16 janvier 2012

Triple A: la gueule de bois de Nicolas Sarkozy.

Dimanche 15 janvier, il est allé célébrer le 100ème anniversaire de la naissance de Michel Debré. L'ancien premier ministre du général de Gaulle avait co-écrit la Constitution de la Vème République. A l'approche du scrutin présidentiel, Nicolas Sarkozy a choisi l'anathème ou l'hommage, faute de programmes et de candidature officielle. Ces « propositions-choc » sur la TVA sociale ou le collège unique ont fait choux blanc. Il préfère les célébrations, après Jeanne d'Arc, voici Michel Debré.

Actualité oblige, il a dû modifier très légèrement son discours. 48 heures avant, la Sarkofrance avait perdu son Triple A. Pire, les explications de Standard and Poor's contredisaient des mois d'argumentaires élyséens: la règle d'or ne servait à rien.

Sarkozy masque
Dimanche 15 janvier, il faisait froid mais beau, à Amboise, en Indre-et-Loire. Sarkozy fit un tour au cimetière, puis rejoint quelques 2.000 militants UMP et élus dans un gymnase de la ville. On avait tendu une inévitable toile bleue derrière lui. Le Monarque lut quelques pages d'un discours écrit par Henri Guaino plutôt que Patrick Buisson. Il fallait honorer la Vème République, à travers l'un de ses fondateurs. Ce régime monarchique qui sied si bien à un homme qui se croit au-dessus des autres et souvent au-dessus des lois.

« Comme le général de Gaulle il ne pouvait l'imaginer sans la grandeur et cette grandeur pour lui se confondait avec celle de l'État.» Comme souvent, tout l'hommage était en fait un auto-portrait déguisé.

Ce dimanche, Nicolas Sarkozy eut des accents souverainistes. Il n'osa dénoncé ces « agences anglo-saxonnes », et pourtant, la tentation était grande. L'homme qui a durci les retraites des petites gens, réduit les services publics jusqu'à manquer de policiers devant la flambée de l'insécurité violente, tout ça pour préserver ou améliorer quelques gros avantages fiscaux pour les plus fortunés, cet homme-là, donc, le Président des Riches, discourra sur l'Etat: « l'État occupe dans notre histoire, dans notre destin collectif, dans notre vie publique une place éminente incomparable à celle que bien souvent il occupe ailleurs. En France, c'est l'État qui a fait la Nation, qui la porte, qui la maintient unie.
En France, lorsque l'État est faible, c'est la Nation tout entière qui se trouve affaiblie.
En France, lorsque l'autorité de l'État est contestée, c'est la cohésion nationale qui est menacée.
».

A mi-parcours de son discours, Nicolas Sarkozy parla de lui, évidemment.
« Permettez-moi ici une confidence. J'ai souvent réfléchi depuis que nous sommes dans la bourrasque de la crise. Je ne trouve pas d'autre guide à l'action, dans ces temps troublés, que ces deux mots : vérité et courage.  Depuis 2008, j'ai choisi de dire la vérité aux Français sur la gravité de la crise.» 
Quel grossier mensonge! Quel grossier personnage ! En 2007, alors que la crise des subprimes et du surendettement privé éclatait aux Etats-Unis, Nicolas Sarkozy faisait voter son paquet fiscal, encourageant inutilement, dangereusement, l'endettement privé en défiscalisant les intérêts d'emprunt immobilier, quelques mois après avoir proclamé vouloir des subprimes à la Française...

Dimanche, il s'est donc comparé à de Gaulle, quand il annonça qu'il parlerait fin janvier aux Français. Inutile d'anticiper qu'il avouerait être candidat à sa réélection. Il n'a prévu l'annonce que pour mars. TF1 a même déjà réservé un créneau, le 12, comme pour 5 autres candidats déjà déclarés. « Pour ma part, à l'occasion du sommet sur la crise, je dirai la vérité aux partenaires sociaux le 18 janvier. Je parlerai aux Français à la fin du mois. Je leur dirai que comme en 1958, la crise peut être surmontée, pourvu que nous ayons la volonté collective et le courage de réformer notre pays.» C'est une habitude, chez Nicolas Sarkozy, que d'attendre une quinzaine de jours avant de réagir devant l'urgence.


Comment Standard and Poor's a enterré la règle d'or.
Depuis le déclenchement de la crise grecque, Nicolas Sarkozy n'avait qu'un argument vis-à-vis des agences de notation: il fallait être vertueux dans sa gestion budgétaire pour conserver le crédit nécessaire auprès des prêteurs.

Quand Standard and Poor's dégrada d'un cran la note de la France vendredi 13 janvier (sic!),  les pontes de Sarkofrance y allèrent de leurs commentaires. Depuis vendredi après-midi, on a d'ailleurs tout entendu: le ministre de l'économie et des finances, François Baroin, évoqua une « demi-surprise ». Marie-Anne Monchant accusa François Hollande d'être responsable. D'autres accusèrent SP de faire de la politique (laquelle ?). Pierre Lellouche, secrétaire d'Etat au Commerce Extérieur, a espéré sur Europe 1 « un choc salutaire».François Fillon préféra qualifier cette dégradation d'« alerte qui ne doit pas être dramatisée, ni être sous-estimée». Alerte ? Plutôt une grosse gifle dans la face de son  Monarque ! A l'Elysée, un conseiller tenta de déminer: « Vous vous trompez et vous surréagissez. Nous avons anticipé la décision de Standard and Poor's, et les marchés aussi. Nous sommes sereins ».

Pourtant, l'agence explicita très clairement les motivations de sa décision (comme elle le fait à chaque fois dans de similaires occasions). Et que retint on ? Qu'elle se fichait pas mal des gesticulations sarkozyennes depuis l'été. C'est la seconde révélation de cette affaire, une vraie surprise, pleine et entière celle-là.


1. La France décroche
La perspective de notation de crédit à long terme est maintenue négative pour la France, ce qui signifie que l'agence estime qu'il y a « une chance sur trois que sa note soit dégradée en 2012 ou 2013 ». A l'inverse, la perspective est stable pour l'Allemagne.

La France n'est pas seulement dégradée, elle est décrochée de sa brillante voisine. Nicolas Sarkozy collait aux basques d'Angela Merkel depuis 18 mois, en vain. 

2. Standard and Poor's se fiche de la règle d'or. Avez-vous lu l'agence s'agacer d'un manque de discipline ou réclamer une règle d'or ? Que nenni.
« Les notations d'aujourd'hui sont principalement déterminées par notre évaluation que les initiatives politiques qui ont été prises par les gouvernements européens ces dernières semaines sont insuffisantes pour véritablement adresser les tensions systémiques de l'eurozone. Selon nous, ces tensions incluent : (1) des conditions de crédit qui se durcissent, (2) une augmentation de primes de risque pour un nombre croissant d'emprunteurs de la zone Euro, (3) une tentative simultanée à réduire leurs risques par les gouvernements et ménages, (4) des perspectives de croissance économiques en berne et (5) un conflit ouvert et persistant parmi les décideurs européens sur l'approche appropriée pour sortir de la crise. » 
Commes d'autres, nous l'écrivions depuis des lustres. Nicolas Sarkozy instrumentalise cette règle d'or pour son seul bénéfice politique personnel.

3. le sommet européen de décembre dernier n'a pas servi.
Et l'agence de poursuivre: « Les résultats du sommet de l'Union européenne le 9 décembre 2011 et les déclarations ultérieures des décideurs, nous poussent à croire que l'accord atteint est insuffisant pour aborder les problèmes financiers de la zone Euro. À notre avis, l'accord politique ne fournit pas de ressources supplémentaires suffisantes ou la flexibilité opérationnelle pour soutenir le sauvetage européen. » En décembre dernier, Nicolas Sarkozy nous expliquait il avait été brillant pour sauver l'Eurozone avec Angela Merkel, obtenant « une authentique gouvernance économique » : « le fait que la responsabilité de la gouvernance revienne désormais aux chefs d'Etat et de gouvernement marque un progrès démocratique incontestable par rapport à la situation précédente, où tout s'organisait autour de la Banque centrale européenne [BCE], de la Commission et du pacte de stabilité

Nicolas Sarkozy, ce weekend, avait encore la gueule de bois.

9 commentaires:

  1. Que Sarkozy ait la gueule bois, ce n'est pas "le problème", car ce sont les salariés actifs ou à la retraite publics/privés qui vont recevoir sur le coin de la "gueule" les conséquences de l'inconséquence du monarque.

    Un triste constat: les banques en dégradant "la note"qui fait chanter le pouvoir, ont plus à gagner qu' à perdre avec ce système puisque ce sont les mêmes décideurs qui ont provoqués la crise et qui maintenant la font payer une deuxième fois. Ils auraient tort de s'en privé.

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  2. J'ai comme l'impression qu'avec les nouvelles mesures d'austérités du petit nous allons voir plusieurs francais dans la rue , indignez-vous.
    solange

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  3. je suis Amboisien, le gymnase Mesnard qui a accueilli les élus et militants UMP à Amboise a eu une capacité de contenance de 1200 personnes, en respectant les normes de sécurité, soit il y avait bien 2000 personnes dans le gymnase et les services de l'élysée n'ont pas respectés la loi ou soit il n'y avait pas 2000 personnes seulement 1200 personnes, et les services de l'élysée ont gonflé les chiffres, pourtant la police était en force dans les rues d'Amboise, ils auraient pu compter le nombre de militants UMP présent dans les gradins.

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    1. Ah l'UMP et le (sur)comptage c'est une longue histoire !

      [ UMP / MECOMPTES ] L'UMP (nous) se "tromperait" lourdement dans ses comptages

      ==> http://desmotscratie.net/post/2007/01/19/%5B-UMP-/-MECOMPTES-%5D-LUMP-nous-se-tromperait-lourdement-dans-ses-comptages

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  4. Juan, pourquoi le petit va recevoir la toison d'or? je comprend pas.solange

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    1. ok j'ai trouvé sur médiapart Honte à lui!solange

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  5. A anonyme de 12:06
    2000-1200=800
    Lorsque l'on sait que les déplacements du petit sont en général entouré d'une cohorte de gendarmes, journalistes, personnel à son service, faite le compte, cela représente surement les 800 personnes sans pour autant qu'ils se trouvent dans ce gymnase.
    En sarkofrance, les chiffres sont souvent un amalgame et non le reflet de la réalité.

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  6. Bonjour,

    Gérard Longuet a traité François Hollande de mauvais capitaine de navire, le comparant même au capitaine du Costa Concordia. Sauf que celui qui est aux commandes du navire France depuis 2007 n'est pas socialiste. Cherchez l'ereur !C'est dire combien il faut vite en finir avec ce pouvoir aux abois. http://0z.fr/TAUN3

    A2N

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  7. vite, jetons ce capitaine d'opérette par-dessus bord

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