29 février 2012

Education: Sarkozy recycle ses idées de 2007

Ce mardi à Montpellier, Nicolas Sarkozy tenait meeting. Il avait pris la journée, son agenda de président était vide. Le thème du jour était l'éducation. La veille sur RTL, il avait lâché quelques bêtises sur l'évolution du nombre de professeurs et d'élèves. Ses conseillers expliquèrent ensuite que sa langue avait « fourché ».

Mais le pire était à venir. Le jour même, sa campagne avait été bousculé par une proposition de François Hollande sur TF1: le candidat socialiste avait créé la surprise en promettant de taxer à 75% les revenus supérieurs à un million d'euros par an.

Nicolas Sarkozy, auto-proclamé candidat du peuple, dénonça l'improvisation et la « folie fiscale ». Chassez le naturel, il revient au galop.

Depuis 5 ans, un massacre
En matière d'éducation, le bilan du Monarque est édifiant, terrifiant, assommant. Le voici brièvement résumé en 13 points. Treize, le chiffre du malheur.

1. Depuis 2007, Nicolas Sarkozy a réduit d'environ 15.000 les postes dans l'enseignement chaque année. Depuis 2000, près de 155.000 postes d'enseignants ont été supprimés en France.

2. Pourtant, les élèves sont en augmentation constante depuis 2006 dans le primaire (+59.000 en 5 ans), comme au collège (+41.000). A l'inverse, leur nombre semble fondre aux deux extrémités, en maternelle et au lycée (-67.000). Dans les deux cas, les moyens et programmes ont été drastiquement allégées.

3. Nicolas Sarkozy se cache derrière les internats d'excellence qui, paraît-il, font des merveilles. Mais l'offre de places reste marginale: 10.000 à la rentrée 2011, soit 0,8% des places disponibles au collège.

4. Nicolas Sarkozy a aussi réduit les horaires, au risque de surcharger les élèves.

5.  Président des familles, Nicolas Sarkozy a alourdi la charge d'encadrement des assistantes maternelles (de 8 à 12 enfants) afin de « créer » 40.000 places supplémentaires en crèches collectives.



6. Le taux de scolarisation à deux ans a chuté de 35% en 2002  à 13,6% en septembre 2010.


7. En décembre dernier, ultime provocation, le gouvernement promettait l'évaluation des professeurs par... le chef d'établissement (et non plus par les inspecteurs).

8. D'après l'OCDE, la France est l’un des pays qui « amplifie le plus sur le plan scolaire les inégalités sociales avec une part croissante d’élèves en difficulté : 15% en 2000 contre 20% en 2009 ».

9. L'Education nationale a été rabaissée de 28% du budget de l'Etat (en 2007) à 21% du budget de l'Etat (en 2010).

10. Le gouvernement ferme des centres de formation pour psychologues scolaires, comme ceux de Lille, Aix-Marseille et Grenoble en septembre prochain.

11. La réforme de la formation initiale et de recrutement des enseignants des premier et second degrés dite de la « mastérisation », mise en œuvre à compter de la rentrée scolaire 2010-2011 a été qualifiée d'échec par la Cour des Comptes dans son dernier rapport: économies marginales voire incertaines, formation insuffisante des recrues, crise de vocation et chute des candidatures, etc.

12. Nicolas Sarkozy a laissé la violence à l'école s'aggraver . Ainsi, en janvier 2010, des meurtres d'élèves en plein établissement, une première depuis 30 ans, ont provoqué grèves et protestations de parents et de professeurs.

13. En 2008, le camp Sarkozy réfléchissait à introduire la détection puis le fichage des comportements délinquants dès la maternelle.

A Montpellier, un discours... de 2007
La journée avait mal commencé. François Hollande concentrait toutes les attentions. Non seulement était-il 10 heures durant au Salon de l'Agriculture, mais il avait aussi une bombe dans le jardin du candidat du Peuple, taxer les revenus excédentaires à 1 million d'euros à 75%. Au plus fort de la crise de 29, le président américain Franklin D. Roosevelt avait usé de pareilles méthodes. En Allemagne, un représentant de Die Linke s'enthousiasmait. En France, le clan du candidat sortant avait été pris de court.

« Il est possible de changer l'école. Il faut d'abord que nos enseignants exercent leur métier dans de bonnes conditions. » avait-il déclaré à Nantes... le 15 mars 2007. « Les parents sont les premiers responsables de l'éducation de leurs enfants. Ils doivent, par conséquent, pouvoir être plus impliqués dans l'organisation de la vie scolaire » avait-il ajouté quelques jours plus tard en Guadeloupe. Nous étions en 2007. Nous sommes en 2012. Les mots sont les mêmes. Sarkozy a juste oublié qu'il gouverne depuis 5 ans.

A Montpellier, ils étaient tout juste 6.000 militants UMP, coincés dans le Zenith local, dont un millier de jeunes Pop largement filmés pour masquer une assistance majoritairement quinquagénaire. L'estrade était trop grande, le pupitre trônait au centre, on avait repris la décoration des estrades présidentielles pour les déplacements de province: même bâche bleue, les drapeaux français et européen de côté, même pupitre.

Nicolas Sarkozy voulait « poursuivre le duel » avec François Hollande. Sa seule annonce du jour fut une énième variante du « travailler plus pour gagner plus » de 2007. Il osa ainsi ressortir quelques vieilleries de la campagne 2007, tout droit pompées sur sa lettre aux enseignants de l'époque. Que n'avait-il été président depuis 5 ans ?

« Nos enseignants sont mal payés parce qu'ils sont trop nombreux ». Concrètement, il proposa de proposer aux enseignants d'assurer 26 heures de cours par semaine (au lieu de 18, soit une augmentation de 40%) « avec en contrepartie une augmentation de son traitement de 25 %, soit près de 500 € net par mois ». Une mesure qui ne concernait pas le premier degré, furieuse urgence du moment.

« Qui osera être contre ? » scanda-t-il. Qui ? Quelques instants plus tard, la proposition était taclée par un ancien ministre de l'Education nationale de Jacques Chirac. Luc Ferry - c'était lui - expliqua qu'il avait testé la mesure quand il était ministre, et que c'était inutile. Pire, la proposition datait de 2007.

Pour le reste, il répéta quelques idées rabâchées lors de ses voeux à l'Education nationale le 5 janvier dernier: la fin du collège unique, le bac comme outil de sélection (« Le baccalauréat doit être la mesure de la capacité à suivre un enseignement supérieur »), le rapprochement de l'école et du monde du travail ou l'école pour enseigner la « civilisation » et la « hiérarchie des valeurs ».

Il avait quelques portes ouvertes à enfoncer: « on a eu tort de faire baisser l'autorité du maitre, du professeur ». De qui parlait-il ? « Je veux une école du respect ». Avait-il oyblié quel exemple il avait donné depuis 2007, à coup d'insultes en public ?

Il tenta de s'excuser de son calamiteux bilan, en argumentant qu'il avait préféré s'occuper de l'université mais sa priorité d'un second mandat serait l'école, ou plutôt ... le collège. Si le sujet n'était grave, on aurait pu sourire. On croyait que notre Monarque était capable de mille réformes en même temps. Qu'a-t-il donc fait pour les universités qui l'aurait empêché d'agir sur l'école ? Un Grand Emprunt de plus ?

Il enquilla aussi une grosse douzaine de platitudes sur l'école. L'assistance tentait de rester mobilisée: « Je crois dans la valeur de la responsabilité. On est responsable de ses enfants. La société n’est pas responsable de tout. » Qui penserait le contraire ? « L'école de la République, c'est une école laïque.» Ou encore: « L'école, c'est un merveilleux apprentissage de la différence où c'est le coeur qui parle contre les préjugés. » Sans blague ? « L'école ne peut pas remplacer la famille ».... Sans rire ? « Dans la société qui est la notre, on ne tient plus une classe comme on la tenait hier » .

Sans surprise, il termina par une attaque contre la « folie fiscale » de Hollande (?) et son slogan de campagne, déjà esseulé lors des 3 derniers meetings: « Aidez-moi à rendre la France plus forte. Aidez-moi à faire triompher les valeurs qui ont fait la grandeur de notre pays. » L'homme se confondait encore et toujours avec la France.

S'en était devenu lassant.

Mais il y eut plus grave. Tout occupé à faire campagne, bousculé par son principal adversaire, il voulut jouer au chef d'Etat devant quelques journalistes, lors de sa visite d'un internat d'excellence dans l'après-midi: oui, la journaliste Edith Bouvier, blessée vendredi dernier en Syrie était désormais saine et sauve au Liban.

C'était gravement faux. Quelques instants plus tard, alerté par ses communicants, il revint vers la caméra: « J'ai été imprécis tout à l'heure, je m'en excuse auprès de vous ».

La journée était gâchée.





27 février 2012

Devant les agriculteurs, Sarkozy continue son show

Tout ceci n'est qu'un show, parfois fatiguant.

Samedi 25 février dernier, Nicolas Sarkozy a inauguré le Salon de l'agriculture une bonne heure avant l'ouverture officielle, dès 7h30. Son agenda l'annonçait à 8h30. Il voulait éviter de croiser des vrais gens ou de rencontrer des opposants.

Pourtant, il était en terrain conquis. Cela fait deux ans qu'il a tourné casaque. En nov-langue sarkozyenne, on appelle cela du pragmatisme. Avant, il adorait l'écologie. Puis il a décidé qu'il préférait opposer les agriculteurs à la réglementation écologique. La démarche était facile. Il s'était trouvé un bouc-émissaire un peu visible pour divertir l'attention, y compris agricole, de la grave crise qui frappe le secteur.

Où est passé Sarko l'écolo ?
On ne savait plus si c'était le candidat ou le président qui se déplaçait. Il est parti vers 10h30, juste avant que le gros des visiteurs n'envahisse la place. De toutes façons, il n'avait aucune aucune annonce à faire.

Sur place, il réitéra son nouveau crédo, lancé en 2010 après l'échec du sommet de Copenhague, le succès électoral d'Europe Ecologie et sa propre débâcle aux élections régionales et européennes: il ne faut pas trop de normes contraignantes pour l'agro-industrie française. Le Grenelle de l'environnement et les belles déclarations éco-responsables de la campagne 2007 puis des premiers mois du quinquennat étaient bien loin: « je crois qu'il faut continuer dans le sens de la compétitivité, du respect des producteurs. Ils sont prêts à respecter eux aussi des normes mais ils demandent simplement que les contrôles ne soient pas aussi tâtillons, qu'on leur fasse confiance et qu'on les associe à la défense de l'environnement ». L'argument lui permet d'évacuer la crise de la filière: surendettement, hausse des matières premières, surproduction, abus de la grande distribution, les sujets ne manquent pas. Mais il est plus facile de cibler Eva Joly alliée à François Hollande.

Devant une assistance choisie, micro en main, il s'est aussi permis son désormais traditionnel appel à l'aide et aux valeurs: «Je me sens au coté des valeurs que vous portez : celles de gens qui aiment leur travail et qui veulent vivre de leur travail. (...) Pour l'agriculture, le mot-clé, c'est le mot compétitivité. (...) Si on partage les mêmes valeurs, j'ai besoin que vous m'aidiez à faire triompher ces valeurs.»

Une campagne sur les valeurs mais sans programme ? 

Le Figaro voulait se rassurer que l'opération de reconquête du coeur électoral agricole avait réussi: « Selon un sondage OpinionWay-Fiducial pour Le Figaro et LCI, 40 % des agriculteurs voteraient pour le chef de l'État si le premier tour de l'élection présidentielle avait lieu ce dimanche. Un score qui le place largement en tête du vote paysan ». Mais Sarkozy avait besoin d'aller « à la pêche au voix ». Après les élections régionales de 2010, l'Elysée avait réalisé que le socle s'effritait. Il fallait réagir. Le Monarque multiplia les discours sur l'identité agricole, une variante paysanne du « Travailler Plus » compatible avec les écarts identitaires du moment. Dans les sondages, le Président sortant reste préféré des agriculteurs.

Au Salon, les réactions furent timides. «Venir sur le Salon, ça ne suffit pas pour récupérer des voix» a expliqué un éleveur de vaches du Cantal. Son plaidoyer pour la hausse de la TVA, qui affecte directement les agriculteurs comme les autres, n'a pas séduit. Il « commente l'AFP. Malgré l'heure matinale, le candidat sortant a quand même goûté « la charcuterie, les fromages, le reblochon ».

Incroyable !

C'est un spectacle
Au Salon, une caméra de BFM-TV surprit le Monarque répondre à une question de journaliste à propos de François Hollande qui « se gargarise » de participer également au Salon. Se gargarise ? Oui, l'expression fut utilisée par la journaliste, Valérie Astruc, accrédité à l'Elysée par France 2.

Sarkozy: Il doit avoir bien des choses à se faire pardonner !  Ben j'sais pas, c'est une drôle d'idée... On vient au Salon de l'Agriculture...Moi j'y vais pour rencontrer des gens et entendre ce qu'on a à me dire... Si c'est uniquement pour faire 10 heures... Bon... Il va leur expliquer pourquoi il veut travailler avec Madame Joly...
La journaliste: Avec les écologistes, c'est ça ?
Sarkozy: ... Et à mon avis, il faudra plus que 10 heures... Il faudra plus que 10 heures...

Les caméras le suivaient de stand en stand. Il fallait donner l'impression d'une foule. En fait de foule compacte, Nicolas Sarkozy était encombré de journalistes, de micros, de caméras et de gardes du corps. De temps à autre, ce troupeau volumineux butait sur de vrais gens, comme en témoigna la journaliste de l'AFP: « À côté du grand ring, la famille Gourmaud, venue du Morbihan, s'est retrouvée par hasard sur le passage du cortège. Un peu effarée par la masse de journalistes qui suit le président, la grand-mère emmène sa troupe dans les allées de traverse. »

Vers 10h30, il quitta les lieux. Il y avait assez d'images et de clichés.

Un peu plus tard, dimanche, il avait réuni sa proche équipe de campagne au Château de la Lanterne. Il paraît qu'il peaufine les dernières pages de son livre-confessions. Le précieux manuscrit est passé entre les mains d'Emmanuelle Mignon et de Jean Castex. Mais le candidat sortant « hésite » toujours.

A défaut de livre, on attend toujours son programme.

Ami sarkozyste, es-tu impatient ?


26 février 2012

Henri Guaino, subconscient de Nicolas Sarkozy ?

Cette scène n'est pas anodine. Vendredi dernier, Henri Guaino était l'invité de France 3 Ile-de-France pour un débat avec Jérome Guedj, président (socialiste) du conseil général de l'Essonne.

Quand ce dernier l'interpella, poliment et calmement, sur le débat persistant sur l'identité nationale, le conseiller spécial du Président perdit ses nerfs. Littéralement.

« TAISEZ-VOUS! » hurla-t-il. Il faut regardez la video pour le croire. Ce dérapage témoigne d'une nervosité évidente qui règne à l'Elysée dans le camp du « Candidat du Peuple ». A moins qu'on nous explique qu'Henri Guaino ait été énervé en coulisses pour justifier cet écart inacceptable.


Cet écart est incroyable.

Depuis 2007, Henri Guaino vit un rapport quasi-fusionnel avec Nicolas Sarkozy. Il lui a écrit ses discours les plus graves (Dakar notamment, le 26 juillet 2007). Depuis quelques mois, le conseiller spécial est quasiment spatial. Il a sillonné la France, on ne sait avec quel argent, pour prêcher la bonne parole. A Paris, il cumule son indemnité de conseiller d'Etat et de conseiller élyséen.

Il n'a jamais été élu mais il parle souvent du peuple et de la France.

Henri Guaino est une anomalie républicaine.

Comment Sarkozy nous vend la baisse des prestations sociales

Jeudi 23 février, Nicolas Sarkozy a pris le train pour Lille, où il tenait meeting. Fini les déplacements en jet même pour quelques centaines de kilomètres. Il fallait soigner l'image d'authenticité retrouvée qu'il cherche à se donner depuis 9 jours. Devant les caméras, il est entré dans un wagon de seconde classe... pour se faufiler discrètement jusqu'aux rangs de première classe...

A Lille, certains ont cru que Sarkozy avait l'éloge du travail. En fait, il cherchait s'est livré à un réquisitoire violent mais indirect contre l'assurance sociale.

Pauvres annonces
Nicolas Sarkozy a raison de penser qu'une élection n'est jamais perdue ni gagnée d'avance. Il a confié, mercredi, qu'il se savait « face à un mur ». Et il a décidé d'y aller « crescendo ». Son problème est qu'il peine à trouver quelque chose de crédible à promettre. Après sa droitisation extrême depuis 15 jours, il a dû rassurer les quelques centristes de l'UMP ou du Nouveau Centre.

A Lille, il endossa son costume de candidat... de 2007. Le ton était là, l'attitude presque spontanée, quelques phrases pouvaient faire mouche. Certains arguments, en 2007, auraient pu faire mouche. Mais nous étions en 2012, et Sarkozy était le candidat sortant. L'ensemble sonna donc creux, terriblement creux.

Environ 10.000 militants UMP s'étaient rassemblés. « Il y avait beaucoup de monde, et ça, c'est un signe que Nicolas Sarkozy était attendu » commenta Nathalie Koscisuko-Morizet, sa porte parole. Effetcivement, beaucoup de ministres en exercice s'étaient rendus sur place (Xavier Bertrand, François Baroin, Nora Berra, Marie-Anne Montchamp). Ils écoutèrent, 45 minutes durant, Sarkozy défendre le Travail. Pour un président du chômage, la démarche était osée. Il revendiqua ses annonces de la veille sur la prime pour l'emploi ou le travail forcé des bénéficiaires du RSA. «En créant le RSA nous avons choisi l’incitation au travail contre l’assistance », mais c'était insuffisant: s'il est réélu, il imposera 7 heures de travail hebdomadaire aux bénéficiaires du RSA. Cela ne sert à rien sauf à instiller le doute: ces RSAistes seraient-ils des fainéants ?


Dérapage narcissique
A Lille, Nicolas Sarkozy développa en fait son axe principal de campagne: il est la France. Il l'a déjà sauvé ( « Que serait-il resté de l'Europe si nous ne nous étions pas battus pour sauver l'euro? »). Le candidat sortant, auto-proclamé candidat du Peuple, a conclu son intervention par son désormais habituel « Aidez-moi, aidez la France». Un slogan bien narcissique qui confirmait nos soupçons, il n'avait pas changé. L'homme se confond avec la France.
« Vous êtes le peuple de France. La France a besoin de vous. J'ai besoin de vous.»
Ses opposants, et François Hollande, seraient-ils donc l'incarnation de l'anti-France ? L'accusation résonnait en creux. « Eux ils parlent à des castes, moi je veux parler à des êtres humains ». Quelle caricature. Sarkozy veut que l'électeur oublie le bilan. « On va sans doute dire que je tiens des propos forts à l'égard de mon adversaire (...). Mes chers amis, toute critique n'est pas une attaque personnelle».

La fausse éloge du travail
« Je veux être le porte-parole de cette France qui veut vivre de son travail ».

Sous son quinquennat, le nombre de demandeurs d'emploi a cru de un million en 5 ans. L'an passé, le chômage s'est encore envolé dans toutes les catégories . Parmi les 5,2 millions de demandeurs d'emploi inscrits à Pôle Emploi, on en comptait 2,8 millions sans aucune activité (catégorie A), en hausse de +130.000 sur un an et 1,40 million en activité partielle et contrainte. On sait aussi que la défiscalisation des heures supplémentaires a été un fiasco budgétaire et économique (effet d'aubaine pour les entreprises et frein à l'embauche).

Pourtant, à Lille, Sarkozy avait de grands mots pour faire l'éloge de « la France qui travaille ».
Je me sens proche de tous ces Français qui aiment leur travail, qui aiment leur métier, qui aiment leurs entreprises.


Un pays ne peut pas vivre sans agriculture, sans industrie, parce que lorsque la production s’en va tout le reste finit par partir aussi.


Il ne faut pas opposer le travail à la vie parce que le travail c’est le moyen d’être libre et c’est la condition de la solidarité.
Une charge contre la Sécu...
Se croyait-il en 2007 ? Pas tout à fait. Son éloge forcée du travail avait deux objectifs: agiter un nouvel épouvantail, « l'assistanat »; et faire accepter l'idée qu'il faut progressivement supprimer la Sécurité Sociale. Parler d'austérité n'est pas vendeur.

Pour masquer la potion, le candidat sortant préférait revendiquer la hausse du salaire net: après les charges patronales, voici qu'il veut aussi réduire les charges sociales. Mais qui va donc payer la Sécurité sociale ?

« Je veux réduire la différence entre le salaire brut et le salaire net en diminuant les charges que payent les salariés »

S'il baisse les charges sociales, il faudra bien augmenter les impôts (ce qui revient à fiscaliser l'assurance sociale, comme avec la TVA sociale - mais Sarkozy n'en parle pas) ou réduire les prestations sociales. Le candidat sortant a une jolie formule: « Je veux que le travail paye plus que l'assistanat ».

C'est la nouvelle thèse de la Droite décomplexée. « C'est une crise de la suprématie accordée à la spéculation et à la rente sur le travail, c'est une crise de la priorité accordée à l'assistanat sur le travail ». Comme Laurent Wauquiez il y a près d'un an, le Monarque devenu candidat laboure un argument si cher à la fameuse « Droite sociale »: contre les abus d'en haut, et les abus d'en bas.

Après avoir tenté de nous convaincre que « s'enrichir, c'était bien », le sarkozysme a du procéder à un léger aggiornamento: il s'agit désormais d'opposer les pauvres aux plus pauvres. Poser sur un pied d'égalité les abus des uns et des autres est d'une tartufferie incroyable. On sait que les plus fortunés sont les principaux bénéficiaires de milliards d'euros de défiscalisation depuis 2002, l'argument donne des frissons. Et depuis 2007, les réductions de prestations sociales (maladie, familiale, etc) ont été nombreuses.

Sans jamais oser le dire explicitement, Nicolas Sarkozy voulait faire comprendre à son auditoire que les « assistés » étaient la cause de nos malheurs du moment ou, à défaut, un obstacle au redressement national.

Il ne lui reste plus qu'à l'avouer.








Crédit illustration

25 février 2012

Petroplus: Sarkozy "n'a pas joué de rôle particulier"

Vendredi, Nicolas Sarkozy a fait le fier en se déplaçant à la raffinerie de Petroplus, à Petit-Couronne. Il déclara devant les salariés inquiets que grâce à lui, un accord avait été signé avec SHELL pour une reprise d'activité de 6 mois: « je suis quelqu'un de parole, c'est signé ».

C'était faux: il n'y était pour rien.

Le jour même, le patron de SHELL France, Patrick Roméo était interrogé sur le rôle de Nicolas Sarkozy. C'était édifiant.
Une journaliste: Il vous appelé, Nicolas Sarkozy ?
Patrick Roméo: Non, il ne m'a pas appelé.
Une journaliste: Alors quel rôle il a joué ?
Patrick Roméo: Il n'a pas joué de rôle particulier. J'ai été contacté par l'intersyndicale de Petit-Couronne, qui m'a demandé dans quelle mesure nous pourrions aider. Et l'arrêt de cette usine ayant été préjudiciable pour nos activités, nous avons construit ce projet.
Relisons: Nicolas Sarkozy « n'a pas joué de rôle particulier » dans le sauvetage provisoire de Petroplus à Petit-Couronne.

Sarko, menteur ?

Ecoutez et regardez, c'est ici, dans le JT de CANAL+ du 24 février, à la 14ème minute:


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251ème semaine de Sarkofrance: quand Sarkozy se prend pour la France

Après la « représidentialisation », le voici en cure d'authenticité populaire. Nicolas Sarkozy est en campagne, mais son narcissisme l'égare toujours. De déplacements en discours, il ne cesse de s'auto-identifier à la France, qu'il veut forte et travailleuse. Quand le président des Riches s'autoproclame candidat du Peuple, le dérapage n'est pas loin.

Il pensait que cette semaine serait décisive, quelques jours après son entrée officielle en campagne. Ce fut donc à nouveau l'overdose. Mais celle-ci est plus insoutenable qu'en 2007 ou au début du quinquennat car il y a peu d'idées et trop d'images.

 Des propositions modestes et contredites
Depuis des mois, Nicolas Sarkozy promettait à ses proches soutiens d'écraser ses opposants sous une avalanche de propositions fortes et inédites. Certains osèrent la fâcheuse comparaison avec la Blitzkrieg de l'armée allemande en 1940: courte mais puissante. En fait, nous réalisâmes que nous savions presque déjà tout, que le reste était bien flou ou bien faux.

Les « grandes » annonces étaient petites ou ridicules, connues et rabâchées. Après les référendums sur la formation des chômeurs et la justice applicable aux étrangers, Sarkozy promit de supprimer la prime pour l'emploi, et d'y préférer un allègement de charges sociales pour les salaires compris entre 1 et 1,2 ou 1,4 SMIC. Selon lui, 7 millions de salariés allaient toucher « un peu moins de 1.000 euros par an » en plus.

C'était faux et archi-faux. Le gain net serait de 3 à 30 euros par mois. Il déclara vouloir aussi imposer 7 heures de travail hebdomadaire aux bénéficiaires du RSA.

A Lille, jeudi soir, il revendiqua son triptyque baisse des charges sociales, extension de la formation professionnelle (pour les chômeurs) ou du travail forcé (pour les RSAistes), et suppression de certains « revenus extravagants ». Il voulait faire passer la pilule d'une réduction des prestations sociales, une proposition soigneusement cachée sous un double argument: il y a trop d'assistanat en France et Il faut réduire les cotisations salariales. Quelle tartufferie ! Le Président du chômage avait encore sévit.

Et encore une fois, nous nous posions la même question: mais pourquoi avoir attendu 60 jours avant le scrutin présidentiel pour agir ? Quels étaient donc ces fichus blocages qui l'avait empêché de supprimer les retraites chapeau et les parachutes dorés ? En 2010, respectivement 62% et 57% des entreprises du SBF120 recouraient à ces dispositifs.

L'augmentation de TVA sous prétexte social a été enfin adoptée par l'Assemblée nationale après le couac de la semaine précédente. Mais l'argumentaire sarkozyen - instaurer une TVA anti-délocalisations - a été démonté par l'INSEE. Dans une étude publiée mercredi, l'institution explique que (1) le coût du travail dans l'industrie est identique en France et en Allemagne (sic!), et (2) «  la baisse des charges patronales n’est pas déterminante pour faire baisser le coût du travail ».

Spectacle guignolesque
Puisque les annonces étaient modestes, ne restait que la vacuité des images.

Ses communicants avaient calé la mise en scène. Nicolas Sarkozy devait faire « authentique ».

Nous eûmes Sarkozy marchant sur le pont Mirabeau, mais déposé discrètement par une voiture au coin de la rue; Sarkozy qui « aime » le train, et monte dans celui qui le mène à Lille dans un wagon de seconde classe devant les caméras, mais va s'installer en 1ère classe avec Nathalie Kosciusko-Morizet et Rachida Dati (jeudi); Sarkozy qui mange avec des salariés d'Alstom à leur cantine (mardi) pour regretter le Fouquet's le lendemain à la TV; Sarkozy qui se laisse photographié par des passants près de son QG; Sarkozy dans son sobre bureau de la rue de la Convention, qui tranche tant avec ces clichés dorés du Palais. Sarkozy et sa playlist de chansons préférées sur Deezer; Sarkozy qui accepte l'accolade de bouchers à Rungis.

De ses discours, on ne retenait que l'incantation et l'invective. A Marseille (dimanche), en Charente (mardi) ou à Lille (jeudi), il répétait ses « aidez-moi, aidez la France ». Il critiquait moins les 60 propositions du candidat Hollande (les a-t-il d'ailleurs lues ?) que l'homme lui-même, qu'il accusa encore d'être menteur sur le plateau de France2, mercredi. Jeudi, dans le TGV le ramenant à Paris, il se moqua des socialistes qui « préféraient DSK à Hollande ». Petites phrases, quand tu nous tiens...

Plusieurs fois, il a expliqué que cette élection présidentielle était en fait la première du XXIème siècle. Le problème de Sarkozy est qu'il est en fait le dernier président du XXème

Tout cela sonnait faux ou creux, ou les deux.

Et les vrais sujets ?
Mercredi, le candidat s'est invité au journal de télévisé de France2. Il fut moins regardé que  Frédéric Nihous, le candidat de Chasse, Pêche et Tradition qui annonçait au même moment sur TF1 son retrait de la compétition au profit de Sarkozy. Ce dernier s'empêtra dans ces propositions du jour. Il ne fut pas avare de mensonges ou regrets de dernière minute: il mentit sur son vote de l'Acte Unique en 1986 (il n'était pas député!); il aimerait encadrer les hauts salaires « par la loi », supprimer les retraites chapeau et les parachutes dorés qu'il avait préservé depuis 2008 malgré la crise. Il regrettait le dîner du Fouquet's. Il bafouilla quand le journaliste lui demanda pourquoi on ne connaissait pas encore ses propositions.

Vendredi, le candidat revêtait son costume de président pour aller visiter la raffinerie de Petrolplus à Petit-Couronne. Il était souriant et sérieux. Il annonça le débloquage de 50 millions pour relancer la raffinerie, et la signature d'un contrat d'approvisionnement ... temporaire  avec Shell pour 6 mois. Finalement, Sarkozy était surtout le candidat du Travail Temporaire ! Cette visite, faussement présidentielle et vraiment électorale, fut éclipsée par la surprise du jour, François Hollande s'est rendu à Florange, dans l'établissement sidérurgique d'Arcelor-Mittal occupé depuis 5 jours par des salariés en colère. Mittal avait placé l'usine en chômage technique pour au moins 6 mois.

Cette mise en scène permanente ne faisait pas oublier les vrais sujets. En Syrie, les massacres de civils se poursuivent. La bien nommée communauté internationale est impuissante. A Bruxelles, la Commission européenne prévoit désormais une récession dans la zone euro pour 2012. Où sont les plans de relance ? La Grèce poursuit sa descente aux enfers. Elle s'est acquis un plan de prêts pour 130 milliards d'euros et l'abandon d'une centaine de milliards d'euros de créances, au prix d'une nouvelle cure d'austérité. A Paris, les députés socialistes ont refusé de voter le nouveau plan européen. Sarkozy comme Fillon les ont accusé de couardise (encore ?), alors que le piège était grossier: la loi instaurait un Mécanisme Européen de Stabilité mais aussi une prétendue règle d'or.

Overdose de spectacles, flou des propositions... cette campagne commence fort, et mal.

Ami sarkozyste, où es-tu ?


24 février 2012

Immigration: ce que Sarkozy ne vous a pas dit

François Mitterrand, en 1959, avait dénoncé le Coup d'Etat Permanent du général du Gaulle, à l'aube d'une Vème République dont il s'accommoda ensuite fort bien. Cinquante-trois ans plus tard, Nicolas Sarkozy nous propose un véritable coup d'Etat napoléonien pour assurer sa propre survie politique et caché la misère de son bilan. Il l'a dit sur TF1, le 15 février: « les corps intermédiaires font écran entre le peuple et le gouvernement ».

Il a soigneusement choisi les thèmes où le recours au référendum illustre à merveille sa démarche ... et cette nouvelle outrance.

Prenez l'immigration. C'est un sujet polémique, il a un bilan à cacher, et l'appel au peuple Avec ses idées de référendums sur l'immigration, le candidat prolonge le débat sur l'identité nationale organisé en 2009.

L'immigration est un objet de diversion électoraliste. C'est aussi l'une des obsessions intangibles des délires frontistes. L'immigré est le bouc-émissaire facile de nos malheurs.

Sur l'immigration, Nicolas Sarkozy a justement plein d'idées de référendum. Ce n'est pas innocent. En campagne, rien n'est gratuit.

Dans la fameuse interview du Figaro magazine qui lança son entrée en campagne, Nicolas Sarkozy avait proposé un référendum sur le droit des immigrés...
« Je pose la question de la juridiction compétente s'agissant du droit des étrangers. En ce domaine, la concurrence, et souvent la divergence, entre tribunaux administratifs et tribunaux judiciaires est source d'une grande confusion. Je pense que la juridiction administrative devrait être seule compétente en matière d'immigration. »
Quelques jours plus tard, à Annecy, il a récidivé: « Je voudrais que tout le monde soit bien conscient de l'enjeu que constitue la maîtrise des flux migratoires ». Pour qui se prenait-il ? Cela fait deux générations que le sujet est une diversion électoraliste facile et un sujet politique insoluble. Cela fait quasiment 10 ans qu'il est en charge du problème, du ministère de l'intérieur à l'Elysée. A Annecy, il a réitéré l'argument. Il voudrait simplifier la procédure d'expulsion: « Pour faire respecter le droit, un juge suffit. Or, il y en a deux actuellement qui se partagent les contentieux, le juge administratif qui est le juge de l'expulsion et le juge judiciaire qui est le juge de la rétention (...). Ce qui rend les choses très compliquées avec ces deux juges, c'est quand leurs décisions sont contradictoires. Je propose qu'à l'avenir il n'y ait plus qu'un seul juge et que ce soit le juge administratif».

Mais il considère que la voie parlementaire, pour modifier la Constitution, sera trop compliquée. Il a raison, le Sénat est passé à gauche en septembre dernier: « la seule voie possible sera celle d'un référendum » a-t-il donc logiquement conclu.

Le peuple contre les élus ? Quelle démarche ! L'homme n'a jamais aussi bien porté son surnom de petit Napoléon.

Masquer le bilan
Claude Guéant avait triché. Mais l'information, révélée par le Monde le 9 février, fut ignorée. En présentant son bilan de la politique migratoire en 2011, le sinistre ministre s'était félicité de sa maîtrise des flux migratoires en assénant toutes sortes de résultats qui semblaient si vrais.

Mais ils n'étaient pas complets. Le Monde avait débusqué l'imposture en lisant le rapport annuel du ministère de l'intérieur au Parlement sur les orientations de la politique d'immigration.

Claude Guéant a commenté l'année 2011 mais il n'a livré ses chiffres que pour 2010 à la représentation nationale. Le ministre avait besoin de publier ses statistiques avant l'échéance normale, pour de simples raisons électorales. Son mentor allait être candidat.Il fallait présenter les chiffres les plus favorables.

De 2007 à 2010, le bilan de Nicolas Sarkozy en matière de maîtrise des flux migratoires avait été mauvais, très mauvais. Et bizarrement, à quelques mois de l'élection présidentielle, le gouvernement s'est « réveillé ». La traque à l'immigré avait repris, grâce à une énième loi suite au discours de Grenoble.

1. En matière d'immigration de travail, Guéant annonçait une baisse de 26 % des entrées entre 2010 et 2011. Il ajoutait que le nombre total de premiers titres de séjour délivrés entre 2010 et 2011 avait aussi baissé de 3,6%. Le Monde précisait: « Or, à l'inverse, entre l'année 2009 et 2010, selon le rapport, ce nombre avait augmenté de 0,8 %, en passant de 198 070 à 199 715. Une tendance qui se vérifie sur le long terme : +7,4 % depuis 2007. »

2. Concernant l'immigration pour « liens personnels et familiaux » des extra-Européens, Guéant annonçait une baisse de 14 % entre 2010 et 2011, soit 12.600 titres accordés l'an dernier. En fait, depuis 2007, la baisse fut plus modeste, -6% en passant de 87.537 à 82.235.

3. Guéant croyait pouvoir se féliciter d'une réduction du nombre de naturalisations, à moins de 82.000 en 2011. Mais sur les 4 premières années du mandat, elles étaient passées de 101.084 en 2007 à 116.496 en 2010.

4. Les expulsions de clandestins ont progressé à 32.000 reconduites à la frontière l'an dernier. Mais, comble de l'hypocrisie, les services de Claude Guéant avaient omis de renseigner le nombre de régularisations pour 2010 ... Depuis 2007, elles ont oscillé entre 27.827 (2008) et 31.755 (2009).


Ami sarkozyste, te laisseras-tu encore berner ?






23 février 2012

Sarkozy embourbé sur France2

Il est en retard. Dans les sondages, les propositions et même la littérature. François Hollande vient de publier son ouvrage, 180 pages et 9 euros. Le Parisien confirma qu'il allait donc livrer le sien, 80 pages mais 5 euros.

Nicolas Sarkozy avait le sourire du type faussement serein et franchement inquiet.

Le soir, sur France 2, Nicolas Sarkozy s'est effondré, en direct et en public. Ses opposants, à distance, en furent troublés. Il n'est pas évident que l'impact sur la campagne soit si décisif. Mais sur le moment, ce fut terrifiant.

Il se redressera peut-être, avec le soutien de quelques médias. Mais pour celles et ceux qui l'avaient écouté sans se laisser influencer par des commentaires exogènes, le spectacle fut presque gênant.

Sarkozy s'était rôdé
Un peu plus tôt dans la journée, Il avait invité des députés de sa majorité minoritaire quelque part près de son QG. Il ne peut plus recevoir à l'Elysée, pour ses réunions électorales, comme il le fait depuis 2009. Cela serait trop voyant.

Devant ces quelques dizaines de députés dépités, il chercha les mots justes. Il se renia un peu (le cumul des mandats ? « A un moment donné, on ne pourra pas continuer d'avoir des ministres en charge d'autres responsabilité »). Il testa son nouveau story-telling contre François Hollande: « Pour eux, la haine d'un candidat vaut plus qu'un idéal européen ». Il essaya aussi son argumentaire de propositions: sans programme, il lui restait son « tempérament ».

Il a rôdé son idée, imprécise et confuse, de référendum sur le chômage: « Quand quelqu'un est au chômage, il faut lui proposer un choix de formation qualifiante qu'il ne pourra pas refuser. Je ne serai pas le candidat qui dira : vous ne serez plus indemnisés. On va négocier avec les syndicats. S'il y a blocage, les Français trancheront. »

Mais Sarkozy s'embourbe
Vers 20h15, le président-candidat tenta le sourire, dans son costume noir, avec sa cravate noire. Il était sur France 2, en fin de journal télévisé. Il regardait souvent vers le sol, fuyant son interlocuteur. Le climat semblait tendu. Le journaliste David Pujadas attaqua rapidement sur le climat de la campagne, les insultes et invectives conter François Hollande: « je ne sais pas de quoi vous parlez » répliqua le candidat sortant. « François Hollande ne cesse de changer d'avis ». deux minutes plus tard, il s'excusait de changer lui-même d'avis. Et il nous rappela combien avait été critiqué. On avait presque une larme de crocodile à l'oeil. « Si on ne veut pas être critiqué, il ne faut pas être candidat ». Sarkozy répétait ses propos du matin.

Le journaliste de France2 s'inquiéta ensuite des propositions du Président sortant: « On a peu entendu vos propositions ». Sarkozy manqua de s'étrangler. Il rappela ses deux idées de référendums...  Mais il avait déjà fait des propositions, le candidat des riches! Prenez le référendum... Pujadas insista, Sarkozy n'aimait pas le référendum auparavant. Mais non, ce n'était pas vrai, répliqua le Monarque. Il avait organisé deux référendums depuis 2007, sur l'autonomie de la Martique puis de la Réunion. Mais ce n'était pas des référendums nationaux, rappela le journaliste. Nicolas Sarkozy le fusilla du regard. Triste sire... Il dut se rabattre sur son ancienne famille, celle qu'il avait trahit en 1995: « je suis gaulliste; chez les gaullistes, on aime les référendums » nous déclara-t-il en substance. Quelle preuve ! Acculé, il fut contraint à l'aveu: « Ce n'est pas un drame de changer d'avis ». Comme François Hollande ?

Des regrets ?
Le candidat sortant avait beaucoup de regrets à partager, ou pas. Son dîner au Fouquet's ? « Si c'était à refaire, je ne referais... ne reviendrais pas dans ce restaurant puisque que ça a été vraiment le feuilleton. (...) J'aurai l'occasion d'en parler aux Français, mais franchement, si après trois années de crise, cinq années de mandat, c'est la plus grave erreur qu'il faut que je confesse...» Il évoquait son livre-confession, un grand moment de littérature, corrigé par Emmanuelle Mignon, son ancienne tête pensante revenu en urgence il y a quelques jours pour aider la campagne du Monarque.

Nicolas Sarkozy n'a pas la confession facile. Pour s'excuser du Fouquet's, il tacla ses prédécesseurs, Mitterrand, Giscard comme Chirac. « Quand je revois ce qui s'est passé dans la Ve République, les scandales retentissants du Rainbow Warrior, les visites de chefs d'Etat français à des dictateurs ou de réception du général Jaruzelski.. Mais enfin, je dois assumer ma part de responsabilité ». On aurait oublié la Françafrique, le colonel Kadhafi ou le boucher Bachar El Assad sur le perron de l'Elysée.

Evidemment, il a changé. Encore. « On n'a pas tout réussi. (...) Je me suis engagé dans mes fonctions à un point que vous n'imaginez pas. J'ai appris ma fonction de président.»Il aimerait une confirmation. La période d'essai, version Sarkozy, dure 5 ans. Rien que ça. « Forcément, si les Français me font confiance, le second quinquennat sera différent du premier. (...) On apprend soi-même. Le contexte n'a rien à voir.»

Ah... le contexte... ça excuse tous les revirements, n'est-ce pas ?

Le faux naïf
Ce mercredi soir, Nicolas Sarkozy avait visiblement « changé ». L'homme est visiblement instable. Il était à nouveau presque gauchiste. On avait retrouvé le Sarkozy de novembre 2008.

1. Il fut cinglant avec les rémunérations des plus hauts dirigeants qui « devront être votées par l'AG des actionnaires ». Fichtre ! Quelle révélation.

2. Il avait aussi découvert que les revenus financiers sont moins taxés que les revenus du travail. On souriait.

3. Il s'aperçut enfin que « les retraites chapeau, c'est pas pour tout le monde.» Et désormais, promis, juré, craché, il a décidé de les interdire par la loi. La promesse était de ... 2007.

Où était le programme ?
Nicolas Sarkozy avait deux annonces pour ce soir. On eut quelque peine, comme David Pujudas, à comprendre le sens ou la nouveauté. « Je propose » répéta le candidat sortant plusieurs fois.

La première idée fut curieuse. Il annonça vouloir supprimer la prime pour l'emploi pour la remplacer par des allègements de charges sociales. D'après le candidat des Riches, les bénéficiaires de la mesure, mal évalués, pourraient toucher « un peu moins de 1000 euros par an ». On n'avait pas compris si ceux qui perdraient la prime pour l'emploi, quelque 7 millions de personnes, gagneraient tous autant. Sarkozy était confus. Il faudra éclaircir. 

La seconde proposition était obsolète: « Je propose qu'on généralise l'obligation de 7h de travail par semaine pour les bénéficiaires du RSA qui ne travaillent pas ». Il y a 10 mois déjà, son ministre de l'Europe passé à l'enseignement supérieur, le dénommé Laurent Wauquiez, avait proposé d'imposer du travail obligatoire aux bénéficiaires du RSA. La démarche était crétine - la France manque de travail - ou démagogique - Wauquiez voulait surtout stigmatiser ces « sales pauvres qui profitent du système ». Il fallut rappeler que le RSA « ramenait 460 euros par mois... quel abus !

Finalement, nous avions compris: Nicolas Sarkozy voulait nous occuper en proposant des mesures incompréhensibles, histoire de nous occuper.

Nous eûmes peur.

Cette campagne sarkozyste allait être très lassante.

En début de journée, on avait appris que François Hollande, comme François Bayrou, ne payaient plus l'ISF... grâce à Nicolas Sarkozy. La nouvelle était désagréablement symbolique pour le président-candidat.

Mais si cruelle.




22 février 2012

Sarkozy: la surdose d'images et de mise en scène.

Il paraît qu'il a une machine de guerre. Elle est grippée. Nicolas Sarkozy s'est pourtant largement déployé mardi 21 février: visite surprise à Rungis pour tacler Le Pen, petit-déjeuner à l'Elysée pour rassurer, un déplacement dans un usine puis dans un village dévastée par la tempête.

Bref, ce mardi, le Monarque voulait occuper le terrain.

Il nous avait promis une « Blitzkrieg », une curieuse expression propagée par ses communicants.

Depuis jeudi dernier, la mayonnaise sarkozyenne ne prenait pas.

Cela sonnait faux, parfois stupide, souvent improbable.

Derrière Le Pen
La polémique a bien pris, et le projet est enterré. Jean-Louis Borloo ne pourra pas prendre la place d'Antoine Frérot à la tête de Véolia. Mais Nicolas Sarkozy était passé à autre chose. Il s'est presque moqué de l'affaire, agacé: « j'apprends que Borloo est au cœur de la Sarkozie, qu'il est mon ami intime. C'est la bonne nouvelle du jour! » (dixit Nathalie Schuck du Parisien)

Ce fut une surprise. Il s'est pointé vers 4 heures du matin à Rungis. Le déplacement n'avait pas été annoncé au programme officiel, mais le Président des Riches avait embarqué une flopée de journalistes avec lui. Il tenait à développer son image de candidat du peuple: « j'adore cet endroit. Ici, on fait un carton! ». Les récents sondages sont toujours mauvais, malgré sa « Blitzkrieg » depuis mercredi dernier. L'électorat était volatile, surtout chez Sarkozy.

Il y avait surtout urgence. Marine Le Pen avait lancé un improbable polémique sur la viande halal en Ile-de-France. Et le candidat des Riches est très attentif à chiper ce qu'il peut de l'électorat frontiste.


En mai 2008 déjà, il s'était livré à l'exercice, à Rungis. A l'époque, Carla Bruni-Sarkozy l'avait accompagné. Cette fois-ci, elle est restée dormir. «Carla voulait venir mais avec la petite, ce n'était pas possible» a confié son « mari ». A Rungis, le plus grand marché de produits frais d'Europe, le président-candidat a serré beaucoup de mains, bu un café noir, rencontre
é quelques bouchers pour mieux fustiger la récente outrance de Marine Le Pen: «La polémique n'a pas lieu d'être. On consomme chaque année en Ile-de-France 200 000 tonnes de viande et il y a 2,5% de viande casher et halal ». Un employé, interrogé par BFM-TV, commenta sobrement: « Faudra qu'il nous propose du nouveau vraiment nouveau ».

Le « QG de démonstration »
Quelques heures plus tard, il n'était déjà plus à son « QG de démonstration » de la rue de la Convention, mais à l'Elysée, pour son traditionnel petit-déjeuner des responsables de la « majorité ».

Il voulait rassurer sur ses déclarations du weekend. A Marseille, il avait pourtant confié qu'il envisageait une part de proportionnelle dans le scrutin législatif « de l'ordre de 10%»... Quel revirement !

A l'UMP, les députés n'aiment pas trop la perspective d'une introduction d'une dose de proportionnelle dans les les prochaines élections. On est aussi un peu tendu, l'entrée en campagne n'a eut quasiment aucun effet sur les sondages de premier et de second tour : « Quand j'ai parlé de cela, ce n'était pas pour les élections à venir. Ceux qui évoquent l'hypothèse d'un changement pour les prochaines élections ne sont pas autorisés à le faire, c'est une stupidité ».

Sarkothon en Charente
Ensuite, il a pris le TGV pour la Charente-maritime. Il redécouvre le train. Cela fait plus « peuple » que le jet privé, comme la semaine dernière à Annecy. En Charente, il voulait faire d'une pierre deux coups. Rencontrer la « France des usines » et les malheureux de Xynthia.

Sur place, il eut donc un mot, à distance, l'air grave et sérieux, pour les employés d'Arcelor-Mittal à Florange: «Je ne veux pas que Florange meure. Bien sûr il y a la crise, moins de demande d'acier, mais on fera tout pour que Florange rouvre ». A 60 jours du scrutin, Nicolas Sarkozy fera tout pour être réélu. On aurait adoré l'entendre faire la même déclaration devant ce délégué CGT de Florange qui, les larmes aux yeux, criait aux caméras: « on a la rage ! »

A Florange, une grosse centaine de salariés d'une intersyndicale CFDT, CGT, FO et CFE-CGC avaient décidé de devenir le «cauchemar» du candidat Sarkozy. Depuis lundi, ils occupaient les bureaux de la direction de l'usine d'Arcelormittal. Le groupe indien avait fermé « temporairement » l'établissement.

La déclaration du Monarque n'avait séduit personne. Les réactions ont fusé: « Mais qu'est-ce qu'il croit Sarko? Que Florange se rallume comme un four de pizza? » ou encore: « Nous, ce qu'on lui demande, ce n'est pas qu'il parle avec les dirigeants d'ArcelorMittal, mais qu'il téléphone directement à Lakshmi Mittal pour qu'il arrête de détruire notre outil de travail ».

Depuis 2007, la France a perdu 900 usines et à nouveau 100.000 emplois industriels.

Sarkozy a bien rencontré des ouvriers, mais pas ceux de Florange. Il avait préféré Alstom à Aytré. Une trouille de dernière minute, sans doute. Il a quand même déjeuné à la cantine de l'entreprise avec les salariés de l'entreprise. Il eut quelques phrases bizarres, debout sur une estrade, à propos de la prise de participation de l'Etat dans Alstom: « Preuve que ça va mieux, l’Etat a pu revendre les actions en faisant des bénéfices ». 


Mais il n'eut pas un mot pour commenter les 4 millions d'euros de stock-options du PDG de l'entreprise.

Candidat fictif ?
Depuis jeudi dernier, le Monarque joue au candidat du peuple. Ses communicants avaient rodé la scénographie. Sarkozy accepte des caméras plus proches, il marche même dans la rue (dans le XVème arrondissement, n'exagérons rien), il sourit aux passants, il donne de l'accolade. Ses photographes officiels nous donnent des clichés de sa vie quasi-quotidienne: « Sarkozy au travail », « Sarkozy à la cantine », « Sarkozy dans la rue », etc. De temps à autre, à la télévision, on apercevait l'habituelle cohorte des inévitables gardes du corps planqués aux alentours.

Cette mise en scène était ridicule. On savait bien que les exigences de protection d'un président l'empêchaient à cette proximité. Pourquoi se forcer à une telle mascarade ? Faut-il prendre l'électrice et l'électeur pour des abrutis ?

Mercredi soir, Nicolas Sarkozy sera sur France 2. David Pujadas s'est personnellement rendu au QG de démonstration. Allait-il chercher les questions ou les réponses ? On espère que le candidat sortant exposera son programme.

Il serait temps.

Il ne reste que 60 jours.



21 février 2012

Véolia, Twitter: comment Sarkozy rate son entrée en campagne.

Faut-il qu'il soit mauvais pour agir ainsi !

Dimanche, on apprenait qu'un complot se préparait au conseil d'administration de Véolia. Ces pratiques sont parfois courantes dans les coulisses des grands groupes. Mais la surprise vint du nom de l'un des protagonistes: Jean-Louis Borloo, qui hésite encore à dévoiler son soutien au candidat sortant, était pressenti pour prendre la tête de Véolia grâce à l'entregent d'un proche du Monarque.

A quelques jours du scrutin présidentiel, voici Nicolas Sarkozy à nouveau pris les doigts dans le pot de confiture du conflit d'intérêts.

Autre affaire, plus stupide encore: l'équipe Web de Sarkozy n'a rien trouvé de mieux à faire que de faire censurer divers comptes Twitter d'opposition.

Quelle drôle d'idée !

Président ... de Véolia ?
Début janvier, Nicolas Sarkozy s'était brutalement souvenu que nommer des proches à la veille d'un scrutin présidentiel faisait tâche. Depuis 2002 au ministère de l'intérieur, puis 2007 à l'Elysée, Sarkozy avait eu le temps et l'agilité pour placer ou soutenir un nombre incroyable de proches au coeur de l'appareil d'Etat.

Le 10 janvier dernier, lors de ses voeux aux parlementaires, le Monarque promit donc un « gel » des nominations à la tête des établissements publics jusqu'à l'élection. « Les trois derniers mois ne sont pas propices à des nominations, quel que soit par ailleurs ce que sera le jugement des Français ». On avait adoré l'expression. Sur la période récente, on ne comptait plus les pantouflages publics ou privés. Pour Xavier Musca, son secrétaire général, l'annonce tombait mal. On murmurait qu'il aurait du remplacer le président de la Caisse des Dépôts et Consignations, dont le mandat arrivait prochainement à échéance. L'établissement public restera donc sans président jusqu'à l'été.

Lundi, le scandale « Borloo à Veolia » avait pris de l'ampleur. Les révélations du quotidien Les Echos, que l'on ne soupçonnera pas d'antisarkozysme primaire, et de Libération, avaient profondément énervé dans l'équipe Sarkozy.

Jean-Louis Borloo a d'abord confirmé, lundi matin, être chassé par deux groupes industriels qui ne sont pas Véolia; et avoir eu des contacts avec des administrateurs de Véolia. Puis, un peu plus tard dans la journée, il change de version, et dément avoir d'autres envies que politiques. Et la directrice de communication du candidat sortant, Nathalie Kosciusko-Morizet a eu la défense très maladroite. Elle a confirmé que Nicolas Sarkozy et Henri Proglio n'avaient pas discuté devant elle de la nomination de Borloo à la tête de Véolia... « J'étais dans l'avion, il n'y a pas eu d'aparté et il n'y a pas eu de discussion sur ce sujet. Donc, ça, c'est faux ». Quelle défense ! On se souvient combien Borloo et elle étaient en froid...

Cédric Pietralunga, pour le Monde, décrypté le putsch d'Henri Proglio à Véolia. Ce dernier est resté administrateur de l'entreprise dont il a quitté la présidence quand Nicolas Sarkozy le nomma à la tête d'EDF. A l'époque, il avait voulu cumuler les deux casquettes (et les deux rémunérations) mais la chose fit scandale et il dut y renoncer.

Ces derniers jours, Henri Proglio s'est donc démené pour assurer la destitution de l'actuel PDG, Antoine Frérôt. Les Echos affirment que « Jean-Louis Borloo a rencontré trois administrateurs de Veolia la semaine dernière ». Le Monde cite une source « proche de l'affaire » mais anonyme: « L'unique objectif de Proglio est d'installer Jean-Louis Borloo à la tête de Veolia ».

#sarkocensure
Autre placement, autre piston, sans grand impact sur la campagne ni les foules. Christine Boutin a été reçu lundi matin par Nicolas Sarkozy à son siège de campagne. Elle était heureuse. Le candidat sortant lui a promis un nouveau strapontin, un « poste d'influence» dans l'équipe « rapprochée » du candidat. On était rassuré pour elle. La présidente du Parti Chrétien-Démocrate ne précisa pas si le poste était rémunéré.

Sur le Net, les équipes de #NS2012 semblent aussi commettre bourdes sur bourdes. Le scandale des comptes Twitter censurés depuis jeudi a pris de l'ampleur: ce ne sont pas seulement des comptes d'imposteurs, mais aussi des comptes parodiques ou critiques qui ont été automatiquement censurés à la demande de l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy. Nicolas Princen, le conseiller élyséen pour le Net, avait confirmé sur iTélé la suppression des comptes qui portaient à confusion.

Qui a bien pu penser que cette censure serait-il ? Connaissant la réactivité des réseaux sociaux, il n'y avait pas meilleur moyen de saborder l'entrée en campagne du candidat sortant sur le Web !

Reposons la question qui nous taraude depuis quelques semaines:  qui Sarkozy devrait-il virer de son équipe de campagne ?

Et les autres ?
Il y avait d'autres développements, plus judiciaires ceux-là, qui affectaient le président sortant.

La semaine dernière, le parquet général de Paris avait requis l'annulation de la mise en examen du procureur de Nanterre Philippe Courroye. Ce dernier est poursuivi pouravoir demandé l'accès aux factures détaillées des téléphones de deux journalistes du Monde en 2010. Le procureur avait dénoncé un acharnement et des mensonges.

Le patron de l'IGS a contredit les propos du procureur Philippe Courroye. Interrogé jeudi 16 février, comme témoin assisté, Claude Bard a ainsi confirmé aux deux juges qui instruisent l'affaire des fadettes, que « le parquet de Nanterre aurait bien demandé le contenu des SMS échangés entre Jacques Follorou, un journaliste du quotidien, et Isabelle Prévost-Desprez, la présidente de la 15ème chambre, chargée d'un supplément d'information dans l'affaire Bettencourt et dont l'inimitié avec le procureur est de notoriété publique.»

Bard a même précisé, avec moultes détails, les différentes requêtes de Philippe Courroye. Le coup est dur. La thèse de l'espionnage illégal sort renforcée de ce nouvel épisode.



Couacs, bourdes et scandales... lundi soir, la question se posait: Nicolas Sarkozy a-t-il raté son entrée en campagne ? Un premier sondage semblait le confirmer, tout comme l'analyse bien refroidie de quelques éditorialistes classés à droite.

Ami sarkozyste, ne pars pas.



20 février 2012

Sarkozy: le grand cirque du candidat du peuple du Fouquet's

La mise en scène d'une fausse entrée en campagne n'était pas terminée. Ce weekend, nous eûmes l'inauguration du faux siège de campagne, puis un meeting que l'on avait prédit énorme.

On retint que Nicolas Sarkozy devenu candidat était encore plus lassant. On connaissait déjà ses discours, ses attaques, ses répliques. C'était normal. cela faisait déjà bientôt deux ans qu'il faisait campagne dans son costume de président.

Les arguments n'avaient pas changé, sauf l'agressivité désormais explicite, si explicite.

Sarkoshow
Samedi, il serait venu « à pied » de son domicile, la maison de Carla Bruni-Sarkozy, à son nouveau siège de campagne. On l'a vu marcher sur le pont Mirabeau. L'argument de campagne était absurde. Carla Bruni habite Villa Montmorency, dans le XVIème arrondissement de Paris. C'est près de la porte d'Auteuil. Le quartier est fermé par une barrière avec vigiles. Les voisins de la dame sont tous des ultra-riches. Pour rejoindre le 18 rue de la Convention, Nicolas Sarkozy avait 2,6 kilomètres à parcourir. Il était évident qu'il était venu en voiture présidentielle qui l'avait déposé à l'écart des journalistes pour lui laisser la possibilité de se faire photographier marchant sur le pont Mirabeau.

Dimanche, on découvrait la musique de campagne de Nicolas Sarkozy, un truc dramatique, idéal pour un film de guerre de série B. Il avait pris un compositeur de musique de séries TV. La musique avait été enregistrée ... en Bulgarie. Qui parlait de produire Français ?

Son siège de campagne fut photographié dans tous les sens. Le Parisien avait obtenu une exclusivité. On y voyait des meubles « sobres » et design dignes du Conrad Shop, une boîte à cigares Bugatti, des livres d'art, des gros posters à la gloire du Monarque. Le lieu était plus petit que le QG de François Hollande.

Le vrai QG de campagne était à l'Elysée.

Le XVème arrondissement, nous expliqua Franck Louvrier, était un quartier de « classes moyennes ». On s'était pincé pour ne pas rire. Comme le rappelait mon confrère Erwan Gaucher, « la fameuse classe moyenne de Nicolas Sarkozy gagne moins de 3 200€ par mois, mais réussit l'exploit de vivre dans le 15ème ».

Depuis jeudi, quatre comptes twitter parodiques et anti-sarkozystes furent éliminés, effacés, effacés. Une curieuse censure très gouvernementale.

Dimanche, Claude Allègre, l'ancien ministre socialiste rallié à Nicolas Sarkozy en 2007, annonça son énième ralliement à Nicolas Sarkozy. Quelle surprise !

Sarkothon
Dimanche en début d'après-midi, le candidat sortant était en meeting « provincial » à Marseille. Il y avait 10.000 participants dans le hall 1 du Parc Chanot. Il fallait une invitation officielle pour y entrer. Le meeting jouxtait le Salon de l'érotisme. Jean-Claude Gaudin, le maire du coin, introduisit l'intervention.
« Mes chers amis, aujourd'hui je suis venu vous parler de la France. On ne parle pas assez de la France. Comme si c'était démodé de parler de la France. »
Son début de discours ressemblait à celui de janvier 2007. «Je suis venu parler de la France. Jeune, j'ai aimé la France sans le savoir, beaucoup dans ma famille venaient de loin. J'ai aimé le ciel, le son des mots, des chansons, des musiques, des livres, des villes, une façon tellement française de planter les arbres au bord des routes». Cela sonnait faux. Depuis 2007, il y a eu 5 ans de traque aux sans-papiers jusque dans les écoles, un débat sur l'identité nationale, une France conspuée à l'ONU et au Conseil de l'Europe après la chasse aux Roms en août 2010, l'indignation de l'Eglise.

Il semblait déjà mauvais perdant. Dans une curieuse diatribe, il a mélangé ses échecs (la progression du chômage, de l'endettement, etc) avec ses propres décisions. « En France, c'est vrai, il y a plus de chômeurs; c'est vrai, on ne peut plus prendre sa retraite à 60 ans; c'est vrai, il va falloir travailler plus longtemps. Mais ces décisions, je les assume ! »

A Marseille, le candidat sortant continuait surtout dans l'agressivité pour une campagne qu'il avait pourtant promis « heureuse ». Il reprit l'invective, testée grandeur nature à Annecy.Il qualifia ainsi François Hollande de malhonnête («Où est la vérité quand on dit tout et son contraire, quand on fait semblant d'être Thatcher à Londres, et Mitterrand à Paris») et de menteur voire de lâche. En coulisses, Copé précisa à un journaliste: « Le courage, voilà un mot que vous n'entendrez jamais à propos de François Hollande ». Quelle hauteur !

De son propre bilan, Sarkozy a voulu retenir sa prétendue résistance dans la crise, oubliant qu'il n'y était pour pas grand chose. « La vérité, c’est que la France n’a pas été emportée. L’État n’a pas fait faillite. Les salaires et les pensions n’ont pas baissé.» La vérité ? Il lui manquait quelques statistiques.

Il crut bon d'expliquer son slogan de campagne, si ridiculisé depuis mercredi dernier. «  Une France faible ne peut protéger les Français » Sans rire ? « Durant les périodes les plus noires, le malheur est venu de ce que la France n'avait pas été assez forte ». Sarkozy se voulait de Gaulle... Toujours sans rire. La crise financière puis économique était comme l'invasion nazie en 1940. «Sur la crise depuis 2008, la France a résisté, la France a tenu, les Français ont fait face. Nous avons échappé à une catastrophe».

Il n'y avait rien de nouveau, aucune surprise. Ses arguments avaient été sans cesse rabâchés depuis déjà deux ans, et pourtant, Nicolas Sarkozy lisait son texte. On s'ennuyait.

« Travailler davantage, c'est la seule façon de préserver notre niveau de vie ». C'était l'homme aux 5 millions de chômeurs qui disait cela.

Seule proposition de la journée, l'introduction à la marge d'une dose de proportionnelle...
« Je suis attaché, cher Jean-François, au scrutin uninominal à deux tours (...). Mais il me semble qu'on pourrait corriger à la marge ce mode de scrutin, pour que tous les grands courants puissent être représentés». Une promesse qu'il avait déjà faite ... en 2007: « Je m’engage, si je suis élu, à réunir toutes les forces politiques et à discuter avec elles de la possibilité d’introduire un peu de proportionnelle au Sénat ou à l’Assemblée Nationale sans créer le risque d’une instabilité qui serait désastreuse.» avait-il déclaré... le 29 avril 2007. François Bayrou, à qui s'adressait le clin d'oeil proportionnel, ne fut pas dupe.

« La France a besoin de vous » a-t-il lancé. C'était lui, surtout lui, qui avait besoin de la France. Le président sortant appelait à l'aide.  «Je voudrais vous dire simplement mes chers amis que la France a besoin de vous. Ce pays c'est le nôtre, ce pays nous l'aimons, ce pays c'est nous tous. Je vous demande une chose, ici à Marseille: aidez-moi! Aidez-moi à réussir pour la France! Aidez-moi à rassembler le peuple de France!». Sarkozy, sur ce coup, s'inspirait de de Gaulle, encore une fois, comme le remarqua Guy Birenbaum. Le 22 avril 1961, le général sortait déjà le même argument, mais contre les putchistes d'Alger: « Françaises, Français, voyez où risque d’aller la France, par rapport à ce qu’elle était en train de redevenir. Françaises, Français ! Aidez-moi ! » Il s'adressait à la télévision, après une tentative de coup d'Etat.

Nicolas Sarkozy se croyait-il menacé d'un putsch ? Avait-il confondu l'élection présidentielle avec un coup d'Etat ?

Au bout de  45 minutes, c'était fini. C'était tout. Nicolas Sarkozy semblait fatigué.

« C'était très émouvant, c'était merveilleux » a conclu Carla Bruni-Sarkozy.

Merveilleux.


En fin de journée, dimanche soir, on apprenait l'existence d'un accord entre Henri Proglio, le patron d'EDF et ancien président de Véolia, et Nicolas Sarkozy. Antoine Frérot, le PDG de Veolia, allait être débarqué de Véolia, et remplacé par Jean-Louis Borloo. En contrepartie, Nicolas Sarkozy s'attendait à un soutien public de son ancien ministre.

Rien que ça.

La République irréprochable en action....

Merveilleux.


19 février 2012

Sarkozy: cette réalité économique que le candidat sortant ne veut pas voir

Quand il s'exprima sur TF1 mercredi dernier, Nicolas Sarkozy n'eut qu'un commentaire sur la situation économique du pays qu'il lèguera à son successeur s'il n'est pas réélu: la croissance est revenue.

C'était un peu court. On savait que le bilan était bien plus terrible que cela.

A TF1, Laurence Ferrari avait pourtant un prétexte tout trouvé pour l'interroger sur son bilan: la Cour des Comptes présidée par Didier Migaud venait de publier son rapport sur l'année 2011, dernier bilan de la dernière année de Sarkofrance.

Le rapport était attendu, ou craint. Ou les deux. Ce fut un avis de décès politique. Le Monarque avait beau s'agiter avec des propositions de référendums improbables, le bilan était intraitable.

Incapable de gouverner

1. La Cour a rappelé combien la situation économique s'était dégradée en 2011: « les perspectives de croissance se sont nettement dégradées ; de fortes tensions sont apparues sur le marché des titres publics de la zone euro ; de nouvelles mesures de redressement des comptes publics ont été décidées par le Gouvernement. » Qui nous assurait, il y a quelques mois encore, que nous étions sortis de la crise ? En début d'année, le story-telling avait dû s'adapter, et reconnaître la dégradation. A l'Elysée, on pilote à vue, on reste incapable de gouverner.

2. Le candidat sortant voudrait l'oublier, la situation des comptes publics est sacrément grave: « Les dépenses publiques représentant 56,3 % du PIB, un déficit public de 5,7 % du PIB signifie qu’environ 10 % des dépenses des administrations publiques, soit l’équivalent de plus d’un mois de dépenses, sont financées par l’emprunt.»

3. Président, Sarkozy fut incapable de rigueur. La Cour le rappelle: 40% des 19 milliards d'euros de hausse d'impôt en 2011 correspondent en fait à la fin du plan de relance (pour 3,6 milliards d'euros) et à « la disparition du surcoût ponctuel, en 2010, de la réforme de la taxe professionnelle » (3,9 milliards d'euros). Si l'on retranche d'autres évènements ponctuels (comme « l’arrêt du plan de relance et des livraisons exceptionnelles de matériel militaire de 2010 »), la progression des dépenses publiques sous-jacente « serait donc de 1,4 % en 2011 en volume. »

4. Au passage, Sarkozy ment sur un autre point: la France n'a pas mieux résisté que ses voisins... La Cour a défoncé l'argument sarkozyen: « Même si le déficit public est ramené à 5,7 % du PIB en 2011, il restera nettement supérieur à la moyenne de la zone euro (3,7 % du PIB hors France selon les dernières prévisions de la Commission européenne) et de l’Union européenne (4,5 % du PIB hors France). »

5. Pour 2012, la Cour des Comptes a aussi critiqué la prévision de croissance « spontanée » des recettes publiques. Elle rappelle que le ralentissement des dépenses « n'est pas acquis ». Bref, pour 2012, le projet de budget et de redressement budgétaire est loin d'être fiable, Sarkozy et consorts ont raconté... des bobards: « La réduction du déficit public de 5,7 % du PIB en 2011 à 4,5 % en 2012 repose sur une hypothèse de croissance de l’activité très favorable et un objectif de maîtrise des dépenses qui n’est pas acquis. »

6. Pour 2013, la Cour s'inquiétait, et elle avait raison. Même Moody's s'en inquiète: « l’objectif de ramener en 2013 le déficit à 3,0 % du PIB est encore plus difficile à atteindre car la programmation repose sur un cumul d’hypothèses favorables. »

Dangereux en gouvernant ?
Ce n'était pas tout. La Cour des Comptes avait aussi démonté quelques curiosité sarkozyennes. Nous avions déjà rendu compte de son analyse de la réforme de ma masterisation, un échec en bonne et due forme. Mais ce n'était pas tout.

1. La lutte contre la fraude fiscale était pourtant une (fausse) grande obsession d'Eric Woerth alors ministre du Budget. Ce dernier vient d'être doublement mis en examen dans l'affaire éponyme. La Cour des Compte s'est attardée sur Tracfin. La Cour s'est justement attaquée à la faiblesse des moyens (« compte tenu de la forte croissance des déclarations de soupçon reçues » - 110.000 pour la seule année 2009 !), ou au manque de suivi des poursuites pénales. Le contrôle fiscal a eut droit à sa critique: « le système de contrôle fiscal peine à s’adapter aux nouvelles formes de la fraude, qui s’est dématérialisée, internationalisée, accélérée et complexifiée ». La Cour critique une organisation qui est restée « dans les grandes lignes celle des années 1980. »

2. L'agriculture était un grand sujet de préoccupation de Nicolas Sarkozy depuis 2009. La Cour concède 25 pages au secteur. Les Sages s'indignent de la persistance d'une curieuse pratique, l'octroi de subventions agricoles trop tard et sans contrôle. « Ces aides constituent, de façon plus générale, une réponse qui n’est satisfaisante ni pour les agriculteurs qui préfèrent vivre du revenu de    leur    exploitation    que    des    aides    publiques,    ni    pour    l’ Etat    qui, paradoxalement, décourage les nécessaires évolutions structurelles, en intervenant de manière asymétrique lors des crises, tout en ignorant les périodes d’embellies économiques.» La Cour pointe notamment sur «  le recours immédiat à la solidarité nationale » sans prévision ni anticipation. En d'autres termes, Nicolas Sarkozy, qui a beaucoup visité d'exploitations agricoles depuis 2 ans pour se réconcilier avec le milieu, n'a rien changé.

3. La défense des victimes a été une cible de choix dans l'argumentaire sarkozyen post-2007. Cinq ans plus tard, le ministère de la Justice délègue toujours trop, et avec trop peu de moyens. La Cour constate aussi que : « Le dispositif d’indemnisation, malgré d’importants progrès, reste complexe et inégalitaire.»

4. La Cour des Comptes s'est aussi interrogée sur la « sensible réduction » de l'effort budgétaire en faveur du logement social. Le sujet n'est pas politiquement correct en Sarkofrance. Le candidat Sarkozy répète qu'il a mieux fait que Lionel Jospin en créant 200.000 logements sociaux... Rooooo. Le pays compte « 4,5 millions de logements locatifs sociaux soumis à un loyer réglementé et ouverts aux ménages selon leurs ressources, soit 16 % des 28 millions de résidences principales. » En 2009, la Cour avait pointé que « 75 % des logements sociaux étaient construits là où n’existaient pas de besoins manifestes.» En 2012, le nouveau zonage est toujours « inadapté pour définir précisément les besoins en logements sociaux.» Au passage, elle fustige les niches fiscales immobilières qui «  renforcent la tension sur le foncier et rendent ainsi la construction de logements sociaux plus difficile et, à tout le moins, plus coûteuse. » Nicolas Sarkozy a mis 5 ans à comprendre que la défiscalisation des intérêts d'emprunts immobiliers étaient une bêtise.


La liste était encore longue.

Mais il faut en garder.

Nicolas Sarkozy n'a avoué être sa candidature qu'il y a quelques jours.


18 février 2012

250ème semaine de Sarkofrance: le coming out raté du candidat Sarkozy

On ne l'attendait plus. Mais c'est fait. Le 15 février, Nicolas Sarkozy a avoué qu'il était candidat. La surprise n'était pas là.

Nous fêtions la 250ème semaine de Sarkofrance.


La curiosité était grande. On voulait voir comment l'homme qui faisait campagne sans le dire mais prétextait de graves urgences pour rester président allait nous expliquer sa volte-face.

Impatient
Dix jours auparavant, devant 16,5 millions de Français à la télévision, il n'était pourtant pas si pressé. Le suspense était immense. Il fut entretenu avec une attention ridicule qui n'empêcha pas les couacs.

Le slogan du candidat des Riches, « la France forte », était finalement celui de l'ancêtre Giscard d'Estaing, lors de sa vaine campagne de réélection en 1981... Quelle mauvaise référence ! Le slogan « prend l'eau », commenta l'Express au bout de deux jours. Le site internet, très classique et peu interactif, affichaient des videos polluées par des publicités (sic!). Quelque part vers 8h15 mercredi, le candidat avait ouvert son compte Twitter. Quel évènement !

La première affiche nous montrait un Sarkozy sur un fond de mer... grecque. Assez rapidement, des centaines de parodies furent publiées sur le Web. Les médias traditionnels en firent presque secoués.

Justement, en Grèce, le pays sombre. La pression combinée de la Troïka, de l'Euro-group et des banques venait de précipiter des milliers de Grecs dans les rues. La Grèce dépasse les 167% de PIB d'endettement public, avec un PIB en récession.  Les « remèdes de cheval » sont en train de tuer le canasson. Mais de cela, celui qui se présente encore comme le co-gérant de l'Europe n'en avait cure.

Il avait fort à faire.

Coincé
Mercredi, quelque 10,7 millions de téléspectateurs ont donc regardé cet épisode si convenu du Sarko-tour 2012, la déclaration de candidature. Le Monarque était évidemment tendu. « Oui, je suis candidat ».

L'auteur de ce blog attendait cette phrase depuis... le 6 mai 2007. 

Mais la surprise fut ... qu'il n'y eut pas de surprise. On avait encore fois dans le sens du spectacle que tout le monde reconnaissait à Nicolas Sarkozy quand il était déjà candidat en 2007. On fut déçu. La grande idée du candidat sortant fut la systématisation des référendums pour passer outre les blocages de la société française. Par blocages, il visait spécifiquement les partis, les « élites », et les syndicats.

Après coup, on fut saisi par cette énormité, un accès de fièvre bonapartiste. Le président en exercice était pris en flagrant délit de délire anti-républicain. «Chaque fois fois qu’il y aura blocage, je ferai trancher le peuple français ». Après les « civilisations supérieures » de Claude Guéant, le candidat sortant veut se débarrasser des corps intermédiaires !


Quand il était président, Nicolas Sarkozy avait de nombreuses occasions de référendums, de la réforme des retraites (imprévue dans le programme de 2007) à la récente augmentation de la TVA réduite puis générale. Il n'eut même pas le courage de mettre en oeuvre le référendum d'initiative populaire.

Laurence Ferrari tenta aussi d'éclaircir en vain la curieuse proposition référendaire du weekend sur les chômeurs. Sarkozy entendait-il proposer de sanctionner les chômeurs récalcitrants à une formation ou à un emploi ? La veille, en déplacement en Isère, il avait été très flou. Vendredi matin, François Fillon tenta de clarifier la chose. Le référendum, si Sarkozy était réélu, porterait sur le transfert total ou partiel des 30 milliards d'euros de la formation professionnelle vers la formation des chômeurs. Bref, cela n'avait plus rien à voir... Sarkozy, candidat sortant, devenait brutalement très flou...

En famille
Carla Bruni-Sarkozy avait été mise à contribution. Mercredi, elle était là, pour réajuster la légion d'honneur sur le costume de son « Mari ». Vendredi, l'épouse du chef de l'Etat faisait la une du premier magazine TV de France, TV Magazine. Elle y livrait ses goûts télévisuels. Le coup médiatique, bien calé pour ce lancement de campagne, a pourtant dérapé. Carla Bruni avait aussi réagi au lancement de campagne de son « Mari ». Elle confia qu'elle n'y connaissait rien à la politique mais que son « Mari » avait des idées « fabuleuses ».

Son premier meeting électoral, dans une petite salle à Annecy, fut l'occasion de constater la violence outrancière de ses arguments. Sarkozy accusa Hollande de mentir « matin et soir ». Le mensonge ? On pensait que Sarkozy aurait un peu plus de « zen-attitude », un peu plus de fond. Il avait décidé d'éructer, faute de mieux. Le Président-candidat perdait encore ses nerfs, une habitude. François Fillon, qu'on croyait plus mesuré, en rajouta le lendemain sur RTL. En fait, Sarkozy comme Fillon pratiquaient le même verbe que leurs portes-flingues Morano ou Wauquiez.

Le candidat sortant était arrivé plus tôt dans la journée en jet. Il s'en était presque caché. Cela ne faisait pas « candidat du peuple ». Il avait d'ailleurs fait refouler les salariées de Lejaby qui, naïves, pensaient pouvoir venir.

Il a visité une fromagerie et une boucherie. Il avait trouvé un traiteur local qui répéta devant les caméras combien Nicolas Sarkozy avait eu tout bon et combien François Hollande aurait tout faux. Des militants UMP comme cela, c'est « si rare », commenta la journaliste Hélène Jouan (France Inter). Sarkozy s'enferma aussi dans un restaurant local. Les journalistes indépendants restèrent dehors. Une caméra de l'UMP filma l'évènement, mais sans le son.


Bref, ce premier déplacement électoral fut fascinant: Sarkozy se déplaçait au milieu de figurants. On se pinçait pour le croire.

Incapable
Depuis des semaines, Nicolas Sarkozy était aussi incapable de gouverner.

Lundi, ses propres députés n'étaient plus mobilisés pour aller voter la TVA sociale. Leur absentéisme à l'Assemblée empêcha l'adoption de la mesure en commission. Ce fut chose faite deux jours plus tard. Le couac  fit désordre. Pire, le rapporteur UMP de la loi de finances rectificative pour 2012 ajouta une pierre bien lourde au fardeau élyséen: l'allègement de charges patronales familiales, contrepartie de cette fichue TVA sociale, profitera surtout aux services et « très peu à l'industrie ». L'argumentaire sarkozyen s'effondrait ... de l'intérieur. 

Mardi, on avait eu peur. Le président sortant n'avait pas réussi à calmer l'inquiétude des marchés. L'agence Moody's qu'il aimait tant menaçait de dégrader la note de la Sarkofrance. A l'Elysée, point de commentaires. Vendredi, Nicolas Sarkozy recevait David Cameron, le premier ministre britannique. Depuis la grande entente cordiale, au printemps 2011, quand Sarkozy et Cameron se félicitaient de placer leurs développements nucléaires militaires en commun, la situation s'était tendue. Cameron a refusé de suivre le futur nouveau traité européen.

La catastrophe fut ailleurs: le Monarque Sarkozy fut contraint d'avouer que le premier ministre britannique  avait bel et bien un droit de veto sur le futur projet de traité européen. La nouvelle était d'importance. Sarkozy nous l'avait caché en décembre dernier.

Ce vendredi à l'Elysée, Cameron souhaita « bonne chance » à ce candidat de la droite française.

Ami sarkozyste, bonne chance.





Crédit illustration: l'excellent site Parodie Forte.