31 mai 2012

Péchenard, Squarcini et Gaudin: pourquoi ont-ils été virés si tard ?

La droite dénonce une chasse aux sorcières. Trois hauts responsables de la police ont été remplacés mercredi 30 mai: le directeur général de la police nationale Frédéric Péchenard, le directeur de la DCRI Bernard Squarcini et le préfet de police de Paris Michel Gaudin.

Les « sorcières » étaient bien visibles.

Et alors ?

Mais la véritable surprise est qu'ils n'aient pas été remplacés plus tôt.

Péchenard, l'ami qui couvre
Frédéric Péchenard a été nommé à la direction de la police nationale par Nicolas Sarkozy peu après son élection, le 11 juin 2007. Son prédécesseur était Michel Gaudin, un autre proche de Nicolas Sarkozy qui fut alors nommé préfet de police de Paris, en remplacement du chiraquien Pierre Mutz. A l'époque, personne n'avait crié à la chasse aux sorcières chiraquiennes.

En novembre 2008, la DCRI se jette sur une vingtaine d'altermondialistes à Tarnac soupçonnés de terrorisme. L'accusation n'est pas mince. Elle ne débouchera sur ... rien, excepté des mois d'emprisonnement pour 9 d'entre eux, et surtout leur présumé « leader ». Qui est à la manoeuvre ? Frédéric Péchenard. Quelques mois plus tard, son subordonné, Bernard Squarcini, révèle le bidonnage.

En février 2010, le tout-Paris se gausse de rumeurs d'adultère au sein du couple présidentiel. Nicolas Sarkozy a demandé à son ami Péchenard d'enquêter pour en connaître l'origine. Voici donc les services secrets mobilisés pour une affaire privée.

En juillet 2010, l'Elysée s'agace de la publication par le Monde de larges extraits des procès-verbaux d'audition de témoins dans le cadre de l'affaire Woerth/Bettencourt. La DCRI enquête. Il faudra attendre septembre 2011 pour entendre Frédéric Péchenard avouer l'espionnage de deux journalistes du Monde. L'affaire des « fadettes » fait grand bruit. En octobre 2011, Frédéric Péchenard est interrogé par les juges.

Péchenard n'est pas au chômage. Il a été nommé délégué interministériel à la sécurité routière.

Squarcini, le Squale du Président
Quand il était en poste, il s'en félicitait. Bernard Squarcini est l'un des très proches de Nicolas Sarkozy. Numéro deux des Renseignements généraux sous Jacques Chirac, il avait pris le parti de Nicolas Sarkozy pendant la guerre des droites après 1995.

En 2011, Bernard Squarcini est cité dans l'affaire Guérini, Jean-Noël et son frère Alexandre. Il aurait prévenu le président (socialiste) des Bouches-du-Rhône de quelques rebondissements de l'affaire. Le même Guérini, d'ailleurs, avait pris la fille de Squarcini en stage. Le monde est petit.

En septembre 2011, Pierre Péant publie son dernier ouvrage, « La République des Mallettes ». La Sarkofrance s'active pour créer quelques contre-feux. L'enquêteur révèle les relations troubles entre Squarcini et Alexandre Djouhri. Cet homme de l'ombre, proche de Dominique de Villepin ET de Claude Guéant a joué les intermédiaires dans de nombreuses ventes d'équipement militaire.

L'affaire des fadettes du Monde lui valut une mise en examen en bonne et due forme, en octobre 2011. Il resta en poste. S'il avait été patron du FBI (l'équivalent américain de la DCRI), Squarcini aurait été mis à pied sur le champ ou contraint à la démission. Mais nous étions en France, en Sarkofrance. Les amitiés sont fortes.

En novembre 2011, Squarcini dépêcha deux fonctionnaires de la DCRI pour « conseiller » au juge Marc Trévidic en charge de l'instruction sur l'attentat de Karachi de reconsidérer la thèse d’Al Qaida. Cette affaire du Karachigate empoisonne la présidence Sarkozy depuis que ce juge a repris en main l'enquête en 2008.

En décembre 2011, le nom de Squarcini est mentionné dans une autre affaire: celle du cercle Wagram, un cercle de jeu qui a fait l'objet d'une instruction pour blanchiment et d'un putsch entre bandes rivales. Bernard Squarcini est cité comme le protecteur de l'une des barmaids, ce qu'il n'a pas nié. Il invoque les relations familiales. 

En janvier dernier, un ouvrage, « L’Espion du Président » (d'Olivia Recasens et Christophe Labbé et Didier Hassoux, chez Robert Laffont), est consacré à Squarcini. On y apprend comment l'homme a organisé la DCRI qu'il dirige depuis sa création en juillet 2008. Et notamment l'existence d'équipes clandestines, baptisées R1 pour les « sonorisations »; R2 chargée de « casser » les ordinateurs; et la « sous-division R » pour les écoutes illégales.

Gaudin, et la manipulation de l'IGS.
En janvier dernier, le Monde révèle le scandale de trop: « l'Inspection générale des services (IGS), la "police des polices", a sciemment truqué, en 2007, une procédure portant sur un éventuel trafic de titres de séjour au service des affaires réservées ». Et cinq fonctionnaires de police, jugés proches de Daniel Vaillant, l'ancien ministre de l'intérieur dans le gouvernement Jospin, ont été accusés, puis suspendus avant d'être blanchis... en 2011.

Les signataires des suspensions de ces 5 fonctionnaires, interrogés par les juges en décembre dernier, s'appellent Pascal Mailhos, l'ancien patron des renseignements généraux et ... Michel Gaudin, à l'époque préfet de police de Paris. 

Pour finir, pourrait-on rappeler les désastreux résultats de ces trois en matière de lutte contre la délinquance ? Depuis 2002, et surtout 2007, les atteintes aux personnes n'ont cessé d'augmenter. Et qui juger responsable sinon les patrons de la police nationale ? 

Et après ?
Jean-François Copé a accusé un retour à « l'Etat PS pur sucre », au motif que le successeur de Michel Gaudin, Bernard Boucault  « a été chef de cabinet de Jacques Delors, ministre socialiste, conseiller de Pierre Joxe, ministre socialiste, directeur adjoint du cabinet du même Pierre Joxe, puis directeur de cabinet de Daniel Vaillant, ministre socialiste ».

Copé avait peu à dire sur le remplaçant de Bernard Squarcini, Patrick Calvar. Ce dernier n'était autre que l'adjoint du premier, actuel patron de la Direction du Renseignement (DR) de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE). Difficile de critiquer.

Et que dire du troisième, celui qui remplace Frédéric Péchenard ? Claude Baland, ex-préfet du Languedoc Roussillon, son successeur, avait été directeur de l'administration de la police nationale (DAPN) entre 2001 et 2004. Claude Guéant n'était pas heureux de cette nomination, jugeant le promu manquant de « compétences policières affirmées ».

Sans rire ?



30 mai 2012

Education: les rapports secrets de Sarkofrance

Le nouveau ministre de l'Education nationale Vincent Peillon a rendu public 17 rapports rédigés sous le précédent quinquennat mais tenus secrets. Ils traitent de la situation de l'Education nationale. On comprend pourquoi Luc Chatel, l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy, les a soigneusement conservé à l'abri de la curiosité publique.

En voici les principales conclusions.

Décembre 2011
Rapport n° 2011-125 - Le fonctionnement des jurys de validation des acquis de l’expérience VAE - IGAENR
La VAE désigne la validation des acquis de l’expérience, créée en janvier 2002 par le gouvernement Jospin. Une « avancée majeure dans le système de certification » notent les auteurs, qui concernait entre 53 et 57.000 enseignants par an entre 2007 et 2010. Cependant, aucune évaluation de la performance du système n'a été possible. En cause, l'absence de données, y compris le taux d'accès à la certification finale. Les deux auteurs regrettent aussi le manque d'accompagnement des demandeurs d'emploi; le pilotage insuffisant du dispositif dans le second degré; Tout juste pouvaient-ils se féliciter de l'adhésion au dispositif par les personnels.

Octobre 2011
Rapport n°2011-108 - L'école maternelle - IGAENR-IGEN
C'est l'un des plus gros rapports (200 pages). L'école maternelle, rappellent les auteurs, n'est pas obligatoire mais reste un service universel et gratuit pour les familles. Comment ne pas s'inquiéter que la scolarisation des enfants de 2 ans ait chuté de 34% en 2000/2001 à 15% en 2009/2010. En 2010, le coût d'un élève en maternelle est estimé à 5.000 euros, dont la moitié à la charge de la commune. De la réforme de 2008, on retient quelques acquis, comme la simplification des programmes, la mise en place d'un livret d’évaluation des élèves, ou l'aide personnalisée (60 heures dues par enseignant et par an). Mais les auteurs relèvent les difficultés: « la primarisation » de l’école maternelle, et notamment le primat accord à l'écrit au détriment de l'oral (i.e. une trop forte « anticipation dans la préparation à la lecture et à l'écriture au détriment d'autres acquisitions, faiblesse de la pédagogie du langage oral alors qu'il y a tant de besoins, indifférenciation des modalités et des rythmes de travail »)

Septembre 2011
Rapport n° 2011-104 - Les classes pour l'inclusion scolaire (CLIS) en 2010 - IGEN
Les CLIS concernent quelque 43.000 élèves handicapés. Les auteurs du rapport notent une très grande hétérogénéité des situations entre départements (une CLIS pour 781 élèves du premier degré dans l’Orne et une pour 2800 à Paris); l'effectif moyen varie de 7 à 13, encadré par un professeur et un auxiliaire; l'information dont dispose les enseignants sur les élèves est très inégale. Mais au final, « par delà la diversité des situations, des publics et des fonctionnements, le bilan dressé est incontestablement positif : les élèves, dans leur majorité, tirent profit du temps de scolarisation en CLIS, progressent et poursuivent, au-delà de ce temps, leur scolarité dans le second degré. »

Août 2011
Rapport n° 2011-098 - L'enseignement des langues et cultures de l'antiquité dans le second degré - IGEN
C'est l'échec absolu, et il ne date pas de Sarkozy: l'enseignement des langues anciennes est à « un moment de grande crise ». Le latin, « une variable d'ajustement » pour les chefs d'établissement. « Le principe de la dispersion des latinistes sur plusieurs classes aboutit à des emplois du temps fortement dissuasif ».

Juillet 2011
Rapport n° 2011-075 - Suivi de l'enseignement primaire : pilotage local et suivi des élèves (note de synthèse)  - IGAENR-IGEN
Le réforme de l'enseignement primaire de 2008 fut l'un des grands chantiers du quinquennat. Il s'agissait de justifier a posteriori la baisse des effectifs de l'enseignement. Premier principe, la semaine de quatre jours « va généralement de pair avec une déploration unanime des acteurs » ; l'aide personnalisée, si vantée par l'ancien ministre, souffre d'un manque de moyen. La réforme renforçait le rôle du directeur de l'école. Mais ces « évolutions fonctionnelles (...) n’ont visiblement pas suffi à faire évoluer le rôle d’un directeur qui reste un animateur et qui, malgré des marges nouvelles, dispose de bien peu d’arguments pour engager des initiatives collectives dans son école. » La « Base élèves 1er degré », fichier d'évaluation, reste «


Juillet 2011
Rapport n° 2011-093 - Mise en œuvre de la réforme de la formation des enseignants - Note n° 3 - IGAENR-IGEN
L'étude a été réalisée par deux inspecteurs auprès des responsables d'académie et non des professeurs formés. Les auteurs cachent leur joie:  « Une année de transition qui s’est déroulée de façon globalement satisfaisante et dont les enseignements sont mobilisés avec pragmatisme pour améliorer dès l’année prochaine le fonctionnement du nouveau régime de la formation. » Au-delà de ce résumé positif de la réforme, ils détaillent leurs constats en termes  plus sévères: « la mise en œuvre de deux principales composantes de la réforme de la formation des enseignants (...) a mobilisé à l’extrême les académies et les universités ».  Dans le second degré, les « notes des correspondants académiques ont largement rendu compte des difficultés éprouvées par les professeurs stagiaires mais aussi de leur grande implication ». Par manque de moyens, seuls 7% des professeurs stagiaires ayant une mention défavorable ou réservées ont eu les entretiens prévus avec un jury. 

Juillet 2011
Rapport n° 2011-085 - Élaboration d'un cadre de référence pour les partenariats avec les associations complémentaires de l'école - IGAENR
L'étude s'attarde sur neuf des principales associations péri-scolaires (la Ligue française de l’enseignement et de l’éducation permanente, les Francs et franches camarades, les Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active, la Confédération des œuvres laïques de vacances d’enfants et d’adolescents - Jeunesse au plein air, les Éclaireurs et éclaireuses de France, la Fédération des œuvres éducatives et de vacances de l’éducation nationale, la Fédération générale des associations départementales des pupilles de l’enseignement public, l’Association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV), et l’Office central de coopération à l’école. Soit près de 800 millions d'euros de budget annuel. Les auteurs critiquent l'absence de coordination des opérations, et un financement basé sur les frais de personnels détachés plus que sur des objectifs précis.


Juillet 2011
Rapport n° 2011-084 - Les cordées de la réussite à l'épreuve de leur généralisation : observations, problématiques et préconisations - IGAENR-IGEN
Lancées en novembre 2008, ce dispositif baptisé « cordées de la réussite » visait à soutenir des introduire une plus grande équité sociale dans l’accès à l’enseignement supérieur, par le biais d'une mise en réseau d’établissements d’enseignement supérieur, de lycées et de collèges pour développer l’ambition et la réussite scolaire des jeunes « qui, en raison de leur origine sociale ou territoriale, brident leur ambition scolaire ou ne disposent pas de toutes les clés pour s’engager avec succès dans une formation longue ». 5 académies étaient concernées en 2010, pour 300 opérations. Le rapport critique avant tout les biais de sélection, qui privilégient les zones urbaines aux détriments des zones rurales; et « l’apparition, ici ou là, d’établissements « alibis » présents dans les documents de validation » qui permettent de faire bénéficier de cet accompagnement scolaire exceptionnel des élèves de classe moyenne.

Juin 2011
Rapport n° 2011-069 - La mise en œuvre du programme CLAIR - IGAENR-IGEN
ce rapport traite des « collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite », créés par une circulaire en juillet 2010 dans 105 établissements de 10 académies. Il s'agissait de répondre à la flambée de violence à l'école marqué par deux assassinats dans des enceintes scolaires au début de l'année. Toujours sans moyen, le plan visait à redéfinir les établissements prioritaires, et à leur confier davantage de latitude pour recourir «le plus largement possible aux expérimentations permises par la loi » dans le domaine de la gestion des ressources humaines en permettant aux chefs d’établissement de choisir leurs équipes . Gadget gouvernemental, ces CLAIR ont souffert d'un « cadrage national limité avec une absence d’informations précises sur les mesures annoncées de Gestion des ressources humaines », et d'un « accompagnement pédagogique encore insuffisant ».

Juin 2011
Rapport n° 2011-056 - Le remplacement des enseignants absents - IGAENR
La réduction du nombre d'enseignants a eu un impact désastreux sur le remplacement des professeurs absents: « La situation est devenue particulièrement préoccupante : les surnombres budgétaires ont tendance à se réduire, les besoins de suppléance et de remplacement sont, comme on l’a vu, de moins en moins couverts, les exigences des parents sont de plus en plus fortes sans être illégitimes. Le système est arrivé aujourd’hui, compte tenu de ces pratiques de gestion, accentuées par les récents retraits d’emplois de titulaires sur zone de remplacement, à un point de rupture : le déséquilibre entre les moyens d’enseignement affectés aux  établissements publics locaux d'enseignement et les moyens du remplacement et de la suppléance est désormais tel que la continuité du service public d’éducation n’est plus toujours et partout assurée
Sur la saison 2009/2010, les auteurs estiment à 2,5 millions le nombre de jours de cours à remplacer (dont un tiers pour 1 ou 2 jours). Seuls 18% ont pu l'être!


Juin 2011
Rapport n° 2011-057 - Le suivi de la mise en place des premiers internats d'excellence - IGAENR-IGEN
Mesure phare du précédent quinquennat, les internats d'excellent sont un gouffre financier insoutenable, un caprice du Monarque symbolique, réalisé dans l'urgence. « Ce portage politique au plus haut niveau de l’État n’a pas été sans conséquences en termes de moyens mobilisés et de rythme de l’action. » Evidemment, leur mise en place a été rapide «  grâce, notamment, au volontarisme de la puissance publique et à l’ampleur des moyens dégagés », l’institution scolaire faisant preuve, « à cette occasion » d'une « capacité de mobilisation dans l’urgence qu’il convient de saluer ». Une urgence symbolique mais coûteuse: 200 millions d'euros mobilisés sur les investissements d'avenir en 2010, dont la soutenabilité est menacée. Pire, cette urgence a eu désorganisé les projets éducatifs: « elle n’a pas toujours permis aux responsables des internats d’excellence de concevoir, pour cette première année de fonctionnement, un projet éducatif qui aurait articulé de façon cohérente les diverses actions d’accompagnement proposées aux internes ».

Juin 2011
Rapport n° 2011-055 - Fonctionnement des services académiques - IGAENR
En 2009, un premier rapport relevait que la réorganisation des académies « était conçue et mise en œuvre plus en fonction des impératifs budgétaires que d’orientations stratégiques sur le pilotage académique». Deux ans plus tard, rien ou presque n'a changé. Il s'agissait de rapprocher les 20.000 collaborateurs travaillant dans les rectorats et les inspections d'académies.

Juin 2011
Rapport n° 2011-073 - Le Plan Ecole Numérique Rurale - IGAENR-IGEN
C'est l'un des rares succès du quinquennat. Fin mars 2009, le gouvernement voulait équiper 5 000 écoles de communes rurales pauvres en ordinateurs et accès Internet. Un objectif vite dépassé. En juin 2011, un rapport se félicite de l'équipement. Mais il relève des prestations de fournisseurs et des formations des enseignants « très inégales ».

Avril 2011
Rapport n° 2011-045 Mise en œuvre de la réforme de la formation des enseignants - Note n° 2  - IGAENR-IGEN
C'est l'un des morceaux de choix de ces publications tardives. Il précède le rapport de juillet 2011 (Rapport n° 2011-093, Cf. ci-dessus). Les auteurs pointent « une phase de préparation difficile et émaillée de tensions au cours des années 2008 et 2009 »; mais après cette mise place en urgence, « les premiers éléments de bilan sont bien éloignés des catastrophes annoncées en début d’année par les diverses forces qui s’opposaient à cette réforme ». Pourtant, les constats détaillés sont terrifiants:
- dans le second degré, « c’est un sentiment global d’insatisfaction qui domine ». Pire, « Outre les difficultés d’affectation des professeurs stagiaires, les deux sujets majeurs de tension sont la prise de fonction à plein temps dès la rentrée, jugée excessivement rude pour les professeurs débutants et localement certaines difficultés persistantes de mise en place du tutorat. »
- La majorité des affectations des enseignants stagiaires sont portées sur des remplacements longs sur congés de maladie ou de maternité. Ce qui « paraît présenter plus d’inconvénients que d’avantages » (lourdeur de gestion, difficulté d'enseignements)
- les formations complémentaires sont à revoir.
- lors de leur prise de fonction, les stagiaires sont jugés «fatigués», «exténués», «en état de saturation», «confrontés en permanence à l’urgence du lendemain », « constamment débordés » par les inspecteurs. A Paris, l'inspection relève 18% de cas considérés comme lourds.
- les auteurs notent enfin que « la nécessité de "faire face" à la diversité et à la lourdeur des tâches avait parfois conduit les professeurs stagiaires du 2nd degré à privilégier le recours à des démarches pédagogiques quelque peu plaquées et médiocrement réfléchies.»


Rapports non commentés: 


Mai 2011,Rapport n° 2011-049 - Principes pour l'élaboration d'une politique éducative d'établissement  - IGEN

Mai 2011
Rapport n° 2011-038 - Mission d'étude sur la situation de l'UNSS - IGAENR

Février 2011
Rapport n° 2011-019 - Suivi de la mise en œuvre de la rénovation de la voie professionnelle - IGAENR-IGEN

François Hollande agit, Ayrault reçoit, l'UMP fulmine.

Mardi soir, François Hollande était sur France 2. En 2007, Nicolas Sarkozy avait préféré faire venir la presse télévisée à l'Elysée pour sa première intervention. Ces symboles peuvent paraître futiles, mais ils comptent. Hollande, donc, était sur un plateau de télévision publique.

« Depuis 15 jours, je n'ai pas eu le temps de me poser cette question », répliqua-t-il à David Pujadas qui lui demandait s'il pu apprendre son rôle. Le journaliste s'obstina dans le registre confessions intimes. « Est-ce que vous vivez ces moments comme de la plénitude ? ». Le président semblait se demander où il était. « Du bonheur, il y en a eu au moment de l'élection. Il dure assez peu de temps quand arrivent les sujets ».
« Je ne suis pas un président en transition, je suis un président en action. »
Mais Pujadas voulait continuer. Il cherchait à savoir si Hollande avait été « stressé », « intimidé ». Pouvait-on parler du fond ? Hollande répondit que la fonction faisait l'homme. C'était évident, mais Pujadas semblait l'ignorer. Sur l'Afghanistan, le président dut répéter que les forces combattantes quitteraient bien le territoire avant la fin de l'année. Autre sujet internationale, la répression en Syrie. Une intervention armée n'est pas exclue. Mais « à condition qu'elle se fasse dans le respect du droit international ». Dans la journée, le gouvernement français avait expulsé l'ambassadrice de Syrie.

Sur le SMIC, Hollande confirma un coup de pouce. « Le chemin d'équilibre c'est de permettre à ceux qui n'ont pas eu de revalorisation de bénéficier d'un coup de pouce ». Mais il attend la concertation syndicale.

Pujadas s'amusa du trajet en train pour aller à Bruxelles. « Je préfère, non pas faire des économies, mais faire simple », répondit le président. Ou encore: « faire simple, ce n'est pas faire médiocre, ou faire banal; c'est au contraire avoir le respect des Français et être exemplaire.» S'il avait voulu être journaliste, David Pujadas aurait pu interroger Hollande sur son récent séjour au Château de la Lanterne. S'agissait-il d'un test ?

L'animateur de France 2 tenta de placer le débat sur la valse des remplacements de hauts fonctionnaires. « trois personnes, ce n'est pas une valse considérable » s'amusa Hollande. Il avait raison. Qui regrettera le préfet Gaudin à Paris, le patron de la DCRI Squarcini - homme-lige de Nicolas Sarkozy, et Frédéric Péchenard, autre ami d'enfance de l'ancien monarque placé à la tête de la police nationale ? Chasse aux sorcières ? Les sorcières n'étaient que trois... Vraiment ?

Mardi, Jean-Marc Ayrault avait aussi invité les partenaires sociaux, pour un premier échange avant un sommet prévu en juillet. A en croire les sondages, l'emploi reste la préoccupation majeure du moment.

La CGT a déjà sa liste noire des plans sociaux, qu'elle a remis à Arnaud Montebourg. On se souvient que Xavier Bertrand, alors ministre du Travail de Nicolas Sarkozy, avait enjoint nombre de grandes entreprises d'attendre l'issue de l'élection présidentielle pour déclencher leurs plans sociaux. Le chômage atteignait déjà des records.

En son temps, c'est-à-dire il y a quelques semaines, Nicolas Sarkozy louait le modèle allemand sans préciser lequel. En matière d'emploi, les lois Hartz du gouvernement Schroeder, avaient si dramatiquement fait progresser la précarité de l'emploi qu'on se demandait encore si l'ancien Monarque pensait à elles quand il invoquait l'Allemagne.

A droite, on faisait grise mine. Même François Fillon avait la mauvaise foi facile. Il feignait de ne pas avoir compris certaines de promesses hollandaises. De sa part, c'était triste. Lire était pourtant si simple.

« Les syndicats vont être les premiers cocus de la gauche.. (...) Cela a souvent été le cas dans l'Histoire. La gauche s'était engagée sur le retour à la retraite à 60 ans. Je vois que ce n'est déjà plus d'actualité puisque maintenant, ça n'est plus que pour ceux qui ont commencé à travailler à 18 ans. C'est donc une hypocrisie.»

Le même jour, on apprenait que l'UMP intensifiait ses relations avec le Parti communiste... Chinois. Son secrétaire général de l'UMP chargé de l'Asie, Chenva Tieu, par ailleurs candidat aux législatives à Paris, a expliqué que l'accord avait passé « une deuxième étape »: « Dans le cadre d'un plan de formation, nous allons recevoir des cadres chinois du PC et envoyer nous-mêmes des cadres de notre parti pour faire mieux connaissance . (...) nous sommes dans une optique de connaissance réciproque. La Chine est la 2e puissance du monde, il faut que nous sachions comment ils fonctionnent.»

Ces gens-là avaient le sens du timing.

29 mai 2012

Cécile Duflot, l'hébergement d'urgence et la suite.

C'est évidemment l'urgence. Partout en France, et en matière d'hébergement notamment. A peine nommée ministre de la ville, l'écologiste Cécile Duflot, avec l'appui de sa collègue Marisol Touraine aux Affaires Sociales, avait prolongé le dispositif hivernal jusqu'au 31 mai. Ce dernier augmente les places d'accueil pour les SDF jusqu'à 19 000 places supplémentaires d’urgence, en plus des 118 000 places ouvertes toute l’année.. Et pourtant, à Lyon, des expulsions ont eu lieu.

Faudrait-il virer le préfet local ? 

«La première décision que j’ai prise en liaison avec Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales, c’est de suspendre la fin de la trêve hivernale et de repousser au 31 mai toute décision» déclarait la jeune ministre. «Il va falloir mobiliser l’ensemble des acteurs pour faire en sorte que les places dans les foyers d’urgence soient libérées par ceux qui ont droit à un logement et accueillir les personnes qui sont en plus grande fragilité dans des lieux d’hébergement de plus grande qualité» ajoutait-elle.

Le 25 mai, la préfecture du Rhône expliquait bien officiellement:
« Le mardi 22 mai, 251 personnes étaient logées à l’hôtel et conformément aux directives écrites de Cécile DUFLOT, Ministre de l’Egalité des territoires et du Logement, qui a annoncé le maintien du plan hivernal jusqu’au 31 mai, elles ont été maintenues dans leur hébergement.»
 Vous avez bien lu... 251 personnes étaient encore logées à l'hôtel. Sur son blog, notre confrère Philippe Alain pointe qu'il y avait jusqu'à 650 personnes hébergées en urgence pendant l'hiver. En fait, la préfecture du Rhône elle-même mentionnait 1.200 hébergements d'urgence au plus fort de l'hiver.

Comment passe-t-on de 1200 ou, plus récemment, 650 hébergements à 251 ?

Par des expulsions ! « On a retrouvé quelques personnes, samedi 26 mai, au tribunal administratif de Lyon » explique Philippe Alain. « Une maman qui élève seule ses 4 enfants suite au décès de son mari. Aidée par des associations elle assigne le préfet au tribunal administratif pour demander que l’Etat respecte ses droits et condamne le préfet pour l’avoir jetée à la rue avec ses enfants. »

Le préfet du Rhône a-t-il tardivement respecté les consignes de sa ministre ? L'homme s'était déjà distingué lors de la traque aux Roms, pendant l'été 2010. Avant de régulariser, discrètement, une centaine d'entre eux au début de 2012. Jean-François Carenco se savait protégé de Jean-Louis Borloo.

En avril dernier, l'Etat, c'est-à-dire le préfet, avait déjà été condamné par le tribunal administratif pour la fermeture de quelque 3.000 places d'hébergement.

Cécile Duflot va-t-elle se saisir de l'affaire ?



Syrie: première épreuve diplomatique de François Hollande

Il y aura au moins cette continuité diplomatique. Et peut-être d'autres. La France avant et après le 6 mai 2012 s'efforce d'appeler à la raison le boucher syrien. Dimanche 27 mai, le Conseil de Sécurité de l'ONU a enfin voté une résolution condamnant les massacres. Vendredi, des bombardements de l'armée officielle avaient fait 90 morts dont 25 enfants à Houla, dans la région de Homs.

On se souvient de Bachar el Assad et son épouse célébrés à Paris en juillet 2008, ou en décembre 2010, quelques semaines avant le déclenchement de la rébellion. Quand la répression se fit trop visible, la Sarkofrance s'engagea enfin contre la Syrie. Et Alain Juppé, au moins, batailla fermement à l'ONU pour obtenir des sanctions officielles contre le boucher syrien.

« Combien d’enfants morts vous faut-il encore? Ne voyez-vous pas qu’il est grand temps d’être plus ferme face à Bachar ? Ce régime défie le monde entier avant qu’il ne soit confronté à des contraintes plus fortes, on ne peut pas laisser passer ce massacre sans réagir ! » Cette exclamation émane de Basma Kodmani, responsable des relations extérieures du Conseil National Syrien, à Dubaï, au JDD ce dimanche.

Quelques heures avant la décision du Conseil de Sécurité à l'ONU, Laurent Fabius a eu les mots qu'il fallait: « Avec ces nouveaux crimes, ce régime assassin enfonce encore davantage la Syrie dans l’horreur et menace la stabilité régionale

Mais cette réaction est insuffisante. Quelles seront les sanctions, les véritables sanctions ? L'ONU a envoyé des observateurs. C'est une force d'interposition qu'il faut envoyer. Contre un régime assassin, on ne reste pas commentateur. Mais pour qu'une intervention militaire obtienne la bénédiction onusienne, il faut l'accord des membres du Conseil de Sécurité et notamment ... de la Russie et de la Chine.

La crise syrienne est une évidence diplomatique. Seul Nicolas Sarkozy pouvait avoir quelque difficulté à assumer un revirement stratégique complet après sa tentative de normalisation des relations franco-syriennes pour pacifier la situation libanaise. D'autres chantiers tout aussi sérieux seront observés avec attention.

Vendredi, François Hollande rencontrera son homologue russe Vladimir Poutine. Une visite de travail, assure-t-on à l'Elysée. Le Monarque russe arrivera d'Ukraine, où la répression de l'opposition indispose l'Union européenne au point de boycotter les matches de l'Euro en juin prochain.

Poutine a été intronisé pour un troisième mandat le 7 mai 2012, malgré une élection contestée. Il avait appelé Hollande pour le féliciter et Sarkozy pour le remercier. Le leader russe a aussi boudé le G8 fin mai. Il a fallu ce dernier massacre en Syrie pour qu'il accepte de se rallier à une résolution Onusienne condamnant la répression d'El Assad.

Poutine est un sale personnage. En son temps, Nicolas Sarkozy s'était ostensiblement affiché affectueux. On se souvient de cette incroyable photo d'un Poutine embrassant le jeune Louis en août 2008 à Pékin. Pour Hollande, il ne sera pas dur de faire mieux du côté des symboles. Sarkozy avait aussi réclamé le soutien de Poutine pour vendre à la Russie du matériel militaire français, ... au grand dam de ses partenaires de l'OTAN.

« Il n’y aura pas de sujets tabous » a confié un conseiller anonyme de François Hollande.

Nous l'espérons bien.

Ni angélisme, ni tabou.


MISE À JOUR: François Hollande a fait expulser l'ambassadrice de Syrie ce mardi 29 mai 2012. Et son ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, faisait la une du Monde, ce mardi soir: « Bachar Al-Assad est l'assassin de son peuple. Il doit quitter le pouvoir. Le plus tôt sera le mieux ». Malheureusement, le ministre ajoutait: « aucun Etat n'est prêt à envisager aujourd'hui une opération terrestre ».

28 mai 2012

Après Sarkozy, les réacs sont amnésiques

Depuis la victoire de François Hollande le 6 mai dernier, certains à l'UMP cherchent les premiers couacs de la présidence Hollande. Au prix d'un effort d'amnésie assez improbable et inédit, les voici qu'ils se déchaînent, creusent et grattent.

Il fallait relire les premières semaines de Nicolas Sarkozy après son élection, en 2007. La presse était unanime, incroyablement unanime, et malgré les fautes Bling Bling des premiers jours du quinquennat. Le 22 mai, Paris Match titrait encore sur « une famille d'aujourd'hui à l'Elysée » ; VSD s'extasiait toujours, le 23 mai: « Façon Kennedy ou Grimaldi, le glamour s'invite sous les ors de la République avec un président qui ne veut rien laisser au hasard » . L'Express n'avait pas moins de retenue: « La révolution Sarkozy» .

Cinq ans plus tard, l'Express est moins indulgent: « Hollande, rattrapé par la crise ». Le Point prévient déjà que c'est « fini de rire », puis titre sur « ces promesses qu'il faut enterrer ». Tout est plus sombre, plus grave et sans appel. VSD pensait connaître de Sarkozy « ses stratégies pour revenir ».

Fin mai 2007, Nicolas Sarkozy faisait campagne pour l'UMP au scrutin législatif. En mai 2012, François Hollande reste distant. Il laisse la conduite de la campagne à Jean-Marc Ayrault.  Mais il est un point où la comparaison des périodes révèle un parallélisme des situations: en mai 2007, le parti socialiste et la gauche en général étaient sonnés. Cinq ans plus tard, l'UMP est dans une position quasi-identique. Elle est tiraillée par une guerre des chefs. Samedi, Copé et Fillon ont ainsi fait mine de jouer l'unité sur une estrade lors d'une réunion des cadres du parti.

Bien sûr, personne n'est parfait. Même dans le gouvernement Ayrault. Crime ultime, il est même certain que certains des nouveaux ministres ont eu un jour quelques contraventions de stationnement ou, pire, d'excès de vitesse. Depuis le 6 et surtout le 16 mai, les sbires de Sarkofrance se sont donc lâchés. Et ils exigeaient la démission de tous les ministres, fussent-ils condamnés d'une amende timbre-poste.

La condamnation d'Arnaud Montebourg à un euro symbolique pour insulte envers les dirigeants de Seafrance, qu'il avait traité d'escrocs, fut l'objet de multiples cris d'orfraies. Nadine Morano, qui avait couvert Brice Hortefeux ou Eric Woerth, et toutes les mises en examens des proches de Nicolas Sarkozy dans l'affaire de Karachi, réclama sa démission. Ironie judiciaire, le tribunal a en revanche considéré que l'expression patrons-voyous, également utilisé par Montebourg, n'était pas une insulte (sic!).

Contre Christiane Taubira, la charge était rude et plus ample. Le Figaro avait exhumé une condamnation pour licenciement abusif d'il y a 8 ans. La réacosphère propageait aussi la rumeur infondée selon laquelle Christiane Taubira aurait jadis montré quelque indulgence envers l'acte de «brûler des drapeaux français».

L'éditorialiste Eric Zemmour accusa la ministre de racisme anti-blanc: «En quelques jours, Christiane Taubira a choisi ses victimes, ses bourreaux. Les femmes, les jeunes des banlieues, sont dans le bon camp à protéger. Les hommes blancs dans le mauvais. Après tout, les femmes votent majoritairement à gauche depuis 1981, et dans les banlieues, Hollande a obtenu des scores de dictateur africain. Mais en quelques jours, la ministre de la Justice (...) a donné une couleur angélique aux débuts de la gauche, qui la ramène là où elle ne voulait pas forcément revenir» Zemmour qualifia même la Garde des Sceaux de « maman pour ses enfants, ces pauvres enfants qui volent, trafiquent, torturent, menacent, rackettent, violentent, tuent aussi parfois ». C'était ignoble, facile, inutilement provoquant. Zemmour fut débarqué de RTL ce samedi 26 mai, trois jours après cette saillie matinale.

A l'UMP, on paraissait donc oublier l'incroyable liste des scandales, petits et grands, qui marquèrent ce quinquennat. Même François Hollande fut l'objet de soupçons anonymes sur sa déclaration à l'ISF. Une rumeur sur Internet l'accusait d'avoir triché à l'ISF en occultant le patrimoine de sa compagne Valérie Trierweiler. C'était faux, à en croire l'article, chiffré, de Rue89. A l'inverse, on s'interroge toujours sur l'origine de la fortune de Nicolas Sarkozy, telle qu'elle a été révélée par sa dernière déclaration de patrimoine de sortie en février dernier.

Jeudi dernier, François Fillon s'est aussi amusé du « festival des couacs » dont aurait souffert le gouvernement. Il pensait à l'annonce prématurée d'un retour à la semaine de 5 jours dans l'enseignement primaire par le ministre Vincent Peillon. Quelle affaire ! Fillon oubliait l'incroyable confession de Jean-Louis Borloo, éphémère ministre des Finances qui lâcha qu'un projet de TVA sociale était à l'étude. L'annonce, dit-on, couta quelques dizaines de députés à l'UMP en juin 2007. Fillon oubliait surtout son propre quinquennat, du début à la fin, Nicolas Sarkozy ou ses conseillers grillèrent l'annonce de toutes les réformes, voire les commissions de réflexions pourtant constituées en grand nombre pour justifier telle ou telle réforme.

Mais au final, que retenir ? François Hollande n'aura eu décidément aucun état de grâce. Pour paraphraser notre confrère Guy Birenbaum, c'est sans doute tant mieux.

Une autre vigilance s'organise. Celle de ceux qui aimeraient que la rupture d'avec les anciennes pratiques de Sarkofrance se mettent en place rapidement.

Le site Mediapart s'est vite attaché à dénoncer les intérêts professionnels de certains récents nommés, David Kessler et Pierre Lescure. On pourra reprocher au site de ne pas avoir attendu la suspension des mandats des deux visés, justement détaillés par le site. Si elle ne tombe pas dans le procès d'intention, la vigilance reste nécessaire. Mediapart a aussi lancé une autre affaire sur les notes de frais des députés, à quelques semaines du scrutin.

Cette autre vigilance doit aussi et surtout s'exercer sur la tenue des promesses du candidat Hollande. Sauf bourde ou reniement prématuré, cette période intermédiaire qui s'intercale entre les scrutins présidentiel et législatif est comme un faux plat. L'opposition ne peut critiquer que l'application du programme sur lequel le candidat vient justement de l'emporter. Les grandes lois sont pour plus tard, quand l'Assemblée nationale sera renouvelée.







27 mai 2012

Eric Besson avait fui, Patrick Besson est encore là.

Il a refusé de faire la passation de pouvoirs à son ministère, il y a 10 jours. Ni Arnaud Montebourg, nouveau ministre de l'Industrie, ni Fleur Pellerin, nommée ministre en charge des PME, de l'innovation et de l'économie numérique, ne purent lui serrer la main.

Il y avait pourtant des dossiers lourds, paraît-il résumés dans une note de 13 pages laissée à l'attention de ses successeurs. On s'inquiète en effet d'une nouvelle vague de plans sociaux dans l'industrie. 

Eric Besson avait donc poursuivi l'inélégance de son action sarkozyste jusqu'à la dernière minute.

« Il est parti en vacances » a expliqué son entourage au Parisien. Déprimait-il ? Il avait aussi brillé par son absence pendant les quatre dernières semaines de la campagne. On lui prêtait des ambitions dans le football. Il a confié sur Twitter, avant de cloturer son compte, chercher à se lancer dans le conseil.

Quelques jours plus tard, l'ancien ministre s'excusa presque: «Je devais assister au mariage d'un très bon ami aux États-Unis et j'étais obligé de partir le mercredi matin. L'idée que j'aurais voulu esquiver quoi que ce soit est absurde». Et d'ajouter: « j'ai laissé mercredi soir, dès que le gouvernement a été nommé, un message sur le portable d'Arnaud Montebourg lui disant que mon directeur de cabinet le rencontrerait le lendemain matin et lui remettrait en main propre la note, ce qu'il a fait, et lui ferait l'état de tous les dossiers, ce qu'il a fait pendant une heure

Un autre Besson est en revanche bien là. Patrick Besson, écrivain et éditorialiste au Point, l'une des incarnations de cette parole prétendument décomplexée qui fait florès en Sarkofrance depuis une petite décennie.

L'hebdomadaire dirigé par Franz-Olivier Giesberg lui a encore laissé une belle occasion de faire polémique. Dans l'édition datée du 24 mai 2012, ce Besson-là s'est moqué des femmes ministres du premier gouvernement Ayrault dans des termes que l'inspiration littéraire ne saurait excuser. En quelques phrases, tous les clichés étaient tristement là.
« La parité, ça fait un peu partouze straight. Dix-sept femmes pour dix-sept hommes. Un homme par femme. Et donc une femme par homme. Du coup, personne ne se retrouve sans personne. Il était déjà comme ça à l’ENA, François Hollande : bon camarade. Avant, les épouses de ministres étaient tranquilles : il n’y avait presque que des hommes dans le gouvernement. Maintenant, elles ont du souci à se faire, surtout avec les canons dont s’est entouré jean-Marc Ayrault : l’ingénue libertaire Najat Vallaud-Belkacem, la séductrice culturelle Aurélie Filippetti, l’associative hitchkcockienne Delphine Batho, la radicale chic Sylvia Pinel, le tanagra guyanais Christiane Taubira, la geisha intellectuelle Fleur Pellerin, la shéhérazade cinématographique Yamina Benguigi. » 
Quelle est la mission des éditos de Patrick Besson ? Faire vendre du papier ? Sans doute. Inciter à la réflexion ? Certainement pas. On n'ose le croire.

Patrick Besson aura rempli sa mission, ce jeudi: faire parler du magazine qui l'embauche à la pige.

Pour le reste, il ne mérite pas grand chose.


26 mai 2012

264ème semaine politique: la Sarkofrance n'est pas morte.

Finalement, rien n'était réglé. Malgré les déclarations surjouées de l'ancien Monarque, il y avait encore fort à faire en Europe pour sauver la Grèce et la zone euro. En trois réunions internationales, François Hollande était parvenu à fixer l'agenda européen sur la croissance et les euro-bonds. Et à convaincre l'administration Obama que la sortie des forces françaises combattantes dès la fin de l'année n'était pas un drame.

En France, l'addition était sévère. L'équipe Hollande pouvait préparer les décrets, mais il fallait attendre le scrutin législatif pour agir plus largement.

A droite, la riposte s'était aggravée, non pas sur le fond mais contre les personnes, quelques ministres dont Christiane Taubira, en firent les frais. Les attaques étaient souvent ignobles.

Non, la Sarkofrance n'était décidément pas morte.


Echauffements diplomatiques
Une réunion du G8, vendredi et samedi dernier; un sommet de l'OTAN à Munich; un mini-sommet informel à Bruxelles mercredi. Pour François Hollande, la séquence a été très diplomatique. Et plutôt réussie. La presse française comme étrangère loua l'aisance, la convivialité, la franchise et la fermeté du nouveau président français. Même à l'UMP, on n'osait presque plus abuser des éructations de campagne. La crise était bien là, il y avait plus sérieux à faire. Hollande, d'ailleurs, refusa de commenter l'actualité nationale.

La Grèce avait convoqué de nouvelles élections législatives. Le pays était paralysé. L'austérité du couple Merkozy n'avait rien sauvé, bien au contraire. Gouvernement et banque centrale allemands mettaient la pression. Pas question, pour eux, d'assouplir les conditions de prêts ni même d'envisager des quelconques euro-bonds comme le préconisait François Hollande. Le président français voulait surtout négocier son pacte de croissance. Sur ce point, il a rallié la plupart de ses homologues. La rencontre informelle de mercredi a permis d'évaluer les positions. Mais il ne fallait pas attendre de communiqué de victoire. Nicolas Sarkozy n'est plus président.

Devant ses partenaires de l'OTAN dimanche, François Hollande expliqua que les forces françaises combattant en Afghanistan quitteraient bien le territoire d'ici la fin de l'année. A l'exception d'Angela Merkel qui s'agaça encore, personne ne hurla dans la pièce. Au contraire, un conseiller d'Obama confia au Monde: « Il est clair que la France va être un bon ami et allié ».  Le président français avait désarçonné ses critiques. Quelques sarkozystes raillèrent le retard de Hollande à l'un des rendez-vous. Une critique de haut-vol.

Comme pour mieux clore cette séquence internationale, François Hollande s'échappa vendredi pour une visite de 6 heures en Afghanistan. Il faisait président, puisqu'il était président. 

UMP en mode chasse
La Sarkofrance n'était pas morte. Certes, deux anciens ministres tentèrent de porter l'attaque sur le fond. Xavier Bertrand s'indigna de la prochaine réforme de la réforme des retraites. Le sujet avait été largement abordé (et caricaturé) lors de la campagne présidentielle. Son ancien collègue Bruno Le Maire, que l'on croyait plus digne à droite, attaqua l'assistanat comme son ancien mentor, pourtant en retraite forcée.

Après le jean porté par Cécile Duflot lors de son premier conseil des ministres, l'UMP s'attacha à Montebourg et Taubira.

Quand le ministre Arnaud Montebourg fut condamné à 1 euro symbolique pour insulte à trois dirigeants de Seafrance qu'il avait traité d'escrocs, quelques sarkozystes réclamèrent sa démission. Ils s'étaient bien tus quand Brice Hortefeux avait été condamné pour injures raciales. 

Mardi, les députés UMP coordonnèrent leurs attaques contre Christiane Taubira. Lors d'une réunion UMP à l'Assemblée, un député a lâché: «Taubira est une cible parfaite. On va bien se marrer... » Et la réacosphère, comme on l'appelle, s'est effectivement lâchée dans des termes souvent racistes ou machistes, à coups de rumeurs non vérifiées et invectives. D'autres créaient des sites qu'on devinait éphémères et si rapidement si rances.

Certains essayaient de trouver quelques couacs bling bling à François Hollande, comme pour mieux faire oublier les fastes de leur ancien mentor. Ainsi Henri Guaino s'égara-t-il à comparer qualifier l'option du déplacement en train de Hollande pour Bruxelles de « pas très professionnel » et coûteux. Il aurait dû se taire. Sarkozy utilisa l'avion en juillet dernier pour un sommet similaire. Le Parisien estima le déplacement de François Hollande à 5.972 euros contre 60.000 euros pour celui de Sarkozy. 

Plus que jamais, la riposte visait les personnes ou des anecdotes.

Campagne électorale... à l'UMP
Mais l'UMP restait orpheline. Sarkozy était toujours au repos au Maroc, dans une villa  prêtée par le Roi local. Il ruminait contre Laurent Wauquiez. On comprenait qu'il hésitait à rentrer. A Paris, le Monde avait publié de larges extraits de l'instruction du juge Gentil sur l'affaire Bettencourt. On pouvait reconstituer un étonnant calendrier de versement d'espèces soupçonnés d'alimenter sa campagne de 2007. Quand il rentrera de vacances, on imagine mal qu'il ne soit pas auditionné à son tour.

Mercredi, François Fillon avait fait acte de candidature à la présidence de l'UMP: « Depuis le départ de Nicolas Sarkozy, il n'y a plus à l'UMP de leader naturel. Donc il y aura une compétition ». Un obscur sondage TNS Sofres sur « les sympathisants de l'UMP » donnait un large avantage de popularité à Fillon contre Copé ( 69% contre 22%) pour la présidence de l'UMP.


Le conflit interne n'était pas que larvé. C'est la guerre. Deux camps au moins s'étaient formés. L'opposition à la présidence Hollande fait toujours du sur-place, l'UMP se réfugiait dans l'anecdote. Ainsi, la condamnation pour insulte dont fut frappée Arnaud Montebourg (il avait traité les patrons de Seafrance d'escrocs) a conduit Nadine Morano à exiger sa démission. L'ancienne collègue de Patrick Devedjian qui avait traité une centriste de salope se trompait de combat.

Le Front National a lancé sa campagne législative jeudi. Le Rassemblement Bleu Marine alignait 571 candidats, pour espérer 150 à 200 présences au second tour. Un slogan, la « protection des Français »; ça nous rappelait la France forte.

Le changement, c'est...
Au gouvernement, on préparait tous les décrets, réunions et concertations nécessaires. L'impatience était grande. Jean-Marc Ayrault a promis celui sur les retraites pour dans 3 semaines. Une décision qui n'a pas effrayé l'agence Moody's qui a décidé, quelques heures plus tard, de maintenir le Triple A du pays. La France, d'ailleurs, empruntait à des taux historiquement bas, comme sa voisine germanique.

La Garde des Sceaux Christiane Taubira annonça la suppression de la réforme des tribunaux correctionnels pour mineurs de 2011. Pour juger les cas de mineurs récidivistes et déjà condamnés, âgés de 16 à 18 ans, Sarkozy avait ajouté deux juges issus des tribunaux correctionnels pour adultes. Un gadget inefficace qui ralentit les jugements. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, reçut les syndicats policiers, vendredi 25 mai. Pour leur annoncer la création de commissions « police/justice » pour traiter de la délinquance des mineurs.

Sa collègue de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso, a promis un nouveau texte pour remplacer la circulaire Guéant limitant l'emploi des étudiants étrangers en France la semaine prochaine.

Il y avait fort à faire.

La Sarkofrance n'était pas morte.


24 mai 2012

Europe: premières frictions Hollande/Merkel

Il y a deux mois, quelques semaines, on nous disait encore que tout ou presque était réglé. Il n'en était rien. Un mini-sommet européen se tenait ce mercredi soir. Le menu était chargé, presque trop lourd. Comme si rien n'avait changé depuis deux ans. La Grèce menaçait de sombrer, l'Allemagne n'était plus aussi convaincue qu'il faille encore l'aider davantage. La spéculation reprenait.

Mercredi, François Hollande n'a pas pris Air Sarko One. Le gigantesque avion commandé par Sarkozy est resté au parking. Le président français a pris le train, avec son homologue espagnol, pour rejoindre un sommet européen informel.

L'Allemagne s'accroche à sa rigueur.
D'aucuns la qualifient d'austérité. Angela Merkel est apparue isolée sur cette ligne. Elle refuse encore les euro-obligations proposées par l'équipe Hollande. La chancelière pouvait se satisfaire d'emprunter à des taux historiquement bas: jeudi, l'Etat fédéral a emprunté 4,6 milliards d'euros à 2 ans à ... zéro. Le même jour, la Bundesbank a déconseillé tout assouplissement des conditions d'emprunts de la Grèce auprès de ses créanciers, y préférant même l'arrêt du versement des aides européennes et internationales.

Même au sein de la CDU, la position de Merkel ne fait pas l'unanimité. Ainsi, Günther Oettinger, commissaire européen en charge de l'Energie, et ancien collègue d'Angela Merkel à la CDU, a appelé « toutes les parties à ne pas s'opposer par principe aux euro-obligations», soutenues par la France.

Depuis mardi, les Bourses européennes ont été à nouveau secouées, par crainte d'une sortie de la Grèce de la zone euro. La monnaie européenne est tombée à moins de 1,26 dollar, revenant à son niveau de l'été 2010.

Le naufrage qui menace la Grèce menace l'euro. 
La Grèce est sans gouvernement depuis bientôt un mois et l'échec à constituer une nouvelle majorité après les élections législatives du 6 mai dernier. Avant le sommet, quelques responsables de l'eurogroupe avaient suggéré aux gouvernements de la zone euro de préparer des plans de secours. Sauve qui peut ?

Nicolas Sarkozy nous avait habitué à des rencontres internationales scénarisées comme des duels au soleil. Il aimait lancer des ultimatums, à chaque fois, « on allait voir ce qu'on allait voir ». Le temps aidant, on avait compris qu'il brassait plus de vent avec ses bras qu'autre chose. De surcroît, l'ancien monarque comprenait peu la chose économique.

Depuis vendredi, François Hollande a montré sa différence. Puisse-t-elle tenir et être plus efficace que les ultimatums sarkozyens!

Face à la position allemande, le gouvernement français a d'abord voulu rassurer. Lundi, le tout nouveau ministre des finances et de l'économie Pierre Moscovici a rencontré préventivement son homologue allemand Wolfgang Schäuble. Pour mieux rappeler, même s'il y a désaccord sur la sortie de crise, la promesse de « ramener le déficit à 3 % en 2013, de présenter une loi qui dira comment atteindre le retour à l’équilibre en 2017 ». Après les caricatures sarkozystes pendant la campagne, il fallait rassurer.

Ensuite, François Hollande voulait faire émerger le plus de solutions de croissance possibles. Mercredi à Bruxelles, Hollande promit d' «envoyer des signaux à la Grèce », des signaux de solidarité: « la zone euro doit montrer qu'elle est en mesure de soutenir la Grèce. » L'objectif était de « de mettre toutes les propositions de croissance sur la table ». Et d'ajouter: « ce qui pourrait être de bon augure, c'est que nous mettions sur la table de ce Conseil tout ce que nous pensons qui puisse relever le niveau de la croissance». Mercredi soir, après 9 heures de discussions, même Angela Merkel a du reconnaître qu'il ne fallait pas abandonner la Grèce hors de la zone euro.

Enfin, il s'agissait de constituer un front commun avec un maximum d'autres partenaires européens. La démarche a d'abord reçu l'assentiment d'Herman von Rompuy, le fade président de l'Union Européenne. Puis Hollande s'est attaché le soutien de l'Espagne, de l'Italie, et même du Royaume Uni. Lors d'une conférence de presse avec le premier ministre espagnol Rajoy, le président Hollande a prévenu: « la France et l'Espagne partagent l'idée qu'il faut mettre de la liquidité dans le système financier européen et faire en sorte que toutes les banques européennes puissent être consolidées. Le rôle de la Banque Centrale Européenne fera partie des discussions des prochaines semaines, sur la croissance et les liquidités ». Et encore: « il ne peut pas y avoir simplement une dimension budgétaire qui a été celle choisie à travers le traité que vous connaissez (...) mais nous devons y ajouter un pacte de croissance et aussi un engagement à moyen terme, les Européens doivent savoir où l'Europe va, il doit y avoir une direction politique ». 


Mercredi soir, la position française était à peine majoritaire. L eprochain sommet est pour le 28 juin, après les élections législatives grecques et françaises. Il n'y eut aucun communiqué de victoire, mais un simple état des lieux. Même le Figaro loua la «  fran­chise apparente qui tranche avec celle de nombre de ses prédécesseurs » manifestée par François Hollande lors de sa conférence de presse. Ce dernier avait reconnu que l'Allemagne restait son plus fort opposant, et, concernant les euro-bonds qu'il défend, que « des pays sont totalement hostiles et que d'autres ne l'envisagent qu'à très long terme». «pour l'Allemagne, les eurobonds sont un point d'aboutissement ; pour nous Français, c'est un point de départ».

Jeudi, l'agence Moody's affirmait maintenir le Triple A français, quelques heures après que Jean-Marc Ayrault ait annoncé que le décret du retour de la retraite à 60 ans pour celles et ceux ayant cotisé leur 41 annuités entre 18 et 20 ans serait promulgué d'ici 3 semaines.

Un pied de nez supplémentaire à celles et ceux qui promettaient l'enfer financier à la France si François Hollande était élu.






Bettencourt: comment Sarkozy peut-il échapper à une convocation ?

Dans son édition datée du 24 mai 2012, le quotidien Le Monde a publié des extraits des procès verbaux de l'instruction du juge Gentil, à Bordeaux, relative aux délits d'abus de faiblesse et d'abus de confiance commis au préjudice de Liliane Bettencourt. Sont également détaillés les nombreux indices et témoignages des visites de l'ancien « candidat du peuple » au domicile de la milliardaire.

Il en ressort que Nicolas Sarkozy est directement visé. Si directement visé qu'on a peine à croire qu'il ne pourrait être convoqué voire mis en examen d'ici l'été.

Des dénégations...
Rappelez-vous ce court échange, le 12 juillet 2010. Nicolas Sarkozy est encore président, interrogé par David Pujudas à l'Elysée. Il avait hésité à faire cet entretien. Mais l'emballement du scandale Woerth/Bettencourt, après les publications d'enregistrements pirates de conversation au domicile de la milliardaire à la mi-juin, l'avait contraint à sortir de sa réserve. Ce 12 juillet, donc, David Pujadas lui demande pourquoi il n'a pas demandé l'ouverture d'une instruction judiciaire indépendante, et/ou autorisé la création d'une commission d'enquête parlementaire; le journaliste rappela aussi les témoignages recueillis ces dernières semaines sur un financement politique illégal. Sarkozy fut glacial et outré:

Sarkozy : «Monsieur Pujadas, est-ce qu'ils parlent de moi, ces gens ?»
Pujadas : «Non, Ils n'ont pas parlé de vous.»
Sarkozy : «Bon»
Comme pour mieux enfoncer le clou, l'ancien Monarque compléta: «Derrière tout ça, il y a des officines.»  Dans son esprit, tout ceci n'était qu'un complot. L'ennemi avait été désigné, Mediapart et la presse dite de gauche. Les services secrets allaient espionner deux journalistes du Monde, pour débusquer les fuites de PV: un conseiller de la ministre Alliot-Marie, David Sénat, fut muté sur une mission à Cayenne. Coïncidence, il vienne d'être nommé ce 23 mai 2012 auprès du procureur de Melun, presque une réhabilitation.

... au calendrier des versements
Les auteurs de l'article, les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, précisent: « Selon les procès-verbaux dont Le Monde a pris connaissance, le magistrat semble tenir pour acquis que M. Sarkozy a bénéficié, lors de sa campagne présidentielle de 2007, d'argent en espèces du couple Bettencourt. » Et les deux de préciser avec minutie le troublant calendrier des versements d'espèces de ce début d'année 2007.

Le 17 janvier 2007, l'ancienne comptable de Liliane Bettencourt retirait 50.000 euros en espèces sur instruction de Patrice de Maistre, l'ancien gestionnaire de fortune.

Le 18 janvier, Liliane Bettencourt les remettait à de Maistre.

Le 19 janvier, ce dernier rencontrait Eric Woerth à proximité du siège de campagne de Nicolas Sarkozy. Woerth était alors trésorier de la campagne du candidat Sarkozy.

Le 28 janvier 2007, Patrice de Maistre était à Genève.

Le 30 janvier 2007, il rencontrait l'avocat René Merkt, qui gère les comptes non déclarés du couple Bettencourt. Ce dernier a confirmé aux juges qu'il a fait envoyer 100.000 euros en espèce au domicile de Liliane Bettencourt, sur instruction du gestionnaire.

Le 5 février 2007, 100.000 euros en espèces étaient déposés chez Mme Bettencourt, en présence de M. de Maistre, entre 17 h 15 et 17 h 45. Selon le Monde, « les enquêteurs ont établi que les fonds étaient toujours livrés ainsi ».

Le 7 février 2007, nouveau rendez-vous entre Eric Woerth et Patrice de Maistre, toujours dans un café discret à proximité du QG de campagne. L'explication fournie par Woerth au juge est croustillante: « Il voulait évoquer l'importance du rôle des PME dans l'économie française ».

Le 8 février 2007, « l'étude Merkt à Genève reçoit un virement de 560 000 euros, sur un compte de Mme Bettencourt, la somme paraissant provenir d'un système de compensation ».

Le 24 février 2007, l'agenda de Mme Bettencourt mentionne une visite de « Monsieur Nicolas S ». Des visites de Nicolas Sarkozy ou d'un énigmatique Nicolas S au premier semestre 2007, il en est beaucoup question dans les déclarations de l'ancien personnel de la milliardaire auprès du juge: chauffeur, infirmière, comptable, femme de chambre, les témoignages directs ou indirects sont nombreux.

Le 26 avril 2007, Liliane Bettencourt se faisait remettre quelque 400.000 euros en espèces. Un besoin de liquide pressant, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2007. Le Monde cite le juge Gentil, après l'audition de Cnatla Trouvel, une ancienne secrétaire de Mme Bettencourt: « On pourrait en déduire qu'il y a bien eu un rendez-vous le 26 avril 2007 entre M. et Mme Bettencourt et Patrice de Maistre, un rendez-vous spécial, peut-être pour préparer une remise d'argent qui, dans ces conditions, aurait pu avoir lieu le dimanche 29 avril 2007, c'est-à-dire pendant la période des élections présidentielles.» 

Tout au long de ses auditions, Eric Woerth a nié avoir reçu des espèces.

Au final, Nicolas Sarkozy est tellement visé qu'on se demande comment il pourrait échapper à une audition dans le cadre de cette instruction.

Celle-ci pourrait intervenir à compter du 15 juin prochain. Soit deux ans, jour pour jour, après le déclenchement de l'affaire.

Il était temps.



Lire aussi:

 

 

23 mai 2012

Au G8, François Hollande désarçonne les critiques

Quand Nicolas Sarkozy revenait de l'un de ses G8 ou G20, il y avait toujours l'inévitable communiqué de victoire. A fur et à mesure de ces réunions, le monde vu de Sarkofrance avait été sauvé d'à peu près tout grâce à des décisions énergiques et rapides: régulation monétaire, suppression des paradis fiscaux, relance de la croissance, lutte contre le réchauffement climatique, etc. Nicolas Sarkozy était aussi ce capitaine-qui-tient-la-barre, soutenu par tous les plus grands de ce monde devenu si dangereux, de Barack Obama à Angela Merkel.

Evidemment, tout ceci était faux.

Il fallut attendre l'épreuve des faits et la pression électorale pour que l'ancien Monarque, bien tardivement, n'accepte quelque contrition. La crise était toujours là, tout comme la Finance et ses excès. Les paradis fiscaux n'avaient que changé de nom.

Pendant des mois, le rival François Hollande fut décrit comme un faible ou un trouillard, incapable de tenir le moindre meeting international ou à nos partenaires. Nicolas Sarkozy avait enjoint ses proches et supporteurs de mitrailler le rival socialiste d'attaques sur son caractère prétendument incompatible avec la fonction présidentielle. Bref, Hollande devait nous précipiter dans l'inaction et le ridicule.

Evidemment, tout ceci était faux.

Depuis vendredi dernier, c'est le choc. La France est encore là, elle n'a pas disparu. François Hollande ne fut ni raillé ni moqué, ni contesté ni accusé par ses homologues étrangers. Bien au contraire.

Le président Hollande a enchaîné les rencontres internationales: un premier G8 puis un sommet de l'OTAN. Deux rendez-vous calés sous l'ancienne présidence.

On se souvient, avec émotion et regret, du premier G8 de Nicolas Sarkozy en juin 2007, en Allemagne. Ce fut un show incroyable. Fraîchement élu, il se donna en spectacle, prolongeant la séquence Bling Bling entamée au Fouquet's quelques cinq semaines plus tôt. Devant ses nouveaux collègues Poutine et Bush, il multiplia les démonstrations affectives comme pour montrer qu'ils étaient déjà les meilleurs amis du monde. Devant les photographes, il posait Ray-Ban sur le nez, Rolex au poignet, et portable à l'oreille avec une ostentation presque gênante pour la fonction. Il y eut aussi cette drôle de séquence où Nicolas Sarkozy, hagard et souriant, bafouillait ses mots pour l'une de ses premières conférences de presse, à tel point que quelques médias le soupçonnèrent d'être ivre.

François Hollande, lui, est entré dans l'habit et le poste avec sérieux et nonchalance. Evidemment, ce G8, comme les autres, n'a pas résolu la crise mondiale.

Il n'y avait que Jean-François Copé et quelques sarkozystes purs jus pour croire que ces réunions bouleversent le monde. Le secrétaire désigné de l'UMP a dénoncé, un marché de dupes. Son argumentation restait creuse: « Qui va imaginer que la victoire au G8, si le mot victoire a un sens d'ailleurs, se résumait simplement à dire c'est génial, grande victoire pour la France, on les a tous convaincus d'être pour la croissance ? Quelle est la personne qui va vous dire qu'il ne faut pas plus de croissance, il n y a que les Verts qui disent qu'il faut de la décroissance. J'ai le sentiment d'un marché de dupes ». Copé fut tout autant agacé de la bonne entente affichée entre Obama et Hollande. Jusqu'à la dernière minute de son mandat, Sarkozy avait voulu nous faire croire qu'il détenait une sorte d'exclusivité des bonnes relations avec le président américain.

Devant l'OTAN, la réunion avait aussi un sacré enjeu. C'était la première fois que le président français allait exposer de vive voix sa promesse de campagne de retirer les troupes françaises combattantes d'Afghanistan avant la fin de cette année, soit 2.000 soldats sur 3.400. Son prédécesseur avait d'abord renforcé le contingent français en 2008, rompant une promesse de campagne de 2007; puis accepté de retirer notre contingent quand Barack Obama décida, enfin, de faire de même. Pendant la campagne, Sarkozy dénonçait l'irresponsabilité de la promesse de Hollande. A Washington ce dimanche, aucun alter-égo de François Hollande ni responsable de l'Alliance atlantique n'a paru choqué. Hollande n'a pas laissé de choix, mais a laissé ouvert la possibilité de financer une fraction de formation des forces de l'ordre afghanes.

Sur l'exigence de croissance comme la sortie d'Afghanistan, Hollande a réussi (provisoirement) son coup.

Pour juger de la réussite de ces premiers déplacements diplomatiques du président Hollande, on pouvait se rabattre sur la presse étrangère.

Comme le soulignait le journaliste et blogueur Stéphane Trano, pour Marianne2, « Hollande a pris de court le G8 » d'après la presse américaine. Le blog French Politics ajoutait: « Pour la presse américaine, le bilan de ce marathon diplomatique est plutôt positif. » Bloomberg loua la complicité rapidement établie entre Obama et Hollande; le New York Times, s'est félicité du « changement de ton » au G8 obtenu grâce à François Hollande: « Avant même de se montrer à Camp David face à Mme Merkel, MM Hollande et Obama avaient forgé une nouvelle alliance lors d'une pré-réunion à la Maison Blanche pour se concentrer sur la croissance

Un conseiller d'Obama, Ben Rhodes, s'est félicité: « Il semble que le Premier ministre (italien Mario) Monti et maintenant le président Hollande ont fait un bon début. Et je pense que cela a joué un grand rôle dans ce qui a été obtenu au G8.» Un autre a confié au Monde: « Il est clair que la France va être un bon ami et allié ». Pourtant, Obama semblait regretter Sarkozy avant le G8.

Le site Canadien LaPresse a noté que « pour la plupart, ses pairs ont tous vanté la qualité et même la chaleur de leur première rencontre avec le chef de l'Etat français. » Et d'ajouter: « Même ceux qui, pendant la campagne électorale présidentielle, lui avaient plus ou moins ouvertement préféré son rival Nicolas Sarkozy, comme le président américain ou le Premier ministre britannique David Cameron

En Allemagne, les commentateurs jugeaient que François Hollande était parvenu à imposer une nouvelle donne à l'OTAN, au grand dam d'Angela Merkel qui n'apprécia pas la volonté française de quitter prématurément l'Afghanistan. N'en déplaise à la chancelière, elle fut bien isolée. Le conservateur Süddeutsche Zeitung confirma que « François Hollande peut remplir sa promesse de campagne, mais il devra laisser des formateurs militaires en Afghanistan plus longtemps ». Hollande obtint l'accord de nos partenaires de l'OTAN: «nous avons veillé à ce que la position de la France soit pleinement respectée et appliquée et, en même temps, j'ai veillé à ce que nos alliés (en) comprennent bien le sens».


En Espagne, le quotidien ABC résumait ainsi les échanges sur la croissance: « Obama et Hollande s’allient en faveur de la croissance face à l’austère Merkel ». Au Royaume Uni, le Financial Times notait que : « David Cameron va tenter aujourd’hui de forger une alliance économique inattendue avec François Hollande en s’alignant sur le courant « pro-croissance » qui s’empare de l’Europe ». L'Independant relevait que le président français avait été le « grand vainqueur du G8 après seulement une semaine au gouvernement ».

Il fallait se pincer pour le croire. La prise de conscience avait-elle eu lieu ? A minima pouvait-on reconnaître que François Hollande avait réussi sa première séquence diplomatique.




22 mai 2012

Hollande gouverne encore en Sarkofrance

A chacune de leur intervention médiatique, le président Hollande, son premier ministre Ayrault et les nouveaux ministres ne cessent d'être interrogés sur le calendrier.

Quelque soit le sujet, la même question revient sans cesse sous des formes différentes: à quand les nouvelles lois et réformes ? A quand le changement ?

Depuis 2002, la presse avait été habituée par Nicolas Sarkozy à une avalanche d'annonces, un « carpet-bombing » qui ne laissait plus le temps à l'analyse ni à la discussion.

La mauvaise impatience
D'abord ministre, Nicolas Sarkozy usa de cette agitation politico-médiatique pour conquérir le pouvoir. Devenu président, l'excitation dura jusqu'en 2010 et l'adoption de la loi sur les retraites. L'ancien Monarque avait alors décidé de se présidentialiser (sic!), quitte à calmer le rythme de ses annonces et apparitions. Il conserva toutefois la sale habitude de sur-réagir au moindre fait divers, et deux déplacements de province par semaine, avec cars de CRS ou gendarmes, estrade ou table ronde, caméras et journalistes. 

Voici bientôt trois semaines que Nicolas Sarkozy a été défait. Il faut réapprendre la patience. Non pas que les décisions tardent, mais l'action politique a son inertie. Et la boulimie législative sarkozyenne n'aidait pas.

Education
La prochaine rentrée scolaire sera tout aussi douloureuse que la précédente. Avant même l'élection présidentielle, François Hollande avait prévenu que les créations de postes promises ne pourraient être effectives dès septembre 2012. Nommé ministre, Peillon confirma: «  nous allons essayer de faire que la rentrée 2012 qui a été préparée par le gouvernement sortant qui s'accompagne de 14.000 suppressions de postes se passe dans des conditions qui soient un peu meilleures »

Cette semaine, il était également trop tard pour annuler les tests nationaux des quelque 1,6 million d'élèves de CE1 et de CM2. Le ministère a simplement prévenu qu'il n'utiliserait pas les résultats au niveau central: « si ces évaluations peuvent être, localement, une aide pour le suivi par les enseignants des acquis de leurs élèves, les outils qui sont actuellement utilisés ne permettent pas une évaluation scientifiquement incontestable du système éducatif national. (...) Les résultats de ces évaluations ne seront pas transmis à l'administration centrale cette année. »

Justice
La justice est en friche, abîmée, choquée, débordée. La nouvelle Garde des Sceaux a eu l'un de ses premiers chocs, dimanche. Elle visitait la permanence de l'antenne des mineurs au Palais de justice de Paris. Paris n'est pourtant pas la zone la moins bien traitée du territoire.

Taubira a sa « feuille de route ». Et la route sera longue, très longue. Dimanche, elle a déjà prévenu qu'il faudra supprimer les tribunaux correctionnels pour mineurs. Même s'ils sont plus nombreux à être plus violents, il faut des réponses adaptées. Car cette délinquance surprenante qui n'a cessé de croitre sous l'administration Sarkozy trouble nombre de nos mythes éducatifs. « Les mineurs sont des citoyens en devenir, il est nécessaire de redonner à la justice des mineurs sa spécificité ». 


Côté prisons, quel retard à rattraper ! La situation carcérale du pays a été largement négligée et aggravée durant les 5 dernières années. La réforme Dati n'était qu'affichage. Sur le tard, l'ancien Monarque a promis quelque 30.000 places supplémentaires de prisons

Police
Certaines décisions pourraient être plus rapides. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, était à Marseille ce lundi. La cité phocéenne est le théâtre de règlements de compte en cascade. Douze personnes ont été tuées par balles depuis janvier. A Marseille, le préfet s'appelle Gardère, un proche de l'ancien maire de Neuilly sur Seine.

Nicolas Sarkozy a nommé tellement de proches ici ou là. Xavier Bertrand, ancien ministre de Sarkofrance, était-il en mission commandée pour s'inquiéter du possible départ de Frédéric Péchenard, directeur de la police nationale, et de Bernard Squarcini, patron de la DCRI ? Libération croyait savoir que leur remplacement serait décidé ce mercredi en Conseil des ministres.

Xavier Bertrand, lui, a fustigé une chasse aux sorcières: «La chasse aux sorcières commence, et je crains que ce ne soit qu’un début. M. Hollande l’avait dit, certains ne l’avaient pas forcément pris au sérieux, nous si» . L'homme est gonflé. Pourrait-il avoir l'honnêteté intellectuelle de reconnaître la soumission politique du couple Péchenard/Squarcini à son ancien mentor ? 

Culture
Aurélie Filippetti, la nouvelle ministre de la Culture, a été assaillie de questions de calendrier par les journalistes de la Matinale de France Inter, lundi 21 mai: quand interviendra donc le retour à une TVA à 5,5% pour le livre ? Quand changerez-vous le mode de nomination des dirigeants de l'audiovisuel public ? Quand remplacerez-vous le CSA ? Quand y-aura-t-il une nouvelle convention collective de l'intermittence ? Quand ? Quand ? L'impatience médiatique était sans limite. Pourtant, la jeune ministre connaissait ses dossiers. Et elle avait déjà quelques réponses, comme sur le gel des crédits: «Le précédent gouvernement avait fait des gels budgétaires en début d’année qui ont considérablement pénalisé non seulement les compagnies dramatiques mais aussi les centres chorégraphiques, les festivals, les orchestres».
  
En matière audiovisuelle, un jeune conseiller régional UMP, Geoffroy Didier, a sommé Audrey Pulvar de démissionner de l'émission « On n'est pas couché », sur France 2, et ce, avant la fin de la semaine ! «En interviewant samedi soir des responsables politiques, dont un leader socialiste, dans le cadre de la campagne des élections législatives et sur une chaîne de télévision du service public, Audrey Pulvar a démontré à quel point elle n’avait aucune déontologie». Le jeune voulait se faire mousser. Il était prévu de longue date que les interviews politiques s'interrompent pendant la campagne, rétorqua la journaliste.