31 mars 2012

256ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy avait oublié le chômage.

Plus qu'un mois avant le premier tour. Les esprits s'échauffent. Nous sortions d'une séquence sécuritaire que Nicolas Sarkozy voulait prolonger, un drame à Toulouse qui plaisait à nombre de soutiens du candidat sortant. Ce dernier exultait: « Je vais gagner ! Ce sont tous des nuls ! ». Son bilan restait boulet. Son programme restait inconnu. Sarkozy restait Sarkozy.

Nicolas Sarkozy voulait croire que quelques milliards de déficits en moins feraient oublier la progression continue du chômage et de la précarité. On lui avait agrandi les épaulettes sur ses costumes, il luisait souvent, souriait toujours, clamait contre une élite qui ressemblait à la sienne.

Il ne restait que 20 jours ou presque avant le premier tour.


Les fonds secrets de Sarkozy
Samedi dernier, Nicolas Sarkozy avait publié son « patrimoine de sortie », une obligation pour un Monarque en fin de mandat.

Malgré la crise la plus grave depuis un siècle (comme il aimait tant le rappeler pour justifier la pauvreté de son bilan), il était parvenu à augmenter son patrimoine, pour atteindre 2,8 millions d'euros en février dernier. Mieux, l'essentiel de sa fortune, un contrat d'assurance-vie, avait été transféré de la Société Générale vers la filiale française d'une banque étrangère, la HSBC. Le Monarque n'avait-il plus confiance dans l'établissement français ? Mieux encore, quelques blogueurs vigilants avaient remarqué que Nicolas Sarkozy et ses associés du cabinet d'avocats avaient créé une holding, une habile manière de générer une confortable plus-value juste avant un renchérissement fiscal décidé par ... Sarkozy.

Mieux enfin, le patrimoine du Monarque a augmenté bien davantage que les 30% affichés ces 5 dernières années. En 2007, il avait du partager la moitié de son duplex avec Cécilia Sarkozy dont il divorça le 15 octobre de cette année. 5 ans plus tard, il avait largement reconstitué sa fortune, à 2,8 millions d'euros... Mediapart avait mené l'enquête sur l'origine de cette fortune. Nicolas Sarkozy était parvenu à acquérir ce duplex de Neuilly-sur-Seine avec 450.000 euros de provenance inconnue et non justifiée.

Justement, un juge d'instruction mettait sous pression l'ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. Patrice de Maistre, effondré, devait rester en prison. Le juge craignait qu'il ne détruise des documents. Il avait la preuve que l'homme avait retiré pour 800.000 euros d'espèces pendant la campagne de 2007 à des dates coïncidant avec des rencontres avec l'équipe de campagne du candidat Sarkozy...

L'étau se resserrait-il ?

L'agenda sécuritaire de Sarkozy
Lundi, Nicolas Sarkozy ne voulait pas entendre parler de ces histoires d'argent. D'ailleurs, les journalistes qui l'interrogeaient sur France Info n'abordèrent pas le sujet. Vive la Sarkofrance !

Il préféra prolonger l'affaire Merah dans l'agenda électoral. Il dénonça les amalgames, d'une des plus curieuses et grossières façons qui fut: « je rappelle que deux de nos soldats étaient... comment dire... musulmans, en tout cas d'apparence, puisque l'un était catholique, mais d'apparence.» 


Musulman d'apparence ? Qui parlait d'amalgame ?

De meetings en déplacements, on se posait toujours la même question: où était le programme du candidat sortant ? Quand on l'interrogeait, il faisait mine de ne pas comprendre: « Mon programme est parfaitement chiffré : moins de 3% de déficit en 2013, 0% de déficit en 2016. C’est 110 milliards d’effort, 70 par la réduction de dépenses, 40 par l’augmentation des recettes ». Qui paiera les 70 milliards d'euros d'économies ?

Son jeune conseiller Guillaume Peltier était à peine plus honnête. Il justifia que les annonces de son mentor soient révélées au compte-goutte car il fallait entretenir le suspense et attirer l'attention médiatique sur Sarkozy.

Cette campagne était donc un spectacle.

Mardi, dans la région de Nantes, il acheta des bols bretons avec Bernadette Chirac qui regretta d'avoir critiqué François Hollande. Le soir, Jean-Louis Borloo était rallié en meeting pour écouter l'un des pires discours frontistes du candidat sortant. Il pouvait mâcher sa cravate et son honneur.

La manipulation médiatique de Sarkozy
Quelques médias s'emballaient à nouveau. Nous étions mitraillés de sondages, à chaque heure, sur toutes les ondes, toutes les télévisions, tous les journaux. Il fallait faire croire, il fallait faire douter.

Une élection jouée d'avance n'est jamais un bonne histoire pour vendre du papier. Nicolas Sarkozy surfait donc sur les sondages ... de premier tour. Toutes les simulations de second tour le donnaient perdant (et de loin); sa crédibilité à gouverner était toujours minable. Son socle électoral rétrécit aux plus fortunés, une fraction frontiste et des cohortes de militants UMP retraités qui s'agitaient, drapeau en main, à chaque meeting. L'illusion était presque parfaite.

Le Monarque invoquait toujours la France silencieuse, celle qu'il n'avait osé rencontrer 5 années durant. Il s'amusait de la progression sondagière de Jean-Luc Mélenchon, oubliant qu'il n'avait que le Front national comme allié de second tour. Pire, lui qui pensait « engranger » les bénéfices du drame toulousain fut bien marri de constater que sa cote sondagière n'évoluait pas.

Tout ça pour ça.

Comme toujours, la mise en scène avait été rodée. Vendredi à l'aube, quelque 17 islamistes radicaux avaient été arrêtés simultanément en Ile-de-France en en province.  Des journalistes avaient conviés pour filmer ces interventions du RAID et la saisie de quelques armes. Quelques instants plus tard, Nicolas Sarkozy était l'invité d'Europe1. Le timing était parfait. Le candidat sortant se défendit mollement de vouloir prolonger l'affaire Merah. Le terroriste toulousain avait été enterré discrètement, après les horaires d'ouverture du cimetière. Le Monarque avait également ordonné à ses ministres Longuet et Guéant de refuser toute audition des chefs du renseignement au Sénat. Pourtant, lui-même n'avait-il pas reconnu que les dispositifs législatifs existants étaient insuffisants ? L'omerta doit rester totale. Pourtant, les questions étaient nombreuses, sur l'efficacité de la DCRI, la désorganisation

Vendredi, Sarkozy était en meeting à Besançon. On attendait toujours son programme. Son discours semblait à l'opposé de celui de mardi. Il se voulait encore menaçant mais aussi généreux, il avait même 7 propositions pour l'école, que l'on connaissait déjà. Il eut aussi de curieuses formules sur l'immigration : « le regroupement familial est un droit et je le garantirai. » On se rappelait les propos de Claude Guéant, son ministre de l'intérieur, il y a un an, en avril 2011: « nous allons continuer à réduire le nombre d'étrangers venant en France au titre du regroupement familial ». Qui fallait-il croire ?


La catastrophe économique de Sarkozy
Cette semaine, Sarkozy et ses ministres s'efforçaient à un autre story-telling, sur la reprise et les bons résultats de l'économie version Sarkofrance. L'INSEE avait confirmé une croissance à 1,7% du PIB l'an dernier, puis un déficit budgétaire à 5,2% du PIB... Comme par hasard. Ce dernier était prévu à 5,7% dans la précédente loi de finances. Le gouvernement avait conservé ses marges. Il tenta de nous faire croire qu'il avait réduit le déficit de 22 milliards. Il oubliait de préciser que c'était le sien, et que le plus gros effort était pour 2013.

Les explications de ce « bon » résultat étaient floues et sans matière: « ce sont des chiffres excellents (...) grâce aux efforts des Français » avait dit le Monarque. « c'est grâce aux efforts des Français » avait répété, mot pour mot, le perroquet François Baroin. Les « efforts des Français » étaient ces hausses d'impôts censées amortir d'autres cadeaux fiscaux tels l'allègement de l'ISF en 2011.  Preuve de la manipulation médiatique, Valérie Pécresse s'était précipitée dans les colonnes du Monde, la veille, pour expliquer combien l'économie se redressait « dès le premier semestre 2012 ». Elle était soit menteuse soit incompétente puisqu'elle venait elle même de réduire la prévision de croissance pour l'an prochain.

Evidemment, tout ceci était faux. Un mauvais script, de mauvais acteurs, une sale histoire. 

Les Décodeurs du Monde, sur leur blog, s'amusèrent vite pour dénoncer l'un des arguments. La Sarkofrance n'était pas ce pays miraculeux  «qui depuis le deuxième trimestre 2009 n'a pas connu la récession » (10 autres de l'OCDE avaient connu pareille fortune) ni celui «  qui, depuis 2007, a connu chaque année une augmentation du pouvoir d'achat des Français, c'est la France ». 

La peur du chômage de Sarkozy
Evidemment, Nicolas Sarkozy luttait pour son poste. Mais il craignait la montée du chômage plus que tout. Lundi, grillant la politesse à ses propres services pour son seul bénéfice personnel, il annonça que les statistiques du chômage à fin février, qui devaient être publiés quelques heures plus tard, seraient moins pires que prévu. Il inventa le concept de la « baisse tendancielle de l'augmentation du nombre de chômeurs ».

Cela faisait déjà cinq ans qu'il nous racontait n'importe quoi sur le sujet. 

Bien sûr, la Grande Crise était passée par là. mais plutôt que de la reconnaître, il persista à la nier: en 2008, la crise était grosse, mais les heures supplémentaires sauvaient tout. En 2009, il fallait patienter. En 2010, il fallait encore attendre, le chômage allait baisser. En 2011, c'était sûr, promis, juré, craché. Le chômage allait baisser. C'était faux, le chômage ne faisait que croître: 4,56 millions d'inscrits à Pôle emploi à fin février, soit près de 6% de hausse sur un an. Le ministère du travail avait aussi livré deux autres analyses cruciales, catastrophiques mais peu commentées: le nombre d'heures supplémentaires - ce marqueur du succès sarkozyen - avait chuté au dernier trimestre 2011. Et les embauches, en CDD comme en CDI, diminuait également.

Quelle reprise !

Mercredi, une dizaine de représentants du collectif Génération Précaire furent accueillis par 7 fourgons de CRS devant le QG de Nicolas Sarkozy. C'était la France forte en action ! Les jeunes avaient voulu symboliquement remettre au candidat Sarkozy (comme aux autres) les résultats de sa seconde notation sociale de la précarité. Rue de la Convention, ils furent brutalement refoulés par des CRS. Sarkozy n'était pas au QG, mais le jeune Sébastien Proto, ancien dircab d'Eric Woerth et désormais membre éminent de l'équipe de campagne, veillait au grain.

Fallait-il qu'il soit inquiet !


Ami sarkozyste, nous sommes toujours là.


30 mars 2012

Sarkozy: comment des médias alimentent le suspense.

Il voudrait encore nous faire croire qu'il est le candidat du peuple contre les élites, les puissants et l'éditocratie. Et certains médias commencent à le croire. Fallait-il que ces derniers soient crédules !

Cela fait déjà 15 jours que l'on nous racontait la même histoire, en vain. Rien ne changeait, ou si peu. Et pourtant, il y avait eu ce drame ignoble, à Toulouse. Rien n'avait changé. Mais certains hurlaient à coups de sondages que « CA BOUGEAIT !!!!».

Nous observions Nicolas Sarkozy, dans son nouveau rôle de composition.

Avant le drame de Toulouse, il avait successivement malmené Laurence Ferrari (TF1), David Pujadas (France 2), Patrick Cohen de France Inter et un pauvre jeunôt de LCI. Il avait croqué l'entière équipe du Grand Journal de CANAL+, malmené . Il avait séduit la Matinale d'Europe1 de Bruce Toussaint puis bâché François Bachy de TF1, requalifié de biographe de François Hollande en public et en prime time. Arnaud Leparmentier du Monde s'était amusé de cette stratégie si voyante du Président des Riches.

Pourtant, ce dernier continuait.

De meetings en déplacements, il continuait à jouer au candidat challenger qu'on empêcherait de parler. Ainsi à Nîmes, jeudi 29 mars, « Je parlerais de ce que je veux, quand je veux, ou je veux personne ne me dictera mes choix ! ». Il se réclamait de la France silencieuse. Il continuait de chatouiller l'extrême droite, en évoquant une France «submergée par une vague incontrôlable ». Que pouvait penser le centriste sincère ?

Sarkozy avait pourtant bien des soutiens, et d'abord ses sondages, mitraillés chaque matin sur toutes les ondes, toutes les chaînes. On mélangeait les instituts, les formules, les médias, les échantillons. On ne savait plus qui avait demandé quoi et quand ni comment. Mais le « bruit » était bien là. Il fallait comprendre la presse, elle avait besoin de suspense, de surprise, de rebondissements. Un scrutin présidentiel est un évènement programmé qui se devait être réussi.

Sarkozy avait aussi le soutien presque discret mais affiché de la presse financière (BFM, Les Echos), et ceux grossiers et propagandistes du Figaro et de quelques éditorialistes. Ecoutez Olivier Mazerolle sur BFM-TV. Jeudi, le Figaro lança ce fantastique sondage auprès des militants de l'UMP, François Hollande pouvait-il perdre ? Sans rire. Le quotidien de l'avionneur Dassault avait encore des doutes. D'autres se projetaient sur la réélection de Sarkozy. Ainsi le flou-mou Michael Darmon s'amusait à confier, ce jeudi sur iTélé: « Si Nicolas Sarkozy est réélu Carla Bruni-Sarkozy suivra de près la recomposition des équipes de l'Élysée ». Il fallait croire que la réélection pouvait être possible.

D'autres encore, surtout au Point, n'hésitaient plus dans l'exubérance. Lisez ainsi cette surprenante chronique de Saïd Mahrane: « Quand Sarkozy promet "une surprise" »Et de préciser: « Le candidat poursuit sa remontée spectaculaire et rêve tout haut de créer "la plus grande surprise électorale de la Ve République".» Où avait-il lu cela ?  De quoi parlait-il ? Saïd Mahrane est un encore trop jeune polémiste du Point qui aimerait se faire une place dans la mediasphère de droite. Pour enfoncer sa thèse du jour: « Sarkozy nous disait, l'autre jour, qu'il créerait "la plus grande surprise électorale de l'histoire de la Ve République." Et s'il disait vrai ? » Le garçon est coutumier de ces coups d'éclats laborieux, cela remonte à loin, presque une revanche. Mi-mars, Mahrane adorait la prestation de Jean-François Copé face à Hollande. Un peu plus tôt, il s'inquiétait des heurts de Bayonne (« Nicolas Sarkozy : "J'irai où je veux sur le territoire"»).

Depuis près d'un an, Nicolas Sarkozy oscille entre 25 et 30% de popularité, et les sondages de second tour affichent encore des écarts faramineux. Pourtant, une certaine presse s'emballait.

Aidé par ces journalistes (re)convertis à sa cause, Nicolas Sarkozy voulait donc nous faire croire à une nouvelle « divine surprise ». «Une campagne ne se joue pas sur les sondages mais sur les émissions, les audiences, les salles, le nombre de gens… La façon dont ils écoutent. Le sentiment qu'on a dans les salles… On fait des salles qu'on ne faisait pas en 2007! C'est immatériel, c'est un sentiment. Mais les mouvements de fond, on les sent venir avant les sondages.» L'homme du Fouquet's proche du peuple, intuitif avec la France d'en bas... On croyait rêver. Depuis 3 ans, il ne se déplace qu'encerclé par des centaines de CRS ou gendarmes, dans des petits villages bouclés. Il ne s'exprime que devant des assistances choisies et invitées sur carton. Aujourd'hui, il aimerait nous faire croire qu'il « sent » le peuple. Il souriait, forcé et forçant le trait.

Depuis des mois, ses conseillers nous promettent l'effondrement du rival socialiste. Malgré l'ignoble séquence sécuritaire de la semaine passée, la mayonnaise ne prend pas. Le candidat des Riches se fait rétamer dans tous les scénarios.

Il choisit aussi ses sondages. Il n'a pas aimé cet autre d'Ipsos, relayé par Rue89. Le Figaro n'en avait cure, et pour cause. « Nicolas Sarkozy est moins que jamais le « candidat du peuple ». Marine Le Pen n'est plus la candidate des ouvriers. Jean-Luc Mélenchon mord dans la France populaire. François Hollande réconcilie les différentes France. »

En coulisses ou en public, le candidat sortant n'est pas le même. Il n'aurait pas traité François Hollande de nul. Promis, juré, craché. L'information avait été livrée le weekend dernier par Philippe Ridet, ancien correspondant fasciné de la campagne de 2007 pour le Monde, s'était à nouveau exercé pour 8 jours à faire de même avant le grand meeting de Villepinte. Le compte-rendu fut savoureux à lire dans le magazine du Monde, samedi 24 mars. Mais le 26 mars, Nicolas Sarkozy en personne avait démenti son propos. Sans rire... L'homme n'avait pas ce courage -là.

Jeudi, Nicolas Sarkozy a fait siffler le nom des « actionnaires qui ont le coeur à gauche » de Publicis, dont le PDG Maurice Levy allait recevoir quelque 16 millions d'euros de bonus. Pour un peu, la crise financière allait être la faute du parti socialiste... Curieuse et puérile attitude... Le Président des Riches faisait mine de croire que le bonus du PDG était décidé par des actionnaires, que la gauche était forcément caviar, que François Hollande manigançait tout cela. Il était tel Louis XVI qui masquait sa crainte de cette rage populaire qui montait. Le matin même, son ministre des finances François Baroin défendait pourtant le dit PDG...

Ami journaliste, ne t'emballe pas.






29 mars 2012

Chômage, recrutements, heures sup, le terrible bilan de Sarkozy

Cela faisait cinq ans qu'il nous racontait n'importe quoi. En 2007, il allait le réduire. En 2008, la crise était grosse, mais les heures supplémentaires sauvaient tout. En 2009, il fallait patienter. En 2010, il fallait encore attendre, le chômage allait baisser.

En 2011, c'était sûr, promis, juré, craché. Le chômage allait baisser.

En 2012, il progressait encore. Nicolas Sarkozy se cachait derrière des formules creuses et des diversions sécuritaires.

La publication des statistiques du chômage, lundi soir par le ministère du Travail, avait confirmé l'ampleur du désastre et l'échec d'un président. Mais ce n'était pas tout. Quelques heures plus tôt, le gouvernement publiait discrètement un bilan des heures supplémentaires. Deux jours plus tard, le même complétait l'information avec un autre rapport, cette fois-ci sur l'évolution des entrées et des sorties à Pôle emploi au dernier trimestre 2011.

Qu'apprenait-on ? Que le recul des recrutements se confirmait ! Un constat à l'exact opposé des déclarations de Nicolas Sarkozy lundi matin.

Chômage en hausse
Sur France Info, le candidat sortant avait évoqué une « une baisse tendancielle de l'augmentation du nombre de chômeurs ». En fait, le nombre d'inscrits à Pôle Emploi avait encore augmenté, malgré un large recours aux contrats aidés pour faire sortir un maximum de chômeurs le temps de l'élection.

Les sans emploi s'élèvaient à 2 867 900 en France métropolitaine fin février 2012. Un nombre en hausse de 6,2 % sur un an et encore 6.200 de trop en février dernier. Il fallait ajouter les chômeurs à activité partielle, soit encore 1.410.700 personnes en France métropolitaine à fin février 2012.  Sur ces trois catégories, il reste 4,56 millions d'inscrits à Pôle emploi, près de 6% de hausse sur un an. Formidable reprise...

Ce bilan négatif ramenait le chômage au coeur de la campagne.

Au passage, la DARES note les ravages d'une autre mesure anachronique de Nicolas Sarkozy : « le relèvement progressif de l’âge minimal d’éligibilité à la dispense de recherche d’emploi (DRE) à compter de l’année 2009 et sa suppression depuis le 1er janvier 2012 ont contribué sensiblement à la hausse du nombre de demandeurs d’emploi de 55 ans et plus enregistrés sur les listes de Pôle emploi. »

Réforme des retraites et suppression de la DRE, et voici donc la catastrophe; davantage de seniors au chômage. Sur un an, le chômage des plus de 50 ans avait progressé de 15% en un an, et encore de 1,4% sur un seul mois. 

Heures supplémentaires en baisse
Autre bilan, moins commenté. Le 26 mars, la DARES publiait son analyse des heures supplémentaires au quatrième trimestre 2011. Les résultats étaient curieux. Jusqu'alors, le gouvernement Sarkozy se félicitait de la progression des heures supplémentaires. C'était le seul vestige du programme du candidat Sarkozy de 2007, une maigre incarnation du « Travailler plus pour gagner plus ». On savait, depuis, que la mesure était une arnaque: un effet d'aubaine pour les employeurs, un frein à l'embauche en pleine crise de l'emploi, une défiscalisation coûteuse pour les comptes de l'Etat et de la Sécu en pleine crise de recettes. Bref, une aberration totale, une obstination idéologique qui permettait au Président des Riches de penser qu'il pouvait être encore populaire.

Mais si ce volume d'heures supplémentaires fléchissait, c'était tout un édifice idéologique qui s'effondrait.

Certes, leur nombre progressait encore chez les autres: « Le nombre moyen d’heures supplémentaires augmente sur un an dans les entreprises de moins de 100 salariés. L’augmentation est plus forte dans les entreprises de 50 à 99 salariés. Il est en baisse dans les entreprises de 100 salariés et plus et diminue fortement dans celles de 250 à 499 salariés. »

En d'autres termes, plus l'entreprise est importante, moins elle avait recours aux heures supplémentaires. Sur un an, « le nombre moyen d’heures supplémentaires baisse sur un an de 2,2 % dans les entreprises ayant une durée collective du travail supérieure à 35 heures mais s’accroît de 3,2 % dans les entreprises ayant une durée collective du travail de 35 heures.» Pour les premières, les heures sup s'élevaient encore à 29 heures en moyenne trimestrielle par salarié. Pour les autres, paradoxalement, le nombre d'heures sup restaient toujours très bas:7 heures en trois mois!

En Sarkofrance, on appelle cela une catastrophe industrielle: les heures sup' ne progressaient que dans les entreprises aux 35 heures, preuve que le débat sur les RTT ré-alimenté par le candidat sortant était inutile. Mais les heures sup' baissaient pour les autres.

Bref, il n'y avait pas assez d'activité.

Embauches en baisse
La DARES publia un autre bilan, celui des mouvements de main d'oeuvre au cours du dernier trimestre 2011. le constat est sans appel: « le recul des entrées se confirme

Le taux d'entrées diminue pour le deuxième trimestre consécutif, relève la DARES: « -0,2 point au quatrième trimestre 2011, après -0,1 point le trimestre précédent, tout en restant à un niveau élevé au regard de la décennie passée », pour atteindre 12,8% des effectifs des entreprises de plus de 10 salariés. Pour l'essentiel, ces embauches étaient des CDD, et à un niveau record sur l'année: 79% en moyenne, et jusqu'à 82% dans les plus grandes entreprises (> 50 salariés).

Les embauches en CDI, qui repartaient lentement depuis son plus bas (2%) en janvier 2009, diminuent à nouveau (2,7%). C'est une autre mauvaise nouvelle: « Toutes les catégories d’établissements sont concernées par ce recul ».

Pire, la DARES constate un retournement concernant l'industrie: contrairement au trimestre précédent, le taux d'entrées en emplois chute, et lourdement: -0,6 point. Les CDI restent tout aussi rares: les embauches en CDI dans l'industrie ont représenté 1,3% des effectifs moyens du secteur...

Le taux de recrutement en CDD a reculé pour le second trimestre consécutif: -0,1 point. Il reste à un niveau « exceptionnellement élevé sur la décennie » C'est un signe de la précarisation du travail: 10% des emplois créés sont des CDD, contre 7% environ jusqu'en juillet 2006. L'envolée des CDD date d'avant la crise.

On recrute moins, mais on « sort » davantage: le nombre de fin de CDD est en hausse (12,6% des salariés sont partis. Les licenciements restent stables. La DARES note que « le taux de ruptures conventionnelles s’établit à 0,3 % pour les établissements de 10 salariés ou plus, après 0,2 % au troisième trimestre et 0,2 % au quatrième trimestre 2010 ». 

On résume: les heures supplémentaires déclarées auraient atteint un plafond; les embauchent diminuent, le chômage progresse.

Qui a donc parlé de reprise ?
« Le président de la République s'est félicité des signaux de reprise économique qui laissent à penser que le bout du tunnel est proche pour l'économie française", a affirmé Valérie Pécresse, en rendant compte du conseil des ministres devant la presse. "En effet, l'Insee vient de confirmer la croissance de 1,7% pour 2011, une croissance de 1,7% conforme à nos prévisions, qui montrent ainsi leur justesse»
Source: Le Figaro.
Ami sarkozyste, reste avec nous.

Mais tais-toi.


28 mars 2012

Confusions ou flottements chez Sarkozy.

La semaine prochaine, peut-être, le programme de Nicolas Sarkozy sera dévoilé. On évoque un document de campagne de 16 pages. La pression devient forte. La confusion aussi. Pourquoi donc le Monarque rechigne-t-il tant à dévoiler l'entièreté de ses propositions et leurs chiffrages, à l'instar de tous les autres candidats ?

Au sein du camp Sarkozy, on était déçu. L'affaire Merah semble avoir peu d'impact sur la campagne, 5 jours après la mort du terroriste. Mardi matin, Nicolas Sarkozy a pu remonter sur son estrade pour protester contre le père de Mohamed Merah. Ce dernier allait porter plainte contre la France car son fils avait été tué. L'homme débloquait sans doute et Nicolas Sarkozy a dit tout haut ce que tout le monde pensait tout court. Il était inutile d'en rajouter.

Il s'est alors passé quelque chose d'étrange, comme un flottement. Quelques ténors de la campagne Sarkozy semblaient confus ou hésitants et apparemment sans raison.

Alain Juppé, sur RadioClassique, commit un joli lapsus sur la candidature de Nicolas Sarkozy: « On pensait il y a quelques mois que Nicolas Sarkozy ne serait pas présent au second tour, euh ... au premier tour, ... euh, au second tour ! »

Au même moment sur France Culture, Henri Guaino s'énervait à nouveau contre un contradicteur. Il n'avait pas apprécié une chronique matinale de Marie Darrieussecq qui rappelait le fameux discours de Dakar. Il traita ces propos de grossier et d'inconvenant. L'homme était surpris que l'émission fut si mal contrôlée: « Si j'avais su, je serai pas venu », a-t-il déclaré.

Mais le plus drôle fut atteint, ce mardi matin sur Europe 1, par Jean-Louis Borloo. Il voulait « peser » sur la campagne de Nicolas Sarkozy: « à côté de la France forte, il faut la France juste ». Il espérait que le candidat sortant intègrerait une proposition sur le sauvetage scolaire des quelques 100.000 enfants qui « sortent du primaire sans avoir les acquis fondamentaux ». Fichtre ! Mais qui est président depuis 5 ans ? Qui gouverne depuis 10 ans ? Borloo, qui a quitté le gouvernement depuis que Sarkozy lui a préféré Fillon en novembre 2010, a beaucoup d'idées. Débranché de toutes velléité électorale par Nicolas Sarkozy en septembre dernier, le président du Parti Radical cherchait comment rebondir. Alors il s'agite comme il peut.

« Nous avons travaillé ce week-end sur ce programme pour les enfants » expliqua-t-il. En quoi consiste-t-il ? Borloo a faiblement précisé l'idée, évoquant, pour chacun de ces 100.000 enfants, « un modèle spécifique de soutien scolaire» ... « Moi, je veux une réponse massive, opérationnelle, le soir à partir de 16h30, avec les enfants, avec les mamans, avec des profs spécialisés !» Au journaliste qui s'inquiétait de sa présence éventuelle le soir même au meeting de Nicolas Sarkozy à Nantes, l'ancien vrai-faux dissident de Sarkofrance répondit qu'il attendait de voir si Sarkozy reprendrait son idée... avant de convenir qu'il y participerait... Quel soutien !

Le candidat sortant tenait meeting à Nantes. Il visita Guérande, accompagné de Jean-Louis Borloo, Christine Boutin, Rachida Dati et Bernadette Chirac. Là aussi, il y eut comme un flottement. Mme Chirac expliqua qu'elle était « une militante du sarkozysme ». A 650.000 euros de revenus annuels chez Bernard Arnault pour quelques maigres réunions par an, elle pouvait avoir le militantisme actif.

Il était énervé par la une du Monde, barrée d'un titre ravageur («l'affaire Bettencourt se rapproche de Sarkozy »): «Pas de commentaire, 'Le Monde' fait la campagne de Francois Hollande » a-t-il lâché. Sans doute préférait-il celle de Ouest-France, avec une interview exclusive. Certains de ses propos étaient assez inconvenants, comme sur la banlieue: « Les quartiers, aujourd’hui, sont plus sûrs, plus agréables à vivre, moins éruptifs qu’il y a 10 ans. ».

Sur son programme, il resta étonnamment flou « Mon projet, c’est de dire aux Français : vous avez besoin d’être protégés. Et pour être protégés, il faut que votre pays soit fort, en remboursant ses dettes ».

Sur le chiffrage, le flottement était palpable. Ainsi, sur les fameux 70 milliards d'euros d'économies qu'il espère faire en 5 ans: « Sur les économies, je continuerai à réduire le nombre de fonctionnaires ; je n’accepterai pas qu’on touche à la réforme des retraites et nous soumettrons les grosses collectivités territoriales à un effort d’économies ».

C'était tout. Sarkozy dénonça un blocage de la distribution du quotidien par la CGT. Nous cherchions de quoi il parlait. Le journal était parfaitement lisible pour qui voulait.


Sur l'estrade, Sarkozy eut peu d'annonces nouvelles. « pour gagner une élection présidentielle, il faut être porté par une vague qui vient des profondeurs du pays ». Il se prenait pour le tsunami de Fukushima.

Il fit mine de reprendre à son compte l'une des propositions de Jean-Louis Borloo, pour aider les enfants en difficulté en maternelle et en primaire, avec la création de conseils de soutiens: «Pour aider ces milliers d'enfants en difficulté qui, faute d'attention, deviennent des enfants en perdition, Jean-Louis Borloo propose de créer des “conseils de soutien” regroupant tous ceux qui peuvent venir au secours des écoliers en très grande difficulté et de leurs parents désemparés». Il promit de l'argent, mais sans dire combien, « pour sauver les enfants en péril » et embaucher des spécialistes: « Ces 'conseils' seront dotés d'une enveloppe de crédits qui leur permettra de financer l'intervention des spécialistes ».   Quant au financement, le candidat le précisera « ultérieurement », confièrent quelques conseillers à des journalistes.. Des conseils de soutien pour 100 à 200.000 enfants par an ? Combien de professeurs le Monarque allait-il concéder à allouer à l'opération Borloo ? On pouvait douter. En 2009 déjà, le Monarque avait transformé les cours du samedi matin en aide personnalisée pour les élèves du primaire en difficulté. Il y avait aussi l'accompagnement éducatif, un dispositif volontaire instauré dès septembre 2007

Même le Figaro reconnut que Sarkozy « avait sous-estimé jusque-là » cette «bataille du primaire ». Quel aveu... Le Monarque découvrait donc, il le fallait, il lui fallait le soutien de Jean-Louis Borloo: «Plus tôt les problèmes sont repérés et traités et plus il a y a de chance que l'enfant n'accumule pas des retards qui, à la longue, deviennent irrattrapables».

Il répéta qu'il voulait généraliser l'introduction des jurés populaires dans les tribunaux correctionnels pour les les violences aux personnes. « Je suis conscient que ce sera une révolution, mais c'est la seule condition pour que le justice retrouve la confiance. »

Il répéta aussi qu'il « faudra dix ans de présence sur le territoire à un étranger pour bénéficier du minimum vieillesse ». La condition ... est déjà en place depuis 2005.

Sarkozy flottait, comme une partie de son équipe ou de ses soutiens.

C'était curieux.


27 mars 2012

Juan, à écouter.

C'était le billet du matin. Un test.


Chômage ou Musulmans d'apparence ? Sarkozy choisit ses thèmes

Nicolas Sarkozy a débuté la semaine sur France info, lundi matin. Il est revenu sur l'affaire Merah. Il tentait de maintenir ce drame national en tête de l'agenda électoral.

Pour mieux éviter de parler des sujets de préoccupation des Français: pouvoir d'achat, emploi, santé.

Les « Musulmans d'apparence »
Le JDD en avait fait sa couverture, un traitement qui pouvait s'expliquer pour un hebdomadaire dominical. Lundi, le Figaro avait publié des images qualifiées d'exclusives de l'assaut contre Mohamed Merah, visiblement filmées par un policier.

Lundi encore, le candidat sortant en rajouta de larges couches lors de son interview matinale. Il ré-expliqua ses inapplicables propositions, sans davantage de précisions. Pire, il dérapa en évoquant des « musulmans d'apparence », un curieux concept dans la bouche d'une président prétendument rassembleur.
« Les amalgames n'ont aucun sens, je rappelle que deux de nos soldats étaient... comment dire... musulmans, en tout cas d'apparence, puisque l'un était catholique, mais d'apparence. Comme l'on dit : la diversité visible.»
Nous étions interloqués.

Sur la station voisine France Inter, Patrick Cohen avait exhumé une archive sonore vieille de 6 ans et demi: le 26 septembre 2005, juste après les attentats de Londres, un ministre de l'intérieur dénommé Sarkozy expliquait à Elise Lucet (de France 3) qu' « il n'était pas normal qu'un individu qui habite dans nos quartiers aille passer 4 mois en Afghanistan ».

C'était il y a 6 ans et demi.

Et le chômage ?
Pourtant, il y avait d'autres sujets à traiter en ce début de seconde semaine. Par exemple, on attendait toujours le programme du candidat sortant. « Mon programme est parfaitement chiffré : moins de 3% de déficit en 2013, 0% de déficit en 2016. C’est 110 milliards d’effort, 70 par la réduction de dépenses, 40 par l’augmentation des recettes » expliqua brièvement Nicolas Sarkozy ce lundi matin.

Sur qui allait-il trouver 70 milliards d'euros d'économies ? La réduction du nombre de fonctionnaires ?
Lundi soir, le gouvernement était contraint de publier ses chiffres du chômage à fin février, les derniers avant le premier tour de l'élection présidentielle. Le matin même, Sarkozy avait eu cette formule délicieuse: « les chiffres de ce soir manifesteront une amélioration de la situation, avec une baisse tendancielle de l'augmentation du nombre de chômeurs » . Il faisait du Lagarde, du nom de son ancienne ministre de l'économie qui n'hésitait jamais à parler de « réduction de la hausse » et autres « ralentissement de la dégradation »...

Il voulait nous faire croire qu'il y avait reprise. En fait, le gouvernement avait décidé de consommer les deux tiers du nombre de contrats aidés avant le scrutin, histoire de forcer un peu les statistiques.

Le soir, donc, le chiffre tombait, et il était mauvais, une fois de plus, un record depuis octobre 1999: le nombre de demandeurs d'emploi en France métropolitaine avait progressé pour le dixième mois consécutif, avec 2,867 millions de personnes sans emploi (la catégorie A), soit 6.200 de plus en un mois (+0,2%).

Sarkozy: des millions et des affaires.

Pendant la campagne, le vacarme continue. Nous entamions notre seconde semaine de campagne officielle, avec 10 candidats et une égalité de temps de parole dans les médias radio et télévisuels. Certains espéraient que cela ferait la différence. L'équipe Sarkozy voulait surfer sur le drame de Toulouse. Nous avions d'autres sujets, d'affaires à commenter.

Plusieurs informations, apparemment sans rapport, avaient été révélées la semaine dernière, et pourraient affecter le sort judiciaire de Nicolas Sarkozy et de certains proches dans les mois à venir. 

Les millions de Balladur
La justice a d'abord trouvé le chaînon manquant dans l'un des volets de l'enquête sur l'attentat de Karachi. Environ 10 millions de francs (1,5 million d'euros) avaient été déposés en espèces sur le compte de la campagne d'Edouard Balladur. Le trésorier de l'époque ne s'en souvenait plus de l'origine. En enquêtant sur le volet financier de l'attentat de Karachi, le juge Renaud van Ruymbeke avait trouvé la preuve d'un versement anticipé de 10 millions de francs par les autorités saoudiennes, dans le cadre de la vente de frégates françaises.

Ces derniers jours, le juge van Ruymbeke a recueilli le témoignage du gestionnaire de deux sociétés offshore créées par Ziad Takieddine et Abdul Rahman El Assir, les deux intermédiaires imposés par l'équipe Balladur dans la vente de frégates françaises à l'Arabie Saoudite et de sous-marins au Pakistan en 1993-1993. Et il a ainsi identifié, révélait Mediapart, sur un « compte de transit utilisé par les marchands d’armes, à la banque SCS Alliance de Genève,  la trace d’une sortie en espèces de dix millions de francs en avril 1995. » Et de compléter: « L'argent provient directement de la vente des frégates en Arabie.»

Rappelons qu'à l'époque, Nicolas Sarkozy était ministre du budget. Selon plusieurs documents, il a validé le montage financier et fiscal de versement des commissions de ces deux contrats (via la société HEINE). Deux proches du Monarque ont été mis en examen l'an dernier dans le cadre de cette affaire: Nicolas Bazire et Thierry Gaubert. Ziad Takieddine, également mis en examen, était un proche ami de Brice Hortefeux et de Jean-François Copé.

La semaine dernière, la Cour de Cassation a rejeté la demande de désaisissement des juges Van Ruymbeke et Le Loir qu'avait demandé Takieddine.

Les millions de Kadhafi
La semaine dernière, un ponte de l'ancien régime Kadhafi a été arrêté en Mauritanie. Abdallah al Senoussi  était le négociateur représentant l'ancien dictateur avec Claude Guéant, Brice Hortefeux et Ziad Takieddine, quand ces derniers vendaient des équipements de surveillance i2e (devenu Amesys). En juillet dernier, Mediapart affirmait notamment que Ziad Takieddine avait « obtenu, en avril 2007, en pleine campagne présidentielle, des commissions occultes sur un marché de livraison de matériel de guerre électronique vendu par la société i2e (filiale du groupe Bull) à la Libye. Sur ce premier contrat, destiné à crypter les communications du régime et à contrer la surveillance des services secrets occidentaux, un montant de 4,5 millions d'euros a été versé à M. Takieddine. »

On soupçonne Abdallah al Senoussi de détenir des informations sur le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Voici 15 jours, Mediapart citait un témoin, qui s'est rétracté depuis, mentionnant des versements du régime libyen pour le compte de la campagne de Sarkozy en 2007.

Senoussi devrait être extradé vers la Libye.

Lundi 26 mars, Ziad Takieddine n'a pas « mâché » ses mots contre son ancien mentor:  « vous pouvez remarquer qu'en tant que citoyen français avisé je ne voterai pas Nicolas Sarkozy ! Je souhaite pour mon pays un président qui n'aurait pas fait partie, ou "trempé", dans ce milieu.»

Les millions de Bettencourt
Autre enquête, autre affaire. Patrice de Maistre a été arrêté. « L'ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt a été placé vendredi en détention provisoire après une nouvelle mise en examen », a annoncé le parquet de Bordeaux. Le JDD a complété d'un scoop dimanche dernier: Patrice de Maistre a été placé en détention à cause du financement de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007. Rien que ça.

Le juge en charge de l'instruction a en effet récemment obtenu la preuve de versements en espèces, pour 4 millions d'euros au total, des comptes suisses des époux Bettencourt via Patrice de Maistre. Laurent Valdiguié, du JDD, précise « Le juge Jean-Michel Gentil, qui mène l’instruction, estime "qu’il existe désormais à l’encontre du mis en examen Patrice de Maistre des charges importantes d’avoir participé à un système de “mise à disposition d’espèces par compensation” du 5 février 2007 au 7 décembre 2009 pour des montants considérables de 4 millions d’euros ».

Le juge s'interroge notamment sur la coïncidence des dates de deux versements  de 400.000 euros avec des rencontres avec Woerth puis Sarkozy (le 5 février 2007 « deux jours avant le deuxième rendez-vous dans un bar entre Patrice de Maistre et Éric Woerth intervenu le 7 février 2007 » et le 26 avril 2007).

Vendredi dernier, Patrice de Maistre a nié avoir remis de l'argent à la campagne de Nicolas Sarkozy.

Assez curieusement, Nicolas Sarkozy n'a été interrogé sur aucune de ces trois développements lors de son intervention radio sur France Info ce lundi 26 mars.



26 mars 2012

Ce que Sarkozy ne fait plus pour les seniors

C'est une belle arnaque, perchée là-haut dans son programme. Nicolas Sarkozy oeuvrait pour les plus âgés d'entre nous. Les seniors, c'était l'un de ses électorats fétiches. En 2007, le candidat Sarkozy avait fait carton plein chez les plus âgé(e)s des électrices et électeurs. Cinq ans plus tard, seront-ils encore dupes ?

Soigner les seniors...
Récemment, pour mieux souder les retraités avec lui, Sarkozy n'a pas hésité à déraper dans l'outrance. C'était le 8 mars dernier.

«Je n’accepte pas que l’épouse d’un agriculteur qui a travaillé toute sa vie ait une retraite moins élevée qu’une personne qui viendrait à 60 ans en France pour profiter, sans jamais y avoir travaillé, du minimum vieillesse. Celui qui a travaillé ne peut pas avoir moins que celui qui n’a jamais travaillé.»

Comme l'avait relevé la cellule Desintox de Libération, ces propos dépassaient le n'importe quoi. Cette affirmation était d'abord un copié-collé d'une précédente déclaration de Marine Le Pen. Patrick Buisson, l'extrême droitiste mais conseiller de Nicolas Sarkozy avait encore parlé dans l'oreillette du candidat sortant. Cédric Mathiot, pour Libération, précisa rapidement: « Quasiment rien n’est vrai dans la déclaration de Nicolas Sarkozy ». Il faut 10 ans d’antériorité de résidence pour bénéficier de l'Allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa).

Pour soigner les seniors, Nicolas Sarkozy s'est abrité derrière l'une des rares promesses qu'il a tenues, la revalorisation de +25% en 5 ans du minimum vieillesse (777 euros par mois le 1er avril prochain). Moins de 600.000 personnes sont concernées.

600.000 sur ... 13 millions de retraités. Les autres retraité(e)s ont supporté sans broncher l'augmentation des déremboursements en tous genres, la progression de l'insécurité, l'aggravation du chômage des seniors, et... une mauvaise réforme des retraites. 

...ou pas
Sur quatre sujets majeurs, au moins, le candidat sortant a prouvé son inefficacité et/son incompétence. 

1. Les seniors ont été l'une des grandes victimes de l'aggravation du chômage.
En 2012, le candidat sortant découvre que seuls 10% des chômeurs sont en formation. Il feint de croire que cela serait la conséquence d'un « blocage » tel qu'il faudrait un référendum populaire pour en sortir. En janvier 2009, il avait dû suspendre la suppression progressive de Dispense de Recherche d'Emploi à compter de 58 ans, dont les bénéficiaires ont chuté de moitié entre 2008 et 2010 malgré la crise. Le chômage s'est envolé. Les dispositifs de pré-retraite sont découragés. Les entreprises se saisissent de la « rupture conventionnelle du contrat de travail », une nouvelle modalité mise en oeuvre au printemps pour dégager des seniors de leurs effectifs. Les résultats sont là, et catastrophiques: le nombre de sans-emplois inscrits à Pôle emploi et âgés de plus de 50 ans a cru 5 fois plus que la moyenne l'an dernier: +14% pour les hommes, +17% pour les femmes.

2. La retraite fut le second gros objet de mensonges du candidat sortant. 

Pendant 18 mois durant, il répéta sur toutes les estrades qu'il avait sauvé la retraite de quelque 1,5 million de Français. On imaginait ces retraités tous transis d'admiration, emplis de soulagement. C'était faux, lamentablement faux, honteusement faux:
- La réforme des retraites n'a pas sauvé le régime général. En 2013, c'est-à-dire l'an prochain, il faudra s'y remettre. Les recettes n'équilibrent pas les dépenses, ni même en 2018.
- Pour celles et ceux qui ont débuté leur carrière professionnelle entre 16 et 18 ans, la réforme ne change rien, la durée de cotisation reste ... plus longue que le régime normal (respectivement de 44 et 43 ans). Pour celles et ceux qui ont commencé à travailler à 19 ans, ils devront cotiser 43 ans. En d'autres termes, les seniors ayant travaillé très jeunes devront travailler plus longtemps que les autres. 
- Les chômeurs seniors sont aussi les premières victimes de la réforme Sarkozy. Puisqu'à cause d'elle, ils ont dû prolonger leur inscription à Pôle emploi. En août dernier, à l'entrée en vigueur de la réforme, plus de 8700 chômeurs de plus de 50 ans étaient déjà concernés. Près d'un Français sur deux âgés de plus de 58 ans est sans emploi.


3. L'insécurité a progressé. Bizarrement, l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales est resté avare en analyse sur l'âge des victimes. Mais les atteintes aux personnes ont violemment augmenté depuis bientôt 10 ans: 381.000 atteintes aux personnes en 2002, 411.000 en 2005, 434.000 en 2006, 433.000 en 2007, 443.000 en 2008, 456.000 en 2009, 467.000 en 2010, puis 468.000 en 2011. Nicolas Sarkozy a multiplié les lois et règlements, tout en réduisant les moyens des forces de l'ordre. La récente et dramatique séquence toulousaine ne saurait faire oublier ce mauvais bilan.


4. La santé est moins bien couverte, les plus âgés d'entre nous sont les premiers touchés, car les plus médicalisés: nouvelles franchises médicales (dès janvier 2008), déremboursements en cascade, hausse des tarifs de mutuelles (jusqu'à cette récente annonce), sous-financement des hôpitaux (voire la récente pénurie de ... draps à l'APHP!), ... Nicolas Sarkozy n'a pas hésité à réduire la couverture publique des soins. Sa réforme hospitalière a provoqué la suppression d'hôpitaux de proximité.


Ami sarkozyste, où es-tu ?


25 mars 2012

Merah est mort, Sarkozy parle à Strasbourg.

C'était le premier discours officiel du candidat sortant après la tragédie de Toulouse, jeudi soir, à Strasbourg. Le cadavre de Mohamed Merah avait été transféré pour autopsie à Paris. Sarkozy avait lâché son costume de président pour reprendre celui de candidat.

A Strasbourg, Nicolas Sarkozy faisait son show.

L'introduction fut sans détour: « Un assassin a voulu selon ses propres mots « mettre la France à genoux » en semant la haine et la terreur, il a été mis hors d’état de nuire. »

Instrumentalisation maximale
En résumé, Sarkozy développe un argument en trois temps: Mohamed Merah a attaqué la France (« La France aujourd’hui est meurtrie, elle est meurtrie au plus profond d’elle-même par ces crimes odieux perpétrés contre des enfants et contre des soldats désarmés.») , il a menacé nos valeurs (« Ce sont les valeurs de la France qui ont été niées, ce sont les principes de la République qui ont été bafoués »), nous devions être forts car la France est un phare pour l'humanité.
« Ces événements tragiques ont endeuillé la France mais ils nous rappellent ces événements que nous sommes forts lorsque nous sommes unis autour de nos valeurs, que nous sommes faibles quand nous oublions nos valeurs.»
L'instrumentalisation fut maximale quand il se plut à décrire Mohamed Merah: « chercher une explication au geste de ce fanatique, de ce monstre, laisser entrevoir la moindre compréhension à son égard ou, pire, lui chercher la plus petite excuse serait une faute morale impardonnable.»

L'instrumentalisation se poursuivit quand il tacle celles et ceux qui s'interrogèrent sur le contexte de ces attentats. « Non, la France n’est pas coupable, non, il n’y a pas en France un climat qui puisse expliquer ces crimes parce que ces crimes sont inexplicables et inexcusables ! » L'affirmation était un peu courte. Elle contredisait même l'argument sarkozyen largement relayé depuis mercredi sur le danger communautaire. Alors, que fallait-il comprendre ? La France est-elle un pays paisible soudainement attaqué par un malade mental isolé ? Ou souffre-t-elle de tensions communautaires ?

Evidemment, ce jeudi soir à Strasbourg, il n'était pas question pour Sarkozy de s'interroger sur la diplomatie française. L'échec de l'opération afghane depuis qu'il l'a renforcée en 2008 interroge. L'attitude pro-atlantiste du gouvernement français depuis 2007 également. Un moment, Sarkozy eut raison: « ce crime ne sert aucune cause, aucune cause politique, aucune cause religieuse, aucune cause humaine, ce crime abîme toutes les causes. Ce crime doit être regardé pour ce qu’il est, un acte inacceptable pour la conscience, pour la civilisation et pour la société.»

Ah... les valeurs !

A Strasbourg, Sarkozy a promis de ne jamais transiger sur les valeurs. Tout y passa, c'était chic et grandiose, mais quand il était faux et amnésique. Oubliés la chasse aux Roms qui provoqua une indignation planétaire, le soutien affiché aux dictateurs jugées utiles (Bachar el-Assad en 2008-2010, le colonel Kadhafi et ses contrats troubles en 2005-2009; etc), la multiplication des lois de surveillance (visiblement inefficaces) qui inquiètent jusqu'à l'ONU. Oublié le débat sur l'identité nationale de l'hiver 2009/2010, la traque des sans-papiers jusque dans les écoles. La liste est longue et mériterait un billet.

Parfois, sa profession de foi sonnait comme un aveu d'échec sur son propre quinquennat, comme lorsqu'il évoquait les « pompiers auxquels dans certains quartiers on ose jeter des pierres, nous ferons respecter les institutions de la République ».

L'instrumentalisation continuait quand il rappela ses mesures du jour contre le terrorisme, deux machins inapplicables et décidés à chaud et sans analyse. Surtout, il mentit: « Désormais, toute personne se rendant à l’étranger pour y suivre des travaux d’endoctrinement à des idéologies conduisant au terrorisme sera punie pénalement d’une peine de prison ! » Il abusa d'un « désormais », comme si ses annonces précipitées de la veille étaient déjà réalité.

C'était faux. Ces annonces n'étaient que des promesses, puisque le Parlement est vacant jusqu'à son renouvellement en juin prochain. Une journaliste du Parisien confia, le lendemain sur TWitter, que le Monarque avait un temps pensé à convoquer le Parlement avant le 6 mai pour mieux « coincer » la gauche. Quel manque de respect pour la démocratie ! Nous sommes en pleine campagne, c'était justement le moment des promesses et des programmes. Pourquoi jouer avec les institutions - et notamment les privilèges de la fonctions présidentielles - pour fausser la compétition électorale ?

Vive de Gaulle !
Chaque année, il se rend au plateau des Glières, dans le Vercors. Il fallait bien que cela serve. A Strasbourg ce jeudi, Nicolas Sarkozy avait besoin d'invoquer de Gaulle. « Mes Chers Amis, en 1947, ici à Strasbourg, Cher Philippe Richert, Chers Amis, le général de Gaulle disait aux Français : "nous nous trouvons désormais dans un univers entièrement différent de celui où notre pays avait vécu pendant des siècles" » Il fallait récupérer ce qui pouvait être récupérer.

Sarkozy voulait ressembler à de Gaulle. Ses exemples étaient spéciaux et spécieux. « La France a des responsabilités particulières en Europe et dans le monde, elle a assumé ses responsabilités la France lors de la conférence de Copenhague sur le climat.» Copenhague ?  Le sommet fut un fiasco. Un vrai fiasco. Des mois de préparations et de mise en scène médiatique, avec Jean-Louis Borloo en tête, pour .... rien. Un peu plus tard, il ré-invoqua de Gaulle. « Souvenez-vous, le général de Gaulle ! » cria-t-il, avant de citer le sauveur de la France libre: « si nous n’étions pas le peuple français, nous pourrions reculer devant la tâche » . Il devait récupérer: « mais, mes Chers Amis, nous sommes le peuple de France, nous ne reculerons pas devant cette tâche ! »

Ses responsabilités, la France « les assumées la France lorsqu’elle s’est interposé au nom de l’Europe dans le conflit où la Géorgie était menacée de disparaitre. » Fallait-il rire ou pleurer ? La Géorgie a été démantelée.

Responsable... ou irresponsable ?
La France aurait aussi assumé ses responsabilités «quand elle a répondu en Côte d’Ivoire à la demande des Nations Unies pour mettre un terme à un déni honteux de démocratie. » Dont acte. Sarkozy avait raison. Il avait tort sur l'ensemble de sa politique françafricaine.
Evidemment, Sarkozy avait besoin de revendiquer sa guerre en Libye, sa seule victoire, une rédemption. Elle devait faire oublier tout le reste. Y compris les sales contrats de livraison de système d'espionnage conclus par Sarkozy avec Kadhafi quand il était ministre de l'intérieur.

Sarkozy, ce jeudi, avait même pu dénoncer « un régime syrien qui assassine honteusement son peuple innocent victime d’un dictateur sans scrupule ». En décembre 2010, le ministre Mitterrand guidait le couple El-Assad dans de riches musées parisiens. C'était il y a 14 mois.

Après de Gaulle, Sarkozy se confondait avec la France. Il débloquait sans doute. Nul ne savait. Ainsi, « C’est la France qui a exigé des Etats-Unis d’Amérique la création du G20, instrument indispensable au rétablissement de la confiance ! ». Barack Obama en est tout retourné.

Sarko, Super-Dupont
« C’est la France qui a réclamé la réforme de la finance mondiale qui nous a amenés au bord du gouffre, la lutte contre les paradis fiscaux, la taxe sur les transactions financières, la lutte contre la spéculation sur les marchés des matières premières et l’avenir de notre agriculture. » La Sarkofrance a réclamé. Sarkozy est toujours très bon pour ce genre de réclamations. Rien ne fut fait.

Ce n'était pas tout. La fin du discours approchait et Sarkozy s'envolait vers d'improbables cieux narcissiques. « C’est la France, mes Chers Compatriotes, mes Chers Amis, qui a entraîné toute l’Europe dans le soutien à la Grèce menacée de faillite ». On se pinçait. Le gars nous prenait pour des cons. Pardonnez l'expression.

Un moment, nous avons cru à un éclair de lucidité: « Au nom de la stabilité, nous avons toléré des régimes qui n’avaient rien à voir avec les valeurs qui étaient les nôtres ! » Que nenni ! Sarkozy pensait à l'Union soviétique, disparu voici 20 ans !  Le gars était Hibernatus.
« Au nom de la stabilité, nous avons accepté pendant des décennies que presque 100 millions d’Européens ne bénéficient pas de la liberté, la liberté pour nous, la dictature pour eux au nom de la stabilité. »

Réécrire l'histoire
Il y eut cette phrase, un truc incroyable: « Avec les printemps arabes, la France a senti que sa place ne pouvait être qu’aux côtés des peuples, des peuples qui voulaient se libérer ». On se souvenait pourtant de la ministre Alliot-Marie en voyage touristique en pleine révolution tunisienne. Ou des vacances d'Etat de François Fillon en Egypte pendant cet autre printemps. On se souvient de la livraison de grenades lacrymogènes au régime de Ben Ali, quelques 4 jours avant la chute du régime.

Mais attention, pour ces nouvelles démocraties, Sarkozy sera vigilant, et davantage qu'avec les autocraties d'il y a un an: « Mais avec la même franchise je veux dire à ces nouveaux régimes que nous avons soutenus et que nous aiderons que pour nous le respect des minorités ça ne se discute pas, le respect des libertés religieuses y compris pour les chrétiens d’Orient ça ne se discute pas ! Les droits de l’homme et les droits de la femme ça ne se discute pas ! » Tolérant avec Ben Ali, inflexible avec la jeune démocratie tunisienne, il est comme ça Sarkozy. Il a changé.

Pour ce monde nouveau, Sarkozy avait plein d'espoir. Comment le croire ? La rhétorique est souvent ridicule: « ce monde nouveau nous devons l’aider à naître car le monde ancien n’en finit plus de mourir et le nouveau a du mal à naître, c’est à la France de l’aider à naître ». sarkozy se prenait pour une sage-femme. « Le message de la France est simple, nous n’avons pas le droit d’échouer. » Il avait échoué pendant 5 ans.

Il clama quelques preuves, mal choisies et peu crédibles: « Si la France ne croit pas à la taxation des transactions financières, personne ne le fera ! » La fameuse taxe décidée par Sarkozy n'était que le rétablissement de l'impôt de bourse qu'il avait supprimé. « Si la France ne lutte pas pour un new deal économique et écologique planétaire, qui le fera à notre place ? » Vraiment ? L'organisation des G20 et G8 par la France l'an passé fut un fiasco retentissant.

A Strasbourg, Nicolas Sarkozy voulait encore défendre la réintroduction de la France au sein du commandement intégré de l'OTAN. « Mais la France, je veux le dire, est plus forte avec ses alliés que toute seule. S’il en est qui veulent rompre l’amitié avec les Etats-Unis d’Amérique, qu’ils le disent aux Français ! » C'était curieux. Qui réclamait de rompre nos relations diplomatiques avec les Etats-Unis ? Personne. Mais Sarkozy avait besoin de nous raconter une histoire. Il était Don Quichotte, il s'inventait des obstacles, des ennemis: « On ne peut pas avoir d’alliés, on ne peut pas avoir de partenaires, si l’on ne respecte pas la parole donnée. »

Décisions improbables
Il pensait qu'il avait pris des décisions difficiles. Lesquelles ? Le bouclier fiscal ? «  Quand on est chef de l’Etat, on n’a pas que des décisions faciles à prendre, on a même que des décisions difficiles ».

Il eut parfois des paroles improbables. « La France au Moyen-Orient, son honneur, c’est de ne pas choisir entre ses amis ».

« Si les Français me font à nouveau confiance, je me rendrai d’abord en Allemagne pour redire au peuple allemand l’amitié indéfectible du peuple français et sa volonté de construire avec lui un destin commun.» Il avait raison de prévoir d'aller rencontrer Angela Merkel dès sa réélection plutôt que de retourner au Fouquet's. La chancelière allemande, qui avait rapidement soutenu le candidat sortant, s'en est détachée dès le lendemain.

Promesses futiles
Evidemment, s'il était réélu, tout serait à nouveau possible. Ces nouvelles promesses, après 5 ans de gouvernance, en étaient drôles. Ainsi, il irait nous résoudre le conflit Israël/Palestine...  « Mais sitôt après, je me rendrai auprès du peuple israélien et du peuple palestinien et la France leur proposera une initiative pour faire avancer la paix.» Bien sûr....

Ce jeudi en fin d'après-midi, Nicolas Sarkozy dut s'attarder un peu sur l'Alsace. Il fallait bien satisfaire l'assemblée de militants locaux.

Mais le plus incroyable fut cet aveu final, incroyable aveu d'une confusion des genres, président et candidat.
« Alors, mes chers amis, ce soir, dans cette réunion si particulière, à un moment si particulier, au moment où, dans la même journée, je me dois d’être président de la République face à la douleur des victimes, président de la République face à des décisions graves, président de la République garant de l’unité de la nation, et en même temps candidat, candidat parce qu’il y a un rythme démocratique, ici, dans cette journée si particulière, je vous ai fait mon discours en pensant à l’étrangeté de cette journée. Je veux vous dire une chose : Aidez-moi, aidez- moi, aidez-moi, aidez-moi à construire cette France qui entraînera le monde sur la voie d’un nouvel ordre mondial. Aidez-moi à construire l’Europe forte. Françaises, Français, j’ai besoin de vous ! Vive l’Alsace ! Vive la France ! Vive la République !»

Fallait-il l'aider ?

Non



24 mars 2012

Pendant la crise, Sarkozy s'enrichit... à l'étranger.

« Pendant les cinq dernières années je n’ai eu qu’une seule préoccupation, protéger la France de quatre années de crise parmi les plus violentes que le monde n’ait jamais connues depuis un siècle... crise financière, crise de la dette, crise de la dette privée et de la dette publique, crise économique, crise de l’Euro, crise de l’Europe, pendant quatre ans il a fallu tenir.  » 

Ces mots sont de Nicolas Sarkozy, à Recy le 15 mars dernier. Pour excuser son bilan, il ne cesse de répéter combien la France et le monde viennent de traverser la plus grave des crises depuis des décennies, voire depuis 1929.


Quelle ne fut pas notre surprise d'apprendre que son patrimoine avait progressé en 30% ces cinq dernières années ! 

Avant le scrutin de 2007, il se chiffrait à 2,1 millions d'euros. 5 ans plus tard, il a grimpé à 2,7 millions d'euros.

Le Président des riches porte bien son surnom. Sa petite entreprise ne connaît pas la crise. 

Samedi 24 mars, sa déclaration de situation patrimoniale a été publiée au Journal Officiel. Il ne déclare aucune propriété immobilière, aucune valeur mobilière, aucune valeur cotée ou non, aucun véhicule. En revanche, la décomposition de son patrimoine est très instructive. Sarkozy est toujours actionnaire à 34% de la société d'avocats SELAS CSC, et il déclare des « collections estimées à 100 000 € (autographes, montres, statuettes)». Mais le plus intéressant est ailleurs:

Primo, l'accroissement de la fortune de Nicolas Sarkozy provient pour l'essentiel de ses contrats d'assurances vie, qui s'élèvent désormais à 2,58 millions. Or, en période de dépression boursière, il faut être sacrément bien conseillé pour faire fructifier son patrimoine avec de tels contrats.

Secundo, le Monarque a placé l'essentiel de sa fortune dans une banque ... étrangère, HSBC (via sa filiale française): une assurance-vie pour 2,3 millions d'euros et 56 919 euros sur un compte courant commun avec Carla Bruni.

Tertio, Sarkozy a choisi l'exil bancaire en pleine crise. Comme le rappelle mon confrère Ménilmuche, Nicolas Sarkozy a profité de la crise pour quitter la Société Générale au profit d'une banque étrangère. En 2007, date de sa précédente déclaration de patrimoine, la Sogé détenait l'essentiel de son patrimoine.

Président des Riches ou candidat du peuple ?

Il faut choisir...






255ème semaine de Sarkofrance: comment Sarkozy a utilisé le drame de Toulouse

La semaine s'annonçait risquée. Dimanche soir, le candidat sortant s'était vautré sur M6 dans l'émission Capital. Sa prestation face au journaliste Thomas Sotto fut pitoyable. Quelques heures avant, Jean-Luc Mélenchon avait réussi sa démonstration de force avec 120.000 participants à la place de la Bastille pour son premier meeting en plein air, une jolie opération qui fit oublier le mega-meeting de Villepinte du faux « candidat du peuple ».

Mais lundi, à 8 heures, la campagne fut stoppée net. Un fou venait d'exécuter quatre personnes, dont trois enfants, dans une école juive à Toulouse. Sarkozy reprit son costume de président. 

Se saisir de l'évènement
Il voulut suspendre la campagne des autres. La sienne, il la poursuivit depuis l'Elysée: deux interventions lundi, puis quatre autres, longuement filmées, le lendemain: Sarkozy à l'Elysée, Sarkozy à Toulouse, Sarkozy avec des collégiens, Sarkozy avec des militaires

Mercredi, il fut à peine plus en retenue. Il y eut un moment d'union sacrée, avec la présence de 5 candidats, graves et tristes, dans la caserne de Montauban, pour un hommage aux 3 militaires exécutés les 11 et 15 mars par le même tueur. Un moment gâché par des sbires du Monarque qui ne supportaient pas, depuis la veille déjà, que d'autres que leur mentor puissent s'associer à la douleur des victimes et la rigueur des enquêteurs.

Mercredi, nouveau coup de théâtre. Le tueur avait été localisé, et encerclé par quelque 200 policiers, à Toulouse dès 3 heures du matin. Il s'appelle Mohamed Merah, 23 ans, et sera tué le lendemain lors d'un assaut final. Au fil des 32 heures de siège, il a tout revendiqué et tout donné, le scooter utilisé pour ses meurtres, la voiture où étaient cachés explosifs et armement, ses prochaines cibles. Il s'est réclamé d'Al Qaïda. Le ministre de l'intérieur Claude Guéant était sur place. Le show fut continu, sur toutes les chaînes et radios d'information. Les médias furent abreuvés comme des oies que l'on gave pour un mauvais foi gras. Il fallait qu'ils ne parlent que de ça. Même les journalistes politiques, dont certains avaient l'oreillette reliée au plus près du pouvoir, furent transformés en chroniqueurs judiciaires.

Après l'issue fatale, on s'interrogeait: pourquoi tout ce cirque filmé comme un mauvais film hollywoodien ? Pourquoi la DCRI qui Mohamed Merah depuis ses séjours chez les Talibans avait-il pu commettre de tels actes ?

Alors que le forcené était maîtrisé et abattu, après quelque 300 balles échangées, jeudi matin à 11h37, le secrétaire désigné de l'UMP Jean-François Copé accusait encore François Hollande de ne pas avoir « respecté le temps du deuil ».

Manipuler l'opinion

Immédiatement, Sarkozy rassembla ses ministres et, à 13h, il avait imaginé une nouvelle loi: sanctionner pénalement celles et ceux qui visiteraient régulièrement des sites de propagande terroristes ou visiteraient des camps d'entrainement. Même les experts les plus dociles restaient perplexes. Encore une loi décrétée à chaud, dans l'émotion, sans aucune chance d'être votée avant juillet faute de parlement.

Depuis 2007, la boulimie législative de Nicolas Sarkozy en matière sécuritaire, pour de si mauvais résultats, n'a d'égal que son inefficacité: rétention de sûreté et peines planchers en août 2007 (8.000 par an, parmi 2,5 millions de crimes et délits constatés chaque année), filtrage des sites internet Loppsi II, décret anti-cagoule depuis juin 2009, loi anti-bandes, videoprotection prétendument facilitée, légalisation des milices privées, dépistage obligatoire de maladies sexuellement transmissibles, autorisation des contrôles d'identité et fouille sans motif par les polices municipales, etc. Une boulimie fustigée en juillet dernier par la Cour des Comptes. Jeudi, le conseil constitutionnel avait même censuré le fichier des honnêtes gens.

Ne fallait-il pas poser la question des moyens ? En deux ans, les effectifs de la DCRI avaient été réduits de 12%. En 5 ans, les forces de l'ordre avaient perdu 12.000 postes. En 10 ans, les atteintes aux personnes avaient cru de 150.000 actes.

Dès jeudi soir, le candidat sortant était à nouveau en meeting, à Strasbourg. Il consacra un long paragraphe, presque la moitié, de son discours au drame de Toulouse. On avait dit « pas d'instrumentalisation »... n'est-ce pas ?

Il était encore trop tôt pour mesurer l'impact de cette tragédie sur la campagne, l'efficacité de la manipulation médiatique du Monarque sur l'opinion. Côté sondages, la cote du candidat sortant s'était redressée, Marine Le Pen s'était affaissée. La vraie surprise vint de Jean-Luc Mélenchon, propulsé en troisième position grâce à son meeting de la Bastille. Mais fondamentalement, le rapport de forces restait inchangé. De lundi à jeudi, la campagne fut au moins suspendue dans les décomptes de prises de parole du CSA. C'était malheureux. Sarkozy s'était engouffré dans la brèche. 

Occulter les vrais sujets
L'affaire Merah terminée, nous pouvions nous inquiéter des vrais sujets, se rappeler de cette étonnante émission Capital sur M6, dimanche dernier. Devant quelques reportages et un journaliste insistant, le candidat sortant avait sombré. Pauvreté, endettement, chômage, précarité sanitaire, ségrégation scolaire, Sarkozy n'avait pas de réponses, que du déni.

En fin de semaine, il partit à Valenciennes, se montrer enfin avec Jean-Louis Borloo qui ne boudait plus. Le président du Parti radical a peut-être sauvé sa place de député et le million d'euros que lui file l'UMP chaque année pour faire vivre son mouvement. Sarkozy parla logement social. Sa grande idée avait été d'autoriser 30% de surfaces constructibles. Comme si le manque de logements en France était un problème de normes.

On pouvait donc parler de notre Sécurité sociale. De meetings en discours, Sarkozy se félicite de sa rigueur. Mais la Sécu creuse son trou, à près de 10 milliards d'euros cette année. Les cotisations ne rentrent plus. Les exonérations se multiplient, autant que les déremboursements. Dimanche dernier, le Monarque s'exclamait encore: « en France, se soigner, c'est gratuit ». Pour qui ? Xavier Bertrand vient de signer un décret imposant aux mutuelles et assurances de rembourser les dépassements d'honoraires en chirurgie, anesthésie-réanimation et gynécologie-obstétrique. Une mesure discrète qui promet de nouvelles augmentations des tarifs des mutuelles...

On pouvait enfin parler de la vie chère et du pouvoir d'achat. D'après une évaluation gouvernementale publiée vendredi mais peu commentée, les salariés des entreprises de plus de 10 employés ont été augmentés deux fois moins que l'inflation au dernier trimestre 2011. Et en rythme annuel, le pouvoir d'achat a baissé de 0,1%.

Sarkozy, c'était aussi la croissance molle. Les optimistes diront que nous sommes sortis de la récession. Pour 2012, la prévision de croissance a été révisée de 0,5 à 0,7%, mais rabaissée pour 2013, à 1,75%. Et le chômage devrait franchir le seuil de 10% de la population active d'ici juin. Les chiffres de février seront connus lundi. La production nationale n'a toujours pas recouvrée son niveau d'avant crise.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

23 mars 2012

Toulouse: le grand échec de Sarkozy

Il est arrivé face caméra, franchissant deux portes avant de parvenir à son estrade. Il marchait comme un cow-boy, mais sans le colt à la ceinture. Le teint était toujours un peu gris. A 13h à l'Elysée, Nicolas Sarkozy  terminait sa séquence présidentielle, entamée lundi pour cause d'attentat, par la promesse d'une énième loi, cette fois-ci contre les sites ou stages d'endoctrinement.  Voulait-il que l'on croit que trois enfants et quatre adultes avaient été exécutés ces dix derniers jours parce que le Net est mal surveillé ?

Le même jour, le conseil constitutionnel censurait son fichier des gens honnêtes. Ficher plus pour surveiller moins et rater tout ? Telle semblait être la doxa implicite du Monarque. Car qui pouvait être satisfait de l'épilogue du drame de Toulouse ?

Le drame questionne la compétence de Nicolas Sarkozy
Nous l'écrivions hier. Chaque jour qui passe ajoute au questionnement. Comment la DCRI a-t-elle raté Mohamed Merah ? Il était surveillé par la DCRI depuis ses « stages » islamistes en Afghanistan et au Pakistan. Une plainte avait été déposée contre lui il y a 18 mois, après qu'il ait violemment tenté d'embrigader un adolescent. Il aurait même été identifié avant la tuerie de lundi matin. Les Etats-Unis l'avaient interdit de vol, car soupçonné de terrorisme. Mais pas en France. Interrogé mercredi, Claude Guéant bafouilla qu'il n'avait eu aucun indice d'un passage à l'acte.
L'opération elle-même est un échec. 
L'intervention, mercredi vers 3h du matin, a été mal conçue, expliqua Jean-Dominique Merchet sur son blog:  curieuse « manière de pénétrer dans l'appartement, mercredi à 3 heures du matin » , absence de renseignement fiable, intervention trop longue, interpellation à domicile plutôt qu'à l'extérieur, la charge était rude. Le RAID avait pour consigne « de tout faire pour l'interpeller vivant », rappela le procureur de Paris. « Tout a été fait pour livrer le tueur à la justice » compléta Nicolas Sarkozy vers 13h. En vain. Merah a été tué. Deviendra-t-il martyr ?


Nicolas Sarkozy a raté un moment d'union sacrée. 
La cérémonie d'hommage aux militaires tués, dans la caserne de Montauban a failli être ce moment d'union nationale et de recueillement collectif. Mais depuis lundi, toute la séquence a été ratée. Sarkozy en est le premier responsable. Lundi après-midi, il avait promis de suspendre sa campagne, mais il s'est trop montré, il fallait qu'il parle. Il en avait oublié d'appeler les proches des soldats tués. Pire, ses sbires ont refusé aux autres candidats tout droit à l'hommage ou à la déclaration. D'abord sur Internet (Twitter, facebook, etc) puis par le biais de communiqués de presse ou d'interview, des proches du Monarque ont violemment ciblé François Hollande et les autres candidats. Même à l'UMP certains furent choqués. Le pire fut encore atteint jeudi quand quelques militants de la Web-campagne de Sarkozy propagèrent sur le Web une photo de François Hollande entouré de maghrébins et affirmer que ces derniers étaient des terroristes. La démarche était immonde.

Jeudi, le Monarque à nouveau candidat annonçait une nouvelle loi, et contre internet. Sa boulimie règlementaire l'avait repris. On retrouvait le candidat sécuritaire prêt à surfer sur chaque fait divers. Dimanche, il avait promis de supprimer deux règlements s'il en créait un nouveau. Quelle loi sécuritaire allait-il supprimer ? Pour l'heure, il annonça deux mesures encore très imprécises et sans doute ridicules, des sanctions pénales contre les consultations  régulières de sites dangereux (« Toute personne qui consultera de manière habituelle des sites qui font l’apologie du terrorisme ou qui appelle à la haine et à la violence sera punie pénalement »), et contre les stages d'endoctrinement à l'étranger (« Toute personne qui se rendra à l’étranger pour suivre des travaux d’endoctrinement à des idéologies sera punie pénalement »). Il réclama à son Garde des Sceaux  « une réflexion approfondie sur la propagation de ces idéologies en milieu carcéral ». Et il garantit que « la propagation d’idéologies extrémistes sera réprimée avec des moyens déjà présents dans le code pénal ». Sans rire, il voulait encore garantir.

L'intervention présidentielle fut courte et ridicule. Interdire la fréquentation de sites Web soulevait bien des questions pratiques. A ce rythme là, Sarkozy allait nous pondre une loi contre les jeux video.

Jeudi, le candidat sortant put enfin amalgamer tout ce qu'il prétendait éviter. 
Quatre heures après son intervention télévisée à l'Elysée, il était en meeting à Strasbourg. Il pouvait se lâcher, sans crainte ni calme. Finalement, cette triste séquence toulousaine n'était qu'une parenthèse.« Ces crimes ne sont pas les crimes d'un fou parce qu'un fou est irresponsable. Ces crimes sont ceux d'un monstre et d'un fanatique. » Quelle idée ! La France forte proclamée à longueur de discours était finalement bien faible. Quelques experts tentaient d'expliquer sur les chaînes d'info pourquoi le RAID n'avait pas su arrêter cet homme seul et sans otage. Personne n'osait aborder la question du bilan.

Encore une fois, Nicolas Sarkozy a cherché à masquer son incompétence.
1. Sarkozy a supprimé environ 10.000 postes dans la police et la gendarmerie depuis 2007.
2. Pire, la DCRI elle-même a été frappée par les réductions, en application de la révision générale des politiques publiques (RGPP). En 2010, le député Diefenbacher notait dans son rapport à l'Assemblée nationale sur le sujet: « En effet, le 15 janvier 2009, la DCRI se voyait notifier une déflation quadriennale de 400 personnels, soit 12 % de ses effectifs, de manière à atteindre 2 922 équivalents temps plein travaillé au 31 décembre 2011».
3. Sarkozy s'indigna de l'endoctrinement dans les prisons. Qui n'a rien fait contre la surpopulation carcérale depuis 2007 ? Qui a préféré la multiplication des fichiers mais la réduction des moyens ? La multiplication des lois mais la diminution des effectifs ?
4. Nicolas Sarkozy voulait ficher tout le monde, même les gens honnêtes, mais avec moins d'agents. Une double erreur: ça ne sert à rien, mais ça permet tout. Pire, même sur le fichage, il se révèle incompétent: le conseil constitutionnel a censuré ce jeudi son fichier des honnêtes gens, justement au motif que son objet est trop large et sans contrôle.
5. Pourrait-on enfin se demander ce que faisions en Afghanistan ? Et dresser le bilan des coups de menton atlantistes de notre Monarque ? La France de Chirac, quoiqu'immobile, avait le sens de la diplomatie. La Sarkofrance a tout ruiné.

« La France vient de traverser une épreuve » résuma Nicolas le président. Non, Nicolas le candidat commençait son épreuve.

Ami sarkozyste, reste avec nous.




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