lundi 7 novembre 2011

Le paradis fiscal de Nicolas Sarkozy

« Nous ne voulons plus de paradis fiscaux. Le message est très clair ».  Vendredi dernier, le discours de clôture du G20 sarkozyen a suscité peu de commentaires. Le monde avait la tête ailleurs, en Grèce, en Italie. Une courte séquence pourtant méritait l'attention, celle où Nicolas Sarkozy s'exprimait sur les paradis fiscaux.

Notre Monarque a promis « la publication à chacun de nos sommets de la liste des pays qui ne feront pas ce qu'il faut pour sortir d'un comportement inadmissible ». Fichtre ! Il était sacrément en colère.

Evidemment vantard, il ajoutait : « je voudrai vous demander de vous souvenir qu'à Londres, il y a trois ans, j'avais dû menacer de quitter la salle si une liste des juridictions non coopératives - car à l'époque on ne prononçait même pas le mot paradis fiscal ... » Quel menteur !

Ce serait donc grâce à Nicolas Sarkozy si l'expression même de paradis fiscal était enfin employé dans les communiqués officiels de ce genre de manifestation internationale. C'est faux. Lisez donc cette déclaration des chefs d'Etat d'un précédent G8, à Okinawa, en juillet 2000. Notre futur monarque était encore en pleine traversée du désert post-trahison balladurienne.
« Nous accueillons favorablement le rapport de l’OCDE sur les progrès réalisés dans l’identification et l’élimination des pratiques fiscales dommageables, qui comprend deux listes : d’une part, certaines juridictions qui remplissent les critères des paradis fiscaux, d’autre part, des régimes potentiellement dommageables parmi les pays membres de l’OCDE. Par ailleurs, nous nous félicitons des engagements publics déjà pris par certaines juridictions pour éliminer les pratiques fiscales dommageables et nous appelons toutes les juridictions à en faire autant.»
On se croirait en 2011. Onze ans plus tard, rien ou si peu n'a changé. Le communiqué final du G20 mentionnait aussi un généreux appel: « nous appelons toutes les juridictions à prendre les mesures nécessaires pour remédier aux défaillances constatées. Ceci concerne notamment les onze juridictions dont le cadre a été jugé insuffisant par le Forum mondial ».

Quel farceur, ce Sarkozy ! 

Il est co-prince d'Andorre. Connaissez-vous Andorre ? Et que penser de l'autre protectorat français, la micro-principauté de Monaco ? On en vient à se demander si nous attribuons la même définition à l'expression de paradis fiscal que les autorités françaises ? En fait, Nicolas Sarkozy veut améliorer la transparence, c'est-à-dire que l'expatriation fiscale soit moins opaque. Mais comprenons-nous bien. Notre Monarque n'entend pas batailler contre la concurrence fiscale, y compris au sein même de l'Europe. Prenez donc Andorre: on y paye ni impôt sur le revenu, ni TVA. Croyez-vous que cela dérange son co-prince Nicolas ? 

En octobre 2008, Barack Obama s'exclamait: « il y a un bâtiment dans les îles Caïmans qui abrite 18.000 entreprises. Soit c'est le plus grand bâtiment du monde, soit c'est le plus grand schéma d'évasion fiscale du monde ». Pourquoi ni les Etats-Unis ni la France n'ont-ils déclaré la guerre - la vraie, celle avec des soldats et des armes - aux îles Caïmans ?

Comme le rappelait un alter-mondialiste qui manifestait à Monaco début novembre, il existe une mesure bien simple pour faire pression contre ces vrais paradis : retirer les garanties publiques attribuées aux banques qui y ont des succursales.

Depuis les premières déclarations d'intentions du G20 au printemps 2009, quelque 700 accords de coopération fiscale ont été signés, belle performance !  On nous explique aussi que  14 milliards d'euros ont été rapatriés en deux ans ici ou là, et pas seulement qu'en France. Sur 500 milliards, estimation incroyable, l'effort reste faible. Pour sortir de l'infamante catégorie des paradis fiscaux, certains Etats paradisiaques ont signé des accords de transparence... entre eux. Cruelle ironie, c'est le Figaro qui nous rappelait l'affaire ce vendredi de clôture de G20: « Monaco a ainsi signé avec Andorre, l'Autriche, le Liechtenstein et, plus exotique, avec les Bahamas mais refuse toujours de le faire avec l'Italie. A regarder dans le détail, les 14 milliards ne viennent pas uniquement de l'échange d'informations mais aussi d'amnisties fiscales ou de politiques de régularisation. »

On appelle cela se foutre de la gueule du monde. 




Samedi, Nicolas Sarkozy recevait quelques ministres et le premier d'entre eux, pour caler les derniers arbitrages de sa nouvelle tranche de rigueur. Le matin même, en déplacement public en Savoie, Fillon avait promis que « le budget 2012 sera l'un des budgets les plus rigoureux depuis 1945 ».

En coulisses, on nous vend d'énormes « surprises », un relèvement de la TVA sur la restauration (sacrilège !). Sarkozy a même convoqué un conseil exceptionnel des ministres lundi.

Dette oblige, Nicolas Sarkozy n'aime plus les paradis fiscaux. Quand il était avocat d'affaires, notamment pour le laboratoires Servier, il excellait à conseiller comment placer quelque fortune en Suisse. Ce temps est révolu.

Il faut récupérer ces milliards perdus.


dimanche 6 novembre 2011

Dépenses de com': le nouveau scandale de Sarkofrance

Il nous l'avait promis, juré, craché. Le directeur de cabinet de la présidence de la République, expliquait en 2009 à qui voulait l'entendre que les pratiques sondagières de l'Elysée avaient été normalisées. Deux ans plus tard, la Cour des Comptes nous dévoile comment le gouvernement tout entier dépense les deniers publics pour sa communication politique... ou le coaching de ses ministres par des conseillers élyséens.

En 2008 déjà...
En juin 2009, la Cour des Comptes avait levé un sacré lièvre en épluchant les comptes de l'Elysée de l'année précédente: Patrick Buisson, conseiller d'opinion du Monarque, décoré de Légion d'Honneur dès septembre 2007 par son ami/employeur Nicolas Sarkozy s'était vu confier la supervision de sondages pour le compte de l'Elysée. Cette assistance,via sa société Publifact, valait 1,5 million d'euros d'argent public par an. Un autre sondeur, Pierre Giacometti , conseiller de campagne devenu conseiller présidentiel, était également richement rémunéré (358.000 euros par an), via sa société, pour de similaires prestations. Mieux, plus d'une centaine de sondages ainsi financés par l'Elysée étaient ensuite publiés dans la presse (le Figaro, LCI) sans mention du commanditaire élyséen. Enfin, c'était l'institut Opinionway qui avait récupéré, sans appel d'offre non plus, l'essentiel de ses sondages pour le compte de Buisson.

L'affaire était juteuse, la manipulation de l'opinion publique évidente.

Trois ans plus tard, certains croyaient l'affaire close. La plainte pour favoritisme déposée par l'association Anticor fut classée sans suite. Et le nouveau directeur de cabinet de l'Elysée - après le départ d'Emmanuelle Mignon pour le secrétariat général d'Europacorp, avait promis le ménage.

Bien sûr, quelques observateurs vigilants relevaient ici ou là de curieuses enquêtes. Comme cette dernière, relayée par le Figaro, sur le caractère (non)présidentiable de ... François Hollande: quel intérêt autre qu'électoral ? Ou cette autre étude d'OpinionWay, publiée par le Figaro, sur la prestation télévisée de Sarkozy le 27 octobre: l'institut avait trouvé 58% des Français téléspectateurs quand en réalité ils n'étaient que 25%. Ou cette autre encore, qualitative, sur les motivations des électeurs tentés par le Front National.

Dans son dernier rapport en juillet dernier, la Cour des Comptes s'inquiétait à nouveau: Patrick Buisson et Pierre Giacometti avaient signé l'an dernier de nouveaux contrats dont « la rémunération est désormais forfaitisée sur une base mensuelle de 18.538 euros pour l'une et 7.176 euros pour l'autre, soit un coût global annuel de 308.568 euros, plus élevé que ce que prévoyaient les dispositions antérieures mais avec un contrôle plus resserré des frais annexes (déplacements et restauration) ». Et la Cour jugeait impossible de mesurer « l'adéquation » des prestations fournies « avec leur rémunération ».

Coûteuse communication
Mercredi, le site Présidentielle2012 édité par France Télévisions publiait un autre rapport de la Cour des Comptes, 159 pages, remis le 17 octobre dernier à la Commission des finances de l'Assemblée nationale. Et les révélations qu'il contient sont la triste confirmation que les manipulations de l'opinion publique sont toujours à l'oeuvre en Sarkofrance. L'analyse de la Cour des comptes portait cette fois-ci sur les dépenses de communication des ministères. Elle a ciblé 10 activités: économie, finances et industrie (Lagarde puis Baroin); budget, comptes publics, fonction publique et réforme de l’Etat (Woerth, puis Baroin, puis Pécresse) ; défense et anciens combattants (Alliot-Marie, Juppé, Longuet); éducation nationale, jeunesse et vie associative (Darcos, Chatel) ; enseignement supérieur et recherche (Pécresse); culture et communication (Albanel, Mitterrand) ; affaires étrangères et européennes (Kouchner, Alliot-Marie, Juppé, Wauquiez) ; intérieur, outre-mer, collectivités territoriales et immigration (Besson, Hortefeux, Guéant) ; justice et libertés (Dati, Alliot-Marie, Mercier) ; et écologie, développement durable, transport et logement (Borloo puis Koscisuko-Morizet)

Entre 2006 et 2010, celles-ci ont flambé, passant de 95 millions d'euros à 133 millions d'euros, soit 41 % d’augmentation et 600 millions sur la période. 14% des sommes ont été engagées par les cabinets des ministres directement. En 2010, les dépenses de communication de ces 10 ministères ont totalisé 112 millions d'euros, pour l'essentiel concentrés sur les 3 plus gros ministères Défense (28 millions), Ecologie (33 millions) et Economie/Finances (20 millions).

En 2009, la Présidence avait planqué son budget de communication et sondages à Matignon. Seuls les études sur l'image personnelle de Nicolas Sarkozy restaient du ressort de l'Elysée. Pour le reste, le Service d'Informations du Gouvernement (SIG) a vu ses moyens progresser de 5,6 millions d’euros en 2009 à 27 millions en 2011. Et le tout, sans que les autres budgets de communication des ministères ne baissent. L'argument d'une meilleure centralisation et optimisation des dépenses au sein du SIG n'a convaincu personne: « l’augmentation des moyens duSIG ne s’est pas traduite par une diminution corrélative des budgets de communication des ministères». Au contraire, la Cour note que le projet de mutualisation des études et sondages a été abandonné.

En matière de communication, les dépenses d'achat d'espace ont concerné surtout la télévision (29% du total) et la radio (16% du total). La presse a bénéficié d'un coup de pouce, non reconduit, en 2009 (40 millions d'euros versus 20 millions l'année précédente). En télévision, TF1 a capté près de 60% des investissements pub TV, une part plus importante que sa stricte part de l'audience globale.

Des milliers de sondages
Le SIG dépense en moyenne 2,4 millions d'euros par an pour les seuls sondages et enquêtes d'opinion. Les ministères dépensent en plus entre 2 et 4 millions d'euros par an en sondages.

Le SIG est ainsi destinataire de plus de 800 sondages par an, dont 700 via des abonnements à 8 instituts et une centaine supplémentaires qu'il a spécifiquement commandé (458 au total en 4 ans). En 5 ans de mandat Sarkozy, ce seront donc près de 2.600 sondages d'opinion commandés ou décortiqués par les services du premier ministre !

Depuis 2007, le nombre de sondages agréés par le SIG, une procédure obligatoire, décroît régulièrement. Mais, lucide, la Cour s'interroge : « Il n’est pas facile de déterminer si cette baisse correspond à une diminution effective du recours aux études et sondages ou à un contournement croissant des procédures d’agrément. » Globalement, les sondages pèsent peu dans les dépenses de communication (0,3% de l'ensemble), sauf « au sein du ministère de la défense (8 %), du ministère de l’éducation nationale (12 %) et des ministères économiques et financiers(11 %), où elles ont d’ailleurs fortement augmenté depuis 2006. Elles représentent également une part non négligeable (11 %) des dépenses du SIG.»

Le recours aux prestataires externes est aussi épinglé par la Cour: « De manière générale, les relations entre les administrations et ces prestataires externes ne sont pas toujours conformes aux règles de la commande publique. Les règles de mise en concurrence sont parfois méconnues, sur le fondement d’une interprétation discutable du code des marchés publics. L’exécution des marchés et le contrôle du service fait ne sont pas toujours correctement assurés. L’urgence et la confidentialité qui caractérisent une partie de ces prestations expliquent, sans les justifier, certaines des pratiques constatées. »


Drôles d'enquêtes aux ministères
Certains ministres se sont commandés des études sans rapport avec leur activité. La Cour y consacre un chapitre. Ces ministres ont suivi le mauvais exemple donné par Nicolas Sarkozy: « le financement, sur deniers publics, de sondages relatifs à l’image personnelle des ministres ou à des sujets éloignés de l’action du gouvernement, prête à discussion ».

Ainsi, Laurent Wauquiez s'est fait payer 15.284 euros d'études sur « la perception de l’image et de l’action du secrétaire d’Etat à l’emploi » (TNS Sofres, 2010), avec des questions sur « la notoriété et l’image du ministre (dynamisme, sympathie, courage, modernité, sincérité, etc.), la perception de sa politique par rapport à celle de ses prédécesseurs et sa sensibilité politique (droite libérale ou droite sociale)».

Quand elle était ministre, Rachida Dati a commandé deux enquêtes en juillet puis novembre 2007 sur sa propre image, intitulées « baromètre de suivi de l’opinion sur l’actualité du ministère de la justice et l’action du ministre » (coût total : 60 948,16 € TTC). « Le rapport d’analyse de la première vague était structuré en sept rubriques dont l’une concernait l’image du ministre ; à cet égard, les sondés étaient invités à dire, pour une série de qualificatifs (« volontaire », « travailleuse », « dynamique », « tenace », « ouverte au dialogue », « à l’écoute des préoccupations des gens »,« rassembleuse »…), s’ils s’appliquaient « plutôt bien ou mal à Rachida Dati, le ministre de la justice». Lors de la seconde vague, les questions portaient aussi sur "sur la manière dont les médias parlent de Rachida Dati depuis qu’elle est ministre de la Justice" ».

Les ministres Mitterrand, Alliot-Marie et Darcos ont eu recours à l'institut Mediascopie pour évaluer leurs prestations télévisées.

Quelques études sans rapport avec l'activité du ministre commanditaire ont été réalisées en réalité pour l'Elysée. Ainsi, Gérard Longuet, à peine nommé ministre de la Défense en avril dernier, a commandé une enquête sur « la progression du Front national ; le rôle du Premier ministre et du secrétaire général del’UMP ; le conflit entre François Fillon et Jean-François Copé ». »

Comme leur Monarque, les ministres sont friands de « conseil stratégique en communication », une catégorie de conseil qui recouvre un large éventail de prestations, comme le relève Mediapart: «recommandations opérationnelles, des coaching ou media-training, voire de l'assistance à la communication de crise ».

Pierre Giacometti, conseiller profitable
Parmi ces prestataires, on y retrouve le fameux Pierre Giacometti, ancien patron d'Ipsos, conseiller de Nicolas Sarkozy et qui a monté une profitable affaire depuis mai 2007. Le conseiller élyséen a monté sa propre société en mai 2007, Giacometti-Péron. Et depuis, les affaires vont bien.

Il a ainsi conclu deux contrats pour le compte du Premier ministre et de deux membres du gouvernement, en 2008 et 2009, qui « ont donné lieu, entre mai 2008 et juillet 2011, à des paiements d’un montant total de 694 059 € HT ». Et le tout... sans appel d'offre ! Fantastique !

Le ministère de l'intérieur, alors dirigé par Brice Hortefeux, a aussi fait travailler la société du conseiller du patron, pour 200.000 euros (« dont près de la moitié hors marché »).

Le 12 novembre 2009, quelques jours après le lancement du fameux débat sur l'identité nationale, Eric Besson a commandé au même Giacometti du « coaching en image pour le ministre ». La commande initiale était pour une durée de5 mois et 105 248,00€. Une prestation reconduite pour le reste de l'année et 76.000 euros supplémentaires.

Autre conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson préside la chaîne thématique Histoire, filiale de TF1. En mai 2008, cette dernière a reçu 100.000 euros de parrainage du ministère de la Culture. Un partenariat augmenté et reconduit pour les saisons 2009-2010 et 2010-2011. Ainsi, le ministère des affaires étrangères d'Alliot-Marie a fait appel à la société GALICIE Consulting SARL, pour un montant de 39 984 € HT sans appel d'offre.

samedi 5 novembre 2011

235ème semaine de Sarkofrance: le dernier show de Sarkozy

Cette semaine devait marquer l'aboutissement d'une longue séquence internationale, préparée avec soin par Nicolas Sarkozy et ses conseillers. C'était même son dernier grand show. Le lieu était idéal, Cannes, toutes les « guests » avaient confirmé leur présence. Et au centre de la scène, immense et bleue, notre Monarque jouait à domicile.

Il y a un an, Nicolas Sarkozy achevait l'adoption de la réforme des retraites, et accélérait sa « transformation » médiatique en Président protecteur et rassembleur. Son agenda devait être international, car il voulait laisser François Fillon et son gouvernement gérer son piteux bilan. A Sarkozy les affaires du monde, à Fillon les embarras de la gestion quotidienne.

Un an de préparation
La présidence française des G8 et G20 était le point d'orgue de cette opération de présidentialisation accélérée, avant le Grand Scrutin de mai 2012. Sarkozy nous avait promis de grandes choses. Ce G20 était sa chose, une sorte de gouvernement du monde qu'il aurait lui-même organisé. Le fiasco de la gouvernance européenne ne l'avait pas découragé. Grâce à Lui, les 20 plus grands et leurs ministres parleraient de tout: régulation des marchés financiers et agricoles, lutte contre la fraude fiscale, développement d'Internet, amélioration de la santé et des conditions sociales, etc.

L'année, évidemment,ne s'est pas déroulée comme prévu: Sarkozy a été ridiculisé par Wikileaks, déstabilisé par le scandale du Karachigate, dépassé par le printemps arabe. Après un nième remaniement au printemps dernier pour cause de disqualification de Michèle Alliot-Marie, il avait repris la main avec « sa » guerre en Libye. Le dictateur déchu Kadhafi avait même été tué juste à temps pour la grande célébration du G20 à Cannes, les 3 et 4 novembre. 

C'était sans compter la crise financière. Pendant un an, Sarkozy a beaucoup parlé des affaires du monde, et très peu agit.

Le président français était d'abord et inévitablement contraint de suivre Angela Merkel. L'économie allemande a recouvré une santé relative, le chômage y est plus bas qu'ailleurs en Europe, les comptes moins déséquilibrés, et le commerce extérieur à nouveau florissant. Le bilan français fait pâle figure. La Sarkofrance bat tous les records: un surendettement à 1.700 milliards d'euros, un déficit commercial de 75 milliards d'euros, et un déficit budgétaire structurel aggravé. En 2007, le candidat Sarkozy nous promettait d'alléger de 68 milliards d'euros en 5 ans les prélèvements obligatoires du pays. Ces derniers ont au contraire augmenté, et la dette publique s'est accru de 400 milliards. Bref, Sarkozy n'avait plus aucune marge de manoeuvre. Et cette 12 mois écoulés ressemblaient davantage à un « Koh-Lanta du Triple A » .

Nicolas devait donc régulièrement applaudir Angela, parfois après quelque simulacre de négociation.

La semaine dernière, un accord à l'arraché avait été obtenu à Bruxelles pour « sauver » l'euro, l'Europe, la Grèce et le Monde. Sarkozy nous l'avait bien dit, le soir même à la télévision. Il avait fallu attendre le weekend pour en connaître les véritables détails. Ainsi, notre Monarque avait omis de nous préciser que les Etats de l'eurozone s'interdisaient désormais toutes mesures budgétaires d'importance sans en référer à leurs voisins.

L'imprévu grec
Lundi, coup de tonnerre. En fin de journée, le premier ministre grec annonça qu'il organiserait un référendum sur le « nouveau nouveau » plan de sauvetage financier adopté le 26 octobre dernier. Ce dernier prévoit notamment l'effacement de 50% de la dette grecque. C'était le troisième en 18 mois, qui promettait l'abandon de 106 milliards d'euros de créances bancaires privées, après quelque 240 milliards d'euros déjà consommés. Georges Papandréou se heurtait à de multiples oppositions internes, à gauche comme à droite, une situation économique toujours catastrophique, des plans d'austérité en cascade et des recettes fiscales qui ne rentrent. Papandréou jouait son vatout, le retour au peuple, un vote incroyable qui lèverait toutes les hypocrisies.

A l'Elysée, on s'est très vite dit « consterné ». Sarkozy ne digérait pas l'affront. Le monarque n'avait rien anticipé, même si Papandréou avait prévenu de cette éventualité. Sarkozy n'avait même pas pris la peine de décrocher son téléphone de Puissant pour calmer le parti conservateur, par ailleurs largement co-responsable de la situation. Non, Sarkozy ne pensait qu'à lui. Et il enrageait contre ce Grec qui lui foirait son dernier grand spectacle international.

Mardi, les bourses plongeaient une à une. Les traders n'aiment pas les incertitudes démocratiques. Il faut aussi avouer que la situation était cocasse. A quoi donc pouvait servir ce référendum ? Refuser les 350 milliards d'euros de garanties bancaires ? A gauche ou au centre, certains applaudissaient l'initiative désespérée. Sarkozy raccourcit ses 6 jours de vacances. Il s'était réfugié avec Carla et Giulia au château de la Lanterne. Il rentra à Paris s'exclamer sur le perron de l'Elysée que « La France tient à rappeler que le plan adopté jeudi dernier à l'unanimité par les 17 États de la zone euro est la seule voie possible pour résoudre le problème de la dette grecque. » Le lendemain, le couple Merkel/Sarkozy convoquaient « l'indigné » grec à Cannes. Il le firent poireauter deux heures avant une engueulade à huit-clos puis une conférence de presse Sarko/Merkel, sans Papandréou. On allait même lui écrire la question à poser pour son référendum !

Sarkozy fut grossier. Son impolitesse narcissique fut largement critiquée. Pas un mot de solidarité, de compréhension, de soutien à l'encontre de Papandréou: « il est clair que la question qui se trouve posée, c'est celle de l'avenir européen de la Grèce. La Grèce veut-elle ou non restée dans la zone euro ? » C'était à n'y rien comprendre. Sept jours auparavant, Sarkozy considérait qu'une faillite de la Grèce serait une catastrophe mondiale. Et ce mercredi, le couple « Merkozy » menaçait la Grèce de lui couper les vivres !

Notre Monarque se comportait comme un roitelet qui avait perdu les nerfs.
 

Jeudi, le fameux G20 pouvait démarrer. La crise grecque nous avait fait oublié l'échec de cette présidence française: un an de palabres G20tièmes et de conférences bien vaines pour parvenir à de maigres résultats. Le nombre de réunions rebaptisées G20 avec toutes sortes de technocrates qui débouchaient sur des communiqués lénifiants a été impressionnant. Et finalement, que retiendra-t-on de tout ça ? Rien.

Le ratage de cette opération internationale sarkozyenne a été total.

A Cannes, le stress était palpable encore jeudi. Une conférence de presse de Barroso et Van Rompuy fut annulée à la dernière minute l'après-midi. Le soir, Sarkozy se montrait les traits tirés. Il avait pris 10 ans en quelques heures. Le lendemain matin, le gouvernement grec abandonnait son projet de référendum. La peur du vide avait convaincu l'hypocrite opposition conservatrice du pays de ratifier le plan de sauvetage. Quel soulagement ! Pour que bonheur fut complet, la si « masculine » BCE baissait son taux directeur.

Le G20 pouvait se clôturer sur un communiqué triomphant, une longue litanie de promesses en tous genres qui, comme les précédentes depuis 30 mois, ne déboucheront sur rien ou pas grand chose: une taxe sur les transactions financières internationales sera étudiée par quelques pays, le G20 veut «renforcer les investissements dans le secteur agricole», et le protectionnisme est récusé. Sarkozy a même déclaré qu'il ne voulait plus de paradis fiscaux... Quelles avancées !

On retiendra aussi que l'Italie de Berlusconi est désormais sous surveillance: « Le problème qui est en jeu et qui a été clairement identifié, tant par les autorités italiennes que par leur partenaires, est un manque de crédibilité des mesures qui ont été annoncées » a confirmé Christine Lagarde. Le britannique David Cameron, de son côté, a avoué qu'il se préparait à une disparition de l'euro.

Lundi, François Fillon présentera une nouvelle vague d'économies. Sarkozy n'assume pas les mauvaises nouvelles.

Le show, ses coulisses...
Ce G20, G vraiment vain, fut l'occasion d'une mise en scène digne des plus grands festivals. La conférence était au Palais des Festival, une immense bunker à l'esthétique immonde mais qui accueille chaque année le Festival international du Film vers la mi-mai. L'an prochain, les dates ont été décalées pour cause d'élection présidentielle. Pour l'instant, nous étions à Cannes mais il pleuvait.

Le protocole avait évité d'utiliser l'entrée principale, celle des fameuses marches que les stars cinématographiques montent chaque mois de mai sous les flashes des photographes. Il avait préféré l'entrée arrière, face à la mer. Une immense salle de réunion avait été aménagée. Une dizaine de milliers de policiers et gendarmes sécurisaient la région. La Ligue nationale de football avait dû décaler tous les matches des deux premières divisions qui avaient été initialement prévus ces deux jours-là, faute de forces de l'ordre disponibles.

A Cannes, les photographes, caméramen et journalistes étaient nombreux. Il y eut des couacs, comme cette interminable attente de Nicolas Sarkozy devant les flashes, pendant 8 longues minutes. Hu Jintao était en retard mais ne boudait pas. Le Figaro se dépêcha de nous rassurer.

Il y eut aussi ce double dîner, jeudi soir, d'abord franco-chinois, puis entre dirigeants du G20. Sarkozy ne voulait rater aucune occasion de se montrer. Et il avait besoin de la Chine pour renflouer son Fond européen.

Jeudi, cette mini-conférence de presse Sarkozy/Obama réjouit la presse et le public. Le président américain livra cette incroyable vanne à l'encontre de son homologue français: « Je suis sûr que Giulia a hérité du physique de sa mère, plutôt que de celui de son père, ce qui est une très bonne chose ». Le soir, Sarkozy se montra à nouveau, pour une vingtaine d'inutiles minutes. Il était trop pour annoncer quoique ce soit.

Et vendredi, les deux présidents se présentèrent à la télévision française, assis dans deux fauteuils visiblement inconfortables, une quinzaine de minutes durant. Nicolas voulait montrer combien il est ami de Barack. « Nous avons un lien excellent. (...) Nicolas a toujours été un partenaire ouvert. » commenta sobrement le président américain. « Barack a raison. Nous devons faire notre travail ». Pour un peu, les deux se seraient claqués la bise en public.

... et les a-côtés
A Paris, Ziad Takieddine, homme d'affaires et proche de Jean-François Copé, confiait au juge Renaud van Ruymbeke qu'un vaste réseau de rétrocommissions occultes avait perduré après l'élection de Jacques Chirac en 1995, en marge des contrats de ventes de frégates à l'Arabie Saoudite signées par le gouvernement Balladur. Et si ce système a « perduré », c'est bien qu'il était en place, n'est-ce pas ?

Autre scandale, mercredi, un rapport non publié de la Cour des Comptes sur les dépenses de communication des 10 principaux ministères nous éclairait sur quelques sales pratiques de Sarkofrance. Un conseiller du Monarque, Pierre Giacometti, déjà rémunéré par la Présidence, faisait travailler sa société (créée en mai 2007 !) pour le compte de quelques ministères, le plus souvent sans appel d'offre: coaching d'Eric Besson en 2009/2010, conseil stratégique pour François Fillon, études pour Brice Hortefeux l'an dernier, etc. Près d'un million d'euros d'argent public ont ainsi été dépensés. On nage en plein conflit d'intérêt, mais Giacometti n'y voit aucun problème.

Ami sarkozyste, ton mentor a-t-il vraiment sauvé le monde ? Ou sa place ?


vendredi 4 novembre 2011

A Cannes, Sarkozy vise la Palme du narcissisme

Sarkozy en voulait à Papandreou, mais s'en fichait de la Grèce. Il pleuvait, à Cannes, pour ce G20 plombé par la crise grecque. Nicolas Sarkjozy voulait coûte que coûte réussir son show. Peu importait les résultats concrets, le Monarque s'adressait aux Français. Il fallait qu'on le voit donner des leçons, lancer ses injonctions, prodiguer ses conseils.

Il était sur la Croisette, celle du Festival de Cannes.

Sa propre tribune avait été dressée sur la scène du Palais, où l'on délivre chaque année en mai des Palmes d'or. Et cette année, il avait bien l'intention de l'obtenir pour lui.

Sus à la Grèce !
La Grèce fut donc « sommée » de s'expliquer. La réunion, mercredi soir à Cannes, entre les dirigeants européens et leur collègue grec George Panpadréou, fut paraît-il « tendue », à en croire le compte-rendu d'Arnaud Leparmentier. Quelques heures plus tard, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy montaient sur une gigantesque tribune dressée pour le G20 pour annoncer les décisions du moment. « Ultimatum », « sommation », le vocabulaire était militaire, ce jeudi matin, pour relater cette séquence d'ouverture du G20.

Georges Papandreou avait peut-être évité un coup d'Etat militaire dans son pays. Il n'évita pas l'impolitesse du couple Sarkozy/Merkel ni l'austérité. Vers le 4 décembre prochain, les Grecs auront le choix entre l'austérité imposée ou l'austérité approuvée. Triste choix pour un triste sort. Paradoxalement, Papandreou a rendu un fier service à l'eurozone.

Notre confrère Mecialex rappelait l'interminable liste des efforts de rigueur imposés au pays: augmentation des impôts, allongement des durées de cotisations retraites, non-remplacement de neuf fonctionnaires sur 10, hausse de la TVA, etc. Il n'était pas difficile de comprendre que la tâche était ardue, que l'opposition serait forte, que les réactions seraient violentes. L'opposition de droite, alliée à l'UMP de Sarkozy et à la CDU de Mme Merkel au Parlement européen, n'a d'ailleurs cessé de jouer les hypocrites pour mieux récupérer le maroquin ministériel. Un peu plus tard, jeudi à Cannes, Sarkozy s'excusa même de toute ingérence dans les affaires intérieures grecques. Qui est courageux ? « Je n'ai pas à m'insérer dans le débat politique grec qui est déjà assez compliqué comme ça ».

Que dire de Goldman Sachs, la banque qui conseilla la Grèce - alors sous gouvernement conservateur - pour s'endetter encore davantage et mentir sur son bilan, la banque qui fut l'employeur du nouveau patron de la BCE ? Bref, la situation grecque est évidemment bien plus complexe que la présentation, comme souvent caricaturale, que Nicolas Sarkozy en fit ce mercredi soir à Cannes.

Sarkozy grossier
Notre Monarque fut brutalement discourtois, grossièrement énervé comme un gamin contrarié. Il fallait l'écouter, les mains agrippant son pupitre, lisant son texte tout en levant de temps à autre la tête d'un regard accusateur: « nous voulons une réponse qui soit ferme, coordonnée et définitive, qui passe par les décisions qui ont été adoptées le 27 octobre à Bruxelles à l'unanimité des 17 pays de la zone euro. » Puis vint le mépris : « nous sommes prêts à aider la Grèce, car la solidarité est à la base de la construction européenne, .... comme l'est aussi le principe de loyauté. Mais cela implique que la Grèce de son côté remplisse ses engagements. » Papandréou était prévenu. D'ailleurs, il n'avait pas été convié à cette explication publique.

Retenons la séquence: Merkel et Sarkozy, le fameux couple surnommé « Merkozy » avait « convoqué » le premier ministre d'un Etat souverain, le firent attendre deux heures avant de le recevoir dans un salon cannois. Puis, l'explication/engueulade étant passée, le couple Merkozy déboula devant les journalistes pour 22 minutes de leçons... et de menaces : la 6ème tranche de l'aide décidée le 27 octobre ne sera versée à la Grèce que lorsque « toute incertitude aura été levée ». La démocratie est une incertitude insupportable pour les marchés... et notre Monarque.

« Compte tenu de la gravité de la situation, nous lançons un appel pour qu'un consensus politique puisse être rapidement réuni en Grèce. (...) S'agissant du référendum qui a été annoncé, il est clair à nos yeux que le principe d'en appeler aux peuples est toujours légitime, mais il est clair également que nous ne pouvons rester dans une situation d'incertitude prolongée. (...) il est clair que la question qui se trouve posée, c'est celle de l'avenir européen de la Grèce. La Grèce veut-elle ou non restée dans la zone euro ? »


Jamais, ni là ni ailleurs, Nicolas Sarkozy n'eut-il un seul mot de compréhension à l'encontre de Georges Papandreou. Il est comme ça, Nicolas. Il est mauvais joueur et égoïste.

Le Festival de Sarko-Cannes
Jeudi, le lendemain, le premier ministre grec acceptait son sacrifice personnel: s'il obtenait un vote de confiance au prochain référendum, il se retirerait. En France, notre petit président français pouvait ouvrir son show cannois, le G20. A le voir se précipiter accueillir les uns, faire semblant de converser avec les autres quand il marchait dans les couloirs (qui a besoin de faire des messes basses en public à ce niveau de responsabilité ?), on comprenait l'importance toute narcissique, presque infantile, que Sarkozy accordait à ce conclave des ex-plus riches du monde.

Après le ratage grec, il y eut la boutade américaine. Barack Obama eut une façon toute personnelle de saluer la naissance de la petite Giuila Sarkozy, au papa Nicolas déjà âgé: « Je suis sûr que Giulia a hérité du physique de sa mère, plutôt que de celui de son père, ce qui est une très bonne chose ».

A la fin de sa première journée cannoise, pourtant sans aucun résultat concret sur les sujets du moment, Nicolas Sarkozy tenait « sa » conférence de presse, tout seul pour une grosse vingtaine de minutes. Il était chez lui, c'était son Festival de Cannes. Il était d'ailleurs dans la grande salle Lumière du Palais des Festivals, celle-là même où se déroulent toutes les grandes projections officielles, en mai de chaque année, et les cérémonies de palmarès des Festivals cannois. « Une si grande scène pour un si petit homme... » commenta Cyriel Martin, journaliste au Point.

Sarkozy n'avait pas grand chose à dire, mais il était seul sur l'estrade, et c'était sans doute ce qui comptait. Ainsi, « l'essentiel des débats furent consacrés au sujet de la zone euro, nous voulons aller très vite dans la mise en place du FESF », nous le savions déjà. « S'agissant de la Grèce je dirais simplement que les choses progressent, nous suivons la situation avec beaucoup d'attention. Le message adressé à l'ensemble de la classe politique grecque hier a facilité une prise de conscience qui, si elle est confirmée, sera saluée unanimement ».

Il répéta ensuite son agenda, pourtant déjà disqualifié. La France est ainsi favorable à une taxe sur les transactions financières internationales: « Je suis persuadé qu'elle est techniquement possible, financièrement indispensable et moralement incontournable ». Mais, et nous le savions déjà, « il n’y a pas consensus, certains pays y sont très opposés ». Le projet est planté. Sarkozy avait aussi quelques portes ouvertes à enfoncer: « les pays les plus pauvres ne peuvent être les victimes de la crise une deuxième fois ». mais Sarkozy avait besoin de se refaire une bonne conscience devant quelques journalistes. A Paris, son premier collaborateur Fillon recevait les banques françaises pour leur demander, une nouvelle fois sans effet depuis 3 ans, de modérer leurs ardeurs en matière de bonus des traders. 

Evidemment, il dût reconnaître qu'il doutait de l'application d'un réel plan de rigueur en Italie. Silvio Berlusconi, l'ancien meilleur ami transalpin de notre Monarque, avait promis des mesures d'austérité. En vain. Son prétendu conseil des ministres d'urgence, mercredi soir, n'avait rien donné, malgré un « ultimatum » du couple Merkozy. Il y a 10 jours, Sarkozy avait moqué son ami Berlusconi. Ce jeudi à Cannes, il était déjà plus indulgent: « Je veux dire ma confiance dans l'économie italienne, une des plus fortes du monde ».

Nicolas Sarkozy avait davantage d'attention pour Hu Jintao, le président chinois, à qui l'Europe espère soutirer une centaine de milliards d'euros pour son Fond Européen de Stabilité Financière. Rien que ça. Mais jeudi, il n'avait rien à annoncer: « il faut mettre d'accord beaucoup de gens ».

Un vrai bordel
Ah ? Mais pourquoi cette intervention prématurée ?

En coulisses, on savait que la situation était plus grave, moins solidaire, plus déchirée. Barack Obama a demandé à ce que le FMI renforce son rôle, et non le FESF (« Nous avons besoin de construire une enceinte de protection. Le FMI doit avoir un rôle de soutien important » ). La présidente brésilienne s'est inquiétée de l'impact de la crise européenne sur le commerce mondial.

L'eurozone n'est plus crédible, mais Sarkozy s'agite.

Seule surprise de la journée, il n'a pas fallu attendre 24 heures depuis la fin du mandat de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque Centrale Européenne pour que cette dernière annonce une baisse de son taux directeur, ce qui dopa les valeurs bancaires en Bourse. 

A Paris, on apprenait que les dépenses de communication de notre Monarque avaient encore dérapé, 50% d'augmentation depuis le début du mandat Sarkozy. Bel effort ! La Cour des Comptes, auteure de l'alerte, n'avait pas encore inclus les dépenses de ce sommet cannois.



jeudi 3 novembre 2011

Sarkozy est à Cannes mais Takieddine balance à Paris

Nicolas Sarkozy tente de sauver les apparences à Cannes, où démarre « son » G20. On saura jeudi soir si les premiers échanges limiteront le fiasco. L'annonce du premier ministre grec, lundi soir, de l'organisation d'un référendum, a sabordé tout le bénéfice des maigres efforts de la semaine précédente pour renflouer la Grèce.

A Paris, un ancien proche, celui-même qui avait tenté de négocier la vente d'équipements de surveillance auprès du colonel Kadhafi pour le compte du ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy, commençait à se rebiffer. Samedi dernier, dans l'inquiétude de ces journées imprévues, Dominique de Villepin avait discrètement rendu visite à Nicolas Sarkozy et Claide Guéant.

Effervescence cannoise
Après une panique boursière un mardi de Toussaint, les places ont recouvré quelque calme. Les dirigeants européens, Sarkozy et Merkel en tête, avaient tenté de convaincre que le référendum populaire proposé par l'iconoclaste premier ministre grec serait finalement bien encadré. Le suspense a duré la journée, permettant d'attendre la clôture des marchés pour s'engueuler. Il n'était pas anodin que la convocation du premier ministre ministre ait été convenue pour la fin de la journée. On confia aussi que Sarkozy et Obama enregistreraient une interview télévisée d'un gros quart d'heure vendredi 4 novembre pour TF1 et France2.

Les sourires étaient tout de même coincés, mercredi en fin d'après-midi, parmi les participants au sommet du G20 qui débute ce jeudi. Un porte-parole grec expliqua que le référendum ne porterait que sur le plan de sauvetage et non sur la participation à l'euro ou à l'Europe.

Ailleurs à Paris, un autre homme se confiait publiquement. Ziad Takieddine, proche ami de Jean-François Copé et ancien fidèle des réseaux sarkozyens, semblait décidé à confier ce qu'il savait des filières de financement politique occulte depuis 1995. Voici une affaire « vieille de 17 ans » comme disait lui-même Nicolas Sarkozy la semaine dernière qui allait enfin livrer peut être tous ses secrets.

Après les confessions du frère d'un « suicidé » en marge de l'affaire Karachi le weekend dernier, Nicolas Sarkozy se serait bien passé de ce nouveau coup d'éclat. L'homme d'affaires Ziad Takieddine, ancien proche des réseaux du chef de l'Etat, a visiblement décidé de « passer à table ». Mis en examen pour recel d'abus de bien sociaux depuis l'été dernier, ce dernier a mal pris d'avoir été lâché en rase campagne devant les juges.

Commissions ou honoraires ?
Lundi 31 octobre puis mercredi 2 novembre, Takieddine était à nouveau interrogé par le juge Renaud van Ruymbeke. D'après le JDD, il aurait déjà avoué avoir reçu des « honoraires » sur le contrat de vente de sous-marins Agosta au Pakistan en 1994. Trente millions de francs, rien que ça, dont le juge van Ruymbeke soupçonne qu'une partie, 10 millions de francs (1,5 millions d'euros), soit retournée ensuite alimentée le compte de campagne du candidat Balladur. Mercredi, Takieddine nie encore.

Qui croire ?

Takieddine a aussi récusé toute rétro-commission (c'est-à-dire tout retour de commission occulte du Pakistan vers la France): « Il n'y a pas eu d'arrêt de commissions, il n'y a pas eu retrocommissions. Il y a eu un détournement de destinataires de ces commissions, non contractuels, cachés de tout le monde ».

D'après Europe1 et le Monde, il a ainsi transmis une note détaillant les noms, les numéros de compte en banque « un système de corruption très étendu » versées à l'occasion des contrats de vente d'armes Agosta (avec le Pakistan) et Sawari II (avec l'Arabie Saoudite) par le gouvernement Balladur. Takieddine a précisé au Monde qu'il n'avait « jamais touché un euro venant de l'argent des citoyens français ». D'après les journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme, l'intermédiaire s'expose ainsi car (1) il a enfin accès au dossier depuis sa mise en examen l'été dernier et (2) il n'a plus grand chose à perdre depuis la disqualification des deux régimes dont il était proches, le libyen Kadhafi et le Syrien Assad. Takieddine comprend qu'il ne sert plus à rien, sauf s'il disparaissait.

Autant parler, et se venger.

220 millions d'euros pour Chirac ?
« Aujourd'hui, le juge a des éléments assez pertinents pour savoir qui a touché quoi, comment et pourquoi », a-t-il déclaré à Europe 1 mercredi soir. « J'ai donné tous les détails d'un système, je l'ai écrit ».

Pour bien faire, l'homme d'affaire a choisi de mouiller le clan Chirac: «Je découvre aujourd’hui que les accords n’ont pas été respectés. 1 milliard 400 millions s’est envolé dans la nature » avait-il expliqué au Monde. A Europe 1, il complète encore: « Il n'y a pas eu d'arrêt des commissions, les contrats n'ont pas été arrêtés mais substitués et tous les montants ont été encaissés par la France ». Il accuse Dominique de Villepin « qui se tenait derrière ».

Cette somme de 1,4 milliard de francs aurait donc été détournée, via une filiale d'une « grande banque française », à Genève, au profit d'un « système bis » pour le clan Chirac. Le tout « aucun contrat » précise Takieddine. En d'autres termes, Chirac a interrompu les contrats « justifiant » le versement de commissions mais ces dernières ont été versées jusqu'à leur terme....

Ou pour Alexandre Djouhri ?
Il est même précis, Monsieur Takieddine, il dénonce à nouveau son grand rival Alexandre Djouhri, toujours ami de Dominique de Villepin mais intermédiaire désormais bien introduit à l'Elysée version Sarkoland. C'est un autre intermédiaire - on s'y perd - proche de Djourhi, un certain Wahib Nacer, qui « aurait joué un rôle essentiel dans ce nouveau dispositif, à travers deux sociétés, Parinvest et Issham », dixit Le Monde.

Sur son site, Parinvest déclare de nombreuses compétences, des fusions/acquisitions au conseil stratégique.

Dimanche dernier, on apprenait déjà que, d'après des extraits de procès verbal d'audition de Ziad Takieddine cités par le JDD « en remplacement des sociétés Rabor et Estar dont les contrats ont été détruits, il y a eu trois destinataires, (...) une partie a bénéficié à une société qui représente M. Chirac. Une autre partie a bénéficié à une société qui représente M. Villepin. La troisième société est celle de M. Djouhri qui chapeaute les trois sociétés ».

Ces confessions, dont nous n'avons qu'un extrait, risquent d'être explosives. Takieddine joue au fauve blessé, il balance, et parfois trop loin, accusant, ce mercredi 2 novembre, un système « qui a existé dans le passé, qui existe aujourd'hui, existera toujours quand il ne sera pas arrêté ». Il n'aime pas qu'on pense qu'il a touché des commissions: « j'ai touché des honoraires, pas des commissions » s'est-il exclamé sur Europe1 ce mercredi.
« je tiens à préciser que les commissions n'ont pas été arrêtées ».

Villepin reçu chez Sarkozy
Ce weekend, Dominique de Villepin a été reçu au Château de la Lanterne par Nicolas Sarkozy ce weekend, en toute discrétion. L'ancien premier ministre avait été facilement « débranché ». On a voulu nous faire croire qu'il discutait de sa dernière annonce, réclamant 20 milliards d'euros de nouvelles économies pour le plan de rigueur français.

Claude Guéant, ancien comparse de négociation de Ziad Takieddine puis Alexandre Djouhri, était présent. Et l'info est sortie du Figaro, quelques heures avant l'audition de Ziad Takieddine par le juge van Ruymbeke.

La coïncidence était troublante.


Bazire, encore chez le juge
L'ami et témoin de mariage de Nicolas Sarkozy était encore chez le juge ce même mercredi.


Coïncidence ?




"Je mets en cause un système de corruption étendu" par Europe1fr

mercredi 2 novembre 2011

Sarkozy: Papandreou achève le ratage français du G20

Mercredi 2 novembre, Nicolas Sarkozy est retourné « travailler » après quasiment une semaine de repos. Ses jours de repos à la luxueuse résidence de la Lanterne ont été gâchés par l'annonce surprise d'un référendum grec. Mardi, les Bourses s'effondraient partout, tirées vers le bas par les valeurs bancaires. En quelques heures, les faibles bénéfices du sommet européen de la semaine dernière étaient effacés.

A l'Elysée, on croyait arriver à Cannes avec l'accord européen du 26 octobre comme unique et maigre trophée pour ce G20 cannois.

Peine perdue ! le fiasco sera total.

Sarko au repos
Nous ne savons plus quel « éditorialiste » professionnel avait repris à son compte l'une des critiques UMPistes contre François Hollande la semaine dernière. Le candidat socialiste s'était pris quelques jours de congés, pour revenir réagir vendredi au monologue télévisuel de Nicolas Sarkozy de la veille. Certains avaient jugé bon de fustiger cette absence en pleine crise.

Rares ont été celles et ceux qui ont relevé que notre Monarque aussi était parti en vacances. Après sa dure semaine (dont un dimanche 23 octobre puis une quasi-nuit blanche le 26 au soir), on dira qu'il avait bien droit à quelques journées de repos. D'autant plus que son épouse avait accouché depuis peu. Il fallait bien qu'il retrouve les « deux femmes de sa vie », comme le titrait un magazine people.

Après tout, il n'est « que » président. Il a bien le droit à quelques journées de récupération comme n'importe quel salarié, n'est-ce-pas ? Sarkozy donc était en vacances depuis jeudi soir, juste après son show télévisé. Aucun rendez-vous officiel n'encombrait son agenda de vendredi à mardi soir. Il a pris ses quartiers au château de la Lanterne, à Versailles, avec Carla et Giulia. On l'a photographié courant dans les allées.

Grèce, ou le retour du peuple ?
La semaine devait être courte, reprenant par une journée de préparation avant son fameux sommet du G8 et du G20 à Cannes. La cité festivalière a été inévitablement bouclée par quelques dizaines de milliers de policiers et gendarmes. Mercredi, Sarkozy devait jouer au Monarque socialement concerné en recevant des ONG puis des représentants syndicaux du « Labour 20 » - L20, au Palais de l'Elysée.

Mais ce scenario s'est planté. Lundi soir, il a suffit que le gouvernement grec annonce l'organisation d'un référendum sur le nouveau plan de sauvetage pour que les Bourses du monde s'effondrent à nouveau dès le lendemain matin. Les peuples contre la Bourse ? A Paris, le CAC40 a chuté de 5,38%. La Société Générale perdait 16% en une séance.

Le sommet européen de la semaine dernière a eu un bien court effet. Et c'est tout le G20 cannois qui est menacé d'échec.

C'est la « panique en Europe ». Nicolas Sarkozy a réuni quelques proches en urgence à l'Elysée mardi vers 17h. Il était paraît-il « consterné ». Personne à l'Elysée n'avait vu le coup venir. Un conseiller anonyme confiait au Figaro: «Hier, personne en Europe n'a été prévenu de rien, et jamais les Grecs n'ont évoqué, même comme une vague possibilité, le risque d'un référendum la semaine dernière pendant les négociations à Bruxelles. »
Quelques minutes plus tard, un très court communiqué de la Présidence de la République annonçait la couleur: « Hier le Premier ministre Grec a pris l'initiative d'annoncer un référendum. Cette annonce a surpris toute l'Europe.» Puis: « La France tient à rappeler que le plan adopté jeudi dernier à l'unanimité par les 17 États de la zone euro est la seule voie possible pour résoudre le problème de la dette grecque. Donner la parole au peuple est toujours légitime mais la solidarité de tous les pays de la zone euro ne saurait s'exercer sans que chacun consente aux efforts nécessaires.» Et pour conclure, Papandreou sera convoqué mercredi, en fin de journée, pour s'expliquer.


Présidence crédible ?

La Grèce ne recevra sans doute pas sa prochaine tranche de 8 milliards d'euros de prêts pour faire face à ses échéances de remboursement. Un défaut du pays menace. Jeudi dernier à la télévision, Sarkozy qualifiait cette hypothèse de « catastrophe mondiale ».

« Si les Grecs n'en veulent pas, il ne sera pas adopté » avait déclaré le premier ministre grec Papandreou à propos de l'annulation de 50% de la dette grecque. Ce sera l'objet du prochain référendum. En quelques phrases et une annonce, Papandreou ruinait l'un des arguments sarkozyens: et si la Grèce ne voulait pas de cette coûteuse solidarité de l'eurogroup ?

Pour l'heure, le G20 qui débute jeudi risque d'être la confirmation d'un gigantesque gâchis. Sarkozy n'avait nullement besoin de cet accident grec. Sa présidence du G20 n'avait de toute façon servi à rien. 

Que retiendra-t-on de ces 12 mois écoulés de présidence française du G20 ?
Pas grand chose. L'année a été perdue. Sarkozy a sillonné les campagnes françaises, davantage préoccupé par sa réélection que par le sort du monde. La crise des dettes souveraines européennes a perturbé ses vacances et son story-telling. Trois ans après le krach boursier de l'automne 2008, la situation a objectivement empiré. Les marchés sont toujours aussi peu stables, aussi peu régulés, aussi peu convaincus. Les paradis fiscaux ont changé de nom. Et les Etats quémandent, à coup de plans d'austérité, quelques milliers de milliards d'euros d'emprunts.

Finalement, la présidence française du G20 ne fut qu'un mauvais jeu de télé-réalité boursière, une sorte de « Koh-Lanta du Triple A » jusqu'au dernier jour.

Depuis un an, Sarkozy a beaucoup parlé, beaucoup discouru sur l'avenir du monde et « sa » vision. Mais que s'est-il réellement passé ? Rien. On sait bien que la tâche était immense. Mais c'est toujours la même histoire. Notre Monarque agite ses bras, gonfle ses maigres muscles, surjoue le volontarisme et cache ensuite la faiblesse de ses résultats.

A-t-on besoin encore d'un président aussi vantard qu'inefficace, aussi peu crédible qu'agile ?

En janvier, il avait prononcé un vague et long discours de Grand Sauveur, au Palais de l'Elysée. Ses priorités étaient immenses, à la hauteur de la gravité de la situation:

(1) « La présidence française souhaite réformer le système monétaire international pour apporter des réponses collectives à ces dysfonctionnements et accompagner les mutations profondes que connaît l'économie mondiale, avec notamment la montée en puissance des grands émergents ». Fichtre ! On allait promouvoir une gestion coopérative des réserves de change, relever les fonds propres de nos banques, mieux coordonner les politiques macro-économiques des Etats. L'Europe à 27 n'y arrive même pas. La croissance mondiale s'est affaissée, on frôle la récession. Et les Etats, un à un, perdent leur fameux Triple A.


(2) La présidence française devait « renforcer la régulation financière », par exemple en matière de régulation du « secteur bancaire fantôme » (activité bancaire parallèle non régulée à ce jour) et « d'intégrité et de transparence des marchés financiers ». On sourit. En France, la régulation financière est restée bien modeste, plus modeste qu'ailleurs.

(3) « La France souhaite trouver des solutions collectives pour réduire la volatilité excessive des prix des matières premières, notamment agricoles ». En juin dernier, la réunion des ministres de l'Agriculture se clôturait sur un « plan d'action » qui n'était en fait qu'une longue suite de déclarations d'intention réaffirmant les droits des uns et les devoirs des autres. Il y avait même la reconnaissance de « l’importance du riz pour la sécurité alimentaire » (chapitre 17). Les 20 «encourageaient», « s'engageaient à promouvoir », «reconnaissaient », « soulignaient la nécessité », « applaudissaient », « insistaient », etc. Fantastique ! Parmi les rares résultats concrets, les 20 décidèrent de créer le Système d’Information sur les Marchés Agricoles « pour encourager les principaux acteurs des marchés agroalimentaires à partager leurs données » et de lancer « l’Initiative internationale de recherche pour l’amélioration du blé », un machin de coordination qui reliera différents programmes nationaux et internationaux de recherche.

(4) On se souvient, la crise avait vu débouler sur nos écrans français un personnage aussi savoureux qu'inattendu: « Sarko le Gaucho », l'homme de la droit décomplexée qui s'emballait à l'étranger contre le capitalisme mondialisé. Pour ce round du G20, Sarko-le-gaucho nous avait promis de faire « avancer 4 objectifs prioritaires dans ce domaine : l'emploi, notamment des jeunes et des plus vulnérables ; la consolidation du socle de protection sociale ; le respect des droits sociaux et du travail ; et une meilleure cohérence des stratégies des organisations internationales ». On attendait une sacrée rupture, la promesse d'une « nuit du 4 août » de la fiscalité mondiale, puisque les 20 plus grandes économies du monde étaient enfin réunis autour de leur survie collective et individuelle. Ce G20 de la dernière chance devait s'accorder pour répondre aux Indignés. Las, les ministres du Travail du G20 se sont bien réunis fin septembre, pour rien. Qu'a-t-il été décidé contre l'injustice partage de la valeur ajoutée, les cadeaux fiscaux aux fortunes internationales ? Rien. Mais les ministres du Travail et leurs hauts fonctionnaires ont beaucoup parlé, au cours d'une dizaine de réunions organisées par Xavier Bertrand. Le 26 septembre dernier, Sarkozy a fait un discours où il se félicita des résultats obtenus: « le principe d'une réunion ministérielle sur l'emploi lors de la prochaine présidence mexicaine » (sic!),« la création d'un groupe de travail intergouvernemental sur l'emploi des jeunes » (re-sic !), et « la contribution très utile du groupe consultatif des Nations Unies sur le socle de protection sociale présidée par Madame Bachelet ». A l'issue de cette ultime réunion parisienne, les 20 ministres listèrent leurs recommandations, pour le sommet final à Cannes, ces 3 et 4 novembre:  conforter l'emploi comme une priorité de politique économique, préparer les jeunes à trouver des emplois décents, soutenir l'intégration sociale et l'accès à l'emploi, renforcer la protection sociale, etc... Un verbiage incroyable, indécent, anachronique. Fallait-il en rire ou en pleurer ?

(5 ) Minée par des scandales nationaux (Woerth/Bettencourt, Karachigate, Bourgi) ou son soutien aux dictatures voisines (Egypte, Tunisie) avant d'opportuns retournements (Libye, Syrie), la Présidence Sarkozy avait quand choisi d'afficher la lutte contre la corruption comme l'un de ses priorités du G20 de l'année: « l'action du G20 en matière de lutte contre la corruption s'inscrit dans une stratégie globale de long terme en faveur d'un assainissement du climat des affaires, de la lutte contre l'évasion fiscale et du renforcement de l'État de droit ».

(6) Last but not least, Nicolas Sarkozy voulait  « agir pour le développement». Le mois dernier, le projet d'une taxe sur les transactions financières internationales était rejetée.
Sarkozy nous expliquait pourtant que le G20 « apparaît aujourd'hui comme une enceinte pertinente pour apporter des solutions concrètes aux problématiques du développement » . Faute de résultats tangibles, la moindre conférence bavarde est devenue un progrès de la régulation. Comme ce 28 octobre dernier, où Sarkozy expliqua, pas peu fier, que « le développement était autrefois un domaine qui ne regardait que les vieilles puissances du G7. Ce temps-là est heureusement révolu, de même qu'est également révolue l'époque, pas si lointaine, où l'on pensait que l'économie européenne et les autres grandes économies du monde, celle des Etats-Unis, et de la Chine, étaient indépendantes les unes des autres », lors d'une « conférence de la Présidence française du G20 sur le développement » rapidement oubliée.

Nicolas Sarkozy aura donc tout raté: la présidence française du G20 fut inutile, sans ambition, et perturbée dans ses derniers jours par ces soubresauts européens.

Ami sarkozyste, fais-tu encore confiance à ton mentor ?





mardi 1 novembre 2011

Karachigate: l'autre de Neuilly, la tirelire, et les silences.

Ziad Takieddine s'est décidé à parler, un peu. Le 30 octobre dernier, le Journal du Dimanche publiait quelques extraits des procès-verbaux de ses audition devant le juge Renaud van Ruymbeke. L'homme d'affaires, proche des réseaux sarkozystes depuis le milieu des années 1990, est soupçonné d'avoir rétrocédé une partie des commissions qu'il a reçu à l'occasion de ventes d'équipements militaires. L'été dernier, il a été mis en examen pour complicité et recel d'abus de biens sociaux, tout comme Nicolas Bazire, un proche ami de Nicolas Sarkozy et ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur en 1995.

Jeudi 27 octobre, Nicolas Sarkozy avait fustigé ces enquêtes sur l'affaire de Karachi: « Ça fait bientôt 17 ans. Est-ce que vous imaginez, s'il y avait quoi que ce soit à reprocher à M. Balladur, qu'on ne l'aurait pas trouvé en 17 ans ? »


Il avait simplement oublié l'essentiel. Depuis que les familles des victimes ont changé d'avocat et que les juges Marc Trévidic puis Renaud van Ruymbeke et Roger Le Loir se chargent des différents volets de cette instruction, les révélations ont nombreuses. Roland Dumas a ainsi avoué avoir validé des comptes de campagne erronés d'Edouard Balladur quand il était président du Conseil constitutionnel en 1995. L'ancien premier ministre avait reçu une curieuse dotation de 10,25 millions de francs en liquide (1,5 million d'euros) en avril 1995, quelques heures après un premier acompte d'un même montant versé par les autorités pakistanaises pour l'achat de sous-marins français.

On a également mis la main, voici deux ans, sur divers éléments prouvant l'implication de Nicolas Sarkozy. Alors ministre du Budget, il a validé la déductibilité des commissions occultes (mais légales) et l'établissement de la société HEINE comme intermédiaire de ces versement. Dissoute peu de temps avant son élection, cette société a fait reparler d'elle quand, l'an dernier, on a retrouvé un courrier de son ancien dirigeant adressé à Sarkozy le jour de son investiture.  On a aussi découvert qu'il y avait d'autres contrats et négociations impliquant Ziad Takieddine, et notamment la vente de frégates à l'Arabie Saoudite.

Bref, la liste est longue des informations ainsi révélées ces deux dernières années. Nicolas Sarkozy le savait très bien. Mais ces deux intervieweurs Calvi et Pernault n'avaient rien à dire ni relancer.

Le lendemain, un vendredi, François Fillon a déclassifié quelques documents financiers réclamés par les enquêteurs. Il a suivi l'avis favorable rendu le 13 octobre par la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN).

Samedi, Mediapart livrait une autre interview, plus troublante que le monologue présidentiel, celle du frère d'un « suicidé ». Il y a 16 ans, Akim Rouichi, 29 ans, était retrouvé pendu. Quelques mois auparavant, en avril 1995, au plus fort de la campagne présidentielle opposant Balladur à Chirac, il avait proposé ses services à l'équipe Balladur. Le Point, dans son édition du 27 octobre, a justement publié une note interne écrite par un certain Jean-Charles Brisard, ancien responsable des jeunes Balladuriens en 1995 (sic!),  adressé à l'état-major de campagne d'Édouard Balladur (dont Nicolas Bazire), datée du 5 avril 1995, qui « atteste qu'Akim Rouichi s'était rendu au QG du candidat pour proposer de "vendre" des enregistrements de conversations téléphoniques parce qu'il disait avoir été "lâché" par ses commanditaires », en l'occurrence le camp Chirac.

Récemment interrogé, Brisard a confirmé que Akim Rouichi lui avait fait écouter des enregistrements de conversations entre Léotard et Donnedieu de Vabres qui portaient sur des contrats de livraison de matériel militaire et  « sur l'état d'avancement du programme Agosta », cette vente de sous-marins à l'origine du Karachigate.

François Rouichi est le second témoin récemment interrogé par la police. C'est le frère d'Akim. Il a déclaré avoir entendu certains des enregistrements, dont une conversation entre Pasqua et Léotard : « L'un demandait à l'autre si le contrat était signé et s'il allait toucher sa commission. » 
 
Le pire était ailleurs. « mon frère a évoqué, alors qu'il était au téléphone avec une de ses sources aux RG, un homme qu'il appelait “l'autre de Neuilly, avec un nom à consonance étrangère qui venait de l'Est. Je pensais à un nom polonais. Puis il a cité son nom. Il l'a cité au moment où il a eu entre les mains ce document sur une société au Luxembourg, qu'il appelait “la tirelire»
Dimanche, on apprenait que Ziad Takieddine avait finalement admis avoir joué l'intermédiaire dans la vente des sous-marins au Pakistan, pour laquelle il a déclaré avoir reçu 4,5 millions d'euros. Mais il conteste toujours tout paiement de commission occultes au bénéfice des Balladuriens. Le JDD faisait état de 3 auditions, les 5, 12 et 19 octobre derniers. On découvre de l'article de Laurent Valdiguié comment Takieddine a organisé ses placements offshore.

Une société-tirelire, l'Homme de Neuilly, un mort.

L'affaire du Karachigate devient plus glauque encore.