31 janvier 2012

Sarkozy s'est-il auto-dissous ?

L'hiver arrive enfin, quelques flocons et une vague de froid ont surpris nombre de foyers français dans l'hexagone. Nicolas sarkozy a filé à Bruxelles. A l'exception d'une vibrante couverture du Figaro, les commentaires furent finalement peu élogieux sur son intervention télévisée de la veille: trop tard, trop peu, trop défensif.

Nicolas Sarkozy a semble-t-il raté sa relance. Il n'avait même pas la fausse surprise d'annoncer sa propre candidature pour attirer la curiosité.

Dimanche, Nicolas Sarkozy était apparu effrayé de cette campagne qui a démarré sans lui.

Sarkozy perdu, ou grillé ?
Dimanche soir, Nicolas Sarkozy s'est grillé devant un peu moins de 17 millions de téléspectateurs. Il lui avait un peu plus de 6 chaînes pour atteindre le score. A l'accélération de la campagne la semaine dernière, il est paru coincé par son costume de président et ses 4 pauvres propositions, multipliant les erreurs et approximations.
Il 

L'assouplissement de 30% des coefficients d'occupation des sols (COS) est une mesure confuse voire incompréhensible pour le commun des citoyens, et illusoire pour les experts: le manque de logements en France a peu à voir avec des COS prétendument trop contraignants. Et les propriétaires peuvent déjà augmenter de 30% leurs surfaces sans permis de construire du moment qu'ils respectent quelques règles énergétiques ou sociales. Le Figaro s'est inquiété, lundi, de ces mesures qualifiées de complexes.

L'augmentation de la TVA en octobre est apparu injuste, dangereux et contradictoire. Cela risque d'affaiblir la consommation (qui tire la croissance en France davantage qu'ailleurs). A 21,2%, la TVA française sera plus élevée que la moyenne européenne. Au Royaume Uni, une mesure similaire a fait bondir l'inflation à 5%.

La réduction des points de cotisations patronales ne sera pas dosée en fonction du poids de la concurrence étrangère.

Les accords compétitivité/emploi méritaient autre chose qu'un débat précipité en quelques semaines, alors que la loi prévoyait justement de donner du temps au dialogue social. Puisque les syndicats de salariés y sont hostiles, cette promesse de Sarkozy n'engageait... que lui. « ce contrat d’entreprise s’imposera à la loi » avait promis dimanche Nicolas Sarkozy. Une belle avancée de l'ultra-libéralisme qui ne déteste rien de moins que la loi contre le contrat « librement  » consenti entre un renard et un lapin.

Au final, Nicolas Sarkozy reste l'un des moins bien placés pour discuter de compétitivité. Dans son grand discours d'investiture le 14 janvier 2007, pour cette autre campagne d'un autre siècle, il ya 5 ans, Nicolas Sarkozy n'avait pas prononcé une seule fois le mot compétitivité. Pas une seule fois.

Il évoque davantage de souplesse, mais que n'a-t-il fait. Sa propre défiscalisation des heures supplémentaires dès octobre 2007 a fait chuté l'emploi intérimaire puis en CDD dès le printemps suivant, quelque 6 mois avant la Grande Crise. En décembre dernier, l'automobile française a encore chuté: les ventes de Peugeot PSA ont reculé de 18%, celle de Volkswagen ont cru de 9%.

Il invoque l'apprentissage contre le chômage des jeunes, mais son bilan des 5 ans est un échec. Depuis 2007, le poids des prélèvements obligatoires a augmenté.  

En coulisses, l'Elysée panique
Pourtant, les éléments de langage avaient été distribués aux différents ministres et ténors de Sarkofrance une trentaine de minutes avant la fin de l'émission présidentielle. Il fallait que le discours des perroquets de l'Elysée soit rodé, et éviter le cafouillage du dimanche précédent après le meeting de François Hollande au Bourget.

En effet, lundi en fin de journée, Vanessa Schneider révélait pour le Monde le document de trois pages envoyé par l'Elysée aux ministres: ces derniers devaient vendre cette « nouvelle étape de transformation de notre pays ». Il leur fallait rappeler que ces mesures ne venaient que maintenant car « pendant 6 mois, le Président et ses homologues européens se sont battus pour juguler la crise financière». Et, évidemment, « Face à la crise, Nicolas Sarkozy oppose la vérité sur la situation et le courage de l’action ». Ou encore, « pas de promesses intenables, pas de rêve chimérique, pas de division des Français, mais des réformes structurelles pour que notre pays puisse affronter le monde ».

Lundi après-midi, François Fillon reçut, comme l'avait ordonné le Monarque la veille à la télévision, ses proches ministres pour discuter de la mise en oeuvre du fameux plan. A l'issue, il confessa une nouvelle réduction des prévisions de croissance pour 2012: 0,5% au lieu de 1%.  Les 5 milliards d'euros de provisions budgétaires qu'avait mis de côté le gouvernement dans son budget 2012 seront complètement mangés.

C'était sans doute la véritable annonce de la semaine: Nicolas Sarkozy se ralliait à une prévision adoptée voici 4 jours par François Hollande. 

Le premier ministre écrit également aux organisations syndicales et patronales sur les accords compétitivité/emploi, et « d'engager sans attendre cette négociation de façon à aboutir dans les deux mois ».

L'exemple allemand
Lundi matin, Nicolas Sarkozy a pris son vol pour Bruxelles. Il y rencontrait Angela Merkel. De modèle, la chancelière est devenue mentor, ou seule maîtresse à bord. Elle ne s'y est pas trompée en promettant de venir le soutenir en meeting, confirmant ainsi le secret de polichinelle. Dimanche soir, Nicolas Sarkozy a porté l'Allemagne en exemple pas moins de 8 fois. Mais sa vision reste brouillonne. Il mélangeait tout. Il multiplia les erreurs (oui, l'Allemagne a aussi perdu de des emplois industriels en masse malgré les « grandes » réformes du chancelier Schroeder).

Il n'osait toujours pas la critique essentielle: l'Allemagne est un concurrent qui nous dame le pion sur les marchés étrangers. Sarkozy n'osa pas non plus la comparaison complète: promet-il autant de travail partiel et précaire aux Français ? Mieux, en Allemagne, les loyers... sont encadrés (comme le rappelait lundi matin le Lab d'Europe1).

A Bruxelles, Angela Merkel a finalement modéré sa menace. Son ministre des finances voulait placer la Grèce sous tutelle européenne pour mener à bien ses réformes. Il s'agissait de nommer un commissaire européen et de l'envoyer à Athènes. « Je ne cherche pas la polémique, mais plutôt un dialogue productif » a-t-elle précisé en arrivant au sommet. Le Luxembourg et l'Autriche voisines ont rapidement publiquement répudié la proposition allemande. Nicolas Sarkozy, lui, est resté courageusement silencieux. L'objet du sommet était aussi de caler le fameux traité européen à 26, décidé en octobre; et de valider le second plan de l'aide à la Grèce.

Cette dernière renégociait la restructuration de sa dette. Contrairement aux grandes déclarations de victoires de Nicolas Sarkozy lors des sommets européens précédents, il manquait à la Grèce de renégocier l'abandon de 50% au moins de sa dette publique pour envisager d'être sortie d'affaires. Avant le sommet, les créanciers privés avaient acceptés de perdre 50% voire 70% de leurs prêts. Mais c'était insuffisant. Il fallait encore que la BCE et d'autres institutions publiques acceptent de faire de même.

Quelque part vers 21H30, Nicolas Sarkozy a tenu à se montrer devant les journalistes, pour résumer les conclusions de ce sommet européen informel. Il était fatigué, presque gris, les épaules tremblantes. Il avalait fréquemment sa salive au point de s'interrompre. Il répéta souvent le mot compétitivité.

Il ne savait plus quand le futur traité (promis depuis le 9 décembre dernier) devait être adopté (« mars, je crois... ») ni quand l'accord avait été conclu ( « le 9 décembre, je crois »). Tout aussi flou fut-il sur la prévision de croissance (« elle était à 1% je crois... »). Il refusa de commenter les critiques contre sa décision d'augmenter la TVA. Il refusa aussi de répondre à un journaliste britannique qui lui demanda si David Cameron avait réagi au mensonge prononcé la veille par Sarkozy sur l'industrie outre-Manche. Publiquement enfin, maintenant qu'Angela Merkel avait abandonné son idée de tutelle de la Grèce, Sarkozy put avouer qu'il n'aimait pas l'idée.

Cette séquence, au final, fut curieuse.

Nicolas Sarkozy semblait s'être auto-dissous, effacé.




30 janvier 2012

Le président Sarkozy voulait récupérer son Triple A.

Ce dimanche soir 29 janvier, Nicolas Sarkozy avait réservé 6 chaînes de télévision nationales (TF1, France 2, iTélé, BFM-TV, LCI, LCP) et deux chaînes internationales (France 24, TV5-Monde). Les deux premières devaient lui assurer une quinzaine de millions de téléspectateurs. L'interview était prévue courte, une heure tout au plus à compter de 20H15, avec 4 journalistes.

Il ne fallait pas trop de questions, et si possible faire oublier la furieuse semaine du rival François Hollande.

Le Sarkoshow...
Mardi, il livrera ses voeux à la presse, à l'Elysée, pour la seconde fois seulement depuis mai 2007. La dernière fois, le 8 janvier 2008, il avait laissé un grand souvenir: taquin, violent, imprévisible, narcissique, outrancier. Ses conseillers ont mis 4 ans à faire oublier la prestation de leur mentor. Désormais, Nicolas Sarkozy se dépeint comme ce capitaine expérimenté.

« C’est le courage qui donne la force d’agir » serait le prochain slogan de campagne. Sans rire ? Le clip de pré-campagne, dévoilé samedi par Jean-François Copé au Conseil national de son parti à Paris, a rapidement été ridiculisé. Le vrai spectacle était pour dimanche soir. Nicolas Sarkozy y jouait son va-tout, un « pari fou », c'était son « grand soir ». Un petit parfum de dictature télévisuelle tant la débauche de moyens télévisés surprit.

Claire Chazal et Laurent Delahousse, jugés insuffisamment compétents en matière économique, avaient été secondés de Jean-Marc Sylvestre, ancien chroniqueur libéral de France Inter et LCI passé à i-Télé, et de François Lenglet, directeur de la rédaction de BFM Business qui s'était frotté à François Hollande jeudi dernier. L'Elysée avait prévenu que le Monarque ne répondrait pas aux questions sur sa candidature éventuelle.

Quatre journalistes pour une heure d'entretien, le temps était trop court pour que la contradiction fut portée. L'un des journalistes avait été soutenu par Sarkozy quand il fut évincé d'une radio publique. Une autre était restée proche. Des bandes annonces encombraient depuis trois jours les écrans pour faire la pub de ce grand moment. On espérait 15 à 20 millions de téléspectateurs.

Des fuites avaient permis d'apprendre l'essentiel dès samedi: une hausse de la TVA, une baisse des cotisations patronales, et un micro-impôt de Bourse.


A 20h15, ce  quinzième Sarkoshow commençait donc. « Merci de nous accueillir dans cette salle des fêtes de l'Elysée » débuta Claire Chazal, de blanc vêtue. La salle était immense et richement décorée. Sarkozy semblait Louis XVI interrogé à la veille d'une Révolution.

Immédiatement, la journaliste de TF1 s'inquiéta de la dégradation de la note française « qui a ému l'opinion ». Car, précisa-t-elle « les Français sont inquiets sur leur avenir ». Laurent Delahousse, de France 2, résuma le déroulé de cette interview. Un petit groupe d'invités semble coincé au fond de la salle des fêtes.

« En tant de crise, je suis là en tant que chef de l'Etat » précisait-il. « Nous avons dû consacrer la totalité du deuxième semestre 2011 à arrêter une crise financière ». Pourtant, rajouta Chazal, « la chancelière allemande vous considère comme en campagne »... Nicolas Sarkozy fit mine d'être surpris. Sarkozy précise qu'elle « ne vote pas en France ». Il bafouilla, « c'est un tout autre sujet ».

Lucide sur son bilan ?
Nicolas Sarkozy joua d'abord au protecteur. Rassurez-vous, bonnes âmes, le pire est derrière nous. La preuve avancée fut ... alambiquée : « Je crois que l'on peut dire que les éléments d'une stabilité de la situation financière de l'Europe et du monde sont posée...». Et d'ailleurs, il promit une bonne nouvelle, « un résultat de déficit bien meilleur », 5,3% de déficit budgétaire.. Ouch !... une sorte d' « amélioration des problèmes »...

Avez-vous compris ? Il s'agaça contre Standard and Poor's, et préfère Moody's « qui est deux fois plus grosse ». « Les agitations de Standard & Poors n'ont pas eu plus d'effet sur la France qu'elles n'en ont eu sur les Etats-Unis ». « En ce début d'année, la France emprunte à un taux historiquement bas. La crise financière s'apaise (...) L'Europe n'est plus menacée. »

Donc, ajouta-il, « il faut consacrer tous nos efforts à la crise économique », évidemment avec l'Allemagne voisine. «  En France, depuis mi-2008, c'est 500.000 destructions d'emplois. Au Royaume Uni, c'est un million de chômeurs en plus ». Sarkozy mélangeait les statistiques, les destructions d'emplois et le nombre de chômeurs. Un peu plus tard, il accusa le retournement économique de l'été dernier.

Le chômage reculerait au début de l'année, nous assura-t-il. Faux encore, il suffisait d'observer les courbes de la DARES. Le chômage n'a jamais baissé depuis 2008.

Les mesures qui font pschitt

« Pour attraper plus de croissance du monde », Nicolas Sarkozy annonça une première décision sur le logement. Et quelle décision ! Les propriétaires pourront augmenter leur surface de 30%...
« Nous avons décidé que pour les 3 ans qui viennent, tout terrain, toute maison, tout immeuble, verra ses possibilités de construction augmenter de 30 % »
Même Laurent Delahousse fut interloqué: « mais, pour agrandir son logement, il faut des moyens ! ». « Pour répondre à la pénurie de logements, il faut libérer les possibilités de logement » expliqua-t-il. Sarkozy bottait donc en touche. Mais il exclua l'encadrement des loyers, car « plus personne n'achètera ».

Seconde mesure, « Nous allons créer une banque de l'industrie sur le modèle d'Oseo » ajoute-t-il, chipant une mesure du programme Hollande. Il y a 4 jours, ses sbires répétaient qu'elle existait déjà. Il faudrait savoir...

Troisième annonce, comme un aveu d'échec pour l'un des chantiers majeurs du quinquennat passé de Nicolas Sarkozy, l'apprentissage. Il promit une plus forte sanction contre les entreprises de plus de 250 salariés ne respectant pas un minimum de 4 % de contrats d'apprentissage dans leurs effectifs. « Pour les petites entreprises, c'est plus compliqué ». Un texte sera voté en février. « C'est un effort absolument national ».

Laurent Delahousse demande quand les premiers effets d'une telle mesure se feront sentir. « Mais tout de suite ! » s'exclame le Monarque. « L'avenir des jeunes, c'est dans les entreprises, pas dans les administrations et dans l'assistanat ».

Sarkozy zappe l'élection présidentielle
Puis Claire Chazal cite François Hollande et mentionne la TVA sociale. Nicolas Sarkozy s'énerve. TVA sociale ? « Ce mot n'a aucun sens ! Vous ne m'avez jamais entendu le prononcer. » Et il se lança dans une trop longue explication sur les écarts de charges entre la France et l'Allemagne. Selon lui, les charges sociales des salariés français seraient deux fois supérieures que celles des salariés allemands.

Parfois, il s'énervait tout seul: « Il faut arrêter que n'importe qui raconte n'importe quoi ». Souvent, il cita l'Allemagne, dont l'amitié est un « trésor », un trésor qu'il faillit abîmer au début de son mandat.


« La décision que le gouvernement proposera au parlement sera d'exonérer la cotisation totale ou partielle des cotisations familiales ou patronales » entre 1,6 et 2,1 SMIC, puis une exonération partielle jusqu'à 2,4 fois le SMIC. Cette mesure, se félicita le Président des Riches, concernera « 97% de l'agriculture, 82% de l'automobile et les deux tiers des effectifs de l'industrie ». Et Sarkozy de rajouter: « Nous enlevons des charges sans toucher aux salaires.» Mais pourquoi donc un tel cadeau, sans distinguer les entreprises qui exportent ou délocalisables des autres ?

Ces 13 milliards d'euros seront financés par une augmentation de la TVA: le taux normal, actuellement l'un des plus élevés d'Europe (19,6%) passera à 21,2% au motif d'une baisse légère des cotisations patronales. C'est trop peu pour changer grand chose à la compétitivité des entreprises française, c'est toujours trop pour le panier de la ménagère modeste: « Ca mettra la TVA française dans la moyenne de la TVA des pays européens. » Faux, cette mesure la mettra 1,4 point au-dessus de la moyenne européenne, qui est en de 20,2%.

« Les Français sont très lucides. Ce qui les inquiète, c'est quand on leur raconte n'importe quoi.»

Seconde augmentation, la CSG sera relevée de 2%, pour un gain d'environ 2 milliards d'euros par an: pour faire bonne figure et couper court à la critique évidemment sociale, le Monarque a ajouté une hausse de la CSG sur les revenus du capital. Trop faible pour changer grand chose.

Pour les salariés, comme les non-salariés, l'addition sera donc salée. Une pure perte de pouvoir d'achat. Une de plus. Pour se justifier un peu plus, Nicolas Sarkozy ajouta : « sur les 10 dernières années, la consommation des Français sur les produits importés a augmenté de 50 %, c'est leur droit. »

La hausse de la TVA n'entrera en vigueur qu'en octobre prochain « pour des raisons techniques » d'abord, mais aussi parce qu'il espère, « avec François Fillon », que l'annonce de cette mesure incitera les Français à consommer d'ici et les entreprises à anticiper une baisse de leurs coûts du travail.

Un peu plus tard, François Lenglet rappela 2 critiques sur la TVA sociale, son effet négatif sur le pouvoir d'achat du plus grand nombre, et son insuffisance à véritablement diminuer le coût du travail de manière significative. Le risque d'inflation ? « Aujourd'hui, le risque d'inflation n'existe pas ». Faux ! Lenglet cite l'exemple britannique. « Mais... Ben... le Royaume Uni n'a plus d'industrie » répondit Sarkozy par une pirouette.

Faux. Le Royaume Uni, comme le rappela le Monde, a davantage d'industrie que la France. Nicolas Sarkozy avait déjà commis publiquement cette erreur en 2008.

« Sur la question de la TVA... d'abord... nous n'avons pas touché le taux médian... » ... Le taux médian ? Nicolas Sarkozy vient d'augmenter le taux réduit de 5,5% à 7% au 1er janvier pour l'essentiel des biens et services concernés.

Et la modération des salaires constatée en Allemagne ? s'inquiéta Delahousse... « ça, c'est une autre question » répond Sarkozy. Et il continua sur le risque de délocalisation ... en Allemagne. On n'y comprenait plus rien. Aucun journaliste ne parla du temps partiel subi ni du taux de pauvreté en Allemagne.

Avec 32 ans de retard, Nicolas Sarkozy faisait passer une vieille mesure réclamée par l'ancêtre du MEDEF.



Le sens du ridicule
François Fillon écrira « dès demain matin » aux partenaires sociaux pour leur demander de négocier, « dans les deux mois », des accords compétitivité/emploi par entreprise. « Je ne vois pas pourquoi la loi, l'Etat devrait s'immiscer dans un débat responsable à l'intérieur de l'entreprise ». La négociation devra porter sur la modulation de la durée du travail en fonction de la charge de travail. Une manière d'éviter le paiement d'heures supplémentaires.

Une fois conclus, ces accords s'imposeront à la loi, a promis Sarkozy. Claire Chazal rappelle que ces mêmes partenaires sociaux ont refusé cette démarche lors du micro-sommet social du 18 janvier dernier.

Ces grandes annonces faites, Jean-Marc Sylvestre s'indigna de l'ampleur du déficit extérieur. Sarkozy grimaçait presque, puis bafouilla une curieuse explication: « ça passe par fabriquer des produits que les gens veulent acheter ». Mais qu'avez-vous fait en 5 ans de mandat ? se demanda le journaliste.

Nicolas Sarkozy défendit un peu mollement son bilan. « J'ai passé toute l'année 2010 à résoudre le problème des retraites. (...)  Et l'année 2009, j'ai fait quoi ? L'autonomie des universités. Et en 2008, j'ai fait le service minimum et réformer les services spéciaux.» Fichtre ! Quel bilan bien résumé. Voici un président spectateur jusqu'au bout. « J'accepte qu'on me dise que j'en ai pas fait assez, mais je croyais que pendant cinq ans le thème c'était : on en fait trop ». Par exemple, « En mai 2007, nous avons mis en place le non-remplacement d'un fonctionnaire à la retraite sur deux. (...)160 000 fonctionnaires de moins en cinq ans, est-ce que c'est déjà arrivé dans l'histoire de la République ? »

Mais... rappela le journaliste Lenglet, « l'écart de compétitivité entre la France et l'Allemagne n'a absolument pas baissé pendant votre quinquennat ».

« J'ai le sens du ridicule, ce n'est pas à moi de juger mon propre bilan, c'est aux Français.»

La formule surprend. Est-ce un lapsus ? Il confia alors qu'une taxe sur les transactions financières serait en place d'ici août. Encore une fois, Sarkozy zappe l'élection présidentielle.

Regrette-t-il quelque chose de son mandat ? « Vous regrettez, Monsieur le président, les réductions fiscales du début de mandat ? » s'inquiéta l'un des journalistes. Certainement pas la défiscalisation des heures supplémentaires. Ou la suppression des taxes sur les « petites successions » qu'il s'attribua indument. En août 2007, Nicolas Sarkozy a détaxé les grosses successions, puisque avant sa loi TEPA, déjà 75% des successions étaient exonérées. Tout juste reconnaît-il que la défiscalisation des intérêts d'emprunts immobiliers de la loi Tepa était une « erreur ».

Le mot est lâché, une seule fois. « Mais enfin... le devoir de lucidité, ça compte dans une vie.» Car Sarkozy est lucide. Il laisse à d'autres le soin de préciser qu'il est aussi courageux, bien sûr. « Vous me demandez si en cinq ans j'ai tout réussi. Je suis lucide : non.»

De temps à autre, on retrouva son arrogance naturelle. A l'entendre, il fut précurseur sur la réforme des retraites... « Quand on a fait la réforme des retraites, tout le monde nous a critiqués, maintenant toute l'Europe nous suit ».


Confessions intimes ?
21h11, les questions économiques sont terminées. « Dans quel état d'esprit vous trouvez vous ? » demanda Claire Chazal. « Je vais vous dire... J'ai bien conscience du ridicule d'avoir des états d'âmes en une telle période de crise » répondit Sarkozy. Le Monarque ne confirme pas la véracité de ses propos Off. « La personne qui a perdu son emploi, qui me regarde, qu'est-ce que ça peut lui faire mes états d'âme ? »


Est-il candidat ? Sera-t-il candidat ? Quand le dira-t-il ? Le Monarque prit un air pincé, presque contris. « Si un jour je dois rentrer en campagne, je serai le candidat. Et parfois, j'en ai l'impatience quand je vois l'arrogance.» Ah ? Il se lâche.

« Chacun devrait comprendre que quand on se met au niveau du caniveau, personne n'y gagne. Chacun d'entre nous, on devrait se respecter.»


A 21h16, le show était terminé. 


Nous pouvions reprendre une activité normale.


On retint que Nicolas Sarkozy avait conscience d'avoir le sens du ridicule.



29 janvier 2012

Du courage de de Gaulle à la force de Mitterrand

C'est un curieux clip de pré-campagne que l'UMP a publié samedi 28 janvier. Son titre, le courage donne de la force, serait le prochain slogan du candidat Sarkozy.

La video enchaîne des extraits du débarquement de Normandie, des images officielles du général de Gaulle avec Winston Churchill, puis sur les Champs Elysées le jour de la libération de Paris en 1944, ou avec le chancelier Adenauer. On y voit aussi  André Malraux célébrant Jean Moulin, le chancelier Helmut Schmidt serrant les mains de Valérie Giscard d'Estaing, François Mitterrand avec Helmut Kohl à Verdun en 1984, ou Jacques Chirac rendant hommage aux victimes de la rafle du Vel d'Hiv. On entend Simone Veil présenter la loi éponyme légalisant l'avortement en 1974.

On y voit même quelques extraits du Tour de France et du marathon de Paris, de pompiers luttant contre un incendie de forêt, d'ouvriers ou d'agriculteurs, de soldats français en Afghanistan, une mère retenant son fils de traverser au feu vert, des pêcheurs en pleine tempête.

Quelques verbes apparaissent en surimpression, sans soin particulier sur la typographie (affronter, reconstruire, se dépasser, lutter, travailler, unir, protéger, oser). La musique de fonds rappelle brièvement l'air de campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 et son « ensemble, tout est possible ».

Dans ce clip, Nicolas Sarkozy reste étonnamment en retrait. Tout juste apparaît-il au milieu, lisant un hommage funèbre, sous la pluie, devant la tombe de soldats français tués en Afghanistan « vous n'êtes pas mort pour rien car vous vous êtes sacrifiés pour une grande cause ». Puis on l'entend, en voix off, sur l'image d'une petite fille en équilibre sur une barre de gymnastique: « c'est le courage qui donne la force d'agir ».

C'est tout, il n'y a aucune autre illustration de ce quinquennat. Rien que les communicants de l'Elysée n'aient jugé digne de figurer à côté des grands moments depuis la guerre.

Le premier message de ce clip est subliminal: la crise n'est pas de sa faute. Comme la seconde guerre mondiale, la catastrophe vient de l'étranger. La seconde idée est qu'il n'a pas de bilan à proposer sauf quelques discours grandiloquents écrits par Henri Guaino.


Le courage donne la force par ump

Sarkozy a-t-il honte de son bilan ?
Nicolas Sarkozy n'est peut-être pas fier des sommets européens ratés, de l'échec de la régulation financière, de la disparition d'un million d'emplois en 4 ans, des rafles de familles sans-papier à la sortie des écoles, du discours de Grenoble et du ministère de l'Identité nationale, de l'espionnage politique version Squarcini et du dîner du Fouquet's; des légions d'honneur lâchées comme des hochets à ses proches et du colonel Kadhafi reçu en grandes pompes à l'Elysée. Il a sans doute honte de l'envolée de la pauvreté, des morts quotidiennes de sans-abris, de la désindustrialisation accélérée de l'économie.

A l'automne 2006, un autre clip de pré-campagne circulait sur les réseaux. Il s'intitulait Le Vrai Sarkozy et fut visionné plus de 2 millions de fois. Ses promoteurs furent accusés d'anti-sarkozysme primaire. Et le candidat du Fouquet's fut quand même élu avec 53% des suffrages exprimés en mai suivant.




A le revoir, plus de 5 ans plus tard, on peut-être frappé. Le portrait était juste mais incomplet. Nous savions que Nicolas Sarkozy était clivant. Nous avions sous-estimé son incompétence. Son bilan contre la délinquance est désastreux.

Le courage donne la force d'agir, nous dit-on aujourd'hui.

Nicolas Sarkozy a si peu agi qu'on peut questionner son courage. Il fait preuve du courage des puissants, fort avec les faibles, faible avec les forts.

C'est tout.

Ami sarkozyste, où es-tu ?





Justice: quand Sarkozy avoue à quoi servent vraiment les jurés citoyens.

Le problème des voeux présidentiels à quelques semaines d'un scrutin également présidentiel est que l'exercice tourne rapidement au bilan. Même quand le principal intéressé s'y refuse.

Jeudi 26 janvier, le Monarque est allé à Dijon, délivrer ses voeux au monde de la justice dans l'enceinte de Cour d'appel de Dijon. Le choix du lieu n'était pas anodin. Ce tribunal est l'un des deux qui expérimente l'introduction de jurés populaires depuis le 1er janvier 2012. C'était l'une des dernières « réformes » de Nicolas Sarkozy.

Depuis 2007, la justice a beaucoup souffert. Et pourtant, ce jeudi, Nicolas Sarkozy osa se féliciter de son action.

Jurés populaires, la défense...
A Dijon, Nicolas Sarkozy voulait donc évoquer « l'ouverture progressive de la justice à la participation des citoyens ». La totalité de son discours de voeux fut consacrée à la chose, une micro-réforme, une de plus, qu'il s'évertue à sur-vendre comme s'il avait révolutionné l'institution.

Rappelons le paradoxe: la justice manque déjà de moyens, mais la voici davantage engorgée avec des procédures plus longues et des jurés populaires dans les tribunaux correctionnels et les jugements de libération conditionnelle. Faute d'argent, le dispositif ne fut déployé que dans ... deux tribunaux (Dijon et Toulouse), une « expérimentation » nous a-t-on dit pour masquer la pénurie. « La présence de citoyens implique inévitablement un allongement des délais d'audience » reconnaîtra-t-il plus tard. Mais il a la parade: « C'est pourquoi, avec le Garde des Sceaux, nous avons voulu limiter cette participation au jugement des violences les plus graves, afin de ne pas surcharger la justice correctionnelle

« Est-il inutile de vouloir refonder le lien de confiance entre les Français et leur justice ? Qui oserait dire que cette question ne se pose pas, que tout va bien ? que les magistrats ne s'interrogent pas sur leur métier et que les citoyens ne s'interrogent pas sur leur justice ? » s'est-il exclamé. Personne ne dit le contraire.

Mais qui oserait dire que Nicolas Sarkozy a suffisamment oeuvré pour améliorer l'institution judiciaire depuis 2007 ? Il se félicite, comme son Garde des Sceaux Michel Mercier, d'une progression de 19% du budget de l'institution depuis 2007, soit 1,1 milliard d'euros. En fait, cette « progression », spectaculaire en période de crise, est due aux constructions de prison. Si l'on retranche ces investissements immobiliers (respectivement 889 millions d'euros en 2007, et 1,86 milliard pour 2012, le budget de fonctionnement de la justice n'a progressé que d'un maigre 2% en 5 ans !

... et l'artifice
Il y avait une autre avancée démocratique à portée de mains de Nicolas Sarkozy: en mars 2007, juste avant son élection, le parlement avait voté l'introduction de la collégialité de l'instruction. Pour de simples et misérables raisons d'économies, le gouvernement Sarkozy recula à deux reprises l'entrée en vigueur de cette réforme, née du traumatisme de l'affaire Outreau: au 1er janvier 2011 puis au 1er janvier ... 2014.

D'Outreau et de cet enterrement de première classe de la réforme, il ne fut point question ce jeudi dans l'allocution du Monarque. Non, ce dernier préféra être lyrique sur ses jurés populaires:
« Cette évolution ne fait que poursuivre le mouvement de démocratisation de la justice engagé dès l'avènement de la République dans notre pays. Depuis plus de deux siècles, les Français participent au jugement des infractions les plus graves que sont les crimes, en siégeant dans les jurys des cours d'assises. » 
Au passage, il livra quelques idées sur les « questions essentielles » que pose la justice pénale, selon lui. Puisqu'il est si proche des Français à force de déplacements de terrain toutes les semaines, il connaît leurs attentes: «Que dit le peuple français ? Il demande une plus grande sévérité ». Vraiment ? L'échec sarkozyen en matière de lutte contre l'insécurité méritait meilleure analyse que cette attaque sournoise contre un prétendu laxisme de la justice.

La manoeuvre était trop évidente: « Vous le savez tous ici, le verdict d'un jury citoyen est incontestablement marqué d'un sceau qui inspire le plus profond respect à nos concitoyens.  ». Et oui, tout était dit, avoué. Introduire des jurés citoyens le plus largement possible dans les jugements correctionnels ne visaient à mieux rendre la justice, mais à s'épargner toute contestation des décisions de cette dernière. Plutôt que de renforcer l'institution de moyens humains (juges, greffiers, etc), le Monarque avait trouvé sa diversion et nous l'avouait ce jeudi.

Période électorale oblige, Nicolas Sarkozy voulait aussi câliner une institution qu'il avait soigneusement, régulièrement, en public et en coulisses maltraité: « Je l'ai dit à de nombreuses reprises, je veux le répéter devant vous avec force, les magistrats sont des femmes et des hommes compétents, travailleurs, honnêtes. Ils ont toute ma confiance, ma considération et mon estime ». On se souvient de ses nombreuses prises à partie de magistrats ou de tribunaux.

Il s'étendit peu sur l'indépendance de la justice. « On me disait : plutôt que de créer les citoyens assesseurs, préoccupez-vous de donner plus d'indépendance à la justice. » Et d'ajouter : « La justice est totalement et complètement indépendante, j'ai veillé à ce qu'il en soit ainsi. La révision constitutionnelle de 2008 a donné une autonomie totale au Conseil supérieur de la magistrature. » On s'est pincé. On s'est souvenu de ces instructions judiciaires freinées voire bloquées par le sommet de l'Etat: Karachi, Bettencourt, Woerth, les biens mal acquis...
« Je suis le chef de l'État qui a mis un terme à soixante-cinq années de présidence, par le président de la République, de l'instance la plus importante de la magistrature ! »
On s'est encore pincé.

Il y a moins de 2 mois, début décembre, 126 des 163 procureurs que comptent le pays ont signé un appel sans précédent. Ils réclamaient, en « urgence », « la restauration de l’image de leur fonction, gravement altérée auprès de nos concitoyens par le soupçon de leur dépendance à l’égard du pouvoir exécutif.» Que se passait-il ? La quasi-totalité des procureurs du pays, sauf l'ami du Président - Philippe Courroye - se plaignaient des « moyens très insuffisants mis à la disposition des parquets pour l’exercice de leurs missions, dont le périmètre n’a cessé de croître ». Ils réclamaient « la mise à niveau de leur statut, par un renforcement des pouvoirs du Conseil supérieur de la magistrature pour leur nomination et le contrôle de l’exercice de leurs fonctions, afin de répondre aux nécessités d’une justice impartiale, et de permettre d’établir la confiance des citoyens. » Tiens donc... Ces procureurs, dont Nicolas Sarkozy s'enorgueillissait, ce jeudi à Dijon, de leur avoir donner toute l'indépendance nécessaire, se plaignaient justement de leur manque d'indépendance.

Nicolas Sarkozy n'eut pas un mot en revanche sur les vraies polémiques du moment, cette quarantaine d'autres scandales de la République irréprochable...

Il lui restait aussi à promettre 20.000 places de prison supplémentaires: « Il faut dire les choses comme elles sont, la France a besoin de 80 000 places de détention. Avec aujourd'hui 68 000 détenus et 60 000 places, l'institution ne peut pas fonctionner normalement et la création de ces 20 000 places de détention supplémentaires est une priorité ». Les prisons sont surpeuplées. Les peines plancher, votées dans l'urgence et l'euphorie de l'été 2007 n'ont fait qu'aggraver la situation.

Nicolas Sarkozy le découvre bien tard, à 85 jours de la fin de son mandat...

Ce jeudi, l'exercice d'autosatisfaction tourna à vide.


28 janvier 2012

247ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy, candidat ébranlé, président figurant

Son grand retour sera dimanche. Point de meeting comme François Hollande, il a réquisitionné - pardon - invité 6 chaînes de télévision dans la salle des fêtes du Palais dimanche soir à 20h15. Il espère s'imposer dans 12 à 15 millions de foyers et faire oublier cette terrible semaine.

Nicolas Sarkozy a été ébranlé, les plus lucides de ses partisans doutent. Et deux tiers des militants UMP ne sont même pas allés voter le projet du parti.

Le « candidat présumé » est-il en passe de rater sa campagne ?

Président figurant.
Cette semaine, l'activité présidentielle de Nicolas Sarkozy fut très modeste. Il a fait de la figuration.

Mardi, il était à Marseille, pour les voeux à la Culture. Il tacla Hollande sans le nommer, comme à son habitude. Mercredi, Angela Merkel fit sensation au forum de Davos, ce rendez-vous des riches en Suisse. La chancelière « triple A » réclama davantage d'union européenne, du vrai fédéralisme. Nicolas Sarkozy ne réagit pas. Il préfère la « convergence entre Etats », mais il ne joue plus dans la même cour.

Jeudi, ces voeux à la Justice n'étaient qu'un exercice d'auto-satisfaction sur l'introduction de jurés citoyens dans deux tribunaux. Le Monarque occulta l'appel des procureurs en décembre dernier à plus d'indépendance, l'engorgement de la justice et les affaires en cours.

Jeudi, il recevait le président de Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara. Il paraît que Carla Bruni avait mis les petits plats dans les grands pour accueillir ses hôtes au Palais. Le Monde fut plus sérieux en s'attardant sur Julien Civange, ce curieux conseiller occulte de l'épouse du chef de l'Etat qui a récupéré quelques centaines de milliers d'euros du Fond Mondial contre le Sida. Ce dernier, justement, a perdu son directeur général, ébranlé par le scandale qu'avait révélé Marianne.

Vendredi, Nicolas Sarkozy recouvrait à nouveau son costume de président. Son collègue afghan Hamid Karzaï eut droit à tous les honneurs. Sarko est un peu un George Bush de remplacement. La dégradation brutale de la situation militaire - avec la mort de 4 nouveaux soldats cette semaine - l'a forcé à accélérer le retrait des troupes françaises avant la fin de 2013. Les troupes françaises quitteront même la région de Kapisa dès le mois de mars.
La surprise Hollande
Dimanche 22 janvier, François Hollande avait réussi son premier meeting de campagne, au Bourget, près de Paris. Nicolas Sarkozy était loin, en Guyane. Il continuait sa tournée des voeux, cette fois-ci pour l'Outre-Mer. A Cayenne, il avait calé une intervention publique au moment même où le candidat socialiste devait s'exprimer. Mais l'attention médiatique était à Paris. Hollande surprit son monde en annonçant de multiples propositions. A l'UMP, on fut secoué. La cellule Riposte avait été prise de court. Les premières réponses, dimanche soir, étaient consternantes, contradictoires ou anachroniques. Certaines avaient été préparées à l'avance.

De ce dimanche, on retint deux images. François Hollande galvanisant les 25.000 participants de son meeting. Nicolas Sarkozy, grimaçant de chaleur sur une pirogue au milieu du fleuve Maroni, avec Claude Guéant et Nathalie Kosciusko-Morizet.

A l'Elysée comme à l'UMP, la semaine fut rude. Sonnée par le succès médiatique du meeting au Bourget de François Hollande, l'équipe présidentielle a tenté de se refaire le moral en distribuant quelque 6 millions de tracts de défense du bilan de son Monarque. Mais le jour même, de fausses confidences du Monarque sabordèrent l'opération de reconquête: Nicolas Sarkozy évoquait la possibilité d'un échec en mai prochain. « En cas d'échec, j'arrête la politique. Oui, c'est une certitude. » Les propos avaient été recueillis le samedi précédent, lors d'une soirée « off » avec les rares journalistes qui l'accompagnaient en Guyane. Le journal le Monde, qui venait de briser ce faux tabou du « off », se rattrapa trois jours plus tard. Vendredi, on apprenait que Nicolas Sarkozy regrettait beaucoup de choses de ce mandat qu'il espère prolongeable. Sans surprise, il regrette ... ce que les Français n'aiment pas, ce qui a choqué dans son comportement. Le courage version Sarkozy consiste à nous ré-itérer le traditionnel « j'ai changé » tous les 5 ans...

A l'UMP, on misait ensuite beaucoup sur la présentation détaillée et chiffrée du programme du candidat Hollande jeudi matin. La cellule Riposte animée par Brice Hortefeux avait même publié son « programme caché », un tissu de mensonges grossiers qui scandalisa quelques journalistes. Mais la riposte sarkozyenne fut là encore ratée. Les sbires du Monarque avaient grillé leurs cartouches. A force de crier au scandale, d'attaquer sans connaître, de fustiger sans savoir, comment pouvaient -ils être encore crédibles ou audibles ?

Le soir, Nicolas Sarkozy avait envoyé Alain Juppé guerroyer contre le candidat socialiste sur le plateau de l'émission « Des paroles et des actes », sur France 2. François Hollande moqua l'absence de Sarkozy, un candidat absent qu'il ne nomme donc plus. Et Juppé, « Le meilleur d'entre nous » comme disait Jacques Chirac, s'est fait croquer tout cru. Il termina ses 40 minutes de confrontation télévisuelle agacé, cassant et fracassé.

Valérie Pécresse dénonça la fin du modèle social français car le candidat voulait augmenter les impôts des plus riches. Bruno Le Maire dénonça la suffisance, Juppé l'arrogance. Laurent Wauquiez était occupé à sauver l'usine Lejaby de sa circonscription, qui avait fermé voici 10 jours. « Wauquiez ? On ne l'avait jamais vu ici ! » s'interrogèrent les ouvrières.

Candidat tricheur.
Dimanche, Nicolas Sarkozy a convoqué 6 chaînes de télévision (TF1, France 2, iTélé, BFM-TV, LCP) pour simultanément l'interroger sur les « mesures structurelles et fortes », le plan « sans précédent » qu'il nous promet depuis son second discours de Toulon le 1er décembre dernier. Henri Guaino, son conseiller spécial, a prévenu: « c'est le Président, pas le candidat, qui s'exprime ». Ben voyons... Même le CSA n'est plus dupe. L'autorité a précisé que le temps de parole de Sarkozy serait décompté quand il interviendra en tant que « candidat présumé ». Ses conseillers ont bien précisé qu'il n'annoncerait pas sa candidature, ce serait faire preuve d'inquiétude et déstabilisant le « socle électoral ».

Les mesures ont été préparées avec ses deux experts ès opinion, l'ex-directeur de Minute Patrick Buisson et l'ex-sondeur Pierre Giacometti. Ce sera « le grand soir », promet Charles Jaigu, l'accrédité du Figaro à l'Elysée. « c'est la première fois qu'un chef de l'État pousse les feux de la réforme jusqu'à l'extrême fin de son mandat. » C'est surtout la première fois qu'un un chef de l'État tente de rattraper cinq ans d'agitation inefficace dans les cinq semaines de fin de mandat. On nous promet une hausse de deux points de la TVA pour alléger de quelques centimes les cotisations patronales et la fin de la durée hebdomadaire de travail (et donc des heures supplémentaires).

A l'UMP, les deux tiers des militants ne se sont pas déplacés pour voter le projet présidentiel. Le conseil politique s'est quand même réuni samedi pour faire croire à la mobilisation.

Ce dimanche, Nicolas Sarkozy joue gros. L'avenir de sa campagne et son propre destin.

Ami sarkozyste, ne pars pas !



27 janvier 2012

Nicolas Sarkozy seul face à Hollande

C'est une drôle de campagne que celle de Nicolas Sarkozy. A peine élu, il demandait à être jugé à l'issue de son mandat. Celle-ci arrive, et le voici emballé par une fausse agitation après 18 mois d'immobilisme incroyable à l'égard des urgences du pays. Tout juste fut-il contraint de se montrer sur quelques scènes européennes face à la nouvelle crise financière européenne et française.

Il fait campagne, mais sans le dire. Il s'énerve, mais tâtonne. Il stresse ou inquiète les autres, mais ne change rien.

Jeudi 26 janvier, il avait envoyé « le-meilleur-d'entre-eux», le rigoureux Alain Juppé, débattre face à François Hollande. Le résultat fut détestable. 

Sarkozy candidat hésitant
Il serait faux de considérer que l'actualité internationale l'occupe à temps plein.

Au contraire, il est même étrangement absent. La perte du Triple A chez Standard and Poor's l'a même éjecté de la scène européenne. Certes, il assistera à un micro-sommet à trois, lundi à Bruxelles, avec l'italien Mario Monti et Angela Merkel. Mais le Monarque ne fait désormais plus que de la figuration. Mercredi à Davos, on n'a entendu qu'Angela Merkel réclamer davantage de fédéralisme européen. Cette dernière position est loin de faire sourire Nicolas Sarkozy. Il grimace en silence, lui qui préfère parler de « convergence » entre Etats. La chancelière « triple A » s'offrit même le luxe d'une interview dans 6 journaux européens (Le Monde, Süddeutsche Zeitung, The Guardian, La Stampa, El Pais et Gazeta Wyborcza).

Depuis début janvier, Nicolas Sarkozy ne s'épargne aucune cérémonie de voeux un peu partout en France. A chaque fois, l'intervention est brève - les discours n'excèdent pas 40 minutes pour les plus longs -, mais le déplacement mobilise l'Elysée tout entier. A chaque fois, Nicolas Sarkozy préfère tacler l'une ou l'autre des propositions du candidat Hollande. Ses véritables annonces pour l'année sont rares, et pour cause. Son horizon politique s'arrête en mai prochain. Tant qu'il n'avoue pas sa candidature, impossible de revendiquer quoique ce soit au-delà.

Dimanche, il a mobilisé pas moins de 6 chaînes de télévision pour de « grandes annonces ». N'est-il pas déjà fatigué de ces moments à répétition qu'il nous promet « décisifs », qu'il s'agisse de sommets étrangers ou élyséens, d'interventions ou d'annonces ?

Pris à partie par quelques députés de l'opposition, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel s'est résolu à décompter au moins partiellement le temps de parole de Nicolas Sarkozy lors de sa prestation de dimanche, dans deux cas de figure s'il cause de son bilan ou ou des « mesures d’un possible programme ».

Le candidat Sarkozy a même réactivé sa page Facebook. Il espère que les quelque 600.000 fans seront autant d'électeurs. Depuis quelques jours, il multiplie les messages, rédigés par d'autres, sur sa page « personnelle ». Il veut « reconquérir la toile », s'amuse un journaliste.

L'UMP matraque dans le vide
Certains citoyens, par un biais encore inexpliqué, ont reçu un spam dans leur boîte aux lettre, un courriel de Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP. Ce courriel, adressé à des destinataires non militants ni sympathisants de l'UMP, a été envoyé en masse, « jusqu'à 30% des Français connectés » précisait France Info, qui révélait le scoop mercredi dernier. Copé ne s'embarrassait pas: « En tant qu'électrice, vous êtes amenée à recevoir des courriers de partis politiques dont ceux de l'UMP ».

Mardi déjà, quelque 6 millions de tracts avaient été livrés et distribués pour défendre le bilan du Monarque. Les faux états d'âme de ce dernier avaient ruiné l'effet escompté.

Il a demandé à son fidèle Guéant de mobiliser les forces de l'ordre au « premier quadrimestre  2012 ». Le député socialiste Jean-Jacques Urvoas a ainsi publié sur son blog une note interne de la Direction générale de la gendarmerie datée du 19 janvier dernier qui enjoint les troupes à se montrer: « conformément aux orientations données par le ministre de l'intérieur, (...) il convient désormais, et ce jusqu'à la fin du mois d'avril 2012, de valoriser nos actions en externe en matière de lutte contre les personnes, les cambriolages, les incivilités ». La délinquance violente progresse depuis 2002. Mais les consignes, à moins de 3 mois du scrutin présidentiel, deviennent bizarrement plus orientée à l'égard des forces de l'ordre.

Cette manoeuvre est grossière et indigne.

Ses sbires racontent toujours n'importe quoi
C'est la mauvaise foi en action. Mercredi 25 janvier au matin, Laurent Wauquiez accusait François Hollande de mauvaise gestion en Corrèze, dont il préside le conseil général: « François Hollande a augmenté en Corrèze les impôts de la Corrèze cette année de 12 %! ». Le ministre de l'enseignement supérieur, toujours très discret sur l'objet même de son boulot, omettait de préciser que la Corrèze était déjà surendetté avant 2008 et le changement de majorité départementale.

Mercredi, la cellule Riposte de l'UMP faisait encore plus fort: elle publiait le « programme caché de François Hollande », un florilège de 30 propositions dont l'essentiel figuraient... dans le programme d'autres candidats ou d'autres documents sans rapport avec le programme ni les déclarations du candidat ou, pire, étaient totalement inventées. Les journalistes Guillaume Launay et Cédric Mathiot de Libération, sur leur blog Desintox, n'en revenaient toujours pas: « Les trente points listés sur ce tract trouvent leur matière dans  le procès d'intention, l'amalgame ou le mensonge pur et simple.  Eviter de débattre du projet de l'adversaire pour s'échiner à débiner un fantasme de projet : le degré zéro de la politique.» Ils n'avaient trouvé qu'une mesure (sur trente !) correctement énoncée.

Jeudi, la présentation par François Hollande de ses 60 propositions fut l'occasion d'une nouvelle salve de n'importe quoi. La ministre du Budget accusa: « C'est un projet qui met le modèle social en péril, la crédibilité de la France en péril et qui menace les Français ». Pourquoi ? Parce que le candidat a promis de réduire les avantages fiscaux ou sociaux des plus fortunés en période de crise ... Pourtant en charge du budget, elle refusa de commenter les hypothèses de croissance du candidat socialiste qui sont plus prudentes que celles du gouvernement. Ses deux attaques furet concentrées et sans preuve ni chiffrage contre la « réforme de la réforme » des retraites et les dépenses publiques. Elle accusa Hollande d'aggravé de 5 milliards d'euros le déficit des retraites si on autorisait ceux qui avaient commencé à bosser avant 18 ans mais cotisé 41 ans et demi à partir en retraite. Elle ajouta 15 milliards d'euros de déficit supplémentaires si la retraite à 60 ans s'ouvrait aussi à celles et ceux ayant cotisé 41 ans depuis 19 ou 20 ans...  En quelques phrases et quelques bourses, Valérie Pécresse venait de confirmer la profonde injustice de la réforme Sarkozy: celles et ceux qui ont commencé à travailler et cotiser avant 20 ans supporteraient l'essentiel de la réforme Sarkozy.

Jeudi soir sur France 2, Nicolas Sarkozy avait envoyé son ministre des affaires étrangères Alain Juppé, débattre avec François Hollande. Ce satané candidat socialiste venu de nulle part a dissous l'ancien premier ministre de Jacques Chirac.

Le « meilleur d'entre eux » s'est agacé, énervé devant la précision du candidat socialiste.

Fichtre!

La prochaine fois, Nicolas Sarkozy devra y aller tout seul.

Quelle ignominie.

26 janvier 2012

Comment Sarkozy a fait baisser le chômage... partiel

On se souvient de ses incantations en faveur du chômage partiel, au début de 2009. Des centaines de milliers de nouveaux chômeurs s'amassaient mois après mois dans les agences du nouveau Pôle Emploi tout récemment créé. L'agence de l'emploi était submergée, et Nicolas Sarkozy attendit une année supplémentaire pour la renforcer de 1.850 CDD et un peu de sous-traitance.

Un an plus tard, le chômage de masse continuait de s'imposer au pays. Interrogé à la télévision en janvier 2010 puis février 2011, Nicolas Sarkozy nous assurait qu'il allait baisser. Il avait entre-temps réduit de 15% les crédits de la politique de l'emploi en 2011, croyant que la reprise était là.

Chômage réel, chômage de masse
Mercredi 25 janvier, le ministre du travail devait encore commenter une nouvelle hausse du nombre de demandeurs d'emploi en décembre dernier. Le bilan de l'année 2011 est exécrable. Finalement, le seul chômage que Nicolas Sarkozy est parvenu à faire baisser, était le chômage partiel en entreprise...

Fidèle à son habitude, il avait prévenu dès la veille que les résultats seraient mauvais, très mauvais. 

Très mauvais, ils furent. La France frôle désormais les 3 millions de sans-emplois (2,874 millions à fin décembre 2011, soit +5,6% en un an), et 4,9 millions d'enregistrés à Pôle emploi. Si l'on ajoute les 320.000 radiés pour raison administrative ou technique, on dépasse allègrement les 5 millions de demandeurs d'emploi.

Quelque 4,27 millions cherchent activement un emploi (catégories A, B et C). Leur ancienneté moyenne d'inscription à l'agence de l'emploi est de 250 jours, soit 22 de plus qu'un an auparavant. Plus grave encore, le nombre d'offres d'emploi publiées chaque mois par Pôle Emploi progresse à peine: 262.000 en décembre 2010, 280.000 en décembre 2011.

Il reste pourtant quelques UMP du clan Sarkozy pour expliquer que les Français sont empêchés de travailler... Rappelons que 42% seulement sont indemnisés par l'assurance chômage, et 7% par la « solidarité nationale » (moins de 500 euros par mois).

Chômage partiel, chômage caché
La direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) vient justement de publier, avec retard, un bilan du recours au chômage partiel de 2007 à 2010. Et ce bilan est terrifiant. Aux côtés du nombre de demandeurs d'emploi inscrits à Pôle Emploi, voici une seconde mesure de la sous-activité du pays, celle du chômage caché en entreprise.

1.  Le recours au chômage partiel s’est fortement accru entre octobre 2008 et septembre 2009. Ce n'est pas une surprise. Nicolas Sarkozy l'a même soutenu, afin d'éviter les licenciements purs et simples. Trois mesures décidées par le Monarque coïncident avec cette hausse: l'augmentation de la durée légale du chômage partiel (décembre 2008); le relèvement modeste de l'indemnisation du chômage partiel (janvier 2009), et la mise en place de l'activité partielle de longue durée (mai 2009). En l'espace d'un an, le volume d'heures de chômage partiel passe de 1,6 millions au 3ème trimestre 2008 à ... 31 millions au 3ème trimestre 2009 !

2. Logiquement, le nombre de salariés au chômage partiel a suivi la même évolution: 12.300 salariés en moyenne mensuelle entre janvier 2007 et septembre 2008, puis 103.000 au 4ème trimestre 2008, 220.000 au 1er trimestre 2009, pour atteindre un pic à 270.000 personnes au 2e trimestre 2009. Il est ensuite redescendu à 78.000 fin 2010. L'industrie, dont surtout l'automobile, a consommé 85% des heures de chômage partiel en France métropolitaine entre 2007 et 2010.

3. Un salarié en chômage partiel a perdu en moyenne 30 heures de travail sur la période 2007-2010. La DARES notait que « le chômage partiel concerne davantage les hommes, les moins diplômés, les salariés les plus anciens dans l’entreprise. »

4. Le chômage partiel a couté 15 millions d'euros, puis 320 millions d’euros à l’État en 2009, et encore 280 millions d'euros en 2010. S'ajoutent le financement apporté par l'UNEDIC de 43 millions d'euros en 2009 et encore 44 millions d'euros en 2010.

5. A compter de fin 2009, le recours au chômage partiel s'effondre, pour retrouver un niveau très proche d'avant 2008: le volume horaire tombe à 3,6 millions d'heures déclarées au 4ème trimestre 2010. Et le nombre de salariés concernés à 36.000 par mois.

Sarkozy navigue à vue
Au regard de ses piteux résultats, la politique du gouvernement Sarkozy paraît incohérente: pendant la période étudiée, les dispositifs de soutien au chômage partiel ont certes été maintenus. Ils n'ont été supprimés (partiellement) qu'à compter du 1er janvier 2011, et l'on ne connaît pas encore les résultats de cette stupide initiative. Il faudra attendre une année supplémentaire, après l'élection présidentielle.

Lors du micro-sommet social du 18 janvier dernier, Nicolas Sarkozy a promis de réinjecter 100 millions d'euros supplémentaires pour financer davantage de chômage partiel. C'est un aveu d'échec bien tardif.

Fin 2010, le gouvernement Sarkozy avait déjà coupé dans les crédits, et promis la reprise de l'emploi, une reprise qui n'a jamais eu lieu, d'après la DARES. Pour 2012, il avait remis ça, avec une nouvelle réduction de 10% des crédits. Pour masquer cette bêtise, la DARES a justement publié, mardi 24 janvier 2012, un glorieux bilan des dépenses publiques ciblées en faveur de l'emploi... en 2009.

Le Monarque s'est aussi refusé à toucher à l'un de ses derniers marqueurs idéologiques qui subsistent de ce quinquennat raté, la défiscalisation des heures supplémentaires. Depuis la fin 2007, les entreprises recourent ou déclarent davantage d'heures supplémentaires qu'avant, grâce à la loi TEPA. Au point de décourager l'embauche. L'emploi intérimaire puis en CDD ont ainsi commencé à se dégrader dès le printemps suivant. Le volume d'heures supplémentaires défiscalisées a augmenté quasiment sans interruption depuis la mise en place du dispositif TEPA le 1er octobre 2007.

Pire, comme le rappelle Actuchômage, les entreprises peuvent cumuler les avantages fiscaux des deux dispositifs, chômage partiel (pris en charge par l'Etat) et défiscalisations des heures supplémentaires. Que la vie est belle ! Le site d'informations sociales cite trois exemples d'entreprises automobiles qui ne s'en cachent pas. « Nous sommes dans une industrie drivée ["régie"] par les stocks, il peut arriver que l'activité doive s'arrêter pour certains salariés lors de problèmes d'approvisionnement qui ne se posent pas de la même façon pour tous les points de la chaîne » explique même l'un des responsables.

Dimanche prochain, le candidat Sarkozy a prévu de monopoliser l'antenne de quatre chaînes de télévision pour présenter de nouvelles mesures. On les connaît déjà. Il n'a pas osé les annoncer le 18 janvier dernier. Il y aura les fameux accords « compétitivité-emploi ». Une formule qui s'inspire du modèle allemand: les salariés acceptent des durées de travail variable (quitte à renoncer à des heures sup), contre une meilleure garantie de l'emploi.

Après le chômage caché, voici le travail réduit...






25 janvier 2012

Sarkozy: après le stress, la déprime ? Ou la manipulation ?

Nicolas Sarkozy a retrouvé ses ténors à l'Elysée pour son habituel petit-déjeuner du mardi matin. Pas question d'accélérer l'entrée en campagne a-t-il fait savoir. Pourtant, la publication par le Monde de ses confidences faussement officieuses sur son éventuel retrait de la vie politique avait aggravé le blues ambiant.

Le jour même, l'UMP distribuait 6 millions de tracts pour défendre son bilan... pour rien.

Le Monarque était boudeur, agacé, horripilé.

Au point de saborder l'opération de communication de ses fidèles.


Sarkozy déprime-t-il ?
On adore ces propos « OFF », ce « OFF » qui n'est que « IN »  tant il a vocation, dans l'esprit de son auteur, d'être répété, amplifié, commenté. Depuis bientôt deux ans qu'il s'est imposé une fausse distance avec la gestion quotidienne des affaires dans sa grande opération de présidentialisation, Nicolas Sarkozy a même usé et abusé de ce faux « OFF ». C'est toujours en coulisses qu'il critique François Hollande ou confie ce qu'il pense, toujours devant des témoins avec l'ambition d'être relayé. Petit déjeuner de la majorité (le mardi), déjeuners mensuels avec les députés et les sénateurs UMP, point politique du lundi matin, etc, les occasions ne manquent pas de lâcher ces fausses confidences stratégiques.

Enervé d'être loin quand François Hollande réussissait le lancement de sa campagne, il a donc lâché des confidences sur un éventuel retrait.  «Un homme politique qui est creux en off, c’est qu’il est nul » a-t-il confié. Avant de continuer sur une vraie bourde politique.
« En cas d'échec, j'arrête la politique. Oui, c'est une certitude.
Je suis avocat, j'ai toujours eu un cabinet et je suis passionné de tas de choses. En tout cas, je changerai de vie complètement, vous n'entendrez plus parler de moi !
Je peux voyager, prendre des responsabilités, commencer mes semaines le mardi et les finir le jeudi soir ! Franchement, ça ne me fait pas peur .
De toute façon, je suis au bout. Dans tous les cas, pour la première fois de ma vie, je suis confronté à la fin de ma carrière.
L’aiguille, il faut savoir la retirer progressivement.»
Il apparaissait presque méprisant à l'encontre des Français, comme un enfant capricieux de n'être pas compris à défaut d'être aimé.

Il paraît qu'il cite Pascal, qu'il est davantage soucieux de « la trace qu'il laissera » dans le futur, écrivaient Arnaud Leparmentier et Vanessa Schneider mardi 24 janvier.

Ce mardi, il y avait de quoi déprimer.

L'agence Standard and Poor's venait de dégrader la note de trois banques françaises et de la Caisse des dépôts. A Bruxelles, la Commission promettait une récession modéréeé à la zone euro pour le premier semestre de cette année. Le soir, le ministre du Travail anticipait de mauvais chiffres du chômage en décembre, qui devaient être publié ce mercredi matin.

Un ami de Carla Bruni-Sarkozy, Michel Kazatchkine a démissionné de ses fonctions de directeur français du Fonds mondial contre le Sida, la tuberculose et le paludisme. Son institution avait été accusée début janvier par Frédéric Martel dans une enquête pour l'hebdomadaire Marianne d'avoir financé pour quelque 2,7 millions de dollars une campagne de lutte contre le Sida via des sociétés d'un conseiller de l'épouse du chef de l'Etat. Le mandat de Michel Kazatchkine n'expirait que dans deux ans, mais un audit du Fond, à l'automne dernier, aurait provoqué cette démission anticipée, ce que l'intéressé dément.

Pourtant, le Monarque aurait pu se satisfaire de quelques nouveaux soutiens centristes. Dix parlementaires du parti d'Hervé Morin se sont publiquement exprimés en faveur de Sarkozy. L'opération, un lâchage attendu puisque les services élyséens avaient menacé les dissidents potentiels de représailles électorales pour le scrutin législatif de juin prochain, a fait choux blanc. L'attention médiatique était toute entière concentrée sur l'Aveu présidentiel de la crainte d'un échec.

Mardi après-midi, son ministre des Affaires Etrangères Alain Juppé s'est exclamé: « J’ai vu Nicolas Sarkozy ce matin pendant une heure et demie il ne m’a pas donné du tout ce sentiment. Il a l’air totalement décidé à aller vers la victoire ».

Décidé à aller vers la victoire ?

Donc, il est candidat... ou bien.

En meeting à Marseille
Ces confidences de Nicolas Sarkozy ne trompent plus grand monde. Sarkozy livrait peut-être ses états d'âme mais il voulait se rassurer, conjurer le mauvais sort d'une mauvaise séquence.

Au petit déjeuner de la majorité, le Monarque s'en est encore pris à François Hollande, qu'il accusa de s'être « livré à une attaque absolument sans précédent contre les classes moyennes ». On ne sait pas à quoi il faisait référence, puisque le candidat socialiste, dimanche dernier au Bourget, est plutôt resté sur d'autres terrains. Ces critiques hors sol ne font plus mouche.

Nicolas Sarkozy est ensuite parti au Mucem de Marseille, en avion présidentiel. Nombre d'élus locaux d'opposition boycottèrent le rendez-vous. Ces voeux, cette fois-ci destinés au monde de la culture, s'apparentent de plus en plus à de simples meeting électoraux. Ce n'est en soi pas grave, il suffit d'assumer.

Nicolas Sarkozy n'a d'ailleurs pas dit autre chose sinon défendre son bilan et attaquer, sans évidemment le nommer, François Hollande.

Contre ce dernier, il dénonça l'abrogation d'HADOPI, accusant la gauche de « vouloir réserver à la culture le même modèle que la finance ».
« Je suis proprement sidéré d'entendre certains dire que la loi Hadopi doit être abrogée. Mais rassurez-vous : on l'abroge d'abord et après, bien après, on verra, on prendra le temps de dégager une solution consensuelle. Bref, on nous demande de pratiquer un désarmement unilatéral à l'égard du piratage. »
Il caricaturait la chose, François Hollande ayant pris soin de préciser qu'il voulait remplacer Hadopi, et non pas abandonner toute forme de répression contre le piratage numérique des oeuvres. Il démontra surtout qu'il était le grand inspirateur des railleries publiques et ad nominem que ses sbires - Jean-François Copé en tête - balançaient sans courtoisie à l'encontre de François Hollande depuis des semaines. « Si j'ai compris, il faudrait renoncer pour la pire des raisons, c'est qu'il y a un risque de faire de la peine aux jeunes. C'est simplement la facilité, toujours la facilité, encore la facilité. Dire oui, puis oui, puis oui et encore oui, parce que pour dire non il faut un minimum de courage. »

En matière d'annonces, il fut avare d'idées. Nous étions sidérés. Il paraît que les meilleures de ses propositions seront pour dimanche. Le temps sarkozyen n'est plus celui de la réalité du temps présent.

Trois jours après la présentation du programme du candidat socialiste, Nicolas Sarkozy a choisi de s'imposer sur les chaînes d'information iTélé et BFM-TV  (« parce qu'il préfère des experts » aurait expliqué l'un de ses conseillers à un journaliste). Toujours informé à la première source, le Figaro croyait savoir que le Monarque parlerait chômage, logement et compétitivité... Quelle surprise !

Au monde de la Culture, il se félicita d'Hadopi, de la progression « de 21 % de 2007 à 2012 » du budget du ministère de Frédéric Mitterrand (alors qu'il ne s'agissait que d'une grossière manipulation comptable...). Il tonna de sa grosse voix pour tout et parfois n'importe quoi, comme sur la rénovation des cathédrales (« Qu’on ne vienne pas me dire que cela vient heurter le principe de laïcité. On peut entrer dans un cathédrale sans être militant ») ou contre la crise: « La réponse de la France à la crise, c’est la culture »...

A la fin du discours, une jeune femme parvint à lui lancer: « Combien coûte ce genre d’événement, c’est honteux ! », avant d'être expulsée par la police. Une anecdote que seul le journaliste du Monde releva.

Nicolas Sarkozy est candidat, mais ce mardi, il voulait jouer au « retenez-moi-sinon-je-m'en-vais ».


24 janvier 2012

Qui Sarkozy devrait-il virer de son équipe de campagne ?

A 90 jours de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy n'est toujours pas candidat. Il simule une suractivité présidentielle de dernière minute et, en coulisses, tente de remotiver ses troupes.

Il n'avait pas prévu d'être exclu d'une campagne qu'il fait semblant d'ignorer par François Hollande.

Vingt-quatre heures après le discours du Bourget, les perroquets de Sarkofrance montraient qu'ils ne savaient plus réagir quand leur mentor était absent.


Perroquets orphelins
Lundi, quelques ténors avaient encore été envoyés au front riposter contre le meeting jugé réussi de François Hollande. La riposte resta maladroite. L'UMP paniquerait-elle ?

A défaut de tacler Hollande, la droite UMP s'attarda d'abord sur Yannick Noah qui avait ouvert le meeting du candidat socialiste par trois chansons, et son litige à 580.000 euros avec le fisc. Quand on sait que la femme de l'ancien trésorier de l'UMP conseillait les placements de la première exilée fiscale de France, la critique prêtait à sourire. En novembre dernier, on avait d'ailleurs appris que le fisc ne porterait pas plainte contre Liliane Bettencourt. La milliardaire avait décidé de régler ses arriérés.

Sur France Inter le matin, Henri Guaino peinait. Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy critiqua « un discours manichéen », « le bien contre le mal, la droite contre la gauche » à moins que ce ne fut l'inverse. Il voulait dépeindre François Hollande en un affreux gauchiste « partisan », fut le terme employé. Il semblait démoralisé. Il aurait demandé à Charles Pasqua de s'impliquer dans dans la future campagne de Nicolas Sarkozy. Le soir sur iTélé, il s'était à peine mieux préparé.

Sur France Info, Bruno Le Maire préférait utiliser un argument de Giscard contre Mitterrand, en qualifiant Hollande d'homme du passé. Sur BFM, la ministre Valérie Pécresse parla d'un « numéro d'illusionniste » . Mauvais joueurs, les deux ministres critiquèrent l'absence de chiffrage, alors qu'ils savaient pertinemment que ce dernier avait été annoncé et prévu pour la fin de la semaine.

Jean-François Copé comme François Baroin préférèrent moquer la critique du candidat socialiste contre le monde de la finance. « C'est aussi idiot que dire je suis contre la pluie, je suis contre le froid ou je suis contre le brouillard » expliqua Baroin. Pas sûr que dépeindre Nicolas Sarkozy en candidat des marchés soit une excellente idée. Et que n'a-t-on entendu, à l'automne 2008, contre les banquiers et les traders !

Fidèle à sa ligne, Jean-François Copé accusa Hollande de manque de courage. Le député-maire évite le débat et préfère l'insulte ad nominem. On devine comment l'ex-avocat d'affaires supporterait qu'on le traîte de couard ou de larve.

La palme de la critique la plus précise et la plus stupide revient au même Jean-François Copé. Interrogé par un Figaro que l'on sentait inquiet ce lundi sur la critique de Hollande contre la décennie de déficits accumulés par la droite, le secrétaire de l'UMP répliqua: « En cinq ans, la dette a augmenté de trente points aux États-Unis, de trente-quatre points en Grande-Bretagne, contre vingt points seulement en France. » L'ancien ministre du budget oublie de préciser que les Etats-Unis partaient de plus bas (environ 35% du PIB pour les administrations centrales,  jusqu'à l'éclatement de la crise en 2008/2009). En France, la dette a bondi dès ... 2002.

Sur le retour de Guyane, un conseiller du Monarque confia à l'envoyée spéciale du Parisien: « si Nicolas veut réunir 80.000 personnes au Stade de France, il peut ! ». Réaction de cour d'école ?

Nicolas Sarkozy dépassé
Mardi 24 janvier, en vrac, l'UMP a prévu de distribuer quelque 6 millions de tracts contre le programme de François Hollande qu'elle ne pensait pas connaître aussi vite et la défense du bilan de Nicolas Sarkozy. Six millions de tracts, vous avez bien lu. Cette débauche de moyens illustre l'ampleur de la panique.


Rappelons que l'UMP n'a officiellement toujours pas de candidat.


L'argument principal ? « C'est un fait incontestable : la France a mieux résisté à la crise que la plupart des pays développés ». Un fait incontestable ? Le point de comparaison des ténors de Sarkofrance est une Grèce surendettée. Et la France n'affiche même pas d'équilibre budgétaire à la différence de l'Italie. En panique, Nicolas Sarkozy s'abrite derrière un filet social avec lequel il voulait « rompre ». Quel courage.

De retour de Guyane, Nicolas Sarkozy devait reprendre les choses en main. A Cayenne, il n'a pas écouté le discours de Hollande.  Il voulait encore minimiser le meeting de Hollande. L'un de ses conseillers confia que l'élection, selon Sarkozy, « se jouera sur un discours, quelques propositions et un tempérament que les Français jugeront ou pas adapté à la situation, sur celui qui rassurera. » . Il resterait convaincu que rien ne sert de se déclarer avant mars. Pourtant, à Paris, la pression est forte. Le journaliste Michael Darmon, sur itélé, croyait savoir que l'état-major de l'UMP aimerait que le candidat Sarkozy avoue sa candidature le 15 février au plus tard. A Rennes, un leader UMP local a appelé à une alliance Bayrou/Sarkozy dès le premier tour.

Le second problème de Nicolas Sarkozy est qu'il fallait réagir sur le fond. Mais les fiches n'étaient pas prêtes. Il fallait éviter que le candidat socialiste n'organise le débat sur ses propositions. Dimanche, François Hollande avait en effet lancé une large salve de propositions, dont nombre d'entre elles pointaient directement sur les échecs de Sarkozy.

Mais la machine sarkozyenne n'était pas préparée à tacler aussi largement. Quand François Hollande énonçait ses propositions une à une, les sbires de Sarkofrance fondaient sur lui pour dégommer l'idée, disqualifier tout débat.

Personne à l'UMP n'avait prévu de répliquer aussi finement.

Même pour se défendre, finalement, ces gens-là sont incompétents.

En rentrant de Guyane à bord de son Airbus présidentiel lundi, Nicolas Sarkozy n'avait finalement qu'une question à trancher: qui devait-il virer de son équipe de campagne ?

23 janvier 2012

Sarkozy bousculé par Hollande, l'UMP stresse

Il était parti en Guyane. Grossière erreur.

En métropole, François Hollande usa de son avantage avec son premier discours de campagne au Bourget, près de Paris. Une avalanche de propositions concrètes et précises surprit l'équipe élyséenne.

Le Monarque était trop loin pour caler les éléments de langage. Nous n'avions qu'un cliché de Sarkozy sur une pirogue, au milieu du fleuve Maroni. François Hollande, lui, s'affichait au milieu de 25.000 sympathisants. La comparaison des deux images était terrible pour le Monarque.

On aurait dit Louis XVI.

Ce n'était pas le dernier coup dur de cette mauvaise séquence.

Pris de court
Dimanche 22 janvier, François Hollande tenait son premier meeting de campagne au Bourget. Nicolas Sarkozy avait demandé à Brice Hortefeux de concocter quelque contre-feux. La cellule Riposte de l'UMP avait donc préparé un faux programme du candidat socialiste, qui fut mis en ligne en fin de journée, dans l'indifférence quasi-générale. C'est le journaliste Arnaud Leparmentier qui avait vendu la mèche. Les vigilants sont partout. Les manipulations aussi.

Dans la cellule, Guillaume Peltier tient une place de choix. Il présente bien. Il est déjà sur les plateaux télé depuis qu'il a rejoint le secrétariat national de l'UMP. L'ancien frontiste est une machine à slogans. Trois jours plus tôt, il s'est amusé qu'on le compare à Karl Rove.

A l'Elysée, Nicolas Sarkozy s'est essayé à remonter le moral de ses visiteurs « à coups de cric », a rapporté Brice Hortefeux au JDD. L'inquiétude est donc réelle. « J’ai vu pour la première fois une lueur d’inquiétude dans ses yeux. S’il ne remonte pas dans les quinze jours, c’est fini » a confié un autre proche anonyme de notre Monarque.

Au Bourget, François Hollande avait surpris l'UMP: des slogans qui faisaient mouche, des propositions en cascade. Le candidat avait fait fort: « L'égalité, c'est l'âme de la France !  ». « La France n'est pas le problème, la France est la solution ».

La cellule Riposte de l'UMP fut prise de court. Elle n'avait pas anticipé que le candidat socialiste livrerait autant de propositions. Et il était impossible de joindre facilement le Monarque, d'organiser un meeting pour caler la réplique et les éléments de langage. Le premier communiqué fut laissé à Constance Legris, une obscure députée inconnue de l'UMP. Elle dénonça « les formules creuses, des banalités, des généralités, des promesses vagues et beaucoup d'incantations et de voeux pieux ». Le communiqué semblait écrit à l'avance. Tout comme la critique de Thierry Mariani, qui s'emporta contre « le vide abyssal du projet socialiste ». Valérie Rosso-Debord, pourtant plus expérimentée, salua le ton du candidat socialiste, mais rappela son désaccord sur le fonds, sans plus de précisions. Xavier Bertrand dénonça un « catalogue de bonnes intentions ». ll y a quelques jours, les mêmes fustigea la « folie ». On progresse...


Paumé sur une pirogue
Car Nicolas Sarkozy, lui, était parti en Guyane. Pour la troisième fois en 5 ans de présidence, il s'est rendu dans les DOM-TOM pour les voeux de nouvelle année. Il avait même calé un discours, à 15 heures, heure de métropole, pour coïncider avec l'intervention de François Hollande. L'opération rata.

Les chaînes d'information étaient sur le candidat socialiste qui démarra pourtant avec 15 minutes de retard. « Ici, ce n'est pas le Far-West. Ici, cela ne sera jamais le Far-West » scanda-t-il, sans conviction. Il était devant une petite toile bleue, habituelle pour ces déplacements filmés. Il promit de mieux lutter contre l'orpaillage clandestin. Qu'a-t-il fait depuis 2007 ? « Nous avons engagé une lutte sans précédent contre l'orpaillage clandestin mais ça ne suffit pas. Alors, que faut-il faire? Toutes les prises d'or aux orpailleurs clandestins seront consacrées aux investissements pour la forêt, pour ses habitants et ceux qui sont loin de Cayenne ». Le territoire est grand comme le Portugal mais compte moins de 2.000 gendarmes et policiers. Un vrai scandale ! En Guyane, le taux de délinquance reste environ 15 fois supérieure à celui connu en métropole.

En arrivant à Cayenne, cette ville où il avait fait muter l'ancien conseiller de Michèle Alliot-Marie, David Sénat parce qu'il le soupçonnait d'avoir donné des tuyaux à la presse dans l'affaire Bettencourt, le Monarque a confié: « je suis là et je reviendrai ». Il reviendra effectivement ce mardi en métropole, pour des voeux à Marseille au monde de la culture.

En Guyane, il a eu chaud, très chaud. Il s'est montré en pirogue sur les berges du fleuve Maroni, dans la forêt amazonienne, avec Claude Guéant, Nathalie Kosciusko-Morizet et Marie-Luce Penchard. Il avait gardé veste grise et cravate bleue. La scène était étrange. Il avait chaud. Il venait de visiter un village amérindien. Il confia à l'un des journalistes qu'il pensait à Ingrid Betancourt, l'ex-otage franco-colombienne libérée en 2009.

Avant de partir, Nicolas Sarkozy avait cru joué un bon coup en se félicitant si rapidement de l'arrestation des patrons de Megaupload par le FBI. Le site mafieux avait même été fermé. En France, la loi Hadopi préfère pourtant tacler les internautes quitte à laisser les gros « dealers » du piratage des oeuvres à l'abri. Le Monarque pense encore que sa posture le sauvera.

Ces affaires qui l'attendent
La Cellule Riposte de l'UMP n'avait rien à dire pour contrer les nouvelles révélations de Mediapart sur l'affaire de l'hippodrome de Compiègne. On se souvient que le ministre du Budget et maire de la ville voisine de Chantilly Eric Woerth avait été accusé au printemps 2010 d'avoir accepté bradé l'hippodrome de Compiègne, une zone voisine. Comme il était ministre à l'époque des faits, ce fut à la Cour de Justice de la République de s'en occuper.

Et justement, les experts désignés par cette dernière évaluèrent à 8 ou 10 millions d'euros la valeur des 57 hectares de terrains vendus pour 2,5 millions d'euros à la Société des courses de Compiègne.

Patratras.

Le Président de la République reprochable avait bien fait de se débarrasser de cet encombrant fidèle.