mercredi 7 septembre 2011

Sarkozy n'est même plus crédible... en Bourse.

Les marchés financiers tremblent à nouveau. Depuis lundi, les Bourses s'affolent. A Paris, l'Assemblée s'agite. Rien n'y fait. C'est l'heure de vérité, mais Nicolas Sarkozy, comme souvent, se cache en province.

Il est allé à la rencontre des routiers, ce mardi matin. « Vous savez, depuis 3 ans, j'ai fait près de 300 déplacements... C'est presque un an de ma vie » lâcha-t-il devant les micros. Les journées de travail sont bien courtes chez Nicolas Sarkozy. Ces déplacements de terrain, bi-hebdomadaires, durent rarement plus d'une demi-journée, vol compris. Cette fois-ci, Sarkozy voulait réhabiliter le travail, expliquer combien il préférait être aux côtés de ceux « qui veulent travailler davantage » plutôt que de ceux « qui réclament de travailler moins ». Nicolas Sarkozy devrait se détester, à force de vacances, vélos et plages au Cap Nègre.

Le mauvais contexte
En Europe, la Grèce que l'on nous avait vendu sauvée par une rigueur inédite et des milliards d'euros de prêts européens est au bord de la faillite, c'est-à-dire du défaut de paiement. L'alerte a été donnée la semaine dernière, par le gouvernement grec lui-même. La rigueur... déprime l'activité (quelle surprise !), et l'économie souterraine prospère toujours autant. Bref, le pays ne sera plus en mesure de rembourser ses prochaines échéances. Le FMI menace, l'Allemagne s'agace. L'affaire tombe mal. Les différents parlements de la zone euro sont censés approuvés, comme en France pendant cette micro-session extraordinaire, le plan de sauvetage.

Pour les banques européennes, et notamment françaises, les conséquences d'un défaut de paiement de la Grèce signifieraient de nouvelles pertes abyssales. Comme en 2008, chaque gouvernement serait appelé à la rescousse pour recapitaliser, voire nationaliser, ses établissements bancaires défaillants.

Le risque est alors grand d'un nouveau « credit crunch ». Déjà, les banques se prêtent moins les unes aux autres. Comme en 2008, la méfiance est revenue. On s'approche du krach, mais à l'Elysée, comme il y a 4 ans, c'est silence radio. Le candidat est en campagne.

L'autre sujet d'inquiétude est évidemment la situation économique. Pour une fois les marchés ont raison d'être inquiets.  A force de multiplier les plans de rigueur, certes d'une ampleur variable d'un pays à l'autre, les gouvernements occidentaux ont cassé la timide reprise. Aux Etats-Unis, les mauvais chiffres du chômage ont fait chuter toutes les Bourses vendredi dernier. En Allemagne, Angela Merkel a fait mine d'ignorer la stagnation du PIB au second trimestre.

Le troisième facteur d'instabilité est la mauvaise visibilité politique dans la plupart des pays occidentaux. Aux Etats-Unis, la cohabitation entre Barack Obama et un parlement républicain (chambre comme Sénat) fait des ravages. En Espagne, José-Luis Zapattero a convoqué des élections anticipées pour l'automne et prévenu qu'il ne se représenterait pas. Au Portugal, la crise a provoqué des élections voici trois mois. Au Japon, sa mauvaise réaction à la catastrophe de Fukushima a coûté sa place au premier ministre.

Le mauvais président
En France, le gouvernement bavarde, tergiverse, masque ou ignore. En une longue phrase, mardi sur Europe1, le ministre François Baroin, en charge de l'économie et des finances mais pas du budget (une incongruité sarkozyenne depuis 2007), résumait maladroitement toutes les critiques qui sont portées à son gouvernement:
« On fait des réformes de structures et on produit des efforts, mais qui sont adaptés à l’économie française. J’entends certains qui ont dit : ‘ce sont des rustines’. Ce sont des gens qui se sont dégonflés quand ils étaient aux affaires. J’entends d’autres qui disent : ‘ce n’est pas assez. Qu’ils proposent autre chose. J’entends certains qui disent : ‘regardez l’Italie, regardez l’Espagne, voilà des gens sérieux’. Ils ne sont pas dans la même situation. On aurait un plan à l’italienne ou à l’espagnole, ce serait un plan récessif qui nous entraînerait sur un toboggan avec de l’huile." »

Les critiques sont-elles à ce point injustes ?

1. Mardi, Nicolas Sarkozy n'assumait pas et n'assumait rien. Ce fut à François Baroin et Valérie Pécresse d'assurer le service après-vente et défendre tant les mesures de rigueur que le soutien à la Grèce. L'absence médiatique du chef de l'Etat sur ces sujets cruciaux est incroyable. Il fallu attendre la fin de journée pour apprendre que l'Elysée avait convié tous les députés UMP pour un déjeuner le lendemain. Le stress est manifeste. L'imprévoyance également. Mardi, Sarkozy préférait jouer au faux candidat avec une quinzaine de routiers.

2. Pas de récession ? Peut-être, mais pas de croissance non plus ! On nous promet qu'il n'y aura pas de récession en France. L'explication a encore été rappelée par François Baroin,: la France en récession ? « Elle ne l’est pas parce que nous avons un plan qui s’appuie sur deux piliers : des mesures d’économie, et un pilier de croissance ». Il y a quinze jours, François Fillon avait été contraint de réviser les prévisions de croissance à la baisse pour 2011 et pour 2012. Or, une croissance faible voire quasi-nulle ne fait pas de bons comptes.

3. Quel est donc ce plan dont l'une des jambes est un «pilier de croissance » ? Le ministre de l'économie racontait n'importe quoi : « Le moteur de l’économie française, c’est la consommation. Nous protégeons par des mesures à la fois d’encouragement ou de pouvoir d’achat ce pilier de la consommation des ménages.» Quel soutien au pouvoir d'achat ? François Baroin voulait sans doute faire croire que l'absence d'austérité massive est en fait une mesure de soutien de la demande ! Le plan proposé aux députés depuis mardi contient une belle hausse de la CSG, de la TVA sur les boissons sucrées (mais rien sur celles dosées à l'aspartam) et les alcools forts sous le fallacieux prétexte qu'il faudrait joindre l'utile (la santé) au nécessaire (la lutte contre la dette).

4. Depuis 2008, que s'est-il passé ? Rien. En France, comme ailleurs, l'attentisme a été incroyable. Aucune nouvelle régulation sérieuse n'a été imposée aux marchés financiers depuis. Ce nouveau séisme démasque l'immobilisme des dirigeants occidentaux depuis 2008. Et au passage, ruine l'argumentaire électoral de Nicolas Sarkozy selon lequel notre monarque serait l'homme expérimenté qu'il nous faut pour affronter les turbulences de demain.

5. Concernant la Grèce, le leadership franco-allemand s'est avéré finalement bien faible. Après le sommet européen du 21 juillet dernier, les pays de la zone euro auraient du accélérer la manoeuvre, saisir rapidement leurs parlements, pour mettre en place, très vite, les mesures annoncées en fanfare. Au lieu de quoi, Nicolas Sarkozy multipliait déjà les weekends de 4 jours avant de filer en vacances pour 23 longs jours au Cap Nègre. Pédaler plutôt que gouverner ?


6. Dégagée de toute responsabilité gouvernementale, Christine Lagarde s'est inquiétée de l'insuffisante capitalisation des banques françaises. Cette remarque de la directrice générale du FMI n'a pas plu au FMI. Lundi comme mardi, les banques ont dévissé en Bourse. Christine Lagarde est-elle enfin lucide ?


7. Contre la crise, Nicolas Sarkozy a été imprudent, et peu prévoyant. Il a commencé l'année 2011 en coupant 15% des crédits de la politique de l'emploi. Il a aussi lancé un « Grand Emprunt » anachronique pour « préparer » l'avenir alors que l'urgence est immédiate. « A long terme, nous serons tous morts » disait la maxime. Nicolas Sarkozy s'est comporté comme s'il y avait un choix.

8. On aurait aussi pu espérer un minimum de courage politique. Le Monarque a tous les pouvoirs, Vème République oblige. Il a nommé des proches à la tête des quelques banques (Caisse d'Epargne/Banques Populaires, Dexia) et institutions (Fond Stratégique d'Investissement); l'Assemblée lui est acquise, tout comme le Sénat. Le gouvernement est à sa botte. Et pourtant, Sarkozy hésite. Ses efforts d'économies sont une goutte d'eau dans l'océan des dettes. Sa chasse aux niches fiscales est ridicule. Les relèvements d'impôts frappent les plus modestes (600 millions d'euros d'augmentation de CSG). Comme l'écrit notre confrère Nicolas, il est temps de redescendre sur terre et d'augmenter les impôts : « En 2001, la plus haute tranche des impôts était taxée à 47%. Elle l’est maintenant taxée à 41%. »

UMP affolée
Mardi 6 septembre, l'Assemblée nationale débutait l'examen des mesures de rigueur. Durant le weekend, Nicolas Sarkozy en avait abandonné déjà une, sans crier gare et pour des raisons de politique interne à l'UMP, le relèvement de la TVA sur les parcs à thèmes. Quelle crédibilité ! Quelle vision !

Lundi, les députés UMP et Nouveau Centre de la commission des finances s'étaient mis d'accord pour assouplir une autre des mesures d'économie: ils ont décidé de remettre une exonération d'impôt sur les plus-values immobilières sur la vente des résidences principales au bout de 30 ans de propriété (contre 15 actuellement), un joli cadeau pour la rente.

Mardi, le gouvernement a proposé de taxer... le Fouquet's et consorts. Quel symbole ! Les nuitées hôtelières supérieures à 200 euros seront taxées d'une modeste contribution nationale de ... 2%. Devant son micro à l'Assemblée, Valérie Pécresse s'étranglait à la tribune pour louer la « justice » du plan de rigueur.

A quelques kilomètres de là, dans la Loire, Sarkozy demandait à une assistance docile « de réfléchir à ça : imaginez quelle serait votre réaction si la France était dans la situation de la Grèce, du Portugal, de l'Espagne, de l'Italie, voire des Etats-Unis ».  Certains, dans l'assistance, se sont demandés quelle serait leur réaction si la crise n'avait pas empêché Nicolas Sarkozy d'appliquer son programme.


Un président pas crédible, des députés affolés, des ministres abandonnés, où va-t-on ?

mardi 6 septembre 2011

Sarkozy: Rentrée des cancres ou rentrée des barbouzes ?

Quelques millions d'élèves reprennent le chemin de l'école, du collège ou du lycée depuis lundi. Nicolas Sarkozy était à Paris, pour un agenda allégé. Il se concentre sur la campagne. Ce lundi 5 septembre, c'était aussi la rentrée des cancres et des barbouzes. Les premiers étaient à l'UMP. Cela fait des mois qu'on attendait leur programme et leur unité. Le fiasco de leur université d'été le weekend dernier restera mémorable.

Autre rentrée, plus efficace. Les barbouzes de Sarkofrance sont de sortie. En mode défense. Attention à la marche....

La rentrée des cancres
Ils ont mal travaillé, mal préparé leur rentrée. L'état-major de l'UMP pouvait se faire sermonner, lundi matin, par un candidat Sarkozy furax. A l'heure où nous écrivons ces lignes, nous ne savons pas encore ce que Jean-Pierre Raffarin et Nicolas Sarkozy ont bien pu se dire lors de leur petit-déjeuner imprévu, lundi à 8h30. Dimanche, le rapprochement Copé/Fillon n'était qu'une « façade », commenta le Figaro, et le service fut « minimum ». Rachida Dati, ex-chouchoute de Sarkofrance, s'est lâché, une fois de plus, contre l'UMP: « Gérer une crise, c'est bien » mais  « rassembler les Français, c'est mieux ». « En 2012, les Français jugeront avec sévérité ceux qui, par calcul électoral, chercheront à opposer, à stigmatiser pour mieux régner ». Et boum !

Sur les ondes de France inter, Jean-François Copé louait l'individualisation de l'éducation. « Le vieux concept du collège unique doit absolument évoluer. (...) Le collège unique tel qu'il existe aujourd'hui, cet établissement compact, parfois d'ailleurs avec des effectifs beaucoup trop importants dans certains quartiers au regard d'une population qui aurait besoin d'être mieux accompagnée.» Et il proposa même d' « imaginer demain des établissements dans lesquels on ne met d'un côté que des 6e/5e, de l'autre que des 4e/3e pour éviter cette confrontation physique entre grands et petits. »

Jean-François Copé pense être déjà en campagne pour 2017. Il énonce ses idées comme un leader d'opposition qui trépigne de ne pas être aux commandes. Il multiplie toujours les fausses précautions oratoires avant de lancer ses idées (« excusez-moi de dire des choses désagréables »). Il nous ferait presque oublier qui dirige la France depuis bientôt 10 ans.

Quand à l'incohérence pratique de ces grandes idées d'individualisation du suivi des élèves avec les suppressions de postes dans l'Education nationale - dont M. Copé est un fervent promoteur - ....

La rentrée des classes 2011 se fait dans la douleur. Le maire d'une commune savoyarde expliquait qu'il s'était résolu à embaucher lui-même l'institutrice que le ministère de l'Education nationale venait de lui retirer. Au collège, le boom de natalité des années 2000/2001 a fait croître le nombre d'entrées en 6ème. Cette année, l'Education nationale accueillera 40.000 élèves de plus que l'an dernier avec 16.000 professeurs et personnels de moins. « 60 000 postes de moins dans les écoles, une formation initiale à bac + 5, certes, mais qui envoie dans les classes des enseignants non formés à la gestion des groupes ou à la pédagogie » résumait le Monde, lundi, pour cette rentrée.

La rentrée des barbouzes
Sur le site Atlantico, un ancien porte-parole de Bull défendait, samedi, les ventes d'équipement de surveillance informatique à la dictature du colonel Kadhafi par Amesys, une filiale de ... Bull. Sur Atlantico, sa courte biographie ne mentionnait pas les liens de l'indomptable avec l'entreprise qu'il défendait dans son article enflammé.

Jean-Bernard Pinatel, (c'est lui), se présentait comme « général (2S) et dirigeant d'entreprise », « expert reconnu des questions géopolitiques et d'intelligence économique ». Il anime un blog fort intéressant de géopolitique.

M. Pinatel s'indignait des « donneurs de leçons d’éthique qui se recrutent principalement dans les rangs de ceux n’ont jamais gagné leur vie comme salarié dans le privé ». Amesys a équipé la Libye d'un système de surveillance du Net pour « analyser » les communications électroniques. Un communiqué de presse de l'entreprise, publié il y a quelques jours, ne dit pas autre chose.

Comme le rappelle le blog Bugbrother,, Amesys s'appelait i2E. Mediapart a révélé cet été comment Claude Guéant, alors directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy à l'intérieur puis secrétaire général de l'Elysée avait oeuvré avec la dictature libyenne entre 2005 et 2007 pour aider à l'implantation commerciale de l'entreprise. L'entreprise a également versé quelques légitimes commissions à Ziad Takieddine, un homme d'affaires bien introduit auprès de l'ancien pouvoir libyen, proche du clan Sarkozy. Je vous renvois au le feuilleton estival très soutenu sur le site de Mediapart depuis juillet dernier.

Bugbrother rappelle et détaille les quelques exigences que notre règlementation impose à ce type de commercialisation, notamment en matière d'agrément. A priori, même en France, ce type d'équipement serait démocratiquement très douteux. Donc la question devient: peut-on laisser des entreprises françaises vendre des équipements ou technologies que l'on réprouverait voir utiliser en France ?

Dans une autre affaire d'espionnage, Nicolas Sarkozy tente aussi de reprendre les choses en main. Depuis peu, nous savons tous que la DCRI de Bernard Squarcini (un proche de Nicolas Sarkozy), a été mandatée par le directeur général de la police nationale Frédéric Péchenard (un ami d'enfance de Nicolas Sarkozy), et Claude Guéant, à l'époque secrétaire général de l'Elysée, pour obtenir d'Orange les factures téléphoniques détaillées du journaliste Gérard Davet en juillet 2010. Il y a près d'un an déjà, les deux compères Péchenard et Squarcini étaient déjà interrogés par la justice. Pour mentir. « L'objectif de la DCRI, ce n'est pas de suivre des journalistes, c'est d'interpeller des terroristes »  expliqua Squarcini à un journal.

Selon l'un des confrères de Gérard Davet au Monde, Arnaud Leparmentier, la présidence de la République plaidera non coupable, avec deux arguments: (1) la loi du 10 juillet 1991 qui règlemente les écoutes téléphoniques ne peut être invoquée puisque le journaliste n'a pas été écouté, seules ses « fadettes » ont été récupérés par les services secrets, à son insu, pour identifier la source de fuites dans l'affaire Sarkozy/Bettencourt; (2)  la protection des sources n'était pas non plus pertinente puisque la « défense des intérêts nationaux » était en jeu, selon un conseiller élyséen.

La défense de l'intérêt national se confond avec la cause judiciaire du Monarque. Nicolas Sarkozy a fait espionner un journaliste devenu gênant. Point barre.

Les barbouzes du Monarque ne s'en sont pas limités à cet espionnage. Contre DSK, le complot était prêt, mais ses instigateurs ont été pris de vitesse. Les deux journalistes, auteurs du livre Sarko m'a tuer, ont révélés qu'« on » leur avait proposé des éléments recueillis sur la vie privée de DSK par la police susceptibles de nuire à l'ancien patron du FMI: « On nous a proposé récemment, avant l'interpellation de M. Strauss-Kahn à New York, des éléments relatif à sa vie privée, qui avaient été collectés par les services de police et qui étaient près à sortir au cas où ».

Qui nous proposera un scoop sur Nicolas Sarkozy ?

Je plaisante... 

lundi 5 septembre 2011

L'UMP est paralysée par la trouille de Sarkozy.

Ce weekend, l'UMP organisait son « campus » à Marseille. Le parti présidentiel devait réussir ce grand raout médiatique, démontrer qu'il était encore puissant, motivé, et rassemblé derrière son chef incontesté. Le candidat Sarkozy voulait convaincre l'électorat qu'il est serein et crédible, soutenu par des centaines de milliers de militants enthousiasmé par l'expérience de leur leader.

La réunion s'est transformée en cauchemar. Et Nicolas Sarkozy dévoila combien il était fragile et inquiet. A-t-il définitivement asphyxié son propre parti ?

Sarkozy se démène... pour l'UMP
Certes, les poignées de main étaient un peu forcées, les sourires parfois contraints. L'UMP risquait gros mais Copé comme Sarkozy pensaient bien réussir leur pari. Une semaine avant, à la Rochelle, les socialistes avaient réussi à afficher une relative unité, mais le plus dur est à venir, la dernière ligne droite des primaires. A l'UMP au contraire, Sarkozy a éliminé tous ces rivaux. Et ses conseillers élyséens s'agitent pour réconcilier les troupes.

A l'Elysée, ses conseillers croyaient même avoir trouvé un nouveau slogan de campagne, « la Droite Juste »... Il s'agirait de fusionner « Droite populaire » et « Droite sociale » Quel coup de génie ! « Le peuple ne croit plus dans un social inégalitaire, Il aspire à la justice fiscale, économique, culturelle, et in fine sociale » a expliqué un conseiller anonyme du Monarque. Quelle révélation !

Sarkozy n'était pas physiquement à Marseille. Il veille, agit, conseille et engueule, mais à distance. Son agenda officiel est vide jusqu'à mardi. Officiellement, il n'est que président de tous les Français. Par dévotion, fidélité, menace ou résignation, l'état-major de l'UMP s'est refusé à organiser des primaires, même si ces dernières sont statutairement obligatoires à l'UMP.

Il n'y a donc qu'un candidat, Nicolas Sarkozy. Mais ce dernier ne veut pas faire campagne.

Sarkozy a peur de l'échéance
 Plus l'échéance de son mandat approche, plus il veut reculer le jugement des Français.

Cette « campagne sans campagne » est d'ailleurs l'une des hypocrisies du moment, rarement relevée par la presse. Combien de fois avons avons-nous entendu le Monarque nous réclamer d'être jugé sur son bilan à la fin du quinquennat ? Le voici maintenant tout préoccupé à réduire au maximum la durée de sa prochaine campagne officielle. Au printemps 2010, Nicolas Sarkozy avait confié, publiquement, qu'il annoncerait sa candidature éventuelle vers octobre ou novembre 2011. Puis, en décembre 2010, l'argument évolue. Sarkozy annonce qu'il veut utiliser sa dernière année pour travailler utilement le plus longtemps possible. En juin dernier, nouveau glissement. La campagne sera très courte, deux mois tout en plus, nous promettent des conseillers anonymes.

En coulisses, la campagne a évidemment démarré depuis bien longtemps. Personne n'est dupe. Le changement d'attitude et de comportement de Sarkozy (plus en retrait et moins bavard pour faire plus « présidentiel ») ne sert aucune autre cause qu'une nouvelle ambition électorale.


Sarkozy a simplement la trouille d'être jugé sur ses résultats.

Faute de candidat officiel, l'UMP attend, brode et se dispute. A Marseille, on espérait au moins connaître le fameux projet de l'UMP, sur lequel Bruno Le Maire travaille depuis près d'un an. Mercredi dernier, Copé et Le Maire dînaient ensemble pour caler les grands messages. Mais à la dernière minute, Sarkozy a refusé. Pas question de dévoiler le projet de mandature 2012-2017. Et pour trois raisons: (1), le candidat de dernière minute ne veut pas être bridé par un pré-programme trop contraignant; (2) il ne veut pas se soumettre trop tôt à la critique; et (3) d'autres travaillent en coulisses (à l'Elysée ou ailleurs).

L'UMP déboussolée
A Marseille, l'UMP ne pouvait donc que parler dans le vide. Comment se rassembler derrière un programme quand il n'y a pas de programme ? Comment se réconcilier derrière un candidat quand il n'y a pas de candidat ?

Ses leaders se sont rabattus sur  les éléments de langage des « Argus flash campus » (« protéger la France et les Français »), ou de véritables poncifs : « on ne vient pas en France comme dans un supermarché où tout serait de droit et gratuit, hébergement et sécurité sociale compris » a lancé Le Maire, samedi. « un contrat aidé vaut mieux qu' une allocation sans activité », a renchérit Xavier Bertrand. Le ministre du Travail a aussi promis un retour au plein-emploi... en 2017. Une promesse que son mentor avait faite ... en 2006. Frédéric Mitterrand s'est fait acclamer en vantant le bilan culturel de son Monarque. Charles Pasqua, toujours là, rodait dans les tribunes. Bruno Le Maire a failli se faire siffler en proposant de réduire les allocations chômage pour les plus riches.

Si elle n'a pas de programme, l'UMP ne manquait pas de disputes. On lui connaissait quelques tensions internes, au point de douter qu'elle survive à l'échéance de 2012. Mais la catastrophe dépassa les pires cauchemars de Nicolas Sarkozy.

« L'unité de façade de l'UMP s'est fissurée » constatait sobrement LCI dimanche. Le coup de gueule de Raffarin, vendredi matin, en ouverture, a d'abord gâché la fête. Les bisbilles se sont poursuivies toute la journée de samedi, avec quelques flèches décochées par Xavier Bertrand contre son rival Copé. « L'erreur de Copé, c'est de ne pas avoir cherché à rassembler dès son arrivée à l'UMP. Aujourd'hui il le paye. » Bertrand a récupéré autour de lui quelques déçus de Copé et déchus par Sarkozy comme Christian Estrosi («Nous sommes la droite juste»... encore ?!) ou Alain Joyandet (qui ?).

Sarkozy ne fait plus peur
Nicolas Sarkozy  a lui-même passé des coups de fil pour rattraper le coup. Il a promis un petit-déjeuner à Jean-Pierre Raffarin, dès lundi matin, 8h30. Ses conseillers ont calmé l'élu choqué. Pire, Sarkozy a même abandonné la mesure qui l'avait rendu furieux. En quelques heures, il s'est couché, abandonnant l'augmentation de la TVA sur le prix d'entrée dans les parcs à thèmes (de 5,5% à 19,6%). Pour sauver les meubles d'une opération médiatique du parti présidentiel, le « président de la cinquième économie du monde » abandonne l'une des mesures de rigueur censée renflouées les caisses de l'Etat. Le tout, avant tout débat parlementaire, sans tambour ni trompette. « Le président n'avait pas le choix » a confié Brice Hortefeux.

Cet épisode, ridicule et inquiétant, appelle deux remarques. Premièrement, Nicolas Sarkozy ne fait plus peur. En d'autres temps, être qualifié, publiquement, d'irresponsable par le Monarque élyséen équivalait à une excommunication politique quasi-définitive. Cette fois-ci, Raffarin a connu une heure de gloire inespérée. L'ancien élu du Poitou, rebaptisé « Raffa-rien » en 2005 par un Nicolas Sarkozy conquérant, est revenu, dimanche, sur l'épisode. Il s'est permis quelques leçons au petit président: « Je fais de la politique avec le sens de la responsabilité et je n'autorise pas grand monde à me dire que je suis irresponsable. Et ça, je le lui ai dit ».

Seconde leçon, Nicolas Sarkozy est inquiet, furieusement inquiet. Faut-il qu'il soit stressé ou irresponsable pour abandonner une mesure de rigueur aussi rapidement ! La trouille est devenue manifeste. Il fallait lire les confidences anonymes mais élyséennes rapportées par Nicolas Domenach dans Marianne2 dimanche dernier. Le plan Fillon ? « Pas convaincant ». La taxe sur les hauts revenus ? « Dérisoire ». 

Dimanche, pour la clôture du campus, Sarkozy avait forcé Fillon et Copé à afficher leur unité pour le petit-déjeuner dominical, mais ce fut encore raté. Le retour en France de DSK, traité comme un évènement interplanétaire, a occulté les agitations UMPistes.

On ne retint que les dérapages aux relents xénophobes de certains. Comme un triste anniversaire, deux ans après la mauvaise blague de Brice Hortefeux sur les « Auvergnats », un proche d'Hortefeux, Alain Marleix, a traité Jean-Vincent Placé, l'un des ténors écologistes de « Coréen national ». Sur la tribune du campus, Bernard Accoyer, pourtant président de l'Assemblée nationale, compléta par un nouveau procès en nationalité contre Eva Joly, l'accusant de vouloir supprimer la Marseillaise en sus des défilés du 14 juillet.


Pour clôturer ce sinistre weekend, François Fillon tenta d'être lyrique: «Cette crise, c’est la douloureuse rançon que doit désormais rembourser la vieille et belle société européenne, qui n’a pas trouvé le courage d’ajuster ses moeurs à la réalité de ses richesses».

Dimanche soir, Nicolas Sarkozy pouvait se consoler de ce beau ratage en regardant son épouse, dans l'émission « Sept à Huit » de TF1, confier combien elle tenait à sa vie privée.


dimanche 4 septembre 2011

Pourquoi Sarkozy n'aura pas le "courage" de la Règle d'or

En anglais, on appelle cela le « chicken game », le jeu du poulet. Deux voitures s'élancent l'une face à l'autre et chacune espère que l'autre déviera de sa route avant le choc final et définitif.

Fidèle à sa habitude bravache, Nicolas Sarkozy a voulu jouer au jeu du poulet avec la mal-nommée « règle d'or ». Le 16 août dernier, il est allé jusqu'à convaincre Angela Merkel qu'il fallait la proposer aux 17 Etats membres de la zone euro. En France, il l'a fait voter par ses députés-godillots, dans une forme bien dégradée et tardive.

Et pourtant, il est très probable qu'il se dégonfle.

Comme souvent.

Le piège ne prend pasSarkozy pensait tendre un piège politique à ses adversaires socialistes. Mais l'échec semble patent. Le contexte n'était déjà pas favorable. Certains, tel François Hollande ou Martine Aubry, ont déjà fait de la lutte contre les déficits l'un de leurs chevaux de bataille. Sarkozy était aussi bien mal placé pour se parer d'une soudaine vertu budgétaire, comme le rappelle si régulièrement la Cour des Comptes depuis 2008. Enfin, la règle d'or proposée par le Monarque était bien mal ficelée. En France, le dispositif voté par l'UMP en juillet dernier et que Nicolas Sarkozy veut intégrer dans la Constitution est finalement bien limité: il n'assure pas l'obligation d'équilibre budgétaire, et ne s'appliquerait qu'en 2013. A gauche, il fut facile de dénoncer rapidement l'imposture.

A Bruxelles, le président de l'Union Européenne, , a expliqué vendredi que « les gouvernements n'ont pas besoin » d'une telle règle constitutionnelle pour réduire les déficits sans attendre. « En fait, les gouvernements n'ont pas besoin de cette règle, ils peuvent le faire sans une disposition constitutionnelle » a-t-il déclaré, tandis que l'Espagne adoptait la sienne, par 316 voix contre 5 (ce qui n'a pas empêché la bourse de Madrid de chuter de 3%, comme ses collègues européennes, à l'annonce de mauvais résultats ...  américains).

De quoi parle-on ? La règle d'or est une « promesse de papier », une « promesse d'ivrogne », pour reprendre l'expression de l'économiste Philippe Simonot dans une tribune publiée par le Monde. « Quelle est la légitimité du juge pour censurer une loi de finance ? » s'interrogeait un magistrat. Un sondage récent démontrait le scepticisme des Français interrogés. Il y a plusieurs formules, d'un pays à l'autre, d'un parti à l'autre. Mais en France, la perspective d'un vote négatif fait autant peur que celle d'un krach boursier.


Ce mardi 31 août, le président UMP de l'Assemblée nationale a en effet déconseillé de convoquer le Congrès à Versailles. Bertrand Accoyer craint l'échec et la nouvelle déstabilisation de l'euro qui s'en suivrait en cas de vote négatif. Patrick Devedjian évoqua un « suicide politique ». Jean-François Copé, vendredi, disait entendre l'argument. D'autant que les élections sénatoriales partielles sont pour bientôt (le 25 septembre), avec la menace d'une perte de majorité dans la Haute Assemblée.

Nicolas Sarkozy n'est pas téméraire. 
C'est l'une de ses traits de caractère, et celui qui le fera très certainement renoncé à avancer plus en avant. Fort avec les faibles, faible avec les forts, il est souvent comme cela, Nicolas. Observez donc comment il est parvenu, en 4 ans et demi de « présidence » à éviter d'affronter les questions qui fâchent face à des journalistes. Rappelez-vous aussi la séquence des retraites. Depuis l'adoption de sa réforme des  retraites en novembre, il n'a cessé de répéter qu'il n'avait fait que son devoir malgré l'impopularité de la mesure. Cet éloge du courage était presque drôle. Primo, le Monarque devait concéder quelques biscuits aux marchés financiers, après 3 années de gabegie budgétaire et autres inutiles cadeaux fiscaux. Ensuite, Sarkozy s'est littéralement planqué du « débat » sur les retraites avant l'adoption de la réforme. Le calendrier lui-même fut une gigantesque imposture. Enfin, quel risque y-avait-il à ce qu'un Parlement ultra-majoritairement à droite repousse le projet de loi ?

En que dire de ses autres « réformes » ? La fin des régimes spéciaux ? Quelle blague ! Sarkozy a dépensé en plus en compensations financières que la réforme de 2007 n'économisait en rallongeant les périodes de cotisation. Le service minimum ? Encore plus drôle. Les contraintes imposées aux grévistes sont (heureusement) symboliques. La chasse aux niches fiscales ? Elle fut modeste (10 milliards d'euros l'an dernier, 12 autres cette année, sur un total de 176 milliards d'euros par an !) et sous la contrainte !

Au final, Nicolas Sarkozy a joué avec le feu, avec cette fumeuse affaire de règle d'or. Il s'était gardé une porte de sortie qu'il pensait honorable en cas de rejet par le Congrès. Sa proposition commune avec Merkel reportait à ... l'été 2012 l'inscription constitutionnelle de la fameuse règle: «Si un consensus est possible, à ce moment-là, je provoquerai à l'automne la réunion du Congrès. Sinon, les Français seront juges lors de l'élection présidentielle des forces politiques qui souhaitent le retour à l'équilibre budgétaire et de celles qui ne le souhaitent pas.»

En avril 2007, alors que les signes d'un ralentissement économique sur fond de flambée des prix de l'énergie se faisaient plus visibles, le candidat Sarkozy promettait quelques 68 milliards d'euros de réduction des prélèvements obligatoires sur 5 ans. A l'époque, le déficit budgétaire dépassait déjà les 40 milliards d'euros, et la dette publique 1250 milliards.

Qui dit mieux ?

samedi 3 septembre 2011

226ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy, le menteur

Aux Etats-Unis, hommes et femmes politiques ne redoutent qu'une chose plus que l'échec: être pris en flagrant délit de mensonge.

Là-bas, le mensonge est plus grave que son objet. Il est politiquement mortel.

Mais nous sommes en France. En Sarkofrance. Et les plus hautes autorités de l'Etat peuvent mentir, de surcroît dans une une affaire d'espionnage de journaliste, sans que cela ne prête à conséquence.

Cette semaine, Nicolas Sarkozy avait organisé son agenda comme toujours, hors sol et électoral. Un sermon aux ambassadeurs, une grande conférence sur la Libye, un déplacement dans les Vosges sur l'emploi, et hop, le tour était joué! Mais voici que dès mercredi, pour son retour sur le sol français, une nouvelle tourmente politico-médiatique bousculait les plans présidentiels.

Le système mis à nu
Lundi, Nicolas Sarkozy n'était pas encore revenu. La presse relayait encore l'incroyable voyage calédonien, sur fond d'université socialiste à la Rochelle. A Nouméa, le président français s'était montré souriant, serein, ouvert et tolérant. Un rôle de composition qu'il nous sert avec régal depuis bientôt un an. Du coin de l'oeil, il surveillait quand même les débats socialistes, comme le lait sur le feu. Il est candidat, et a déjà franchi une étape: plus personne, dans son camp, ne semblait lui contester le leadership politique à droite. Tous derrière lui ?

Son agenda officiel avait été vidé jusqu'à mercredi matin, et son conseil des ministres, avant sa traditionnelle intervention devant les ambassadeurs et, le lendemain, une grande conférence des amis de la nouvelle Libye. Ce jour-là, catastrophe ! Le scenario présidentiel fut planté par un ouvrage au titre évocateur « Sarko m'a tueR ». Les deux auteurs, Gérard Davet et Fabrice Lhomme avaient recueilli les témoignages de 27 victimes récentes du chef de l'Etat, 27 « gêneurs » si gênants qu'ils furent pressurés, brisés, écartés, bref, réduits au silence.

Mercredi, l'attention était d'abord sur une révélation de la juge Prévost-Desprez, une magistrate chargée quelques mois durant d'instruire l'affaire Woerth/Bettencourt, avant d'être dessaisie du dossier pour « Sarko-incompatibilité ». Un an plus tard, la juge raconte le climat de pression qui entourait son instruction. Deux témoins, dont une infirmière, lui auraient confié, hors procédure par crainte de représailles, qu'ils avaient vu Nicolas Sarkozy récupérer une enveloppe d'argent de Liliane Bettencourt au plus fort de la campagne de 2007.

Scandale ! Le démenti officiel de l'Elysée fut immédiat, preuve d'une nervosité évidente. Un à un les ténors de Sarkofrance dénoncèrent une rumeur, une manipulation, une calomnie. En fin de journée, l'hebdomadaire Marianne clôturait cette éprouvante journée par un autre démenti. L'infirmière réfutait ses propos, mais confirmait avoir reçu des menaces de mort.

Le livre révélait bien d'autres choses: pression sur la justice, déstabilisation médiatique avec la complicité d'un grand quotidien, menaces anonymes ou publiques, mutations autoritaires, enquêtes des services de l'Etat y compris d'espionnage...

Dans quel pays vivons-nous ? 

Dans une autre affaire, les révélations des relations entre le clan Sarkozy et Ziad Takieddine un homme d'affaires qui aida Guéant et Hortefeux à négocier des contrats de surveillance avec la Libye jusqu'en 2007 au moins, Fabrice Arfi, l'un des journalistes de Mediapart auteurs de l'enquête a porté plainte contre Pierre Sellier, patron d'une cellule d'intelligence économique, après des menaces de mort qu'il aurait reçu. La violence des propos de ce dernier, cette semaine, était incroyable. Tout ça pour la défense du Monarque !

Vendredi, les photos de Takieddine, Guéant et Copé sur le yacht de l'homme d'affaires s'affichaient même à la télé, sur Canal+.

Jeudi, Claude Guéant, ministre de l'intérieur, confirmait avoir fait espionner un journaliste du Monde lors de l'affaire Bettencourt. Il parla de repérages techniques. C'était une gaffe, une grave. Avec cette simple phrase, Claude Guéant reconnaissait que Nicolas Sarkozy et lui-même avait mentit, il y a un an.

Après les dérapages Bling Bling (2007-2008), le contrôle des médias et des sondages (2009), et les conflits d'intérêt (2010), voici une nouvelle facette du système Sarkozy mise à nu, plus grave, plus sombre, entre menaces, intimidations, manipulations et mensonges d'Etat.

Le prétexte libyen
Coûte que coûte, Nicolas Sarkozy tenait à son agenda diplomatique. Son discours de rentrée aux ambassadeurs, mercredi, a fait flop. « Le monde change... et en bien » a-t-il déclaré.Pour ajouter une menace d'intervention militaire en Iran contre ses installations nucléaires ! Depuis sa « victoire » en Libye, Sarkozy se sent pousser des ailes.

Jeudi, la journée se voulait diplomatique. Sarkozy avait organisé son show. Une grande conférence avec les représentants de 60 pays pour discuter de l'avenir de la « nouvelle » Libye. Le colonel Kadhafi est toujours introuvable, mais il multiplie les interventions radiophoniques. Quelques-uns de ses proches ont trouvé refuge en Algérie. Les rebelles ont pris le pouvoir. Les autorités françaises aimeraient se réserver une belle part des futurs contrats de la reconstruction. Ce n'est pas gagné. Quand un journal évoque que le CNT aurait promis 35% du pétrole libyen à la France, ce dernier dément.

Vendredi, enfin, l'Union européenne a décrété un embargo sur les importations de pétrole syrien. On imagine que la « libération » de la Libye a grandement aidé à la décision...

Et en France ? On avait presque oublié la crise financière, les menaces sur notre fameuse note de crédit et le faux débat sur la règle d'or. A l'Assemblée, le président Accoyer déconseilla à Sarkozy de convoquer le Parlement en Congrès à Versailles pour « constitutionnaliser » la fameuse règle. Il craignait un échec. D'autres députés UMP s'énervèrent contre un manuel scolaire du collègue qui évoquait la théorie des genres. Tout était bon pour divertir l'opinion. L'INSEE venait de publier de nouvelles statistiques sur la pauvreté: + 337.000 pauvres en un an ! Davantage d'actifs, de travailleurs, de chômeurs et de ménages modestes sont tombés sous le seuil de pauvreté en 2009, la grande année où Sarkozy-le-grand nous avait pourtant si bien protégé contre la crise! On avait presque oublié la promesse de Nicolas Sarkozy, en mai 2007, de la « réduire d'un tiers en 5 ans ».

Au quotidien Libération, la ministre des solidarités et de la cohésion sociale Roselyne Bachelot fut également obligée de concéder que la réforme sur le financement de la dépendance « est reportée », faute d'argent. La grande promesse de Sarkozy pour l'année 2011 est déjà plantée. Dans les Vosges vendredi, lors d'un déplacement raté faute d'actualité, Nicolas Sarkozy s'excusa de la progression du chômage. Sa défense faisait peine à voir. C'était un candidat usé, frustré, politiquement castré, qui plaidait pour « 20.000 » contrats aidés d'ici la fin de l'année pour lutter contre le chômage. 20.000, c'est à peine l'augmentation mensuelle des sans-emplois de la catégorie A ces mois derniers... « On va acheter la baisse du chômage », commenta tristement un ministre à Arnaud Leparmentier, l'envoyé spécial du Monde.

Vendredi, l'UMP ouvrait son université d'été, rebaptisée « campus », pour faire plus jeune et moderne. L'avant-veille, quelques députés UMP avaient retiré l'augmentation de la TVA sur les parcs à thème du mini-plan de rigueur Fillon/Sarkozy, avant son examen en séance plénière la semaine prochaine. Jean-Pierre Raffarin s'était aussi mobilisé contre ce relèvement de TVA. Jeudi matin, Sarkozy l'a qualifié d'« irresponsable » lors du « petit-déjeuner de la majorité », cette réunion hebdomadaire à l'Elysée d'où le Monarque pilote son camp. Averti, Raffarinministre annonça qu'il quittait les instances dirigeantes de l'UMP. A quelques heures de l'ouverture du campus de l'UMP à Marseille, ça faisait mauvais genre. Lionnel Luca, chantre de la Droite Populaire, le traita de « Has-Been qui pèse » et « ringard qui aurait mieux fait de rester en Chine ».

Mais qui tient cette boutique ?

L'Elysée mobilisé
Officiellement, la campagne sera courte, Sarkozy n'a toujours pas pris sa décision. Certains, peu nombreux, lui déconseillent encore d'y aller. En coulisses, la mobilisation est totale. Une dizaine de conseillers sont ainsi complètement dédiés à la cause électorale de Nicolas Sarkozy.

A l'Elysée, l'équipe est prête et au travail. Les moyens déployés pour surveiller et comprendre l'opinion ne finissent pas de surprendre.

Le Monarque a toujours ses trois conseillers politiques, payés par les contribuables : Pierre Giacometti, Jean-Michel Goudard, et Patrick Buisson. Se sont ajoutés Alain Carignon, ancien ministre et ancien condamné ayant purgé sa peine, qui fait désormais l'interface avec les milieux médiatiques et culturels, et Brice Hortefeux, conseiller officieux pour cette nouvelle campagne de France. Jean-Baptiste de Froment, le tout jeune conseiller « éducation » du Monarque, vient de reprendre la charge des sondages élyséens. A l'extérieur, l'Elysée rémunère aussi Guillaume Peltier, un ancien du FN et du MPF, reconverti dans l'analyse de l'opinion. Il y a toujours Opinionway, l'institut mis en cause en 2009 pour ses sondages secrètement payés par l'Elysée et publiés par le Figaro. Deux de ses responsables viennent d'ailleurs de sortir deux livres d'auto-défense et de contre-attaque. Il y a même quelques anciens ou actuels personnalités des médias, agités depuis quelques mois, pour bâtir les bons argumentaires.

Qu'un président de la République ait quelques conseillers politiques pour l'aider à mener à bien ses réformes ne surprend personne. Mais l'on a quelque peine à croire que Buisson, Giacometti, Peltier, Froment, Hortefeux, Buisson ou Goudard sont ainsi payés pour conseiller Sarkozy sur la conduite des opérations en Libye ou l'animation du G20.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

Regarde TF1, dimanche soir. La Première Dame Carla, « très enceinte » t'expliquera comment se passe sa grossesse.

En quasi-direct de l'Elysée.




vendredi 2 septembre 2011

Pierre Sellier, agent de l'Etat. Ou pas.

Karl Laske, journaliste à Mediapart, a interrogé Pierre Sellier sur le sens des SMS plutôt menaçants que ce dernier a adressé au journaliste Fabrice Arfi, collègue de Laske, à cause de son enquête sur Ziad Takieddine depuis le mois de juillet dernier.

Les motivations de cet appel sont disponibles, gratuitement, sur Mediapart.

Je me permet de relayer la réponse de Pierre Sellier, retranscrite par Mediapart.
« Mediapart n'est pas un journal, c'est une merde. (...) Ecoute-moi. Je suis un tueur. Je suis un tueur du service Action, tu le sais cela. Arfi, je vais le dézinguer. Lui raser la barbe et toutes ses couilles. Edwy Plenel, la moustache. Je lui rase la moustache. Je l'encule. Je suis cent fois plus intelligent que toi. J'ai rien contre toi, tu écris ce que tu veux. Tu peux me diffamer. Je m'en tape. Toi, Karl Laske, j'ai rien contre toi. Par contre, Arfi, je vais le massacrer, l'enculer. Je vais le défoncer. Enculé, enculé. Tu comprends ? Je vais le tuer. Service Action. Trois balles dans la tête. Enculé ».

La violence de la réponse est évidemment incroyable.. Et punissable par la loi.

Nous sommes en 2011, en France. En Sarkofrance.


Mauvaise pioche: Sarkozy cherche un peu d'air en Libye.

Jeudi 1er septembre, Nicolas Nicolas Sarkozy avait organisé une « Conférence internationale de soutien à la Libye nouvelle ». La dénomination était pompeuse, presque curieuse. Le président n'espérait qu'une chose, s'extraire de la nouvelle affaire Sarkozy/Bettencourt et capitaliser au mieux sur son nouveau statut diplomatique.

Depuis mercredi, deux journalistes du Monde ont dénoncé l'ampleur des pressions exercées par Nicolas Sarkozy et ses proches sur 27 « gêneurs », dont la juge Isabelle Prévost-Desprez. Mais l'affaire Bettencourt n'est qu'un scandale parmi d'autres. Jeudi, le Monde accusait l'Elysée d'avoir fait espionner l'un de ses journalistes. La DCRI avait demandé, le 19 juillet 2010, les relevés téléphoniques mobiles du journalistes Gérard Davet. Jusqu'alors, les pontes de Sarkofrance, jusqu'à Sarkozy lui-même, avaient nié toute investigation en dehors du cadre de l'enquête administrative au sein du ministère de la Justice. Cette fois-ci, avec une désinvolture incroyable et cynique, Claude Guéant confirma les faits, les qualifiant de « repérages de communications téléphoniques ». Alors finalement, la DCRI serait-elle la Stasi ?

Mardi, un autre journaliste, Fabrice Arfi de Mediapart, a déposé plainte pour harcèlement. Depuis le 2 juillet dernier et le début de la publication de son enquête sur Ziad Takieddine, il reçoit des menaces de mort.

On apprenait également que l'Elysée avait débarqué Dominique Paillé, ancien porte-parole de l'UMP rallié à Jean-Louis Borloo de la tête de l'Office français de l'immigration et de l'intégration... 7 mois à peine après avoir été nommé. « Sarkozy a fait pression. (...) C'est sa méthode de gouvernement. » a commenté le sanctionné. Autre fait du prince, Sarkozy a également remplacé Jean-Jacques Aillagon, actuel président du Château de Versailles, par sa conseillère Catherine Pégard.

Bref, le climat politique était à nouveau délétère dès ces premiers jours de rentrée. Le Monarque cherchait un peu d'oxygène sur la scène internationale.

Mercredi soir, il avait déjà livré son programme diplomatique aux ambassadeurs. Un rendez-vous traditionnel qui, cette fois-ci, fut malheureusement occulté. On ne retint que l'hommage appuyé à l'OTAN, et sa nouvelle fermeté contre un autre de ses anciens amis, Bachar el-Assad. L'Europe de la Défense est bel et bien morte. Et Sarkozy applaudit encore.

Jeudi, il recevait à l'Elysée les représentants de quelque 60 pays, la photo était prestigieuse, mais les questions nombreuses et, souvent, sans réponse.

1. Le 19 mars dernier, le sommet de Paris s'abritait au moins derrière la légitimité d'une résolution du conseil de Sécurité de l'ONU adoptée quarante-huit heures avant. Cette fois-ci, rien de tout cela. Quel est le cadre juridique de cette conférence ? Il n'y en a pas. Sarkozy continue, sur sa lancée, à jouer au George W. Bush en miniature. Un journaliste allemand s'amusait, mercredi: « Dès que les conditions de sécurité le permettront, Nicolas Sarkozy veut aller se faire acclamer en personne à Tripoli. »

2. Pourquoi une telle conférence internationale ? Les arguments avancés jusqu'alors étaient bien flous. Il s'agirait d'accélérer la reconnaissance officielle du Conseil National de Transition libyen (CNT) et d'acter le changement de régime. Pourtant, le pays n'a pas encore de gouvernement légitime.


3. En Libye, certains amis sont-ils toujours infréquentables ? Les opposants à la guerre en Libye (si, si, il y en a) ont pointé du doigt les anciennes fidélités islamistes de certains des membres du CNT si vite reconnu par la France en mars dernier. Les révolutions sont toujours des périodes troubles. Il est certes bien facile de disqualifier un pouvoir naissant. Mais le trouble est réel à cause... de l'attitude occidentale et notamment française: la Sarkofrance a entretenu de sales relations en Libye.

4. En France, on attendait aussi des autorités de l'Etat un peu de distance et de lucidité à l'égard de la situation actuelle. Il y a évidemment la question des exactions commises par certains rebelles, sans parler des « dommages collatéraux » des bombardements alliés. La première des responsabilités d'une démocratie adulte est, a minima, de reconnaître les faits quand ils sont avérés ou, à défaut, d'enquêter. Depuis mars dernier, le silence officiel fut total.

5. Il y a aussi la question de l'avenir. L'engagement militaire initial était « humanitaire », avec de belles arrière-pensées médiatico-électorales chez Nicolas Sarkozy. Le pouvoir Kadhafi étant tombé, il semblerait que les Alliés, France en tête, aient décidé de récupérer une large part des ressources du pays. Le CNT aurait « réservé » 35% des ressources pétrolières du pays aux entreprises françaises. Libération a publié un courrier secret du CNT. Le pétrolier Total a démenti. Mais Alain Juppé comme Eric Besson ont expliqué qu'un tel favoritisme ne serait pas choquant. Quelques heures plus tard, patatras ! L'affaire se retourne. Des représentants du CNT démentent à leur tour, le courrier publié serait un faux. Pire, ils expliquent qu'il procèderont à des appels d'offre.

6. La démarche de rapace était effectivement choquante. Jusqu'au printemps dernier, le colonel Kadhafi était déjà un partenaire choyé, y compris et surtout économiquement. Kadhafi tombé, rien ne change.

Nicolas Sarkozy, par l'intermédiaire de Claude Guéant et de Brice Hortefeux,  et avec le concours de l'ami très proche Ziad Takieddine, a négocié quelques contrats avec le gouvernement Kadhadi entre 2005 et 2007, bien avant la libération des infirmières bulgares en juillet 2007. Fin juillet dernier, Mediapart avait accusé l'intermédiaire franco-libanais d'avoir obtenu en avril 2007 « grâce à l'appui du ministère français de l'intérieur », au moins 4,5 millions d'euros de « commissions occultes sur un marché de livraison de matériel de guerre électronique vendu par la société i2e (filiale du groupe Bull) à la Libye».

Après le déclenchement de l'offensive onusienne en mars dernier, Ziad Takieddine était visiblement très proche des autorités libyennes: il a été interpelé au sortir de son jet, au Bourget, le 22 mars, avec 1,5 million d'euros en liquide, alors qu'il accompagnait deux journalistes français revenant d'une interview avec le colonel Kadhafi. La France n'était pas la seule à vendre ses produits et services au dictateur libyen. Le Royaume Uni, autre pilier de l'intervention occidentale en Libye, a augmenté ses exportations d'armes au printemps, y compris vers la Libye...

En Libye, une autre société française, Amesys, filiale du groupe Bull, a vendu aux autorités la technologie nécessaire pour surveiller le Web, et en particulier l'opposition. Des journaistes du Wallstreet journal sont tombés sur des documents explosifs dans des locaux officiels abandonnés: Amesys a déployé son système en 2009. L'ancien ministre de l'intérieur... Nicolas Sarkozy était-il au courant ? A-t-il participé à cette négociation ?





jeudi 1 septembre 2011

La véritable affaire Sarkozy, c'est ça.

« Rappel à ceux qui voteront Sarkozy en 2012 : dans l'enveloppe, on met un bulletin de vote, pas du liquide ». Le conseil était sur Twitter, ce dernier mercredi d'août. 

Mercredi matin, Luc Chatel, ministre de l'Education nationale, annonçait qu'il voulait faire revenir la morale à l'école. Coïncidence fâcheuse, le même jour, le quotidien Libération publiait les bonnes feuilles d'un livre rédigé par deux journalistes d'investigation, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, au titre évocateur: « Sarko m'a tuer ». Et l'on croyait apprendre que le candidat Sarkozy, en 2007, était allé chercher ses enveloppes de billets chez la milliardaire Liliane Bettencourt.

En couverture du quotidien, une révélation, une seule et grave: une juge accuse le président. Isabelle Prévost-Desprez, magistrate en charge de l'un des volets de l'affaire Woerth/Bettencourt entre juillet et septembre 2010 et depuis dessaisie au profit de deux juges à Bordeaux, témoigne dans l'ouvrage que « l'infirmière de Liliane Bettencourt a confié à [ sa ] greffière, après son audition par [ elle ]: "J'ai vu des remises d'espèces à Sarkozy, mais je ne pouvais pas le dire sur procès-verbal ».

La rapidité avec laquelle la présidence de la République a réagi, directement ou indirectement, n'a pas surpris. C'était comme un hommage involontaire.

Le système Sarkozy était à l'oeuvre.

La juge accuse, Sarkozy récuse
En Sarkofrance, ce fut l'émoi. L'Elysée a bien sûr démenti. Et tout de suite. Cette réaction immédiate de la Présidence de la République a troublé, preuve que l'inquiétude qui a saisi le candidat Sarkozy. Habituellement, Sarkozy s'abstenait plutôt de réagir directement aussi vite. Officiellement, le Monarque méprise. Pas un mot de commentaires, le matin même, lors du Conseil des ministres. Mercredi, il livrait ses traditionnelles consignes aux ambassadeurs. « L'évènement » fut complètement occulté par cette relance de l'affaire Sarkozy/Bettencourt.

La riposte fut ensuite, et tout aussi rapidement, collective et coordonnée: Pécresse (à la presse), Raffarin (sur son blog), Fillon (en déplacement), Copé (à l'UMP), tous ont décliné le même argumentaire: (1) cette révélation sera « curieuse », « bizarre », « politicienne », (2) la juge serait sortie de son rôle (Copé évoqua même la séparation des pouvoirs !), « au mépris de toute règle déontologique » (Fillon), et (3) c'est une « allégation calomnieuse », une « rumeur ». Comme souvent, on y voyait la trace d'un pilotage élyséen manifeste. Les éléments de langage avaient été préparés à l'Elysée la veille.

La manipulation
Cette polémique est pourtant l'arbre qui cache une forêt. Le vrai sujet posé par les quelques 400 pages de l'ouvrage est tout autre, comme l'ont expliqué ses deux auteurs depuis mercredi matin: Nicolas Sarkozy a mis en place un système de protection personnelle hors normes, une machine à évincer les gêneurs, par menaces occultes ou humiliations publiques. Le cas de la juge Prévost-Deprez est exemplaire, mais pas isolé. La couverture de Libé claquait comme un joli scoop. Elle masquait une réalité plus ample.

Dans cette affaire Bettencourt, l'infirmière citée par la juge dans l'ouvrage est très rapidement revenue sur les propos qui lui sont prêtés. Dès mercredi, à 18h06, Marianne2 annonçait une nouvelle confession explosive: « Lorsque j’ai été auditionnée par la juge Isabelle Prévost-Desprez, assure-t-elle, je ne lui ai pas parlé de remise d’enveloppes à Nicolas Sarkozy, ni à personne d’autre. Je n’en ai parlé ni à la juge, ni à sa greffière ». Ce « contre-scoop » fit le bonheur, provisoire, du Figaro:
«Avant que l'audition formelle ne commence, elle m'a dit que nous n'étions pas là pour aborder ce sujet (la question de remises d'enveloppes, ndlr). Mais, de mémoire, pendant quelques instants, nous avons échangé ensemble sur d'autres témoins qui auraient évoqué de tels faits. Mais moi, je ne lui ai rien dit», se rappelle-t-elle, dans son entretien à Marianne à paraître intégralement samedi. Pressée de dire si elle démentait les propos de la magistrate, Henriette Youpatchou affirme qu'elle n'a «rien à cacher». «Je suis une femme honnête, mais je ne veux pas que mes propos se retournent contre moi. Cette affaire m'a déjà causé assez d'ennuis comme ça!».
Le démenti d'une phrase, dans un livre de 400 pages, permettait de s'exonérer de tout autre commentaire.  L'an dernier, un autre témoin, tout aussi crucial, avait déjà accusé Nicolas Sarkozy d'avoir reçu quelques enveloppes de billets pour sa campagne en 2007. Ce témoin, Claire Thibout, était la fidèle comptable de Liliane Bettecourt. L'an dernier, cette dernière confiait: « Les policiers voulaient me faire dire que Mediapart était un journal de voyous ».

Mais, ajoutait-elle, « J’ai reçu des menaces de mort. On m’a fait savoir qu’à cause de mon témoignage dans l’affaire Banier-Bettencourt (NDLR, le 24 janvier 2008), on allait retrouver mon corps dans la Seine ».

Le système Sarkozy
Une menace de mort ? Vous avez bien lu. D'où cette menace venait-elle ? On est impatient de lire la suite. La révélation de la juge est un joli coup. La publication impliquerait une saisie de la justice. L'obstruction serait compliquée car visible. On imagine mal le fantasque Banier convoquer quelques barbouzes pour faire peur à l'une de ses accusatrices. Mais l'important est, malheureusement, ailleurs.

Dans leur ouvrage, les journalistes Davet et Lhomme ont recueilli 27 témoignages de personnes victimes d'un système, de l'écrasement politique, professionnel et/ou médiatique des gêneurs par un homme et/ou son clan. Nicolas Sarkozy a industrialisé la manipulation et la pression. 27 témoignages ? Pourquoi cet aspect-là d'un livre de 400 pages fut-il donc occulté ? Il fallait, vite, jeter l'opprobre sur une micro-révélation. Il y a quelques mois, une autre journaliste, Dorothée Moisan, s'était essayée à dévoiler comment Nicolas Sarkozy, dans un livre intitulé Le Justicier, enquête sur un président au-dessus des lois », avait travaillé à déstabiliser l'institution judiciaire.

Cette fois-ci, l'un des auteurs, Gérard Davet, a reconnu comment il avait été intoxiqué lors de l'affaire Dray. L'Elysée - à l'époque Claude Guéant - livrait quelques confidences croustillantes et En juillet 2010, le journaliste a été espionné par les services secrets de la République, via les fadettes de son compte téléphonique mobile pour découvrir qui au coeur de l'appareil d'Etat pouvait bien lui parler. « Depuis 2002 et son arrivée à l'Intérieur, il est constamment à la manoeuvre » a-t-il expliqué à l'Express.

Son collègue, Fabrice Lhomme, ancien de Mediapart et désormais au Monde, complète, mercredi, toujours à l'Express: « Le système Sarkozy est très sensible aux rapports de forces: on écrase directement le faible, on procède de manière plus fine, voire perverse, avec le fort ». Connaissez-vous beaucoup de démocraties où de telles déclarations resteraient sans réaction ? 


Car le « système » Sarkozy est bien plus complexe que cette simple menace, avérée ou contestée, sur une malheureuse infirmière. Certaines affaires nous sont connus. En moins de 5 ans, que n'avons-nous appris ? On a, sur le tard, dénoncé les présidences Mitterrand et Chirac. Mais de quoi parlait-on ? Pour le premier, d'écoutes téléphoniques - injustifiables - pour protéger le secret d'une fille adultérine; d'un excès de zèle de barbouzes dans l'affaire Rainbow Warrior ou des Irlandais de Vincennes. Sarkozy a fait pareil, en mobilisant les services secrets, au printemps 2010, pour identifier la source des rumeurs d'adultère à l'Elysée, ou en virant un préfet jugé incapable de maîtriser quelques trublions qui dérangeaient une visite de campagne du Monarque. Le second, Jacques Chirac, est accusé de valises de billets et d'emplois fictifs pour financer ses campagnes ou ses frais de bouches à l'Elysée. Sarkozy, lui, a fait dépenser quelques centaines de millions d'euros pour se doter un nouvel avion. Pourrait-on, d'ailleurs, parler de ses invitations à Louxor chez Moubarak, avec Carla

Concernant Nicolas Sarkozy, savez-vous de quoi parlons-nous ? 


L'affaire Bettencourt est presque une broutille. Une indulgence fiscale, déjà, pour l'employeur de l'épouse du ministre du budget et trésorier du parti présidentiel. Un homme que l'on prédestinait à devenir premier ministre, le « Juppé » de Sarkozy.

L'affaire Dray fut une jolie manipulation. Les fuites venaient donc de l'Elysée. Directement. Gérard Davet, victime, s'agace.


Nous pourrions rappeler l'affaire Takieddine, révélée depuis peu, et en plein été, enfin relayée à l'étranger : quelques centaines de millions d'euros pour un intermédiaire qui, ensuite, s'expatria fiscalement avec l'indulgence de Jean-François Copé ministre du budget. Des négociations clandestines avec le régime Kadhafi (en 2009!) pour vendre de l'armement et négocier un autre contrat « curieux ».


Ou évoquer l'affaire Karachi, un autre scandale, d'abord balayé d'un revers de formule, un jour de juin 2009, par notre Monarque, une « prétendue » fable si stupide que la loi sur le secret défense permit de bloquer l'enquête des deux juges, Marc Trévidic (sur l'attentat de mai 2002 à Karachi) et Renaud van Ruymbeke, sur le volet financier de l'affaire.

Ou encore l'affaire Wildenstein, du nom de Guy Wildenstein, ami proche de Nicolas Sarkozy, fondateur de l'UMP, accusé par sa belle-mère d'avoir caché dans des paradis offshore quelques 4 milliards d'euros d'héritage. Les ministres Woerth puis Baroin n'ont pas répondu aux demandes d'enquête de la belle-mère Wildenstein décédée il y a peu.

Nous pourrions évoquer l'affaire Lagarde/Tapie, mal nommée. Un ancien homme d'affaires, mal en point en justice contre le Crédit Lyonnais, fut soudainement réhabilité, blanchi et financièrement très gagnant grâce à l'intervention de Christine Lagarde, ministre des finances qui soudain, en 2007, décida de préférer l'arbitrage avec trois juges choisis qui, un an plus tard, accordèrent 400 millions d'euros bruts à Bernard Tapie, sans que la ministre Lagarde ne pense légitime de faire appel de cette décision historique.

Savez-vous ce quelles sont les relations de Nicolas Sarkozy avec l'émirat du Qatar ? Difficile de savoir. 

Que dire aussi de la valse des préfets, pour convenance ou désagrément personnels ? Gérard Davet, mercredi 1 août, évoque cette anecdote mal couverte: « Un meeting en Corse se passe mal en 2003 - en grande partie de la faute de Sarkozy et de son cabinet, d'ailleurs - et on limoge le préfet. En outre, pourquoi le cabinet du ministre se sent-il obligé de faire circuler des photos ridicules du fonctionnaire ? »


Cette liste est loin d'être exhaustive. D'autres compléments d'information ou des rappels viendront plus tard.

Evidemment, cher ami sarkozyste.


Post-Scriptum: l'auteur de ce blog ne travaille pas au Monde, ne connaît pas Gérard Davet ni Fabrice Lhomme.