Il paraît que l'étau se desserre. Sans être populaire, Nicolas Sarkozy serait moins haï. Encore un effort, et les Français l'auront complètement oublié, juste à temps pour l'élection présidentielle de 2012, où le Monarque pourra nous refaire le coup de la Rupture, protectrice cette fois-ci.
Lundi, les médias français étaient tous occupés, dès 15 heures (heure de Paris), à suivre, filmer, commenter l'arrivée de Dominique Strauss-Kahn et d'Anne Sinclair dans les locaux de la Cour Suprême de New-York, les huées d'une petite foule de femmes de ménages convoquée par un syndicat, puis la sortie du prévenu, aux bras de son épouse, avec ses avocats. Le déballage médiatique fut immense pour entendre DSK prononcer le tant attendu « Not Guilty », prononcé par l'ancien directeur général du FMI. La prochaine audience est prévue pour le 18 juillet prochain. Une nouvelle fois, pour le plus grand bonheur du candidat Sarkozy, DSK attirait tous les projecteurs.
Il n'y eut qu'un journaliste américain, blogueur de surcroît, dénommé Leonard Levitt et spécialiste de la police, pour s'interroger sur les curieuses relations entre Ray Kelly, le patron du NYPD (le département de la police new-yorkaise), et ... Nicolas Sarkozy. Son article, le 30 mai denrier, s'intitule « Ray Kelly's French Connection.» Bruno Roger-Petit rapporte l'information. Elle pourrait être de taille. Notre Monarque a lui-même décoré Ray Kelly de la Légion d'Honneur quand il n'était pas encore Monarque, en 2006. En l'an dernier, le même Kelly fut à nouveau invité à Paris pour la remise d'une autre Légion d'honneur, à Alain Bauer, le patron de l'Observatoire de la délinquance, expert ès sécurité nationale. Ces informations ne seraient d'importance si le même journaliste américain n'expliquait pas que la plupart des fuites contre DSK ne provenaient... du NYPD. Cela ne change rien à l'accusation elle-même contre l'ancien patron du FMI. Mais cela éclaire les manipulations potentielles à l'oeuvre au sommet de l'Etat... français.
A en croire Charles Jaigu du Figaro, notre Monarque attend sa « récolte ». Il a conscience que le chemin est encore long pour recouvrer un peu de popularité. Il laisse quelques fidèles s'exprimer en public à sa place. Laurent Wauquiez pour réclamer la fin de l'assistanat; Claude Guéant pour dénoncer ces immigrés qui ne nous « ressemblent » pas ; Eric Ciotti pour proposer la réduction des aménagements de peines.
Eric Ciotti, justement, ancien assistant parlementaire de Christian Estrosi, député-maire de Nice, s'est désormais affranchi de son ancien mentor. Il préfère le Monarque élyséen plutôt que le duc de Nice. Mardi, il remet son rapport sur l'exécution des peines, personnellement demandé par Nicolas Sarkozy en février dernier. Le député des Alpes Maritimes a de graves idées et de grandes certitudes. Ainsi, partant du principe, non prouvé mais si souvent répété, que « 5% de voyous commettent 50% des délits », le voici qu'il suggère l'abandon des aménagements de peines systématiques, la suppression des crédits automatiques de réduction de peine et la création d'un service civique obligatoire pour les mineurs récidivistes les plus durs. Le député, auto-proclamé « expert » ès sécurité à l'UMP, n'a pas convaincu grand monde dans le milieu des magistrats. Ciotti voulait s'atteler au « stock » de peines non exécutées, annoncé à 89.000 (sic !!). « A l'instant T, il y a toujours un stock apparemment important: c'est logique puisque la loi prévoit 4 mois pour exécuter une peine » lui a répondu Benoist Hurel, secrétaire national du Syndicat de la magistrature (SM). Et un député UMP, certes villepiniste, avait rappelé, dans un rapport en février dernier, que 93% des décisions de peine sont exécutées dans l'année, et 96% l'année d'après. Le pauvre Ciotti s'est trompé de curseur !
Le pire est ailleurs : comme à chaque fois, en Sarkofrance, on dénonce la prétendue inefficacité de la justice (magistrats, prisons, etc), mais ... on ne se pose jamais la question des moyens. C'est la seule grande originalité du débat politique sur le sujet en ce moment. Il y a une vingtaine d'années, on caricaturait la gauche comme complaisante et compatissante et la droite comme sans pitié mais efficace. Quelques mesures de Révision Générale des Politiques Publiques plus tard, la Sarkofrance paraît désemparée : le discours este ferme mais la bourse est molle. On n'a plus d'argent pour la Justice ! Reste les paroles....
Le 15 juin prochain, il fera sa conférence de presse, la quatrième du genre depuis bientôt 5 ans. Et comme la précédente, l'ordre du jour sera encadré, nous promettons à l'Elysée. On ne parlera que de ce Grand Emprunt de 35 milliards, objet de marketing politique lancé au plus fort de la crise (en janvier 2010). Sa non-reconduction, en 2011, explique à elle seul les deux tiers du pseudo « redressement » du budget de l'Etat.
Vendredi, le Monarque a confirmé au Parlement qu'il nommait Dominique Baudis à la présidence du Défenseur des Droits, cette nouvelle autorité « indépendante », qu' « Il » a créé lors de la réforme constitutionnelle de juillet 2008. Cette dernière absorbe le Médiateur de la République, le Défenseur des enfants et la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS). Cette nomination est le dernier « fait du Prince ». Dans quelle démocratie moderne accepterait-on que l'autorité indépendante censée incarner un contre-pouvoir soit présidée par un nommé par le Monarque ?
Ce mardi, le candidat déboule dans la Nièvre, le fief historique de François Mitterrand. Même en 2007, il l'avait évité. Mais cette fois-ci, c'est du sérieux. Il va parler ... des exportations des productions nivernaises et de l’accompagnement des PME à l’international. Fichtre ! Quitte à visiter la Nièvre, le Monarque aurait pu parler de l'illettrisme. Une association locale, à Nevers, a failli couler pour cause de subvention en baisse. Sarkozy aurait pu expliquer aux 6.000 bénéficiaires du RSA du département combien le « coût de l'assistanat » lui était devenu insupportable.
Ces 6.000 bénéficiaires nivernais avaient de quoi être surpris par les déclarations du jeune Laurent Wauquiez, relayées ensuite par le Figaro, sur ce fichu RSA qui, additionné à d'autres minima sociaux, pouvait procurer plus d'u SMIC de revenu à un foyer évidemment paresseux et profiteur. Le Conseil général de la Nièvre avait pourtant bien fait les choses, en expliquant, dans sa notice, que « L’ensemble des ressources du foyer est pris en compte pour la détermination du montant du RSA ». Et pour être bien sûr d'être compris, le Conseil général avait même pris soin de préciser la formule qui déduit du montant du RSA tous les revenus d'activité du foyer, et les aides au logement.
Qu'importe ! Ce mardi, Nicolas Sarkozy a décidé de parler des exportations des PME, et de rien d'autres. Il visite une entreprise de fabrication de parquets, qui a a perdu tous ses débouchés à l'export avec la crise. Dans une grande salle de la Chambre de Commerce et d'Industrie de la Nièvre installé sur un ancien site Henkel, on lui a dressé sa traditionnelle table ronde. Il parlera, filmé par les caméras d'Elysée.fr. Il écoutera, toujours filmé par les caméras d'Elysée.fr, des questions préparées à l'avance, pour répondre, en lisant discrètement ses fiches ou, au choix, en utilisant l'un de ses exemples déjà rabâchés de multiples fois. Sur les PME et l'export, laissez-nous deviner... Le candidat vantera la suppression de la taxe professionnelle (tout en omettant de rappeler que cette dernière avait été remplacée par d'autres prélèvements). Et il oubliera de commenter la prochaine hausse de près de 5% des tarifs de l'électricité atomique de notre EDF nationale à l'encontre des entreprises.
Comme d'habitude.
Ami sarkozyste, où es-tu ?
mardi 7 juin 2011
lundi 6 juin 2011
Fraude sociale contre fraude fiscale. Quand le Figaro fait déjà campagne.
Rappelez-vous, il y a une éternité, en août 2009, Eric Woerth alors ministre du budget brandissait une liste de 3.000 exilés fiscaux. Le krach boursier n'avait pas fêté sa première bougie. Nicolas Sarkozy fustigeait les banksters et les patrons voyous avec une énergie toute revigorante. Il fallait paraître gauchiste pour mieux endormir la stupeur populaire devant les déboires de la finance mondiale.
Quelques semaines auparavant, en mars, Nicolas Sarkozy s'était distingué lors d'un G20 de crise à Londres. Il avait assuré avec un aplomb inégalé parmi les chefs d'Etat occidentaux que les paradis fiscaux avaient été supprimés sur la planète entière.
A peine deux ans plus tard,on ne parle plus des paradis fiscaux. L'UMP en revanche, a bien l'intention de replacer la fraude sociale et l'assistanat comme deux sujets majeurs de la prochaine présidentielle.
Fraude fiscale...
Mercredi 1er juin dernier, le Forum mondial pour la transparence et l'échange d'informations s'était réuni aux Bermudes (sic !), sous l'égide de l'OCDE. Ce forum évalue les efforts des pays en matière de coopération fiscale. Au printemps 2009, Nicolas Sarkozy criait sur tous les toits et à toutes les sauces que les paradis fiscaux avaient disparu. Deux ans plus tard, le Forum note qu'il n'en est rien, même si des efforts avaient été accomplis. Ainsi, « la Barbade, les Seychelles, Saint-Marin et Trinité-et-Tobago, ne respectent pas encore la norme internationale », rappelait-il dans un rapport préliminaire en janvier dernier. Mercredi dernier, c'est la Suisse qui fuit pointée du doigt. Justement, en mars 2009, Nicolas Sarkozy avait menacé la Suisse d'une inscription sur la liste noire des paradis fiscaux. Il n'en fut finalement rien. Cette fameuse liste noire se réduisit rapidement à une peau de chagrin. Les paradis fiscaux ne disparaissaient pas. Ils changeaient de nom.
Et la Suisse continue d'entretenir son secret bancaire, comme l'ont relevé les participants à ce forum la semaine dernière. En France, le parquet de Paris a finalement ouvert une enquête préliminaire sur les pratiques commerciales de la banque UBS. Cette décision date de février, mais elle ne fut révélée que le 1er juin. Elle fait suite à une dénonciation anonyme.
Pendant l'affaire Bettencourt, on avait bien compris que la fraude fiscale n'était qu'une préoccupation somme toute marginale en Sarkofrance. Grâce à quelques écoutes clandestines, on avait appris que l'employeur de l'épouse du ministre du budget avait caché une belle centaine de millions d'euros au fisc français, et qu'elle n'avait jamais subi de contrôle fiscal depuis au moins une décennie.
... ou fraude sociale ?
La fraude sociale, en revanche, était un autre sujet, bien plus prioritaire. La Sarkofrance toute entière est concentrée à imposer la lutte contre l'assistanat et son pendant délictuel - la fraude aux alloc - dans l'agenda politique de l'élection présidentielle de 2012.
Mercredi, le ministre du Travail Xavier Bertrand planchait devant la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale. Il était trop heureux de se féliciter qu'il travaillait depuis plus de 5 ans sur le sujet. Il fallait l'écouter, le ministre, livrer ses réprimandes. «Les fraudeurs sont des voleurs. (...) La fraude n'est pas un système D. »
Il avait déjà répété les mêmes termes cinq semaines auparavant en annonçant un alourdissement des sanctions, lors d'un déplacement à Rennes : « La fraude, ce n'est pas du système D, c'est du vol.» Et d'ailleurs, pour cette année 2010, il arrivait avec de bons résultats de chasse : « En cinq ans, plus de 1,7 milliard d'euros de fraudes a été détecté ».
Ce mercredi, sans preuve mais avec chiffre, le ministre s'était lancé : cette fameuse fraude sociale « est beaucoup plus importante mais par nature difficile » à évaluer, mais il est sûr qu'elle se chiffre en « plusieurs milliards d'euros par an ». Toujours sans chiffre, il paraît - dixit le ministre - que'à l'assurance-maladie, les contrôles des arrêts de travail au domicile des assurés sont « plus nombreux ».
Le Figaro, évidemment
La fraude sociale est le pendant pénal de la chasse à l'assistanat, lancée voici trois semaines par le jeune Laurent Wauquiez. Ce weekend, un plein article était consacré au sujet par le Figaro, baptisé « La France des assistés ». Cliver les pauvres sans emploi contre les pauvres avec emploi est un sport national en Sarkofrance. Pourquoi cette charge soudaine ? Pour deux raisons, évidentes. Il s'agit d'abord de mobiliser à droite. Il faut, ensuite, économiser : « le RSA est devenu un boulet pour les finances publiques » écrit l'auteure.
L'article, écrit par Sophie Roquelle, débutait par ce sinistre cliché : « On les surnomme parfois «les canapés». Dans le milieu de l'insertion professionnelle, on connaît bien ces demandeurs d'emploi qui ne demandent plus grand-chose, sinon de rester chez eux devant la télévision. Le travail n'est plus qu'un vieux souvenir. Leur univers se résume à un gros sofa face à un immense écran plat qui ronronne en permanence pour meubler la solitude. » Il fallait faire frémir la France qui se lève tôt et trime dur.
Puisque cette « journaliste » commence avec un cliché des plus bas, usons du même artifice. Attachons nous à la messagère. Sophie Roquelle, au Figaro, s'est spécialisée dans les articles de fond sur l'assistanat et cette solidarité nationale « qui nous coûte si cher ». Et inutile de convoquer son mari. Chacun de ses articles est très largement repris par les blogs et sites d'extrême droite. En mars dernier, elle interrogeait le ministre Xavier Bertrand, avec un titre éloquent : « les fraudeurs volent les Français». En octobre dernier, elle s'indignait de l'aide médicale d'Etat qui permettait à des immigrés clandestins malades d'être soignés gratuitement en France : « Aide médicale d'Etat : ces vérités qui dérangent » . En avril 2010, elle s'enthousiasmait pour l'étrange repreneur russe du quotidien France Soir, (« Pougatchev, l'homme qui veut relancer France Soir»). En octobre 2007, cette rédactrice en chef adjointe du Figaro, livrait une tribune, dans la page Débats du Figaro, sur l'école privée : « Le succès croissant de l'école privée va obliger le système public à se réinventer.»
Sophie Roquelle n'a pas travaillé son sujet. Elle explique, sans preuve ni calcul, mais imprimé sur le papier glacé du Figaro Magazine, que l' « on peut bénéficier d'un complément de RSA jusqu'à 2755 euros de revenus mensuels » . C'est faux. C'est dommage.
Elle répète quelques tracs de l'UMP : « Pouvoir cumuler tellement de minimas sociaux qu'on n'a pas intérêt à aller travailler pose «un problème» et il n'est pas anormal de demander «un geste de contrepartie» à ceux qui vivent de la solidarité nationale. Voilà pour le fond.» Quel fond ? A-t-elle seulement vérifié ses propos ? Les minimas sociaux ne se cumulent qu'exceptionnellement et dans des situations exceptionnelles. Ils sont déjà plafonnés, et largement en-deça du SMIC. Mais la journaliste a ses sources : « Selon une étude qui fait autorité (2), les aides locales peuvent en effet représenter jusqu'à 20 % du revenu d'un foyer au RSA » écrit-elle. 20% d'un foyer au RSA ? 20% de quoi ? De 500 euros mensuels ? L'étude à laquelle cette vieille journaliste fait référence était un exercice de simulation mathématique et théorique sur le RSA avant sa mise en oeuvre.
Nous l'écrivions le 10 mai dernier. Sur les 9 minima sociaux existants, le minimum vieillesse est réservé aux plus de soixante-cinq ans n'ayant pas ou peu de droits à l'assurance vieillesse; l'allocation de parent isolé a été fondue dans le RSA (460 euros par mois pour une personne seule); l'allocation temporaire d'attente ne concerne plus que les détenus libérés (il faut donc sortir de prison !) ; l'allocation adulte handicapé et l'allocation supplémentaire d'invalidité sont, par définition, réservées à des ... invalides. Reste l'allocation équivalent retraite, destinée aux chômeurs de moins de 60 ans ayant cotisé 160 trimestres, mais sa suppression est prévue pour bientôt.
Sophie Roquelle, apprenti-journaliste donc, a eu bien de la chance de travailler pour un employeur indulgent. Et le Figaro bien de la chance que ses journalistes ne dénoncent pas l'horrible assistance financière publique que leur journal reçoit chaque année de l'Etat.
Lire aussi :
Quelques semaines auparavant, en mars, Nicolas Sarkozy s'était distingué lors d'un G20 de crise à Londres. Il avait assuré avec un aplomb inégalé parmi les chefs d'Etat occidentaux que les paradis fiscaux avaient été supprimés sur la planète entière.
A peine deux ans plus tard,on ne parle plus des paradis fiscaux. L'UMP en revanche, a bien l'intention de replacer la fraude sociale et l'assistanat comme deux sujets majeurs de la prochaine présidentielle.
Fraude fiscale...
Mercredi 1er juin dernier, le Forum mondial pour la transparence et l'échange d'informations s'était réuni aux Bermudes (sic !), sous l'égide de l'OCDE. Ce forum évalue les efforts des pays en matière de coopération fiscale. Au printemps 2009, Nicolas Sarkozy criait sur tous les toits et à toutes les sauces que les paradis fiscaux avaient disparu. Deux ans plus tard, le Forum note qu'il n'en est rien, même si des efforts avaient été accomplis. Ainsi, « la Barbade, les Seychelles, Saint-Marin et Trinité-et-Tobago, ne respectent pas encore la norme internationale », rappelait-il dans un rapport préliminaire en janvier dernier. Mercredi dernier, c'est la Suisse qui fuit pointée du doigt. Justement, en mars 2009, Nicolas Sarkozy avait menacé la Suisse d'une inscription sur la liste noire des paradis fiscaux. Il n'en fut finalement rien. Cette fameuse liste noire se réduisit rapidement à une peau de chagrin. Les paradis fiscaux ne disparaissaient pas. Ils changeaient de nom.
Et la Suisse continue d'entretenir son secret bancaire, comme l'ont relevé les participants à ce forum la semaine dernière. En France, le parquet de Paris a finalement ouvert une enquête préliminaire sur les pratiques commerciales de la banque UBS. Cette décision date de février, mais elle ne fut révélée que le 1er juin. Elle fait suite à une dénonciation anonyme.
Pendant l'affaire Bettencourt, on avait bien compris que la fraude fiscale n'était qu'une préoccupation somme toute marginale en Sarkofrance. Grâce à quelques écoutes clandestines, on avait appris que l'employeur de l'épouse du ministre du budget avait caché une belle centaine de millions d'euros au fisc français, et qu'elle n'avait jamais subi de contrôle fiscal depuis au moins une décennie.
... ou fraude sociale ?
La fraude sociale, en revanche, était un autre sujet, bien plus prioritaire. La Sarkofrance toute entière est concentrée à imposer la lutte contre l'assistanat et son pendant délictuel - la fraude aux alloc - dans l'agenda politique de l'élection présidentielle de 2012.
Mercredi, le ministre du Travail Xavier Bertrand planchait devant la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale. Il était trop heureux de se féliciter qu'il travaillait depuis plus de 5 ans sur le sujet. Il fallait l'écouter, le ministre, livrer ses réprimandes. «Les fraudeurs sont des voleurs. (...) La fraude n'est pas un système D. »
Il avait déjà répété les mêmes termes cinq semaines auparavant en annonçant un alourdissement des sanctions, lors d'un déplacement à Rennes : « La fraude, ce n'est pas du système D, c'est du vol.» Et d'ailleurs, pour cette année 2010, il arrivait avec de bons résultats de chasse : « En cinq ans, plus de 1,7 milliard d'euros de fraudes a été détecté ».
Ce mercredi, sans preuve mais avec chiffre, le ministre s'était lancé : cette fameuse fraude sociale « est beaucoup plus importante mais par nature difficile » à évaluer, mais il est sûr qu'elle se chiffre en « plusieurs milliards d'euros par an ». Toujours sans chiffre, il paraît - dixit le ministre - que'à l'assurance-maladie, les contrôles des arrêts de travail au domicile des assurés sont « plus nombreux ».
Le Figaro, évidemment
La fraude sociale est le pendant pénal de la chasse à l'assistanat, lancée voici trois semaines par le jeune Laurent Wauquiez. Ce weekend, un plein article était consacré au sujet par le Figaro, baptisé « La France des assistés ». Cliver les pauvres sans emploi contre les pauvres avec emploi est un sport national en Sarkofrance. Pourquoi cette charge soudaine ? Pour deux raisons, évidentes. Il s'agit d'abord de mobiliser à droite. Il faut, ensuite, économiser : « le RSA est devenu un boulet pour les finances publiques » écrit l'auteure.
L'article, écrit par Sophie Roquelle, débutait par ce sinistre cliché : « On les surnomme parfois «les canapés». Dans le milieu de l'insertion professionnelle, on connaît bien ces demandeurs d'emploi qui ne demandent plus grand-chose, sinon de rester chez eux devant la télévision. Le travail n'est plus qu'un vieux souvenir. Leur univers se résume à un gros sofa face à un immense écran plat qui ronronne en permanence pour meubler la solitude. » Il fallait faire frémir la France qui se lève tôt et trime dur.
Puisque cette « journaliste » commence avec un cliché des plus bas, usons du même artifice. Attachons nous à la messagère. Sophie Roquelle, au Figaro, s'est spécialisée dans les articles de fond sur l'assistanat et cette solidarité nationale « qui nous coûte si cher ». Et inutile de convoquer son mari. Chacun de ses articles est très largement repris par les blogs et sites d'extrême droite. En mars dernier, elle interrogeait le ministre Xavier Bertrand, avec un titre éloquent : « les fraudeurs volent les Français». En octobre dernier, elle s'indignait de l'aide médicale d'Etat qui permettait à des immigrés clandestins malades d'être soignés gratuitement en France : « Aide médicale d'Etat : ces vérités qui dérangent » . En avril 2010, elle s'enthousiasmait pour l'étrange repreneur russe du quotidien France Soir, (« Pougatchev, l'homme qui veut relancer France Soir»). En octobre 2007, cette rédactrice en chef adjointe du Figaro, livrait une tribune, dans la page Débats du Figaro, sur l'école privée : « Le succès croissant de l'école privée va obliger le système public à se réinventer.»
Sophie Roquelle n'a pas travaillé son sujet. Elle explique, sans preuve ni calcul, mais imprimé sur le papier glacé du Figaro Magazine, que l' « on peut bénéficier d'un complément de RSA jusqu'à 2755 euros de revenus mensuels » . C'est faux. C'est dommage.
Elle répète quelques tracs de l'UMP : « Pouvoir cumuler tellement de minimas sociaux qu'on n'a pas intérêt à aller travailler pose «un problème» et il n'est pas anormal de demander «un geste de contrepartie» à ceux qui vivent de la solidarité nationale. Voilà pour le fond.» Quel fond ? A-t-elle seulement vérifié ses propos ? Les minimas sociaux ne se cumulent qu'exceptionnellement et dans des situations exceptionnelles. Ils sont déjà plafonnés, et largement en-deça du SMIC. Mais la journaliste a ses sources : « Selon une étude qui fait autorité (2), les aides locales peuvent en effet représenter jusqu'à 20 % du revenu d'un foyer au RSA » écrit-elle. 20% d'un foyer au RSA ? 20% de quoi ? De 500 euros mensuels ? L'étude à laquelle cette vieille journaliste fait référence était un exercice de simulation mathématique et théorique sur le RSA avant sa mise en oeuvre.
Nous l'écrivions le 10 mai dernier. Sur les 9 minima sociaux existants, le minimum vieillesse est réservé aux plus de soixante-cinq ans n'ayant pas ou peu de droits à l'assurance vieillesse; l'allocation de parent isolé a été fondue dans le RSA (460 euros par mois pour une personne seule); l'allocation temporaire d'attente ne concerne plus que les détenus libérés (il faut donc sortir de prison !) ; l'allocation adulte handicapé et l'allocation supplémentaire d'invalidité sont, par définition, réservées à des ... invalides. Reste l'allocation équivalent retraite, destinée aux chômeurs de moins de 60 ans ayant cotisé 160 trimestres, mais sa suppression est prévue pour bientôt.
Sophie Roquelle, apprenti-journaliste donc, a eu bien de la chance de travailler pour un employeur indulgent. Et le Figaro bien de la chance que ses journalistes ne dénoncent pas l'horrible assistance financière publique que leur journal reçoit chaque année de l'Etat.
Lire aussi :
- Droit de réponse : "la France des assistés" de Sophie Roquelle Journaliste à Le Figaro (Le Post)
- « La France des assistés pour les Nuls » (Peuples.net)
- « Pôle emploi, objectif radiations » (Chantal Rebelle)
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dimanche 5 juin 2011
Sarkozy président : 12 raisons de désespérer de Sarkozy quand on a moins de 30 ans.
En mars 2007, le candidat Sarkozy promettait grand à la jeunesse : « Je veux permettre à chaque jeune de conquérir l’autonomie financière qui lui permette de financer ses études, sa formation, de ne plus vivre chez ses parents, de vivre sa vie, de vivre avec qui il veut, d’aimer qui il veut, comme il veut. » Près de 5 ans plus tard, on sait que le RSA version jeunes, seul dispositif mis en place en Sarkofrance sur la période, ne concerne qu'une poignée de milliers de jeunes à cause des contraintes édictées par le Monarque élyséen. Mais du côté de l'emploi, le bilan n'est pas plus fameux.
Benjamin Lancar, le jeune président des jeunes Populaires, peut bien s'agiter sur Twitter ou sur le Web. Il y a des chiffres qui ne trompent pas. La jeunesse qui cherche du boulot souffre.
La Dares a publié lundi 30 mai une étude sur l'emploi des jeunes de 15 à 29 ans. Ce rapport, peu commenté, donne quelques raisons de désespérer quand on a moins de 30 ans en Sarkofrance. Davantage au chômage, précaire quand ils travaillent, la situation s'améliore à peine quand ils vieillissent.
Il est de coutume, en France, d'expliquer que le chômage des jeunes est largement supérieur à celui des moins jeunes. C'est vrai, mais les statistiques utilisées pour argumenter sont fausses. Les taux de chômage annoncés par nos responsables politiques tiennent rarement compte de la proportion de jeunes étudiantes. Sur 100 jeunes de 15 à 29 ans sont au chômage, 44 étaient étudiants, 46 avaient un emploi et 9,5 étaient chômeurs.
Bizarrement, la Dares concentre son étude sur une tranche d'âge plus large (15 à 29 ans) que la définition socio-professionnelle des jeunes (i.e. moins de 25 ans). Ceci étant rappelé, les constats sont terribles.
1. Le taux de chômage ressort ainsi à 17%, un taux largement au-dessus de la moyenne des moins jeunes.
2. La situation de l'emploi s'est dégradée dès juin 2008. L'argument sarkozyen selon lequel la grande crise financière de l'automne 2008 a tout déclenché est... faux.
3. Le taux d’activité des 15-29 ans est stable depuis 15 ans, pour se situer entre 54 % et 57%. Mais, en 2010, il reste inférieur en France de 1,2 point à la moyenne des 27 pays membres de l’Union européenne et de 3,2 points à celle de l’Union à 15.
4. Le nombre de jeunes qui travaillent a baissé depuis 2008 : 5,41 millions en 2008, 5,32 millions en 2009, 5,27 millions en 2010.
5. Le nombre de jeunes aidés à l'emploi a drastiquement chuté : 636.000 en 1990 ; 820.000 en 2000 (pour cause d'emplois jeunes); 724.000 en 2005 ; 778.000 en 2007 ; 665.000 en 2010, après trois ans de crise. En proportion, la part des jeunes sous contrat aidé a chuté de 30% en 2000, à 27% en 2007 et 23,7% en 2010... Sans commentaires.
6. Parmi ses emplois aidés, l'alternance n'a cessé de diminuer depuis que Nicolas Sarkozy est président : 599.000 en 2008, puis 572.000 en 2009 et 565.000 en 2010.
7. L’ancienneté au chômage a continué à augmenter de 2009 à 2010 pour les jeunes, plus fortement que pour les adultes : +5 points pour la proportion de chômeurs de longue durée versus +4 points pour les adultes.
8. La Dares mesure également ce qu'elle appelle le « halo » du chômage, c'est-à-dire des personnes qui ne travaillent pas, souhaiteraient travailler mais ne sont pas considérées comme chômeurs par le BIT car pas disponibles ou non inscrits. 2,8 % des jeunes de 15 à 29 ans sont, en moyenne, dans ce cas en 2010. « Comme pour le chômage, les jeunes appartiennent plus souvent au « halo » du chômage que l’ensemble de la population en âge de travailler » note la Dares.
9. L'inégalité homme/femme commence tôt. Les « jeunes » femmes travaillent moins que leurs homologues masculins. « Le taux d’emploi est toujours beaucoup plus élevé pour les jeunes hommes que pour les jeunes femmes (+8,1 points fin 2010) car ces dernières pour- suivent plus longtemps leurs études, sont moins concernées par l’apprentissage et cessent plus souvent leur activité en présence de jeunes enfants .»
10. Les jeunes, quand ils travaillent, sont plus souvent en situation de sous-emploi que leurs aînés. « En moyenne annuelle, parmi les jeunes de 15 à 29 ans occupant un emploi, 5,1 % des hom- mes et 11,5 % des femmes sont en situation de sous-emploi en 2010, contre respectivement 3,3 % et 8,8 % pour l’ensemble des 15-64 ans.»
11. La part du temps partiel subi dans l’ensemble des emplois occupés par les jeunes a augmenté depuis 2008, pour atteindre 8,1% en 2010, dont 11,5% pour les femmes. Au total, quelque 44% des jeunes de 15 à 29 ans sont en situation précaire.
12. La part des CDD a progressé depuis 2008, de 24% des emplois des 15-29 ans à 26% l'an dernier.
samedi 4 juin 2011
213ème semaine de Sarkofrance : le candidat des Riches est dans sa bulle
L'été approche, la sécheresse est déjà là. Nicolas Sarkozy pensait continuer son excellente séquence politique. Après un G8 sur mesure, il partait se ressourcer en silence mais avec photographes sur le plateau des Glières en l'honneur de résistants savoyards. L'attention médiatique restait concentrée sur DSK et sa nouvelle prison dorée en plein coeur de Manhattan. On oubliait enfin de parler politique et bilan, de ses derniers cadeaux fiscaux et de ses échecs sécuritaires.
Mais c'était sans compter Luc Ferry, George Tron et Jean-Louis Borloo.
La bourde Ferry
Lundi dernier, Luc Ferry, ancien ministre qui officie désormais comme philosophe des plateaux de télévision, a cru faire un bon mot sur le plateau du Grand Journal de Canal+. Le débat tournait autour de ce que l'on dit et ce que l'on ne dit pas sur les moeurs sexuels de nos grands hommes. Et voilà que l'ancien ministre de l'Education de « Raffa-rien » (comme dit Sarkozy), lâche qu'un ancien de ses collègues s'est fait « poisser » (notez l'expression faussement populaire) avec de jeunes garçons à Marrakech. Tout le monde savait, jusqu'au plus hautes autorités de l'Etat, mais tout le monde couvrait. Le Web s'enflamme, et après quelques diversions de bon aloi, le nom d'un ancien ministre de droite fait assez rapidement surface.
Les critiques les plus virulentes vinrent des rangs de droite, et de quelques ténors de Sarkofrance. On comprend vite pourquoi. Alain Juppé conseilla à Ferry de ses taire, François Baroin dénonça l'instrumentalisation de la rumeur. A l'Elysée on s'énervait. Mardi, le parquet de Paris ouvrait une enquête préliminaire et, vendredi, Luc Ferry était entendu par la brigade de répression des moeurs. Il renvoya les policiers vers... l'ancien patron des Renseignements Généraux.
L'affaire Ferry était le second coup dur de la semaine. La veille, dimanche, l'Elysée avait du se débarrasser de George Tron. Depuis 5 jours déjà, le secrétaire d'Etat à la Fonction Publique était accusé, publiquement cette fois-ci, d'agression sexuelle à l'encontre de deux employées de sa mairie. Quand Sarkozy entendit samedi l'avocat de Tron expliquer que son client ne démissionnerait que si l'Elysée lui en faisait la demande (ce qui va de soi), son sang ne fit qu'un tour. Tron fut sacrifié immédiatement. On se fichait pas mal de savoir s'il était coupable ou pas. L'homme n'était même pas mis en examen, et, d'ailleurs, il restait maire de sa commune. Il était juste le 6ème ministre en moins d'un an à quitter précipitamment le gouvernement pour cause d'affaires, et cette fois-ci de moeurs. Quelle République irréprochable !
Une semaine plus tard, on apprenait quelques détails sur une autre affaire Tron, comment le toujours maire de Draveil avait pourchassé sa commissaire de police parce qu'elle refusait de lui livrer complaisamment les rapports de police sur des faits divers locaux.
Passons rapidement sur les autres affaires : Christine Lagarde, toujours ministre de l'économie et des finances, a entamé sa tournée électorale pour la direction du FMI par un déplacement au Brésil. Dimanche, elle avait attaqué directement le procureur Jean-Louis Nadal qui la soupçonne d'abus d'autorité dans l'affaire Tapie. On apprit également que Nadine Morano avait fait virer une employée du Printemps de Nancy qui lui avait manqué d'égards (et qui s'était pourtant excusée). Et que Gérard Longuet aussi, actuel ministre de la Défense, avait bénéficié des largesses touristiques de l'autocrate tunisien Ben Ali.
Sarkozy dans sa bulle
Ces pépins ont perturbé l'excellente séquence politico-médiatique de ces derniers jours. Vendredi dernier, Sarkozy clôturait « son » G8 à Deauville, une gigantesque opération de communication de 20 millions d'euros où son épouse Carla Bruni-Sarkozy, volontairement inscrite à l'agenda officiel de la manifestation, put confirmer qu'elle était enceinte. Le monarque jubilait. Dominique Strauss-Kahn venait de rendre son pyjama de prisonnier de Rikers Island, la presse s'enflammait pour le luxe de sa prison dorée à Manhattan, le Monarque élyséen reprenait enfin la main et, même dans les sondages, sa cote frémissait à nouveau à la hausse. Mais surtout, on ne parlait enfin plus de politique, de bilan, de projet ! Sexe, fric et trahisons !
Mardi soir, Sarkozy recevait quelques représentants d'un groupuscule parlementaire auto-proclamé ultra-sarkozystes. Les fameux trublions de la « droite populaire », incarnés par l'ineffable Christian Vanneste, régulièrement accusé mais blanchi de propos homophobes; le pourfendeur de la Chine Lionnel Luca, qui expliquait l'été dernier qu'« on a le droit de penser » que « les Roms sont une 'sale race' », ou ... Thierry Mariani, actuel secrétaire d'Etat aux Transports. A tous, Sarkozy leur a demandé de se calmer. Guéant fait du bon boulot. Qu'ils ne s'inquiètent pas.
Le matin même, Sarkozy s'était rendu sur le plateau de Glières, pour honorer avec deux mois de retard et pour la 4ème fois depuis son élection, des résistants de ce maquis savoyard. C'était l'occasion de belles photos, devant quelques chasseurs alpins et l'immense mausolée dressé dans la montagne. Le Monarque pouvait oublier le traître Borloo qui venait d'annoncer comment il comptait gagner la présidentielle de 2012.
C'était donc confirmé, Nicolas Sarkozy n'est plus de notre monde. Il vit ailleurs, dans une autre planète, une tour peut-être où quelques courtisans lui répètent à longueur de journée combien il est beau, grand et apprécié.
On savait bien que tout ceci n'était qu'image et manipulation. La réalité en Sarkofrance est plus grise et plus grave que ces atermoiements médiatiques.
Immobilité préélectorale
Sarkozy ne gouverne plus depuis des mois. Depuis ce 28 octobre 2010. La veille, l'Assemblée nationale avait enfin adopté sa réformette des retraites. Recul de l'âge de départ minimal, recul de l'âge de retraite à taux plein et allongement de la durée de cotisations, le tout sans tenir compte de la pénibilité autrement que par la preuve médicale d'un handicap physique après 17 années au moins d'exposition au risque... La triple peine pour les employés, les ouvriers, les femmes aux carrières interrompues ! L'effort financier réclamé aux plus riches restait lui étrangement modeste. Jeudi justement, l'un des derniers décrets d'application était publié, précisant les trois cas dérogatoires de maintien de la retraite à taux plein à 65 ans (aidants familiaux, handicapés et parents de 3 enfants, nés entre 1951 et 1955).
Après l'agitation communicante, voici l'immobilité préélectorale. La France souffre, elle est dans cet « état de stupeur et sidération », comme l'écrit Dominique de Villepin. Mais l'action politique est suspendue.
Depuis octobre, Sarkozy gère mais ne glande rien. Et ses ministres meublent. Ils recyclent de vieilles annonces, comme ces 2,4 milliards d'euros de subventions pour l'e-santé, célébrées lundi matin par François Fillon à Strasbourg. Ou ces 400 millions d'euros promis mardi par Eric Besson, à des start-ups innovantes. Les sommes proviennent du très médiatique Grand Emprunt, lancé voici 18 mois, qui fera office de cagnotte électorale jusqu'au dernier jour de la campagne de 2012.
Le maire écologiste de Sevran (Seine Saint-Denis) réclame le soutien de l'armée pour sécuriser ses écoles et récupérer le contrôle de l'un de ses quartiers aux trafiquants de drogue, mais Claude Guéant, à l'Intérieur, préfère inaugurer des « radars pédagogiques ».
Luc Chatel dépense quelques millions d'euros pour célébrer les 17.000 embauches d'enseignants cette année. La ficelle est bien grosse : cela ne couvre qu'un départ à la retraite sur deux, comme l'a répété son collègue du Budget François Baroin. On ne sait pas si le ministre de l'Education nationale a discuté avec son collègue du Travail, Xavier Bertrand, du récent rapport de la Dares sur le chômage des jeunes de 15 à 29 ans. Le passage à l'emploi est de plus difficile. La durée d'inscription au chômage se fait plus longue. Et le nombre de jeunes aidés à l'emploi a chuté de 110.000 depuis 2007, malgré la crise !
Cette semaine, le dit Bertrand s'est félicité de l'efficacité de la lutte contre la fraude à la Sécu. L'an dernier, 458 millions d'euros de détournements ont été « détectés », soit 19% de plus qu'en 2009, et le double de 2006. Le ministre n'avait rien à dire sur les 4 millions de Français sans mutuelle (tandis que 5 milliards d'euros de subventions sont versées chaque année aux entreprises pour cofinancer la complémentaire santé).
Mercredi, la commission des finances de l'Assemblée a faussement durci le projet de loi de finances rectificative pour 2011, que les députés examineront la semaine prochaine. Ce projet supprime le bouclier fiscal à compter de 2012, mais allège l'ISF dès 2011. C'était le dernier joli cadeau de Nicolas Sarkozy à ses amis du Premier Cercle. L'UMP a décidé d'accélérer le calendrier de reversement du bouclier fiscal à septembre. Cela ne change rien sur le fond. Mais cela évitera aux heureux bénéficiaires du bouclier de réclamer leur dû en pleine campagne du Candidat des Riches. Au passage, les UMPistes ont ajouté de nouveaux frais de justice, réintégré les oeuvres d'art dans l'assiette de l'ISF (mais cet amendement gauchiste sera supprimé dès mardi), réduit l'ISF par enfant à charge ainsi que les droits de donation d'entreprise.
En Syrie, les images insoutenables du corps torturé d'un jeune garçon de 13 ans, rendu par la police à sa famille, ont choqué les diplomaties occidentales. Bachar el-Assad, qui visitait encore la France, accompagné par quelques ministres français en décembre dernier, a promis l'amnistie. L'opposition syrienne s'est réunie en Turquie. Bizarrement, Nicolas Sarkozy ne s'est pas précipité, comme il l'a pourtant fait en Libye, pour reconnaître ces opposants.
Ami sarkozyste, où es-tu ?
Mais c'était sans compter Luc Ferry, George Tron et Jean-Louis Borloo.
La bourde Ferry
Lundi dernier, Luc Ferry, ancien ministre qui officie désormais comme philosophe des plateaux de télévision, a cru faire un bon mot sur le plateau du Grand Journal de Canal+. Le débat tournait autour de ce que l'on dit et ce que l'on ne dit pas sur les moeurs sexuels de nos grands hommes. Et voilà que l'ancien ministre de l'Education de « Raffa-rien » (comme dit Sarkozy), lâche qu'un ancien de ses collègues s'est fait « poisser » (notez l'expression faussement populaire) avec de jeunes garçons à Marrakech. Tout le monde savait, jusqu'au plus hautes autorités de l'Etat, mais tout le monde couvrait. Le Web s'enflamme, et après quelques diversions de bon aloi, le nom d'un ancien ministre de droite fait assez rapidement surface.
Les critiques les plus virulentes vinrent des rangs de droite, et de quelques ténors de Sarkofrance. On comprend vite pourquoi. Alain Juppé conseilla à Ferry de ses taire, François Baroin dénonça l'instrumentalisation de la rumeur. A l'Elysée on s'énervait. Mardi, le parquet de Paris ouvrait une enquête préliminaire et, vendredi, Luc Ferry était entendu par la brigade de répression des moeurs. Il renvoya les policiers vers... l'ancien patron des Renseignements Généraux.
L'affaire Ferry était le second coup dur de la semaine. La veille, dimanche, l'Elysée avait du se débarrasser de George Tron. Depuis 5 jours déjà, le secrétaire d'Etat à la Fonction Publique était accusé, publiquement cette fois-ci, d'agression sexuelle à l'encontre de deux employées de sa mairie. Quand Sarkozy entendit samedi l'avocat de Tron expliquer que son client ne démissionnerait que si l'Elysée lui en faisait la demande (ce qui va de soi), son sang ne fit qu'un tour. Tron fut sacrifié immédiatement. On se fichait pas mal de savoir s'il était coupable ou pas. L'homme n'était même pas mis en examen, et, d'ailleurs, il restait maire de sa commune. Il était juste le 6ème ministre en moins d'un an à quitter précipitamment le gouvernement pour cause d'affaires, et cette fois-ci de moeurs. Quelle République irréprochable !
Une semaine plus tard, on apprenait quelques détails sur une autre affaire Tron, comment le toujours maire de Draveil avait pourchassé sa commissaire de police parce qu'elle refusait de lui livrer complaisamment les rapports de police sur des faits divers locaux.
Passons rapidement sur les autres affaires : Christine Lagarde, toujours ministre de l'économie et des finances, a entamé sa tournée électorale pour la direction du FMI par un déplacement au Brésil. Dimanche, elle avait attaqué directement le procureur Jean-Louis Nadal qui la soupçonne d'abus d'autorité dans l'affaire Tapie. On apprit également que Nadine Morano avait fait virer une employée du Printemps de Nancy qui lui avait manqué d'égards (et qui s'était pourtant excusée). Et que Gérard Longuet aussi, actuel ministre de la Défense, avait bénéficié des largesses touristiques de l'autocrate tunisien Ben Ali.
Sarkozy dans sa bulle
Ces pépins ont perturbé l'excellente séquence politico-médiatique de ces derniers jours. Vendredi dernier, Sarkozy clôturait « son » G8 à Deauville, une gigantesque opération de communication de 20 millions d'euros où son épouse Carla Bruni-Sarkozy, volontairement inscrite à l'agenda officiel de la manifestation, put confirmer qu'elle était enceinte. Le monarque jubilait. Dominique Strauss-Kahn venait de rendre son pyjama de prisonnier de Rikers Island, la presse s'enflammait pour le luxe de sa prison dorée à Manhattan, le Monarque élyséen reprenait enfin la main et, même dans les sondages, sa cote frémissait à nouveau à la hausse. Mais surtout, on ne parlait enfin plus de politique, de bilan, de projet ! Sexe, fric et trahisons !
Mardi soir, Sarkozy recevait quelques représentants d'un groupuscule parlementaire auto-proclamé ultra-sarkozystes. Les fameux trublions de la « droite populaire », incarnés par l'ineffable Christian Vanneste, régulièrement accusé mais blanchi de propos homophobes; le pourfendeur de la Chine Lionnel Luca, qui expliquait l'été dernier qu'« on a le droit de penser » que « les Roms sont une 'sale race' », ou ... Thierry Mariani, actuel secrétaire d'Etat aux Transports. A tous, Sarkozy leur a demandé de se calmer. Guéant fait du bon boulot. Qu'ils ne s'inquiètent pas.
Le matin même, Sarkozy s'était rendu sur le plateau de Glières, pour honorer avec deux mois de retard et pour la 4ème fois depuis son élection, des résistants de ce maquis savoyard. C'était l'occasion de belles photos, devant quelques chasseurs alpins et l'immense mausolée dressé dans la montagne. Le Monarque pouvait oublier le traître Borloo qui venait d'annoncer comment il comptait gagner la présidentielle de 2012.
C'était donc confirmé, Nicolas Sarkozy n'est plus de notre monde. Il vit ailleurs, dans une autre planète, une tour peut-être où quelques courtisans lui répètent à longueur de journée combien il est beau, grand et apprécié.
On savait bien que tout ceci n'était qu'image et manipulation. La réalité en Sarkofrance est plus grise et plus grave que ces atermoiements médiatiques.
Immobilité préélectorale
Sarkozy ne gouverne plus depuis des mois. Depuis ce 28 octobre 2010. La veille, l'Assemblée nationale avait enfin adopté sa réformette des retraites. Recul de l'âge de départ minimal, recul de l'âge de retraite à taux plein et allongement de la durée de cotisations, le tout sans tenir compte de la pénibilité autrement que par la preuve médicale d'un handicap physique après 17 années au moins d'exposition au risque... La triple peine pour les employés, les ouvriers, les femmes aux carrières interrompues ! L'effort financier réclamé aux plus riches restait lui étrangement modeste. Jeudi justement, l'un des derniers décrets d'application était publié, précisant les trois cas dérogatoires de maintien de la retraite à taux plein à 65 ans (aidants familiaux, handicapés et parents de 3 enfants, nés entre 1951 et 1955).
Après l'agitation communicante, voici l'immobilité préélectorale. La France souffre, elle est dans cet « état de stupeur et sidération », comme l'écrit Dominique de Villepin. Mais l'action politique est suspendue.
Depuis octobre, Sarkozy gère mais ne glande rien. Et ses ministres meublent. Ils recyclent de vieilles annonces, comme ces 2,4 milliards d'euros de subventions pour l'e-santé, célébrées lundi matin par François Fillon à Strasbourg. Ou ces 400 millions d'euros promis mardi par Eric Besson, à des start-ups innovantes. Les sommes proviennent du très médiatique Grand Emprunt, lancé voici 18 mois, qui fera office de cagnotte électorale jusqu'au dernier jour de la campagne de 2012.
Le maire écologiste de Sevran (Seine Saint-Denis) réclame le soutien de l'armée pour sécuriser ses écoles et récupérer le contrôle de l'un de ses quartiers aux trafiquants de drogue, mais Claude Guéant, à l'Intérieur, préfère inaugurer des « radars pédagogiques ».
Luc Chatel dépense quelques millions d'euros pour célébrer les 17.000 embauches d'enseignants cette année. La ficelle est bien grosse : cela ne couvre qu'un départ à la retraite sur deux, comme l'a répété son collègue du Budget François Baroin. On ne sait pas si le ministre de l'Education nationale a discuté avec son collègue du Travail, Xavier Bertrand, du récent rapport de la Dares sur le chômage des jeunes de 15 à 29 ans. Le passage à l'emploi est de plus difficile. La durée d'inscription au chômage se fait plus longue. Et le nombre de jeunes aidés à l'emploi a chuté de 110.000 depuis 2007, malgré la crise !
Cette semaine, le dit Bertrand s'est félicité de l'efficacité de la lutte contre la fraude à la Sécu. L'an dernier, 458 millions d'euros de détournements ont été « détectés », soit 19% de plus qu'en 2009, et le double de 2006. Le ministre n'avait rien à dire sur les 4 millions de Français sans mutuelle (tandis que 5 milliards d'euros de subventions sont versées chaque année aux entreprises pour cofinancer la complémentaire santé).
Mercredi, la commission des finances de l'Assemblée a faussement durci le projet de loi de finances rectificative pour 2011, que les députés examineront la semaine prochaine. Ce projet supprime le bouclier fiscal à compter de 2012, mais allège l'ISF dès 2011. C'était le dernier joli cadeau de Nicolas Sarkozy à ses amis du Premier Cercle. L'UMP a décidé d'accélérer le calendrier de reversement du bouclier fiscal à septembre. Cela ne change rien sur le fond. Mais cela évitera aux heureux bénéficiaires du bouclier de réclamer leur dû en pleine campagne du Candidat des Riches. Au passage, les UMPistes ont ajouté de nouveaux frais de justice, réintégré les oeuvres d'art dans l'assiette de l'ISF (mais cet amendement gauchiste sera supprimé dès mardi), réduit l'ISF par enfant à charge ainsi que les droits de donation d'entreprise.
En Syrie, les images insoutenables du corps torturé d'un jeune garçon de 13 ans, rendu par la police à sa famille, ont choqué les diplomaties occidentales. Bachar el-Assad, qui visitait encore la France, accompagné par quelques ministres français en décembre dernier, a promis l'amnistie. L'opposition syrienne s'est réunie en Turquie. Bizarrement, Nicolas Sarkozy ne s'est pas précipité, comme il l'a pourtant fait en Libye, pour reconnaître ces opposants.
Ami sarkozyste, où es-tu ?
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vendredi 3 juin 2011
Sarkozy 2012 : la route sera longue pour le Candidat des Riches
Il aimerait bien se dégager de cette image, celle d'un Président des Riches. Cela fait des mois qu'il y travaille, avec ses proches. La récente réforme de la fiscalité des rentiers, qui débute son examen parlementaire, ne sert qu'à cela. Mercredi, quelques députés UMP ont ainsi débattu de la date de fin du bouclier fiscal, ou de l'inclusion, ou non, des oeuvres d'art dans l'assiette de l'ISF. Pour une autre France, bien plus nombreuse que celle du Premier Cercle, ces débats de riches sont hallucinants.
Cette France précaire et silencieuse, est invisible. Et ce n'est pas le candidat des Riches qui la mettra en lumière.
Le candidat des Riches...
Les députés vont s'emparer, la semaine prochaine, de la pseudo-réforme fiscale ajoutée à la loi de finances rectificative et adoptée en commission des finances mercredi 1er juin. Ce projet devait supprimer le bouclier fiscal à compter de l'année prochaine, mais allège l'ISF dès cet année. C'était le dernier joli cadeau de Nicolas Sarkozy à ses amis du Premier Cercle. Mais en Commission, les députés de la « majorité » ont durci le texte.
Ils ont d'abord ajouté un amendement qui obligera les bénéficiaires du bouclier fiscal à le déduire de leur impôt avant le 30 septembre 2011, sans attendre un chèque de remboursement du fisc en 2012.
Cela change-t-il quelque chose ? Ben non. Les députés UMP veulent simplement que les heureux bénéficiaires du bouclier n'attendent pas le printemps électoral de 2012 pour réclamer leur dû. Cela ferait tâche et gênerait la nouvelle campagne du Candidat des Riches.
L'allègement de l'ISF est défendu par les ténors de Sarkofrance avec un argument principal : les 300.000 ménages qui sortiront de l'ISF après la réforme étaient injustement taxés à cause de l'inflation immobilière qui a renchéri la valeur de leur résidence principale. Sur son blog, le journaliste Philippe Le Coeur explicite une récente étude du Conseil des Prélèvements Obligatoires sur le sujet, publiée le 11 mai dernier. Et le résultat contredit la thèse gouvernementale. La résidence principale pèse très peu dans la valeur du patrimoine imposé des bénéficiaires de l'ISF : 30% en moyenne, et moins 20% pour les plus petits patrimoines (moins de 1 million d'euros)
Un autre amendement, contraire aux desiderata gouvernementaux, intègre les oeuvres d'art dans le patrimoine assujetti à l'ISF. Le député Marc Le Fur (UMP), auteur de l'amendement, fut pris d'un éclair de lucidité : « Ces biens appartiennent, par définition aux plus fortunés. Ce sont des investissements non productifs qui ont un impact économique quasiment nul. Enfin, l'investissement dans les oeuvres d'art est parfois un biais pour échapper à l'imposition.» Il s'attend cependant à ce que l'amendement soit rejeté en séance pleinière la semaine prochaine. L'UMP a aussi relevé de 150 euros à 300 euros la réduction d'ISF pour les ménages qui ont des enfants à charge. Il n'y a pas de petits profits !
... contre la France Invisible
La France invisible a d'autres soucis. La FNSEA réclame le soutien de l'armée pour faire face à la sécheresse, aider à faucher ou transporter le foin. Les agriculteurs souffrent d'une nouvelle spéculation, sur la paille. Le manque d'eau, avant de provoquer une belle canicule cet été, affecte déjà éleveurs et maraîchers. Mais les agriculteurs ont une double chance au moins. Ils sont représentés par des organisations qui ont la voix qui porte et le Monarque élyséen compte beaucoup sur leur vote l'an prochain.
La France compte bien d'autres précaires, véritablement invisibles pour les radars médiatiques, oubliés des commentaires publics et de l'attention du pouvoir. Parfois, on devine, au détour d'une statistique trop générale, que la crise frappe encore durement.
Pour le second mois consécutif, les ménages français ont ainsi réduit leurs dépenses de consommation, - 1,8 % en l'espace d'un mois en avril, selon les chiffres publiés mardi 31 mai par l'Insee, après un recul de 1 % en mars par rapport à février. Alors que l'inflation repart, l'INSEE estime très faible la revalorisation du pouvoir d'achat cette année : + 0,1 % au premier, + 0,3 % au deuxième trimestre. Une misère !
Le gouvernement se félicite, et Sarkozy le premier, de la reprise de l'emploi. Vraiment ? Lisez donc ce récent rapport, publié mardi, par la Dares, sur l'emploi des jeunes de 15 à 29 ans. Et la Dares relevait cette situation paradoxale, bien éloignée du story-telling gouvernemental : « la proportion d’emplois bénéficiant d’une aide de l’État occupés par des jeunes de moins de 26 ans a baissé en 2010 » alors que le «sous-emploi a continué à s’accroître avec l’augmentation du nombre de personnes travaillant à temps partiel mais souhaitant travailler davantage.»
Autre sujet social invisible, la santé. Cette semaine, l'Observatoire des inégalités s'est attardé sur la santé à deux vitesses, relayant notamment une enquête sur la santé et la protection sociale de l’Irdes. La part des dépenses de santé restant à charge des citoyens ne cesse de progresser depuis 30 ans. Nicolas Sarkozy lui-même, a largement augmenter le montant des franchises médicales et des déremboursements. Actuellement, quelque 4 millions de Français n'ont aucune complémentaire santé. Et 1,5 million de personnes théoriquement bénéficiaires de la CMU n'ont pas fait valoir leur droits. Plus grave, l'Etat subventionne pour 5,2 milliards d’euros par an sous forme d'exonérations sociales, les contrats collectifs d’entreprise. Ces derniers sont très rarement solidaires puisque les cotisations ne sont jamais pondérées par le revenu.
La dernière des réformes les plus injustes du quinquennat fut celle des retraites. Sans considération de la pénibilité des carrières, Nicolas Sarkozy devait donner quelques gages aux marchés financiers en alourdissant la charge des retraites sur les plus fragiles : recul du départ minimal de 60 à 62 ans, recul de l'âge de retraite à taux plein de 65 à 67 ans, ET accroissement régulier de la durée de cotisations. C'est la triple peine !
Ce 2 juin, un décret paru au Journal Officiel a précisé les trois cas dérogatoires de maintien de la retraite à taux plein à 65 ans : les aidants familiaux justifiant d'au moins 30 consécutifs d'interruption de travail, les handicapés et les parents nés entre le 1er juillet 1951 et le 31 décembre 1955 et qui ont eu ou élevé au moins trois enfants. Ces derniers devront toutefois justifier moins de huit trimestres de cotisation lors de l'année de naissance ou d'adoption et des deux ou trois années suivantes, et, au moins huit trimestres avant l'interruption ou la réduction de leur carrière professionnelle. Pour les autres, le taux plein s'appliquera à compter de 67 ans et non plus 65 ans, comme prévu dans la réforme adoptée le 27 octobre dernier.
Il fallut attendre l'adoption de la réforme pour que le ministère du Travail publie coup sur coup plusieurs études fort intéressantes sur la durée de l'emploi, l'accès à la retraite, l'ampleur des préretraites.
En 2006, dernière année étudiée par la Dares, dans l'un de ces rapports publiés récemment, 85 % des personnes ayant quitté leur emploi entre 60 et 64 ans avaient perçu une pension de retraite immédiatement après la fin de leur emploi ou dans les trois mois suivants. Les âges de fin d’emploi varient fortement selon la catégorie socioprofessionnelle, rappelait la Dares. Ainsi, employés et ouvriers forment le gros contingent des pré-retraités (61% des personnes quittant leur emploi entre 50 et 54 ans).
Cette France précaire et silencieuse, est invisible. Et ce n'est pas le candidat des Riches qui la mettra en lumière.
Le candidat des Riches...
Les députés vont s'emparer, la semaine prochaine, de la pseudo-réforme fiscale ajoutée à la loi de finances rectificative et adoptée en commission des finances mercredi 1er juin. Ce projet devait supprimer le bouclier fiscal à compter de l'année prochaine, mais allège l'ISF dès cet année. C'était le dernier joli cadeau de Nicolas Sarkozy à ses amis du Premier Cercle. Mais en Commission, les députés de la « majorité » ont durci le texte.
Ils ont d'abord ajouté un amendement qui obligera les bénéficiaires du bouclier fiscal à le déduire de leur impôt avant le 30 septembre 2011, sans attendre un chèque de remboursement du fisc en 2012.
Cela change-t-il quelque chose ? Ben non. Les députés UMP veulent simplement que les heureux bénéficiaires du bouclier n'attendent pas le printemps électoral de 2012 pour réclamer leur dû. Cela ferait tâche et gênerait la nouvelle campagne du Candidat des Riches.
L'allègement de l'ISF est défendu par les ténors de Sarkofrance avec un argument principal : les 300.000 ménages qui sortiront de l'ISF après la réforme étaient injustement taxés à cause de l'inflation immobilière qui a renchéri la valeur de leur résidence principale. Sur son blog, le journaliste Philippe Le Coeur explicite une récente étude du Conseil des Prélèvements Obligatoires sur le sujet, publiée le 11 mai dernier. Et le résultat contredit la thèse gouvernementale. La résidence principale pèse très peu dans la valeur du patrimoine imposé des bénéficiaires de l'ISF : 30% en moyenne, et moins 20% pour les plus petits patrimoines (moins de 1 million d'euros)
Un autre amendement, contraire aux desiderata gouvernementaux, intègre les oeuvres d'art dans le patrimoine assujetti à l'ISF. Le député Marc Le Fur (UMP), auteur de l'amendement, fut pris d'un éclair de lucidité : « Ces biens appartiennent, par définition aux plus fortunés. Ce sont des investissements non productifs qui ont un impact économique quasiment nul. Enfin, l'investissement dans les oeuvres d'art est parfois un biais pour échapper à l'imposition.» Il s'attend cependant à ce que l'amendement soit rejeté en séance pleinière la semaine prochaine. L'UMP a aussi relevé de 150 euros à 300 euros la réduction d'ISF pour les ménages qui ont des enfants à charge. Il n'y a pas de petits profits !
... contre la France Invisible
La France invisible a d'autres soucis. La FNSEA réclame le soutien de l'armée pour faire face à la sécheresse, aider à faucher ou transporter le foin. Les agriculteurs souffrent d'une nouvelle spéculation, sur la paille. Le manque d'eau, avant de provoquer une belle canicule cet été, affecte déjà éleveurs et maraîchers. Mais les agriculteurs ont une double chance au moins. Ils sont représentés par des organisations qui ont la voix qui porte et le Monarque élyséen compte beaucoup sur leur vote l'an prochain.
La France compte bien d'autres précaires, véritablement invisibles pour les radars médiatiques, oubliés des commentaires publics et de l'attention du pouvoir. Parfois, on devine, au détour d'une statistique trop générale, que la crise frappe encore durement.
Pour le second mois consécutif, les ménages français ont ainsi réduit leurs dépenses de consommation, - 1,8 % en l'espace d'un mois en avril, selon les chiffres publiés mardi 31 mai par l'Insee, après un recul de 1 % en mars par rapport à février. Alors que l'inflation repart, l'INSEE estime très faible la revalorisation du pouvoir d'achat cette année : + 0,1 % au premier, + 0,3 % au deuxième trimestre. Une misère !
Le gouvernement se félicite, et Sarkozy le premier, de la reprise de l'emploi. Vraiment ? Lisez donc ce récent rapport, publié mardi, par la Dares, sur l'emploi des jeunes de 15 à 29 ans. Et la Dares relevait cette situation paradoxale, bien éloignée du story-telling gouvernemental : « la proportion d’emplois bénéficiant d’une aide de l’État occupés par des jeunes de moins de 26 ans a baissé en 2010 » alors que le «sous-emploi a continué à s’accroître avec l’augmentation du nombre de personnes travaillant à temps partiel mais souhaitant travailler davantage.»
Autre sujet social invisible, la santé. Cette semaine, l'Observatoire des inégalités s'est attardé sur la santé à deux vitesses, relayant notamment une enquête sur la santé et la protection sociale de l’Irdes. La part des dépenses de santé restant à charge des citoyens ne cesse de progresser depuis 30 ans. Nicolas Sarkozy lui-même, a largement augmenter le montant des franchises médicales et des déremboursements. Actuellement, quelque 4 millions de Français n'ont aucune complémentaire santé. Et 1,5 million de personnes théoriquement bénéficiaires de la CMU n'ont pas fait valoir leur droits. Plus grave, l'Etat subventionne pour 5,2 milliards d’euros par an sous forme d'exonérations sociales, les contrats collectifs d’entreprise. Ces derniers sont très rarement solidaires puisque les cotisations ne sont jamais pondérées par le revenu.
La dernière des réformes les plus injustes du quinquennat fut celle des retraites. Sans considération de la pénibilité des carrières, Nicolas Sarkozy devait donner quelques gages aux marchés financiers en alourdissant la charge des retraites sur les plus fragiles : recul du départ minimal de 60 à 62 ans, recul de l'âge de retraite à taux plein de 65 à 67 ans, ET accroissement régulier de la durée de cotisations. C'est la triple peine !
Ce 2 juin, un décret paru au Journal Officiel a précisé les trois cas dérogatoires de maintien de la retraite à taux plein à 65 ans : les aidants familiaux justifiant d'au moins 30 consécutifs d'interruption de travail, les handicapés et les parents nés entre le 1er juillet 1951 et le 31 décembre 1955 et qui ont eu ou élevé au moins trois enfants. Ces derniers devront toutefois justifier moins de huit trimestres de cotisation lors de l'année de naissance ou d'adoption et des deux ou trois années suivantes, et, au moins huit trimestres avant l'interruption ou la réduction de leur carrière professionnelle. Pour les autres, le taux plein s'appliquera à compter de 67 ans et non plus 65 ans, comme prévu dans la réforme adoptée le 27 octobre dernier.
Il fallut attendre l'adoption de la réforme pour que le ministère du Travail publie coup sur coup plusieurs études fort intéressantes sur la durée de l'emploi, l'accès à la retraite, l'ampleur des préretraites.
En 2006, dernière année étudiée par la Dares, dans l'un de ces rapports publiés récemment, 85 % des personnes ayant quitté leur emploi entre 60 et 64 ans avaient perçu une pension de retraite immédiatement après la fin de leur emploi ou dans les trois mois suivants. Les âges de fin d’emploi varient fortement selon la catégorie socioprofessionnelle, rappelait la Dares. Ainsi, employés et ouvriers forment le gros contingent des pré-retraités (61% des personnes quittant leur emploi entre 50 et 54 ans).
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jeudi 2 juin 2011
Le drôle de cirque de Sarkozy autour de la Droite Populaire
Non seulement il travaille, mais en plus il est « redevenu » lui-même. C'est le second thème du story-telling pré-électoral du moment, l'argument servi pour gommer 4 années d'inefficacité et d'injustices.
Il a donc reçu à l'Elysée ses fidèles grognards auto-déclarés de la Droite populaire. Il leur a vanté les mérites de Claude Guéant, son ministre de l'immigration qui venait de publier une tribune franchement rance.
Quelle équipe !
Sarkozy câline ses grognards
Mardi en fin d'après-midi, Nicolas Sarkozy a lui-même reçu les membres du collectif Droite Populaire, ces 44 parlementaires qui revendiquent leur attachement aux « vraies » valeurs de la droite, les purs et durs de la droite décomplexée, la « garde de fer du sarkozysme » comme les décrit le député Lionnel Luca, qui déclarait l'été dernier qu'« on a le droit de penser » que « les Roms sont une 'sale race' ». On y trouve notamment Jean Auclair, député de la Creuse, qui expliquait récemment sur RTL que « s’appeler Martin ou Mohamed, c’est pas tout à fait pareil » ; «Moi je vois dans la Creuse des Français pur souche qui s'appellent Martin ou Dupont. ». Christian Vanneste, déjà condamné pour des propos homophobes a récemment défendu une alliance avec le Front National.
La Droite populaire, ça compte. Evidemment, la réception à l'Elysée, sans être secrète mais toujours aux frais du contribuable, n'était pas mentionnée dans l'agenda officiel de la Présidence de la République. Sa seule obligation protocolaire du jour était cet hommage, deux mois trop tard, aux résistants du plateau des Glières tués en mars 1944.
Le candidat Sarkozy consacra 1H30 de discussion à ses hôtes. A en croire les échos rapportés par la presse, il se serait moqué des critiques : «J'aurai un bon bilan et j'aurai été un mauvais président ? Cherchez l'erreur. » Qui a dit qu'il avait un bon bilan ? Même les sondages livrent des résultats inverses. Ces députés ont insisté, d'après Lionnel Luca, sur trois sujets prioritaires à leurs yeux : la sécurité, l'immigration et la taxation des plus riches. «C'est notre objectif, de lui enlever l'étiquette de président des riches.» a sobrement commenté Luca. Sans rire ? En fait, les 44 faux-durs se sont gentiment couchés. Le Monarque leur demanda un peu de calme. « Lâchez un peu les questions d'immigration et d'insécurité. Claude Guéant s'en charge très bien. Recentrez-vous sur le social. » Il paraît que Sarkozy a « encensé » son fidèle
Bizarrement, l'entrevue en a déçu plus d'un. Nicolas Sarkozy aurait-il perdu la main. Ces 44 s'affichent comme des grognards de Sarkofrance et n'ont pas besoin d'être convaincu.
Marianni s'y met
Sarkozy soigne sa droite.
Dans les médias, quelques proches appuient la posture. Thierry Mariani, co-fondateur de la Droite popu, secrétaire d'Etat aux Transports mais surtout sarkozyste historique, confie à Paris Match que son Monarque et mentor a « pleinement retrouvé le cap des valeurs de 2007 ». Et l'ancien déçu est désormais enthousiaste.
Ce retour aux valeurs serait la potion miracle : « Et cela paie : le chômage baisse pour le quatrième mois consécutif, la croissance est plus forte que prévu, la lutte contre l'immigration et les fraudes sociales sont une priorité... Il faut montrer aux électeurs qui lui avaient fait confiance en 2007 que ses préoccupations sont les leurs.»
On ne sait pas dans quel pays vit Thierry Mariani : depuis l'échec de son programme 2007 sur le pouvoir d'achat, Nicolas Sarkozy agite des diversions sur l'identité nationale ou la laïcité, toilette l'ISF alors qu'une remise à plat de la fiscalité est la question prioritaire du redressement des comptes publics ; réduit les crédits de l'emploi alors que le chômage reste de masse, et la précarisation du travail s'accélère.
Guéant d'un autre siècle
Dans le Monde, le ministre de l'intérieur et de l'immigration a publié une tribune sur ... l'immigration : « quelle France pour demain ? » Le texte ne souleva pas grande polémique. Il était si convenu et rabâché. Pourtant, il vaut son pesant d'or. En ces temps d'anniversaire à répétition d'évènements résistants ou fâcheux d'il y a 70 ans, le jour même d'une cérémonie forcée pour raison électorale en l'honneur d'une résistance maquisarde sur un plateau savoyard, les propos réfléchis et écrits de Claude Guéant dans un grand quotidien soir sentaient le rance et le moisi. Jugez plutôt.
Cette tribune démarrait parce cette question terrifiante : « Si nous savons à quoi ressemblait la France d'hier, nous ignorons encore ce qu'elle sera demain. Mais la vraie question est: à quoi voulons-nous qu'elle ressemble ? » Relisons : « à quoi voulons-nous qu'elle ressemble ? » Les mots sont choisis. Guéant utilisait le verbe « ressembler », « Avoir une ressemblance avec quelqu'un ». Guéant posait la question de l'immigration sur le terrain de la ressemblance. On attendait le « Nos ancêtres les Gaulois » qu'inculquaient quelques instituteurs à des enfants algériens il n'y a pas si longtemps. Le ministre fait justement semblant, semblant d'innover en proposant une subtile distinction en intégration (« pour ceux qui ne projettent pas de rester en France, pour ceux qui gardent enfoui en eux-mêmes le rêve de retourner, un jour, sur la terre de leurs ancêtres ») et assimilation. Il ressort cette vieille antienne de l'assimilation, non pas républicaine mais souchienne : «s'assimiler, c'est aller plus loin, c'est épouser notre culture. (...) L'assimilation n'est pas la négation de la différence. Elle est simplement l'invitation à se sentir bien dans notre nation.» Il préfère la seconde à la première.
Finalement, Claude Guéant a mérité sa carte, celle de membre d'honneur du Front National que Marine Le Pen lui proposait généreusement en début d'année. Ministre de l'immigration, Claude Guéant maîtrise mal ses dossiers. Il a déjà reculé sur les radars (quelle affaire !). Le voici qui insiste sur ses faux chiffres d'échec scolaire des enfants immigrés. Las, le ministre a publié une circulaire, mardi 31 mai, pour réduire de moitié l'immigration professionnelle. Cette dernière durcit les contrôles, exige une vigilance accrue, demande des résultats. La belle affaire ! Depuis quelques semaines, Claude Guéant tente d'expliquer que les immigrés chipent le travail des Français. Et comme il lui faut s'obstiner, le voici qui annonce réduire à 20.000 le nombre d'immigrés professionnels. Soit... 10.000 immigrés de moins par an. Cette obstination idéologique en devient statistiquement risible.
Ferry ouvre la chasse
Malheureusement , un ancien ministre de Raffarin est venu troublé cette orchestration médiatique si soignée. Luc Ferry, « philosophe », a accusé, lundi soir dans le Grand Journal de CANAL+, un ancien ministre d'avoir eu des relations avec de « jeunes garçons » au Maroc. Pour préciser ensuite qu'il tairait son nom même s'il le connaissait.
L'affaire fit évidemment grand bruit, de Twitter aux journaux télévisés du lendemain... A droite, Juppé, Dati puis Baroin se sont désolidarisés de cet ancien collègue. Ferry en a trop dit ou pas assez. Sa délation fracassante est incomplète et coupable. Mercredi 1er juin, le Parquet de Paris annonçait qu'il ouvrait un enquête préliminaire. Deux associations marocaines portaient plainte contre X. Le grand déballage a sans doute commencé.
Luc Ferry, qui ne pensait pas à Jack Lang, sera entendu par la justice. « ll faut en avoir le coeur net et se donner les moyens de vérifier ces accusations graves » justifie le procureur Jean-Claude Marin.
Il faut en avoir le coeur net.
Sans doute.
Il a donc reçu à l'Elysée ses fidèles grognards auto-déclarés de la Droite populaire. Il leur a vanté les mérites de Claude Guéant, son ministre de l'immigration qui venait de publier une tribune franchement rance.
Quelle équipe !
Sarkozy câline ses grognards
Mardi en fin d'après-midi, Nicolas Sarkozy a lui-même reçu les membres du collectif Droite Populaire, ces 44 parlementaires qui revendiquent leur attachement aux « vraies » valeurs de la droite, les purs et durs de la droite décomplexée, la « garde de fer du sarkozysme » comme les décrit le député Lionnel Luca, qui déclarait l'été dernier qu'« on a le droit de penser » que « les Roms sont une 'sale race' ». On y trouve notamment Jean Auclair, député de la Creuse, qui expliquait récemment sur RTL que « s’appeler Martin ou Mohamed, c’est pas tout à fait pareil » ; «Moi je vois dans la Creuse des Français pur souche qui s'appellent Martin ou Dupont. ». Christian Vanneste, déjà condamné pour des propos homophobes a récemment défendu une alliance avec le Front National.
La Droite populaire, ça compte. Evidemment, la réception à l'Elysée, sans être secrète mais toujours aux frais du contribuable, n'était pas mentionnée dans l'agenda officiel de la Présidence de la République. Sa seule obligation protocolaire du jour était cet hommage, deux mois trop tard, aux résistants du plateau des Glières tués en mars 1944.
Le candidat Sarkozy consacra 1H30 de discussion à ses hôtes. A en croire les échos rapportés par la presse, il se serait moqué des critiques : «J'aurai un bon bilan et j'aurai été un mauvais président ? Cherchez l'erreur. » Qui a dit qu'il avait un bon bilan ? Même les sondages livrent des résultats inverses. Ces députés ont insisté, d'après Lionnel Luca, sur trois sujets prioritaires à leurs yeux : la sécurité, l'immigration et la taxation des plus riches. «C'est notre objectif, de lui enlever l'étiquette de président des riches.» a sobrement commenté Luca. Sans rire ? En fait, les 44 faux-durs se sont gentiment couchés. Le Monarque leur demanda un peu de calme. « Lâchez un peu les questions d'immigration et d'insécurité. Claude Guéant s'en charge très bien. Recentrez-vous sur le social. » Il paraît que Sarkozy a « encensé » son fidèle
Bizarrement, l'entrevue en a déçu plus d'un. Nicolas Sarkozy aurait-il perdu la main. Ces 44 s'affichent comme des grognards de Sarkofrance et n'ont pas besoin d'être convaincu.
Marianni s'y met
Sarkozy soigne sa droite.
Dans les médias, quelques proches appuient la posture. Thierry Mariani, co-fondateur de la Droite popu, secrétaire d'Etat aux Transports mais surtout sarkozyste historique, confie à Paris Match que son Monarque et mentor a « pleinement retrouvé le cap des valeurs de 2007 ». Et l'ancien déçu est désormais enthousiaste.
Ce retour aux valeurs serait la potion miracle : « Et cela paie : le chômage baisse pour le quatrième mois consécutif, la croissance est plus forte que prévu, la lutte contre l'immigration et les fraudes sociales sont une priorité... Il faut montrer aux électeurs qui lui avaient fait confiance en 2007 que ses préoccupations sont les leurs.»
On ne sait pas dans quel pays vit Thierry Mariani : depuis l'échec de son programme 2007 sur le pouvoir d'achat, Nicolas Sarkozy agite des diversions sur l'identité nationale ou la laïcité, toilette l'ISF alors qu'une remise à plat de la fiscalité est la question prioritaire du redressement des comptes publics ; réduit les crédits de l'emploi alors que le chômage reste de masse, et la précarisation du travail s'accélère.
Guéant d'un autre siècle
Dans le Monde, le ministre de l'intérieur et de l'immigration a publié une tribune sur ... l'immigration : « quelle France pour demain ? » Le texte ne souleva pas grande polémique. Il était si convenu et rabâché. Pourtant, il vaut son pesant d'or. En ces temps d'anniversaire à répétition d'évènements résistants ou fâcheux d'il y a 70 ans, le jour même d'une cérémonie forcée pour raison électorale en l'honneur d'une résistance maquisarde sur un plateau savoyard, les propos réfléchis et écrits de Claude Guéant dans un grand quotidien soir sentaient le rance et le moisi. Jugez plutôt.
Cette tribune démarrait parce cette question terrifiante : « Si nous savons à quoi ressemblait la France d'hier, nous ignorons encore ce qu'elle sera demain. Mais la vraie question est: à quoi voulons-nous qu'elle ressemble ? » Relisons : « à quoi voulons-nous qu'elle ressemble ? » Les mots sont choisis. Guéant utilisait le verbe « ressembler », « Avoir une ressemblance avec quelqu'un ». Guéant posait la question de l'immigration sur le terrain de la ressemblance. On attendait le « Nos ancêtres les Gaulois » qu'inculquaient quelques instituteurs à des enfants algériens il n'y a pas si longtemps. Le ministre fait justement semblant, semblant d'innover en proposant une subtile distinction en intégration (« pour ceux qui ne projettent pas de rester en France, pour ceux qui gardent enfoui en eux-mêmes le rêve de retourner, un jour, sur la terre de leurs ancêtres ») et assimilation. Il ressort cette vieille antienne de l'assimilation, non pas républicaine mais souchienne : «s'assimiler, c'est aller plus loin, c'est épouser notre culture. (...) L'assimilation n'est pas la négation de la différence. Elle est simplement l'invitation à se sentir bien dans notre nation.» Il préfère la seconde à la première.
Finalement, Claude Guéant a mérité sa carte, celle de membre d'honneur du Front National que Marine Le Pen lui proposait généreusement en début d'année. Ministre de l'immigration, Claude Guéant maîtrise mal ses dossiers. Il a déjà reculé sur les radars (quelle affaire !). Le voici qui insiste sur ses faux chiffres d'échec scolaire des enfants immigrés. Las, le ministre a publié une circulaire, mardi 31 mai, pour réduire de moitié l'immigration professionnelle. Cette dernière durcit les contrôles, exige une vigilance accrue, demande des résultats. La belle affaire ! Depuis quelques semaines, Claude Guéant tente d'expliquer que les immigrés chipent le travail des Français. Et comme il lui faut s'obstiner, le voici qui annonce réduire à 20.000 le nombre d'immigrés professionnels. Soit... 10.000 immigrés de moins par an. Cette obstination idéologique en devient statistiquement risible.
Ferry ouvre la chasse
Malheureusement , un ancien ministre de Raffarin est venu troublé cette orchestration médiatique si soignée. Luc Ferry, « philosophe », a accusé, lundi soir dans le Grand Journal de CANAL+, un ancien ministre d'avoir eu des relations avec de « jeunes garçons » au Maroc. Pour préciser ensuite qu'il tairait son nom même s'il le connaissait.
L'affaire fit évidemment grand bruit, de Twitter aux journaux télévisés du lendemain... A droite, Juppé, Dati puis Baroin se sont désolidarisés de cet ancien collègue. Ferry en a trop dit ou pas assez. Sa délation fracassante est incomplète et coupable. Mercredi 1er juin, le Parquet de Paris annonçait qu'il ouvrait un enquête préliminaire. Deux associations marocaines portaient plainte contre X. Le grand déballage a sans doute commencé.
Luc Ferry, qui ne pensait pas à Jack Lang, sera entendu par la justice. « ll faut en avoir le coeur net et se donner les moyens de vérifier ces accusations graves » justifie le procureur Jean-Claude Marin.
Il faut en avoir le coeur net.
Sans doute.
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mercredi 1 juin 2011
Le jour où Sarkozy s'est arrêté de gouverner
Nicolas Sarkozy se veut plus discret, plus bosseur, « au travail ». C'est le message qu'on nous rabâche depuis ce 28 octobre au matin, au lendemain de l'adoption de la réforme des retraites. Depuis, quelle immobilité !
Ce mardi 31 mai, il était parti pour son pèlerinage annuel aux Glières, le quatrième depuis son élection en 2007. Une pure opération de communication sans aucun rapport avec les urgences du moment.
Son gouvernement est tout autant immobile, comme figé avant la bataille électorale. Fillon fait le SAV des réformes, les ministres meublent l'actualité. Tout le monde parle mais personne n'agit.
Discret Narcisse
C'est un peu sa roche de Solutré, « une façon efficace de montrer par l'image qu'il sait prendre de la hauteur » commentait Charles Jaigu, l'envoyé spécial du Figaro en Sarkofrance. François Mitterrand aimait marcher accompagné de ses proches et courtisans, une fois l'an. Sarkozy préfère la fausse sobriété solitaire et narcissique sur le plateau des Glières (Haute Savoie), haut lieu de résistance. « sobre », « discret », il vient toujours accompagné d'une centaine de journalistes, caméramans et photographes. Il commence toujours par serrer quelques mains devant la nécropole de Morette, où sont inhumés les résistants tués pendant les combats de janvier à mars 1944. Une centaine de militants UMP l'ont salué à la mairie voisine du Petit-Bornand où, à la différence de l'an passé, il n'a pas prononcé de discours. Il a ensuite filé en hélico sur le plateau des Glières, pour aller déposer une gerbe devant l'immense monument blanc dressé en l'honneur des résistants du maquis.
L’association « Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui » a dénoncé la mascarade médiatique. Le 15 mai dernier, 3 à 5.000 manifestants étaient présents sur les lieux pour dénoncer, par avance, la récupération sarkozyenne.
Sarkozy n'a pu s'empêcher de penser à cette fichue interview de son « ami » Jean-Louis Borloo, dans les colonnes de la Voix du Nord. Son ancien ministre du développement durable annonçait qu'il se préparait à la présidentielle, et qu'il comptait bien gagner la course (« Je me prépare pour gagner »). Sa candidature sera officiellement annoncée après l'été. Borloo vise large : « je suis pour une nouvelle majorité que je veux incarner. Elle ira des socialistes déçus à une partie de l'UMP ».
Et pour le moment, il ne se prive pas de petites phrases assassines à l'encontre de son ancien Monarque : « Je vais présenter un projet pour une France juste. » Ou encore : «Le président, n'est pas un super premier ministre » ; « Pour moi, équipe de campagne devra rimer avec éthique de campagne.» Après l'affaire Tron, les déboires de Lagarde, voici le troisième pépin qui vient ternir cette séquence enchantée ouverte par l'arrestation de DSK le 14 mai dernier. C'est agaçant. Sa côte de popularité venait justement de reprendre 4 points ...
Gouvernement immobile
François Fillon meuble. Depuis l'automne dernier, rares ont été les réformes ou les programmes d'importance. Les sujets ne manquent pourtant pas (chômage de masse, précarité croissante, désordres financiers, inflation). A l'agitation communicante des deux premières années du quinquennat Sarkozy a succédé une immobilité préélectorale qui a débuté au lendemain de l'adoption de la réforme des retraites. Depuis début novembre, François Fillon et son gouvernement tentent donc de meubler l'espace politique, en recyclant notamment de vieilles décisions.
Christine Lagarde, pas encore partie au FMI, a encore une fois sermonné les pétroliers. Il paraît qu'ils ne répercutent pas suffisamment la baisse (provisoire) des cours du pétrole. Bruno Le Maire, à l'Agriculture, est obligé de bosser, rattrapé qu'il est par l'actualité de son secteur, de la sécheresse qui menace aux concombres espagnols empoisonnés.
Claude Guéant, à l'Intérieur, inaugure des « radars pédagogiques ». François Baroin, au Budget, a répété que le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite serait respecté jusqu'au dernier budget du quinquennat. Il devait faire face à une nouvelle grogne dans la Fonction publique, un périmètre qu'il a repris au démissionnaire George Tron.
Grande innovation, Luc Chatel, le ministre de l'Education nationale, a décidé de communiquer sur les 17.000 embauches plutôt que les 16.000 suppressions de postes de son ministère. Son collègue de l'Emploi, Xavier Bertrand, préfère critiquer l'éventuelle candidature de Borloo ou commenter le départ de Tron. Pour la journée mondiale sans tabac, mardi 31 mai, il a bien annoncé le déremboursement total du Champix. Il n'a même pas voulu commenter la récente livraison statistiques de ses services sur le chômage des 15-29 ans : 17% étaient au chômage en 2010 et le sous-emploi progresse.
A l'Assemblée, les députés planchent depuis hier sur le durcissement des conditions d'internements en psychiatrie, un texte qui fait frémir personnel médical et parents de patients. Fort opportunément, l'IGAS a publié ce même mardi 31 un rapport sur la situation des HP. Quelque 10.000 patients fugueraient chaque année. L'IGAS n'a relevé que 19 homicides en cinq ans. C'est trop, mais sans doute sans mesure avec le tableau apocalyptique dressé par Nicolas Sarkozy l'an dernier quand il promettait de transformer les HP en prisons de Haute sécurité. A la lecture du rapport de l'IGAS, d'aucuns pourraient conclure que ces hôpitaux manquent de moyens. Comme souvent, le gouvernement Sarkozy a avancé une autre réponse : la video-surveillance.
Fillon en SAV
François Fillon, lui, sillonne la France pour faire le Service Après-Vente des réformes sarkozyennes. Il ne s'en cache même pas. Fillon n'existait pas quand Sarkozy jouait à l'omniprésident. Le voici qu'il n'agit pas davantage maintenant que son Monarque tente de se faire oublier.
Lundi 30 mai, le premier ministre était ainsi à Strasbourg pour annoncer « 2,4 milliards d'euros d'investissement dans la santé ». Il visitait l'Institut de recherche contre le cancer des maladies digestives, qui avait reçu 67 millions de subventions publiques pour un investissement global de 215 millions d'euros en matériel d'imagerie médicale.
Fichtre ! On croyait que les caisses étaient vides. Rassurez-vous. Ces nouveaux milliards viennent d'une enveloppe déjà ancienne, le grand emprunt de janvier 2010, réservé à ces « investissements d'avenir » : « notre démarche, c'est celle de la modernisation, c'est celle de l'innovation. C'est également l'objectif du programme Investissements d'avenir, qui consacre environ 2,4 milliards d'euros à des projets ciblés sur la santé. Ce que nous pouvons voir ici, c’est la pertinence du programme d’investissements d’avenir de 35 milliards d’euros que nous avons engagé avec le Président de la République.»
L'exercice, depuis les premiers jours de ce Grand Emprunt, est sémantique. Il s'agit d'illustrer, exemples à l'appui, combien notre Monarque investit avec efficience l'argent public pour le bien commun. Chaque année, d'autres dizaines de milliards d'euros non étiquetés « d'avenir » mais tout aussi indispensable (comme le renouvellement des matériels de sécurité ou des équipements de l'Education nationale), sont réalisés sans tout ce foin médiatique pré-électoral. Et ces « investissements d'avenir » font même parfois l'objet d'une attribution par des jurys internationaux, et non pas seulement pour des critères politiques, un processus que Fillon, ce lundi encore, qualifiait de « révolution culturelle ».
Ce mardi 31 mai, il était parti pour son pèlerinage annuel aux Glières, le quatrième depuis son élection en 2007. Une pure opération de communication sans aucun rapport avec les urgences du moment.
Son gouvernement est tout autant immobile, comme figé avant la bataille électorale. Fillon fait le SAV des réformes, les ministres meublent l'actualité. Tout le monde parle mais personne n'agit.
Discret Narcisse
C'est un peu sa roche de Solutré, « une façon efficace de montrer par l'image qu'il sait prendre de la hauteur » commentait Charles Jaigu, l'envoyé spécial du Figaro en Sarkofrance. François Mitterrand aimait marcher accompagné de ses proches et courtisans, une fois l'an. Sarkozy préfère la fausse sobriété solitaire et narcissique sur le plateau des Glières (Haute Savoie), haut lieu de résistance. « sobre », « discret », il vient toujours accompagné d'une centaine de journalistes, caméramans et photographes. Il commence toujours par serrer quelques mains devant la nécropole de Morette, où sont inhumés les résistants tués pendant les combats de janvier à mars 1944. Une centaine de militants UMP l'ont salué à la mairie voisine du Petit-Bornand où, à la différence de l'an passé, il n'a pas prononcé de discours. Il a ensuite filé en hélico sur le plateau des Glières, pour aller déposer une gerbe devant l'immense monument blanc dressé en l'honneur des résistants du maquis.
L’association « Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui » a dénoncé la mascarade médiatique. Le 15 mai dernier, 3 à 5.000 manifestants étaient présents sur les lieux pour dénoncer, par avance, la récupération sarkozyenne.
Sarkozy n'a pu s'empêcher de penser à cette fichue interview de son « ami » Jean-Louis Borloo, dans les colonnes de la Voix du Nord. Son ancien ministre du développement durable annonçait qu'il se préparait à la présidentielle, et qu'il comptait bien gagner la course (« Je me prépare pour gagner »). Sa candidature sera officiellement annoncée après l'été. Borloo vise large : « je suis pour une nouvelle majorité que je veux incarner. Elle ira des socialistes déçus à une partie de l'UMP ».
Et pour le moment, il ne se prive pas de petites phrases assassines à l'encontre de son ancien Monarque : « Je vais présenter un projet pour une France juste. » Ou encore : «Le président, n'est pas un super premier ministre » ; « Pour moi, équipe de campagne devra rimer avec éthique de campagne.» Après l'affaire Tron, les déboires de Lagarde, voici le troisième pépin qui vient ternir cette séquence enchantée ouverte par l'arrestation de DSK le 14 mai dernier. C'est agaçant. Sa côte de popularité venait justement de reprendre 4 points ...
Gouvernement immobile
François Fillon meuble. Depuis l'automne dernier, rares ont été les réformes ou les programmes d'importance. Les sujets ne manquent pourtant pas (chômage de masse, précarité croissante, désordres financiers, inflation). A l'agitation communicante des deux premières années du quinquennat Sarkozy a succédé une immobilité préélectorale qui a débuté au lendemain de l'adoption de la réforme des retraites. Depuis début novembre, François Fillon et son gouvernement tentent donc de meubler l'espace politique, en recyclant notamment de vieilles décisions.
Christine Lagarde, pas encore partie au FMI, a encore une fois sermonné les pétroliers. Il paraît qu'ils ne répercutent pas suffisamment la baisse (provisoire) des cours du pétrole. Bruno Le Maire, à l'Agriculture, est obligé de bosser, rattrapé qu'il est par l'actualité de son secteur, de la sécheresse qui menace aux concombres espagnols empoisonnés.
Claude Guéant, à l'Intérieur, inaugure des « radars pédagogiques ». François Baroin, au Budget, a répété que le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite serait respecté jusqu'au dernier budget du quinquennat. Il devait faire face à une nouvelle grogne dans la Fonction publique, un périmètre qu'il a repris au démissionnaire George Tron.
Grande innovation, Luc Chatel, le ministre de l'Education nationale, a décidé de communiquer sur les 17.000 embauches plutôt que les 16.000 suppressions de postes de son ministère. Son collègue de l'Emploi, Xavier Bertrand, préfère critiquer l'éventuelle candidature de Borloo ou commenter le départ de Tron. Pour la journée mondiale sans tabac, mardi 31 mai, il a bien annoncé le déremboursement total du Champix. Il n'a même pas voulu commenter la récente livraison statistiques de ses services sur le chômage des 15-29 ans : 17% étaient au chômage en 2010 et le sous-emploi progresse.
A l'Assemblée, les députés planchent depuis hier sur le durcissement des conditions d'internements en psychiatrie, un texte qui fait frémir personnel médical et parents de patients. Fort opportunément, l'IGAS a publié ce même mardi 31 un rapport sur la situation des HP. Quelque 10.000 patients fugueraient chaque année. L'IGAS n'a relevé que 19 homicides en cinq ans. C'est trop, mais sans doute sans mesure avec le tableau apocalyptique dressé par Nicolas Sarkozy l'an dernier quand il promettait de transformer les HP en prisons de Haute sécurité. A la lecture du rapport de l'IGAS, d'aucuns pourraient conclure que ces hôpitaux manquent de moyens. Comme souvent, le gouvernement Sarkozy a avancé une autre réponse : la video-surveillance.
Fillon en SAV
François Fillon, lui, sillonne la France pour faire le Service Après-Vente des réformes sarkozyennes. Il ne s'en cache même pas. Fillon n'existait pas quand Sarkozy jouait à l'omniprésident. Le voici qu'il n'agit pas davantage maintenant que son Monarque tente de se faire oublier.
Lundi 30 mai, le premier ministre était ainsi à Strasbourg pour annoncer « 2,4 milliards d'euros d'investissement dans la santé ». Il visitait l'Institut de recherche contre le cancer des maladies digestives, qui avait reçu 67 millions de subventions publiques pour un investissement global de 215 millions d'euros en matériel d'imagerie médicale.
Fichtre ! On croyait que les caisses étaient vides. Rassurez-vous. Ces nouveaux milliards viennent d'une enveloppe déjà ancienne, le grand emprunt de janvier 2010, réservé à ces « investissements d'avenir » : « notre démarche, c'est celle de la modernisation, c'est celle de l'innovation. C'est également l'objectif du programme Investissements d'avenir, qui consacre environ 2,4 milliards d'euros à des projets ciblés sur la santé. Ce que nous pouvons voir ici, c’est la pertinence du programme d’investissements d’avenir de 35 milliards d’euros que nous avons engagé avec le Président de la République.»
L'exercice, depuis les premiers jours de ce Grand Emprunt, est sémantique. Il s'agit d'illustrer, exemples à l'appui, combien notre Monarque investit avec efficience l'argent public pour le bien commun. Chaque année, d'autres dizaines de milliards d'euros non étiquetés « d'avenir » mais tout aussi indispensable (comme le renouvellement des matériels de sécurité ou des équipements de l'Education nationale), sont réalisés sans tout ce foin médiatique pré-électoral. Et ces « investissements d'avenir » font même parfois l'objet d'une attribution par des jurys internationaux, et non pas seulement pour des critères politiques, un processus que Fillon, ce lundi encore, qualifiait de « révolution culturelle ».
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