30 avril 2012

Les dérapages de Nathalie Kosciusko-Morizet

La porte-parole de Nicolas Sarkozy s'est coulée dans le moule d'une campagne en roue libre sur les terres du Front National. Celle qui écrivait toute sa méfiance et son désaccord à l'encontre du FN il y a à peine 6 mois dans un ouvrage fort opportuniste abuse désormais de tous les excès de langage, approximations et amalgames pour fustiger François Hollande.

La République méritait mieux.

Appel aux indécis
Officiellement, il est confiant. Officieusement, il urge son équipe de campagne de tout faire pour mobiliser et convaincre cette France silencieuse qu'il cherche encore. Les sondages le donnent perdant, mais les sondages ne veulent rien dire dans ce contexte mouvant et incertain.

Lundi 30 avril après-midi, Nathalie Kosciusko-Morizet invitait ses militants à organiser un  dîner des indécis » à l'occasion du débat Hollande/Sarkozy, et à le faire savoir.
Chers amis,

Vous rencontrez tous les jours des indécis et souvent, quand vous abordez avec eux la campagne, le contact est trop bref, pas le temps de discuter.
Nous connaissons tous autour de nous des indécis : amis de la famille, collègues de bureau, voisins. Il faut profiter de notre proximité avec eux pour les convaincre de voter pour Nicolas Sarkozy. »

Je vous propose donc de réunir tous vos amis indécis dans un lieu sympathique et ouvert (brasserie par exemple) et de conjuguer vos forces de conviction pour les convaincre tous à l’occasion du débat d’entre deux tours mercredi soir.

Elle avait raison. Il y avait des indécis. Et la succession de mensonges, grossièretés et amalgames que l'ancienne égérie de la droite écologiste (sic!) se permettait de livrer ces derniers jours ne lasse de surprendre.


Six mensonges et un amalgame
Dans une interview au Monde le même jour, la directrice de la communication de la campagne du président sortant en a remis une couche. Six mensonges, rien que cela, en une seule interview. Il ne manquait plus que les grossièretés.

1. « La régularisation massive des sans-papiers » : cette mesure n'existe que dans son fantasme.
2. « La suppression du quotient familial »: idem.
3. « des retraites qui baissent  »:
4. « le droit de vote des immigrés » (sans préciser, aux élections locales uniquement)
5. « les salaires des fonctionnaires amputés »
6.  « Hollande n'est là que parce que M. Strauss-Kahn est là où il est, mis en examen pour proxénétisme aggravé

NKM se croyait offensive. Elle caricaturait comme son chef. C'était la stratégie de la peur. Il y a 38 ans, Michel Poniatowski promettait, dans l'entre-deux tours du scrutin de 1974, les chars russes à Paris si François Mitterrand gagnait contre VGE. En 2012, l'URSS n'est plus, mais on use toujours des mêmes ficelles.

Aidée par la publication, fort opportune, des procès-verbaux d'audition de DSK dans l'affaire du Carlton de Lille, l'ancienne égérie de la droite écolo usait des mêmes ficelles que son mentor: mélanger Hollande et DSK, sans preuve ni rapport, sans réalité ni dignité, était l'une des dernières manoeuvres du clan Sarkozy.

Dimanche dernier déjà, elle accusait Hollande de collusion avec DSK, après la venue inopinée de ce dernier, la veille à Paris. Ce dernier avait pourtant tenu des propos d'une extrême clarté (et sévérité) à l'encontre de l'ancien patron du FMI.

NKM était-elle perdue ?

NKM s'était-elle perdue ?






J-6: Sarkozy veut nous convaincre qu'il n'a pas changé

Samedi, l'équipe Sarkozy avait très mal pris la révélation par Mediapart d'un courrier du patron des services secrets libyens, en 2006, confirmant le versement de 50 millions d'euros à la campagne de Nicolas Sarkozy. Interrogé sur CANAL+, le candidat sortant qualifia l'information d'infamie.

Mais le candidat sortant était tout autant inquiet de son propre virage frontiste. Il fallait convaincre les centristes de l'UMP qu'il n'avait pas viré mariniste. 


Toujours hargneux
Samedi, il était à Clermont-Ferrand, chez son ami Brice Hortefeux. Il était venu « sans discours », parce que « je suis venu vous parler, je suis  venu pour partager avec vous les valeurs qui sont les nôtres ». Il lisait quand même son texte. Il voulait nous convaincre qu'il n'avait pas changé, qu'il ne courait pas après Marine Le Pen. Mais il était toujours hargneux, haineux même qu'on l'ait critiqué sa campagne si « Buissonnienne »:

« D’abord je voudrais envoyer un petit message à tous ceux qui nous aiment tant, vous avez compris ? Ceux qui savent tout et ne connaissent rien, ceux qui parlent de la démocratie et ne la respectent jamais, ceux qui disent qu’ils sont généreux, qui donnent des leçons mais qui mettent leurs enfants dans les écoles où il n’y a pas de problèmes et qui habitent au boulevard Saint-Germain, dans un quartier où on n’a pas de problème.»

Il répéta son mensonge sur le soutien, prétendu mais inexistant, de Tariq Ramadan à François Hollande, ou l'appel, prétendu mais inexistant, de 700 mosquées à voter Hollande. Samedi, il alla un cran plus loin, invitant DSK dans son discours. La perche avait été tendue un peu plus tôt par l'ancien patron du FMI. Et Sarkozy la saisit avec une gourmandise non feinte.

DSK s'était invité tout seul dans la campagne. The Guardian avait publié des extraits d'un livre à paraître sur l'affaire éponyme, samedi. A quelques jours du second tour. On s'en fichait et le camp Hollande n'appréciait pas. Sarkozy, qui avait placé DSK au FMI en 2007, prit cela pour du pain béni:  « Mes chers amis, on n’avait rien vu, car aujourd’hui un renfort de poids s’est manifesté en faveur de François Hollande qui a appelé à la rescousse une caution morale de poids, Dominique Strauss-Kahn. Il ne manquait plus que lui et la famille est complète

Le mensonge était aussi gros que l'outrance. Il était même stupide d'imaginer une seule seconde que François Hollande ait eu envie, à fortiori réclamé, du soutien de DSK. A l'inverse, le lendemain sur CANAL+, le leader socialiste eut des termes sans appel: « DSK n'a pas à revenir dans la campagne présidentielle. Il n'est plus dans la vie politique.»

A Clermont, Sarkozy fustigea « les grands censeurs », « les donneurs de leçons ». Il prétendit n'avoir pas changé une ligne de sa lettre aux Français, ni proposé « une seule proposition nouvelle » depuis le second tour. C'était faux. Il accusa encore Hollande de vouloir « faire les poches » à tous ceux qui gagnent « plus de 4.000 € par mois », « faire les poches de celui qui a travaillé et qui a plus que vous ».

Il réclamait le droit de parler laïcité ou immigration. Qui l'en empêchait ? On s'étonnait qu'il ne parle que de cela. Pourquoi évitait-il la dette, le pouvoir d'achat, la désertification médicale, ou le travail précaire ? Il s'énervait, en public et en fanfare, contre un antisarkozysme qu'il faisait mine de découvrir.

A Clermont, Sarkozy entama un léger virage. Il fallait séduire le centre. Cette dernière semaine écoulée avait été trop violente. A mi-discours, il changea de registre: « je sais d’où je viens, je déteste le racisme, je déteste le sectarisme, je déteste la France repliée sur elle-même, je plaide pour la France forte, pas pour la France faible, je déteste la haine de l’autre, je déteste désigner un bouc-émissaire, je déteste l’homophobie, je déteste tout ce qui exclut, tout ce qui avilie, tout ce qui injurie, je déteste cela au plus profond de moi-même ».

Le président zig-zag voulait convaincre les centristes qu'il avait raison de parler d'immigration comme Marine Le Pen: « nous avons accueilli plus de monde que nous ne pouvions en intégrer.» Il oubliait, comme toujours, qui gouvernait depuis 10 ans. Il se permettait, comme toujours, quelques saillies dignes d'un meeting FN, comme celle-ci qui ravivait le cliché d'une immigration profiteuse de notre Sécurité sociale: « Je ne peux pas accepter – dans la situation économique, fiscale, sociale de la France – une immigration qui ne serait motivée que par le seul attrait de prestations sociales parmi les plus généreuses d’Europe. Qu’y a-t-il d’antirépublicain à cela ? » Qui y avait-il de républicain à ne jamais parler des bénéfices, notamment économiques, de l'immigration ? Qui y avait-il de républicain à énumérer de pareils mensonges sur les positions de son rival ? Qui y avait-il de républicain à refuser le débat sur son bilan ?

Toujours glacé
Dimanche matin, Nicolas Sarkozy fut interrogé par Anne-Sophie Lapix sur CANAL+. son rival socialiste le suivait de peu. Les deux avaient une quinzaine de minutes. Sarkozy s'amusa de ne pouvoir que croiser son opposant. Il tentait surtout de corriger le tir, après une semaine marquée par une course à l'extrême droite.
Anne-Sophie Lapix: Nicolas Sarkozy, bonjour. 
Nicolas Sarkozy:  Merci de m'avoir invité. La première fois depuis 5 ans.
(...)

Lapix:  Est-ce que le FN fait partie de la grande famille de la droite ?
Sarkozy: Non. 
Il répondit vite. Il avait décidé, ce dimanche, de rééquilibrer son discours. Les outrances xénophobes de la semaine dernière ont effrayé certains de son camp. « Le score de Front national ne réjouit personne. » Sarkozy cherchait les centristes. « A votre question Est-ce que la famille Le Pen fait partie de la famille de la droite et du centre, la réponse est Non.» Il était prêt à tout donner, et dans tous les sens: « Le droit du sol, c'est la France ». Ou encore: « Je suis pour la France Forte, une France qui accueille ». Qui accueille qui ? Et comment ? A la question de l'attitude de l'UMP en cas de duel FN/PS aux prochaines élections législatives, Sarkozy esquiva. Il ne répondait pas: « La question ne se posera pas

Anne-Sophie Lapix eut cette question cruelle: « Vous avez annoncé un rassemblement le 1er mai sur le Vrai travail. Est-ce que vous allez rendre hommage à Jeanne d'Arc? » Il s'indigna qu'on l'accuse de courir après Le Pen: « l'immigration, on n'a pas le droit d'en parler ? » Il démentit aussi toute désunion au sein de l'UMP: «Jamais la droite républicaine et le centre n'ont jamais été aussi unis ».

Contre Hollande, l'élément de langage, déjà relayé par ses partisans pour cette dernière ligne droite, était d'accuser son rival de mener la France à la faillite. On se souvient du slogan du syndicat d'extrême droite UNI: « Je ne connais pas un Français qui veut que la France devienne la Grèce ou l'Espagne

La journaliste osa quelques questions sur la dernière révélation du journal Mediapart. Sarkozy était figé. Il s'y attendait.  « C'est une infamie. (...) C'est un montage. Mediapart est coutumier du mensonge. C'est une officine au service de la gauche ». L'accusation est grave. Et il rappela qu'il n'avait accueilli le colonel Kadhafi en décembre 2007 qu'à cause de la libération des infirmières bulgares au mois de juillet précédent. Il avait raison, personne ne le conteste. Il oubliait juste le contrat Amesys, c'est à dire la livraison d'un terrifiant système d'espionnage - formation des personnels incluses - pour traquer les dissidents. Un peu plus tard, le destinataire du courrier libyen, Bachir Saleh, récusa avoir jamais reçu la dite lettre. Mais on apprenait qu'il vivait en France, sous protection policière. Il était pourtant recherché par Interpol. L'AFP, qui rapporta l'information après le Canard Enchaîné, allait-elle être qualifiée d' « officine de la gauche » également ?

Dans quel pays vivions-nous ?

Toujours répétitif
En début d'après-midi, Nicolas Sarkozy était partout, à Toulouse mais aussi retransmis dans six autres villes où un ténor du parti tenait meeting: François Fillon à Metz; Bruno Le Maire à Rennes; Alain Juppé à Lyon; Nadine Morado à Limoges; Jean-Francois Copé à Marq-en-Baroeul; Xavier Bertrand à Orléans. Le candidat du peuple faisait campagne par faisceau satellite. Certaines salles étaient quasiment vides.

A Toulouse, Sarkozy voulait aussi convaincre qu'il n'avait pas changé, qu'il était encore « républicain », capable de rassembler plus loin que les rives du front national.

Il mentionna son « nouveau projet pour la France ». Quel était-il ? Son programme, récemment publié, était très vague. Il promettait aucune hausse d'impôts pour les ménages, mais 45 milliards avaient déjà été votées par son précédent gouvernement. De réformes de structure, il n'avait rien promis. Simplement une longue litanie de rappel à la « frontière », quelques menaces contre l'Europe ou les exilés fiscaux. A Toulouse, il continua, cela devenait répétitif: « En 2012, le sujet majeur, c'est les frontières » ou encore: «J'ai levé le tabou des frontières ».

A Toulouse, Sarkozy n'avait finalement pas changé. Il voulait, il devait faire peur et continuer de caricaturer son adversaire: « Le 1er mai, François Hollande défilera derrière les drapeaux rouges de la CGT. Et moi, je parlerai à vous devant une marée de drapeaux tricolores !» Il continua de fustiger la « pensée unique », les « experts », les « commentateurs ».


«Dans la tempête, est-ce qu'ils voudront changer de capitaine ? » conclua-t-il sur France 2, en fin de journée.

Avait-il seulement été seulement capitaine ?


29 avril 2012

Les 50 millions d'euros de Kadhafi pour Sarkozy

Il y a un an, Saïf al-Islam, l'un des fils du colonel Kadhafi,  accusait Nicolas Sarkozy d'avoir reçu un financement illégal de sa campagne en 2007 de la part de son père. Nous étions en plein conflit, et personne ou presque ne prêta attention à la chose.

Samedi dernier, le site d'information Mediapart a publié une note officielle des services secrets libyens, daté du 10 décembre 2006, 

Nous savions que Nicolas Sarkozy avait travaillé avec le gouvernement Kadhafi avant de devenir président. Entre 2005 et 2007, le ministre de l'intérieur, flanqué de son directeur de cabinet Claude Guéant, de son ministre délégué aux collectivités locales Brice Hortefeux et de l'intermédiaire désormais célèbre Ziad Takieddine, avaient oeuvré pour vendre des équipements de surveillance à l'une des pires dictatures du coin. En l'occurrence, la société française Amesys avait ainsi réussi à vendre pour 25 millions d'euros d'équipement d'espionnage informatique. Son directeur général fut décoré de la légion d'honneur en juillet 2011 par .. Nicolas Sarkozy.

Cet activisme commercial d'un ministre de l'intérieur qui n'était pas en charge du commerce extérieur, était curieux. Jacques Chirac, à l'époque, avait déjà découragé Nicolas Sarkozy de faire de similaires affaires avec l'Arabie Saoudite. C'était le fameux contrat Miksa,  stoppé net par Chirac au grand dam de Sarkozy. Ce dernier s'était rabattu sur la Libye.

Six ans plus tard, voilà donc que l'affaire explose.

C'est une lettre, un courrier officiel des autorités libyennes, daté de 2006. Il a été retrouvé après la chute du colonel Kadhafi. Un vrai souci pour Nicolas Sarkozy. Il a été publié samedi 28 avril par Mediapart, gratuitement.

Cadeau.

Jamahirya arabe libyenne populaire glorieuse
« Pas de démocratie sans conférence populaire »
Date : 10. 12. 2006
Correspondant à : 10. 12. 1375
N° 1917 68 P
Service de la sécurité extérieure
Frère / Président du Fonds libyen des investissements africains
Que la paix soit sur vous…
En référence aux instructions émises par le bureau de liaison du comité populaire général concernant l’approbation d’appuyer la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles, Monsieur /Nicolas Sarkozy, pour un montant d’une valeur de cinquante millions d’euros.
Nous vous confirmons l’accord de principe quant au sujet cité ci-dessus, et ce après avoir pris connaissance du procès-verbal de la réunion tenue le 6. 10. 2006, à laquelle ont participé de notre côté le directeur des services de renseignements libyens, et le président du Fonds libyen des investissements africains, et du côté français, Monsieur /Brice Hortefeux, et Monsieur /Ziad Takieddine, et au cours de laquelle un accord a été conclu pour déterminer le montant et le mode de paiement.
Que la paix soit sur vous et la miséricorde de Dieu et ses bénédictions…
Moussa Imuhamad  Koussa
Chef du service de la sécurité extérieure 

Le même jour, sur RTL, Ziad Takieddine a confirmé les nombreux contacts entre le clan Sarkozy et Moussa Koussa: « Ce document prouve qu'on est en présence d'une très grande affaire, que ces 50 millions aient été versés, en totalité ou en partie. L'enquête sera difficile, parce que beaucoup de gens sont morts ». Moussa Koussa avait été responsable des services secrets libyens jusqu'en 2009, avant de devenir ministre des affaires étrangères. Le 30 mars 2011, il s'était réfugié au Royaume Uni, au commencement de la guerre en Libye menée par la France et la Libye.

L'authenticité de ce courrier n'a pas été mise en doute par l'équipe du candidat sortant. Mais Guillaume Peltier, l'un des secrétaires désignés de l'UMP, a qualifié Mediapart de site d'extrême gauche.




Le jour où la droite a réagi contre Sarkozy. Ou presque.

Depuis 8 jours, il leur tournait la tête. Les tentatives pitoyables de Nicolas Sarkozy de briser les digues politiques, voire morales, qui séparaient la droite parlementaire de l'extrême droite choquaient jusqu'à certains à droite, de plus en plus nombreux.

Mais qui réagirait ? Qui oserait franchir le Rubicon ?

Depuis le milieu de la semaine, on sentait l'hésitation. Depuis jeudi, c'était tendu. Vendredi, cela craqua.

Fidèles ou collaborateurs ?
Certains faisaient toujours mine de ne pas s'étonner de la dérive droitière de leur futur ex-mentor.

D'autres se planquaient comme Alain Juppé ou Jean-Louis Borloo. Ce dernier avait disparu des écrans, alors qu'il n'hésitait pas à se montrer à chaque meeting avant le premier tour. Quelques soutiens ou blogueurs justifiaient que la fin excusait les moyens: « c'est purement tactique » écrivait notre confrère (de droite) Authueil. Ce « rut électoral » ne semblait pas les gêner. Vendredi soir, Valérie Rosso-Debord s'était ainsi lâchée contre Najat Vallaud-Belkacem.

Pourtant, Nicolas Sarkozy était « en rut » électoral depuis bien longtemps, et pour quel résultat ? 6,4 millions d'électeurs pour Marine Le Pen au second tour, et une France républicaine désemparée de voir la droite parlementaire idéologiquement et électoralement absorbée par le Front national.

D'autres restaient encore fidèles. Laurent Wauquiez, évidemment. Nathalie Kosciusko-Morizet, par nécessité. François Fillon, à distance.

On observait François Sauvadet, centriste du gouvernement et encore ministre « Je suis bien dans mes baskets ». Il avait signé un appel à voter Nicolas Sarkozy. Son Nouveau Centre avait de facto été embarqué bien à droite.  On observait aussi Jean Arthuis, l'animateur de l'Alliance centriste au sénat, pourtant soutien de Bayrou au premier tour, qui attendit mercredi pour déclarer son soutien à Nicolas Sarkozy.

Se préparaient-ils à la constitution d'un bloc néoconservateur FNUMP ?

Résistants ?
Chantal Jouanno, ex-ministre UMP et ex-conseillère de Nicolas Sarkozy, s'alarma de ce « mirage douloureux », mais elle resta sage. Patrick Devedjian, rescapé d'une chasse sarkozyste dans les Hauts-de-Seine, ne voulait pas de cette droitisation de la campagne.  Mais il restait sage. Alain Lambert, candidat Modem aux législatives, et ancien ministre UMP sous Chirac, avoua sa prochaine et probable abstention.

Jean-Pierre Raffarin avait presque franchi le pas, mercredi. Mais il n'avait aucune issue politique en cas de franchissement de Rubicon: « Si j'exprimais aujourd'hui des réserves, j'affaiblirais mon camp ». Il n'osait pas. L'un de ses proches, le sénateur UMP Jean-René Lecerf, eut moins de précautions. Il dénonça cette « course à l'échalote avec le FN ». Jeudi, Renaud Donnedieu de Vabres s'inquiéta: « le malaise est évident ».

Puis, vendredi, voici Dominique de Villepin qui rompt avec ce bal des hypocrites. Ce vendredi, dans une éclairante tribune dans le Monde, l'ancien premier ministre, éconduit pour cette présidentielle à quelques signatures près, confia son désarroi pour son pays. 

« La campagne du premier tour a été indigente. Celle du second devient indigne. L'instrumentalisation de faits divers, l'improvisation de bien des propositions, le débauchage sans vergogne de voix extrémistes, tiennent aujourd'hui lieu de débat. Les lignes rouges républicaines sont franchies une à une. Je veux le dire aujourd'hui avec gravité. C'est une route sans retour. (...)Je ne peux cautionner cette dérive. » Dominique de Villepin pensait la France abimée, elle l'était, et depuis 5 ans.

Et Sarkozy ?
Ne comparez pas Nicolas Sarkozy à Philippe Pétain, même si les arguments ou les symboles utilisés paraissent les mêmes. Depuis 2007, quelques citoyens furent condamnés pour avoir comparé la politique du gouvernement Sarkozy à celle de celui de Vichy entre 1940 et 1944. Le site Rue89 a rappelé tous ces cas. 

Vendredi à Dijon, Nicolas Sarkozy fit mine de s'étonner: « Depuis lundi, j'aurais durci ma position, extrémisé mes propositions. C'est un véritable procès stalinien : on prend un mot, et on le sort de son contexte ». Bravache, il déclara «  On est a fond aujourd'hui et chaque jour on accélère jusqu'au 6 mai!  ».

D'après l'accrédité du Figaro, il « comptait sur les électeurs de Bayrou ». Le candidat sortant avait fait déposer sa réponse écrite aux questions du leader du Modem. Il paraît que le courrier avait été « calibré » par sa fidèle Emmanuelle Mignon.

La démarche, sur le fond, restait ignoble. La fin justifiait donc les moyens.Tous les grands écarts étaient permis.

A droite, on espérait enfin quelques claquages.

L'honneur se gagne ou se conserve au bon moment. La France avait besoin d'une droite républicaine. Etait-elle en train de disparaître ?





28 avril 2012

Le dérapage de Valérie Rosso-Debord.

Ce n'était pas une polémique. L'affaire était si honteuse qu'elle ne méritait qu'un court commentaire. Pour faire gagner Nicolas Sarkozy, certains cherchaient l'Arabe, le Musulman, au coeur du camp du rival. Il s'agissait de questionner sa loyauté nationale.

En l'occurrence, elle s'appelait Najat, et était bien connue de nous et de tous depuis bien longtemps.

Samedi, je suis tombé de ma chaise. Dans un communiqué de presse publié la veille puis retiré du site de l'UMP, Valérie Rosso-Debord, député UMP et l'une des portes-flingues de Nicolas Sarkozy, accusait Najat Vallaub-Belkacem, l'une des portes-paroles de François Hollande, d'être membre du Conseil de la communauté marocaine de l'étranger" (CCME). ce dernier, s'inquiétait  la députée de Meurthe et Moselle « a pour but de renforcer 'l'identité marocaine des Marocains de l'étranger, d'émettre des avis sur leur 'éducation religieuse' (en l'occurrence musulmane)». Pire, la déléguée de l'UMP ajoutait que « les membres de ce conseil peuvent recevoir des indemnités ». Vous avez bien lu... « peuvent ». Il n'y avait pas de preuve, que de l'insinuation pour frapper les esprits.

« Même si le Maroc est un pays ami, cela est un peu ennuyeux qu'une élue républicaine appartienne à ce Conseil (...) En effet, Mme Vallaud-Belkacem est prompte à s'indigner quand l'UMP parle d'identité nationale mais elle est prête à défendre l'identité marocaine.»

Tout était dit.

Valérie Rosso-Debord faisait la chasse aux faux Français jusque dans les coulisses de la campagne de François Hollande. Elle sous-entendait donc que la porte-parole de François Hollande était rémunérée, qu'elle faisait partie d'un Parti de l'Etranger: « François Hollande pense-t-il que c'est le rôle des élus de s'occuper d'éducation religieuse ? Considèrent-ils par ailleurs qu'un élu de la République peut être rémunéré par un Etat étranger, même ami ? » (la faute de grammaire est d'origine). « Enfin croit-il qu'un Député de la République française peut s'engager à défendre les «intérêts suprêmes d'une Nation » étrangère, certes amie, mais monarchie de droit divin ? »

Manque de chance, elle fut contredite. Najat Vallaub-Belkacem expliqua avoir quitté cette institution l'an dernier. Elle rappela également ses objectifs. Il n'y avait rien de grave ni de secret (la composition du CCME est consultable sur Internet !). 

Valérie Rosso-Debord fut si agacée de recevoir une flopée de critiques après son immense et immonde bourde qu'elle lâcha ce tweet (car elle tweete, et beaucoup), samedi 28 avril, à 14h:

@VRossoDebord:  #NS2012 a tous les terroristes intellectuels et contempteurs de Beria vous ne nous empecherez pas de dire la vérité #LaFranceforte 

Béria? Beria était le patron des services secrets soviétiques sous Staline. Mais de quoi parlait-elle ?

Nous étions encore en Sarkofrance.

En 2012.

27 avril 2012

260ème semaine de Sarkofrance: pour Sarkozy, sa fin justifie des moyens

Le choc est venu, dimanche soir. Les courbes ne s'étaient pas croisées. Nicolas Sarkozy restait second au palmarès de son premier tour, à 600.000 voix de François Hollande. Marine Le Pen frôlait les 20%, avec plus de 6 millions de suffrages. François Bayrou était bon dernier, et Jean-Luc Mélenchon avait tout de même créé la surprise, avec 11% des suffrages.

Les commentateurs se lamentaient d'une campagne démotivante, la participation fut au contraire exceptionnelle, à plus de 80%.

Lundi matin, Nicolas Sarkozy avait la gueule de bois. 

Les digues ont rompu
Dès dimanche soir, il agita une proposition qu'il croyait décisive: il voulait trois débats de l'entre-deux tours avec François Hollande. Il fallait le comprendre, il venait tout juste de publier son programme... La manoeuvre fit choux blanc. La ficelle était si grosse.

Puis choisit une voie incroyable: chiper une à une les propositions les plus emblématiques de l'extrême droite en matière sécuritaire ou d'immigration, et les développer avec une violence verbale inédite sur les estrades de ses meetings. Cette course, Nicolas Sarkozy la menait tambour battant, « ventre à terre » vers l'extrême droite,  comme la qualifia François Bayrou, déstabilisa tout le monde, et surtout son camp. A gauche, on ne croyait possible de voir Nicolas Sarkozy singer les pires de ses caricatures. Dans la presse, on doutait de cette improbable et si dramatique stratégie. A droite, des voix se multiplièrent, d'abord anonymes puis plus officielles, pour s'inquiéter. Dès dimanche soir, un propre ministre de Nicolas Sarkozy s'énerva devant un journaliste du Parisien: « Avec ses conneries, il va nous envoyer droit dans le mur ».

Depuis 2007, le Monarque avait régulièrement cassé ses digues - rappelez-vous les tests ADN, ou le discours de Grenoble. Mais il s'était « récupéré » avec un discours quasi-gauchiste post-crise et quelques mesures d'apparence humaniste ou solidaire, telles le RSA. Mais pour cette campagne, le candidat sortant avait décidé de démolir les quelques frontières qui lui restaient avec le FN. Ce n'était que tactique, nous expliquait-on chez certains UMP ou centristes qui se cherchaient des raisons de loyauté.

Nicolas Sarkozy ne choisissait pas de s'adresser à un électorat désorienté par la crise, la précarité, le chômage et la souffrance. Il plongea dans la caricature, l'insulte, la raillerie systématique, le mensonge sans limite. Il faisait exprès d'utiliser des formules quasiment inusitées depuis la Collaboration.

Mensonges ou absences ?
Etait-il fatigué au point d'avoir des absences ? Ou est-il si désespéré au point de mentir si effrontément ? Lundi, il promit une manifestation le 1er mai pour le « vrai travail », une expression malheureusement clivante et pétainiste qu'il nia avoir prononcé alors que quelques centaines de journalistes en avaient la preuve filmée. « j'ai voulu dire une vraie fête du travail » s'excusa-t-il jeudi soir sur France2. Puis, à Saint-Cyr-sur-Loire, il s'acharna contre le système « politico-médiatique », la « technocratie » et les « élites » qui l'empêcheraient de parler d'immigration... « La Burqa, ce n'est pas anecdotique ! ».

Mardi, il déclara que «Le Pen était compatible avec la République ». Libération en fit sa une. L'UMP s'indigna, Sarkozy démentit mais il mentait: sa déclaration avait été enregistrée. A Cernay, dans le Haut-Rhin, rien n'était trop gros pour faire peur: «si vous ne nous rejoignez pas, alors vous aurez le droit de vote pour les immigrés en France ! ».

Mercredi, il attaqua François Hollande et son prétendu soutien de Tariq Ramadan et de 700 imams de France. Et pourquoi pas Ben Laden ? Tout était faux, archi-faux et rapidement démenti. Mais il s'obstina encore jusqu'à jeudi, comme s'il voulait imposer la figure de Tariq Ramadan comme l'épouvantail de cette avant-dernière semaine.

A celles et ceux qui lui reprochaient, y compris dans son camp, sa dérive droitière, il mentit à nouveau, et en public. C'était à Dijon, en meeting, « Je n'ai pas fait une seule proposition nouvelle depuis lundi ». C'était faux. Il s'était saisi d'un fait divers - la mise en examen d'un policier pour homicide - pour annoncer une mesure, une nouvelle, la présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre. Il eut d'autres idées, jamais entendues dans sa bouche ni lues dans son programme pour cette campagne: imposer la maîtrise de la langue française aux bénéficiaires du regroupement familial, ou leur retirer le bénéfice de leurs cotisations sociales pendant 10 ans.

Et les vrais sujets ?
Courir après Le Pen sans l'argument d'un succès sur ses thèmes essentiels n'était pas risqué mais suicidaire. Car que retenir du bilan du Monarque en matière de lutte contre l'insécurité sinon la progression constante des atteintes aux personnes depuis 2002 ? Que comprendre des déclamations aux relents xénophobes dans la dernière ligne droite quand on gouverne depuis 10 ans ?

La France ne manquait pas de vrais sujets.

Le futur judiciaire de Nicolas Sarkozy, en cas de défaite, inquiétait jusqu'à l'agence Reuters, qui promettait audition voire inculpation à l'ancien Monarque. Un ancien proche, Ziad Takieddine, fut mis en examen une seconde fois, cette fois-ci pour blanchiment, dans le volet financier du Karachigate. A la presse, il confia sa rancoeur et dénonça le « triumvirat de la corruption » constitué, selon lui, par Claude Guéant, Alexandre Djouhri et Bernard Squarcini.

Il y avait le chômage, dont les statistiques à fin mars furent publiées ce jeudi. Le soir sur France2, la question fut à peine évoquée. Le sous-emploi frappe plus de 5 millions de personnes, avec la plus forte hausse depuis 3 mois.

Il y avait aussi la croissance, qui s'invitait enfin dans le débat partout en Europe, sauf chez Sarkozy. Le patron de la BCE lui-même, Mario Draghi, devant le Parlement européen, a déclaré qu'il fallait « revenir en arrière et en faire un pacte de croissance.».  Angela Merkel promettait un « agenda de croissance » pour le sommet européen de juin. L'Espagne, pourtant sous politique austère depuis 3 ans (avant même le changement de gouvernement), s'enfonçait dans la crise et fut dégradée de deux crans par l'agence Standard & Poor's.

De tout cela, il n'en fut jamais question dans les discours du candidat sortant. Nicolas Sarkozy était ailleurs, hors sol. Il semblait emporter la droite parlementaire vers les bas-fonds. Vendredi, Villepin se dit effrayé. Il y avait de quoi.

Mais qui réagirait enfin ?

La « France forte » était affolée.

Ami sarkozyste, es-tu encore là ?



Sarkozy J-10: Du Pipo et Des Accusations

En mars, le chômage avait connu sa plus forte progression depuis 3 ans. Mais allait-il s'inviter, enfin, dans la campagne ? Pas sûr.

Nous étions à dix jours du dernier tour, mais Nicolas Sarkozy préférait parler de Tarik Ramadan, d'islam, d'immigration, des horaires différenciés dans les piscines pour les femmes et les hommes, des « frontières qui rassurent un peuple », de la Grèce ou de l'Espagne, et d'un nouveau fait divers.

Au passage, il chipa trois mesures proposées par Marine Le Pen. Il voulait « être précis ».


De la France imaginaire
Quand il était président, il parlait des sujets qui l'intéressaient, sauf quand l'actualité lui en imposait d'autres. Il visitait une France imaginaire, composée de militants UMP qui applaudissaient et souriaient, parfois même de figurants, dans des petits villages ou des zones reculées, soigneusement bouclées par des cohortes de CRS ou de gendarmes. Parfois, il y avait même des enfants qui agitaient des drapeaux français en criant Nicolas ! Nicolas ! Il ne restait jamais longtemps, et repartait aussi sec avec le même jet ou hélicoptère présidentiel.

Pendant la campagne officielle,  Nicolas Sarkozy fut à nouveau hors sol. Il s'inventait des déplacements à Fukushima. Il critiquait vertement des propositions de son rival qui n'existaient pas comme la prétendue suppression du quotient familial ou l'augmentation du nombre de fonctionnaires. Il remerciait des foules fantômes, comme ce mardi à Longjumeau.

Sarkozy croyait qu'en les criant, les mensonges deviendraient vérité. Ils devenaient plus visibles.

Depuis dimanche dernier, il tentait de comprendre cette mauvaise surprise que les Français lui avaient fait, le placer second au premier tour, et talonné par une Marine Le Pen qu'il croyait déstabilisée par son offensive sur les thèmes frontistes traditionnels.

Tariq Ramadan plutôt que le chômage
Il était si sonné qu'il fut pris de moments d'absence.

Ainsi, il accusa François Hollande d'être soutenu par Tariq Ramadan. C'était faux. Mais répéta l'accusation, jeudi matin sur France Inter: « La déclaration de Tariq Ramadan c’est le 11 mars 2012 à Lyon, dans le cadre du Printemps des quartiers, sur le thème “justice sociale, Palestine et islamophobie”. Ils furent trois à appeler à voter pour monsieur François Hollande, monsieur Ramadan et deux autres orateurs, monsieur Brakni, représentant le parti des Indigènes de la République (sic!), et monsieur Marwan Muhammad, représentant le collectif contre l’islamophobie en France. Ils ont tous les trois, dont Tariq Ramadan, appelé les personnes présentes, ainsi que leur entourage, ont-ils précisé, à voter pour François Hollande ou pour un parti politique qui serve l’islam. » C'était faux. Jeudi matin, Tariq Ramadan démentit avoir lancé un quelconque appel à voter Hollande: « Jamais de ma vie, je n’ai appelé à voter François Hollande». Ramadan ne voulait ni de Sarkozy, ni Hollande. Les deux autres prétendus supporteurs de François Hollande nièrent également tout soutien au candidat socialiste.

Sarkozy accusa aussi Hollande d'être soutenu par les recteurs de 700 mosquées de France. c'était faux. Deux mensonges en deux jours.

Le programme FNUMP
Plus tard, il était en meeting, au Raincy, la ville d'Eric Raoult. Il récupéra trois propositions de Marine Le Pen: imposer un examen de français et sur les valeurs de la République pour les immigrés (et non pas les naturalisés); imposer dix années de présence sur le territoire et cinq années de cotisations pour bénéficier des prestations sociales quand on est immigré (i.e. cotiser tout de suite, mais attendre 10 ans pour bénéficier de la Sécu...); et instaurer une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre.

Ses premiers mots furent « pour les fonctionnaires de police ». L'un d'entre eux venait d'être mis en examen pour homicide, suspendu de ses fonctions (mais pas de son salaire). Le Monarque proposa donc une présomption de légitime défense, une mesure qu'il chipait à Marine Le Pen.
« Je suis du côté des fonctionnaires de la République, voilà la réalité. Que la justice dise le droit et nous nous inclinerons, mais je demande que le droit de la légitime défense évolue dans un sens plus protecteur pour les policiers et les gendarmes. Il doit y avoir une présomption de légitime défense. Dans l’Etat de droit, on ne peut pas mettre sur le même plan le policier dans l’exercice de ses fonctions et le délinquant dans l'exercice de ses fonctions à lui »
Il était en rage: contre l'Humanité, « être traité de fasciste par un communiste, c’est un honneur !». Contre le Monde, « ce grand journal dit… Grand. Que j’ai franchi la ligne jaune, la ligne blanche, la ligne rouge ». Contre Hollande, les mêmes caricatures: « Si vous voyez un riche – comprenez quatre mille euros de plus par mois –, faites-lui les poches ». Il surjoua évidemment la victime (« il y a des sujets où, avant même d’avoir commencé, j’avais tort, je ne devais pas en parler.»).

Dans l'équipe de campagne, c'était la curée. Le trop jeune Geoffroy Didier, poulain de Brice Hortefeux et secrétaire national de l'UMP, accusa François Hollande de «se préparer à brader notre citoyenneté» en «accordant le droit de vote aux sans-papiers». C'était faux. Cette mesure n'existait pas dans le programme du candidat. Lionnel Luca, député UMP de la droite populaire qualifia la compagne du candidat socialiste de rottweiler. Des propos ignobles condamnés, avec effort, par Nathalie Kosciusko-Morizet quelques heures plus tard, puis Nicolas Sarkozy sur France2.

Du Pipo et Des Accusations
Le soir, il était à Des Paroles et Des Actes. Il arriva sur le plateau vers 21h50, essoufflé, gris et cassé. C'était curieux. Le coeur battait-il trop vite ?

Au début, il était nerveux, faussement calme.
Il était content de son score, et ne comprenait pas pourquoi on le donnait perdant. «Avec un Front national à 18%, pour un président sortant faire 27,2% après quatre années de crise, c'est pas rien !» A l'Elysée, ses conseillers faisaient leurs cartons.

« Ah bon... quand on dit que Marine Le Pen dit que le soleil est jaune... » Il était agacé qu'on l'accuse de courir après Le Pen. Il s'égara aussi: « Je n'ai pas apprécié la mise en cause par Monsieur Hollande et les responsables socialistes des forces de police dans l'affaire Merah ». Puis il raconta, avec de multiples détails, le fait divers qui valut au policier sa mise en examen. Quasiment mot pour mot comme l'après-midi au Raincy. Il cherchait la formule:  « Pour les habitants de la Seine-Saint-Denis, un délinquant et un policier, c'est pas la même chose ! »

Peut-être conscient d'être allé trop loin, il lâcha qu'il lui paraissait normal que le policier soit inculpé. «Que la justice fasse son travail c'est normal (…) La qualification quand même choque beaucoup les policiers ».


Confronté à ses mensonges, il dut reconnaître. Ses aveux furent parfois déroutant
Sur l'expression « vrai travail », qu'il avait nié avoir utilisé, « j'ai voulu dire une vraie fête du travail »... «Est-ce que cette expression je la reprendrai ? Non je ne la reprendrai pas».
Sur son déplacement inventé à Fukushima, « Dans le meeting, ça faisait mieux de dire que j'avais été à Fukushima.»

Il dut reconnaître que l'ultra-cumul des mandats et des fonctions était une faute. A dix jours du dernier tour, il n'était pas trop tard pour bien faire: « Ce n'est pas normal que les ministres puissent être maires ou présidents d'exécutif. Quand on est ministre, on ne doit faire que ça ». Quand il était ministre, avant 2007, il était resté maire et président du conseil général de la région la plus riche de France.

Il fut flou, était-il trop stressé ?
Sur la préférence nationale, il n'était pas d'accord, ou peut être pas... On ne savait plus. Il préférait la préférence communautaire, sauf peut-être pour quelques cas bien précis. On ne savait plus. «Nous avons commis l'erreur d'accueillir des gens sans nous préoccuper de leur intégration» ou encore: «Notre système d'intégration ne marche plus».

En cas de duel FN/PS aux prochaines législatives, ... Nicolas Sarkozy refusa de répondre (« je choisis le moment où je réponds ! »), puis confia : « nous verrons au cas par cas. »

Devant des journalistes, il n'osa pas les tacler, il n'osa pas répéter ce qu'il disait à longueur de meetings contre la presse et les médias. Vers la fin, il dénonça les « journaux de gauche » et la « une de l'Humanité » qui le figurait à côté de Pétain.

Nicolas Sarkozy n'était plus un président normal.



26 avril 2012

Sarkozy, la honte de la droite ?

A l'écouter, Nicolas Sarkozy aurait du proposer des primaires communes avec le Front National. Cela devenait grave et troublant jusque dans les rangs de la droite. François Bayrou s'indigna. Nicolas Sarkozy feignait de ne pas voir où était le problème.

Nous avions collectivement honte pour la tournure prise par cette campagne.

Officiellement, pas question d'alliance avec le FN. Mais le candidat sortant s'embourbait dans ses arguments.

L'échec...
Depuis 2007 pourtant, Nicolas Sarkozy a échoué à conserver les faveurs d'un électorat protestataire - si tant est que l'on considère l'électorat frontiste comme unique, stable et perenne. Sa promesse de pouvoir d'achat supplémentaire a été emportée par la crise et ses propres bêtises (encourager les heures supplémentaires en période de moindre emploi reste l'une des aberrations économiques de ce quinquennat). Pire, en période de crise, le Monarque n'a pas été le président protecteur qu'il prétend.

La France a été protégée d'une dégradation inouïe grâce à l'inertie de son système social et public si décrié aujourd'hui. Et Sarkozy a été responsable d'une multitude d'entailles au dit système qui ont frappé les plus fragiles en première instances: hausse du coût de la santé restant à charge (via les franchises médicales et les déremboursements); suspension des indemnités chômage en cas de refus de poste; suppression des pré-retraites; augmentation de la TVA sur des produits courants; quasi-gel du SMIC; etc.

La lutte contre l'insécurité, ADN politique du candidat sortant depuis 2002, est un autre de ses échecs, largement commenté. Il s'est caché derrière une baisse de la délinquance  générale, négligeant d'assumer que les atteintes aux personnes - c'est-à-dire les actes les plus graves - n'ont cessé de progresser en 10 ans malgré une boulimie législative hors normes en la matière. Pire Sarkozy a préféré réduire les moyens et les effectifs des forces de l'ordre.

L'immigration fut un bouc-émissaire facile. Mais sur le terrain frontiste, rien n'est trop fort. Le ministère de l'identité nationale fut un gadget inauguré par Brice Hortefeux (what else ?), puis géré par Eric Besson, fut supprimé en 2011. Malgré des efforts inédits pour traquer les clandestins, les expulsions furent en nombre modeste, souvent iniques et inefficaces, et les excès humanitaires répétés. La mise en oeuvre de l'immigration choisie, avec des quotas par métiers et par ethnie fut aussi inefficace qu'ignoble.

... puis la honte
Mercredi 25 avril, Nicolas Sarkozy a été pris en défaut dans sa posture frontiste sur France Info. Il dut confirmer qu'il ne voulait aucune alliance avec le Front National ni avec Marine Le Pen, mais que ses électeurs avaient totalement raison. Marine Le Pen fut qualifiée de candidat républicaine mais Sarkozy réclamait l'urgence de ramener ses électeurs dans la droite républicaine. Jeu de mot ou confusion des valeurs ?

Quand il était président, il dérapait parfois, mais le dérapage restait ponctuel, avant le suivant, quelques jours ou semaines plus tard. Désormais, c'est l'avalanche quotidienne, plusieurs fois par jour. C'était incroyable, inédit, ignoble.

Marine Le Pen riait de la manoeuvre. Un ministre anonyme confiait qu'il voterait Sarkozy en se pinçant le nez. Un autre membre de la majorité, toujours anonyme, souhaitait que Sarkozy soit laminé « pour être sûr qu’il débarrassera le plancher ». François Bayrou dénonça l'humiliation pour la France et le débat public. « Cette course ventre à terre derrière les thèses du Front national est humiliante. Elle est de surcroît vouée à l'échec parce que la France est un pays construit autour de principes qui ne se laisseront pas entacher ».

Mercredi, il était ensuite à Cernay, dans le Haut-Rhin, en Alsace. Il eut ses habituelles phrases creuses, après 5 ans de gouvernance. « J’ai considéré qu’il fallait mettre tout sur la table, dire la vérité, être le plus précis possible » Le gars avait publié son programme il y a quelques jours à peine... Ou encore:  « Je souhaite une société plus juste qui respecte le travail de chacun.» Evidemment, il tenta de faire le débat sur les 3 débats, il cita Martine Aubry quand elle s'énervait contre Hollande pendant les primaires (il le faisait presqu'à chaque meeting depuis février).

Il avait toujours la caricature facile, il s'inventait des histoires, comme celle-ci: « Ou de quelqu’un qui ose dire : « Si vous croisez un riche dans la rue – comprenez quelqu’un qui est au-dessus de 4 000 euros par mois, je cite les bons auteurs – n’hésitez pas à lui faire les poches ! » Il voulait « parler très librement du Front national ». Il se voyait en rempart... C'était triste. Grâce à lui et ses 10 ans de gouvernance sur les thèmes les plus chers aux immondices frontistes - l'insécurité et l'immigration -  le Front National avait donc gagné un gros million de voix et menaçait désormais d'aspirer ce qu'il restait de la droite parlementaire.

Il agita évidemment la menace du droit de vote des immigrés (sans préciser que la candidat socialiste ne le proposait qu'aux élections locales). « Vous voulez garder votre mode de vie, vous considérez qu’il n’y a pas assez de frontières, qu’on ne parle pas assez de nation et que nos valeurs sont importantes. »

... et puis l'oubli
Enfin, il termina par TF1, quelque part vers 20 heures. Provocation inconsciente, Laurence Ferrari était vêtue de rouge. Sarkozy n'était plus dans la salle surchauffée d'un meeting où il se croyait encore tribun, mais devant deux journalistes d'un média qu'il appréciait.

« Après 4 années de crise, je n'ai pas été surpris du tout. Finalement... qu'ont-ils voulu nous dire ? (...) Ils ont voulu nous dire, me semble-t-il, "on veut garder notre mode de vie"» . Le refrain, toujours ce refrain. « Bien sûr, on veut bien s'adapter, devenir plus compétitif, mais on veut garder nos valeurs, nos territoires, nos paysages... la façon dont on a l'habitude de vivre. On veut garder les idées que les parents nous ont transmis, que nous voulons transmettre à nos enfants. »

L'homme de la Rupture devenait le suppôt de tous les Conservatismes ? Il continua ainsi, sans énoncer une proposition, sans même rappeler son propre programme publier pourtant il y a peu. Il évoqua le besoin de « frontières pour nous protéger », de « protéger contre les délocalisations », de « frontières pour nous protéger d'une immigration qui ne serait pas maîtrisée. Bizarrement, Nicolas Sarkozy oublia les mots chômage, précarité, endettement, déficits, affaires. Bizarrement...

Mais, s'inquiéta Laurence Ferrari, « ce message, les Français l'envoient à vous...» Sarkozy haussa les épaules: « ce message, ils l'envoient à tous les responsables politiques ». Puis il compléta: « c'est un vote de crise, je veux l'entendre, je veux le comprendre ».

« J'ai vu que M'sieur Hollande, qu'aime bien plaisanter, ... mais c'est pas une plaisanterie, parle beaucoup du Front National » Aviez-vous entendu Hollande plaisanter sur le FN ? Non. Sarkozy faisait de l'amalgame. Il perdait contrôle. Il répéta que le « le vote FN était un vote de crise ». Il accusa Hollande d'aimer Tariq Ramadan: « M. Hollande parle beaucoup du Front national, mais que dit-il, lui, quand Tariq Ramadan ose appeler à voter pour François Hollande? Tariq Ramadan, l'homme avec qui j'ai débattu... souvenez-vous... vous savez ce qu'il proposait ? Un moratoire sur la lapidation de la femme adultère... C'est monstrueux! Voilà un homme qui appelle à voter pour François Hollande ».

Attardez-vous sur cette séquence. Nicolas Sarkozy, pourtant président de la République pour encore quelque jour, accusait donc son rival à l'élection suivante d'être complice de quelqu'un qui s'accorderait de la lapidation des femmes. Et rappelez-vous que Tariq Ramadan n'a pas appelé à voter François Hollande.

Rien que cela. 

Mais ce n'était pas tout. Sarkozy continua. « Je vois sur le site d'un journal de gauche un appel de 700 mosquées à voter pour Monsieur Hollande». L'affaire était une grossière imposture, rapidement démasquée. L'initiative venait de ... l'un des anciens employés de Nicolas Sarkozy, Abderrahmane Dahmane, si déçu d'avoir été viré qu'il ne cessait les surenchères pour se faire remarquer.

Quelques minutes plus tard, il était si perdu, qu'il s'égara sur ses propos d'il y avait à peine 48 heures.
François Bachy: « vous voulez faire du 1er la fête du 'vrai travail"»
Nicolas Sarkozy: « Non non. Je n'ai pas dit du 'vrai travail'. Je veux faire du 1er mai une fête du travail.»
François Bachy: « Vous avez quand même dit du "vrai travail'»
Nicolas Sarkozy: « Non, non, non, non, c'est une fête pour célébrer la valeur travail».

Nicolas Sarkozy avait perdu tout contrôle. Il avait lui-même parler, publiquement, devant caméras et journalistes, lundi 23 avril, devant son QG à Paris, d'une fête pour le 'vrai travail'.

Ami de droite, tu mérites mieux.

Nous méritions mieux.


25 avril 2012

Sarkozy voulait 3 débats, il a déjà 3 affaires.

Nicolas Sarkozy risque un troisième tour judiciaire s'il n'est pas élu le 6 mai prochain. Ce constat émane de l'agence Reuters, peu suspecte d'antisarkozysme primaire. Pour le plus grand malheur du candidat sortant, la perspective d'une possible défaite et la poursuite d'instruction où son nom est (trop) régulièrement citées réactivent l'intérêt des grands médias.

Pendant la campagne du premier tout, la candidate Eva Joly a rapporté accusations  et révélations concernant quelques affaires judiciaires de ce quinquennat écoulé. L'ancienne juge s'étonna, à juste titre, qu'un candidat aussi concerné put se présenter sans souci ni contrainte à l'élection présidentielle. Car ce scrutin a l'immense avantage, en cas de victoire, de soustraire totalement l'intéressé à toute poursuite.

Au final, trois affaires intéressent la justice et ont connu des révélations récentes.


Qui a payé le duplex de Neuilly ?
Nicolas Sarkozy a menti, au moins par omission, sur le financement de l'acquisition de son duplex à Neuilly-sur-Seine en 1997. En 2007, Nicolas Sarkozy avait prétendu bénéficier d'un prêt de 3 millions de francs de l'Assemblée nationale entre 1995 et 1997. Ce qui était ... faux. La confirmation est venue du président de l'AN lui-même.

Qui a donc payé ?

Pourquoi s'intéresser à l'affaire aujourd'hui ? Parce que le candidat sortant a du publier son « patrimoine de sortie », comme la loi le lui impose. Ce qui a ravivé la curiosité journalistique. Autre facteur de curiosité, la (trop) longue instruction relative au volet financier de l'attentat de Karachi a mis en lumière un circuit de rétro-commissions dont les juges soupçonnent qu'elles ont servi à financer la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995. De la même période date l'envolée de la fortune de Ziad Takieddine, et ses fréquentations de plus en plus assidues avec le clan Sarkozy: invitations privées de proches tels les couples Hortefeux, Gaubert ou Copé; entremises professionnelles en Libye ou en Arabie Saoudite (contrat Miksa) pour le compte du ministre Sarkozy.


Où est passé l'argent du Karachigate ?
Justement, cette enquête sur le Karachigate est la seconde affaire qui menace Nicolas Sarkozy. Nicolas Bazire, Thierry Gaubert, Ziad Takieddine ont été mis en examen. Les épouses des deux derniers ont témoigné de retraits d'espèces en faveur du clan Sarkozy.

Mardi 24 avril, l'homme d'affaires Ziad Takieddine, ancien grand ami de Jean-François Copé, a confirmé sa nouvelle mise en examen, cette fois-ci pour blanchiment aggravé. Il l'était déjà pour complicité et recel d'abus de biens sociaux et faux témoignage  depuis septembre dernier. Comme le rapporte Reuters, « les juges Le Loire et Van Ruymbeke ont obtenu l'élargissement de leur enquête à de possibles faits de blanchiment aggravé de 1993 à mars 2012 ».

Excédé, il a à nouveau accusé Nicolas Sarkozy et son « triumvirat » Guéant/Djouhri/Squarcini devant quelques journalistes présents: « Le système de corruption en place depuis 1995 est fortifié aujourd'hui par les actes d'un triumvirat ». Claude Guéant est ministre de l'intérieur; Bernard Squarcini est le directeur de la DCRI; Alexandre Djouhri est un homme d'affaires controversé proche de Dominique de Villepin puis de Nicolas Sarkozy.

« Je n'ai pas à prononcer le nom de quiconque mais un système qui gère la France depuis cinq ans a à sa tête quelqu'un qui s'appelle peut-être le président". "A ce moment-là, oui, tout sauf Sarkozy. Le seul qui peut gagner est quelqu'un qui n'a rien à voir avec le système, qui est propre.»

Où est parti l'argent des Bettencourt ?
Les embûches (menaces sur les témoins, délocalisation de l'affaire à Bordeaux) ont été nombreuses mais l'instruction avance: le juge Gentil a obtenu des indices concordants sur des remises d'espèces à la campagne Sarkozy de 2007. Des indices, mais pas des preuves directes. S'il n'était pas président de la République, Nicolas Sarkozy aurait sans doute déjà été auditionné. Mardi 24 avril, l'agence Reuters précisait: « Une audition, voire une mise en examen, paraissent juridiquement inéluctables en cas de défaite. »


Le même jour, les avocats de Patrice de Maistre, l'ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, ont à nouveau réclamé la libération de leur client. Ils ont dénoncé une « détention-pression ». De Maistre récuse tout versement de fonds à Sarkozy. Mais deux retraits d'espèces en Suisse, de 400.000 euros chacun, en pleine campagne 2007, ne lasse pas de surprendre.



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A J-11, Sarkozy sombre dans la caricature derrière Le Pen

On dirait une panique mal cachée. Nicolas Sarkozy court après les faveurs des 6 millions d'électeurs qui ont choisi Marine Le Pen au premier tour dimanche. Lundi, il évoqua le « vrai travail ». Mardi, c'était au tour de la Famille. Et après ?

Il y avait pire. Ses proches pensaient déjà aux élections législatives.

Sarkozy était-il déjà enterré ?

Vrai travail, vrais chômeurs
Il voudrait parler aux « vrais travailleurs ». Qui distribuera les cartes ? Qui fera le tri ?  Le lieu n'était pas sûr. Initialement annoncée au Champs de mars, la manifestation pourrait glisser au Trocadéro, juste en face, de l'autre côté de la Seine, un lieu moins large où l'effet de foule s'obtient plus facilement.

Sarkozy voulait éviter que le 1er ne se transforme en manifestations anti-Sarko. Après tout, la CGT avait rappelé son appel à le déloger de l'Elysée le 6 mai prochain. «C'est une grave erreur de la CGT et de M. Hollande qui se présente derrière les drapeaux rouges de la CGT, et donc comme candidat de la CGT. C’est son droit, c’est son choix.» critiqua le candidat sortant. Ah... le spectre du drapeau rouge ! Il manquait le couteau entre les dents et la caricature était complète.  Qui pouvait lui rappeler le million de demandeurs d'emploi supplémentaires depuis 2007 ?

Nicolas Sarkozy continua, mardi midi à Longjumeau. Qui étaient donc ces « vrais travailleurs » de milieu de journée ? Le journaliste Arnaud Leparmentier, du Monde, s'amusa sur Twitter: « C'est bizarre, la France qui travaille tient meeting à 12h30 à Longjumeau ».

Caricatures
Pour séduire ces 6 millions d'électeurs qui avaient préféré Marine à Nicolas, tout était possible: « A partir du moment où Marine Le Pen est autorisée à se présenter, le vote pour elle n'est pas un vote contre la République » Un sondage indiquait que 68% d'entre eux avaient voté par adhésion et non par protestation. C'était un coup dur. A Longjumeau, Sarkozy livra donc toutes ses vannes. Point d'idées, de propositions, que des vannes ou un débat sur le débat.

« Je dénie donc le droit de faire la leçon de morale à ceux qui ont porté leurs suffrages sur une candidate qui avait le droit de se présenter. Je ne porte pas de jugement. Je ne porte pas de jugement. » Qui faisait la morale ? Justement, Nicolas Sarkozy s'inventait des scandales. Don Quichotte jusqu'au bout.


Il était encore Don Quichotte quand il s'indignait tout seul: «  Je n’aurais pas le droit de m’adresser à la souffrance de ces millions de Français, au prétexte que la pensée unique et que la gauche bien pensante, ça la gêne ? » Qu'avait-il fait depuis 5 ans ? Dix ans de droite et Marine Le Pen frôle le second tour...

Il répéta quelques mensonges: «  je dis que le 1er juillet, on versera les retraites le 1er de chaque mois et non pas le 8 parce qu’il n’y a aucune raison que l’État fasse sa trésorerie sur les retraités. » Les retraites ne sont pas collectées par l'Etat mais un organisme paritaire. Pire, ce dernier ne récolte les cotisations retraites que le 5 du mois. La seule proposition de Sarkozy couterait a minima 200 millions d'euros par an d'agios !

Il sombrait dans ses formules qui, à force, ne signifiait plus rien. Le poids des mots, le choc de la réalité: «Je dis, moi, le républicain profondément laïc, profondément laïc, je dis aux démocrates chrétiens que la France a des racines chrétiennes, que cela plaise ou non ! » Quelle importance à crier sa laïcité si c'est pour s'agenouiller devant le pape, en décembre 2007 ?

Il n'aimait pas l'assistanat. Que ne l'avait-il crier encore plus fortement depuis ces longues années de gouvernement ? Pourquoi n'avait-il pas assumé ? « Nous ne supportons pas l’injustice qui veut que celui qui ne travaille pas peut gagner dans certaines conditions davantage que celui qui travaille. »

A Longjumeau, Nicolas Sarkozy n'eut pas un mot pour son ami Johnny le chanteur, accusé par le Canard Enchaîné d'avoir un litige fiscal de ... 9 millions d'euros. Sarkozy aime les ragots quand ils concernent François Hollande.

Pagaille
Dimanche soir jusqu'à lundi matin, les proches du candidat sortant étaient des perroquets. Ils répétaient les mêmes éléments de langage, au mot près. Puis, mardi, ce fut la pagaille. 
Mardi matin, Chantal Jouanno confiait qu'elle voterait socialiste et non FN en cas de triangulaire aux prochaines élections législatives. C'était tout le problème. Sarkozy courrait après Le Pen mais ses proches pensaient déjà au tour d'après, les législatives. L'ancienne ministre de Sarkozy fut « corrigée ». A l'UMP, on s'agaça. «Mais on s'en contrefout de cette nana qui est en mal d'existence ! Qu'est-ce que vous voulez que cela nous fasse que Chantal Jouanno déconne ! », dénonça Jacques Myard, l'un des députés de la Droite Populaire de l'UMP.

Sur Twitter, Eric Ciotti, le député UMP niçois n'était pas avare en caricature: « @fhollande voulait inscrire la laïcité dans la constitution il devient le candidat des 700 mosquées ! » . Mais le soir même, François Fillon suivait Jouanno. Voter FN ? « Bien sûr que non ! La question ne se pose même pas ». Fillon pense à sa candidature à Paris.

Même Claude Guéant, candidat à Boulogne-Billancourt, excluait publiquement de voter FN en cas de triangulaire. Claude Guéant devenait centriste !

En fin de journée, le Monarque avait encore réuni 200 parlementaires UMP pour les rassurer après la débâcle de dimanche. Pas question de changer une formule qui ne marche pas, on n'a plus le choix. « On a posé les thèmes au premier tour et on n'en changera pas, bien évidemment », dixit Sarkozy, car  «les électeurs du FN ont lancé un appel "il faut vous réveiller».


Dans la journée, on apprenait que le Front national avait déposé à l'INPI ce qui serait la future dénomination du parti frontiste, l'Alliance pour un Rassemblement National.

Ami sarkozyste, réveille-toi ?

Il est temps de refermer la page.




24 avril 2012

Sarkozy cherche encore la France silencieuse.

Il avait accepté l'idée de sa faible popularité. Il espérait qu'on lui serait gré d'avoir « tenu » la barre pendant la Grande Crise. Il voulait éviter un référendum contre lui. Il en a eu deux. En arrivant second, Nicolas Sarkozy a raté son premier tour comme il a raté son quinquennat. Et pire, il a redressé le Front National.

Lundi, il n'avait pas compris. Il cherchait encore une France silencieuse qui pourtant s'était exprimée plus de 80% dimanche soir. Il cherchait les « vrais travailleurs », dénonçait une gauche qu'il cherchait au Fouquet's, s'agaçait des délocalisations qu'il n'osait reconnaître comme bilan.

L'échec
Le 21 avril 2002 avait laissé un traumatisme, surtout à gauche. Malgré de bons résultats économiques, la gauche plurielle n'avait su convaincre. L'insécurité avait été agitée comme un fabuleux sujet. On lui attribua la principale responsabilité dans la qualification du Front national du second tour. Dix ans plus tard, le constat est pire pour Nicolas Sarkozy. Il a sauvé sa qualification de second tour. Mais son double échec devrait interroger.

Il a rétréci la droite parlementaire à son plus faible étiage de la Vème République, à peine un quart des voix. Par rapport au premier tour de 2007, il a perdu environ 2 millions de voix. Et il fait progresser le Front National. En 2002, Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret avaient attiré 5,5 millions des suffrages. Dix ans plus tard, l'unique candidate du Front National rassemble 6,4 millions des votes sur son nom au premier tour de cette présidentielle 2012. Que s'est-il passé ?

En 2002, on accusa la gauche d'ignorer les « vrais » problèmes, de pratiquer l'angélisme. Nicolas Sarkozy a cru qu'il suffisait d'en parler pour convaincre. Encore fallait-il obtenir des résultats. L'échec de Nicolas Sarkozy en matière de lutte contre l'insécurité est patent. En 10 ans, les atteintes aux personnes ont progressé de 87.000 actes: de 381.000 en 2002, elles ont régulièrement progressé pour atteindre 468.000 l'an dernier !

Et pourtant, depuis 2002, la boulimie législative de Nicolas Sarkozy a largement écoeuré jusqu'à son propre camp. Pour le simple dernier quinquennat, la multiplication des lois, pour de si mauvais résultats, a décrédibilisé Nicolas Sarkozy. Ce dernier s'est révélé dangereusement incompétent. Même la Cour des comptes, en juillet dernier, s'est inquiété de la mauvaise gestion des forces de l'ordre.

Sans réponse
Lundi matin, Nicolas Sarkozy et ses proches avaient la gueule de bois. On les a vu défiler, un à un, pour s'enfermer pour l'une de ses traditionnelles réunions dites « stratégiques». Patrick Buisson, le brillant conseiller qui convainquit Nicolas Sarkozy de cette stratégie frontiste, n'était pas venu. Ils cogitèrent durs pour tenter d'imaginer comment favoriser les meilleurs reports de voix au second tour.

Tout ça pour ça... A Donzère, la ville dont Eric Besson, l'ancien ministre de l'identité nationale qui organisa le sinistre débat éponyme, le Front national est arrivé devant l'UMP. A Meaux, la ville de l'avocat-député Jean-François Copé, François Hollande est arrivé en tête. 

Un désaveu ? « Je ne le crois pas, bien au contraire ». Guillaume Peltier, l'ex-frontiste devenu expert ès sondages vivait sur une autre planète. Il tenta de défendre son mentor sur iTélé puis France Inter. La veille, il confiait: « Si on n’avait pas eu ces thèmes forts, Marine Le Pen aurait été encore plus haut » Ah, la belle excuse.

Louis Alliot, vice-président du FN et compagnon de Marine Le Pen déclara attendre « l'implosition de l'UMP » après la défaite.

Les vrais travailleurs ?
En sortant de son QG, lundi matin, Nicolas Sarkozy confia à la nuée de journalistes qui l'attendaient qu'il avait décidé d'une manifestation pour le « vrai travail ». Il était clair qu'il avait choisi sa posture, guerroyer sur le terrain même du Front National. Et tant pis pour l'électorat centriste. Patrick Buisson était finalement toujours aux commandes. « Le 1er mai, nous allons organiser la fête du travail, mais la fête du vrai travail, de ceux qui travaillent dur, de ceux qui sont exposés, qui souffrent, et qui ne veulent plus que quand on ne travaille pas on puisse gagner plus que quand on travaille». Qui fera le tri ? « On défendra, nous, le vrai travail, pas le statutSarkozy continuait sa croisade contre les syndicats.

Vers 18 heures, Nicolas Sarkozy était à A Saint-Cyr-sur-Loire, dans une petite salle. Finalement, son planning de campagne avait à peine changé. La veille à la Mutualité, il avait pourtant promis d'aller « partout », « à la rencontre de chaque Français ». Ce n'était que des mots, comme toujours.

A Saint-Cyr-sur-Loire, Sarkozy était hargneux. On aurait cru qu'il voulait en découdre avec les mains. Il avait oublié qu'au 2nd tour, on rassemble. Qui voulait-il rassembler ? Qui pouvait-il rassembler ?

Irresponsable.
Nicolas Sarkozy, bien sûr, était irresponsable de son propre bilan. « Les délocalisations, dans vos territoires, ce n'est pas acceptable. » Il avait raison, mais il n'avait rien pu faire contre la disparition de 900 usines en 5 ans.  Il s'évertua à fustiger la technocratie. Il s'amusa de ces grandes entreprise squi, la crise aidant, avaient réclamé l'aide des Etats. « Quand la crise a soufflé, ils ont chacun retrouvé leur président.» A ces banques et autres groupes, que n'avait-il pu imposer quelques contre-parties en matière d'emploi ou de gouvernance ? Evidemment, il n'en fut pas question devant cette assemblée transie d'inquiétude de militants qui voulaient encore croire au rêve Sarkozy.

« Et les retraites payées avec une semaine de retard, alors que les loyers sont payés le 1er ? » Son ministre du budget avait refusé la mesure il y a deux ans.

Triste sire...

Don Quichotte
A Saint-Cyr-sur-Loire , Sarkozy s'inventait des combats, comme celui contre la « technocratie » qui n'aurait rien compris. N'était-il ministre ou président depuis 10 ans ? N'avait-il placé nombre de proches, d'amis, de proches amis à la tête des administrations policières, judiciaires, voire bancaires ?

Il s'inventait des polémiques: « C'est un scandale, parce qu'on ose prononcer le mot immigration. C'est un scandale ! » Les sondages, y compris ceux de son proche institut Opinion Way, semblaient indiquer que la France s'inquiétait surtout du chômage, de la précarité, de la santé publique qui devient privée.  

«  Ne pensez pas à nos dettes, il n’y a pas de dette !  Ne pensez  pas à l’Europe, il n’y a pas d’Europe ! Quant aux chinois n’y pensez pas, ils arrivent » Mais de quoi parlait-il ?

Mais Sarkozy s'obstinait. La Burqa était son moulin à vent dont il était le Don Quichotte. Trois cent verbalisations  « La Burqa, ce n'est pas anecdotique ». Sarkozy n'avait pas retenu la leçon. Il se pensait en 2002 ou peut-être même en 1986. Nous étions en 2012.

« Le travail qui rapporte moins que l'assistanat, c'est une véritable injustice ! »  Mais de quoi parlait-il ? Connaissait-il seulement le montant des minima sociaux ?

« Je voudrai dire un mot à mon contradicteur : comment voulez vous sortir de la crise si vous niez la crise. Comment inscrire la France dans le monde si on nie la réalité du monde » Mais de quoi parlait-il ? Accuser François Hollande de nier la crise, quand toute sa campagne ne portait que que sur le redressement d'une France abîmée était curieux. Dans la salle, les applaudissements étaient hésitants.

Le président des Riches eut cette formule malheureuse, le clown ne mesurait plus qu'il en devenait ridicule: « Je veux parler aux petits, aux sans-grade, aux ruraux, aux petits retraités, qui ne protestent pas mais ont le droit d'être respectés.»

Il cherchait pourtant encore cette France silencieuse. Elle s'était pourtant largement exprimée, ce dimanche, avec une participation quasi record de plus de 80%.

Désespéré
Il conclua dans la polémique. Il rappela sa fumeuse anecdote, vieille de 10 jours quand il passa sur France Inter. Puis fustigea:  «Je n'accepterai pas de leçons de morale d'une gauche qui voulait installer DSK à l'Elysée » déclara celui qui l'avait installé au FMI en juin 2007.

L'homme du Fouquet's et des weekends à Marrakech dénonça cette gauche qui « dîne dans des restaurants de luxe » et qui « invite dans ses meetings des exilés fiscaux ».

En début de meeting, il était stressé, grave, désespéré.  «Je ne me permettrai pas de juger les Français dont je ne connais pas les souffrances.» C'était un avis d'impuissance : « Je n’ai pas à donner de leçons de morales. J’ai vu qu’on leur faisait le reproche d’avoir voté pour les extrêmes. Je ne le leur reproche pas. Il y a des Français qui pensent que les choses ne peuvent pas continuer ».

Il avait raison. « Il y a des Français qui pensent que les choses ne peuvent pas continuer ».

Le changement devait être sans lui.

Ami sarkozyste, lâche ton candidat.


23 avril 2012

Sarkozy face à la vague de la défaite

Les résultats sont tombés, ils sont durs, sans retour. Ce premier tour de scrutin a bien été la première étape d'un référendum anti-Sarkozy.

Quelque 75% des suffrages exprimés se sont portés contre Nicolas Sarkozy.

L'enfant de Neuilly peut et doit se considérer premier responsable de la première gifle qu'il vient de recevoir. Même parvenu en tête, il reste affaibli comme un Giscard en avril 1981. De Giscard pourtant, nous pouvions retenir quelques moments marquants qui solidifièrent la République. La Monarchie sarkozyenne qui s'achève ne laissera derrière elle que l'image de son Chef, un homme instable, pas si doué que cela, dont le narcissisme a ruiné les ambitions de réforme.

Une campagne ratée
Vendredi dernier, Jean-François Copé, celui qui s'imagine candidat presque naturel de son camp en 2017, feignait de croire à un renversement de tendances. Il sentait « un engouement inouï ». Il répéta les éléments de langage élyséen, le duel tant attendu allait enfin commencé. « Tout d'un coup, on va devenir sérieux, il va y avoir une gravité des enjeux, les masques vont tomber. A partir de lundi, il n'y a plus de Poutou, il n'y a plus de tout ça, ils sont tous les deux, et c'est beaucoup plus compliqué pour Hollande ». Copé était déjà agacé.

Depuis l'automne au moins, Nicolas Sarkozy répétait que son rival allait s'effondrer d'une façon ou d'une autre. Début janvier, il espérait même un second tour contre Marine Le Pen, si persuadé de pouvoir imposer un agenda propice, si convaincu que François Hollande ne tiendrait pas. Ses sbires en public et lui-même en coulisses ne cessaient de fustiger le caractère du candidat socialiste, et de caricaturer la moindre de ses propositions avec une violence inédite.

L'argument majeur, sur le flou des propositions du rival, ne tint pas la route. François Hollande avait publié ses 60 propositions depuis des semaines, distribuées main à la main à des millions d'exemplaires, alors que Sarkozy hésitait à proposer le moindre programme. Pire, quand Sarkozy se décida enfin à publier son programme, Hollande énonça le calendrier de sa première année, s'il était élu.

Pour attirer l'attention sur lui, il tenta de créer un faux suspense en énonçant des propositions qu'il voulait décisives et fortes. Elles furent floues, contredites et souvent ridicules. Même les journalistes les plus sarkophiles furent déçus.

En février, inquiet d'être largué, Nicolas Sarkozy précipita son entrée en campagne. Il fallait frapper fort. Mais le coup fut maigre. Le Monarque et ses proches continuait de croire en ce fameux « croisement des courbes ».

Sarkozy avait fait campagne sur les thèmes historiques du Front national: l'immigré, à nouveau, était la cible. Au risque de désemparer l'électorat centriste, Sarkozy cherchait la France silencieuse dans l'arrière-cour de Marine Le Pen. Suivant les conseils de Patrick Buisson, il avait partiellement réussi à déplacer le curseur électoral vers l'extrême droite.

Mais une stratégie partiellement réussie ?
Vendredi, il avait conclu sa campagne par un meeting à Nice, puis message publié sur Twitter: « Je penserai à vous dimanche, à nous, à notre pays. Nous serons au rendez-vous de la France forte, au rendez-vous de la victoire. -NS ».

Dimanche, l'autoproclamé candidat du peuple était allé voter dans le 16ème arrondissement de Paris, près de l'hôtel particulier de son épouse.

sur Twitter et ailleurs, les #premiersresultats avaient fuité. Les sites d'informations belges et suisses n'avaient pas eu la pudeur d'attendre 20 heures. La réglementation française ne les concernait pas. A midi, Nicolas Sarkozy avait déjeuné avec son équipe de campagne, Nathalie Kosciusko-Morizet, Guillaume Lambert et Franck Louvrier. Puis vers 19h, il s'agissait de caler les éléments de langage.

A 20h, les scores étaient rudes et durs. Marine Le Pen avait fait mieux que son père, malgré une campagne clairement axée à l'extrême droite. Quelques minutes avant 21h, Marine Le Pen exultait: « rien ne sera plus jamais comme avant ». Effectivement, elle avait pleinement profité de la banalisation de ses thèses par le Monarque élyséen.

Sur CANAL+, France 2 ou TF1, les seconds couteaux de l'UMP avaient du mal. Laurent Wauquiez tentait d'expliquer la défaite par le prix de l'essence.

Vers 21h07, François Bayrou expliqua qu'il posera quelques questions aux deux candidats qualifiés avant de donner ses préférences.

Vers 21h42, Nicolas Sarkozy arriva enfin. « Le moment de la confrontation des projets est arrivé». Le bloc de gauche était au niveau de 1981. Mais #Sarkozy avait sa surprise du jour, il voulait 3 débats de second tour, mais aucun sur son bilan, son boulet.

Ami sarkozyste, où es-tu ?


22 avril 2012

Présidentielle: 74% contre Sarkozy !

Il est 20 heures, les estimations sont là, le désaveu également. C'était confirmé, Sarkozy nous avait pourri la France.

Nicolas Sarkozy: 27%
François Hollande: 29%
Marine Le Pen: 18%
Jean-Luc Mélenchon: 11%
François Bayrou: 9%
Eva Joly: 2%
Nicolas Dupont-Aignan: 2% 
Nathalie Arthaud: 1%
Philippe Poutou: 1%
Jacques Cheminade: 0%

75% contre lui,  c'était un vote réel, un choc, une claque, un coup dans le ventre. A l'Elysée, Nicolas Sarkozy avait masqué.

Au Palais, Patrick Buisson pouvait-il se réjouir ?

Le centre de gravité d'une large fraction du pays était à l'extrême droite.



21 avril 2012

Le déclin de la France, ou la leçon de pessismisme d'Elie Arié

La question du déclin de la France était plus ou moins sous-jacente dans cette élection présidentielle. Le 15 mars dernier, Elie Arié a publié un ouvrage au titre explicite: « Mondialisation, déclin de l'Occident » (*). Elie commente très régulièrement le blog Sarkofrance chez Marianne2, s'attirant souvent l'ire de nombre de mes soutiens. Au dos de son bouquin, il se décrit comme ancien militant du parti socialiste, puis du Mouvement Républicain et Citoyen, dont il fit partie du Secrétariat National, et, enfin, actuellement membre du Conseil Scientifique de la fondation Res Publica.

Ses prises de position sont toujours argumentées.


J'avais promis une critique de l'ouvrage, la voici, à quelques heures des résultats du premier tour des élections. Je ne fus pas déçu. La lecture de son livre fut une douche froide, nécessaire sans doute. 

Elie Arié paraissait pessimiste. Il livrait un « témoignage personnel ». Il ne s'en cachait pas dès l'introduction, dès la première phrase du premier chapitre. « Avoir conscience de sa mort prochaine dans un monde qui se meurt lui-même est un privilège exceptionnel, mais qui impose quelques obligations.» Et il confiait que c'est pour lui « un grand soulagement que de quitter, comme aujourd'hui, un univers où l'on voit s'effondrer tous ses repères et toutes ses valeurs, alors qu'on n'a plus le temps ni les capacités de s'en construire de nouveaux: la mort est une heureuse délivrance d'une tâche surhumaine.» Je comprends ce soulagement. Depuis petit, j'ai toujours eu l'intime sentiment de la brièveté de notre passage sur Terre, de la fragilité de la vie. Mais j'ai toujours placé d'immenses espoirs dans notre capacité collective à renverser le destin. Je crois qu'on appelle cela être de gauche.

Au fil des pages, Elie Arié démolissait un à un les emblèmes de notre vieil Occident.

Son état des lieux était terrifiant. Il soutenait l'idée presque convaincante, que nous ne ferions que défendre notre confort d'occidentaux privilégiés sous couvert de luttes sociales, contre les économies émergentes. « Et si, alors que nous ne dénonçons l'individualisme des privilégiés, nous n'étions qu'un pays qui défend ses privilèges de façon très individualiste ? » . Cet argument était presque convaincant s'il n'oubliait une autre vision, celle d'un monde qui n'est plus national. La lutte des classes est désormais mondiale. Le trader n'a pas de nationalité, ne mérite aucune nationalité.

Elie Arié tapait juste quand il critique les lacunes de l'Europe politique, ses « aveuglements idéologiques » (abandon de la maîtrise de la monnaie, libre-échange intérieur), ou l'incroyable « édification de fortunes colossales » pour quelques-uns. Et il regrette que ce système « sans doute le plus inégalitaire et le plus révoltant que le monde ait jamais connu, se trouve protégé de ce qui, jusqu'à présent, avait toujours mis fin à l'intolérable: les révolutions

Elie Arié était aussi pessimiste sur notre démocratie. Si « le peuple vit en démocratie lorsqu'il en a le sentiment », l'auteur était convaincu que la France ne vit plus en démocratie depuis le début de la mondialisation. Il évoquait le discrédit de la classe politique, qui s'étendrait « de façon de moins en moins injuste, aux simples militants ». Pourquoi tant de rancoeur ? Elie Arié s'inquiétait même de la « relativisation de la réalité », une expression qu'il emprunte à l'économiste Benjamin Dessus, née d'un simplisme accru de la pensée populaire et d'un échec de la science à tout expliquer.

La question sociale, primordiale pourtant, était découragée en quelques pages. L'Etat ne pourrait plus rien, à cause de la mondialisation. C'est la fin, sautons tous par la fenêtre ! Le Fordisme aurait vécu, la conscience de classe disparu. La grève serait inefficace. Les luttes sociales ne seraient plus que corporatistes. C'est la « fin des solidarités », et, pire, sans manifestations ni révoltes. Ce paragraphe est éprouvant, et contredit par la réalité. On se révolte, on proteste. Il n'y a aucune raison de penser que la protestation ne débouchera pas sur une révolution si le système ne se réforme pas. Mais Elie Arié restait plus pessimiste. « Aujourd'hui, il n'existe aucun projet alternatif ».

Elie Arié était très critique sur nos médias. La presse traditionnelle serait quasi-morte, déplacée sur Internet. Il consacre même quelques lignes à railler nos exercices blogosphériques : « tous journalistes ! ». « Ainsi, les sites des quotidiens les plus réputés pour leur sérieux et leur fiabilité s'enrichissent-ils (?) de plus en plus d'articles de "blogueurs", simples particuliers qui s'imaginent qu'il suffit d'éprouver le besoin d'écrire quelque chose pour que cela mérite effectivement d'être publié et porté à la connaissance de tous ».

Inutile de préciser que votre serviteur s'est senti concerné par le constat. Ou presque: « la prise de position sur un sujet n'a plus besoin de s'appuyer sur une connaissance préalable aussi exacte que possible ». Elie Arié allait vite en besogne. Nombre de blogs n'ont d'autres prétentions que d'exprimer des points de vue personnels. Et les journaux qui associent des blogueurs à leur entreprise 2.0 n'accueillent pas non plus n'importe qui. Que dire enfin de cette profusion d'éditorialistes professionnels dont la seule compétence est d'apparaître sur des médias connus ?

Dans un autre chapitre, Elie Arié licencia religion et patriotisme, tous deux en perdition dans notre démocratie malade. Puis, en introduction de sa conclusion, il lâche cette phrase improbable:

« On aurait tort de voir dans cette perception du monde un quelconque pessimisme.»

Fichtre! Il avait la conclusion contradictoire ! Il voulait trouver « de nombreux éléments réconfortants » dans toutes ces évolutions, comme la possibilité démocratique, avec l'effondrement des systèmes et autres tyrannies intellectuelles ou politiques. Finalement, Elie Arié concluait qu'il n'y avait d'inquiétant que l'absence d'alternative.

On sait ce qui meurt, on ne sait pas ce qui arrive.



(*) Les Editions de Paris, 8 euros.