vendredi 7 octobre 2011

Carla accouche, Nicolas découche

Le Monarque s'est envolé pour une tournée de trois jours. Il risque de rater la naissance de son dernier rejeton. Dès jeudi après-midi, on murmurait sur Twitter que Carla Bruni-Sarkozy s'était rendue à la clinique de la Muette. La naissance était attendue pour le 3 octobre. Mais Sarkozy avait maintenu ce voyage dans le Caucase, un déplacement sans urgence ni agenda autre qu'électoral.

L'opération (re)Naissance a commencé. Et elle est encore plus énorme qu'on ne l'avait imaginée.

Sarkozy fait campagne en Arménie
Le candidat a débuté son périple par l'Arménie, et une courte escale à Erevan. La photo était belle, aux côtés de Charles Aznavour et Hélène Ségara. La France compte près de 450.000 Arméniens d'origine. A moins de 6 mois du scrutin présidentiel, il n'y a pas de p
A Erevan, Sarkozy tança... la Turquie. Et oui ! Il est comme ça, Nicolas. Toujours à donner des leçons aux absents: « La Turquie, qui est un grand pays, s'honorerait à revisiter son histoire comme d'autres grands pays dans le monde l'ont fait, l'Allemagne, la France. On est toujours plus fort quand on regarde son histoire et le négationnisme n'est pas acceptable ».

L'appel, aussi légitime soit-il, visait à réparer, partiellement, l'une de ses promesses non tenues. En 2007, le candidat Sarkozy s'était engagé à soutenir un projet de loi réprimant la négation du génocide de 1915. Mais en mai dernier, la majorité UMP de l'époque avait rejeté une proposition de loi socialiste qui allait en ce sens. Grâce à un gouvernement socialiste, la France reconnaissait enfin le génocide en 2001.

Depuis mai 2007, Sarkozy a préféré se taire. En langage sarkozyen, on appelle cela ne pas trop charger la barque. Cette visite en Arménie est évidemment électorale. Charles Jaigu, du Figaro, commente: « Nul hasard donc si cette visite intervient à la fin du quinquennat. Nicolas Sarkozy sait qu'il doit par des gestes clairs et des déclarations fortes resserrer un lien forcément distendu par quatre ans d'exercice du pouvoir. » Patrick Devedjian, l'ancien allié honni que Nicolas Sarkozy tenta de déloger de la présidence des Hauts-de-Seine pour y placer son fils Jean, était du voyage mais n'était pas dupe: «Je ne suis pas naïf, mais si les élections peuvent servir à faire avancer les droits de l'homme, il faut en être heureux ».

... et en Géorgie
Ensuite, vendredi, Sarkozy sera en Géorgie. Il part se réconcilier avec André Glucksmann. Le philosophe « éclairé », fidèle soutien de 2007, était l'une des cautions intellectuelles de la première campagne. Depuis, le rapprochement avec Vladimir Poutine a heurté l'opposant de salon. Il paraît que ce voyage était une suggestion de Raphaël Glucksmann: « L'idée de cette visite était dans l'air depuis longtemps. Je ne sais pas si j'ai joué un rôle dans son organisation, j'ai seulement dit que ce serait bien qu'il vienne. Sarkozy avait compris tout seul son intérêt à venir ici » a-t-il confié à Mediapart.

André, son père et philosophe, est conseiller du président Saakachvili. Sarkozy arrivait en terrain conquis.

On se souvient de son voyage là-bas, en août 2008. Il présidait l'union européenne pour 6 mois depuis le mois de juillet précédent. Il tenta d'enrayer l'invasion russe. A force de provocation du petit Etat géorgien, Vladimir Poutine avait lâché ses tanks. Sarkozy joua sa carte personnelle, calma Moscou, consola Tbilissi. Il voulut nous faire croire qu'il avait sauvé le petit Etat. Pourtant, la Russie annonça qu'elle reconnaissait l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, deux anciennes provinces géorgiennes. La Géorgie était donc démantelée. et les protestations a postériori de Nicolas Sarkozy n'y changea pas grand chose. En août 2010, la Russie a même déployé des missiles en Abkhazie. Le fiasco est réel mais la légende d'un succès est tenace.

Vendredi, notre Monarque parlera sur la place de la Liberté, jolie tribune.

Sous ces prétextes quasi-humanitaires - la paix - Nicolas Sarkozy avait quelques intérêts commerciaux en tête. La région regorge de gazoducs et de ressources naturelles.

Mais à Paris, Carla va accoucher...
A Paris, on s'inquiétait de l'accouchement de Carla Bruni, trop rapidement annoncé sur Twitter. On est surpris. La naissance, fusse-t-elle d'un troisième mariage, est toujours un moment des plus marquants d'une vie. Et pourtant, Nicolas Sarkozy, cette fois-ci, ne serait pas là. A cause de sa charge présidentielle, nous expliqueront ses conseillers, il a raté l'accouchement de Carla. Quel sens du devoir !

Ce déplacement dans le Caucase étant ridiculement électoral et sans objet sérieux, on restera choqué par l'instrumentalisation de la situation.

Ces distractions, qu'elles soient diplomatiques ou prénatales, masquaient mal les récents développements de quelques scandales d'Etat. Eric Woerth, l'ancien fidèle abandonné pour cause de conflit d'intérêt et raison d'Etat, s'est énervé contre la méchante presse de gauche: « Le président concentre toute la violence de la société française. C'est véhiculé par des médias de gauche de façon éhontée. C'est Nicolas Sarkozy qui est la cible de ces médias ». Rendons-lui grâce. Ce n'est pas grâce au Figaro que nous avons appris ce que nous savons de l'affaire Woerth/Bettencourt: la fraude fiscale de Mme Bettencourt trop longtemps tolérée, les enveloppes de billets du couple Bettencourt pour financer quelques amis politiques, ou la vente à bas prix d'un terrain hippique à Compiègne.

L'ancien trésorier de l'UMP sera satisfait, trop tard, du récent arrêt de la Cour de Cassation: Mediapart n'aurait pas dû publier les enregistrements clandestins des conversations entre Liliane Bettencourt et Patrice de Maistre, son gestionnaire de fortune. Il paraît que cela relève de la vie privée et non pas de l'intérêt général, comme l'avaient jugé les précédents tribunaux.

Jeudi soir, Nicolas Sarkozy dînait à Erevan avec son homologue Serge Sarkissian. A Paris, France 2 diffusait un reportage sur Ziad Takieddine. Fichue télévision publique ! Il ne suffisait donc pas d'en nommer le président pour la contrôler ! « Attendez un tout petit peu avant de prononcer un verdict sur ma personne » confia l'homme d'affaires. On apprenait également que Takieddine était dégouté de l'attitude de ses amis de Sarkofrance. Pour le moment, ce dernier récuse toutes les accusations (« Non, je n’ai jamais remis d’argent à Nicolas Bazire. (...) Je peux dire que je n’ai pas eu connaissance d’une quelconque rétro-commission. Moi, personnellement, n’ai pas livré pas un centime de rétro-commission»,) et accuse ... Dominique de Villepin: « C’est un complot contre le président de la République, avec les mêmes acteurs que l’affaire Clearstream. Sauf que cette fois ils vont devoir répondre d’actes criminels. (...) Celui qui doit répondre de ses actes sur l’ensemble du dossier, de 1996 à aujourd’hui, s’appelle Dominique de Villepin ».

Nicolas... reviens vite !


jeudi 6 octobre 2011

De Pierre Mariani à Ziad Takieddine: la Sarko-connexion des années 1990

A l'UMP, on en a marre de ces affaires. L'atmosphère est jugée « puante », au moins autant que les manipulations et les scandales, serait-on tenté de répondre.

On nous fait croire que Sarkozy travaille. Comme chaque semaine, il faut se rendre à l'évidence. Il travaille... à sa campagne.

On aimerait qu'il nous parle de la crise, qu'il rassure sur la disparition programmée de Dexia, ou qu'il commente l'échec des négociations sur la pénibilité au travail. Et bien non. Il préfère attendre la fin des primaires socialistes pour s'exprimer. Il n,e dira rien de l'application douteuse de sa réforme des retraites.

Quant aux affaires...

Sarko se planque
Nicolas Sarkozy joue la montre. Il parlera sans doute de la crise, mais plus tard. Pour le moment, il aimerait que le plan urgent de sauvetage de la Grèce soit ratifié et en place. Un « intime » a confié au Figaro que la crise est «le meilleur agent électoral de Sarko». Sans blague ?

Jouer la montre, c'est surtout attendre de connaître son adversaire socialiste, à l'issue des primaires dont le premier tour a lieu ce dimanche. Ensuite, il sera temps de parler. Justement, il y aura un G20, à Cannes. Excellente opération médiatique. Qui osera expliquer que la fameuse présidence française des G8 et G20, depuis novembre 2010, n'aura servi à rien ? On murmure qu'il prépare une « Lettre aux Français », comme Mitterrand en 1988. L'ancien président socialiste sortait d'une cohabitation avec un Jacques Chirac devenu ultra-libéral. Sarkozy sort ... de son premier mandat. Est-ce trop que de demander qu'il montre, enfin, un peu de courage et assume ses actes ? Visiblement, c'est trop d'efforts.

Nicolas Sarkozy veut une campagne aussi courte que son bilan.

Cette semaine, le candidat avait de grandes choses à dire en faveur des protestants. Il a déjà célébré les « racines chrétiennes », puis les « racines juives » de la France. Quel sens du timing ! Il a donc décidé, nous ont décrypté les envoyés spéciaux en Sarkoland, de célébrer toutes les religions du pays. On attend avec impatience la venue de Sarkozy dans une mosquée !

Comme souvent, l'actualité, la vraie, celle que nous subissons, était pourtant riche cette semaine.

Le commerce non alimentaire a brutalement chuté depuis juillet. « Les commerçants ont connu cette été une cassure avec, fait nouveau, une baisse généralisée touchant tous les types d'enseignes et non plus seulement l'équipement de la maison (Darty, etc.) ainsi que tous les types de commerces (centre-ville, centres commerciaux, etc.) » s'inquiète les Echos. Le marché immobilier est en train de se retourner. On vend moins, faute de revenus et de crédit. La baisse des prix a commencé, en province. N'est-ce pas également un signe alarmant ? Autre triste sujet, la pénibilité. L'INSEE vient de livrer sa dernière estimation de l'espérance de vie respectives des cadres et ouvriers. A 35 ans, l'écart d'espérance de vie est de 6 ans au bénéfice des cadres. Parlons donc pénibilité. Depuis le 1er juillet, peu de demande de dérogations pour retraites anticipées ont été faites, 1000 à peine. Environ 15% d'entre elles ont été refusées. Quant aux grands accords d'entreprise sur le sujet promis par le gouvernement...


Une banque française disparaît
Trois ans presque jour pour jour après une première menace de disparition, la banque franco-belge Dexia est à nouveau au bord de la faillite. En septembre 2008, les gouvernements français et belge avaient dû intervenir, en garantissant 150 milliards d'euros de garanties des Etats, dont 55 milliards pour la France. Ce fut la seule quasi-nationalisation d'une banque opérée en France cette année-là. Corollaire inattendu, Nicolas Sarkozy y plaça l'un de ses proches, Pierre Mariani, ancien directeur de cabinet quand il était au Budget entre 1993 et 1995.

Trois ans plus tard, il reste encore quelque 100 milliards d'euros d'actifs, dont certains très « toxiques », au bilan de la banque. Comme le commentait une journaliste des Echos, « première victime avec l'américain Lehman Brother's de la crise de liquidités en 2008, Dexia est ainsi encore la première victime de la crise de la dette.» Or la disparition programmée de Dexia risque de provoquer des restructurations en cascade. Parmi ces 100 milliards d'euros, on trouve 21 milliards d'euros de dettes souveraines de pays européens à risques. Ces actifs seront logés dans un « véhicule de cantonnement », un mécanisme similaire à celui adopté pour le Crédit Lyonnais à la fin des années 1990 (avec la création du CDR). Pour le reste, les actifs les plus attractifs de la banque seront cédés. En bref, Dexia va disparaître.

Lundi soir, le gouvernement français hésitait à garantir le financement de cette nouvelle structure, provoquant une nouvelle nervosité des marchés le lendemain matin. Mardi, François Baroin dut promettre la garantie de l'Etat français. Mercredi, il fallait aussi assurer que ce sauvetage n'aurait aucune incidence sur l'endettement du pays, et donc le Triple A de la dette souveraine française. Baroin avait la réponse toute trouvée: cela « n'alourdira pas la dette de l'Etat français puisque, selon Eurostat, les garanties aux établissements financiers ne sont pas intégrées dans la dette publique ».

Dormez tranquille !

Takieddine se confesse
Pierre Mariani connaît sans doute Ziad Takieddine. L'ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy aurait dû voir passer quelques-uns des formulaires d'autorisation du montage fiscal des ventes de frégates à l'Arabie Saoudite (contrat Sawari II) ou des sous-marins au Pakistan (contrat Agosta), au coeur du Karachigate.

Ziad Takieddine, homme d'affaires dont l'implication dans ces ventes n'est plus à prouver, était à nouveau interrogé par le juge Renaud van Ruymbeke ce mercredi 5 octobre. Mais l'homme d'affaires veut faire annuler la procédure. D'après son avocat, une partie des investigations du juge, notamment les auditions de Dominique de Villepin et de Charles Millon, a été réalisée « hors saisine ». D'après le journaliste Fabrice Lhomme, à l'origine de nombreux scoops dans cette affaire, Takieddine menace mais se confesse peu: « pour l'instant, Ziad Takieddine ne "balance" pas, mais semble plutôt menacer de le faire, la nuance est importante. »

Effectivement, Takieddine a l'air heureux de pouvoir se confier: « La procédure s’accélère. Ca me convient parfaitement. Les éléments contenus dans le dossier le prouveront: je ne suis ni le payeur, ni le destinataire des éventuelles rétro-commissions que la justice recherche dans cette affaire ».




mercredi 5 octobre 2011

Comment Sarkozy "débranche" ses opposants

A tort ou à raison, l'équipe présidentielle a considéré qu'il fallait « débrancher » ses opposants de l'intérieur qu'étaient Dominique de Villepin et Jean-Louis Borloo. Quelques récentes révélations sur les méthodes de la cellule élyséenne sont édifiantes. A l'UMP, les primaires se déroulent en coulisses à coup de chantage, sondages et pressions.

Mardi, l'hebdomadaire l'Express ajoute une pièce au dossier des manipulations sarkozyennes. La compagne de François Hollande, journaliste chez Direct8, aurait été espionnée sur ordre par la DCRI.

Du show ...
Ce mardi matin, Nicolas Sarkozy est arrivé dans le Gard, près d'Alès. Des centaines de gendarmes avaient délogé la quinzaine de protestataires qui s'étaient rassemblés dès lundi soir sur la zone d'atterrissage de l'hélicoptère présidentiel. L'un des manifestants rapidement coffré raconte: « Au petit matin, de gendarmes étaient alignés au bord du terrain, comme pour une battue. Ils avaient des gilets pare-balles, c'était impressionnant. Des hommes en costume et cravate, probablement du service de sécurité de la présidence, se sont approchés et ont donné le signal. On a tous été interpellés ». Ces récalcitrants voulaient simplement rappeler leur opposition aux permis de forage de gaz de schiste accordés dans la région. Des permis que Nicolas Sarkozy avait déjà décidé d'abroger. Rien de grave, donc, mais insupportable pour les photos présidentielles du candidat en campagne.

Le Monarque avait de grandes choses à dire. Depuis la veille, lundi, on l'attendait plutôt sur le terrain financier. L'annonce, par les responsables de l'euro-group, que l'adoption de la prochaine tranche d'aide à la Grèce était reportée a provoqué un nouveau séisme boursier en Europe et ailleurs. L'euro a dévissé face au dollar. Angela Merkel a fait savoir qu'elle avait « parlé » à Papandréou, ce mardi.

Mais non, Sarkozy n'avait pas l'intention de déroger à son agenda anachronique. « Le don des protestants à la France c'est la liberté de conscience » a-t-il déclaré. « C'est un lieu où on célèbre la liberté de conscience, un lieu qui montre les ravages que produit l'intolérance. Je viens ici pour les protestants, mais c'est pour toute la France.»

Il a même repris à son compte l'article 10 de la déclaration des Droits de l'homme de 1789: « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses.»

Sans rire.

... à la cellule...
« L'affaire Borloo » n'a rien de grave, rien de judiciaire. Elle témoigne quand même de quelques moeurs politiques très en vogue à l'Elysée. Quand quelqu'un déplaît, on organise une cellule pour définir, roder puis mettre en oeuvre les éléments du complot visant à le décourager. Concernant Borloo, cette cellule était dirigée par Olivier Biancarelli, comme l'expliquait le Figaro. Celui-même qui deviendrait directeur de campagne de Nicolas Sarkozy depuis que Brice Hortefeux s'est disqualifié dans l'affaire Karachi.

Contre la candidature de Jean-Louis Borloo, l'Elysée a bien travaillé:
- au printemps dernier, une salve de sondages laissait croire à un public transi d'inquiétude qu'une candidature centriste dissidente pourrait empêcher Sarkozy d'un second tour.
- Pour faire contre-poids au sein du camp centriste, et mieux décourager l'entreprise de son ancien ministre, Nicolas Sarkozy misa également sur François Bayrou. De rendez-vous en explication, le rapprochement objectif vers le patron du Modem avait même contraint ce dernier à réaffirmer son indépendance début septembre lors de son université d'été: « Notre entreprise a échoué, le candidat désigné par l'Élysée s'appelle Bayrou. C'est une erreur. » a confirmé un proche de Borloo.
- Enfin, les soutiens parlementaires du président du parti radical valoisien furent un à un découragés ou, à défaut menacés de représailles électorales. Il y a trois mois, deux centristes avaient été attirés au gouvernement.

Mi-septembre, Borloo serait allé rencontrer discrètement Nicolas Sarkozy pour lui faire part de sa décision. La confidence anonyme de l'un des conseillers du Monarque fait froid dans le dos: « Nous savions que Borloo et Villepin étaient en train d'être débranchés. Mais nous ne savions pas quelles modalités Borloo allait choisir pour l'annoncer.»

Lundi, un député UMP, anonyme également, lâchait à un autre journaliste du Figaro: « Nicolas Sarkozy humilie souvent, ne sanctionne jamais, récompense rarement ».

Mardi, à propos du retrait de Borloo de la course présidentielle, Nicolas Sarkozy a eu ce commentaire ambigüe: « C'est plus courageux de renoncer que d'y aller ». Que risquait donc Borloo de si grave s'il s'était obstiné ?

... et l'espionnage.
Mardi, le site de l'Express jetait un autre pavé dans la marre des barbouzeries sarkozyennes: « Des sources policières concordantes, à plusieurs niveaux hiérarchiques, affirment à L'Express qu'au début de 2011, des fonctionnaires triés sur le volet, appartenant à une section de la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris, ont reçu l'ordre d'enquêter sur Valérie Trierweiler, journaliste à Paris Match et compagne du leader socialiste ».

Si les faits sont confirmés, s'agissait-il d'une simple enquête de personnalité que les ex-Renseignements généraux aiment tant pratiquer sur des personnages publics ? La préfecture de police de Paris a évidemment démenti.

Dans une autre affaire d'espionnage, de journalistes cette fois-ci, le procureur Philippe Courroye a obtenu quelque répis. Son audition avec la juge qui enquête sur son rôle dans l'espionnage de 3 journalistes du Monde, en juillet dernier, a été reportée.




mardi 4 octobre 2011

Nicolas Sarkozy accélère sa campagne

Jean-Louis Borloo est sorti de la course. A l'UMP, il paraît que des militants étaient soulagés. Sans doute n'ont-ils pas encore réalisé que les centristes déçus, électeurs ou militants, rejoindraient avec quelques difficultés le clan du Monarque.

Nicolas Sarkozy, lui, accélère sa campagne. Les socialistes tiennent-ils leur premier tour des primaires ce dimanche ? Qu'importe ! Sarkozy s'est incrusté à Berlin, le même jour, pour montrer qu'il défend l'euro. Et il se montrera social jusqu'au bout. Tenez... il vient de découvrir que les promesses d'accessibilité aux handicapés sont loin d'être tenues... Il a même rétabli l'allocation équivalent Retraite qu'il avait supprimée 4 fois déjà... Les statistiques de la délinquance sont-elles mauvaises ? Et alors ? On maquillera les statistiques d'ici décembre.

Evidemment, ces initiatives sont calibrées. Lui qui adore se faire photographier au milieu d'ouvriers casqués n'ira pas à Florange, ce mardi, pour assister à la fermeture du dernier haut fourneau de Lorraine.

S'agiter
Il l'a eu, son rendez-vous. Angela Merkel a accepté de recevoir Nicolas Sarkozy dimanche 9 octobre à Berlin. Ce jour-là se déroule le premier tour des primaires citoyennes, organisées par le parti socialiste. A l'Elysée, on vous expliquera qu'il n'y avait pas d'autre date possible. Après son entrevue avec le Premier ministre grec Georges Papandréou  vendredi dernier, Nicolas Sarkozy avait promis de se rendre « dans les prochains jours en Allemagne », prétendument pour « accélérer » la mise en oeuvre du plan de secours.

Quel volontarisme ! 14 des 17 pays membres de la zone euro ont déjà adopté le plan. Et depuis le 21 juillet dernier, date du sommet de l'eurogroup qui vit l'adoption de ce nouveau plan de sauvetage de la Grèce et d'un renforcement des moyens du Fond européen de Stabilisation financière, quel attentisme ! Le retard des Etats-membres à faire ratifier le dit plan par leurs parlements respectifs en a surpris plus d'un.

Promettre
Lundi, Nicolas Sarkozy a découvert que les personnes handicapées étaient mal servies par les établissements et infrastructures recevant du public. L'élection est dans 6 mois, mais, encore une fois, n'y voyez aucune coïncidence.

Sarkozy s'est donc montré avec neuf associations de personnes handicapées. Il a promis de faire appliquer dans son intégralité une loi de ... 2005. Avant les élections, tout est possible. Cette loi accordait 10 ans aux établissements recevant du public et aux transports collectifs pour garantir leur accès à toute personne handicapée. D'après le président de l'Association des paralysés de France, Jean-Marie Barbier, seuls 15% des établissements respectent actuellement la contrainte légale.

Le candidat Sarkozy a même promis d'augmenter de 40% d'ici 2013 (versus 2010) le budget consacré à l'accompagnement des enfants handicapés, pour le porter à 200 millions d'euros. Monsieur est trop généreux.

Le ministre de l'Education nationale Luc Chatel a complété les promesses électorales du candidat: « Nous avons décidé de recruter dorénavant des auxiliaires de vie scolaire avec des contrats de trois ans renouvelables, qui auront une meilleure formation ». Pourquoi ce revirement ? Luc Chatel a l'explication:  «Jusqu'à présent, c'étaient des contrats aidés, précaires, avec des formations insuffisantes.» ... Quel aveu.

Reporter
Pour la quatrième fois depuis 2007, Nicolas Sarkozy annule reporte la décision. Rappelez-vous en 2008, notre Monarque encore fringant voulait encourager le travail des seniors via la suppression des pré-retraites et autres dispositifs qui prétendument décourageait les plus de 50 ans de travailler plus longtemps. Parmi ces dispositifs à supprimer, l'Allocation Equivalent Retraite, qui devait être abrogée dès 2007, puis en 2008, puis en 2009... puis en 2011.

Mais crise oblige, Nicolas Sarkozy avait finalement décidé de la maintenir jusqu’à la fin 2009. Cette dernière assurait, jusqu'à 60 ans, un minimum de 968 euros par mois aux personnes (65 000 en 2008) qui, avant 60 ans, totalisaient 160 trimestres d'assurance vieillesse. Début 2011, l'AER était supprimée. Mais 6 mois plus tard, sur RMC, le ministre du travail semblait frappé par la grâce ou l'intelligence: « C'est vrai que c'était une injustice » a-t-il expliqué en annonçant son rétablissement. Pour faire bonne figure et nettoyer les bilans, on l'appellera désormais « allocation transitoire de solidarité ».

Quelle générosité... électorale ! Il faut se montrer social. Bien sûr, Nicolas Sarkozy, ce mardi, n'ira pas à Florange en Moselle. Alors que le dernier haut fourneau encore en activité en Lorraine va être mis à l'arrêt dans une usine d'Arcelor-Mittal, le Monarque préfère célébrer le classement au patrimoine mondial de l'UNESCO des Causses et des Cévennes. Il a peu de chances d'y rencontrer les ouvriers qui manifestaient leur rage, lundi 3 octobre.

Maquiller
Le gouvernement a donné des instructions pour maquiller les statistiques de la délinquance. Cette accusation gravissime émane du député socialiste Jean-Jacques Urvoas. Il se base sur deux circulaires de la gendarmerie, qu'il publie sur son blog. La première, datée du 23 septembre dernier, demande aux gendarmes d' « opérer un placement judicieux des forces », via, notamment, le recours aux élèves-gendarmes, aux motocyclistes et à la garde nationale, pour « assurer une meilleure visibilité sur le terrain ». Il n'y aura pas de renfort d'effectifs, RGPP oblige. Mais il faut améliorer la visibilité.

L'autre circulaire, du 15 septembre dernier, est encore plus pernicieuse. Elle traite des relevés des actes de délinquance qu'il convient d'alléger. Ainsi, « on note trop souvent des usages de stupéfiants qui "pèsent" sur la délinquance globale. Vous ferez en sorte... », écrit le directeur général de la gendarmerie nationale, «... que l'intérêt des enquêteurs se focalise sur les trafics (...) ».

Quelques lignes plus loin, il demande à ses subordonnés de s'assurer « que les enquêteurs s'attachent à établir la réalité des faits afin de ne pas procéder à l'enregistrement infondé des agressions ». Il explique qu'en matière d'atteintes volontaires à l'intégrité physique, « plusieurs centaines d'infractions sont (...) insuffisamment caractérisées ». Dans la même circulaire, le DG de la gendarmerie demande à ce que l'usage frauduleux de cartes bleues ne fasse plus l'objet d'un enregistrement de plaintes, puisque l'indemnisation des victimes « n'y est pas soumise ».

Que la vie est simple en Sarkofrance !

lundi 3 octobre 2011

Borloo renonce, Sarkozy soulagé ?

Jean-Louis Borloo a finalement renoncé à être candidat. On s'en doutait. Il l'a confirmé dimanche soir. C'est le signe d'une grave inquiétude, à droite.

L'adoption des prochaines réformes sarkozyennes sera plus compliquée. Le Sénat est à gauche et son nouveau président socialiste a été élu dès le premier tour. Il y a peu de réformes à voter d'ici les prochains scrutins présidentiel et législatifs de 2012. Nicolas Sarkozy n'a ni idée, ni énergie, ni argent pour entreprendre quoique ce soit d'ambitieux d'ici la fin de son mandat. Il masque son inaction par des rencontres et des discours.

Dans 48 heures, Ziad Takieddine sera auditionné par le juge Renaud van Ruymbeke. Cet homme d'affaires si encombrant a décidé de parler, mais jusqu'à où ?

La confusion à droite
Le Sénat s'est donc doté, sans surprise, de son premier président socialiste, Jean-Pierre Bel. Depuis la perte de la majorité sénatoriale par l'UMP et la droite le dimanche précédent, on s'attendait à ce résultat, obtenu samedi dès le premier tour, par 179 voix contre 134 à Gérard Larcher (UMP) et 29 à Valérie Létard (centre).

Immédiatement, Bernard Accoyer, le président UMP de l'Assemblée Nationale, a félicité le nouvel élu: « Je forme le voeu que nos assemblées continuent à travailler ensemble dans les meilleurs conditions pour servir au mieux la République dans le contexte international et européen délicat que travers la France ». François Fillon a prévenu qu'il inviterait Jean-Pierre Bel à Matignon. Après bientôt 10 ans de pouvoir UMP sans partage, ces signes d'ouverture sont cocasses.

Mauvaise perdante, Chantal Jouanno a dénoté dans ce concert de louanges: «Il faut respecter nos valeurs à nous. Pour moi, le Sénat c'est une assemblée de travail de fond. La seule que je ne supporterai pas ici, c'est que ça devienne une caisse de résonance de la rue de Solférino ». Que les sénateurs et députés UMP soient traités et considérés comme des simples porte-voix de l'Elysée ne semblait pas gêner outre mesure cette ancienne conseillère de Nicolas Sarkozy.

Dimanche soir sur TF1, Jean-Louis Borloo a annoncé qu'il renonçait  à se présenter à l'élection présidentielle. Les pressions élyséennes ont eu raison de l'ambition de l'ancien ministre. Jean-Marie Bockel, ancien secrétaire d'Etat s'est déclaré « surpris ». François Bayrou s'est réjoui intérieurement. A l'Elysée, on pouvait souffler, ou pas.

Jean-Louis Borloo ne jouera pas le rôle de faux opposant du premier tour et vrai rallié du second qu'on voulait lui faire jouer.

Nicolas Sarkozy reste seul avec son bilan et ses affaires. 

Les inculpés se défendent
Ziad Takieddine sera à nouveau interrogé par le juge van Ruymbeke ce mercredi. Cette audience « avec le juge permettra d'entrer dans le vif du sujet » a expliqué son avocat. On tremble ou on savoure d'avance, c'est selon. L'encombrant ami a changé de tactique. Désormais, il parle. « Il y a comme un sanglier blessé au milieu du champ de maïs » a commenté un avocat.

Nicolas Bazire, autre inculpé de l'affaire Karachi, s'est également défendu pendant sa garde à vue. A propos des rétrocommissions et remises de fonds occultes, il ne dément pas leur existence. Il a juste confirmé au juge qu'il n'était pas impliqué :  « c’est vraisemblablement un système existant pour dissimuler l’ensemble des destinataires de ces fonds. Il n’entrait pas dans mes fonctions de l’époque de me prononcer sur ce système. Je n’ai pas d’avis autorisé.»

Pas d'avis « autorisé » ? Autorisé par qui ?

Sur le versement de 10 millions de francs en espèces le 26 avril 1995 sur le compte de campagne d'Edouard Balladur, Bazire se contente de le trouver... maladroit. Quel délice ! « Avec le recul, je trouve maladroit d’avoir procédé à ce versement unique en fin de période ».

Hortefeux s'explique
Dimanche, dans les colonnes du JDD, Brice Hortefeux a tenté de démentir toute mise à l'écart. Il ne veut pas croire qu'il a été mis sur la touche:
Vous trouvez normal qu’il ne vous appelle pas?
Nous avons des relations personnelles que je n’ai jamais commentées en trente-cinq ans d’amitié, si ce n’est pour témoigner de la détermination de Nicolas Sarkozy au service des Français.
Cela ressemble à un lâchage…
Les liens que j’ai avec le président de la République sont inoxydables.

 Depuis 3 semaines déjà, il a multiplié les bourdes et les gaffes. Il a livré des explications partielles sur son intervention auprès de Thierry Gaubert, l'un des proches de Nicolas Sarkozy mis en examen voici 15 jours. On l'accuse d'avoir eu accès au dossier de l'instruction : « Un site Internet a publié le 13 septembre des informations concernant "un témoin" accablant Thierry Gaubert. Connaissant bien la famille et sachant que celui-ci était en plein divorce, j’ai eu une première indication sur l’identité du témoin. Cela est devenu une quasi-certitude lorsque j’ai appris que Mme Gaubert avait le même cabinet d’avocats que Mme Takieddine. C’est donc très logiquement, comme chacun l’aurait fait, que j’ai appelé Thierry Gaubert, le 14 septembre, pour évoquer cela avec lui. »

Mais l'ancien ministre n'a toujours pas répondu à l'autre accusation: était-il normal qu'il prévienne Gaubert avant sa future interpellation par le juge ?

Sarkozy, absent
Nicolas Sarkozy, justement, reste silencieux. Un conseiller anonyme a réagi pour lui. « Il n’y a pas du tout de lâchage. Brice reste son ami. Nicolas Bazire aussi. Simplement, le Président a compris que ses adversaires voulaient l’attirer dans le chaudron des affaires et de la politique politicienne. Eh bien, il ne leur fera pas ce cadeau. Jusqu’à la fin de l’année, il s’occupera exclusivement des préoccupations des Français. En 2012, viendra le temps de la politique ».

Le Monarque n'est plus là. Dans quelques heures, quelques jours, il sera de nouveau papa. Il espérait sans doute que cette nouvelle paternité, à 56 ans, lui donnerait quelques avantages sur le candidat Dominique Strauss-Kahn. Le scenario était pensé avec 9 mois d'avance avant. Mais le 14 mai dernier, DSK a terminé sa carrière présidentielle dans une suite numérotée 2806 au Sofitel de New-York. Nicolas Sarkozy s'est retrouvé seul, face à une primaire socialiste incertaine, des affaires judiciaires en cascade, une impasse économique et une crise de confiance sur les marchés financiers.

En attendant, il occupe ses journées à faire semblant de gouverner. Son agenda de la semaine est encore une fois très électoral: un rendez-vous lundi avec des associations de personnes handicapées « sur la scolarisation des enfants handicapés », un autre le lendemain dans le Gard pour célébrer le patrimoine des Causses; la remise d'un prix obscur sur le Travail (le Prix Européen Pour l'Insertion des Travailleurs Extra ordinaires) avant un déjeuner avec « des personnalités de la société civile sur la question de la petite enfance ». Handicap, petite enfance, travailleurs extraordinaires... le show est bien cadré.

Le TGV de trop
Jeudi dernier, Sarkozy avait paradé devant un nouveau TGV au Maroc. On a d'abord vu une diversion diplomatique habituelle. On a oublié que ce TGV soulevait d'autres questions. Deux jours avant ce déplacement, Larbi, un blogueur marocain avait publié une lettre au président français: « Cher Monsieur Sarkozy, La France va mal, les finances publiques se dégradent, le secteur bancaire vacille, le Sénat bascule à gauche, les scandales politico-financiers se bousculent, votre popularité est au plus bas… pas de problème, vous allez enfin souffler un peu avec votre virée au Maroc dans deux jours. »

Le projet de TGV a été adopté sans aucun appel d'offre. L'Allemagne s'en est agacé. Le prix a été plusieurs fois réévalué à la hausse: 1,8 milliard d'euros au total, dont 920 millions d’euros prêtés par la France au Maroc et un contrat de 400 millions d’euros pour la fabrication des rames attribués à Alsthom. L'affaire n'était finalement qu'une compensation complaisante accordée par le royaume marocain à la Sarkofrance après un nouveau refus d'acheter quelques avions Rafale à Dassault.

Quel honneur !


dimanche 2 octobre 2011

Sarkozy est-il épuisé par les affaires ?

Les révélations se succèdent, mais l'on s'y perd.Takieddine, Gaubert, Hortefeux, Bourgi ou une princesse yougoslave, les noms s'empilent. Karachigate, Agosta, Sawari, Miksa... les affaires se mélangent. La nausée monte.

Parfois, il faut s'arrêter, prendre du recul et comprendre où l'on est. Voici donc les quelques nouvelles de la semaine sur cette fin de règne sarkozyen.

Le juge a retrouvé les 10 millions ! 
Il y a des coïncidences coûteuses. 10 millions de francs est le prix de l'une d'entre elles. Le même jour, la même somme, 10 millions de francs (1,5 millions d'euros) a été trouvée à deux endroits.

Le juge Renaud van Ruymbeke a mis la main sur un échéancier de paiement du contrat Sawari II. Ce dernier, négocié par le gouvernement Balladur, avec le concours  l'homme d'affaires Takieddine, prévoyait la livraison d'équipements militaires français à l'Arabie Saoudite en 1995. Il rapporta quelque 200 millions d'euros de commissions à Ziad Takieddine, d'après les informations publiées dans la presse.

Jeudi 29 septembre, France Info révélait que le juge avait mis la main sur l'échéancier de paiement. Renaud van Ruymbeke y a trouvé une échéance de 10 millions de francs (1,5 millions d'euros): le contrat à peine signé en décembre 1994, le ministère de la Défense avait réclamé « un acompte de 10 millions de francs à verser impérativement avant le 31 mars 1995 ». L'Arabie Saoudite paya les 10 millions de francs le 26 avril 1995. le même jour, 10 millions de francs en espèces étaient versées sur le compte de campagne d'Edouard Balladur. Comme l'a expliqué Fabrice Arfi de Mediapart, qui a publie ledit échéancier, un acompte aussi petit et pressé est ... curieux: « Pour un contrat alors chiffré à 18,8 milliards de francs, réclamer le versement d'un acompte de dix millions – soit environ 0,05 % du marché – relève du jamais vu dans le milieu de l'armement et, surtout, ne recouvre aucune justification industrielle ou financière ».

Takieddine commence à parler
D'abord sur BFM-TV (jeudi), puis à Libération (samedi), l'homme d'affaires a pris la parole. On a appris cette semaine qu'il avait été mis en examen une seconde fois, pour faux témoignage. Son ex-épouse, Nicola Johnson, est l'une des récentes sources d'information du juge Renaud van Ruymbeke.

Sur BFM, Takieddine a réclamé la levée total du secret-défense dans l'affaire de Karachi. Quelle surprise ! Les ministres et défenseurs de Sarkozy dans cette affaire expliquent depuis des mois qu'il n'y a plus rien à déclassifier. Deuxième « exigence » de cet ami de Jean-François Copé, il aimerait être reçu par Nicolas Sarkozy lui-même... A Libération, il accuse Dominique de Villepin d'avoir empoché des commissions sur ces mêmes contrats pour le compte de Jacques Chirac, avant 2007.

Takieddine affirme aussi avoir toujours agi en « mission officielle » dans ses négociations et contacts avec l'Arabie Saoudite (1994 puis 2002), Syrie (2007) et Libye (2005): « Chacune de mes interventions correspondait à une mission officielle. Je suis allé voir Kadhafi en Libye ou Assad en Syrie uniquement sur autorisation et demande express de la part du président de la République, relayée par Claude Guéant (...) Tous mes actes depuis 1993, tous mes agissements avec la France ont toujours été dans l'intérêt de l'Etat. Je n'ai rien fait sans autorisation complète des décisionnaires.»

Hortefeux se débat dans ses bourdes
« J’ai été entendu comme témoin à ma demande. J’ai pu préciser et démontrer que je n’avais eu aucun accès à des éléments de l’enquête et de la procédure judiciaire. Les policiers ont repris le script de la conversation avec Thierry Gaubert et demandé des explications. C’était une audition normale avec des questions précises et fouillées ». C'est l'explication qu'il a donné à Arnaud Leparmentier, du Monde, peu après avoir été interrogé, à sa demande, par la police judiciaire.

On reproche à Hortefeux deux choses différentes: le 14 septembre, il a prévenu Thierry Gaubert, un proche de Sarkozy, que sa femme « balançait beaucoup » au juge van Ruymbeke, qui enquête sur l'existence de rétrocommissions dans les ventes Agosta et Sawari II. Le 20 septembre, Gaubert était mis en examen. Hélène Gaubert confiait aussi qu'elle avait reçu des menaces à la même période. Sur cette accusation d'entrave à la justice, Hortefeux ne répond pas.

En second lieu, on se demande comment Hortefeux a-t-il eu accès au dossier de l'instruction. Aux policiers, il a raconté qu'il n'avait que lu la presse... Sur France 2, vendredi soir, il compléta: « J'ai eu une première intuition qui s'est transformée en quasi-certitude quand j'ai appris qu'Hélène Gaubert avait pris le même cabinet d'avocats que Mme Takieddine».

L'ancien ministre a visiblement été écarté du dispositif présidentiel. Depuis le 21 septembre dernier, date de la révélation du scandale, Sarkozy ne l'a pas contacté. Avec un tel gaffeur comme collaborateur direct, on comprend.


Robert Bourgi, manipulé par l'Elysée ?
L'avocat avait créé le trouble, quelques heures durant voici 3 semaines. Intermédiaire et ami de chefs d'Etat africain, il avait accusé Chirac et Villepin d'avoir reçu une vingtaine de millions de dollars en espèces en 1995 et 2005 de la part d'autocrates de Françafrique. Ces « révélations », connues de tous mais jamais étayées par une quelconque preuve, servaient de belle diversion à un moment où deux autres dossiers faisaient surface. Il s'agissait

Cette semaine, Robert Bourgi a été entendu par la police. La diversion a fait pschitt. L'hebdomadaire Jeune Afrique a dévoilé comment l'Elysée a voulu récupérer l'opération Bourgi.
L’avocat est convoqué à l’Élysée l’après-midi à 16 h 30, après un passage dans le bureau de Guéant, Place Beauvau. Il y entre par la grille du Coq. Le président l’attend, furieux : « C’est du grand n’importe quoi ! Ce que tu dis va servir nos ennemis ! Qu’est-ce qui t’a pris ? »
Puis l’orage passé, on discute, en présence de Guéant, sur le thème du comment limiter les dégâts et peut-être du comment exploiter ce qui peut l’être. Est-ce au cours de cet entretien qu’est mis au point le plan médiatique du lendemain et qu’est échafaudée l’idée d’ajouter Jean-Marie Le Pen sur la liste des bénéficiaires de valises ? Bourgi, on l’a dit, est muet sur cela, mais c’est possible et peut-être probable.

Ami sarkozyste, as-tu compris ?


Notes
  • Agosta est le nom d'un contrat de vente de sous-marins français au Pakistan en 1994.
  • Sawari II est le nom d'un contrat de vente de frégates françaises à l'Arabie Saoudite en 1994.
  • Miksa désigne la vente, avortée, d'équipement de surveillance à l'Arabie Saoudite en 2002.
  • Le contrat Amesys  la vente, réussie, d'équipements de surveillance par la France à la Libye de Kadhafi en 2005/2007.

samedi 1 octobre 2011

230ème semaine de Sarkofrance: finalement, Sarkozy a peur

Toute la semaine, il a fait comme si de rien n'était. Il ne s'est pas exprimé publiquement sur le climat délétère, la défaite sénatoriale, les instructions judiciaires qui atteignent ses proches. Nicolas Sarkozy a préféré louer son bilan universitaire, le soutien à la Grèce surendettée, ou le lancement d'un TGV au Maroc.

Mais en coulisses, il enrage de ces coups qu'il juge trop bas; cherche à remotiver ses troupes encore une fois.

Et il a peur.

La peur du fiasco
La semaine avait mal commencé. Nicolas Sarkozy venait de perdre son Sénat, la veille. A l'Elysée, il convoqua François Fillon et Jean-François Copé. Puis le lendemain, quelques autres ténors de Sarkofrance. Il était choqué et en rage. Il accusa les défaites passées (municipales, cantonales, régionales), qui ont réduit le nombre de grands électeurs de droite pour assurer, comme à chaque scrutin sénatorial intermédiaire depuis 1958, une confortable majorité à droite. Ce changement de majorité risque aussi de freiner l'adoption des dernières (rares) réformes sarkozyennes, ou permettre de lancer des quelques commissions d'enquête.


Pour remotiver ses troupes, le Monarque avait peu d'arguments. Il dénonça la calomnie malgré les preuves; et voulait rester optimiste dans l'épreuve. Cette semaine, il a aussi « labouré » ses thèmes favoris de campagne (famille, universités, Alzheimer), et ciblé quelques « communautés » électorales clés (cinéastes, seniors, arméniens).

A droite, on se reprend à douter de sa capacité à gagner la prochaine élection présidentielle. Jeudi soir sur France 2, Alain Juppé s'est dépensé pour convaincre de tout le bien qu'il pensait de la candidature du Monarque. Mais au passage, il confia qu'on n'était jamais à l'abri d'une surprise. Quel soutien !

A gauche, la primaire socialiste se déroule sans accroc, ou presque.

La peur de la Bourse
Nicolas Sarkozy est-il otage des marchés et des agences de notation ? La situation boursière l'angoisse. Pour 2012, son projet de loi de finances, le dernier de son mandat, affiche encore des comptes publics détestables.Près de 50 milliards d'euros iront encore régler nos agios. Au second trimestre, la dette publique de la France s'est accru de 46 milliards d'euros en 3 mois, pour atteindre 1.692 milliards d'euros à fin juin 2011. Quand Sarkozy est devenu président, elle n'était « que » de 1.250 milliards d'euros.

Cet homme-là ose encore donner des leçons de gestion.

Le projet de budget a été déposé pour examen à l'Assemblée nationale mercredi. Le coup de rabot sur les niches fiscales est encore modeste (11 milliards d'euros, comme en 2011). A ce rythme-là, il faudra attendre cinq ou six ans avant d'espérer approcher l'équilibre. La ministre du budget Valérie Pécresse promet que la dette publique baissera... à partir de 2013. La pauvre ne sait même pas où elle sera l'an prochain. Pour l'heure, ce projet de budget est déséquilibré, insuffisant et truffé de gadgets. Il repose sur une hypothèse de croissance de 1,75% (dégradée de 0,75 point l'été dernier), alors que la plupart des instituts nous promettent 0,8%. Les plus fortunés sont, comme souvent, plutôt épargnés: une micro-taxe temporaire de 3% pour les très riches, un relèvement d'un point des prélèvements sur les revenus du patrimoine, et une taxation progressive des plus-values immobilières des résidences principales qui ne frappe pas que les riches. En revanche, certaines réductions de crédits (-30.000 enseignants, policiers et autres fonctionnaires; -15% des crédits pour l'emploi; -7% des indemnités d'arrêt maladie dans le projet de financement de la Sécu), financièrement modestes, auront des conséquences désastreuses pour le plus grand nombre.

Bref, Pécresse, comme Sarkozy, espère bien convaincre agences et marchés de leur crédibilité. Vendredi, le Monarque pouvait souffler. La veille, les députés allemands ont voté en faveur du plan de sauvetage de la Grèce proposé le 21 juillet dernier. Ce vote angoissait l'Elysée au plus haut point. En juillet dernier, Nicolas Sarkozy nous avait présenté les décisions du sommet européen comme « la » solution miracle. Mais ces grandes mesures estivales, adoptées dans l'urgence des agences de notation et d'une nième crise de l'euro, nécessitaient une ratification des parlements des 17 Etats membres. Et oui. Il nous fallait 17 ratifications. Il en manque encore 3, dont la récalcitrante et minuscule Slovaquie.

Chez Nicolas Sarkozy, le problème se cache souvent dans les détails. Les communiqués de victoire sont souvent publiés avant la fin des combats. Vendredi matin, le président pouvait accueillir sereinement le premier ministre grec Papandréou. A l'issue d'une réunion qu'il voulait symbolique, le Monarque s'exprima, exceptionnellement, sur le perron de l'Elysée, avec micro et solennité:  « Lorsqu'un membre de la famille éprouve des difficultés, les autres membres de la famille doivent l'aider. »

Et ses conseillers tentent de convaincre Angela Merkel d'un mini-sommet improvisé à Berlin ... le 9 octobre, jour du premier tour de la primaire socialiste. Quelle coïncidence ! 

Ces petites manipulations médiatiques ne sauraient cacher l'essentiel.

La peur du juge
Il n'y a pas que le climat économique qui est détestable. La multiplication des affaires et leurs rebondissements ont définitivement pourri cette fin de mandat. La presse est à nouveau unanime, ou presque : « Nicolas Sarkozy regarde ses hommes tomber » (L'Express), « Les coulisses d'une fin de règne » (Le Nouvel Obs); « Un parfum de fin de règne » (Le Point); « les affaires continuent » (Marianne)

Lundi, Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, monte en défense. Il affirme que rien ne lie Sarkozy à l'affaire Karachi. Le retour de bâton est cinglant. En direct sur le plateau de France2 puis ensuite sur le site de Mediapart, Edwy Plenel exhibe six documents incontestables et incontestés qui placent Nicolas Sarkozy, comme quelques-autres, au coeur du scandale. Trois jours plus tard, le coup se complète. Ziad Takieddine se confie à BFM TV et samedi à Libération. Il a été mis en examen une seconde fois, par un autre juge, pour faux témoignage. Il a décidé de parler. Il ne dit pas tout, mais il balance davantage. Il réclame une levée totale du secret défense sur les contrats d'équipement militaire qui le concerne. On croyait, comme nous l'avait encore expliqué tous les défenseurs du Monarque, qu'il avait été levé sur toutes les pièces nécessaires à l'instruction... Takieddine explique aussi qu'il a toujours agi sur ordre de Sarkozy dans ses négociations avec l'Arabie Saoudite (contrat Miksa, 2003), la Libye (depuis 2007) ou la Libye (2005-2007). Il appelle Sarkozy « le patron ».

Le même jour, Brice Hortefeux fait une autre bourde. Le Nouvel Observateur révèle que l'ancien ministre a estimé que l'avocat des familles de victimes de l'attentat de Karachi mériterait d'être « fracassé ». Ce dernier a porté plainte.

Mercredi, le choc est tout aussi grand. Philippe Courroye, l'ami des dîners, décoré d'une Légion d'honneur comme tant d'autres, allait être mis en examen pour son rôle dans l'espionnage de trois journalistes du Monde en juillet 2010 dans l'affaire Woerth/Bettencourt.
Un procureur de la République mis en examen ! Vendredi, la juge Isabelle Prévost-Déprez était entendue à la Cour d'appel de Versailles. Certains voudraient nous faire craindre une sanction. La juge s'était confiée dans le livre Sarko m'a Tuer. Elle y rapportait un témoignage embarrassant mais officieux, démenti depuis, sur le financement illégal de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. L'ancienne comptable de Liliane Bettencourt, autre témoin, confirme à Libération: (1) Nicolas et Cécilia Sarkozy visitaient régulièrement la milliardaire avant 2007; et (2) Patrice de Maistre lui a demandé de retirer 50.000 euros pour la campagne de Sarkozy.

L'étau se resserre. Et Sarkozy est contraint à faire sauter ses fusibles. Les hommes du président sont un à un écartés du premier cercle.

Après les mises en examen de deux proches du Monarque, Brice Hortefeux est allé s'expliquer chez la police judiciaire de Nanterre: « J’ai pu préciser et démontrer que je n’avais eu aucun accès à des éléments de l’enquête et de la procédure judiciaire » a-t-il déclaré à sa sortie. Vendredi soir sur France2, Hortefeux a baragouiné de mauvaises explications sur ses appels à Thierry Gaubert, ce proche de Sarkozy finalement inculpé la semaine dernière. Il aurait eu « l'intuition » que l'épouse de Gaubert parlait beaucoup au juge... Des écoutes téléphoniques avaient montré qu'il avait prévenu Thierry Gaubert, l'un des futurs mis en examen, avant son interpellation. Avec cette confession accélérée, Hortefeux espère avoir recouvrer quelque crédit. Sarkozy, depuis 15 jours et du propre aveu du ministre, ne l'a toujours pas appelé.

« Tout cela est infâme. C'est toujours les mêmes, comme par hasard. C'est toujours la même volonté de nuire.» Nicolas Sarkozy était en rage. 

Ami sarkozyste, où es-tu ?