mercredi 7 décembre 2011

Sarkozy: chronique d'un espionnage ordinaire

On croyait à un roman d'espionnage, ou à l'histoire d'un autre âge ou d'un autre pays, une fiction née de l'imagination d'un apprenti George Orwell.

Mais ce n'était pas de la fiction. C'était la réalité d'il y a quelques mois, en France.  En Sarkofrance.

Un procureur, ami et aux ordres d'un président, avait demandé aux services secrets d'espionner pendant quelques semaines les moindres recoins de la vie de deux journalistes devenus gêneurs. 

Ce mardi, la Cour de Cassation a reconnu la procédure... illégale. 

Des repérages...
En juillet 2010, en pleine affaire Woerth/Bettencourt, le pouvoir s'agaçait des fuites dans la presse de certains procès-verbaux d'audition par les enquêteurs ou la juge Isabelle Prévost-Delpres, à l'époque en charge d'une part de l'instruction. Toutes les fuites ne gênaient pas le gouvernement. Celles du Figaro ne furent jamais étudiées. Celles du Monde ou de Mediapart firent en revanche l'objet d'une attention policière particulière.

En juillet 2010, le procureur Philippe Courroye demanda à Bernard Squarcini, le patron de la DCRI, d'identifier les sources des fuites. La DCRI se procura les factures détaillées de téléphone mobile du journaliste Gérard Davet entre le 12 et le 16 juillet 2010. Elle remonta ainsi jusqu'à David Sénat, l'un des proches collaborateurs de la ministre de la justice Michèle Alliot-Marie. Alerté, le quotidien le Monde estima que le procureur et la DCRI avaient violé la loi sur la protection des sources des journalistes. David Sénat fut muté à Cayenne dès le mois d'août suivant.

En septembre dernier, le Monde accusait l'Elysée d'avoir fait espionner l'un de ses journalistes. Claude Guéant devenu ministre de l'intérieur, excusa la démarche: il ne s'agissait non pas d'espionnage, mais de « repérages de communication » expliqua-t-il, car il « s'agissait de rechercher l'auteur de la divulgation à l'intérieur de l'administration de procédures judiciaires, ce qui est tout à fait scandaleux ».

... à l'espionnite
Depuis, l'instruction conduite par la juge Sylvia Zimmermann, suite à la plainte déposée par le Monde, a permis de dévoiler l'ampleur de ces « repérages de communication ». « On trouve de tout dans les fadettes », s'amusait le journaliste Franck Johannes. La chronique de cet espionnage est hallucinante. Jugez plutôt.

1. L'espionnage ne s'est pas limité à l'activité téléphonique de Gérard Davet, journaliste au Monde, pendant 4 jours. Il a visé un autre journaliste, Jacques Follorou. Ce dernier avait écrit un ouvrage avec la juge Isabelle Prévost-Desprez..

2. Cet espionnage a repris en septembre 2010, deux mois après la première enquête de juillet. En effet, le 9 septembre 2010, Patrick Nieto, commandant de police à l’inspection générale des services (IGS), a reçu de son patron une note du parquet de Nanterre.

3. Cet espionnage était à nouveau commandité par Philippe Courroye. La note du parquet était signée par Marie-Christine Daubigney, la procureur adjointe de Philippe Courroye, qui demandait « d’obtenir par voie de réquisitions de toute personne, de tout établissement ou organisme privé ou public ou de toute administration publique, les documents intéressant l’enquête ». 

4. Cet espionnage était douteux. De l'aveu du policier en charge de cette nouvelle enquête, son patron lui demanda de « travailler discrètement ». Pour se rassurer sur la légalité de l'espionnage demandé, le policier a l'explication facile et incroyable: « C’est quand même M. Courroye, qui est procureur du deuxième tribunal de grande instance de France, ancien juge d’instruction, qui me les a demandées. Je pensais que le parquet de Nanterre savait ce qu’il faisait ».

5. Ces « repérages de communication » consistèrent en un rapport de 700 pages. Rappelez-vous, il ne s'agissait que de « repérages ». On craint le pire en cas d'enquête en bonne et due forme...

6. Mais en quoi ces « repérages de communication » ont-ils donc consisté ? Peut-être ne s'agit-il que d'opérations techniques et neutres, dans le but de cibler plus précisément quelques fuites administratives inopportunes. Et bien non. L'enquête du policier dévoué fut édifiante. En vrac,

- il obtint de SFR comme d'Orange, la liste des appels reçus et émis du 23 juillet 2010 au 1er septembre inclus: chez SFR (numéro professionnel de Davet), quelque 42 feuillets de tableaux à 9 colonnes représentant 1 450 appels pour le mois d’août, dont 1 000 SMS. Chez Orange, 112 pages de listings (30 sur le journaliste Davet, 82 sur son collègue Follorou).

- A chaque fois, toutes les sources sont identifiées: avocats, magistrats, fonctionnaires, ambassades, associations, journalistes, amis, enfants. Pour la plupart, le policier obtient le nom, l’adresse, la date de naissance, et le numéro de compte bancaire du titulaire de la ligne. Gérard Davet s'indigne: « Ce qui me choque le plus, c’est qu’ils ont vu tout de suite que je n’avais pas de contact avec la juge Prévost-Desprez. Et ça ne les a pas empêché de faire un environnement très large de ma famille proche, de mes contacts, de mes amis, d’identifier les copains de ma fille et de trouver leurs coordonnées personnelles ».

- Le policier vérifia dans le fichier des fonctionnaires s'il n'identifiait pas un collègue.

- Il étudia les échanges téléphoniques entre la fille de Gérard Davet et son copain d'alors.

- Par erreur, croyant connaître le numéro de téléphone du second journaliste, le policier investigua par erreur l'intimité d'une autre journaliste du Monde, Raphaëlle Bacqué: « La police a ainsi épluché les contacts de la journaliste par erreur, regardé quand elle appelait son mari, le collège de ses enfants, sa banque » relate le Monde.

- Le policier a eu recours au STIC, le système de traitement des infractions constatées qui recense 6 millions de Français, victimes ou coupables, dont la police reconnaît qu'environ 30% des informations sont ... fausses.

7. Trois semaines plus tard, le 30 septembre, la procureur-adjoint demande à l'IGS,  d’obtenir le contenu des messages entre le journaliste Follorou et l'un de ses interlocuteurs, la juge Isabelle Prévost-Desprez. L'opérateur Orange refuse. Merci Orange.

Et la sanction ?
Mardi 6 décembre, la Cour de Cassation a confirmé l'annulation de l'enquête conduite par le procureur Courroye contre les journalistes du Monde. Le procureur, selon la Cour, a enfreint la loi sur la protection des sources. Mais la législation ne prévoit pas d'infraction pénale pour ce motif.  Philippe Courroye et son adjointe risquent d'être placé sous témoin, sous témoin assisté ou carrément mis en examen.

En octobre dernier, pour la même affaire, Bernard Squarcini avait été mis en examen. Son patron, l'ami d'enfance de Nicolas Sarkozy et directeur de la police nationale Frédéric Péchenard avait échappé à ma mise en examen.

On connaît la réponse de Nicolas Sarkozy, si, un jour improbable, un journaliste franchement indépendant se permettait de l'interroger sur le sujet: la justice a fait son travail. Le procureur Courroye a rapidement joué sur les mots, en déclarant à l'AFP ne pas avoir commis « la moindre infraction ». « La Cour de cassation constate une nullité de procédure. Mais j'observe que c'est le premier arrêt rendu depuis la loi de janvier 2010 sur la protection des sources. Il y a désormais une interprétation, donc s'il fallait lancer à nouveau la procédure, nous en prendrions évidemment acte ». Et le procureur a confirmé avoir « chargé les policiers d'identifier les éventuels auteurs de la violation du secret de l'enquête ».

Mercredi 7 décembre, une autre affaire éclaboussait la Sarkofrance: le gigantesque chantier du Pentagone à la Française, dans le XVème arrondissement de Paris, sera l'objet d'une instruction de deux juges sur des accusations de corruption. Indépendance de la justice ou soubresauts de résistance ? Le ministre de la Défense, Gérard Longuet, habitué de ce genre de procédure, a nié toute malversation. D'après le Canard Enchaîné du jour, « Bouygues aurait eu accès avant ses concurrents, et peut-être de manière frauduleuse, au cahier des charges du marché ».

Bouygues ?


mardi 6 décembre 2011

Le jour où Angela Merkel est venue annoncer son accord à Paris

Ce lundi 5 décembre, Angela Merkel est venue déjeuner à Paris chez Nicolas Sarkozy. On nous avait promis un « déjeuner de travail » avant le Conseil européen de fin de semaine, une énième réunion de la « dernière dernière » chance. D'aucuns ont suggéré que ce rendez-vous, décidé en milieu de semaine dernière, avait été placé là pour gêner le déplacement du candidat François Hollande à Berlin.

Comme l'a justement rappelé le candidat socialiste, il a « plus de facilité à trouver des compromis avec [ ses ] amis du SPD que Nicolas Sarkozy a pu en trouver jusque-là avec Mme Merkel ». Effectivement, ce lundi, Angela Merkel n'avait pas l'intention de se laisser sur les pieds.

De l'arrogance Sarko-française...
Et pour cause ! Les relations franco-allemandes depuis 2007 ressemblent à une chronique d'un véritable gâchis. Candidat, il avait lancé, en mars puis en avril 2007, avec une violence gratuite et germanophobe assez remarquable: « la France n’a jamais cédé à la tentation totalitaire. Elle n’a jamais exterminé un peuple. Elle n’a pas inventé la solution finale, elle n’a pas commis de crime contre l’humanité, ni de génocide ». Elu président, il a d'abord joué le mépris et la distance. En juin 2007, il avait prévenu ses partenaires européens que la France ne respecterait le plafond des 3% du PIB de déficit budgétaire qu'un an plus tard (2013 au lieu de 2012) que ne l'avait promis le gouvernement français quelques mois auparavant... Le Monarque voulait faire rapidement passer son coûteux paquet fiscal, ce qui fut fait dès le mois d'août 2007. Ensuite, Sarkozy misa sur une Union européenne qu'il tenta d'imposer à l'Europe nordiste dont l'Allemagne; présidant pour 6 mois l'union européenne, il joua surtout sa carte personnelle aux détriments de la concertation, et pour le plus grande agacement de Mme Merkel.

Puis, au printemps 2009, le retournement fut complet. Sarkozy se précipita dans les bras de la chancelière allemande. Il n'avait plus le choix. La crise avait cassé ses espoirs de croissance et rupture. Il avait lui-même dégradé le déficit structurel du pays, et son plan de relance n'avait pas permis de sortir le pays de la crise aussi brillamment que le voisin allemand. Depuis, notre Monarque ne jure plus que sur la convergence franco-allemande.

... à l'obéissance
Lundi 5 décembre, Angela et Nicolas déjeunèrent donc ensemble, puis assurèrent une courte conférence de presse. « Les choses ne peuvent plus continuer comme elles ont prospéré jusqu'à aujourd'hui » a prévenu Nicolas Sarkozy. « Prospéré » ?

L'accord reprenait, sans surprise, les principaux points de la position... allemande.

En fait, Angela Merkel était venue annoncer à Paris son accord.

1. Aucun plan d'action immédiat
 Jeudi dernier, à Toulon, Nicolas Sarkozy s'était ému que l'Europe, face à la crise, n'aille pas « pas assez vite, pas assez loin, pas assez fort ». « Il y a urgence » avait-il dit à refonder l'Europe. Prêteurs, observateurs, institutions internationales attendaient aussi une initiative franco-allemande forte pour relancer la machine, un panaché de relance à court terme, de prêts européens et de rigueur à long terme. Partout, et même aux Etats-Unis, on s'inquiète de la récession qui s'annonce en Europe. Mais ce lundi, les deux dirigeants n'annoncèrent ... qu'un accord franco-allemand pour un nouveau traité pour renforcer la discipline budgétaire  des Etats.

2. Un nouveau traité... dans 6 mois ?
Faute de mieux, les deux dirigeants sont donc tombés d'accord sur la mise en place d'un « nouveau traité » de l'Union européenne, soit à 27 Etats-membres, soit à 17 (les membres de la zone euro) auxquels pourraient se joindre d'autres Etats volontaires: « notre préférence va vers un traité à 27, pour que personne ne se sente exclu de la démarche franco-allemande mais nous sommes tout à fait prêts à passer par un traité à 17 ouvert à tous les Etats qui voudraient nous rejoindre » a expliqué Sarkozy.

La proposition n'est évidemment pas à la hauteur de l'urgence: il faudra 6 à 12 mois de négociations puis ratifications avant que cette proposition franco-allemande ne se traduise dans les textes. Rappelez-vous: le plan de sauvetage d'urgence de la Grèce adopté le 21 juillet dernier a mis 3 mois avant d'être ratifié par les 27 !

3. Des sanctions automatiques
Les deux chefs d'Etat souhaitent l'imposition d'une règle d'or aux Etats-membres, qui les contraignent d'avoir des budgets annuels qui tendent vers l'équilibre. Pour les pays qui ne respecteront pas la discipline budgétaire, les sanctions seront « automatiques », et il faudra une majorité qualifiée par les ministres des finances de la zone euro pour y échapper. Nicolas Sarkozy a accepté le recours aux tribunaux, en l'occurrence la Cour Européenne de Justice, pour déterminer le non-respect éventuel de la règle d'or. La CEJ jugera de la conformité des règles d'or nationales avec les règles européennes. En revanche, maigre consolation, Sarkozy a obtenu que la CEJ ne puisse carrément annuler un budget national. Ce seront aux cours constitutionnelles nationales de juger du respect ou non des budgets nationaux avec la règle d'or... Quel succès !

4. Pas de contribution du secteur privé
C'est la maigre concession d'Angela Merkel à Nicolas Sarkozy. Ce dernier, sans doute soucieux de protéger les comptes des banques françaises, ne voulait pas imposer une participation automatique du secteur privé dans le futur Mécanisme Européen de Stabilité. Cette concession allemande était quasi-inévitable: imposer aux banques françaises d'abandonner leurs créances sur les pays défaillants aurait nécessité un plan de sauvetage franco-français impossible en cette période de menace sur le Triple A.

5. Pas d'eurobonds
Depuis le printemps 2010, Nicolas Sarkozy s'est aligné sur la position allemande: « les eurobonds ne sont en aucun cas une solution » a déclaré le Monarque.

6. Une BCE indépendante
Les deux dirigeants évacuèrent le cas de la Banque Centrale Européenne. C'était pourtant l'un des désaccords sérieux entre Sarkozy et Merkel. La BCE restera donc indépendante. Sarkozy s'est couché, faute de levier.

Au passage, le président français tacla les socialistes de germanophobie. Quand on se rappelle ses propres propos électoraux de mars 2007, on pouvait avoir honte:
«Jusqu'à présent, l'amitié franco-allemande faisait l'objet d'un consensus au sein de la classe politique française. Les paroles qui ont été entendues déconsidèrent ceux qui les ont prononcées à l'endroit de nos amis allemands (...). Je souhaite que, quel que soit le calendrier électoral, chacun sache se hisser à la hauteur des responsabilités et ne joue avec l'histoire de nos deux pays, qui a été trop dramatique pour qu'on se permette de se laisser aller à ce point.»

Lundi soir, le Financial Times révélait que l'agence Standard's and Poor avait prévenu le matin même les gouvernements allemand, français, autrichien, luxembourgeois, finlandais et hollandais qu'elle les plaçait en surveillance ,égative en vue d'une prochaine dégradation de note de crédit.

Les gesticulations de Merkozy ce lundi n'avaient servi à rien.



lundi 5 décembre 2011

Nibar, Nichon, Guéant: les poubelles de Sarkozy

Ce ne fut pas un dimanche à la campagne. Il fut nauséabond. Et quand on déballe les poubelles, attention aux éclaboussures. Ce dimanche, donc, Claude Guéant a livré une bien curieuse confidence contre Dominique Strauss-Kahn. Le vieil homme reste un fidèle soldat de Sarkofrance. On imagine mal qu'il travaille en libéral.

L'étau s'est aussi resserré sur un autre proche de Nicolas Sarkozy. Thierry Gaubert, ancien secrétaire général de sa mairie de Neuilly dans les années 90, puis proche collaborateur, s'est visiblement sacrément enrichi aux frais de la princesse. Ces derniers jours, les juges ont fait de jolis progrès dans leur enquête sur le volet financier du Karachigate.

Et le site Mediapart a lâché de belles révélations sur ses placements colombiens.

Les poubelles de Guéant
Dimanche, Claude Guéant a sorti ses poubelles. Une nouvelle fois. Le ministre de l'intérieur était interrogé par le Journal du Dimanche. Les deux journalistes qui l'interrogeaient étaient Bruno Jeudy et Laurent Valdiguié. Ce dernier était déjà l'auteur d'un excellent ouvrage sur le Canard Enchaîné, mais d'une curieuse interview du colonel Kadhafi en mars dernier, obtenue visiblement grâce à Ziad Takieddine.

Claude Guéant n'a pas spontanément abordé l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn au Bois de Boulogne. Le sujet a été posé ou imposé par les journalistes du JDD. La question a-t-elle été suggérée ?
En décembre 2006, la police aurait interpellé Dominique Strauss-Kahn dans le bois de Boulogne. L’avez-vous su?
Oui, j’ai entendu parler de cette histoire au cours de laquelle monsieur Strauss-Kahn avait été contrôlé au bois de Boulogne par les fonctionnaires en charge de la surveillance de cet endroit lors d’un contrôle de routine. Mais, il n’y a aucune procédure à ce sujet. Il n’était pas tombé dans un guet-apens de la police! Il n’était pas suivi. Ce n’est quand même pas la faute de la police s’il était là-bas ce soir-là!
Cette réponse de Claude Guéant pose problème. Comme le rappelait le député socialiste Jean-Jacques Urvoas ce weekend... il avait publiquement demandé, en mai dernier, «« s’il existait à la préfecture de police des éléments d’information sur la vie privée de M. Strauss-Kahn » ? A l'époque, le ministre de l'intérieur répondit par la négative. Au vu de ses déclarations du jour, il avait donc menti. En 2006, Nicolas Sarkozy était encore ministre de l'intérieur et Claude Guéant son directeur de cabinet. On réinterprète avec inquiétude la décision, quelques mois plus tard, de Nicolas Sarkozy devenu président d'appuyer la candidature de DSK à la tête du FMI: pourquoi un tel soutien si la preuve était faite que l'ancien dirigeant socialiste n'avait pas les moeurs propres ? Pourquoi, en mai dernier, Nicolas Sarkozy a joué à la vierge effarouchée si, comme d'autres, il « savait ».

Gaubert, l'expatrié suisse
La semaine dernière, les juges Roger Le Loir et Renaud van Ruymbeke ont obtenu la confirmation que des retraits d'espèces conséquents avaient été effectués en 1995 sur le compte suisse de Thierry Gaubert, ancien chef de cabinet adjoint de Nicolas Sarkozy au Budget en 1994-1995. 

1. Cet ancien proche collaborateur de Nicolas Sarkozy a été mis en examen pour abus de biens sociaux en septembre dernier dans l'enquête sur le volet financier du Karachigate. Son épouse, dont il est séparé depuis 5 ans, l'a accusé d'être allé fréquemment en Suisse avec Ziad Takieddine, autre ancien proche du clan Sarkozy, pour retirer des fonds en espèces et les remettre à Nicolas Bazire, actuel n°2 du géant du luxe LVMH, durant la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, en 1995. En novembre, Gaubert a été mis en examen pour subornation de témoin, car il aurait menacé sa femme de représailles si elle continuait de se confier ainsi à la justice.

2. Les juges ont auditionné le banquier Mauricio Safdié, qui a ouvert le fameux compte suisse de Thierry Gaubert. Et le banquier a confirmé les retraits d'espèces. « Il est exact qu'il est venu plusieurs fois à la banque pour retirer des sommes en liquide. Il me téléphonait avant pour m'avertir. (...) Je ne crois pas qu'il m'ait dit ce qu'il entendait faire avec le liquide qu'il retirait ainsi. ». Nicolas Bazire, autre inculpé de l'affaire, a nié avoir reçu des espèces de Thierry Gaubert à cette époque.

3. Gaubert passera en jugement le 6 février 2012 dans une autre affaire, un scandale immobilier à Neuilly quand il était chef de cabinet de Nicolas Sarkozy.  Il est poursuivi pour escroquerie et prise illégale d'intérêt, car il est soupçonné d'avoir détourné des fonds issus du 1 % logement dans les Hauts-de-Seine. Qui était-il à l'époque ? Presque rien: secrétaire général de ... Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly-sur-Seine. Ce dernier aurait-il coupé les ponts avec ce proche collaborateur si peu prudent ? Que nenni ! En septembre dernier, Brice Hortefeux, l'ami de trente ans et conseiller officieux, a été surpris téléphonant à Gaubert à deux reprises pour l'alerter des confidences de sa femme. L'Elysée est inquiète.

4.  Mediapart est allé enquêter en Colombie, dans un coin paumé dans la forêt, à 150 kilomètres de Bogota. Thierry Gaubert s'y était fait construire une sompteuse villa, de 1000 m2, dont il avait nié l'existence dans un premier temps. Avec quel argent ? Selon Mediapart, « avec des fonds occultes, dont les juges n'ont pas encore percé tous les mystères ».

5. Ziad Takieddine, l'ami de Copé, s'y est rendu deux fois. Mediapart a publié d'édifiants clichés où l'on voit Gaubert, Takieddine, et ... Olivier Dassault, l'héritier désigné du groupe Dassault, député UMP de l'Oise (comme Eric Woerth), et administrateur de la Socpresse, la société éditrice du quotidien Le Figaro, en vacances dans cette villa dénommé La finca Cactus.

6. Depuis deux ans, la justice colombienne enquête sur Gaubert. Elle est tombé sur deux bars que l'ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy et l'un de ses amis et également proche de Nicolas Bazire, Jean-Philippe Couzi, avaient ouvert plus récemment: le Nibar et le Nichon, ouverts respectivement en 2003 et 2005, dans le village deNilo. Couzi et Gaubert ont créé quelque sociétés offshore pour ces affaires, Monahan International et Airedale Business.

S'agit-il là d'une Sarko-Connection ?


Le siège à 40 millions d'euros 
L'UMP est riche. Premier parti de France depuis les élections législatives de juin 2007, le parti présidentiel avait de quoi se financer un nouveau siège social au frais du contribuable.

Pour l'élection présidentielle de 2012, le clan Sarkozy voulait sortir de son immeuble de la rue de la Boétie dans l'excessivement bourgeois 8ème arrondissement de Paris. Il va pouvoir emménager prochainement dans son nouveau siège, refait à neuf dans le XVème arrondissement de Paris.

Son coût ? Une bagatelle, 40 millions d'euros, dont 21 millions pour les seuls travaux. C'était un ancien garage Renault, rue de Vaugirard, entièrement refait à neuf, après un an et demi de travaux. L'installation est luxeueuse: « salle de conférences de 800 places et cinq étages de bureaux baignés de lumière naturelle », nous décrit le Parisien.

Le candidat Sarkozy aura son bureau. « Il aura tout de même des locaux pour lui, une sorte d’antenne présidentielle, en dehors de l’Elysée. Mais pas plus, car l’essentiel de sa campagne s’organisera au parti » a-t-on confié, anonymement, à l’UMP.


dimanche 4 décembre 2011

Sarkozy: ses surprises pour l'Education nationale en 2012

Depuis 2007, Nicolas Sarkozy et ses proches ont utilisé deux d'arguments pour légitimer la réduction du nombre d'enseignants au sein du service national d'éducation: la baisse supposée du nombre d'élèves depuis 2005, et les nécessaires économies budgétaires. A l'approche du prochain scrutin électoral, l'examen du dernier budget de l'Education nationale concocté par le gouvernement Sarkozy a permis de dresser le bilan d'une mandature gâchée.

La politique éducative de Nicolas Sarkozy peut se résumer en quelques phrases: moins d'enseignants, moins d'enseignements, davantage de décrochages, donc moins d'élèves, donc moins d'enseignants.

Un cercle vicieux assez inédit en France.

Premier degré: plus d'élèves, moins d'instituteurs. 
Le nombre d'élèves augmente dans l'enseignement élémentaire. « En 2010-2011, l’augmentation dans le premier degré public est de 19 274 élèves par rapport à 2009-2010 et de 24 807 élèves en deux ans». Le gouvernement ne le crie pas sur les toits, mais le nombre d'enseignants a finalement un peu progressé dans cette catégorie, sur la même période: 7 243 personnes en 2010-2011 (soit 5 147 ETPT sur l’année 2010), à cause d'un « désajustement entre les flux d’entrées et de sorties du fait principalement de départs en retraite inférieurs aux prévisions. »

Cette hausse du nombre d'élèves en primaire est une constante depuis 2006. Pour afficher des statistiques globales du nombre d'élèves en baisse, le gouvernement y ajoute les maternelles, où le nombre d'élèves est en baisse quasi-continue depuis 2006. Joli maquillage statistique, puisque la scolarisation en classe maternelle publique est loin d'être aussi répandue que la scolarisation en classes primaires publiques. Pour ces dernières, le nombre d'élèves est en forte hausse depuis 5 ans :

2006: 3 486,80 millions
2007: 3 511,60 millions, soit +25.000
2008: 3 526,80 millions, soit +15.000
2009: 3 532,90 millions, soit +6.000
2010: 3 544,80 millions, soit +12.000

Pour 2011, le gouvernement prévoit une baisse de 6.000 élèves, mais un rebond de +16.000 en 2012. A l'inverse, il supprime 7.645 postes d'enseignants l'an prochain.

Malgré cette hausse du nombre d'élèves en primaire, le nombre d'écoles baisse d'environ 500 par an: -523 en 2009, puis à nouveau 453 en 2010.

La proportion d'enseignants affectés au remplacement dans le primaire baisse: de 8,39% pour la saison 2007-2008, ce taux est monté à 8,44% en 2008/2009, pour descendre ensuite à 8,32% en 2009/2010 puis 8,05% en 2010/2011. Pour 2011/2012, le gouvernement s'est fixé comme objectif de remonter à 8,4%. Avec moins d'enseignants.

Pour 2012, le nombre d'enseignants du premier degré est prévu à 318.626, dont 162.327 en primaire, 84.296 en maternelle, et 26.134 pour des remplacements.

Collèges: l'arnaque continue.
Le nombre de collégiens dans les établissements publics souffre de la même présentation statistique biaisée: s'il a bien chuté de 1995 à 2006, il progresse régulièrement depuis 2007.
2006: 2 443,7 milliers
2007: 2 421,8 milliers, soit -22.000 élèves
2008: 2 425,3 milliers, soit + 4.000 élèves
2009: 2 440,4 milliers, soit + 15.000 élèves
2010: 2 453,2 milliers, soit +13.000 élèves
2011: 2 484,2 milliers, soit +31.000 élèves
Et pour 2012... le gouvernement s'attend à dépasser le cap symbolique des 2,5 millions d'élèves... 

Le nombre de professeurs en collège est prévu à 168.228 l'an prochain, en progression de ... 779 postes en deux ans.

Lycées: le décrochage ?
Cherchez l'erreur: le nombre d'élèves dans l'enseignement public primaire et dans le 1er cycle du secondaire augmente, mais il baisse (légèrement) au lycée. Une baisse qui, combinée à celle observée en classes de maternelles, permet au gouvernement de supprimer entre 7000 (l'an prochain) et 16.000 postes par an depuis 2007.

L'explication semble couler de source: les élèves décrochent ou filent dans le privé. Rappelons qu'une tranche d'âge correspond à environ 600.000 enfants. 

Dans les voies générales et technologiques, le nombre d'élèves semble fondre depuis 5 ans:
2006: 1.182,6 milliers
2007: 1.160,2 milliers, soit -22.000 élèves
2008: 1.137,1 milliers, soit -23.000 élèves
2009: 1.121,8 milliers, soit -16.000 élèves
2010: 1.115,8 milliers, soit -6.000 élèves
Pour 2011, la rentrée affichait un nombre stable d'élèves, mais pour 2012, le gouvernement table pour une augmentation de 4.000.

Le constat est similaire pour les lycéens professionnels, dont le nombre a baissé de 9.000 entre 2006 et 2011, pour atteindre 553.000. L'an prochain, le gouvernement prévoit même une hécatombe, -33.000 élèves en une seule année !

Le bobard de Sarko
Résumons-nous: en cinq ans, le nombre d'élèves dans l'enseignement public a progressé de 43.000 en primaire, puis de 85.000 au collège, avant de chuter de 44.000 dans les lycées. Dans le même temps, le gouvernement explique qu'il faut réduire le nombre d'enseignants car le nombre d'élèves aurait baissé.

Si l'on observe l'évolution de la natalité, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre pourquoi le nombre d'élèves augmente. Depuis 2005, le nombre de naissances dépasse allègrement les 800.000 par an (828.000 l'an dernier). Hors nos classes de primaires, collèges et lycées sont calibrées pour 600.000 élèves parâge environ...

Cherchez l'erreur.

Pour masquer la misère de son argumentation, Nicolas Sarkozy a trouvé quelques parades, comme ses internats d'excellence. En septembre 2010, le Monarque s'était lui-même déplacé pour inaugurer l'un d'entre eux. Dans la note de présentation budgétaire, on comprend que l'affaire est bien modeste: « L’offre de places, internats d’excellence et places labellisées confondues, a ainsi fortement progressé : 1 800 à la rentrée 2008, 2 900 à la rentrée 2009, 6 300 à la rentrée 2010. Elle est portée à 10 200 places à la rentrée 2011, dont 75 % de places labellisées, et devrait être d’environ 16 200 places à la rentrée 2012, dont 66 % de places labellisées. L’objectif de 20 000 places devrait être dépassé à la rentrée 2013. ».

Quel effort ! Rappelons que le pays compte près de 2,5 millions de collégiens. Les internats d'excellence concernent donc ... 0,8% des places disponibles.

Formidable !





samedi 3 décembre 2011

239ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy, le candidat des riches se planque

Il lui reste 140 jours avant le Grand Scrutin. Le point d'orgue de cette semaine fut un grand meeting électoral à Toulon.

Sarkozy fait toujours campagne sans être candidat. Pas question de se dévoiler. Il veut jouer au passager clandestin, dépenser sans compter mais sans le dire, et évacuer son bilan sans courage.

Ce jeudi à Toulon, il n'annonça rien, ne promit rien, n'assuma rien.

Dramatique
« La peur est revenue ». La formule devait faire mouche. « L'Europe peut être balayée ». Sarkozy n'a pas dramatisé, la situation est dramatique. Mais il mobilise les peurs pour mieux se rehausser.

Jeudi 1er décembre 2011, à Toulon, Nicolas Sarkozy semblait s'adresser à lui-même, s'avouer qu'il était au bord du gouffre après 3 ans d'agitation immobile. Le Monarque avait réservé un Zenith pour 6.000 militants et sympathisants. L'UMP du Var confirma avoir financé 15 cars. L'estrade était sobre, deux grands drapeaux français et européen à côté d'un pupitre. L'intervention avait été calée juste avant les journaux télévisés. Henri Guaino, ce conseiller spécial qui multiplie lui aussi les déplacements électoraux, avait planché sur le texte depuis lundi.

Nous eûmes droit à un cours d'histoire simplifiée. Le candidat Sarkozy resta rivé sur son texte de peur de manquer un bon mot, ou une étape d'un raisonnement qu'il comprenait juste. Cela sonnait grand oral, ce fut de la petite politique.

Menteur
Il prononça douze fois le mot vérité, sans avouer qu'il était bien en campagne. « Cette vérité »-là, les Français étaient pourtant prêts à l'entendre.

Sarkozy fut d'abord mauvais pédagogue. Il ne manqua pas d'accuser le passé (la retraite à 60 ans, les 35 heures, les déficits depuis 1974), et surtout de placer ses thèmes de campagne: attention à l'immigration incontrôlée (qui « perturberait notre façon de vivre, bousculerait nos valeurs »), aux profiteurs du bas (« une minorité qui voudrait profiter du système sans assumer sa part des devoirs »), aux écologistes (« Ce n'est pas (...) en boudant l'énergie nucléaire (...) que (la France) valorisera au mieux ses atouts »), aux partisans de la VIème République, et, évidemment, à l'adversaire socialiste qui veut rabaisser la France ( qui voudrait « renoncer à notre place de membre permanent du Conseil de sécurité »). De lui, il ne fut jamais question. Président depuis 5 ans, au pouvoir depuis 10 ans, notre Monarque est innocent. La crise, c'est la faute aux autres !

Il voulait nous ramener dans les années 60:  « Le cycle qui s’annonce sera un cycle de désendettement qui ramènera le balancier de l’économie vers le travail et la production ». Sarkozy, c'est de Gaulle, la fusée Ariane et la centrale du Tricastin !

Il défendit quand même l'euro, le général se retourna dans sa tombe. « La disparition de l’euro aurait des conséquences dramatiques pour les Français ». Il en oublia son propre bilan: où est passée la grande régulation des marchés financiers et des banques ? Et les 200 milliards d'euros gâchés en erreurs et cadeaux ? Et cette reprise de l'emploi, qu'il nous annonçait en janvier 2010, puis en janvier 2011 ? Lundi, justement, il s'était abstenu de commenter la énième dégradation du chômage. Sur le seul mois d'octobre, quelque 600.000 personnes ont perdu un emploi. L'entreprise France est en panne. Et la crise financière, cette fois-ci, n'est qu'un facteur aggravant.

Il rodait son discours de campagne: il n'y a pas d'autre politique possible. En 2007, il défendait le choix et la rupture. Pour 2012, il défend le non-choix et la continuité. L'homme des promesses trahies réclamait notre confiance.

Inquiet
Jeudi, Nicolas Sarkozy s'adressait aussi aux marchés. Mardi, l'OCDE avait encore dégradé la perspective de croissance française à 0,3%, et réclamer de la France un troisième plan de rigueur. Et il fallait lever encore 4 milliards d'euros ce jeudi, dernière tranche avant la prochaine de 25 milliards, en janvier. A Paris, on s'est rassuré. L'écart de taux entre les obligations françaises et allemandes à 10 ans s'est réduit, à l'occasion de cette modeste levée de fonds. Même l'Espagne a connu similaire fortune. Le répit était temporaire: quelques banques centrales occidentales ont décidé de soulager les tensions sur la manque de dollars. Phénomène plus inquiétant, quelque 98 milliards d’euros ont été retirés des  banques françaises en septembre.

Pour l'avenir, les propositions de Sarkozy à Toulon furent bien floues, voire contradictoires. Sur l'emploi, on n'aurait pas tout essayé. Et pour les 6 millions de chômeurs inscrits ou pas, sa formule est simple: « il faut travailler davantage». Il a promis davantage d'Europe, avec un énième sommet à Paris dès lundi avec Angela Merkel. « Avec Angela Merkel, nous ferons des propositions pour garantir l’avenir de l’Europe. »  Car, « on défend mieux sa souveraineté avec des alliés que tout seul » . Curieux concept que cette souveraineté sous tutelle.

Jeudi, Sarkozy parlait trop tôt. Il n'avait rien à dire, sans accord avec Merkel. Il s'est même refusé à expliquer pourquoi ses négociations avec la chancelière allemande avaient échoué. Il voulait une euro-zone plus intégrée, une BCE plus interventionniste, et même des euro-bonds. Mme Merkel préfère un Super-Maastricht, avec tribunal à la clé contre les Etats aidés mais récalcitrants.

Vidé
Globalement, ce discours de Toulon a beaucoup déçu. Depuis quelques jours, les analyses peu flatteuses s'étaient multipliées sur l'échec du précédent discours de Toulon, le 25 septembre 2008. Les commentateurs, jusqu'au Figaro, se régalaient à rappeler combien Sarkozy n'avait pas tenu grand chose de ces promesses de l'époque. Vendredi matin, ce second show n'avait convaincu grand monde. Arnaud Leparmentier du Monde reconnaissait à Sarkozy d'avoir enfoncé quelques portes ouvertes sur la dette. Ivan Rioufol du Figaro regretta la timidité des aveux du jour. Hervé Gattegno, du Point, railla le « souffle et le vide » de l'impétrant. La plupart des éditorialistes ne savaient même quoi en penser. Il fut si maigre en idées, en souffle, en perspectives.

Vendredi matin, la comparaison fut terrible. Quoiqu'on pense d'Angela Merkel et de sa politique, la chancelière avait une autre stature. Elle aussi voulait s'exprimer sur la crise de l'euro. Mais elle assuma son discours devant sa majorité comme l'opposition. Nul grand show dans une salle bourrée de militants du parti. Mme Merkel parla vite et tôt, un matin au Bundestag. En Allemagne, un journal s'amuse de ce Monarque français « qui vit comme un Dieu ».

Candidat clandestin, Sarkozy était aussi président spectateur.

A quelques kilomètres de son intervention, à Marseille, une fusillade meurtrière frappait la ville phocéenne, la troisième en une semaine. « Je prétends qu’à Marseille, le climat de sécurité s’améliore. C’est le sentiment qu’éprouvent les gens ». expliquait Guéant lundi. Comme Sarkozy, ne lutte plus contre la délinquance, mais contre le sentiment d'insécurité. La nuance est d'importance. Depuis janvier, on mesure combien ses annonces pour juguler la délinquance dans cette ville sont sans effet. Ici comme ailleurs, l'Etat manque de moyens. Et Guéant s'obstine à répéter les mêmes bêtises xénophobes que Marine Le Pen.

En début de semaine, le le Conseil d'Etat avait annulé l'un de ses récents cadeaux par ailleurs illégal par sa propre faute: le gel des prix du gaz avait été imposé par décret contrairement aux dispositions prévues dans les textes votées par Sarkozy. Le candidat voulait faire un cadeau électoral et prouvé que l'Etat conservait quelque contrôle sur un GDF privatisé.


Le lendemain, mardi, le candidat s'était dépêché, à Gimont, dans le Gers, pour parler des conditions de vie des agriculteurs. Il rabâcha les exacts mêmes arguments qu'il y a un an. Faire campagne est l'art de la pédagogie et de la répétition, paraît-il.

Le Figaro s'inquiète: la cote de confiance de Sarkozy ne progresse plus. Mercredi, l'un de ses éditorialistes s'amusait à comparer Nicolas Sarkozy... à Louis XVI.

Ami sarkozyste, où es-tu ?





Sarkozy: la crise, c'est la faute aux autres.


Sarkozy : La crise c'est la faute aux autres ! par TousHollande

vendredi 2 décembre 2011

Sarkozy à Toulon: les 10 failles d'un discours raté.


Tout ça pour ça !

Le discours comme le candidat décevant. On attendait une vision, des propositions nouvelles, le courage d'assumer une campagne. Nous n'eûmes droit qu'à des répétitions d'arguments rabâchés depuis un an, quelques piques politiciennes sans rapport avec les enjeux annoncés, et un vide sidéral de propositions concrètes.

Ce jeudi à Toulon, Nicolas Sarkozy réécrivait l'histoire sans préparer la suivante.

1. Candidat, évidemment.
A partir du 15 décembre, dans deux semaines donc, le Monarque se fera plus rare dans les médias. C'était donc la fin de la tournée, après près de 70 déplacements provinciaux depuis janvier dernier. A 18h30, il n'était pas là, sur l'estrade. Comme en septembre 2008, Nicolas Sarkozy s'était réservé un Zénith. Il avait salle comble. Les supporteurs étaient sagement assis, tous des militants UMP soigneusement invités et acheminés par bus entiers. Des hommes en noir circulaient dans les allées.

La mise en scène, gérée par les caméras élyséennes, offrait quelques plans sur l'assistance majoritairement blanche et âgée.  Les fanions et banderoles des militants avaient été bloquées à l'entrée. L'Elysée ne voulait pas trop prêter le flanc aux accusations de meeting électoral. Pourtant, c'en était bien un.

Quand il arriva, vers 18h36, la salle se leva d'un bond, les applaudissements étaient ultra-nourris. Ces militants lui laissèrent vingt minutes de monologue tranquille, avant de reprendre, par salves, leurs applaudissements. Le candidat attaqua « la retraite à 60 ans et les 35 heures », qui « ont été des fautes graves dont nous payons aujourd’hui lourdement les conséquences et qu’il nous a fallu réparer »; fustigea ceux qui voudraient nous faire « renoncer à notre place de membre permanent du conseil de Sécurité et à notre droit de véto ne serait ni plus ni moins qu’une faute », ou qui contestent notre avenir nucléaire. Il détesta la VIème République car « l’époque des marchandages entre partis » serait révolue.

A la fin de l'intervention, 52 minutes plus tard, Sarkozy se leva pour chanter une Marseillaise incomplète avec un Zenith debout. Image troublante d'un candidat en campagne qui voulait faire croire qu'il n'était que président au travail.

Candidat, d'accord, mais avec quel programme ?

2. Réécrire Toulon 2008
Ce fut le premier leit-motiv de cette petite heure de discours électoral. Sarkozy commença d'abord par jouer au pédagogue besogneux. Avant de raconter une nouvelle histoire, il fallait d'abord réécrire l'ancienne.

« Il y a trois ans, le 25 septembre 2008, au pire moment de la tourmente financière qui allait plonger l’économie mondiale dans la plus grande crise depuis la deuxième guerre mondiale, c’est dans cette même salle que je me suis adressé aux Français.» Le ton était posé, Sarkozy avait le visage sombre, les yeux rivés sur le discours d'Henri Guaino.

« Je n’ai pas écouté ceux qui me conseillaient de ne rien dire de peur qu’en disant la vérité, on créât la panique ». La formule était osée. En septembre 2008, Nicolas Sarkozy tarda à réagir plus qu'ailleurs, incapable de comprendre ce qui se déroulait devant lui.

Dire la vérité ? Il prononça douze fois l'expression dans la suite de son discours. « Cette vérité, les Français étaient prêts à l’entendre. Leur dire la vérité, c’était leur dire que la France ne pouvait pas rester à l’abri d’une crise planétaire. C’était leur dire que cette crise était grave, qu’elle allait durer, qu’elle aurait des conséquences sur la croissance, sur le chômage, sur le pouvoir d’achat. »

En disant « sa vérité », Nicolas Sarkozy mentit beaucoup, au détour d'un argument: « Dire la vérité aux Français, c’était leur dire que l’État ne pouvait pas indéfiniment financer ses dépenses courantes et ses dépenses de solidarité par l’emprunt, parce qu’un jour, il faut payer ses dettes ». A Toulon, en septembre 2008, Sarkozy se défendait au contraire de toute rigueur. Depuis, nous eûmes 2 plans de rigueur et un troisième se prépare. Son paquet fiscal - une dizaine de milliards d'euros d'allègements annuels - venait d'entrer en vigueur depuis un an à peine. On avait juste oublié son autre promesses de candidat, celle de réduire de 68 milliards d'euros en 5 ans les prélèvements obligatoires.

3. Rabâcher
Il répéta aussi qu'en aidant les banquiers et leurs actionnaires, « Ce sont les économies des Français qui ont été sauvées », et par ricochet l'économie et l'emploi. Quelques minutes avant que Sarkozy ne parle, on apprenait des Echos que les banques françaises avaient perdu quelque 100 milliards d'euros de dépôts sur le seul mois de septembre. 

Pêle-mêle, le candidat rabâcha également qu'il disait déjà qu'il faudrait « travailler davantage et non pas moins » (un million de chômeurs supplémentaires plus tard, la formule fait pleurer), et « accélérer le rythme des réformes » (il a lui-même détricoté son propre paquet fiscal de 2007).

Bien sûr, avec son ton grave, son visage sombre, Nicolas Sarkozy voulait être protecteur, compréhensif. Il avait sauvé tous les « centimes » de nos dépôts. Il savait que «beaucoup de Français ont souffert et continuent de souffrir », que « chacun a dû faire des efforts, chacun a dû faire des sacrifices ». Même les plus riches, d'ailleurs. Contraint par la crise, il a a dû leur imposer une contribution exceptionnelle et temporaire de 3% de leurs revenus tant que notre budget serait déséquilibré...

4. Réécrire Sarkozy
Le candidat Sarkozy avait fait le tri. Il mentait par omission. Il oublia de mentionner l'absence de régulation des marchés financiers et des banques - fer de lance de son précédent discours de Toulon; rien ne fut dit sur l'incroyable injustice et inefficacité de notre système fiscal, de ses cadeaux à la rente et au capital (les 2 milliards d'allègement de l'ISF pour « compenser » la suppression du bouclier fiscal.

Mais il voulait surtout qu'on le comprenne lui. Il a fait des efforts. « En 2008, j’ai dit que le capitalisme devait être refondé. J’ai dit qu’il fallait moraliser la finance. Le G20 que la France avait voulu, contribua à sauver la confiance qui se trouvait partout ébranlée.»

Tout n'a pas été accompli, et d'ailleurs, il est le premier à s'en énerver. « Depuis le début de la crise de la dette, reconnaissons-le, l’Europe a déçu. Pas assez vite, pas assez loin, pas assez fort. J’entends ces critiques. Parfois, j’ai partagé l’impatience des observateurs. » dira-t-il à la fin de son discours.

Mais ce n'était pas de sa faute: « Depuis le début de la crise de la dette, reconnaissons-le, l’Europe a déçu.» Sur la fin, il se défausse : « Le Traité de Maastricht s’est révélé imparfait. Il prévoyait des mécanismes de préventions, mais bien lacunaires, des sanctions, peu appliquées et aucun instrument d’urgence.» Il se cherche des excuses : « Nous avons dû tout réinventer, tout reconstruire, et nous avons redécouvert que parfois nos conceptions de la politique économique ou de l’union monétaire étaient demeurées différentes, en dépit de 10 ans de vie commune

Tout réinventer ? Mais qu'a-t-il réinventé ?

5. Rater l'Histoire
Pour expliquer la crise, l'argument sarkozyen fut pauvre. La crise financière serait la seule grande cause de nos tourments. On sait pourtant que le retournement de cycle économique en Europe débuta dès avril 2008. En France, le chômage reprit sa hausse à cette date, plus de six mois avant l'éclatement de la bulle de la dette.

Et d'où venait cette crise de la dette ? Ce jeudi, le professeur Sarkozy allait nous donner l'explication suprême, celle que nous attendions tous, impatients de comprendre pourquoi donc le monde nous faisait ainsi souffrir. « Il faut chercher les causes communes qui ont conduit le monde dans la situation où il se trouve aujourd’hui. » Il l'avait, lui, l'explication. Il l'a cherché, et il l'a trouvé. Simpliste à souhait, il n'en avait qu'une:  « C’est dans l’instauration, à partir de la fin des années 70, d’une mondialisation sans règle autre que celles qui garantissaient la liberté du commerce que se trouve l’origine des difficultés actuelles.»

La révélation devait si énorme que Nicolas Sarkozy s'accrocha à son texte et son pupitre pour ne pas raté sa démonstration. Cet exercice de story-telling historique fut impressionnant d'abnégation simplificatrice: « A la fin des années 70, par une sorte de retour du balancier, l’idéologie du laisser-faire a triomphé au point de faire oublier au monde toutes les leçons qui avaient été tirées de la Grande Dépression des années 30. La globalisation financière s’est installée pour compenser artificiellement les ravages que la mondialisation sans règle provoquait dans les économies des pays développés.»

Fichtre ! Sarko le gaucho serait-il encore parmi nous, au moins dans les discours ?

6. Libéral honteux
Rassurez-vous. Sarkozy, sur ce point, n'a pas changé. La dette a vérolé nos économies parce qu'avant Lui, personne n'était rigoureux. Sarkozy dénonça notre « modèle social qui croulait sous les déficits », et la « baisse inacceptable du niveau de vie des ménages  » compensée par l'endettement.

« Ainsi les pays développés ont-ils cherché leur salut dans la seule voie qui leur restait : la fuite en avant dans l’endettement.» Heureusement, Sarkozy était notre Guide. Il savait d'où nous sortions, et où nous allions. Dans son exercice d'auto-défense, Sarkozy se voulut à nouveau prophète. Nous entrons, promet-il, dans un nouveau cycle économique.
« Ce nouveau cycle économique qui s'annonce sera très différent: ce sera un grand cycle de désendettement
7. Zéro politique
Qu'on se le dise. Sarkozy ne faisait plus de politique, car il n'y a plus de politique. L'essentiel de cet exercice toulonnais était de marteler qu'il n'y avait plus aucun choix que de le suivre lui. Pour ce, le Monarque n'évita aucune caricature, aucune simplification:

« Il y a trois façons de répondre à la crise. La première, c’est de la nier. Expliquer que ce n’est pas grave, que la crise n’est qu’un prétexte. » Qui le prétend ? L'ensemble des forces politiques du pays ne cessent de rappeler combien la crise est grave.  « La seconde, c’est de faire le choix exclusif de l’austérité, de la rigueur, de la déflation. Ce serait le choix de la baisse des salaires et des retraites. » et, enfin, « il y a un autre choix possible.» On tendit l'oreille, impatient de découvrir cette alternative qui n'en était pas une. Ce choix proposé par Sarkozy n'était que « de répondre à la crise par le travail, par l’effort et par la maîtrise de nos dépenses

Et voici notre candidat empiler les évidences : 
« Entre la baisse des retraites et travailler plus longtemps, je choisis la deuxième solution. Entre gagner moins et travailler davantage, je suis convaincu que la deuxième solution est préférable à la première, qu’elle est plus juste et qu’elle nous permettra de sortir de la crise au lieu de l’aggraver.»
De qui se moque-t-il ? Quelques 6 millions de chômeurs, inscrits ou non à Pôle Emploi, gagnent moins et travaillent moins.

8. Zéro propositions
Depuis plus d'un an, Nicolas Sarkozy ne promet plus d'agir, il promet de parler.

Pendant ses 52 minutes de discours, il fut avare en propositions. A défaut, il partagea sa « vision »: « Pour rendre aux Français la maîtrise de leur avenir, il faut rendre à la France la maîtrise de son destin. Et pour cela elle doit entrer de plain-pied dans le nouveau cycle économique. Elle doit s’y préparer.»

La solution est connue: il faut réduire la dette. Encore une fois, une évidence de premier degré. Jamais le Monarque, dans ses explications vaseuses n'évoque-t-il pas l'absence de régulation sérieuse imposée aux banques françaises depuis leur sauvetage en 2008. Jamais n'évoque-t-il la défiscalisation massive des revenus du capital aux détriments du travail depuis trois décennies, ni l'interdiction faite aux banques centrales, voici 30 ans également, de prêter aux Etats.

« En réduisant nos déficits, nous diminuons l’emprise que les marchés exercent sur nous, nous préservons la maîtrise de notre destin.» Un surendetté libre libre de rembourser ses prêteurs, quel avenir !

Sur l'Europe et l'euro, «une crise de crédibilité, une crise de confiance », il promet encore un sommet franco-allemand, dès lundi, avec Angela Merkel. Jusqu'à maintenant et depuis un an, il a échoué à convaincre la chancelière allemande. Avait-il une idée nouvelle à proposer ? Non, il rabâche: « tous les pays de la zone Euro seront solidaires les uns des autres ». Il disait cela en août dernier. « La BCE est indépendante », Angela Merkel lui a fait avaler cette contrainte, en public, la semaine dernière. Il voudrait une règle d'or « qui inscrira dans son ordre juridique l’objectif d’équilibre budgétaire », lui qui a aggravé notre endettement public de 400 milliards d'euros en 4 ans, dont seuls 200 sont imputables à la crise. Sarkozy veut la « convergence », qui « doit être le maître mot de la zone euro », alors qu'il rechigne encore à ajuster ses propres prévisions économiques sur les celles de ses voisins...

9. Zéro courage
Son unique annonce concrète fut l'organisation d'un sommet pour l'emploi en janvier. Sarkozy le présenta comme une épreuve de vérité et courage, une de plus, contre un ennemi imaginaire.

Depuis juin 2007, il avait tous les pouvoirs, législatifs et institutionnels. Il a multiplié les Grenelles en tous genres, les commissions de réflexions distrayantes, les groupes d'experts. Et pourtant, jamais n'eut-il le courage, le vrai, d'organiser un Grenelle pour l'emploi.

Sur le tard, le voici qu'il donne des leçons de courage aux autres. « Il faudra avoir le courage d’affronter les grandes questions et de lever les tabous sur les freins à la compétitivité française. »

10. Bouc-émissaires
En trois ans, Sarkozy avait aussi dû changer de boucs-émissaires. Le méchant trader et l'irresponsable banquier furent remisés au placard. Et Sarkozy ne croyait pas «  qu’il serait économiquement juste, ni moralement acceptable d’imputer aux Français les difficultés que nous vivons.» Non, chers Français, vous souffrez parce qu'on vous a menti et qu'il y a des fraudeurs. Sarkozy tenta une partition incommode et peu convaincante.

Ces Français « ne consomment pas plus qu’ils ne gagnent. Au contraire, ils épargnent.» Le Monarque loua les « atouts exceptionnels » du pays, pour mieux accentuer les « efforts » nécessaires à leur sauvetage.

Les ennemis sont ailleurs. Vous les connaissez, ce sont d'abord ces irresponsables prédécesseurs qui n'ont pas su équilibrer un seul budget depuis 1974; et surtout ceux qui ont instauré la retraite à 60 ans et les 35 heures. Sarkozy a pu défendre sa réforme des retraites, sans parler du fond, c'est-à-dire de la répartition des efforts.

Second bouc-émissaire, les « profiteurs du bas ». Selon le Président des Riches, «  il est apparu une nouvelle inégalité celle qui fait la vie plus difficile à ceux qui travaillent au bas de l’échelle par rapport à une minorité qui voudrait profiter du système sans assumer sa part des devoirs ». La salle applaudit bien fort, contre ces fraudeurs qui abusent du système quand les autres triment; ces fainéants qui cumulent les minimas sociaux.  

Et enfin, last but not least, les immigrés. Il fallait un couplet sur la souveraineté:  «nous refuserons d’effacer nos frontières ». Qui le demande ? Les Grecs ? « Ainsi, nous n’accepterons pas une immigration incontrôlée qui ruinerait notre protection sociale, qui déstabiliserait notre société, perturberait notre façon de vivre, bousculerait nos valeurs.»
La salle applaudit, évidemment fortement.


Un président en campagne ou un candidat qui se planque, des platitudes rabâchées ou des réécritures de l'histoire sans surprise, ce discours de Toulon fut à l'image de son auteur, décevant.

jeudi 1 décembre 2011

Video: les mensonges de Sarkozy depuis Toulon


Crise : Les mensonges de Nicolas Sarkozy par TousHollande

2008-2011: Sarkozy à Toulon, mauvais remake.

Il l'a préparé, ce discours. Henri Guaino y planche depuis lundi. Il paraît que ce sera l'un des discours marquants du quinquennat. Comme en 2008. A l'époque, Nicolas Sarkozy était venu au Zénith de Toulon le 25 septembre. 10 longs jours après la disparition de la banque Lehman Brothers et le premier crash boursier. Trois ans plus tard, il y retourne. La démarche est curieuse. Pourquoi donc ce remake de l'un des plus détestables souvenirs de la mandature Sarkozy ?

Le discours de Toulon du 25 septembre 2008 fut emblématique de la présidence Sarkozy à plus d'un titre: une diversion, une rupture et un échec.

Une diversion
Rendons grâce à Nicolas Sarkozy sur un point au moins: le discours de Toulon avait d'abord permis de masquer 10 longs jours d'immobilisme pendant lesquels Nicolas Sarkozy était resté sans voix face à un effondrement financier et boursier qu'il ne comprenait pas. Longtemps, les communicants de Nicolas Sarkozy se sont fichus de nous, en réécrivant l'histoire d'un Monarque français à la pointe de la riposte contre la Grande Tourmente, dès les premiers instants. C'était faux. Nicolas Sarkozy n'avait rien compris.

Quelques mois auparavant, alors que la crise des « subprimes » frappait déjà les Etats-Unis de plein fouet, Nicolas Sarkozy, candidat puis président, s'échinait à vanter le tout-crédit. Quand les premiers établissements américains font faillite durant l'été 2007, la Sarkofrance ne réagit pas. Christine Lagarde nous promet toujours un grande croissance. Six mois plus tard, dès avril 2008, l'emploi intérimaire s'effondre. Les CDD échus viennent grossir les rangs des chômeurs. La défiscalisation des heures sup' avait accéléré la dégradation de l'emploi.

Ce jour-là, le 25 septembre 2008, Nicolas Sarkozy avait donc réservé le zénith comme pour un vieux concert de Johnny Halliday. Il lisait le texte de son discours avec attention, le teint quasi-blafard, les épaules tressautant trop régulièrement. 

En septembre 2008, quelques jours après la disparition de Lehman Brothers (le 15), c'est Gordon Brown, le premier ministre britannique du moment, qui fit comprendre à ses collègues européens, et Sarkozy le premier, combien l'économie risquait en fait d'un gigantesque credit crunch, un resserrement généralisé du crédit aux entreprises. Les banques ne se faisaient plus confiance les unes aux autres.

Une rupture
Le discours de Toulon fut aussi une rupture. Il symbolisa même la « rupture dans la rupture », le coup d'arrêt à nombre de réformes iniques. Sarkozy avait déjà beaucoup fait, notamment en matière économique et fiscal avec son « paquet TEPA » : défiscalisation partielle des heures supplémentaires et des intérêts d'emprunts, suppression des droits de succession pour les plus riches, renforcement du bouclier fiscal pour les grandes fortunes, etc. Mais sa feuille de route était encore longue.


A Toulon, Sarkozy dut endosser un costume imprévu: celui du régulateur et du protecteur. Il se transforma en « Sarko le Gaucho ». Il voulait sanctionner « les responsables de ce naufrage », « au moins financièrement ». Mieux, « le marché tout puissant, c'est fini ». Mais attention, « Renouer avec le collectivisme (...) serait une erreur historique ». La France aurait-elle un jour connu le « collectivisme » ? Finalement, les méchants traders ne subirent qu'une modeste et indolore taxe. Et trois ans plus tard, ils pouvaient tous nous narguer et nous menacer. Nicolas Sarkozy ne jugeait plus que par le Triple A de trois agences de notation. La réalité fut cruelle pour le petit Monarque.

Le Monarque nous livra une histoire, sa vision des causes de nos tourments du moment: quelques traders et banquiers auraient abusé du système capitaliste. Il fallait rétablir la confiance dans le système, et, croyez donc le candidat Nicolas:  « On ne rétablira pas la confiance en mentant ». Sans rire ? Trois ans plus tard, les marchés n'ont plus confiance. Sarkozy aurait-il menti ?

Un échec
Mais surtout, ce premier discours de Toulon n'a débouché sur rien. Avec le recul, le décalage entre cette nouvelle salve de promesses péremptoires et la réalité des résultats obtenus est terrible. Le bilan est loin d'être fameux.

Certes, Sarkozy promit que l'Etat se porterait garant de l'épargne des particuliers. Et la garantie fut effectivement portée à 100.000 euros par compte. Sarkozy suivait tous ses collègues européens qui avaient déjà annoncé de similaires garanties, allant même, parfois, jusqu'à nationaliser leurs banques défaillantes.

Mais en réalité, le discours de Toulon fut très pauvre en annonces ou vision.

1. Le Monarque promit d'encadrer les parachutes dorés, pas de les interdire. Il promit également de réguler le mode de rémunération des dirigeants des banques. Rien de plus. Plus tard, son soutien aux banques sans contre-parties autre que des agios le privèrent de tout levier. Il fallut attendre janvier 2010 pour que Christine Lagarde nous promette une taxe sur les bonus bancaires, finalement bien modeste (moins de 400 millions d'euros) et temporaire.

2. A l'international, Sarkozy oeuvra pour que les paradis fiscaux... changent de nom. En France, 18 mois après le discours de Toulon, la Cour des Comptes s'inquiète que les banques françaises ainsi aidées n'aient finalement pas davantage prêté aux entreprises.

3. Il proposa de généraliser les stock-options au plus grand nombre de salariés, alors que les Bourses s'effondraient. Cette mesure ne fut jamais appliquée. 

4. Il répéta surtout qu'il ne changerait pas de politique, pas d'austérité évidemment. Sarkozy pressentait-il que la dizaine de milliards d'euros annuels qu'il venait de cramer en inutiles cadeaux devait être remise en cause ? Il mentit. Nous eûmes droit à des micro-plans de rigueur à répétition, le plus souvent à sens unique.

5. Sarkozy se limita à quelques rappels bien étroits: « Je n'accepterai pas des hausses des impôts et des taxes qui réduiraient le pouvoir d'achat des Français. Mon objectif est de rendre du pouvoir d'achat aux Français, non de leur en prendre ». Trois ans plus tard, on sourit. Sarkozy a créé une quarantaine de nouvelles taxes. Rien que ça.

6. Autre et maigre annonce de l'époque, la réduction du nombre de fonctionnaires se poursuivra. Pour le coup, il a tenu cette promesse. Nicolas Sarkozy avait simplement oublié de nous préciser que l'économie budgétaire serait quasi-nulle... 

Toulon est une terre de promesses... non tenues.

Les vraies raisons
Si Sarkozy vient à Toulon, ce jeudi, discourir sur l'Europe et la crise, c'est pour s'afficher président au travail, comme il y a trois ans. Depuis quelques jours, une sale musique le dérange dans les médias: Sarkozy se planque, se cache mais se montre. Il n'est pas candidat, mais il fait campagne. Il ne se dévoile pas, de peur de prendre des coups et de justifier son bilan. C'est un candidat en fuite.

Il était déjà revenu depuis à Toulon. Mais ce premier jeudi de décembre 2011, il fallait nous faire croire que l'intervention serait « historique » ou « marquante ». Le Figaro s'y est attelé dès mardi: « Ce jeudi, Nicolas Sarkozy prononcera à Toulon un deuxième discours sur la crise et l'Europe, trois ans après le discours de Toulon, devenu depuis l'une des références du quinquennat ».

La crise s'est aggravée. Le Monarque veut nous faire croire qu'il reste ce président protecteur dans la tourmente, équilibré dans l'action. Il fallait l'écouter, dès mardi, devant quelques agriculteurs silencieux. Son immodestie l'aveuglait encore.

Il n'est plus qu'une marionnette allemande. Pour ce nouveau discours à Toulon, il espérait convaincre Angela Merkel d'une énième nouvel accord franco-allemande. Les Bourses s'en fichent. Elles étaient euphoriques pour quelque heures depuis qu'un consortium de banques centrales occidentales s'étaient décidées à « matcher » la spéculation conte l'euro. Certains se sont refaits.

Ses plans de rigueur et autres déclarations ne convainquent plus. Il a oublié le chômage au détriment du chômage, qui progresse. Le candidat du travail n'est plus que le président des agences.


les mots ont un sens : Sarkozy et la crise... par politistution