jeudi 7 juillet 2011

Le jour où Sarkozy s'est pris pour Pompidou en 1974.

La salle était debout pour accueillir Nicolas Sarkozy, mardi dernier, à Montboudif (Cantal), qui saluait le centième anniversaire de la naissance de Georges Pompidou. Ce déplacement était la seule actualité présidentielle de ce jour, exceptée un rendez-vous avec le président du directoire de Peugeot PSA, Philippe Varin, et la nomination d'Edouard Balladur comme « envoyé spécial pour la mise en oeuvre du "Partenariat de Deauville"». Le clin d'oeil était évident, Balladur a fait ses premières armes politiques d'envergure au cabinet de Georges Pompidou.

Pour le reste, aucun des graves sujets du moment n'avaient visiblement grâce aux yeux du Monarque. Pas question de déranger son calendrier.

Il y avait pourtant quelque matière à s'inquiéter et s'abstenir d'un hommage sans actualité : l'euro est en crise; la Grèce vient d'obtenir sa cinquième tranche de 12 milliards d'euros pour passer les échéances de l'été, mais après ? Depuis le début de semaine, le Portugal semble à son tour flancher sur les marchés, après une mauvaise notation par l'agence Moody's. En Syrie, des manifestations monstres ont eu lieu le weekend dernier et Bachar El-Assad a envoyé l'armée continuer ses massacres répétés de civils en Syrie.

En Libye, grand sujet de Sarkofrance voici 3 mois, le colonel Kadhafi résiste toujours malgré des livraisons d'armes aux rebelles. Où est passé Sarkozy ? Jour après jour, semaine après semaine, le candidat continue sa campagne comme si de rien n'était, dans sa bulle.

Il revenait justement d'un weekend de trois au Fort de Brégançon, interrompu par un mariage princier à Monaco.

A Montboudif, dans le Cantal, les 1.500 invités jouaient donc à l'émotion pour le souvenir d'un homme décédé voici 36 ans, dont le rapport avec l'actualité est proche de zéro.Il y avait une grande bâche, dressée derrière notre monarque, avec une immense photographie de Georges Pompidou. Sarkozy semblait vieilli, dans un costume trop grand pour lui.

« Mes chers amis, monsieur le président du Sénat, monsieur le président du conseil général, mesdames et messieurs les parlementaires, messieurs les ministres,.... » Le Monarque avait les yeux rivés sur son discours. L'improvisation fut rare. Les mots avaient été choisis. Le propos fut clair. Après les hommages, nombreux, au général de Gaulle et à la résistance, Sarkozy continuait donc dans l'autoportrait, cette fois-ci à travers un hommage farfelu à un président oublié des livres d'histoires.

« Le 16 mai 1969, un peu plus de deux semaines après la démission du général de Gaulle, un peu plus de deux semaines après la démission du Général De Gaulle, Georges Pompidou présentait aux Français sa candidature à l'élection présidentielle par ces mots dont certains d'entre vous se souviennent peut-être... » On se pinça... Sarkozy commençait son hommage par citer quelques extraits de la déclaration de candidature de Pompidou à la présidentielle, comme si ... c'était la sienne. La ficelle était si grosse ! Citons quelques-uns de ces morceaux choisis, tant ils sont révélateurs du Monarque :
« J'ai fait mon apprentissage, j'ai fait des fautes comme tout le monde, mais je ne crois pas avoir été indigne de ma fonction »
« Il fallait d'abord rétablir l'ordre progressivement mais fermement et sans faire couler le sang, sans nous jeter dans la guerre civile. Il fallait remettre la France au travail. Et puis il fallait déjouer le complot politique, faire comprendre à l'opinion ce qui se passait [...] C'est à ce moment que j'ai compris que quand viendrait le jour, je n'aurai pas le droit de me dérober. »
 Pour être grave et emporter l'émotion d'une assistance pourtant acquise, le Monarque enchaina rapidement sur les conditions du décès de Pompidou. « agonie », «  combat contre la mort », ou cette interrogation existentielle : « A-t-il su qu'il allait mourir si vite ? ». Sarkozy se permit d'inventer les dernières minutes de la vie de Pompidou : « Et cet homme qui aimait tant la poésie se récita peut-être alors au milieu du malheur le vers de Corneille qu'il connaissait si bien : "Meurs, mais quitte du moins la vie avec éclat". »  Car, bien sûr, « des vers, il en avait appris des milliers. »

On se pinça encore pour y croire. Sarkozy ose tout.

Notre Monarque évoque ensuite la « passion de la poésie », « les joies familiales » dans « l'univers glacé du pouvoir », sa «  tranquille assurance » , sa « vieille terre auvergnate », sa « dignité parfaite » dans l'épreuve, « un courage qui força l'admiration ».

Pompidou, c'était Sarkozy avant l'heure. Jugez plutôt : « Il traversa des épreuves terribles, se battit contre les préjugés, contre la calomnie, contre la maladie. » Ou encore : « Sans l'amour de l'art et de la poésie on ne peut rien comprendre à un homme que rien ne semblait pouvoir ébranler tant sa force intérieure était grande. » Sarkozy aussi, depuis quelques mois, se cultive beaucoup. Il adore le cinéma classique et lit 8 romans par jour. Mieux: « au fond Pompidou fut le premier à avoir senti avant l'heure le déclin des vieilles nations si elles se laissaient vivre sur leurs acquis. » Cela ne vous rappelle rien ?

Cette litanie lassante se termina par le seul message qui comptait : « Le temps est venu de nous réconcilier avec ce que nous sommes profondément, de reprendre confiance, de nous persuader que ce que nos pères ont accompli jadis, nous sommes capables de l'accomplir de nouveau, que le génie de notre peuple n'est pas moins grand aujourd'hui qu'hier.» Sarkozy ne parlait plus au passé. Il ne pensait plus qu'à lui. Le constat est lâché : « Ce centième anniversaire de la naissance de Georges Pompidou doit être l'occasion d'un examen de conscience »...

Car Pompidou, grand homme, savait mieux que d'autres, qu'« un pays n'est pas une page blanche ». Et si nous n'avions pas compris le message conservateur, Sarkozy enfonça le clou : «  Il savait que la politique de la table rase a toujours été une catastrophe et qu'en fin de compte l'histoire, la culture, l'identité, le fruit du long travail des générations reviennent toujours hanter le présent quoique l'on ait fait pour en effacer les traces.» Bref... ne bousculez pas le Premier Cercle, les 200 familles, l'ordre immuable, la mondialisation et la main invisible du marché. Le candidat Sarkozy, l'homme de la Rupture, avait cru devoir s'abriter, en juillet 2011, derrière un premier ministre devenu président d'une France frileuse en 1969. Quel exploit !

Nicolas Sarkozy loua « ces racines », qu'il « plongeait dans ce plateau aride » du Cantal, ce « fils de Léon Pompidou, instituteur, et de Marie Louise Chavagnac, institutrice,» qui « rafla tous les prix et lut tous les livres ». Il retraça, en quelques paragraphes sentencieux et de peu d'intérêt, la vie, étape après étape, du dernier premier ministre gaulliste et gaullien. Au passage, Sarkozy nous rappela la lâcheté d'un homme (« il n'entendit pas l'appel du 18 juin. Il ne partit pas à Londres et s'il rejeta toute forme de collaboration avec un occupant qu'il détestait, s'il eut des sympathies pour des Résistants qu'il aida à l'occasion, il eut, contrairement à bien d'autres, l'honnêteté de reconnaître qu'il n'en devint pas un lui-même. Certains le lui reprochèrent »).

Mais la grande idée que notre Monarque voulait défendre, pour mieux se comparer favorablement, c'était celle d'une présidence normale, « la gestion du quotidien ». Pompidou, c'était mieux que François Hollande. C'était l'efficacité réformatrice d'un Sarkozy avant l'heure ! « Le quotidien, Georges Pompidou en fit sa grandeur, car la vie quotidienne le passionnait. Il regardait toujours la politique comme une question de civilisation et la civilisation il en voyait d'abord la manifestation concrète dans la vie de tous les jours.» Fichtre ! Pompidou conduisait une Porsche, mais c'était la sienne. Quel quotidien !

On se pinça à nouveau... Sarkozy, depuis son élection, n'a cessé de prêcher des concepts fumeux - « rupture », « laïcité positive », « politique de civilisation » , « moralisation du capitalisme »... Mais pour 2012, il a changé. Il est comme Pompidou, pragmatique. Il sait tourner sa veste, prêcher le contraire de la veille en un battement de sourcils, avec autant de convictions que s'il s'agissait d'une profession de foi.

Comme Pompidou, « il ne crut jamais aux grands desseins détachés de cette réalité et il éprouva toujours une méfiance instinctive vis-à-vis des grands systèmes de pensée, des grandes constructions idéologiques.» Par hypocrisie ou manque de compréhension de ses
propres actes, Sarkozy loue cette prétendue indépendance d'esprit. « Rien ne lui était plus étranger que l'esprit de système.» Il oublie le conservatisme inégalé qu'il vient d'applaudir. Pompidou était peut-être Louis-Philippe. Sarkozy n'est que Charles X.

Notre Monarque, qui ne cessait de se féliciter d'avoir promulgué autant de lois qu'il y a de jours dans l'année, loue ce modèle « qui ne croyait pas que l'on pût changer la société par décret ». Le constat est assez clair : l'homme se fiche de nous. Il compte sur notre amnésie, quatre ans à peine après sa première élection.

Pompidou, cet «  adepte du progrès économique et de l'expansion » agissait ainsi comme notre Monarque, protecteur avant tout, évidemment et bien sûr. Car  « comme l'on disait à l'époque» il était « autant préoccupé par le souci de donner accès à tous les Français aux commodités de la vie moderne que par la nécessité d'éviter un bouleversement trop brutal du mode de vie qui déracinerait totalement l'homme et l'asservirait à la technique et à l'économie. » On le sait, si nous avons davantage de franchises médicales, moins de retraites - surtout si l'on a travaillé jeune et/ou peu - , moins de pouvoir d'achat, plus de défiscalisations pour quelques-uns... c'est pour notre bien.

Ce mardi, Nicolas Sarkozy avait surtout peur d'une chose, essentielle, qu'on l'oublie comme son mentor d'un jour : « on a tendance à oublier que ce fut lui, Georges Pompidou, qui créa en France, en janvier 1971, le ministère de l'Environnement (...) On n'a pas vu tout ce qu'il avait fait pour préparer l'avenir.»

Notre Monarque multiplia les citations pompidoliennes, du « plan (qui) doit être l'affirmation d'une ambition nationale » aux « grandes capacités de notre agriculture » ; de la remise en cause de notre « civilisation » par mai 1968 à son anticipation de « la crise écologique » ou son « choix de l'Europe ». Sarkozy l'atlantiste oublia le Pompidou qui assuma la sortie du commandement militaire intégré de l'OTAN.

Il y avait une différence, essentielle celle-là aussi, entre Georges Pompidou et Nicolas Sarkozy. le premier est resté fidèle. L'autre a bâti sa carrière sur de multiples trahisons.

Mais de celle-là, il ne fut point question lors de cet hommage sans intérêt, à Montboudif, dans le Cantal.


Il y avait compétition, cette semaine, sur l'héritage de Pompidou. Ces derniers jours, François Fillon, premier Chambellan du Monarque, a aussi réclamé la référence du dernier premier ministre du général. Cet engouement pour celui qui n'avait rien compris de Mai 68 pourrait étonner. Fillon, pressentant l'intervention-anniversaire quelques jours plus tard, avait déjà lâché, lors de son déplacement en Asie, des choses e-s-s-e-n-t-i-e-l-l-e-s sur Pompidou. Sur le moment, on n'avait pas compris le soudain hommage :  « C'est sous Pompidou qu'ont été lancés le programme électronucléaire français, le programme d'avions Airbus et (celui) de trains à grande vitesse. Trois moteurs de la croissance en 2011 sont (donc) liés à des décisions publiques prises sous Pompidou. Eh bien, nous avons voulu faire la même chose » avait donc déclaré Fillon.

Et ?

Pompidou, avenir de la France de 2011.

Ils sont prêts à tout.

Ami sarkozyste, quel âge avais-tu quand Pompidou est mort ?




mercredi 6 juillet 2011

Avez-vous lu les propositions fiscales du candidat Sarkozy pour 2012 ?

En 2012 ? On rase gratis. Impossible ! Nicolas Sarkozy est coincé par la situation désastreuse des comptes publics. Il devra axer son discours de campagne sur l'emploi et la compétitivité.  En 2007, sa promesse fiscale était simple : 68 milliards de réduction de prélèvements obligatoires. Malgré la crise, il y est presque arrivé ! La France est en quasi-faillite

A l'UMP, certains ont réalisé, et depuis le premier jour, que la posture sarkozyenne est irresponsable. Bruno Le Maire, candidat éconduit au ministère des Finances, organise depuis des mois quelques groupes de travail - des « experts » nous promet-on - pour plancher sur le programme 2012.

Et voici que le Figaro nous en livre quelques-uns des meilleurs extraits. Le quotidien de Sarkofrance s'attardait justement sur les propositions du groupe «économie et fiscalité», 54 pages rédigées par une équipe très sérieuse comme la nous présente le Figaro : le groupe était « placé sous la houlette du conseiller économique du chef de l'État, Emmanuel Moulin (et auquel participent des hauts fonctionnaires et des anciens de Bercy ou de l'Élysée - Vincent Chriqui du Centre d'analyse stratégique, Nicolas Calcoen aujourd'hui chez Amundi, Bernard Delpit à La Poste, etc.). ». Effectivement, les experts sont de choix : Emmanuel Moulin était l'ancien dircab adjoint de Christine Lagarde. L'expert de la Poste, Bernard Delpit, était l'ancien conseiller économique de Sarkozy, parti depuis pantouflé à la Poste. Nicolas Calcoen était, lui, l'un des conseillers d'Eric Woerth au ministère du Budget.

Sur le fond, ces « experts » sacrément marqués à droite nous proposent trois axes : « pas de hausse des prélèvements obligatoires, un système fiscal mieux "adapté" pour renforcer la compétitivité du pays et un recadrage de certains mécanismes qui se sont traduits par "des abus pendant la crise" ». Dans le détail, voici les idées, classiques :

Ils recommandent d'abord un nouvel allégement des cotisations sociales sur le travail. Ils suggèrent soit de baisser les cotisations employeurs, soit les cotisations salariales. Cette dernière solution permettrait d'« habiller la réforme en une mesure de pouvoir d'achat ».
Ce n'est surprenant. Le récente proposition, portée par Hervé Novelli, de supprimer la référence à une durée légale du travail (en l'occurrence 35 heures) qui déclenche le calcul des heures supplémentaires (payées 25% plus cher) va dans le même sens. Le ministre du travail, lundi dernier, a rejeté la proposition : « Si on le supprime, les salariés vont perdre la majoration des heures supplémentaires et leur défiscalisation. Il faut baisser le coût du travail, mais pas au prix de la baisse du pouvoir d'achat ».

Pour compenser, les experts privilégient d'augmenter la TVA :
- soit via un relèvement général des taux de 5 points, « la mesure la plus simple au rendement le plus élevé » ... et à l'injustice la plus forte... La TVA, rappelons-le, rapporte 176 milliards d'euros (prévus en 2011), largement plus que la cinquantaine de milliards de l'impôt sur le revenu. Hervé Novelli confiait, dimanche dernier, que le relèvement pourrait être de 1,5 point de TVA pour récupérer 12 milliards d'euros par an.
- soit via un relèvement de l'actuel taux réduit de 5,5% à un niveau plus élevé, par exemple 8%.
- et via la création d'un taux majoré pour certains produits de luxe comme les voitures haut de gamme, les bijoux, les chevaux, le tabac. Ceci « serait symbolique pour beaucoup de Français et permettrait de développer un discours sur la justice fiscale ». Quelle précaution !

C'est le grand retour de la TVA sociale, si mal expliquée en 2007, comme l'a confié Xavier Bertrand mardi 5 juillet, que le ministre du travail reste très réticent à son concept même. Mais cette fois-ci, les experts UMPistes veulent préparer le terrain : il faudra « habiller » la mesure (cf. ci-dessus).

En matière d'impôt, les experts semblent prendre le contre-pied des propositions des économistes Piketty, Landais et Saez énoncées dans leur récent ouvrage « Pour une révolution fiscale ». Plus on est pauvre, plus la part de l'impôt, direct ou indirect, est forte. Malgré ce constat évident, les experts UMPistes recommandent la création d'un impôt minimal, éventuellement partiellement fléchée (pour laisser aux contribuables la faculté de « décider de l'affectation d'une fraction de leur impôt »). Sans livrer plus de détail, le Figaro confie que le document « des mesures antidélocalisations » (une autre TVA sociale ?), et « un rééquilibrage entre petites et grandes entreprises de l'impôt sur les sociétés ».

Last but not least, « écartant tout "grand soir" sur les niches fiscales, le groupe de travail préconise néanmoins de poursuivre le toilettage commencé par le gouvernement ».

Evidemment.


Hausse de la TVA pour tous, avec quelques « symboles d'équité » version UMP (TVA sur le luxe, « impôt pour tous »), maintien de l'essentiel des niches fiscales, le tout pour alléger le fameux coût du travail... Le programme est simple. L'arnaque également. L'UMP s'affranchit de tout débat sur l'inégalité de la pression fiscale dans le pays et la juste répartition des efforts.

Pas sûr que ces « fuites », volontaires évidemment, soient si productives. Depuis lundi, la polémique a (enfin) démarré sur le relèvement prochain de la durée de cotisation retraites dès 2012 (et non 2020). Et la Sécu dévoile quelques plans d'économies supplémentaires pour ... 2012 : Il faudra « envisager à moyen terme des recettes supplémentaires », prévient-elle...

Fichue campagne !




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mardi 5 juillet 2011

Sarkozy se croit Triple A : Ah Ah Ah !

Mois après mois, Nicolas Sarkozy tente de se décrire comme le président du redressement, l'homme qui nous conservera le sacro-saint « triple A », cette note de crédit fantastique qui permet aux Etats de s'endetter à souhait comme un client Cetelem.

Pour sa cause, il est prêt aux pires arguments, aux pires chantages. Il oublie son bilan.

Puisque le rééquilibrage des comptes publics est en passe de devenir l'un des thèmes de la campagne de 2012, il nous faut remettre quelques pendules à l'heure.

Sarkozy, double bêtise
Voici 10 jours, alors qu'il présentait les premiers résultats, inexistants, de ses « investissements d'avenir » au Palais de l'Elysée, le Monarque était allé jusqu'à accuser la gauche de menacer la signature de la France sur les marchés internationaux. C'était l'hôpital qui se moque de la charité ! Surtout, le Monarque utilisait les mauvais arguments : « Ceux qui auront l'idée de revenir sur le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux (partant à la retraite, NDLR), de revenir sur la réforme des retraites ou de refuser une règle d'or qui obligera tous les gouvernements à prévoir un budget en équilibre à terme, ce sera l'explosion de la dette, l'explosion des déficits et l'impossibilité de la France de se financer ».  En avril dernier, le Monarque avait lancé l'UMP, via Hervé Novelli, critiquer le programme socialiste sur le même thème.


Le 24 juin déjà, il nous avait gratifié du même petit tacle, pendant une conférence de presse à Bruxelles, à propos d'une question sur un fichu rapport de la Cour des Comptes dénonçant ses dérapages : « Je pense que le premier président de la Cour des comptes, M. Migaud, s'est souvenu de ses amitiés et qu'il a voulu adresser un message à ceux qui pensent qu'il ne faut pas respecter le rendez-vous de 2013, qu'il faut s'exonérer de la règle du 'un sur deux' , qu'il faut refuser de voter la 'règle d'or' et qu'il faut remettre en cause la réforme des retraites pour revenir à la retraite à 60 ans. »

Résumons l'argument :
- l'opposition voudrait revenir sur le non-remplacement d'un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. Cela menace-t-il les comptes publics ? Non. La Cour des Comptes chiffre à 100 millions d'euros la véritable économie annuelle de la mesure sarkozyenne. La simple réduction de la TVA sur la restauration coûte 3 milliards.
- L'opposition refuserait la règle d'or, c'est-à-dire l'inscription constitutionnelle de l'obligation, à terme, d'équilibre budgétaire. Sarkozy est responsable, tout seul et sans la crise, de 62% de l'aggravation du déficit public. Restons sérieux !

Ces agios nous plombent.
Quand on emprunte, on paye des intérêts au prêteur. C'est normal... en général . C'est plus curieux quand les prêteurs, manquant de disparaître collectivement un mois de septembre 2008 à cause de placements d'une stupidité criminelle inédite, sont alors renfloués par ces mêmes Etats endettés à coup de milliards d'euros. Ces milliards viennent gonfler la dette et donc les agios, et la boucle est bouclée.

Certes, cette présentation simplifie une réalité plus complexe. Mais quand même... on s'interroge. Pourquoi donc aucun Etat n'a demandé aux institutions financières qu'il sauvait un rabais sur les agios de ces propres dettes ?

En France comme ailleurs, le poids des déficits publics - déficit budgétaire ou endettement public - est allègrement servi comme argument pour justifier la réduction des dépenses sociales de toutes natures.

De 1979 à 2010, l'endettement public est monté de 243 milliards (21% du PIB) à 1.591 milliards d'euros, (82% du PIB). Chaque année depuis 2000, les seuls intérêts financiers à payer ont représenté 2,5 points de PIB, soit environ 38 milliards d'euros par an ! En 2006 et 2007, le budget de l’État était en excédent primaire, mais au final déficitaire à cause du services de la dette. En 2010, la charge d’intérêts des administrations publiques (Etat + collectivités locales + sécurité sociale) a augmenté de 5,2 % pour atteindre 50,5 Md€, soit 2,6 % du PIB, rappelait la Cour des Comptes dans son dernier rapport sur l'état des finances publiques.

Ce poids appelle deux remarques. Primo, la dette entraîne la dette. Depuis 1980, ce sont plus de 1.000 milliards d'euros d'agios qui ont été payés par les administrations publiques. Secundo, nos dirigeants sont stressés par la notation du crédit de la France. La sensibilité des comptes français à l'évolution des taux d'intérêts est évidente. La France emprunte actuellement à 3,5% environ. Une hausse d'un point augmenterait la charge budgétaire de l'Etat de 2 milliards d'euros la première année, puis 6 milliards en seconde année, puis 9 milliards en troisième année, etc.


Sarkozy ? irresponsable !
Pour 2012, Nicolas Sarkozy tente d'instrumentaliser à son profit cette ultra-dépendance des administrations publiques. L'antienne est connue : « après moi, le déluge ! ». Il est pourtant loin d'être qualifié pour donner des conseils de bonne gestion.

La Cour des Comptes a souligné, à plusieurs reprises, combien la responsabilité du gouvernement Sarkozy dans la dégradation structurelle des comptes publics était importante. Dans son dernier rapport, elle s'inquiétait notamment de l'emballement de l'endettement public : « Le niveau de déficit atteint en 2010 est tel que la dette risquerait de s’emballer si aucun effort de redressement n’était opéré, ce que met en évidence un scénario tendanciel à l’horizon de 2020

Sans mesures de redressement, « la dette publique atteindrait dès 2012 le seuil de 90 % du PIB au-delà duquel, selon certaines études, la croissance du PIB pourrait être diminuée. La dette atteindrait 100 % du PIB en 2016 et dépasserait 110 % du PIB en 2020.» Et la Cour nous prédisait qu'alors la charge d’intérêts en 2020 « approcherait le seuil de 10 % des prélèvements obligatoires au-delà duquel le risque de dégradation des dettes des Etats devient particulièrement important ».

Ensuite, les mesures de redressement des comptes initiées par Sarkozy sont largement insuffisantes :

1. La réforme des retraites ne garantit pas le retour à l'équilibre des régimes : il manque 15 milliards d'euros par an pour le régime des fonctionnaires, et les prévisions gouvernement reposent sur un retour rapide au plein-emploi (qui permettrait un basculement des cotisations chômages en faveur du financement des retraites). Lundi 4 juillet, certains esprits amnésiques ont réalisé que la durée de cotisations ne cesserait d'augmenter, ce qui fait du régime français « l'un des plus durs d'Europe ». La Cour des Comptes prévient que « les risques pesant sur la prévision d’un déficit des régimes de retraite ramené à 2,6 Md€ en 2020 sont de l’ordre de 10 Md€ et le déficit à cette date pourrait donc être supérieur à 12 Md€.»

2. L'assurance maladie accumulera, malgré les coups de rabots ici ou là, quelques 35 milliards de déficits supplémentaires entre 2012 et 2018, avec les propres prévisions « optimistes » du gouvernement. De même, la branche famille génèrera quelques 17 milliards d'euros de déficit sur la même période.

3. Enfin, le vrai marqueur fiscal de Nicolas Sarkozy reste la maîtrise, voire la réduction des prélèvements obligatoires. Or c'est justement là que le bas blesse. Les défiscalisations successives initiées par Nicolas Sarkozy ont coûté 62% de l'aggravation du déficit public depuis 2007. La crise (perte de recettes et pla,s de relance) n'explique que les 38% restants.

On s'interroge, par exemple sur la défiscalisation des heures supplémentairesIl conviendrait notamment de vérifier que ces dispositions n’incitent pas les entreprises à substituer des heures supplémentaires fictives à des hausses de salaires.» notait la Cour des Comptes en juin dernier), qui coûtent 3,3 milliards d'euros par an.

Enfin, les dépenses fiscales ont été insuffisamment révisées. « Les recettes publiques devraient être accrues de 30 à 40 Md€ sur cinq ans, selon l’ampleur des économies de dépenses, pour atteindre un effort structurel total de réduction du déficit de 5 points de PIB » notait la Cour en juin dernier. Or les mesures du budget 2011 ne représentent que 13 milliards d'euros.

Qui dit mieux ?



lundi 4 juillet 2011

Sarkozy-DSK : quel match ?

Ces derniers jours, Nicolas Sarkozy avait quelques urgences. Comme celle d'écrire aux membres du CIO pour plaider en faveur de la candidature d'Annecy, pour l'organisation des Jeux Olympiques d'hiver de 2018. Ou de parler Grand Emprunt ou qualité des poulets de Loué. Dimanche, il a félicité le Roi du Maroc, pour son référendum et le « processus exemplaire par lequel le Maroc poursuit résolument et pacifiquement son approfondissement démocratique.» On ne sait plus combien de fois Nicolas et Carla ont été invités gracieusement dans quelques luxueuses villas de Marrakech.

Depuis vendredi, les derniers rebondissements du feuilleton DSK à New-York ont troublé le Monarque mais pas encore son agenda. Ses proches font bonne figure.

Mais la nouvelle est grave. Gravissime.

Morale, ou pas
Aux Etats-Unis, le tabloid New-York Post, celui-même qui a publié d'immondes couvertures sur Dominique Strauss-Kahn voici 5 semaines, lâchait une autre information, ce samedi : Nafissatou Diallo se livrerait régulièrement à la prostitution dans les hôtels. Le JDD ajoutait, dimanche, que le dealer emprisonné que la femme de chambre avait appelé juste après les faits était en fait son mari. Comme l'écrit Rue 89, nous sommes peut-être passés d'une caricature à l'autre. Saura-t-on jamais un jour la vérité ? Certainement pas.

Quand DSK s'était fait serrer à l'aéroport JFK puis immédiatement emprisonner une semaine durant avant sa première audience, Nicolas Sarkozy avait opté pour une double réaction. Publiquement, il s'affichait silencieux, « peiné pour la famille ». En coulisses, il jubilait et le faisait savoir au plus grand nombre. Il confiait à ses proches que le PS avait perdu la bataille de la morale. Emanant d'un président Bling Bling, népotique et très affairé, la remarque ne manquait ni de sel, ni de honte.

Justement, ce weekend, le site Mediapart lâchait une petite bombe. L'ancien trésorier de la campagne présidentielle de Balladur en 1995, René Galy-Dejean, ancien maire du XVème arrondissement de Paris, a orienté les juges chargés de l'enquête sur d'éventuels rétro-commissions lors des ventes de sous-marins au Pakistan en 1994, vers... l'ami de 30 ans de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux. Le fidèle était chargé de la cellule meeting à l'époque. «Je n'exclus pas que ces fonds m'aient été remis dans de petits cartons, (...) par une personne que je connaissais pas de la cellule meetings. C'est M. Hortefeux qui dirigeait la cellule “meetings”»  expliqua Galy-Dejean aux juges, le 14 juin dernier.

Cette cellule payait notamment en espèces des sociétés de sécurité pour protéger les meetings de campagne. L'une d'entre elles a reconnu avoir touché 5 millions de francs ( 800.000 euros) en liquide. Autre surprise des interrogatoires, Galy-Dejean et ses proches ignoraient tout de la provenance des 10 millions de francs en liquide qu'ils avaient du déposer sur le compte de campagne de leur candidat.  Les verbatims publiés par Mediapart sont édifiants : on parle de « sacoches ou de valises » de billets, des coupures mélangées pour « faire croire à la banque que ces sommes venaient de collectes ou de recettes de meetings ».


Heures sup
A l'UMP, l'affaire DSK ne trouble officiellement personne. Tout juste ont-ils envoyé Hervé Novelli, secrétaire général adjoint, s'exprimer dans la presse. Au Monde, samedi, ce dernier confiait que le soutien politique de DSK à Martine Aubry serait « un soutien de poids. »

Pour le reste, il faut faire croire que l'affaire DSK est sans importance. Après 2012, c'est sûr et garanti, Nicolas Sarkozy supprimera les 35 heures. C'est l'un des portes-paroles de l'UMP, le libéral Hervé Novelli, qui nous l'assurait, dans un entretien peu commenté samedi dernier. L'UMP organise demain une convention sur la refondation sociale. la refondation sociale ? Sans blague... En fait, Novelli promet un Grenelle de la démocratie sociale. Quelle promesse !

On aimerait qu'un autre que ce quatrième couteau de Sarkofrance se lance dans de telles promesses. Ensuite, on se demande qui a gouverné le pays depuis 2002 ou 2007... « Si nous gagnons la présidentielle, nous proposons donc d’organiser les assises de la démocratie sociale. Il s’agit de définir les nouvelles règles du jeu et les domaines dans lesquels les partenaires sociaux auront désormais la main, comme sur la durée du temps de travail.» Novelli nous promet donc la disparition des 35 heures que n'importe quelle entreprise, aujourd'hui, peut oublier. En fait, la véritable information était ailleurs, dans cette fumeuse interview. L'UMP veut supprimer l'une des dernières mesures encore en vigueur de la loi TEPA d'août 2007 :
Cela revient à dire que vous revenez sur la détaxation des heures supplémentaires?
Les 35 heures n’existant plus à l’issue de ce nouveau processus, ce système n’aura donc plus lieu d’être. Mais il sera maintenu jusqu’en 2014.
Avec 4 ans de retard, certains commencent enfin à faire le bilan, prévisible, de cette défiscalisation couteuse et inutile. Un récent rapport parlementaire critique durement la mesure. Nicolas Sarkozy devrait être satisfait à défaut d'être heureux : le rapport est bi-partisan, c'est-à-dire signé par un UMP et un socialiste. Un vrai plaisir. Et que disent-ils ? Que le dispositif est inefficace et trop cher : 4,5 milliards d'euros en moyenne par an de manque à gagner pour les finances publiques. Il a coûté 0,23% du PIB et « n'a rapporté que 0,15% » résume l'Expansion.

Nucléaire
Une centrale nucléaire a flambé. En France. Pas à Fukushima au Japon. La centrale de Tricastin, samedi 2 juillet. Et n'imaginez pas une déclaration officielle pour informer le bon peuple du problème - potentiellement gravissime. Non, l'information est venue d'Europe1 : « Un incendie a éclaté samedi après-midi sur le site de la centrale nucléaire de Tricastin, dans la Drôme, selon les informations recueillies par Europe 1. A l'origine du sinistre, l'explosion vers 15 heures d'un transformateur électrique. L'incendie a été maîtrisé en moins d'une heure par les pompiers. Aucun blessé n'est à déplorer.»

Ailleurs, le chantier d'une autre centrale, celle de Flammanville, fait l'objet d'une enquête ordonnée par le parquet de Cherbourg pour travail dissimulé. Le procureur de la République a confié à Ouest-France que cette enquête concernait un prestataire de Bouygues soupçonné « d’avoir détaché illégalement ses intérimaires sur le chantier pour Bouygues et pour le groupement d’entreprises GFA Armatures ».

De Fuskushima, on ne parle plus. Le sujet a été évacué. Littéralement. Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, préfère commenter son récent ouvrage contre Marine Le Pen (l'a-t-elle dédicacé à son patron ?).







dimanche 3 juillet 2011

Retraites : la deuxième heure de vérité

Vendredi 1er juillet 2011, la réforme des retraites adoptée à l'Assemblée nationale le 27 octobre dernier est entrée en vigueur, pour le pire et sans le meilleur.

Depuis l'automne, Nicolas Sarkozy répète à chaque déplacement de terrain (1) qu'il n'a fait que son devoir, (2) qu'il a assuré le financement du régime des retraites à compter de 2018.

Depuis son élection en mai 2007, Nicolas Sarkozy a une conception toute personnelle du mot devoir. Son paquet fiscal de l'été 2007, par exemple, a aggravé les comptes publics et sociaux. Une réforme des retraites était nécessaire, comme l'est celui du financement de notre assurance sociale dans son ensemble. Mais le Monarque s'est bien gardé de tout remettre à plat. Il a occulté les effets, conjoncturels, de la crise pour justifier ses actions.

Et sa réforme, au final, est largement injuste. Assorti d'une durée de cotisations maintenue à 41,5 années, le système français se distingue désormais de bien de ses voisins: on y cotisera plus longtemps qu'ailleurs. Les travailleurs précoces (16, 17 ou 18 ans) devront toujours cotiser 44 ans. Et ceux affectés par un travail pénible devront prouver leur invalidité physique, d'au moins 20% avec des critères d'exposition draconiens.

En fait, Nicolas Sarkozy « devait »  donner quelques gages aux marchés financiers en alourdissant la charge des retraites sur les plus fragiles. L'été dernier, il avait du raccourcir ses vacances après qu'une agence de notation ait menacé d'abaisser la note de crédit de la France.

Ensuite, contrairement à ses dires, la réforme Sarkozy ne « sauve » pas le régime des retraites :

1. D'après les évaluations gouvernementales, la réforme laisse 15 milliards d'euros par an non financés. Les propres tableaux d'Eric Woerth, alors ministre du Budget, distribués le 16 juin 2010 pour justifier ses prévisions affichaient ce trou béant.

2. L'équilibre annoncé et répété par Sarkozy pour 2018 n'est qu'un objectif, basé sur des hypothèses économiques aléatoires voire fantaisistes : un chômage à 7% dans 4 ans (2015), et le plein emploi dès 2020 (une situation jamais connue en France depuis... 30 ans). Pire, les déficits accumulés jusque là ne seront pas financés.

3. D'ailleurs, le gouvernement a discrètement prévu l'organisation d'une « réflexion nationale » sur l'équilibre des retraites... en 2013, deux ans à peine après l'entrée en vigueur de la réforme ! Un comité de pilotage a été créé à cet effet pour organiser la concertation.

Ce 1er juillet, pour quelques milliers de Français, la réforme entrait donc en vigueur. Et pour certains, c'est le choc.

1. L'âge minimal, initialement de 60 ans, pour liquider sa pension est reculé de 4 mois pour chaque génération, jusqu'à atteindre 62 ans (pour celles et ceux nés en 1956).

2. L'âge maximal à partir duquel un assuré a le droit de liquider sa pension à taux plein même s'il n'a pas cotisé suffisamment est également reculé de 4 mois pour chaque génération, pour être au final relevé de 65 ans à 67 ans.

3. Troisième peine, Nicolas Sarkozy n'a pas touché à la durée de cotisations nécessaires, qui, donc, continuera de s'allonger de 6 mois tous les deux ans.

4. Avant ce 1er juillet fatidique, nombre de futur retraités ont cherché à savoir s'ils pouvaient bénéficier des exceptions, prévues ou conservées, dans le nouveau dispositif. Ainsi, certains régimes spéciaux (pas tous) subissent également un recul des bornes d'âge, mais plus tard (SNCF, RATP, Opéra de Paris, clercs de notaire); les taux de cotisations retraites du public ont déjà été alignés sur ceux du privé. Grand seigneur, Sarkozy a laissé les aidants familiaux de personnes handicapées ou parents d'enfants handicapés, les assurés handicapés et quelques générations de parents de trois enfants ayant interrompu leur activité professionnelle pour leur éducation partir à taux plein à 65 ans.

5. La dérogation pour pénibilité reste dérisoire, car réservée à celles et ceux apportant la preuve médicale d'un handicap physique d'origine professionnelle d'au moins 20% après 17 années consécutives d'exposition à un risque professionnel. En mars dernier, la Dares estimait que plus de 2,6 millions de personnes âgées de 50 à 59 ans ont été exposées à 15 années ou plus de pénibilité physique dans leur travail.

Un malheur n'arrivant jamais seuls, certain(e)s découvrent aujourd'hui que l'Allocation Equivalent Retraite (la fameuse pré-retraite) a été supprimée depuis le 1er janvier 2009.Or, comme le rappelait la Dares en janvier dernier, 61% des personnes quittant leur emploi entre 50 et 54 ans sont employés et ouvriers.

A ces pré-retraités sans pré-retraite, il ne reste plus qu'à pointer au chômage (celui des plus 50 ans ne cesse de progresser), et à l'Allocation de Solidarité Spécifique : environ 450 euros par mois. Près de 40% des nouveaux retraités ne sont plus en activité quand ils entrent en retraite.



Triste coïncidence, le gouvernement avait également décidé de repousser du 1er juillet au 1er août la réévaluation semestrielle automatique du SMIC.

Que demande le peuple ?


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samedi 2 juillet 2011

217ème semaine de Sarkofrance : au secours ! DSK revient !

La semaine, cette 217ème depuis le 6 mai 2007, a failli être parfaite. Tout était prêt et préparé. Une conférence de presse lundi, un déplacement fraternel avec Fillon mardi, la nomination de Lagarde attendue pour le milieu de semaine. Il ne restait plus qu'à sauver la Grèce en fin de semaine. Les premiers moments de ce scenario si bien écrit dans les bureaux de l'Elysée ne furent pas à la hauteur. On railla la grossièreté de la manoeuvre, le ridicule de la visite d'un élevage de poulets.

Mercredi, la chance souriait enfin à Nicolas Sarkozy : Christine Lagarde intronisée la veille au soir au FMI, puis la libération des deux journalistes otages français d'Afghanistan furent deux excellentes nouvelles. Mais dès jeudi, la mauvaise séquence reprenait. Un malotrus l'agrippa lors d'un déplacement, et, clou du spectacle, l'affaire DSK prenait un tour inédit : l'ancien leader socialiste pourrait être rapidement blanchi.

Nuisances sarkozyennes
Cette semaine, Nicolas Sarkozy avait un objectif et un seul, effacer l'opposition de l'agenda médiatique. Dimanche, Jean-Louis Borloo tenait ses grandes Assises centristes. Il lançait sa confédération, malgré tous les efforts des soutiers de Sarkofrance et de leur patron pour décourager le rival de se lancer dans la course à la présidentielle. Mardi, le Parti socialiste ouvrait sa primaire, et, à 11h30, la première secrétaire Martine Aubry conviait la presse dans une ancienne gare lilloise réhabilitée en centre culturel pour annoncer sa candidature. Mercredi après-midi, enfin, le résultat du premier tour de la primaire écologiste donnait Eva Joly en tête, suivi de Nicolas Hulot.

Lundi, le Monarque avait donc organisé une conférence de presse sur le Grand Emprunt. Il n'y avait aucune espèce d'urgence à faire cela. Sur les 35 milliards d'euros investis, à peine onze ont été engagés, neuf autres le seront d'ici la fin de l'année. Quand à dresser le bilan de ces « investissements d'avenir »... il était évidemment bien trop tôt. Pendant plus d'une heure, Sarkozy discourra donc de ses pôles d'excellence, de ses avions d'excellence, de ses laboratoires d'excellence, etc... Les journalistes baillaient et guettaient la petite phrase

Mardi, Sarkozy s'afficha aux côtés de Fillon, dans la Sarthe, le fief de son premier ministre. Les deux nouveaux meilleurs alliés, après 4 années de cohabitation difficile, se montraient chaleureux face aux champs, attentionnés en visitant un élevage de poulets fermiers de Loué, heureux de déguster les produits du terroir entourés d'une centaine de journalistes pas dupes. Un peu plus tard, une grande salle polyvalente du village voisin avait été remplies de militants UMP amenés dès le matin. La table ronde, filmée mais peu commentée, devait traiter de la sécuroté alimentaire. La seule proposition concrète, et risible, que l'on retint émanait de François Fillon, qui voulait qu'on labellise les Rillettes du Mans.

Sauvé par l'actu
Pour une fois, l'actualité sauva Sarkozy in extrémis. En fin d'après midi, la nomination de Christine Lagarde à la tête du Fond Monétaire international était confirmée. La grande nouvelle ! Enfin, une femme était nommée à la tête d'une telle institution internationale ! Six semaines après l'arrestation de son prédécesseur Dominique Strauss-Kahn puis son inculpation pour viol et agression sexuelle contre une femme de chambre dans un Sofitel new-yorkais, la désignation de la Française Lagarde était un formidable contre-pied.

Le rôle réel de Sarkozy dans ce succès est finalement très mineur : on lui doit la nomination, puis le maintien de Lagarde à la tête du ministère des finances depuis 2007. Et on imagine qu'il a tout fait pour déplacer le jugement de la Cour de Justice de la République à juillet, dans le cadre de l'affaire Tapie/Crédit Lyonnais. Mais pour le reste, la ministre avait peu de concurrents dans cette élection. Son adversaire, un Mexicain, se posait en porte-parole des pays pauvres ou émergents. De quoi effrayer les Etats-Unis. Et l'Europe a 36% des droits de vote.

En France, le bilan de Christine Lagarde est médiocre. Elle n'avait pas la main sur le Budget, soigneusement retiré dès 2007, de son périmètre par Nicolas Sarkozy. Ses prévisions de croissance furent systématiquement surévaluées, sauf en 2010 (nous sortions du désastre); sa chasse aux niches fiscales resta dérisoire. Les paradis fiscaux, contre lesquels Sarkozy l'avait mandaté de sévir au sortir de la crise, sont toujours là. Elle a défendu un paquet fiscal inefficace en 2007 qui, complété d'autres défiscalisations comme la baisse de la TVA sur la restauration, a largement grevé le déficit structurel du pays, comme l'a relevé la Cour des Comptes. On loua sa gestion de la crise bancaire, alors qu'elle ne fit que suivre, comme Sarkozy, les recommandations d'un Gordon Brown plus habile contre le « credit-crunch » qui menaçait d'asphyxie financière toute l'économie. Obéissante, elle a prêté aux banques, et à l'industrie automobile dès l'automne 2008, sans contre-partie sur la gestion (normal, ces entreprises payaient déjà des agios hors marchés), à tel point que deux ans plus tard, les inquiétudes demeurent sur les effets désastreux des délocalisations et de la spéculation. Elle a instruit l'arbitrage favorable à Bernard Tapie dans son litige avec le Crédit Lyonnais, applaudit le pantouflage de François Pérol et d'autres pontes de Sarkofrance dans le privé.Bref, en 4 ans de mandat, Lagarde a couvert de son déconcertant sourire une obéissance inefficace, sans vision et parfois coupable.

Mercredi, la nouvelle de libération des deux otages français Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier réjouit l'Assemblée nationale et le pays tout entier. Jeudi, l'arrivée des deux Français sur le sol national, à l'aéroport, devait être discrète. Les médias s'arrachèrent quelques clichés pris au télé-objectif. On avança le talent de négociation d'Alain Juppé et de nos services secrets. Même l'écologiste Eva Joly loua ce formidable succès, tout en promettant de poser plus tard les questions qui fâchent. Le récent retrait (partiel) des troupes françaises et américaines d'Afghanistan a sans doute joué. A l'Elysée, on laisse Juppé et Fillon se pavaner dans les médias ou à l'Assemblée. Mais on dément toute rançon. On se souvient qu'en 2007, le Qatar avait payé la rançon demandée par Kadhafi pour libérer les infirmières bulgares. Les Talibans expliquèrent avoir procédé à un échange de prisonniers.


Mauvais DRH
Sarkozy pouvait donc jubiler. La couverture médiatique de cette semaine fut tout à son avantage, et, a minima, la déclaration de candidature de Martine Aubry fut bel et bien occultée.

Et pourtant. Il ne fallait chercher bien loin pour s'apercevoir que ce spectacle n'était que théâtre. Une fois de plus, le ver était dans le fruit, et le mal au coeur de l'exécutif sarkozyen. Le départ de Lagarde, d'abord, a déchiré quelques quadras ambitieux de se placer au plus haut pour assurer leur avenir.

Est-ce le « service de la France » qui conduisit l'ancien chiraquien François Baroin, actuel porte-parole et ministre chouchouté du Budget, de menacer Fillon de quitter le gouvernement s'il n'obtenait pas le strapontin de l'Economie ? Baroin pensait au prochain G20, et voulait lui aussi marcher sur le tapis rouge de Cannes, en novembre prochain, aux côtés des grands du G20.

Est-ce le « service de la France » qui propulsa Valérie Pécresse au Budget, et Laurent Wauquiez à l'Enseignement Supérieur ? Alors que la Cour des Comptes, la semaine dernière, dénonçait un budget à la dérive et un endettement public qui s'emballe, voici qu'on place une novice à la tête du Budget. Alors que la zone euro menace de sombrer à la faveur des tourments grecs, voici qu'on change de ministre des affaires européennes...

Est-ce pour le « service de la France » que Nicolas Sarkozy débaucha 3 centristes, quelques jours après le lancement de l'Alliance centriste de Borloo ? Quelle urgence nationale y-avait-il à créer un secrétariat d'Etat aux Français de l'Etranger et de le confier à David Douillet ? Dans 10 mois, quelques 4 millions d'expatriés pourront enfin élire leurs députés. Il fallait une star au coeur du gouvernement Sarkozy pour choyer ce nouvel électorat.

Piètre président
Plutôt que de parler poulet ou grand emprunt, Sarkozy aurait pu s'inquiéter de l'envolée du chômage. La nouvelle a rapidement disparu des radars médiatiques. A fin mai, le nombre de sans-emploi a bondi de 0,7%. Et l'augmentation général du chômage atteint 151.000 personnes sur 12 mois, la plus forte hausse depuis ... octobre 209. Quelle reprise !

Ce vendredi 1er juillet, la réforme des retraites entre en vigueur. Quelques milliers de Français comprennent qu'ils doivent encore attendre 4 mois de plus pour partir à la retraite. Et s'ils sont en fin de droits au chômage, ils  découvrent qu'ils n'ont plus droit à l'Allocation équivalent retraite, cette pré-retraite qui permettait de faire la soudure jusqu'à la retraite. C'est normal... Sarkozy l'a supprimée en 2009. Allez donc quémander votre ASS à 450 euros par mois. A moins, que vous ne soyez invalides à 20% après 17 années d'exposition à un risque professionnel...

Mercredi, la France a discrètement reconnu avoir livré des armes aux rebelles libyens. C'est toujours plus glorieux que d'équiper la police de Ben Ali en grenades lacrymogènes quelques jours avant la chute du dictateur tunisien en janvier dernier. Mais cette fois-ci, l'Union africaine, qui soutenait pourtant l'offensive onusienne depuis le 19 mars dernier, a condamné la France.

Un malheur, en Sarkofrance, n'arrivant jamais seul, Nicolas Sarkozy subit un sale jeudi. A Brax, petit village de 2.400 habitants qu'il avait fait au préalable bouclé et sécurisé, le Monarque fut « agrippé » par un spectateur. Tandis que certains médias admiraient la rapidité de la neutralisation de l'agresseur, d'autres observateurs notèrent que finalement la foule compacte filmée au plus près du passage du Monarque n'était en fait qu'une maigre rangée de badauds...

Dans une autre affaire, l'enquête sur l'attentat de Karachi, on apprenait que les deux juges instructeurs avaient trouvé la trace de 23 millions de francs en espèces douteuses dans le financement de la campagne de l'ancien mentor de Nicolas Sarkozy, Edouard Balladur, en 1995. 23 millions, et non pas 10 comme on le croyait initialement.

Enterré par l'actu
Le vrai choc fut pour vendredi. Notre Monarque s'apprêtait à partir pour Monaco, assister ce weekend au mariage princier. Il n'avait pas encore lu l'article du New-York Times, publié dans la nuit. Selon les journalistes du quotidien, les enquêteurs du procureur qui mène l'accusation contre Dominique Strauss-Kahn ont découvert que la prétendue victime n'est pas celle qu'elle disait être; elle a menti sur son passé, elle a reçu 100.000 inexplicables dollars l'année dernière. Juste après l'agression présumée de DSK, elle nettoyait une autre chambre. Et quelques heures plus tard, le jour même de ses rapports sexuels, prouvés par examens ADN, elle demandait à un proche emprisonné pour trafic de drogue comment ou si elle pouvait tirer quelque bénéfice financier de cette affaire.

Vers 17 heures, un juge new-yorkais libérait DSK sur parole. L'accusation de viol est maintenue. Mais qui croire ? A Paris, les ténors socialistes, surtout les strauss-kahniens, confiaient leur joie, ou leur espoir. On supputait déjà sur son éventuel retour, son éventuelle candidature. François Hollande, nouveau leader des sondages, était prêt à décaler la clôture  des inscriptions aux primaires socialistes.

A l'Elysée, on imaginait Nicolas Sarkozy abasourdi, comme d'autres, par ce coup de théâtre.

On pouvait enfin, comme Julien Dray, s'interroger. La direction du Sofitel local s'est-elle emballée toute seule ? Pourquoi certains policiers new-yorkais ont-ils fuité aussi vite des informations finalement démenties par l'enquête ? Pourquoi les médias français se sont-ils emballés ?

A Paris, Nicolas Sarkozy avait disparu des radars médiatiques et perdu un bel avantage.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

vendredi 1 juillet 2011

Otages, Karachi, visite : les sales coulisses de Sarkozy

Et si le sort s'acharnait ? Mercredi, Nicolas Sarkozy pouvait être tout sourire. La nomination de sa ministre Lagarde au FMI était présentée comme son succès. Et la libération des otages Taponier et Ghesquière était une victoire inespérée. On pouvait oublier sa sinistre visite d'une usine de poulets, mardi dernier.

Puis, comme un coup du sort, la journée de jeudi fut rapidement un cauchemar. Un malotrus agrippa la veste du Monarque lors d'un ridicule bain de foule. A peine arrivés en France, les deux otages rappelèrent  combien les accusations d'imprudence du Monarque étaient injustifiées. Et deux journalistes du Monde lâchaient une nouvelle bombe dans l'affaire de Karachi.

Sale journée !

Foule sentimentale
Jeudi, le Monarque se déplaçait dans le Lot-et-Garonne, à Brax. Les télévisions étaient là, évidemment, pour filmer Nicolas Sarkozy, monarque souriant sous le soleil, serrer de multiples mains qui se tendaient vers lui dans une rue d'Agen. Quand soudain, scandale et émoi, un homme agrippe violemment le bras du président, qui manque du coup de tomber. Les agents de sécurité neutralisèrent rapidement l'agresseur situé derrière la barrière. On apprendra qu'il avait 32 ans, et qu'il était employé municipal au Conservatoire de musique et de danse d'Agen. Il voulait « protester auprès de Nicolas Sarkozy contre l'intervention armée de troupes françaises en Libye », confia une source de l'enquête.

Les caméras reculent, suivent l'action et l'on découvrit, cliché fugace, rare mais vrai, que la foule était finalement bien maigre à se presser sur le passage du Monarque : une petite rangée à peine, quelques militants choisis, quelques habitants, mais peu nombreux. Brax, le village visité par le Monarque ce jour-là ne comprend que 2.400 habitants.

Quand il sort du Palais, Sarkozy se terre dans des petits villages aux rues facilement bouclées, pour quelques plans rapprochés au milieu d'une pseudo-foule généralement acquise. Cette image, toujours la même, n'est qu'une image, une fraction du story-telling présidentiel qui vise à nous convaincre que notre Monarque se déplace partout, quand il veut et dans la rue. 

Quelques instants plus tard, un conseiller du monarque confiait que Sarkozy ne porterait pas plainte. D'autres s'en chargeront : « l'individu ayant été interpellé sur place puis placé en garde à vue, il est peu probable que cette affaire n'ait aucune suite judiciaire » commentait le Figaro. Il risque jusqu’à trois ans de prison et 45 000 euros d'amende. « Non, pas de problème, pas de problème » confia Sarkozy lui-même à la chaîne d'information i-Télé.

Otages, la polémique
Un grand reporter de Paris Match témoignait, mercredi sur iTélé, que ses contacts en Afghanistan l'avaient informé que les conditions d'une libération des otages étaient réunies depuis des mois déjà. La France a payé une rançon, une « compensation financière ».  Selon un communiqué des Talibans, ce ne fut pas tout : « Après plusieurs tractations, écrit porte-parole des rebelles, Zabihullah Mujahid, la France a finalement été conduite à accepter les conditions des combattants de l'Emirat islamique d'Afghanistan et à consentir à la libération d'un certain nombre de rebelles en échange de la libération des journalistes ». Et après tout, qu'importe la polémique !

Jeudi, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier pouvaient enfin descendre de leur avion, sur le sol français, à Villacoublay. Nicolas Sarkozy n'était pas là pour les accueillir. Un conseiller en communication expliqua à l'AFP : « C'était un choix des familles et de la présidence. Il était important de leur réserver un moment d'intimité pour leurs retrouvailles.» Bien sûr. Les caméras de télévisions, même celles de France Télévision dont les deux journalistes sont les employés, étaient proscrites. Seule TF1 parvint à filmer, au téléobjectif d'un coin du tarmac de l'aéroport. Sarkozy, dans son coin, voulait éviter de se montrer. On nous explique qu'il s'agissait d'éviter toute accusation de récupération politique. Et on rigole. Hier, Alain Juppé, nouveau rallié de Sarkofrance, pavanait devant les médias lors d'une conférence de presse pour expliquer que « la France ne verse pas de rançon ». François Fillon attendit la retransmission hebdomadaire et en direct des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale pour faire l'annonce de cette libération tant espérée. Et ce jeudi, à Brax, Nicolas Sarkozy ne put éviter le commentaire télévisé : « Je voudrais dire combien nous avons été heureux d'accueillir ce matin nos deux compatriotes, si lâchement et si injustement retenus pendant de très longs mois

Une autre explication qu'une soudaine envie d'abstinence médiatique de Nicolas Sarkozy semble plus crédible : Sarkozy et quelques proches (Guéant, Gergolin) ont mal traité les deux otages dans les premiers jours de leur captivité, il y a 547 fois 24 heures. Le Monarque, rappelez-vous, les avaient accusé d'imprudence. Et d'ailleurs, même loin d'ici, les deux otages ont entendu ce premier et sinistre message sarkozyen.

A 14h15, au siège de France Télévisions, quelques heures après leur arrivée, Hervé Ghesquière est revenu sur la polémique. Il avait le ton véhément et le propos ferme : « Personne ne nous avait mis en garde avant de partir. (...) Nous ne sommes pas allés affronter la face Nord de l'Everest en tongs, loin de là. (...) On n'est pas allés à l'aventurette, on n'a pas eu de chance, on était bien préparés. (...) Personne ne nous a rien dit. Que cela soit clair ». On appelle cela une mise au point. Et dans les circonstances, celle-là compte double. Les deux otages ont également largement remercié l'armée française.

C'est une coïncidence si ce jeudi on apprenait un terrifiant détail de la libération d'une autre otage, Ingrid Betancourt. Un ancien émissaire français s'est rappelé au bon souvenir du Monarque. Noël Saez, diplomate français, expliquait, dans un documentaire diffusé en Colombie, que la Sarkofrance a proposé de « blanchir » les FARC s'ils libéraient l'otage franco-colombienne : « Sur instruction du président de la République et du gouvernement français, j'ai proposé à Raul [Reyes]: si vous libérez les otages, Ingrid et les autres otages, nous allons demander à l'Union européenne qu'elle enlève les FARC de la liste des organisations terroristes ».

Karachi, nouvelle révélation ?
Le Figaro confirme le Monde. C'est la nouvelle du jour, sur une affaire qui mouille Balladur et son ancien proche Nicolas Sarkozy. C'est dire que l'information est importante, même si le quotidien de Sarkofrance ne lui accorde qu'une brève : « De nouveaux soupçons pèsent sur le financement de la campagne de l'ex-Premier ministre Edouard Balladur en 1995 avec la révélation d'une somme de 20 millions de francs "dont la provenance est inexpliquée", a-t-on appris de source proche de l'enquête confirmant une information du Monde. ».

Justement, deux journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, révélaient combien l'enquête sur le volet financier de l'affaire de Karachi des juges Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke devenait « de plus en plus embarrassante pour Edouard Balladur ». L'embarras est effectivement manifeste : quelques 23,6 millions de francs, dont 20 millions de francs en espèces, ont été reconstitués dans les dépenses de campagne de Balladur. Jusqu'alors, on ne parlait « que » de 10 millions de francs (1,5 million d'euros). Pire, les enquêteurs de la Division nationale des investigations financières confirment qu' « On peut conclure que ce versement d'espèces de 10,25 millions ne correspond à aucune recette provenant de collectes, de vente d'articles publicitaires, de remboursement de frais ou de dons de particuliers, et par conséquent que cette somme n'est pas justifiable sur le plan comptable.» 

Rappelons que l'avocat des victimes soutient que l'attentat de Karachi de mai 2002 était la représailles de l'arrêt de versement de pots-de-vin à des officiels pakistanais qui eux-mêmes auraient financé la campagne Balladurienne avec le concours du ministre du Budget de l'époque Nicolas Sarkozy.

Il y a quelques semaines, la thèse de l'attentat islamiste, à Karachi en mai 2002, avait déjà du plomb dans l'aile.