Le déclin de la France, ou la leçon de pessismisme d'Elie Arié

La question du déclin de la France était plus ou moins sous-jacente dans cette élection présidentielle. Le 15 mars dernier, Elie Arié a publié un ouvrage au titre explicite: « Mondialisation, déclin de l'Occident » (*). Elie commente très régulièrement le blog Sarkofrance chez Marianne2, s'attirant souvent l'ire de nombre de mes soutiens. Au dos de son bouquin, il se décrit comme ancien militant du parti socialiste, puis du Mouvement Républicain et Citoyen, dont il fit partie du Secrétariat National, et, enfin, actuellement membre du Conseil Scientifique de la fondation Res Publica.

Ses prises de position sont toujours argumentées.


J'avais promis une critique de l'ouvrage, la voici, à quelques heures des résultats du premier tour des élections. Je ne fus pas déçu. La lecture de son livre fut une douche froide, nécessaire sans doute. 

Elie Arié paraissait pessimiste. Il livrait un « témoignage personnel ». Il ne s'en cachait pas dès l'introduction, dès la première phrase du premier chapitre. « Avoir conscience de sa mort prochaine dans un monde qui se meurt lui-même est un privilège exceptionnel, mais qui impose quelques obligations.» Et il confiait que c'est pour lui « un grand soulagement que de quitter, comme aujourd'hui, un univers où l'on voit s'effondrer tous ses repères et toutes ses valeurs, alors qu'on n'a plus le temps ni les capacités de s'en construire de nouveaux: la mort est une heureuse délivrance d'une tâche surhumaine.» Je comprends ce soulagement. Depuis petit, j'ai toujours eu l'intime sentiment de la brièveté de notre passage sur Terre, de la fragilité de la vie. Mais j'ai toujours placé d'immenses espoirs dans notre capacité collective à renverser le destin. Je crois qu'on appelle cela être de gauche.

Au fil des pages, Elie Arié démolissait un à un les emblèmes de notre vieil Occident.

Son état des lieux était terrifiant. Il soutenait l'idée presque convaincante, que nous ne ferions que défendre notre confort d'occidentaux privilégiés sous couvert de luttes sociales, contre les économies émergentes. « Et si, alors que nous ne dénonçons l'individualisme des privilégiés, nous n'étions qu'un pays qui défend ses privilèges de façon très individualiste ? » . Cet argument était presque convaincant s'il n'oubliait une autre vision, celle d'un monde qui n'est plus national. La lutte des classes est désormais mondiale. Le trader n'a pas de nationalité, ne mérite aucune nationalité.

Elie Arié tapait juste quand il critique les lacunes de l'Europe politique, ses « aveuglements idéologiques » (abandon de la maîtrise de la monnaie, libre-échange intérieur), ou l'incroyable « édification de fortunes colossales » pour quelques-uns. Et il regrette que ce système « sans doute le plus inégalitaire et le plus révoltant que le monde ait jamais connu, se trouve protégé de ce qui, jusqu'à présent, avait toujours mis fin à l'intolérable: les révolutions

Elie Arié était aussi pessimiste sur notre démocratie. Si « le peuple vit en démocratie lorsqu'il en a le sentiment », l'auteur était convaincu que la France ne vit plus en démocratie depuis le début de la mondialisation. Il évoquait le discrédit de la classe politique, qui s'étendrait « de façon de moins en moins injuste, aux simples militants ». Pourquoi tant de rancoeur ? Elie Arié s'inquiétait même de la « relativisation de la réalité », une expression qu'il emprunte à l'économiste Benjamin Dessus, née d'un simplisme accru de la pensée populaire et d'un échec de la science à tout expliquer.

La question sociale, primordiale pourtant, était découragée en quelques pages. L'Etat ne pourrait plus rien, à cause de la mondialisation. C'est la fin, sautons tous par la fenêtre ! Le Fordisme aurait vécu, la conscience de classe disparu. La grève serait inefficace. Les luttes sociales ne seraient plus que corporatistes. C'est la « fin des solidarités », et, pire, sans manifestations ni révoltes. Ce paragraphe est éprouvant, et contredit par la réalité. On se révolte, on proteste. Il n'y a aucune raison de penser que la protestation ne débouchera pas sur une révolution si le système ne se réforme pas. Mais Elie Arié restait plus pessimiste. « Aujourd'hui, il n'existe aucun projet alternatif ».

Elie Arié était très critique sur nos médias. La presse traditionnelle serait quasi-morte, déplacée sur Internet. Il consacre même quelques lignes à railler nos exercices blogosphériques : « tous journalistes ! ». « Ainsi, les sites des quotidiens les plus réputés pour leur sérieux et leur fiabilité s'enrichissent-ils (?) de plus en plus d'articles de "blogueurs", simples particuliers qui s'imaginent qu'il suffit d'éprouver le besoin d'écrire quelque chose pour que cela mérite effectivement d'être publié et porté à la connaissance de tous ».

Inutile de préciser que votre serviteur s'est senti concerné par le constat. Ou presque: « la prise de position sur un sujet n'a plus besoin de s'appuyer sur une connaissance préalable aussi exacte que possible ». Elie Arié allait vite en besogne. Nombre de blogs n'ont d'autres prétentions que d'exprimer des points de vue personnels. Et les journaux qui associent des blogueurs à leur entreprise 2.0 n'accueillent pas non plus n'importe qui. Que dire enfin de cette profusion d'éditorialistes professionnels dont la seule compétence est d'apparaître sur des médias connus ?

Dans un autre chapitre, Elie Arié licencia religion et patriotisme, tous deux en perdition dans notre démocratie malade. Puis, en introduction de sa conclusion, il lâche cette phrase improbable:

« On aurait tort de voir dans cette perception du monde un quelconque pessimisme.»

Fichtre! Il avait la conclusion contradictoire ! Il voulait trouver « de nombreux éléments réconfortants » dans toutes ces évolutions, comme la possibilité démocratique, avec l'effondrement des systèmes et autres tyrannies intellectuelles ou politiques. Finalement, Elie Arié concluait qu'il n'y avait d'inquiétant que l'absence d'alternative.

On sait ce qui meurt, on ne sait pas ce qui arrive.



(*) Les Editions de Paris, 8 euros.

13 commentaires:

  1. Ou comment boucher les trous de l’impatience quand le ronron sourd de nos horloges raisonne au tréfonds de nos tripes... ce battement régulier qui de grave en aigu, de joie en colère ou d’ombre en lumière exalte notre attente à en mordre dans l’inutile…

    ppp...

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  2. Bien que j'arrive souvent à le trouver fort sympathique, notre cher Élie Arié est un peu le monsieur "p'têt ben qu'oui p'têt ben que non" : des prises de positions alambiquées desquelles il peut se départir dès le lendemain.

    Je vais même lui faire l'épilogue de son bouquin : ce n'est n'est pas l'Occident qui se meurt mais la société de consommation facile et pas chère.

    À savoir que l'Occident est déjà mort plusieurs fois : notamment l'Empire romain et l'Empire carolingien.

    Le seul déclin : l’ascenseur social avec une société pétro-dépendante à bas prix.

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  3. François Hollande: from a small town in France to the gates of the Elysée

    http://www.guardian.co.uk/world/2012/apr/22/francois-hollande-france-election

    And how do you do ? Comment va Tulle ?

    Mais,.... no comment...
    ...

    Andy....

    ( 75 000 € ....)

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  4. Bonjour Juan et merci de cette chronique atypique.

    Effectivement, que l'on se place comme Elie Arié sur le plan civilisationnel, ou comme d'autres dont je fais parti, sur le plan environnemental, la cause semble entendue : no futur !

    Quand on a des enfants encore jeunes, comme c'est mon cas, la conclusion ne peut s'arrêter là. Car il y a forcément une suite, et forcément une façon d'utiliser l'ensemble des connaissances acquises au cours d'une vie de recherche pour anticiper au mieux.

    Quel parent désirerait en conscience faire de ses enfants des techniciens esclaves d'un monde à l'agonie, co-responsables du désastres de par leur mode de vie ?

    D'un coté le politique, avec cette étrange et radicale expérience que plus personne n'attendait, dont la France fait l'expérience aujourd'hui et qui redonne un coeur battant au peuple de gauche sur les fondements même de la république, liberté, égalité, fraternité, résistance... de l'autre l'individu qui n'a plus le temps d'attendre, qui fait donc ses propres choix.

    Sur mon petit radeau, nous ne serons que 4 à se jeter dans la cataracte d'une réalité. Une fois de l'autre coté qui sait ce qu'il peut arriver...

    Mais bien sur, celui qui n'essaie pas ne se trompe qu'une seule fois...

    Bonne journée !
    grosha

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  5. Merci, M'sieur Juan!

    Je m'attendais d'autant moins à cet article qu'ignorant votre véritable nom et votre adresse, je n'avais pu vous le faire envoyer: vous l'avez non seulement lu, mais aussi acheté, ce qui est rare entre journalistes, même non-professionnels...

    (je ne suis pas certain que les habitués de votre blog, qui ont toujours été d'une parfaite courtoisie à mon égard, se rueront dans les librairies pour l'acheter, mais l'essentiel n'est pas là).

    J'aurai plaisir à faire votre connaissance dans quinze jours, votre blog n'ayant alors plus de raison d'être; en attendant, je penserai ce soir à vous, en débouchant le champagne à 20 heures 15 secondes.

    Elie Arié

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  6. On sait ce qui meurt, on ne sait pas ce qui arrive.

    C'est ce qui a toujours fait peur aux êtres humains que nous sommes, que ce soit une société ou un sentiment qui s'achève, la question reste: Que va-t-il se passer après? Comment allons nous le vivre par rapport aux références du passé connu et vécu. Le vide, le changement peut apporter le meilleur comme le pire d'ou la peur.
    Notre passer nous le prouve.

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  7. Ce soir à 20 heures je gagne au loto.

    Bye Bye Président ! (et allez au diable ou plutôt au tribunal on vous y attends...)

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  8. Les propos d'Elie Arie me rappelle cette citation de Confucius, dont je ne suis pas ni féru, ni expert, mais qui trouve tout son sens ici : "l'expérience est une lanterne attachée dans notre dos, qui n'éclaire que le chemin parcouru". Quel égocentrisme, quel manque d'imagination et quelle amertume ! Qu'auraient bien pu écrire les philosophes des Lumières et tant d'autres s'ils s'étaient contentés de faire le constat de leur environnement ?
    Merci pour vos articles pleins d'esprit et de volonté.
    JMichel

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  9. Première estimation IPSOS (source Lesoir) :

    1e estimation IPSOS : Hollande 27,4 % ; Sarkozy 25,7 % ; Le Pen 20 % ; Mélenchon 11,5 % ; Bayrou 9 % ; Joly 2,2 %.

    http://www.romandie.com/news/n/Premi_estimation_IPSOS_source_Lesoir_ROM_220420121904.asp

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  10. Elie Arie :
    - un pauvre type qui n'a rien à dire.
    - un vieux gâteux.
    - un sot qui, par on ne sait quel miracle, peut encore polluer Marianne et maintenant Sarkofrance ! ! !
    - un crétin qui s'il avait un peu de moralité s'abstiendrai de commenter tout et n'importe quoi st surtout n'importe comment !

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  11. @ ppp = "petite plume perdue" :

    "résonne", pas "raisonne" !
    De rien, c'était juste pour vous rendre service.

    Elie Arié

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  12. @ celui qui a écrit "Elie Arié, un pauvre type qui..." etc.
    Bonjour, Aldus, tu vas bien?
    Alors, tu viens apporter la contradiction au billet de Juan? Le projet est louable, mais il y faudrait un peu plus d'argumentation.

    Elie Arié

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  13. M. Arié, Vous vous définissez très bien tout seul !

    ".. de simples particuliers qui s'imaginent qu'il suffit d'éprouver le besoin d'écrire quelque chose pour que cela mérite effectivement d'être publié et porté à la connaissance de tous" (sic)

    Cordialement

    Estienne (comme au 2ème post)

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