2 janvier 2012

Insécurité: pourquoi Sarkozy souhaite-il publier des statistiques par nationalité ?

Après ses voeux, il serait allé réveillonner avec Carla et Giulia, dans le bourgeois 16ème arrondissement de Paris. Puis, après une longue matinée dominicale, il est parti à Metz en milieu d'après-midi, en avion, pour se montrer aux côtés de policiers, gendarmes, pompiers et infirmiers d'astreinte pour la nuit de la Saint-Sylvestre.

Nicolas Sarkozy a préféré ce déplacement à la traditionnelle réception des fonctionnaires de permanence le 31 décembre qu'il organisait à l'Elysée. La République vit de symboles et le candidat a besoin des siens.

Sarkozy reprend sa tournée
A Paris, 171 personnes « seulement » ont été interpelées pendant la nuit de la Saint-Sylvestre. « Sans aucun incident notoire » précisait la Préfecture. Circulez, braves gens, il n'y a rien à voir. Comme le rappelait le blogueur parisien Menilmuche, on ne comptait que 58 arrestations l'an dernier. Pour 2011, les traditionnels feux d'artifices du Nouvel An avaient été annulés.

Nicolas Sarkozy a filé à Metz, dimanche après-midi, pour visiter le pôle opérationnel zonal d’information et de coordination de la zone de défense et de sécurité Est et la préfecture de Moselle. Il débutait sa tournée électorale des voeux. Etre proche du terrain, c'est son dada électoral.

La lecture de la dernière livraison de légions d'honneur, promotion du Nouvel An, montre d'ailleurs combien Nicolas Sarkozy est proche du terrain: il a fait décorer Eric Brunet, polémiste ultra-conservateur et auteur d'un récent « Sarko va gagner »; les chanteurs Stone et Charden (sic!); François Pinault (Grand Officier) et sa bru (l'actrice Salma Hayek), Antoine Gosset-Grainville l'ancien directeur adjoint de cabinet de Fillon propulsé à la Caisse des Dépôts en 2010, quelques sénateurs UMP récemment battus (Jacques Blanc, Nicolas About, Dominique Braye); le patron du promoteur immobilier Nexity; des banquiers (comme le président des Banques Populaires Philippe Dupont, Franck Petitgas, directeur de Morgan Stanley, ou la célèbre Dominique Sennequier); la directrice d'un labo pharmaceutique; ou Monseigneur Vingt-Trois le cardinal-archevêque de Paris.

A Metz, le déplacement fut expresse. Une petite heure à peine, dont 25 minutes à discourir sur une estrade avec le traditionnel pupitre blanc. On avait tendu un large fond bleu assez artificiel dans une salle de la préfecture. Claude Guéant et Nadine Morano étaient évidemment là. Sarkozy est arrivé en retard. En sortant de la préfecture, il fut hué.

« A l'orée de cette année 2012, j'ai souhaité me rendre sur le terrain pour vous saluer et pour vous remercier ». Il lut scrupuleusement son discours.  Il avait quelques formules toutes prêtes mais anecdotiques pour montrer qu'Il savait prendre des Décisions Courageuses (majuscules obligatoires). Comme sur la nomination d'un pompier, en septembre dernier, comme préfet délégué pour la sécurité et la défense auprès du préfet de la région Lorraine et de la Moselle: « Et après tout, ce qui est extravagant, c'est qu'il ait fallu attendre toutes ces années pour qu'on comprenne qu'un pompier pouvait être préfet.» Il se permit aussi quelques approximations: « les faits de délinquance ont diminué » (cf. infra). Il eut des propos plus politiques, tout aussi attendus: ainsi, il répéta qu'il voulait un service minimum dans les transports aériens, fussent-ils privés: « ce que nous avons fait pour le métro, pour le train, il faut le faire pour le transport aérien ». Pu encore, l'axe franco-allemand est « absolument fondamental ». Il invoqua implicitement les précédentes déchirures franco-allemandes. « S'il y a une région où je peux dire cela en étant sûr d'être compris, quelque soit vos sensibilités politiques, c'est ici. La paix et l'amitié avec l'Allemagne, c'est un patrimoine que les générations nous ont donné (...). Il y a la politique, et puis, il y a la France, ses intérêts supérieurs ». Sarkozy aime bien nous rappeler l'Histoire. Il espère en faire partie.

Il a promis des « mesures extrêmement importantes ». Pourquoi attendre deux ou trois mois avant le scrutin présidentiel ? 

Une quinzaine de minutes plus tard, c'était fini. Son programme de la semaine est faussement chargé. Il sera mardi en Bretagne à l'école navale de Lanvéoc-Poulmic, jeudi dans la Vienne, vendredi dans les Vosges pour fêter le 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc.

Mais lundi 2 janvier, il se « repose ». L'agenda officiel est vide. Il sera tout occupé à ses conciliabules électoraux avec ses quelques proches.

La diversion étrangère
Dans quelques jours, les premières statistiques de la délinquance par nationalité du quinquennat seront publiées par l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales dirigé par Alain Bauer.

Cette information a été révélée vendredi dernier par Arnaud Leparmentier, du Monde. Elle était annoncée en décembre par l'ONDPR dans son dernier bulletin mensuel. L'Observatoire rappelait pourtant les consignes de l'INSEE: «L’Insee interrompt ses publications pendant les périodes de réserve électorale, à l’exception des publications conjoncturelles régulières ». Le début de cette période d'abstinence statistique n'était pas précisé, mais on peut deviner qu'il coïncidera, au plus tard, avec le dépôt des candidatures à l'élection présidentielle, soit le 16 mars prochain.

Alain Bauer précisa alors que l'ONDPR se dépêcherait de publier avant le début de cette période électorale, et après validation par le conseil d’orientation qu'il préside (sic!), les études suivantes: « les ménages victimes de retraits frauduleux sur le compte bancaire », « le profil détaillé selon le sexe, l’âge et la nationalité des personnes mises en cause par la police et la gendarmerie pour crimes et délits non routiers » (une mise à jour détaillée d’un document diffusé en 2006, le GA...) ou encore « les vols de métaux ».

La démarche est curieuse: la dernière publication de statistiques de la délinquance par nationalité remonte à ... 2006. Autant dire que l'Observatoire avait tout le temps, pour la réactualiser depuis, sans attendre 3 mois avant le premier tour.

Alain Bauer, ancien « rocardien», est devenu un proche de Nicolas Sarkozy depuis 2002. Il l'alimente en arguments statistiques, même si ses propres données ont depuis quatre servi davantage servi à l'opposition à démontrer combien Nicolas Sarkozy était inefficace en matière de lutte contre la délinquance.

La prochaine publication de statistiques par nationalité est la nouvelle la plus décisive de ce début d'année. Le signe que le candidat n'a pas abandonné l'idée d'instrumentaliser l'argument immigration=insécurité, malgré l'échec du discours de Grenoble. En août 2010, Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, avait surpris tout le monde, jusqu'à l'ONDPR lui-même, en dévoilant des chiffres relatifs aux crimes et délits prétendument commis par des immigrés d'origine roumaines...

Opportun vacarme
Il s'agit aussi d'une diversion évidente, un vacarme provoqué pour éviter de s'attarder sur le véritable bilan insécuritaire de Nicolas Sarkozy. Les derniers chiffres, de décembre 2010 à novembre 2011, étaient à nouveau mauvais: 468.413 violences aux personnes (soit environ 4000 agressions supplémentaires, ou 10 par jour...). Depuis novembre 2005, la hausse est d'environ de 50.000 actes par an... L'ONDPR précisait que cette augmentation était due « à un phénomène concernant les violences physiques crapuleuses » et les violences sexuelles sur majeurs (+289 actes en un an).

Plus récemment, la publication, par le Monde, de l'inégale répartition des forces de l'ordre à Paris avait choqué. François Fillon et Claude Guéant venaient de lancer officiellement un plan d'équipement de 1.000 caméras de vidéosurveillance dans la capitale. La belle affaire ! En deux ans, « 400 postes ont disparu à Paris, sur environ 6 400 ». Mais surtout, l'adjointe au maire de Paris chargée de la sécurité et de la prévention Myriam El Khomri, avouait avoir « le sentiment que les quartiers populaires ont été particulièrement touchés ». 

Effectivement, les quartiers les plus populaires, même quand ils sont soumis à de très fortes fréquentations (comme le 10ème arrondissement avec les gares de l'Est et du Nord) apparaissent moins dotés que les plus bourgeois du centre-ville.

Ces premiers jours de janvier, l'année 2012 commençait donc fort. Le candidat inavoué allait parler à nouveau insécurité et immigration.



11 commentaires:

  1. "S'il y a une région où je peux dire cela en étant sûr d'être compris, quelque soit vos sensibilités politiques, c'est ici. La paix et l'amitié avec l'Allemagne, c'est un patrimoine que les générations nous ont donné"

    Ah bon ? En Alsace ?

    RépondreSupprimer
  2. Affaire Karachi :

    Sous-marins : Sarkozy refait surface.

    Le Président, alors ministre du Budget, aurait validé un montage financier lié à des ventes d’armes au Pakistan. Des révélations, tirées de procès-verbaux, qui contredisent sa défense.

    C’est une audition décisive. Entendu par le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke, en charge du volet financier de l’affaire Karachi, le 2 décembre 2011, un ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense, Gérard-Philippe Menayas, indique pour la première fois que Nicolas Sarkozy ne pouvait ignorer le versement de commissions en marge de la signature d’un contrat d’armement avec le Pakistan, au cœur du scandale.

    D’après son procès-verbal d’audition que nous avons pu consulter, l’ancien directeur administratif et financier de la DCNI, la branche internationale de la Direction des constructions navales, a déclaré au juge que Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget, avait donné son accord en 1994 à la création de la société luxembourgeoise Heine.

    Or, cette société est une des clefs de voûte de l’affaire Karachi. Avec d’autres structures opaques créées la même année dans des paradis fiscaux, la société Heine devait recevoir les commissions destinées à des intermédiaires en armement, dont Ziad Takieddine, déjà mis en examen dans ce dossier (entre 1994 et 1995, cette société a reçu 185 millions de francs de la DCNI). Les juges suspectent que ces commissions ont ensuite donné lieu à des rétrocommissions ayant servi à financer la campagne de Balladur en 1995, dont Sarkozy a été le porte-parole.

    «Il est clair que le ministère du Budget a nécessairement donné son accord pour la création de Heine, indique Menayas sur PV. Vu l’importance du sujet, cette décision ne pouvait être prise qu’au niveau du cabinet du ministre. A mon niveau, j’avais pour correspondant au ministère du Budget Mme L., de la direction du Budget, qui était parfaitement au courant.»

    La déclaration est sans ambiguïtés. Le juge, qui dispose d’une note saisie dans les locaux de la DCNI et qui fait état de l’accord de Sarkozy pour la création de Heine, insiste. «Si je vous comprends bien, la mise en place de la structure Heine n’a donc pu se faire qu’avec le double accord des deux cabinets du ministre du Budget et celui de la Défense [François Léotard]. Est-ce exact ?»

    Réponse, toujours très claire : «Oui. J’ai une expérience en la matière, ayant travaillé six ans à la direction du Trésor. Je n’imagine pas qu’une telle décision ait pu être prise sans l’aval du cabinet du ministre.»

    Un peu plus tôt, Menayas avait indiqué : «Si ces précautions n’avaient pas été prises, je n’aurais jamais obtenu […] l’accord de la direction générale des impôts […] pour payer des commissions via Heine.» Des révélations qui ont en partie été confirmées par Dominique Castellan, ancien PDG de la DCNI, mis en examen le 13 décembre 2011 pour «abus de biens sociaux».

    RépondreSupprimer
  3. L’audition de Menayas renforce les conclusions d’un rapport de la police luxembourgeoise du 10 janvier 2010 qui soulignait que Heine avait été développé en 1994 avec l’accord de Sarkozy. Deux commissaires évoquaient même l’existence de «rétrocommissions pour payer des campagnes politiques en France».

    Contacté hier par Libération, l’Elysée n’a pas souhaité réagir à ces révélations, nous invitant à consulter les démentis déjà apportés dans le cadre de cette affaire qualifiée de «fable» par le chef de l’Etat. Et de «fable à épisodes» par un de ses porte-parole.

    Lors d’un off en novembre 2010, Nicolas Sarkozy était allé un peu plus loin en confiant à des journalistes : «Y a-t-il un document qui montre à un moment ou à un autre que j’ai donné instruction de créer des sociétés luxembourgeoises ? Alors peut-être que le ministère l’a fait à un moment, j’ai été ministre du Budget deux ans, peut-être. Mais moi non, jamais ! Moi, je ne sais pas. Je ne sais rien.»

    Reste que si, à ce jour, aucun document portant la signature de Sarkozy ne figure à l’instruction, cela ne dément pas son implication.

    Le rôle du Président n’est pas la seule révélation de Menayas. Ce dernier indique également que c’est Benoît Bazire qui a suivi la signature du contrat avec le Pakistan. Benoît Bazire est alors à la direction générale de l’armement. Il est aussi le frère de Nicolas Bazire, alors directeur de cabinet de Balladur à Matignon et qui deviendra directeur de campagne du Premier ministre en 1995.

    Ce très proche de Sarkozy a été mis en examen en septembre 2011 pour abus de biens sociaux. «Pour quelle raison M. Benoît Bazire suivait-il particulièrement le contrat pakistanais ?» demande le juge à Menayas.

    «Je l’ignore. Je l’ai appris incidemment par lui-même lors d’une réunion […] entre mars et juin 1994. Ce qui m’a surpris au cours de cette réunion, c’est que M. Benoît Bazire insistait tout particulièrement pour être informé en temps réel de tout événement lié à l’avancement de la négociation de ce contrat.» Ce dernier pourrait être entendu par le juge prochainement.

    http://www.liberation.fr/politiques/01012380790-sous-marins-sarkozy-refait-surface

    RépondreSupprimer
  4. mr et mme groisdansmabaignoire - et jenesaisquenfaire ont un fils
    comment l'appellent-ils ?
    Nicolas ! que nenni !

    Gédéon

    voilà le niveau de réflexion politque auquel me réduit la vie en sarkosie
    a bas la pollution !

    RépondreSupprimer
  5. Un blog qui simule l'élection présidentielle chaque semaine :

    http://resultatselections-2012.over-blog.fr/

    Plus de 1400 votes lors de la dernière élection

    RépondreSupprimer
  6. Comme pour le vin, il faudrait imposer aux Légions d'Honneur des millésimes . Les cuvées 2007 à 2012 font légion mais, hélas, dans le déhonneur.

    RépondreSupprimer
  7. Vu de l'Allemagne le comportement de Sarközy hors l'habituelle flagornerie des media en France :
    http://www.youtube.com/watch?v=gg8NiNhj7yU

    RépondreSupprimer
  8. Une bande de rigolos, ces gens me dégouttent, car bien sur, il leur est plus facile de pavaner en maitre absolu en déployant des forces importantes pour interdire les pétards à Paris que les kalachnikov à Marseille, (là, ils sont ZERO) pour faire voir aux français que l'on s'occupe bien de leur sécurité et leur tranquillité.

    RépondreSupprimer
  9. Guéant a annoncé qu’il se présenterait aux législatives de 2012 avant que le sarko ne se soit déclaré candidat aux présidentielles. Bizarre, pressé, le bonhomme.

    Le fait que Guéant brigue un mandat électif après avoir été préfet et ministre par la grâce de dieu est plutôt une bonne nouvelle. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que si Guéant cherche un poste d’où on ne pourra pas le virer immédiatement, c’est que ça sent le roussi pour sarko en 2012.
    Et oui, le bateau commence à prendre l'eau, de partout ça fout le camp, comme avant une tornade.

    RépondreSupprimer
  10. "Entrée en vigueur le 1er janvier 2012, la nouvelle Constitution hongroise porte la marque des dérives autoritaires du Premier ministre conservateur, Viktor Orban. Et suscite l’inquiétude de la communauté internationale. ..."
    http://www.france24.com/fr/20120102-hongrie-viktor-orban-derive-autoritaire-constitution-conservatrice-nationaliste-opposition-inquietude-europe

    RépondreSupprimer
  11. A propos de la légion d'honneur:

    http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20111010.OBS2124/nicolas-sarkozy-et-la-legion-d-honneur-le-revers-de-la-medaille.html

    RépondreSupprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.