée nationale et révélé par l'hebdomadaire Marianne, que cette procédure arbitrale n'est pas conforme au droit, car il y a eu « défaut d’autorisation législative ». 

Autre irrégularité grave, il y a eu falsification, comme le rappelle Cahuzac : le compromis d'arbitrage finalement signé entre les parties n'est pas celui validé par le conseil d'administration du CDR ! Et la différence n'est pas mince : les administrateurs du CDR avaient approuvé un plafonnement général des indemnisations des époux Tapie à 50 millions d'euros. Le document final limite ce plafond au seul préjudice moral... « Le compromis d’arbitrage, dont plusieurs conditions, notamment la renonciation à la possibilité d’un appel, présentaient de forts risques pour l’État, a été signé dans une version « différente du texte et des modifications qui ont été approuvés par le conseil d’administration du CDR ». »

Jérôme Cahuzac précise : « L’ajout de l’expression « préjudice moral » est du seul fait du Président du CDR, entre la date d’approbation du compromis d’arbitrage par le conseil d’administration et celle de sa signature avec l’autre partie.»

La ministre Lagarde est trop précieuse pour être abandonnée par son Monarque. La présidence française du G20 nécessite toutes ses compétences. Mais Christine Lagarde a sans conteste agi sur ordre. En période de vaches maigres budgétaires, cette nouvelle affaire Tapie paraît incompréhensible au citoyen lambda sans un éclairage plus ... politique. En 2004 déjà, Nicolas Sarkozy, comme l'a confirmé Claude Guéant, avait oeuvré en faveur d'une procédure arbitrale... En vain. Il n'était pas resté suffisamment longtemps aux commandes de Bercy. Et il n'était pas président. Quatre ans plus tard, tout s'arrange.

Quel retour d'ascenseur espère donc Nicolas Sarkozy ?


dimanche 3 avril 2011

Sarkozy : en échec en Chine, enlisé en Libye, dépassé en Côte d'Ivoire...

Cette semaine qui s'achève fut marquée par une succession d'évènements internationaux qui furent autant d'échecs pour la diplomatie de Nicolas Sarkozy. En Chine, le Monarque français a été snobé par son hôte chinois. Pas question de toucher au surpuissant Yuan. En Libye, la coalition occidentale s'enlise. En Côte d'Ivoire, la diplomatie française a été prise de vitesse par les forces d'Alassane Ouattara.


Dépassé en Côte d'Ivoire
En Côte d'Ivoire, très tôt, Nicolas Sarkozy avait exigé le départ de Laurent Gbagbo dès le résultat de l'élection présidentielle connue. Sa position rejoignait celle de la fameuse communauté internationale. Elle n'avait qu'une spécificité, historique : la Côte d'Ivoire est une ancienne colonie française. Et la France, de de Gaulle à Sarkozy, y a conservé de sérieux intérêts et une sacrée influence. Le poids de cette Françafrique justifiait officiellement que Nicolas Sarkozy reste prudent. Pas question d'intervenir même si des forces françaises stationnent à proximité. Pendant quatre mois durant, la Sarkofrance a donc peu fait excepté parler à propos de la Côte d'Ivoire. Même quand des rumeurs de massacres de civils secouaient les opinions locales et françaises, Nicolas Sarkozy avait donné l'ordre de ne pas bouger. L'ONU a déjà quelques soldats sur place. En Libye, ancienne colonie italienne, Nicolas Sarkozy n'eut pas ces précautions. Et ce fut tant mieux, dans les premières heures au moins de l'intervention occidentale, pour les insurgés de Benghazi. Mais comment comprendre ce double traitement ?

Le 25 mars dernier, la France se joignait au Nigéria pour demander à l'ONUCI, la force onusienne présente sur place, d'intervenir à Abidjian pour faire stopper les tirs à l'arme lourde contre les populations civiles. Mais sans crier gare, les forces d'Alassane Ouattara, le président élu et reconnu, fondaient sur Abidjian en début de semaine dernière. La Croix Rouge évoqua « au moins 800 personnes » décédées, civiles ou militaires, dans l'Ouest du pays. Ces massacres ne suscitent aucune réaction concrète française, comme en Libye. Samedi, le pays était quasiment conquis et les combats faisaient rage dans l'ancienne capitale du pays. On aurait trouvé une centaine de corps près de la ville de Duékoué.

Vendredi soir, Sarkozy organisait une « réunion de crise » sur la Côte d'Ivoire à l'Elysée. Il s'en suivit un joli communiqué où « la France appelle M. Laurent Gbagbo, conformément à la résolution 1975 du Conseil de sécurité, à se retirer immédiatement, à faire cesser les violences et à céder le pouvoir pacifiquement au Président Ouattara.» Nicolas Sarkozy s'empressait d'appeler Ouattara. Trop tard. « Gbagbo vit ses derniers jours de chef d'Etat » comment Juppé.

En Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo espérait un soutien chinois. Selon Alain Léauthier, pour Marianne2, le timing de l'offensive de Ouattara serait lié à la perspective d'une récolte prochaine de cacao que le rival Gbagbo entendait vendre à une société chinoise.

Contredit en Chine
De son voyage en Chine, en fin de semaine dernière, on n'a retenu qu'une anecdote, sa visite expresse au Japon, pour rassurer les Français expatriés, saluer le gouvernement local et, surtout, sauver ce qui pouvait l'être encore du nucléaire civil. La catastrophe de Fukushima restera dans les mémoires. Mais lors de ce voyage, Nicolas Sarkozy avait bien d'autres choses à faire, dans son programme officiel. Les médias locaux, sous la coupe d'une censure gouvernementale hors normes qui frappe désormais Google, s'amusèrent à relater quelques détails et gros échecs du Monarque français sur place. A Nankin, où il ouvrait la réunion des ministres des finances du G20, le président français fut logé dans une suite « présidentielle » de 800 mètres carrés, à l'hôtel Sofitel Zhongshan. « Le tarif ordinaire de la suite présidentielle est de 40 000 yuans (4291 euros environ) par jour », a révélé un responsable commercial de l'hôtel. En Chine, le salaire moyen est estimé à quelques dizaines d'euros par mois.

Mais le plus grave était ailleurs : la réunion de Nankin n'a débouché sur rien. C'est le premier revers, peu commenté, de cette fameuse présidence française du G20. Nicolas Sarkozy souhaitait convaincre la Chine d'intégrer sa devise, le Yuan-renminbi, dans le panier de valorisation des Droits de Tirage Spéciaux du Fonds monétaire international (FMI). Ces DTS ont été inventés en 1969 pour servir d'actif de réserve « relais » entre les Etats, en sus de l'or et du dollar. Si le Yuan chinois servait, comme le dollar, l'euro, le yen et la livre sterling à valoriser les DTS, son cours serait davantage figé. Or, justement, Européens et Américains souhaitent que la Chine cesse d'utiliser le faible cours de change de sa mon,naie pour doper ses exportations.

Mercredi soir, le président Hu Jintao a botté en touche. Pas question de figer son Yuan. La Chine veut d'abord internationaliser sa devise, via le développement de ses exportations et échanges en Asie. En d'autres termes, Nicolas Sarkozy s'est pris un vent. Echec total. La première dictature du global, grande financière des démocraties occidentales surendettées a sèchement boudé l'initiative française.

Enlisé en Libye
On ne sait plus quoi penser de la situation libyenne. Samedi 2 avril, les forces de l'OTAN ont tué 9 insurgés et 4 civils, près de Brega. Un responsable des forces rebelles a indiqué qu'un avion de l'OTAN a pris un tir de joie pour une attaque, et a ouvert le feu sur un convoi de cinq véhicules, dont une ambulance...

Depuis mardi, la situation militaire est figée. Le colonel Kadhafi a repoussé l'offensive des insurgés. le mauvais temps, en fin de semaine, a bloqué les interventions occidentales. Les Etats-Unis retirent peu à peu leurs avions. Ils fournissaient jusqu'alors l'essentiel du contingent aérien (90 avions contre 33 pour la France).

Sarkozy et Cameron se retrouveront-ils seuls en tête-à-tête guerrier avec Kadhafi ?



samedi 2 avril 2011

204ème semaine de Sarkofrance: l'apprenti sorcier

Nicolas Sarkozy est un apprenti sorcier. Pour sa 204ème semaine depuis son élection en 2007, il récolte les fruits de sa tempête. Il a joué avec l'extrême droite comme un petit garçon avec des allumettes. Au lendemain de l'échec cantonal dilanche dernier, son camp lui a fait une crise d'autorité et découvre, un peu tard, que Sarkozy répète tout haut ce que Marine Le Pen crie plus fort. En Libye, le Monarque français a négligé d'aller à Londres pour un sommet international pourtant décisif sur la Libye. Il préférait la Chine, et surtout le Japon. Dans ce pays traumatisé par un tremblement de terre, un tsunami puis une catastrophe nucléaire, le président français voulait (se) rassurer sur l'avenir et la fiabilité de sa filière atomique. 

Légitimer l'extrême droite
Dimanche dernier, l'échec de l'UMP aux élections cantonales a ravivé les rancoeurs et les doutes. De nombreuses voix, y compris les plus inattendues (Christian Estrosi) se sont élevées pour critiquer le positionnement sécuritaire du Monarque et, en particulier, l'organisation d'un débat sur l'Islam rapidement recentré sur la laïcité. On accuse Sarkozy d'avoir joué aux apprentis sorciers et dynamité l'UMP au point qu'on s'interroge sur sa survie. Il a rétréci le spectre idéologique du « grand parti de la droite » à l'étiage du Front national, légitimant un à un, par ses faux constats et vrais échecs, les propos tenus par la pire des extrêmes sur l'immigration.

Le pouvoir a fait mine d'ignorer le scrutin local. Officiellement, il n'y eu aucune réaction. En coulisses, on s'agite : lundi matin, Sarkozy convoque une réunion de crise. Il fustige celles et ceux qui l'ont encore critiqué, la veille, sur les plateaux télé. Christian Estrosi, un récent repenti, est traité « d'âne »; Dominique Paillé, ancien porte-parole, est « extrêmement peiné ». Dans l'après midi, Sarkozy prend soin de convier son fiston Jean et l'ancien et futur président du conseil général des Hauts-de-Seine Patrick Devedjian. Ce dernier a survécu à toutes les attaques pilotées contre lui depuis l'Elysée. Isabelle Balkany, porte-flingue envoyée pour lui faire la peau (politique) a été battue à Levallois-Perret. Le Prince Jean attendra donc pour prendre la présidence du département le plus riche de France.

Lundi soir sur CANAL+, Jean-François Copé, l'exécutant de l'UMP, a provoqué un clash public et médiatique avec François Fillon, l'accusant, à la télévision, de ne pas jouer collectif. Dès le lendemain, Sarkozy les convoquait à 8h15 pour une explication/réconciliation. Quelques minutes plus tard devant les ténors de l'UMP réunis à l'Elysée, les deux rivaux de 2017 affichaient toujours leur haine. Mercredi, Fillon faisait savoir à la presse qu'il ne participerait pas au débat de l'UMP prévu le 5 avril sur la laïcité. Le même jour, les représentants des 6 grandes religions de France (musulmane, protestante, catholique, orthodoxe, bouddhiste, juive) désapprouvaient publiquement l'organisation opportuniste de ce faux débat.  Ce dernier a finalement été réduit à sa plus simple expression, une paire d'heures. Et les ministres participants se sont progressivement désistés. A l'UMP, on finit par douter.

Ce fiasco est grave pour Sarkozy. Le Monarque a été désavoué par les siens. L'après-Sarkozy aurait commencé. Fillon et Copé se disputent la prochaine place présidentielle. Dans Paris-Match, l'obscur conseiller Patrick Buisson dénonce la prolophobie des élites françaises et suggère de réhabiliter le travail en réservant le RSA aux... Français. Cet ancien patron de Minute, toujours aussi écouté au sommet de l'Etat, sombre en plein délire frontiste.

Jouer au chef de guerre
Sarkozy veut croire qu'il contrôle encore tout. On pensait qu'il avait mieux à faire. En Libye, la guerre fait rage. Le weekend dernier, les rebelles avaient repris du terrain, grâce aux attaques aériennes de la coalition occidentale. Mais dès lundi les forces kadhafiennes contre-attaquèrent. Les insurgés piétinent, voire rebroussent chemin. Sarkozy se fait filmer en visio-conférence avec Obama, Cameron et Merkel. Jeudi, Moussa Koussa, un ancien fidèle du colonel libyen, fait défection et se réfugie à Londres. Cela tombe bien. Il est accusé d'avoir organisé l'attentat de Lockerbie. Vendredi, le mauvais temps empêche les aviations françaises et britanniques d'intervenir. Les rebelles proposent un cessez-le-feu, rapidement refusé par le colonel Kadhafi. A l'Elysée, on s'inquiète d'un enlisement. L'OTAN, malgré les hésitations françaises, a pris la main des opérations militaires. On fait quand même la guerre en Libye.

Quelques jours plus tôt, lundi, Nicolas Sarkozy et David Cameron signaient une déclaration commune sur la Libye, quelque heures avant le début du sommet de Londres. On est surpris. Les deux s'abritent derrière la résolution du Conseil de Sécurité, avancent des chiffres invérifiables, réécrivent l'histoire, et réclament le départ de Kadhafi. Ils donnent quelques leçons de démocratie au passage, rappelant que le peuple libyen « comme tout autre peuple, (...) a le droit de choisir librement ceux qui le dirigeront. »

Bâcler sa visite en Chine
Pourtant, mardi, Nicolas Sarkozy sèche le dit sommet international. L'absence est curieuse, pour quelqu'un qui s'est affiché en première ligne dans l'affaire libyenne. Il a autre chose à faire, on l'a vu. Le camp sarkozyste est en crise d'autorité. Mercredi matin, le Monarque file en Chine. Il inaugure une ambassade, et ouvre une rencontre entre les ministres des finances du G20 à Nankin. Il n'était pas question de donner une quelconque leçon de démocratie à la plus grande dictature du globe. Sarkozy a l'habitude des courbettes diplomatiques devant la Chine. Il se fait quand même sèchement accueillir par l'autocrate Hu Jintao. Ce dernier n'apprécie pas « l'utilisation de la force » en Libye.

Quant aux discussions sur la régulation de la finance mondiale et des cours de change, c'est un flop pour l'instant total. On avait presque oublié que Sarkozy devait réguler le monde de la finance. Les Etats-Unis, suivis par l'Europe, souhaitaient convaincre la Chine de contrôler le taux de change du Yuan. La presse chinoise s'amuse à un compte-rendu de cette réunion finalement pitoyable. Sarkozy a voulu parvenir au consensus, sans déranger la Chine; pour l'instant, il n'a rien.

Vanter le nucléaire au Japon
Jeudi, le président français fit un crochet expresse par le Japon, traumatisé par la catastrophe de Fukushima. Il évoqua la douleur, le « pays tout entier plongé dans le malheur », les morts, les « milliers de blessés ». Mais ses propos furent finalement indécents, ou irresponsables. Ou les deux. Quatre réacteurs incontrôlables, un océan pollué des miles à la ronde, Tokyo interdit d'eau potable pour les nourrissons. Il y a urgence.

Pour Sarkozy, VRP du nucléaire français, il fallait défendre la filière atomique. A la communauté française du Japon, il rassure : « j'ai sollicité l'expertise scientifique du CEA.» Le Commissariat à l'Energie Atomique, actionnaire à 72% d'Areva, a été chargé par Sarkozy, en février dernier, de piloter l'exportation de la technologie nucléaire française en Asie. Quelle indépendance de jugement ! Il poursuit : « résider à Tokyo ne constitue pas un danger réel pour la santé des population.»  Il refuse les « polémiques », exige de « faire preuve de sang-froid

Même les Japonais n'y croient plus. Mieux, Sarkozy prévient : « vous devez accepter de vivre avec cette situation pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois.» Des mois ? La pollution radioactive durera des siècles. Pour finir, Sarkozy livre son argument fétiche, le fond de sa pensée, l'absolue raison qui emporte tout : « Pour la France, le nucléaire civil est un élément essentiel de son indépendance énergétique et de la lutte contre les gaz à effet de serre.» Ce n'était donc que cela. Il ne faut pas déjuger l'énergie nationale ! Le Monarque réclama des normes internationales de sûreté nucléaire. Belle diversion. Depuis bientôt 4 ans, il a vendu notre technologie à nombre de dictatures sans se préoccuper de ces normes. Lors de son dernier voyage en décembre dernier, Sarkozy a vendu deux EPR à l'Inde qui seront construits ... sur une zone sismique. Réclamer des normes que l'on ne respecte pas soi-même... quelle exigence ! Le nucléaire reste un tabou bien français.

En France, le patron de l'ASN remettait son rapport annuel à l'Assemblée nationale le même jour. En 2010, il n'a relevé « que » 1.107 incidents. La sûreté des centrales françaises serait « satisfaisante ». Des parlementaires suisses réclament la fermeture de Fessenheim, l'une des plus vieilles centrales françaises construites sur une faille.

Négliger la précarité
Toute la semaine, le Président des Riches a oublié les vrais sujets. C'est là le plus troublant. La France qui le préoccupe se résume à l'UMP et ses querelles de pré-campagne. L'autre France, la vraie, s'inquiète du chômage et de la vie chère. Ainsi, les ruptures conventionnelles de contrat de travail frôlent « enfin » les 500.000, moins de trois ans après leur entrée en vigueur. Même le Figaro reconnaît qu'elles sont souvent des pré-retraites déguisées.

L'inflation repart. François Baroin bafouille de mauvaises explications sur le pouvoir d'achat des fonctionnaires. Et les tarifs du gaz s'envolent encore, +5,1% ce 1er avril pour les particuliers. le gouvernement « réfléchit » à un gel des augmentations ... jusqu'à la présidentielle. Nous prendrait-on pour des c...s 

Vendredi 1er avril, on pouvait voir les premières images fascinantes d'un film sur un autre temps, celui de la Conquête du pouvoir entre 2005 et 2007 par Nicolas Sarkozy. Pas sûr que le Monarque apprécie cet exercice cinématographique inédit. Il en est certes le héros, mais le contraste est trop terrible avec la situation actuelle.

Ami sarkozyste, prépare-toi !

vendredi 1 avril 2011

La Conquête, celle d'avant.

Ce n'est pas un poisson d'avril.

Alors qu'on s'interroge sur ses chances de passage au premier tour du scrutin de l'an prochain, Nicolas Sarkozy a fait l'objet d'un film sur sa conquête du pouvoir en 2007, dont la sortie en salles est annoncée pour mai 2011.



Au Japon, Sarkozy confond sang-froid et inconscience.

Nicolas Sarkozy fut le premier chef d'Etat étranger à se rendre au Japon depuis le tremblement de terre du 11 mars dernier, pour y célébrer la solidité de la filière nucléaire. Faut-il s'en réjouir ? Sur place, le Monarque français a joué à l'autruche. Sans surprise, il expliqua à la communauté française du Japon qu'il n'y avait aucun problème de contamination radioactive à Tokyo. Au premier ministre japonais, il lâche une proposition sans conséquence ni intérêt : la création de normes internationales de sûreté nucléaire. Comme si la catastrophe de Fukushima provenait d'un manque de normes. 

En France, voici que débute, ce 1er avril, la 9ème semaine du développement durable, pour encourager « les Français à adopter les bons réflexes pour soutenir, au quotidien, le développement durable. » Cela ne s'invente pas. La ministre de l'Ecologie n'est d'ailleurs pas là. NKM s'est incrustée dans le voyage présidentiel, pour profiter, à la dernière minute, de l'Airbus Air Sarko One.

A Tokyo, Sarkozy prit quelques minutes pour s'adresser à la communauté française expatriée au Japon. Il lisait un texte qui se voulait émouvant, levant rarement les yeux. L'émotion se prépare. « Mes premiers mots en arrivant au Japon seront pour adresser toutes mes pensées à ces familles décimées, à ces villages rayés de la carte, à ces paysages dévastés, à ces populations déplacées (...). Je pense à ceux qui ont tout perdu.» Il évoqua « ces images stupéfiantes » du tsunami, ces « quartiers en ruines », ces « bateaux éventrés », ces « objets familiers devenus la relique d'un monde disparu », cette « violence inconcevable ». On attend l'essentiel. Comment parlera-t-il de la catastrophe nucléaire qui ne fait que débuter depuis 3 semaines ? Sarkozy insiste sur le « séisme du 11 mars » qui fut « l'un des plus graves qu'ait connu le Japon », « un pays tout entier plongé dans le malheur ». Il évoque les « millions de blessés », lapsus, il se reprend, les « milliers de blessés », les « 240.000 déplacés », les « millions » de personnes affectées.

« Face à la catastrophe il reste peu de mots, et pourtant il faut trouver les mots pour conforter ceux qui souffrent. A tous, je suis venu donc dire le soutien de la France, au nom de tous les Français, au nom de l'Europe, et au nom de tous les pays du G20 puisque la France préside aujourd'hui le G20.»

Les Etats participants au G20 n'ont rien demandé au Monarque français. Le G20 n'est d'ailleurs pas une organisation institutionnalisée comme l'Europe, avec une « présidence ». La France organise simplement sur son sol et toute l'année les débats de l'agenda convenu. Mais il fallait à Sarkozy cette touche personnelle et narcissique pour que son discours soit complet.  Aux expatriés, il lance un « sachez que la France est à vos côtés.» Au bout de trois minutes et trente secondes, on arrive à l'essentiel. Fukushima, 6 réacteurs incontrôlées, une pollution radioactive pour une petite centaine d'années, un océan voisin contaminé. Quels seront les mots du VRP du nucléaire français ?

« Aujourd'hui même, alors que l'ampleur de la catastrophe se dévoile peu à peu, un nouveau danger menace, le danger de l'accident nucléaire. » Notez le terme employé : le tsunami fut une catastrophe. Mais l'explosion puis les fuites incontrôlées de radioactivité à Fukushima ne sont qu'un « accident.» Et d'ailleurs, Sarkozy se veut rassurant.  « Face à cette situation, nous devons faire preuve d'un grand sens de la responsabilité. Pour aider les techniciens japonais qui travaillent jour et nuit dans la centrale de Fukushima, la France avec le CEA et les entreprises françaises a d'ores et déjà fourni du matériel technique, des équipements de protection. » Serait-ce tout ? Non, le Monarque embraye sur les consignes de départ dans l'urgence des premières menaces radioactives voici deux semaines.

« Je sais que la rapidité avec laquelle la communauté française a réagi a suscité certaines réserves. Je le dis sans hésitation. Il était du devoir des autorités françaises d'appliquer ce principe de précaution. Et j'assume la recommandation aux Français que rien ne retenait à Tokyo de quitter la région. Mon devoir est de protéger les Français.» Le devoir, toujours le devoir ! Sarkozy évoque ensuite, « en toute transparence », la situation du nucléaire au Japon. « Cette situation est critique, très instable et malheureusement durable.» Oh ! Le monarque reconnaîtrait-il la gravité de la catastrophe ? Que nenni ! Il précise aussitôt : « vous devez accepter de vivre avec cette situation pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois.» Plusieurs mois ? La catastrophe de Fukushima a des conséquences séculaires sur l'environnement de la région.

Le même jour, on apprenait que de l'iode radioactif 131 avait été découvert dans une nappe d'eau à 15 mètres sous la centrale nucléaire de Fukushima. Plus les réacteurs sont arrosés pour être refroidis, plus les nappes et l'océan sont pollués. On se rassure en expliquant que l'iode n'a qu'une durée de vie de 8 jours. Il y a quelques jours déjà, le premier ministre japonais avait expliqué que l'évolution de ces réacteurs était désormais « imprévisible.» La zone de radiation déborde les 40 kilomètres au-delà de la centrale. Seuls les 20 premiers kilomètres ont été évacués. Il y a 8 jours, les habitants de Tokyo ne devaient pas faire boire de l'eau du robinet à leurs nourrissons.

« Que devez-vous faire ? » s'interroge le Monarque. Et que répond-t-il ? Rien : « Ce n'est pas à moi de vous le dire. Chacun de vous doit décider en son âme et conscience selon sa situation familiale et sa situa professionnelle. Pour éclairer votre décision, sachez que les autorités françaises sont là, aux côtés des autorités japonaises, pour donner des informations fiables. » Quelle curieuse position ! Le Monarque nous explique que la France est là, qu'elle maîtrise, qu'elle conseille, qu'il s'agit d'un accident. Mais... mais .... ne paniquez pas. Faites vos choix. On vous informera des pollutions en cours. Il y en a pour quelques semaines.

Ce jeudi à Tokyo, Sarkozy représentait la filière nucléaire française. Il était comme un représentant de commerce désolé de son produit défectueux. Surtout, Areva a prévu de se coter en Bourse sous peu. Pour rassurer , il ajoute : « j'ai sollicité l'expertise scientifique du CEA, de l'Autorité de Sûreté Nucléaire et de l'Institut de Protection Nucléaire. On est tranquille. » Pour résoudre la rivalité entre EDF et Areva sur les marchés internationaux, Nicolas Sarkozy a confié au CEA, en février dernier, le soin d'exporter, notamment en Chine, la technologie française. Le CEA est actionnaire à 72% d'Areva. Juge et partie. La veille, en France, un rapport de l'ASN critiquait la sûreté de 4 centrales françaises d'EDF. Le président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) n'exclait même plus un moratoire sur la construction de l'EPR de Flamanville : « C'est un questionnement, une réflexion. On n'est pas sûr. Ca fait partie du champ des hypothèses. » Au Japon, Nicolas Sarkozy était ailleurs. Hors sol.

« Tous, je dis tous, s'accordent à dire que dans la situation actuelle, résider à Tokyo ne constitue pas un danger réel pour la santé des population. Bien entendu, nous maintenons notre vigilance, en accord avec les autorités japonaises. Et nous vous alerterons s'il existe un risque. Je vous dois la transparence. » Vraiment ? Nicolas Sarkozy est juge et partie. Il vend, à tour de bras, des centrales et la technologie nucléaire française depuis 2007. Pour le risque nucléaire, il n'avait pas grand chose de plus à dire. Sarkozy nous préviendra. Il enchaîne aussitôt sur l'installation d'un nouveau lycée français à Tokyo, « symbole du lien qui unit nos deux pays.» Sarkozy ajoute : « la vie doit reprendre son cours mais nous devons aussi prendre en compte ce qui s'est passé et en tirer tous les enseignements. La situation de Fukushima suscite de très nombreux débats. »  Mais, précise-t-il, « l'heure n'est pas aux polémiques, elle n'est pas aux anathèmes, l'heure n'est pas aux choix précipités, qui ne marquent qu'une seule chose, le manque de sang-froid. Dans ces situations, il faut faire preuve de sang-froid.» L'homme qui parle ainsi n'a cessé d'instrumentaliser les faits divers les plus sordides et les plus anecdotiques pour créer toutes sortes de lois inutiles et mal ficelées en matière de lutte contre la délinquance. Et voici qu'un accident, une catastrophe nucléaire ne mériterait ... aucun débat.

On croit rêver. Sarkozy s'obstine sur cette ligne de défense depuis 3 semaines. Et Sarkozy sort l'argument économique, incroyable en ces temps de catastrophe : « Pour la France, le nucléaire civil est un élément essentiel de son indépendance énergétique et de la lutte contre les gaz à effet de serre.»

Il annonce ainsi qu'il veut réunir les autorités nucléaires des Etats du G20, « à Paris », pour définir une norme internationale en matière nucléaire. « Il est absolument anormal que ces normes de sûreté internationale n'existent pas. »

C'était la grande idée du moment. Quelques heures plus tard, Nicolas Sarkozy répéta son propos : « Il faut remédier à cette incongruité qui fait qu'il n'existe pas de norme internationale pour le nucléaire.» Il noit le poisson et joue l'hypocrite. Quelles normes a-t-il imposé quand il a vendu le nucléaire français à la Libye ?

« Le problème est un problème de norme de sûreté plus que de choix de l'énergie nucléaire, pour laquelle il n'y a pas d'alternative à l'heure actuelle, poursuit le locataire de l'Elysée, appelant à la mise en place de règlements internationaux. Il est absolument anormal que ces normes de sûreté internationales n'existent pas (...) ce qui compte, c'est qu'avant la fin de l'année il y ait des normes internationales. Le nucléaire n'est possible qu'avec des normes de sûreté exceptionnelles. »

Ces propos sont indécents. Une représentante de Greenpeace rappelait, jeudi soir sur Canal+, que la France a vendu deux EPR à l'Inde, en décembre dernier, qui doivent être construits sur une zone à fort risque sismique.

Le cauchemar reste français, et l'inconscience sarkozyenne.