24 mars 2012

255ème semaine de Sarkofrance: comment Sarkozy a utilisé le drame de Toulouse

La semaine s'annonçait risquée. Dimanche soir, le candidat sortant s'était vautré sur M6 dans l'émission Capital. Sa prestation face au journaliste Thomas Sotto fut pitoyable. Quelques heures avant, Jean-Luc Mélenchon avait réussi sa démonstration de force avec 120.000 participants à la place de la Bastille pour son premier meeting en plein air, une jolie opération qui fit oublier le mega-meeting de Villepinte du faux « candidat du peuple ».

Mais lundi, à 8 heures, la campagne fut stoppée net. Un fou venait d'exécuter quatre personnes, dont trois enfants, dans une école juive à Toulouse. Sarkozy reprit son costume de président. 

Se saisir de l'évènement
Il voulut suspendre la campagne des autres. La sienne, il la poursuivit depuis l'Elysée: deux interventions lundi, puis quatre autres, longuement filmées, le lendemain: Sarkozy à l'Elysée, Sarkozy à Toulouse, Sarkozy avec des collégiens, Sarkozy avec des militaires

Mercredi, il fut à peine plus en retenue. Il y eut un moment d'union sacrée, avec la présence de 5 candidats, graves et tristes, dans la caserne de Montauban, pour un hommage aux 3 militaires exécutés les 11 et 15 mars par le même tueur. Un moment gâché par des sbires du Monarque qui ne supportaient pas, depuis la veille déjà, que d'autres que leur mentor puissent s'associer à la douleur des victimes et la rigueur des enquêteurs.

Mercredi, nouveau coup de théâtre. Le tueur avait été localisé, et encerclé par quelque 200 policiers, à Toulouse dès 3 heures du matin. Il s'appelle Mohamed Merah, 23 ans, et sera tué le lendemain lors d'un assaut final. Au fil des 32 heures de siège, il a tout revendiqué et tout donné, le scooter utilisé pour ses meurtres, la voiture où étaient cachés explosifs et armement, ses prochaines cibles. Il s'est réclamé d'Al Qaïda. Le ministre de l'intérieur Claude Guéant était sur place. Le show fut continu, sur toutes les chaînes et radios d'information. Les médias furent abreuvés comme des oies que l'on gave pour un mauvais foi gras. Il fallait qu'ils ne parlent que de ça. Même les journalistes politiques, dont certains avaient l'oreillette reliée au plus près du pouvoir, furent transformés en chroniqueurs judiciaires.

Après l'issue fatale, on s'interrogeait: pourquoi tout ce cirque filmé comme un mauvais film hollywoodien ? Pourquoi la DCRI qui Mohamed Merah depuis ses séjours chez les Talibans avait-il pu commettre de tels actes ?

Alors que le forcené était maîtrisé et abattu, après quelque 300 balles échangées, jeudi matin à 11h37, le secrétaire désigné de l'UMP Jean-François Copé accusait encore François Hollande de ne pas avoir « respecté le temps du deuil ».

Manipuler l'opinion

Immédiatement, Sarkozy rassembla ses ministres et, à 13h, il avait imaginé une nouvelle loi: sanctionner pénalement celles et ceux qui visiteraient régulièrement des sites de propagande terroristes ou visiteraient des camps d'entrainement. Même les experts les plus dociles restaient perplexes. Encore une loi décrétée à chaud, dans l'émotion, sans aucune chance d'être votée avant juillet faute de parlement.

Depuis 2007, la boulimie législative de Nicolas Sarkozy en matière sécuritaire, pour de si mauvais résultats, n'a d'égal que son inefficacité: rétention de sûreté et peines planchers en août 2007 (8.000 par an, parmi 2,5 millions de crimes et délits constatés chaque année), filtrage des sites internet Loppsi II, décret anti-cagoule depuis juin 2009, loi anti-bandes, videoprotection prétendument facilitée, légalisation des milices privées, dépistage obligatoire de maladies sexuellement transmissibles, autorisation des contrôles d'identité et fouille sans motif par les polices municipales, etc. Une boulimie fustigée en juillet dernier par la Cour des Comptes. Jeudi, le conseil constitutionnel avait même censuré le fichier des honnêtes gens.

Ne fallait-il pas poser la question des moyens ? En deux ans, les effectifs de la DCRI avaient été réduits de 12%. En 5 ans, les forces de l'ordre avaient perdu 12.000 postes. En 10 ans, les atteintes aux personnes avaient cru de 150.000 actes.

Dès jeudi soir, le candidat sortant était à nouveau en meeting, à Strasbourg. Il consacra un long paragraphe, presque la moitié, de son discours au drame de Toulouse. On avait dit « pas d'instrumentalisation »... n'est-ce pas ?

Il était encore trop tôt pour mesurer l'impact de cette tragédie sur la campagne, l'efficacité de la manipulation médiatique du Monarque sur l'opinion. Côté sondages, la cote du candidat sortant s'était redressée, Marine Le Pen s'était affaissée. La vraie surprise vint de Jean-Luc Mélenchon, propulsé en troisième position grâce à son meeting de la Bastille. Mais fondamentalement, le rapport de forces restait inchangé. De lundi à jeudi, la campagne fut au moins suspendue dans les décomptes de prises de parole du CSA. C'était malheureux. Sarkozy s'était engouffré dans la brèche. 

Occulter les vrais sujets
L'affaire Merah terminée, nous pouvions nous inquiéter des vrais sujets, se rappeler de cette étonnante émission Capital sur M6, dimanche dernier. Devant quelques reportages et un journaliste insistant, le candidat sortant avait sombré. Pauvreté, endettement, chômage, précarité sanitaire, ségrégation scolaire, Sarkozy n'avait pas de réponses, que du déni.

En fin de semaine, il partit à Valenciennes, se montrer enfin avec Jean-Louis Borloo qui ne boudait plus. Le président du Parti radical a peut-être sauvé sa place de député et le million d'euros que lui file l'UMP chaque année pour faire vivre son mouvement. Sarkozy parla logement social. Sa grande idée avait été d'autoriser 30% de surfaces constructibles. Comme si le manque de logements en France était un problème de normes.

On pouvait donc parler de notre Sécurité sociale. De meetings en discours, Sarkozy se félicite de sa rigueur. Mais la Sécu creuse son trou, à près de 10 milliards d'euros cette année. Les cotisations ne rentrent plus. Les exonérations se multiplient, autant que les déremboursements. Dimanche dernier, le Monarque s'exclamait encore: « en France, se soigner, c'est gratuit ». Pour qui ? Xavier Bertrand vient de signer un décret imposant aux mutuelles et assurances de rembourser les dépassements d'honoraires en chirurgie, anesthésie-réanimation et gynécologie-obstétrique. Une mesure discrète qui promet de nouvelles augmentations des tarifs des mutuelles...

On pouvait enfin parler de la vie chère et du pouvoir d'achat. D'après une évaluation gouvernementale publiée vendredi mais peu commentée, les salariés des entreprises de plus de 10 employés ont été augmentés deux fois moins que l'inflation au dernier trimestre 2011. Et en rythme annuel, le pouvoir d'achat a baissé de 0,1%.

Sarkozy, c'était aussi la croissance molle. Les optimistes diront que nous sommes sortis de la récession. Pour 2012, la prévision de croissance a été révisée de 0,5 à 0,7%, mais rabaissée pour 2013, à 1,75%. Et le chômage devrait franchir le seuil de 10% de la population active d'ici juin. Les chiffres de février seront connus lundi. La production nationale n'a toujours pas recouvrée son niveau d'avant crise.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

11 commentaires:

  1. Courage, Juan...
    Plus que 6 ou 7 semaines et le cauchemar prend fin.

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  2. avant la fin de la campagne, il y aura une nouvelle loi:

    le bagne pour les mauvais citoyens qui lisent des blogs antisarkosistes et la peine de mort pour ceux qui y réagissent

    bob

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  3. c'est plutot Hollande qui a pu faire oublié les sifflets des ouvriers.

    http://www.20minutes.fr/article/901087/hollande-decoit-fessenheim

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    1. anonyme du 04:24 AM:
      le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il faudrait l'approcher, Nicolas Sarkosy pour arriver à le huer...si tant est que ce fut bien des ouvriers de Fessenheim ( on se souvient des figurants employés par l'UMP
      http://cote-d-azur.france3.fr/info/nice-manifestation-front-de-gauche-72862758.html
      http://tianplus.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/03/08/loire.html

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  4. Pour l'indépendantiste que je suis tout ce que je peu vous souhaiter C'est une phrase que De Gaulle a prononcer à Montréal " VIVRE la FRANCE, VIVE LA FRANCE LIBRE".solange

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    1. A Solange.
      En toute sympathie : à Montréal, De Gaulle à dit :"Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le QUEBEC LIBRE ! Vive le Canada français et vive la France ! " Ce qui a fait scandale...!
      www.youtube.com/watch?v=IaZFvfdietk
      Père Plex

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  5. Un boulot en or : Premier Ministre chez Sarko, c'est le patron qui fait tout le travail, moi je me fais voir quelques minutes à la télé de temps en temps, pas trop car le patron craint la concurrence et se méfie de mon air endormi. Dommage ça ne va pas durer !
    Père Plex

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  6. Vous n'avez que cela en magasin? Takkiedine coincé par les douanier avec 1,5millions d'euros, ça c'est du lourd.
    Et pour l'indigne Rosso-Debord, il faut voir comment elle gère sa bonne ville:
    http://brindecausette.hautetfort.com/archive/2010/10/index.html

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    1. Possible de supprimer ce com?
      Je répondais à un fil qui n'existait plus, au sujet lancé par un UMP sur une députée socialiste.
      merci

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  7. Il est temps que notre cauchemar s'arrête et qu'arrive le 22 avril car ce tordu a toujours un mauvais tour à nous jouer dans sa besace et un bataillon pour l'approuver. Plus que quatre semaines les amis.

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  8. Ce Borloo, quel pâté pour chien!

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