30 juin 2012

269ème semaine politique: Hollande à l'offensive, l'UMP cherche ses valeurs

Il n'a pas fallu attendre longtemps. La majorité se dispute, c'est bien normal. Elle reste confiante. La tâche est rude. La droite couine avant les décisions. La classe médiatique se jette sur la moindre anicroche comme un drogué en manque de sa dose. Mais Hollande a marqué un joli point, en fin de semaine, lors d'un sommet européen quasi-nocturne.

Et il resta modeste.

Cela nous changeait.

Sur le front des affaires, Nicolas Sarkozy faisait profil bas. Un de ses anciens conseillers devenu président de banque est sous le coup d'une enquête pénale pour prise illégale d'intérêts. François Pérol risque gros et il le sait. A l'Elysée entre 2007 et 2008, l'ancien banquier était secrétaire général adjoint de l'Elysée, et s'était chargé du sauvetage puis de la fusion des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires. Pressé de retourner dans le privé, il s'était propulsé à la tête de la nouvelle entité. Ni l'Elysée ni lui-même n'avaient daigné la commission de déontologie qui est censée étudier et avaliser (ou pas) des pantouflages bien plus ordinaires. A la Caisse d'Epargne, Pérol arrivait en milieu sarkozyste conquis. La banque avait été l'employeur de Mme Hortefeux et du fameux Thierry Gaubert, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy impliqué dans l'affaire Karachi.

Le gouvernement Ayrault s'était mis en séminaire dès lundi. Les quotidiens conservateurs alignaient les rumeurs et les fuites concernant le plan de redressement des comptes publics qu'Ayrault et ses ministres semblaient nous concocter. Nous eûmes la confirmation d'une double catastrophe... sarkozyste: primo, il manquait 7,5 milliards d'euros dans les caisses de l'Etat pour finir l'année à la hauteur du déficit budgétaire promis à l'Europe et aux Français. Secundo, un méchant rapport de l'INSEE réactualisait à la baisse les prévisions de croissance et... du pouvoir d'achat. La croissance serait à peine plus faible qu'anticipé (0,4%), mais le pouvoir d'achat devait subir cette année sa plus forte baisse depuis... 1984. François Hollande avait-il déjà frappé de son matraquage fiscal tant annoncé par les sarkozystes ? Que nenni ! Le fautif était l'ancien monarque, Nicolas Sarkozy lui-même. En 2012, sa précédente loi de finances avait fait progresser les impôts directs et cotisations sociales de 6,7%, tandis que les revenus, crise oblige, progressaient peu. Pire, l'INSEE n'incluait même pas le coup de TVA que Sarkozy avait fait voter pour le mois d'octobre - et qu'Hollande a promis d'annuler.

A l'UMP, on était bien silencieux. On réfléchissait aux « valeurs », entre-soi, on se déchirait entre pro-Copé et pro-Fillon. Quelques journalistes ou témoins anonymes pouvaient relater les échauffourées verbales qui saisirent l'assemblée d'anciens godillots sarkozystes. Nathalie Kosciusko-Morizet crut bien faire en accusant Patrick Buisson d'être encore consultant ... de l'UMP. Elle avait raison, le contrat avait été signé, croyait savoir l'Express, quand elle était secrétaire générale adjointe. D'ailleurs, l'ancien conseiller de l'ombre ès droitisme de Nicolas Sarkozy s'était également entiché de Laurent Wauquiez et de Valérie Pécresse, courant 2011.

Quand les premières pistes du plan de redressement des comptes furent connues, l'UMP faisait la grimace. Mardi, l'Assemblée nationale ouvrait sa première session. Nombre de députés socialistes se refusaient à rendre leurs plus importants mandats locaux. Il faudra une loi contre ces récalcitrants.

En fait, les critiques de la semaine les plus visibles venaient de la gauche radicale. Jean-Luc Mélenchon crut bon d'accuser Manuel Valls de légitimer le discours frontiste sur l'impact de l'immigration sur le chômage. Le ministre de l'intérieur avait pourtant annoncé la prochaine interdiction des rétentions familiales, l'amélioration des conditions de naturalisation, la clarification des critères de régularisation, la fin de la politique du chiffre, et la création d'un titre de séjour de trois ans. Pour les partisans du Front de gauche et quelques autres, son grand tort fut ... de récuser toute régularisation massive. Sans doute avaient-ils oublié que ce point n'avait jamais été promis par le candidat Hollande.

L'autre attaque fut contre le coup de pouce du SMIC, jugé trop modeste à gauche et quasiment mortel à droite. Michel Sapin, le ministre du travail, l'avait confirmé à 0,6%, plus 1,4% de rattrapage de l'inflation. Les critiques avaient un point sérieux: le rapport de l'INSEE révélait combien la baisse du pouvoir d'achat des ménages, cette année, était préoccupante... pour l'économie elle-même.

François Hollande recevait Angela Merkel à l'Elysée. Il paraît que la chancelière allemande avait promis de refuser toute euro-obligations « tant qu'elle vivrait ». A forces de rodomontades, elle faisait du Sarkozy. Le soir, les sourires étaient pincés, mais Hollande ne lâcha rien. Le lendemain, ils étaient à Bruxelles. Le président français déclara qu'il espérait convaincre ses homologues d'un pacte de croissance. On évoqua 120 milliards d'euros. Au sein de la gauche radicale française, on fustigea sans attendre le manque d'ambition. « Un "pacte de croissance" à 120 Mds € c'est un peu équivalent à un coup de pouce au Smic de 0,6% » lâcha Michel Soudais, journaliste à Politis dès jeudi soir. Pourtant, vendredi matin, la nouvelle était plus ample, jusqu'à surprendre les commentateurs de gauche comme de droite.


François Hollande pouvait être satisfait. Il avait bien joué mais joua les modestes: Mme Merkel avait déjà accepté, la semaine dernière, un plan de soutien de 120 milliards d'euros. Dans la nuit de jeudi à vendredi, l'italien Monti et l'espagnol Rajoy étaient montés au filet contre Angela Merkel qui, finalement, avait à nouveau cédé. Les deux avaient provoqué un sommet de la zone euro, après le grand sommet à 27 qui s'était clôt au dîner. Ils s'étaient déclarés favorables au pacte français de croissance si des mesures de soutien immédiat étaient adoptées. Et ils eurent gain de cause: recapitalisation directe par le fonds de secours - le Mécanisme européen de stabilité - des banques espagnoles; supervision intégrée des banques par la Banque centrale européenne; et ... rachat éventuel et partiel de la dette italienne par le MES si besoin est, sans austérité supplémentaire en contrepartie. 

A Paris, Jean-Marc Ayrault officialisait l'effort d'économies qu'il demandait à tous les ministères: la traditionnelle lettre de cadrage, pour l'élaboration des différents budgets de l'Etat d'ici la loi de finances 2013, fixait à 7% les économies sur les frais de fonctionnement. Chaque ministère sauf les trois prioritaires qu'étaient l'Education, la Justice et la police, aura à réduire ses effectifs, de 2,5% en moyenne. « Le premier budget qui va être voté en 2013 doit nous conduire à rentrer dans les objectifs de 3% des déficits publics donc il y a des efforts à faire, tout le monde fera des efforts » commenta Ayrault.

A ce stade, il n'y avait aucune surprise.

Le président Hollande appliquait le programme du candidat Hollande.





29 juin 2012

Manuel Valls face à l'impatience.

Le ministre de l'intérieur fait parler de lui. C'était prévisible. La lutte contre l'insécurité et le maintien de l'ordre sont devenus des enjeux prioritaires à gauche, au même titre que le reste. La politique migratoire reste de son ressort, cela fait grincer des dents à gauche.

Le premier flic de France dirige l'un des ministères les plus surveillés du moment, après une décennie de sarkozysme agité, épuisant et inefficace.

Après l'échec de Sarkozy
Nicolas Sarkozy, qui en avait fait son ADN politique personnel, avait finalement échoué. D'un point de vue purement factuel, le nombre d'atteintes aux biens a certes chuté mais celui des atteintes aux personnes a quasiment doublé en une décennie de sécurité sarkozyenne. Or la plupart des salves législatives de l'ancien ministre de l'intérieur devenu président en 2007 portaient justement sur les secondes et non les premières.

Ensuite, le décalage entre son action véritable et ses logorrhées sur le sujet sécuritaire, cette instrumentalisation systématique du moindre fait divers ont clivé le pays sur un sujet qui ne le mérite pas (qui est favorable à la délinquance ??) et fermé le débat. Le moindre fait divers malheureux était l'occasion pour l'ancien monarque d'attraper un micro pour fustiger les criminels et les fous, et tirer la couverture à lui.

Sur ces sujets, François Hollande, Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls seront donc observés, jugés et le cas échéant critiqués.

De déplacements en interventions, le nouveau ministre a déjà laissé entendre qu'il s'agaçait d'être systématiquement comparé à « l'autre », c'est-à-dire Nicolas Sarkozy. Il l'a dit au septième congrès de l’Unsa-police (3ème syndicat de gardiens de la paix): «C’est pénible. (...) C’est logique d'être sur le terrain à condition de le faire en prenant du temps.» Mais cette comparaison, au moins pour les premiers mois, est légitime et inévitable. Ensuite viendra le temps de la comparaison des bilans.

Dans le Monde daté du 28 juin, le ministre de l'intérieur s'est exprimé sur la politique migratoire. Le sujet est également sensible. Nous sortons de cinq années d'outrances médiatico-politique sur le sujet: ministère puis débat de l'identité nationale, expulsions par rafles, tests ADN, discours de Grenoble, traque aux Roms, statistiques ethniques, etc... L'ancien monarque avait tout fait, tout dit, et... sans grand résultat également !

Les avancées de Valls
A l'instar de ses collègues et de François Hollande, Manuel Valls s'est affiché posé et volontaire pour dépassionner le débat. Evidemment et légitimement, les associations s'impatientent. Car la loi est mal faite, et de nombreux cas d'immigration clandestine sont encore traités sous l'arbitraire préfectoral.

Mais il fallait lire et relire, calmement, les propos du ministre de l'intérieur pour comprendre que le changement était au moins là dans les mots et déjà, au moins partiellement, dans les décisions:

1. Manuel Valls a confirmé la fin de la politique du chiffre, qui fixait des objectifs d'expulsions arbitraire: « je ne jugerai pas l'action des préfets sur la base du nombre de reconduites exécutées

2. Il a promis une circulaire sous peu pour clarifier les critères de régularisation, et s. Il faut une règle et des « critères transparents », pas des des objectifs chiffrés d'expulsions: « Les régularisations doivent se faire en s'appuyant sur des critères précis, objectifs, compréhensibles, à la fois par ceux qui sont dans cette situation, ceux qui pourraient venir sur notre sol national, et nos compatriotes.» Le ministre précisait: « Ces critères sont les années de présence en France, la situation par rapport au travail, les attaches familiales, la scolarisation des enfants. Ils ont été interprétés de manière beaucoup trop restrictive et n'ont pas été appliqués de manière uniforme sur l'ensemble du territoire par le précédent gouvernement.»

3. Les rétentions de familles d'immigrés clandestins vont être interdites, Valls a promis une autre circulaire qui « annoncera l'arrêt immédiat de la rétention des familles, et précisera les règles de leur assignation à résidence ».

4. Manuel Valls a annoncé la création d'un nouveau titre de séjour de 3 ans: « Il nous faudrait essayer de légiférer cette année, et à ce titre, créer un titre de séjour intermédiaire d'une durée de trois ans qui permette de stabiliser ceux qui vivent et travaillent de manière régulière sur le sol national. » Il a dénoncé, au passage, les conditions d'accueil des étrangers en quête de régularisation: « J'ai, à ce propos, été révolté par le sort réservé à ces étrangers qui se retrouvent dans les files d'attente devant les préfectures pour renouveler leurs papiers pendant des heures, la nuit, ou dans le froid.»

5. Manuel Valls veut améliorer le processus de naturalisation, et promet une autre circulaire cet été pour clarifier les critères. Encore une fois, ses paroles sont une rupture avec la France d'avant: « Depuis deux ans, les naturalisations ont chuté de 40 %. C'est la conséquence de choix politiques délibérés, mais non écrits, non dits. Je veux inverser cette tendance. »

6. Y aura-t-il davantage de régulations que 30.000 ? Valls n'y « croit pas ». Il lâche une formule (« Aujourd'hui, la situation économique et sociale ne permet pas d'accueillir et de régulariser autant que certains le voudraient ») qui, immédiatement, en a fait hurler certains à gauche. Pourtant il est prudent, et cohérent Il n'annonce pas de plafond non plus, ce serait doublement stupide. Primo, le candidat Hollande l'avait répété: imposer des objectifs d'expulsions favorise l'arbitraire. Secundo, la droite sarkozyste et l'extrême droite n'attendent qu'un flou, une formule, une phrase de trop pour crier au loup et accuser le gouvernement Ayrault de régularisations massives. Depuis l'automne, Nicolas Sarkozy n'a cessé, comme Marine Le Pen, de replacer le sujet migratoire au coeur du débat politique... en vain.

Ce qu'il manque. 
A gauche, certains se sont heurtés sur cet argument. Ces cris d'orfraie n'étaient pas les plus importants du moment. D'autres s'impatientaient davantage encore, et le ministre Valls ferait mieux d'accélérer la mise en pratique de ces récente déclarations.

La détention de mineurs dans des centres de rétentions est encore de mise. La circulaire Valls se fait attendre. Libération rapportait ainsi le cas d'un adolescent malien arrêté à Auxerre le 14 juin, et placé en rétention au Mesnil-Amelot; d'une famille russe enfermée à Oissel (Seine-Maritime); de deux enfant Angolais de 2 ans et 4 mois enfermés au CRA de Saint-Jacques-de-la-Lande près de Rennes pendant 24 heures.

Certaines expulsions « familiales » d'immigrés clandestins se poursuivent dans les mêmes conditions iniques que sous l'ancien sarkozysme. Il suffit de lire les dépêches et alertes de RESF pour constater que l'irréparable se commet encore trop fréquemment. La mobilisation des associations et bénévoles est toujours efficace et parfois efficace: ce jeudi 29 juin, une mère d'origine roumaine et ses deux enfants scolarisés depuis 2008 ont échappé de peu à une expulsion matinale.

Sur ce sujet, plus que sur d'autres, la patience va manquer.


28 juin 2012

Pouvoir d'achat: 2012, l'année perdue ... par Sarkozy ?

L'UMP se réunit pour discuter de ses valeurs et éviter le droit d'inventaire que certains y réclament à l'encontre de Nicolas Sarkozy.

Comme un coup du sort, l'INSEE a publié de terribles prévisions pour le reste de l'année. Cette note de conjoncture n'était qu'un portrait, à l'avance, d'une année ratée.

Avec deux mois de retard, l'INSEE dévoilait que combien le dernier plan d'augmentation d'impôts du gouvernement Sarkozy/Fillon allait plomber le pouvoir d'achat des ménages, d'une ampleur inégalée depuis 1984 !

Il n'avait échappé à personne que Nicolas Sarkozy n'est plus président. Il serait injuste d'accuser sa gestion trop longtemps des difficultés à venir du pays. Mais il est tout autant hors de question de s'exonérer d'un bilan. Pour l'heure, ce dernier est loin d'être achevé, et nous n'avons pas encore collectivement payé l'addition des années sarkozystes. 

La gauche n'est en rien responsable de cette mauvaise séquence. Sarkozy nous a doublement gâché l'année.

Pourquoi l'INSEE abaisse-t-elle ses prévisions ?
Avant d'écouter les cris d'orfraie de quelques ex-Sarkofans contre un prétendu effet Hollande négatif sur notre conjoncture, il convenait de lire dans le détail les explications de l'INSEE.

Sa précédente note date de mars dernier. Les modifications entre cette livraison et la dernière publiée le 26 juin sont les suivantes:

- Le premier trimestre 2012 s'est révélé globalement conforme aux prévisions, grâce à un regain de dépenses publiques plus important que prévu : «L’investissement des entreprises non financières a reculé plus qu’attendu, mais par ailleurs la consommation publique a été plus dynamique que prévu ». Et la croissance des exportations a été « plus faible qu’attendu ».

- Au second trimestre 2012, la demande intérieure ne s'est pas redressée: « la demande intérieure finale hors stocks progresserait moins que prévu précédemment, ne contribuant pas à la croissance de l’activité, contre +0,2 point prévu en mars ». Plus précisément, la consommation des ménages se replierait au deuxième trimestre (-0,2 %).

La faute à la conjoncture ?
L'INSEE a bâti ses prévisions sur le contexte économique de la zone euro mais aussi sur les mesures du gouvernement Fillon/Sarkozy. La croissance économique, nulle aux deux premiers trimestres de l'année, ne redécollerait que « légèrement au second semestre » en France.

En cause, « un coup de frein sur les échanges mondiaux au deuxième trimestre ». Mais l'INSEE distingue la zone euro du reste des pays développés: l'institut prévoit une légère reprise de l'activité au second semestre, surtout dans les pays émergents grâce à une « impulsion budgétaire et monétaire dans les pays émergents ».

En fait, c'est la zone euro qui, une fois de plus, est pointée du doigt: « La différence de dynamisme entre les États-Unis (+0,6 % par trimestre) et le Japon (+0,4 % puis +0,5 %) d’un côté, et la zone euro (0,0 % puis + 0,1 %) de l’autre, resterait marquée. » On se souvient combien Nicolas Sarkozy, quand il était président, formait un merveilleux couple avec Angela Merkel. Ce couple damné ou condamnable, baptisé Merkozy, a plaidé l'écrasement des pays fautifs d'endettement et déficits par une austérité qui n'a que mieux précipiter notre chute collective. La zone euro, exceptée l'Allemagne, est en vrac. Certes, convaincre l'Union, et la zone euro en particulier, de privilégier la croissance n'est pas chose aisée. François Hollande le savait, et le réalise tous les jours. Mais Nicolas Sarkozy n'a même pas eut cette audace. Intérieurement, il n'était peut-être pas convaincu de cette spirale déflationniste et rigoriste. Mais pour sauver sa peau politique, il croyait que ramper devant sa voisine germanique lui serait d'une grande utilité. Il a perdu.

Aurait-il un jour résister pour plaider une autre voie, que nous aurions été contraints de l'exonérer de toute responsabilité dans cette prolongation de crise qui plombe l'exercice 2012.

Car l'INSEE, donc, nous prévoit le pire, ou presque.

Malgré  le net ralentissement des prix à la consommation, les ménages européens verraient leur pouvoir d’achat reculer tout au long de l’année et réduiraient leurs dépenses de consommation.

L'Allemagne, évidemment, profiterait mieux que la France de ce rebond économique à l'étranger, grâce au dynamisme de ses exportations: « En Allemagne, l’activité marquerait le pas au deuxième trimestre (0,0 %) mais retrouverait ensuite un certain dynamisme (+0,3 % par trimestre) soutenue par la consommation des ménages et le redressement de la demande asiatiqueCinq années de sarkozysme industriel n'ont servi qu'à vendre quelques navires Mistral à la Russie de Poutine. 

Pour le reste, c'est bel et bien la Berezina.

... ou à Sarkozy ?
En matière de croissance, les prévisions sont donc légèrement revues à la baisse (+0,4% au lieu de +0,5% dans les éditions précédentes). La vraie nouveauté de cette note concerne le pouvoir d'achat des ménages.

Le revenu disponible brut des ménages, qui agrège tous les revenus, progresserait trop légèrement pour dépasser l'inflation: « En 2012, le revenu disponible brut (RDB) des ménages ralentirait sensiblement (+1,3 % après +2,6 %) ». Compte tenu de l'inflation susnommée, le pouvoir d'achat sera donc en baisse de 0,6%, une ampleur inégalée depuis 1984!

L'INSEE identifie deux causes à cette dégradation historique du pouvoir d'achat.

1. Les revenus avant impôt progresseront peu.
Les salaires nominaux augmenteraient de 2,5%, après 2,4 % en 2011. A noter que l'INSEE inclue l'effet du coup de pouce gouvernemental annoncé mardi. Mais l'inflation générale serait également faible, à 1,9%. Au final, les salaires réels augmenteraient donc très légèrement. Dans la Fonction publique, ils seraient carrément en baisse: « En termes réels, le salaire moyen par tête accentuerait son recul (-0,7 % en 2012 après -0,3 % en 2011)».

Les revenus de propriété vont également stagner: +0,2 % en 2012, contre +3,7 % en 2011. Mais pourquoi donc ? L'INSEE livre peu d'explications. Faut-il y voir un effet tardif de la crise du logement ?

Les prestations sociales versées aux ménages augmenteraient d'un même taux que l'an passé (+3,4%). Mais c'est l'effet combiné d'une réduction des prestations maladie et familiales décidées sous Sarkozy, et d'un gonflement des indemnités chômage (à cause de la progression continue du chômage!): « Les prestations d’assurance maladie seraient freinées par la modification du plafonnement des indemnités journalières. Par ailleurs, la revalorisation des allocations familiales a été limitée à 1 % et n’est intervenue cette année qu’au 1er avril au lieu du 1er janvier les années précédentes. » L'INSEE note que la « forte revalorisation de l’allocation de rentrée scolaire à l’été » (+25 % soit 340 millions d’euros au second semestre), décidé par le gouvernement Ayrault, « dynamiserait également les prestations au second semestre 2012 ».

Globalement, les revenus avant impôts (salaires, capital, prestations) augmenteraient ainsi de 2,3% (contre 3,1% en 2011 et 2,0% en 2010).

2. La vraie dégradation provient des hausses d'impôts décidées sous Sarkozy: +6,7% de prélèvements sociaux et fiscaux en 2012, contre +5% en 2011 et +2,5% en 2010. Entre autres, l'INSEE prévoit une augmentation des impôts sur le revenu et le patrimoine de 10,1% en 2012, après une hausse de 6,6% en 2011, et 2,8% en 2010. La droite sarkozyste, qui criait au matraquage fiscal de la gauche revenue au pouvoir, avait une raison de plus de se taire. Non seulement les comptes publics nécessitaient d'être redressés, mais en plus leur ancien mentor avait été généreux en hausses des impôts juste avant de quitter l'Elysée.

Cette augmentation des taxes est d'autant plus fameuse qu'elle n'inclue pas la hausse de la TVA !

Conséquence logique, le revenu disponible brut n'augmenterait que de 1,3% cette année. Inflation déduite, les ménages devraient perdre 0,6% de pouvoir d'achat...

C'était donc officiellement confirmé, le pouvoir d'achat des ménages sera amputé par les dernières mesures du gouvernement Sarkozy/Fillon. Il fallut attendre 2012 pour constater les derniers dégâts du président du « travailler plus pour gagner plus » avait bien stabilisé le pouvoir d'achat « statistique » entre 2008 et 2011. Combien de temps encore allions-nous devoir faire ces bilans posthumes ?

Ce mercredi 27 juin, premier jour des soldes en France, François Hollande recevait Angela Merkel à l'Elysée, quelques heures avant un sommet européen que l'on prédit tendu. Il y avait des sourires de circonstances. La chancelière est crispée tant le président français lui résiste.

Mais pourquoi donc devrait-il se coucher ?

Pour imiter Sarko ?


27 juin 2012

Hollande: pourquoi les éditocrates parlent de la "rigueur juste" sans savoir ?

Le récent spectacle médiatique est assez incroyable. Depuis quelques jours, journalistes et commentateurs s'agitent sur les futurs efforts de rigueur que la France allait devoir subir pour redresser, comme promis, ses comptes publics. Faux scoops, ré-écriture de la campagne, cris d'orfraie ou incompréhension, ça parle et ça s'agite, sans savoir ni prévoir.

Gesticulations médiatiques
Certains journaux conservateurs (Les Echos, Le Figaro, l'Express, Le Point) s'étaient livrés à une course aux scoops, faux ou prématurés. De la nouvelle taxe sur les  dividendes des Echos aux « coupes drastiques » dans la fonction publique du Figaro, de cette rigueur «que le gouvernement Ayrault nous prépare » (l'Express) aux « coupes budgétaires dès cette année » (le Figaro, encore), il fallut s'habituer à ces fuites qu'on n'osait imaginer orchestrées. 

Il y avait aussi ces duels et faux débats, sans objet puisque leur objet même (le collectif budgétaire de juillet puis la loi de finances de l'automne) n'était pas connu. Sur toutes les ondes, des journalistes nous assénaient donc qu'il faudrait augmenter les impôts (quelle nouvelle !) mais aussi réduire les dépenses (quelle nouvelle !).

Quelques éditocrates voulaient aussi faire croire que le président Hollande ne respectait pas les engagements du candidat Hollande. A cet exercice, l'un des plus fameux d'entre eux était certainement le soutier de RTL et du Grand Journal de CANAL+, Jean-Michel Aphatie. Depuis des jours, l'éditorialiste politique professionnel raille avec gourmandise tantôt un prétendu revirement de François Hollande, tantôt son irresponsabilité budgétaire. Dans un mémorable billet publié vendredi dernier sous le titre « Le changement du changement, c’est maintenant », Aphatie fit toutefois un aveu incroyable: il reconnaissait à Hollande d'avoir « tout dit lors de ces multiples discours», sur l'augmentation du SMIC, l'embauche de nouveaux fonctionnaires, ou la retraite à 60 ans. Cet aveu de sa part, discrètement, sur son blog, était un évènement à part entière. Il compléta, cependant, que c'était la faute de ... l’opinion publique « qui n’entend que ce qu’elle veut bien entendre ».

A droite, on enrageait. On croyait pouvoir caricaturer François Hollande comme un grand dépensier, le voici qu'il confirmait sa prudence de campagne. Aujourd'hui, il appliquait son programme, dans un contexte plus grave encore.

A gauche, certaines critiques étaient prévisibles et légitimes. La hausse du SMIC était largement insuffisante pour les attentes des sympathisants et électeurs de la Gauche de la gauche. Il n'y avait que quelques Sarko-fanatiques pour croire que Hollande était sur la ligne du Front de Gauche... Et pourtant, d'après le Nouvel Obs, si les salariés étaient « mitigés », les patrons étaient, eux, carrément « horrifiés ».



Ce que l'on sait
A ce stade, que savait-on vraiment ?

1. Le contexte économique s'est aggravé tout au long du dernier semestre: la prévision de croissance économique n'est plus celle retenue par l'ancien gouvernement Sarkozy: elle serait limitée à 0,4% en 2012. Le chômage, en mai dernier, a encore progressé: +33.000 sans-emplois, le maquillage des statistiques par l'ancienne équipe ne produisait plus ses effets. La flambée du chômage devrait durer jusqu'en décembre au moins, a prévenu l'INSEE. Faute de croissance, le pouvoir d'achat des Français devrait reculer cette année. 

2. Il manque aussi entre 7 et 10 milliards d'euros à l'Etat pour clore son exercice en cours dans les clous de la précédente loi de finances. Une part de ce trou est dû à une sous-estimation des dépenses par l'ancienne équipe.

2. Le SMIC sera augmenté de 2% au 1er juillet, dont 1,4% pour compenser l'inflation des mois précédent. Cela représente 21,50 euros supplémentaires par mois. C'est peu mais c'était prévisible. François Hollande n'avait pas promis d'aligner le SMIC sur 1.700 euros, une proposition de Jean-Luc Mélenchon. Rappelons que Nicolas Sarkozy s'était refusé à tout coup de pouce de juillet 2007 au 1er janvier 2012. Le ministre du Travail s'est défendu en expliquant qu'il fallait « remonter à 1997 pour trouver un coup de pouce supérieur ».

3. Le bouclier fiscal a encore coûté 735 millions d'euros en 2011. Valérie Pécresse, l'ancienne ministre du Budget de Nicolas Sarkozy savait depuis avril qu'il avait coûté 100 millions d'euros de plus qu'en 2010. Mais elle s'était bien gardé de publier le dit rapport. Ces 735 millions représentent 10% des sommes manquantes au budget de l'Etat cette année. Ce n'est pas tout, mais ce n'est pas rien. Et c'est un vrai gâchis.

4. Le gouvernement va annuler la hausse de 11 milliards d'euros de TVA prévue par l'équipe Sarkozy pour octobre prochain.L'impact pour les comptes publics est neutre, puisque cette hausse de la TVA - qui frappait les consommateurs, y compris et surtout les classes moyennes et les retraités - était compensée par une réduction de charges sociales.

5. Le gouvernement va geler un milliard d'euros de dépenses 2012: «1 milliard de dépenses qui devaient être engagées d'ici à la fin de l'année seront gelées» a prévenu Jérôme Cahuzac, l'actuel ministre du Budget. « Chaque ministère y contribuera. »

6. Les effectifs de la fonction publique resteront stables. Le candidat Hollande s'y était engagé, le gouvernement Ayrault l'a rappelé: « Il n'y aura pas un fonctionnaire de plus, il n'y en aura pas un de moins ».

7. Plus globalement, le gouvernement a annoncé lundi qu'il gèlerait en valeur les dépenses de l'Etat pour les années 2013 à 2015. Pour 2012, ce gel s'entendra hors pensions de retraite et intérêts de la dette.

8. Sans le vouloir ou le prévoir, le gouvernement peut aussi compter sur une autre recette inattendue: la réforme Hollande des retraites va rapporter davantage qu'elle ne coûte ! Au final, environ 500 millions d'euros supplémentaires seraient dégagés...  


26 juin 2012

Sarkozy sur le chemin des juges

Vendredi 15 juin dernier à minuit, Nicolas Sarkozy est redevenu « un Français parmi les Français ». Il a perdu son immunité pénal d'ancien président de la République.

Justement, la justice l'attendait.

Sage ?
Quelques jours plus tard, on l'a vu siéger au Conseil Constitutionnel. Certaines auditions sont désormais filmées. Qu'il intègre ce Conseil est une aberration institutionnelle qu'il n'a pas voulu changer. Son successeur François Hollande n'a rien proposé en la matière. Le cas Chirac aurait servir de leçon: l'ancien président a lui aussi rejoint les Sages à l'issue de son second mandat... alors qu'il était sur le point d'être mis en examen dans diverses affaires datant de sa gestion municipale à Paris. Quand il est en poste, un président de la République est pénalement intouchable - une situation à laquelle le candidat Hollande a promis de remédier. Quand il ne l'est plus, il rejoint notre cour la plus suprême !

Certes, Nicolas Sarkozy n'est pas mis en examen. Mais nombre d'affaires le concernent et l'image du Conseil Constitutionnel, après les épisodes Roland Dumas puis Jacques Chirac, ne sort pas améliorée de sa présence.

Les pots-de-vin
Sur le front judiciaire, le juge Renaud van Ruymbeke a mis la main sur de précieux documents dans le volet financier du Karachigate. Selon Fabrice Arfi et Karl Larske de Mediapart, des documents décisifs ont été remis au juge il y a quelques semaines: « Selon ces éléments, saisis au siège de l’office d’armement Sofresa, Nicolas Sarkozy a personnellement autorisé, par un accord écrit, quand il était ministre du budget (1993-1995), des versements de pots-de-vin au “réseau Takieddine” à l’occasion d’un contrat d’armement avec l’Arabie saoudite, baptisé Mouette/ROH ».

Les journalistes complètent que (1) le ministre Sarkozy aurait donné cette autorisation en janvier 1995 contre l'avis de ses services, et (2) « les enquêteurs ont aussi engagé des vérifications sur les patrimoines personnels de MM. Balladur, Léotard et Donnedieu de Vabres. »

Le 18 juin dernier, les proches des familles des victimes ont par ailleurs porté plainte contre Nicolas Sarkozy, Franck Louvrier et Brice Hortefeux pour violation du secret de l'instruction et «violation du secret professionnel ». En cause, un communiqué de la Présidence de la République du 22 septembre 2011 dans le lequel on lisait: « S'agissant de l'affaire dite de Karachi, le nom du chef de l'Etat n'apparaît dans aucun des éléments du dossier. Il n'a été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier (...). Cela apparaît dans les pièces de la procédure. » L'avocat M° Morice avait déjà dénoncé cette curiosité, mais sa précédente plainte, contre les seuls conseillers de l'ancien Monarque, avait été classée sans suite en décembre dernier.

Les intermédiaires
En mai dernier, et après deux ans de traque, les enquêteurs avaient enfin retrouvé un autre intermédiaire-clé de cette affaire, Abdoul Rahman el-Assir. Selon le Monde, il était associé à Ziad Takieddine dans la vente au Pakistan des sous-marins français: « Dans l'enquête française, il apparaît comme le bénéficiaire de plusieurs sociétés - Rabor, Mercor et Tesmar - ayant reçu des commissions sur les contrats d'armement conclus pour la vente de frégates avec l'Arabie saoudite et pour la vente de sous-marins au Pakistan. »

Dernier épisode de ce dangereux feuilleton, le juge van Ruymbeke a repris une enquête sur les présumés suicides de deux personnes impliquées dans cette affaire Karachi:  un ingénieur de la DCN (mort en 1998) et Akim Rouichi (mort en août 1995): ce dernier avait espionné le camp Balladur en 1995: « En tout, Akim Rouichi aurait enregistré 30 à 40 conversations, sauvegardées sur disquettes, "sur des ordres des policiers des RG". Il est même question d'une "tirelire", une société au Luxembourg, par laquelle transiterait de l'argent suspect. Dans l'affaire de Karachi, le juge s'intéresse à la société luxembourgeoise Heine, par où ont transité les commissions suspectes. »

Le lien entre l'attentat de Karachi lui-même et le versement de commissions s'est encore précisé. Aux familles des victimes qu'il recevait lundi 25 juin, le juge Marc Trévidic a révéla quelques nouveaux témoignages obtenus de la justice américaine sur un autre attentat au Pakistan: l'assassinat du journaliste Daniel Pearl aurait également été la conséquence de l'arrêt de versement de commissions dans le cadre d'un autre contrat d'armement, américain celui-là.

Dimanche dernier, l'ancien premier ministre libyen du colonel Kadhafi, Baghdadi Ali al-Mahmoudi, réfugié en Tunisie, a été clandestinement exfiltré en ... Libye. D'après son avocat, «Il m’a dit que le moment était venu pour lui de rétablir la vérité. Sur les causes réelles de l’intervention de l’OTAN en Libye, sur les raisons de l’acharnement manifesté par Nicolas Sarkozy et, enfin, sur la nature réelle des relations franco-libyennes ». Au site Mediapart, qui a recueilli la confidence, il complète: « Il allait être amené à parler des financements des campagnes électorales et des questions d’enrichissement personnel ».

Cette extradition, à l'insu du président de la nouvelle République tunisienne, ne lasse pas d'intriguer.

L'agenda
Dans l'affaire Bettencourt, les avocats de Nicolas Sarkozy ont remis une copie de son agenda de 2007 au juge Gentil il y a 10 jours. Il s'agissait de prouver qu'il n'avait pas pu matériellement » rencontré le couple Bettencourt, sauf une fois, pendant sa précédente campagne présidentielle. La véritable information de cet « évènement » était double: primo, Nicolas Sarkozy prend très au sérieux les menaces de cette enquête; secundo, il conserve ses agendas... « Nicolas Sarkozy est un homme politique de premier plan qui a donc une activité publique intense. Sa collaboratrice depuis vingt ans tient pour lui un seul agenda, qui mentionne l’intégralité de ses activités publiques et de ses activités privées.  » expliqua son avocat.

Bref, Nicolas Sarkozy répondait à des questions qu'on ne lui avait pas encore posé, pour éviter justement qu'on les lui pose.

Quelques jours plus tard, Patrice de Maistre était libéré contre une caution de 2 millions d'euros, après 88 jours de détention provisoire.

Pour suivre ses affaires, Nicolas Sarkozy a embauché Michel Gaudin comme directeur de cabinet. Il rejoint Véronique Waché, l'ancienne conseillère presse de l'Elysée qui a suivi Nicolas Sarkozy pour traiter de sa communication. L'ancien préfet de police de Paris, débarqué par Manuel Valls il y a peu, reprend du service. La démarche n'est pas anodine. Michel Gaudin est impliqué dans une autre affaire, la suspension pour des faits truqués de 5 policiers en 1997.


25 juin 2012

Après Sarko/Villepin, vous allez adorer Fillon/Copé !

Lui aussi a commis le tweet de trop. François Fillon, quelques heures avant le second tour, avait désavoué Nadine Morano sur Twitter. Avec quelques mots sur ce réseau social, il avait effacé les bénéfices du soutien apporté trois jours avant, quand il s'était déplacé en Moselle pour aider la candidate sarkozyste de Toul.

Surtout, François Fillon vient de réaliser que la guerre contre son rival Copé sera totale et sans merci. La guerre des droites est une tradition française qui fait passer les bisbilles à gache pour des disputes de cour d'école.

Après les crocs de boucher de Sarko contre le cabinet noir de Villepin, place à ce nouveau duel.

Morano, première approche
Mardi 12 juin, François avait voulu s'amadouer Nadine, en se déplaçant à Toul. Mais trois jours plus tard, Nadine Morano avait été piégée par l'humoriste Gérald Dahan. Ce dernier s'était fait passer pour Louis Alliot, vice-président du FN. L'ancienne ministre de Sarkozy avait confié son soutien et sa proximité. Elle dénonça après un piège socialiste. Fillon, lui, préféra rappeler qu'importe le canular. On ne débattait pas avec le FN. « Nadine Morano aurait dû raccrocher ». Sur le moment, personne n'imaginait que ce tweet aggraverait les hostilités.

Dès dimanche 17 juin, la messe était dite. Nadine Morano fut largement défaite. Et elle avait acquis la solide conviction que son ancien premier ministre avait joué contre elle. Depuis, elle est en guerre sur les écrans et les ondes. Après un houleux bureau politique mercredi dernier, elle s'est expliquée sur France 5 jeudi soir. Au point de faire rire ou protester avec ses démentis maladroits. Mais sur BFM-TV le lendemain, elle fut plus violente encore, et cette fois-ci contre Fillon, l'accusant explicitement de lâcheté: « le courage n'est pas sa plus grande qualité. » Et elle concluait:  « je préfère cent fois Jean-François Copé ».

Mais elle n'était pas seule. La séquence de ces derniers jours a montré combien la partie est loin d'être gagnée pour Fillon qui brigue la présidence de l'UMP. L'ancien premier jouit peut être d'une popularité sondagière plus importante, y compris parmi les sympathisants de l'UMP, que son grand rival. Mais la guerre est déclarée. Et la récente campagne présidentielle a montré combien le clan sarkozyste était capable des pires coups bas pour parvenir à ses fins.

Guerre totale
Jean-François Copé tient le parti. C'est sa grande forme. Il y a fort à parier qu'une élection interne aujourd'hui donnerait une large avance à l'ancien avocat d'affaires parmi les délégués. 

Samedi, François Fillon a perdu un autre de ses soutiens. Le chiraquien François Baroin, qui a déclaré que Jean-François Copé était légitime pour diriger le parti. Il ne pouvait compter que sur Valérie Pécresse qui déclarait qu'il était « le meilleur pour nous faire gagner en 2017 », trop tôt au Figaro.

A Paris, le nouveau député Fillon risque également de perdre une belle partie de l'UMP locale. Un putsch se prépare, croit savoir le JDD, à l'initiative d'élus locaux proches de Jean-François Copé: « Claude Goasguen, Pierre Charon, Rachida Dati et quelques autres attendent le feu vert de Jean-François Copé, dont ils sont tous plus ou moins proches, pour faire sécession. »

Copé affaibli ?
Le député-maire de Meaux a été affaibli ces derniers mois. Il n'a pas empêché l'hémorragie militante de l'ancien parti sarkozyste. Partisan de la ligne Sarkozy jusqu'au bout, il va devoir prouver pourquoi l'alignement sur les thèses du Front national serait une bonne stratégie.

L'affaire Karachi a aussi laissé des traces. Jean-François Copé était trop jeune pour trafiquer quelques millions de rétrocommissions en 1993-1995 sous le gouvernement Balladur. Mais il était un grand ami de Ziad Takieddine. On se souvient de ses incroyables photos d'un Copé flottant dans la piscine d'Antibes de l'homme d'affaires publiées par le site Mediapart durant l'été 2011. Ziad Takieddine a payé beaucoup, a offert souvent. Le couple Copé s'est fait inviter au Liban, à Londres, à Antibes, ou sur le yacht... Takieddine avait l'amitié généreuse. Quand Copé se laissait ainsi invité, en famille, il était ministre de la République

Copé a été affaibli ces derniers mois, et donc la guerre sera totale.

Remords tardifs
Chantal Jouanno, sénatrice UMP de Paris, a exprimé la semaine dernière sa nausée personnelle devant la dérive droitiste de son ancien mentor. Rappelons qu'elle débuta sa carrière politique comme simple conseillère à l'environnement de l'ancien Monarque.

Roselyne Bachelot a également confié son désarroi. Il était suffisamment profond pour qu'elle anticipe la défaite de Sarkozy et rédige un livre, avant le résultat des élections, pour dire combien elle avait été déçue par la campagne de Nicolas Sarkozy. Au moins était-elle restée à sa place: « Nicolas Sarkozy avait commis des erreurs de comportement qui l’avaient fragilisé dans son propre électorat. À cela venait s’ajouter la stratégie que l’on a appelée la stratégie droitière, qui allait éloigner de nous des électeurs modérés et pour autant absolument pas nous rapprocher de ceux du FN. ».

Une autre n'avait pas eu cette dignité morale, toute préoccupée qu'elle était à se placer pour l'après-6 mai. Dimanche, l'ancienne ministre Nathalie Kosciusko-Morizet a donc confié son expérience de campagne. A quelques heures d'un grand déballage à l'UMP sur le thème des valeurs, l'aristocrate de Longjumeau a fait mine de donner des leçons: « J'ai accepté d'être porte-parole, je savais que c'était un job dur (...) J'ai vécu des débats internes très rudes, qui se sont déroulés à la Une des journaux : tout le monde sait bien que j'avais une ligne différente de celle de Patrick Buisson ». La pauvre chérie ! Si elle était en tel désaccord, pourquoi s'est-elle aussi investie ? NKM avait le courage des repentis ou des opportunistes: « il y a des choses qu'il vaut mieux dire avant les élections qu'après ».


Quelque soit leur sincérité individuelle, ces trois-là risquent d'être bien déçues par le grand débat estival que l'UMP débute sur ses « valeurs » cette semaine.

Ces derniers jours ont montré qu'il ne s'agissait que d'une chose, un nouveau combat pour le leadership à droite.

François Fillon pourra-t-il débrancher Jean-François Copé ?

Ami sarkozyste, revient vite !




24 juin 2012

Le chiffre de la semaine: 130 milliards d'euros

François Hollande, Angela Merkel, Mario Monti et Mariano Rajoy se sont mis d'accord sur un plan de croissance à hauteur de 1% du PIB européen.

Cela équivaut à 120-130 milliards d'euros.

130 milliards d'euros.

Vu comme cela, c'est assez énorme. C'est aussi une bonne nouvelle car cela signifie que la prise de conscience devient générale qu'il faut de la relance pour sortir du trou. Le béotien pourrait imaginer déjà des flots d'argents investis un peu partout en Europe. Il se tromperait. Ce chiffrage est l'ordre de grandeur que les 4 chefs d'Etat et de gouvernement se sont accordés de proposer à leurs collègues européens les 28 et 29 juin lors du prochain conseil.

En Allemagne, Angela Merkel a subi un méchant « contre-temps ». le pacte budgétaire - que d'aucuns jugeaient intangible pendant la campagne présidentielle française... ne pourrait pas être adopté en l'état en Allemagne ! Mardi dernier, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe a estimé que Mme Merkel avait violé les droits du Parlement.


Lire aussi:

23 juin 2012

268ème semaine politique: critiques et mauvaise foi contre Hollande

Le troisième tour du combat antisarkozyste s'est achevé dimanche dernier, le 17 juin, par une écrasante victoire de la gauche aux élections législatives. Certes, les esprits chagrins d'une droite sonnée grognaient que l'abstention restait forte, qu'il n'y avait pas de « vague rose ». Certes, des commentateurs et autres experts ès sondages détaillaient les sous-groupes sociologiques qui ne s'étaient pas déplacés aux urnes. On jasa beaucoup sur l'échec de Ségolène Royal, défaite par le traître Falorni.

Berezina à droite...
Mais le résultat était là. François Hollande disposait d'une majorité forte à l'Assemblée nationale, comme au Sénat. Ajoutez-y la majorité des exécutifs régionaux et départementaux, et les grandes villes du pays, et une seule conclusion s'imposait: le président Hollande avait tous les pouvoirs que le régime actuel pouvait lui conférer pour gouverner.

A droite, c'était la Berezina. Jean-Louis Borloo annonça la création d'un groupe centriste baptisé UDI, à l'Assemblée.  On croyait que Nicolas Sarkozy laissait un parti sûr de lui; qu'il n'avait perdu que sur un malentendu; que les « mea culpa » n'étaient que pour les envieux et les marginaux. Cette semaine fut exemplaire. Nadine Morano, défaite à Toul dans une circonscription difficile. Mercredi, lors du bureau politique de crise de l'UMP, elle traita Fillon de lâche (« Pendant que certains étaient dans des champs de pâquerettes, j'étais sur un champ de mines »). Ce dernier était blême. Elle compléta sur BFM que « le courage n'est pas une qualité essentielle de Fillon ». La même Morano fit rire, pleurer et jaser quand elle invoqua son amitié avec une Tchadienne « plus noire qu'un Arabe » pour se défendre de tout racisme.  Roselyne Bachelot sortit son livre où elle flinguait son ancien mentor et surtout ses conseillers de l'ombre. Pour couronner le tout, cet ancien mouvement populaire allait devoir plancher sur ses « valeurs » à compter de mardi.

Un désastre. 

Mauvaise foi
L'élection passée, ce fut la semaine de toutes les rumeurs. C'est habituel. En Sarkofrance, nous avions régulièrement des fuites plus ou moins officielles, parfois des manipulations évidentes. Mercredi, alors qu'il quittait Los Cabos au Mexique pour le sommet de Rio, François Hollande fut ainsi interrogé sur d'éventuelles « coupes drastiques » dans la Fonction publique qu'annonçait le Figaro: « invraisemblable » répliqua-t-il. En fait, l'ex-quotidien de Sarkofrance levait un vrai-faux lièvre.

En janvier dernier, Hollande avait explicitement précisé que les créations de postes dans l'Education nationale ou la police « se feront dans le cadre de la stabilité des effectifs de la fonction publique ». Bien sûr, la baisse des effectifs dans les autres ministères pouvait faire mal. Mais elle était prévue, annoncée, préparée. Cela n'empêchait pas les habituels éditocrates de nous rabâcher qu'ils nous l'avaient bien dit. Ceux-là, et quelques hypocrites à droite, faisaient mine d'oublier que François Hollande avait fait campagne, à gauche et depuis l'origine, sur le rétablissement des comptes publics. C'était peu sexy, mais c'était sa marque de fabrique.

Plus grave, le gouvernement Ayrault découvrait qu'il manquerait 10 milliards d'euros dans les caisses de l'Etat pour finir l'année à la hauteur du déficit budgétaire autorisé cette année par la dernière loi de finances de l'administration Sarkozy.

Anecdotique mais symbolique, le simple ministère de la Jeunesse et des Sports avait engagé 50 millions d'euros de plus que les 247 millions de son autorisation d'engagement. Autre sous-financement, le 10ème mois de bourse pour les étudiants n'aurait pas été correctement provisionnée par l'équipe sortante. La Cour des Comptes annonçait le report de quatre jours de la publication de son rapport sur l'état des finances publiques. Pécresse dénonçait une manipulation. Elle dérivait.

Plus important, on attendait de connaître les moyens supplémentaires de Pôle Emploi. Le récent plan stratégique adopté dans la semaine ne signifiait pas grand chose.

Indignations faciles ou légitimes ?
Parmi les mesures d'urgence rapidement évoquées, certaines scandalisaient la droite et les milieux d'affaires, comme le non-remboursement des sommes dues au titre du bouclier fiscal, l'alourdissement de la fiscalité sur les successions et donations, ou une taxation éventuelle de 3% des dividendes. Cette dernière taxe suscita une bronca au Medef. Crier avant d'avoir mal semble être habitude chez ces gens-là. On pouvait aussi rapidement supprimer les 4,6 milliards d'euros d'exonération d'impôt et de cotisations sociales des heures supplémentaires.

Evidemment, à droite, on couinait. On couinait beaucoup. On voulait aussi charger de tous les maux la nouvelle administration Hollande. Valérie Pécresse, ancienne ministre du Budget, fut exemplaire d'hypocrisie: « Nicolas Sarkozy n'est pas responsable du bilan économique de juillet ! » s'écria-t-elle sur iTélé.

La hausse du SMIC, qui concerne 2,3 millions de salariés, suscita une autre polémique médiatique: Les Echos croyaient savoir qu'elle ne serait que de 2%, soit ... 18 centimes de l'heure. Ce «coup de pouce», pour partie un à-valoir sur la future hausse de janvier 2013, était jugé trop faible... sauf pour certains. Ainsi Marine Le Pen, que d'aucuns décrivaient pourtant comme sociale, dénonça un prétendu mauvais coup fait aux PME. A droite et au Medef, comme chez les experts sollicités par Bercy, on cria également. Peut-être fallait-il attendre mardi prochain. La droite aurait pu se réjouir. La gauche, se lamenter. Tous pouvaient bien attendre quelques jours, mardi 26 juin, quand la nouvelle sera arbitrée et confirmée.

« Hollande Tour »
François Hollande était donc à l'étranger, quasiment toute la semaine. D'abord à Los Cabos, au Mexique, pour son premier G20. Sur place, on pouvait noter quelques différences notables d'avec l'ancien Monarque: il était méthodique, posé et apaisant là où Sarkozy nous agaçait de ses gesticulations et sur-ventes systématiques. Le bilan était plutôt bon... pour un G20. Ces symposiums internationaux ne débouchent jamais sur grand chose de grand concret. Les représentants européens, Hollande en tête, n'avaient pu obtenir l'accord général sur la taxe sur les transactions financières internationales.

Mercredi, Hollande fila au sommet Rio+20. Il fut l'un des rares chefs d'Etat à y participer, même brièvement. D'avis d'experts, cette grande rencontre internationale fut un échec total. « On ne peut pas dire que c'est la faute de François Hollande » précisa Jean-Vincent Placé. L'élu écologiste avait raison de préciser. Il y avait bien en France ou ailleurs, quelques grincheux prêts à tous les procès d'intention.

En fin de semaine, après un bref retour à Paris pour officialiser le nouveau gouvernement, Hollande était reparti à Rome pour revoir Merkel, Monti et Rajoy.

Jean-Marc Ayrault avait « avoué » que la création d'euro-bonds serait ardue. Immédiatement, certains dénoncèrent un renoncement, la nouvelle preuve de la prétendue mollesse du nouveau président. Certains aboyait à grand renfort de « je-vous-l'avait-dit ». C'était pitoyable. D'autres affichaient leur vigilance, c'était légitime.

Ayrault avait simplement prévenu que le chemin serait rude. Qui en doutait ?

Les mêmes critiques furent moins bavardes pour commenter la bonne nouvelle du jour: à Rome, les quatre dirigeants européens étaient tombés d'accord sur une taxe commune sur les transactions financières internationales et, jolie surprise, et un plan de relance de la croissance à hauteur de 1% de leurs PIB respectifs (soit 130 milliards d'euros)... Hollande rappela le manque de sérieux budgétaire de Sarkozy. La réduction du déficit budgétaire l'an dernier avait été inférieure à 10 milliards d'euros, hors évènements exceptionnels. Nous vous l'écrivions sur ce blog depuis des lustres.

Du nouveau gouvernement, les éditocrates se régalèrent. La parité était encore respectée, mais 4 ministres s'ajoutaient pour un nouveau total de 38 membres. Où était le principe du gouvernement resserré ? Enterré par Sarko depuis 5 ans. Ils avaient peu à dire sur Rio, mais beaucoup sur les incompatibilités d'humeur présupposées entre Christiane Taubira et Delphine Batho, qui quitta la Justice pour l'Ecologie, où elle remplaça Nicole Bricq. EELV s'inquiéta que ce dernier mouvement ne signifie un recul des préoccupations écologistes du gouvernement. Surtout, en Guyane, SHELL était finalement autorisée à forer tranquille, au grand dam des ONG locales.

De cette semaine, nous retiendrons que l'état de grâce, s'il a jamais existé, est bel et bien terminé.

François Hollande a cet avantage majeur de n'avoir jamais promis autant de bêtises que son prédécesseur Sarkozy. Mais il a ce handicap tout aussi majeur d'être observé par une vigilance de son propre camp bien plus féroce. 




22 juin 2012

Les cadeaux " surprise" de Nicolas Sarkozy

Jeudi soir, le second gouvernement Ayrault était formé, sans réelle surprise. Certains cherchaient la critique facile, sans issue ni intérêt. L'important était ailleurs. Les cadeaux de la précédente législature se découvrent semaine après semaine. Et ils étaient nombreux.

Ce jeudi, il y avait le prix du gaz, un trou imprévu de 10 milliards et un faux-scoop du Figaro.

Nous pouvions désigner les coupables: un gros mensonge d'Eric Besson en novembre dernier; un bidonnage des prévisions de croissance par Valérie Pécresse, et, avant tout, Nicolas Sarkozy lui-même.

Il fallait redresser, corriger, rappeler. 

Le prix du gaz
Mercredi 20 juin, le rapporteur public du Conseil d'Etat a préconisé l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2011 qui gelait les prix du gaz. En d'autres termes, il préconise une augmentation rétro-active pour les ménages.

On se souvient d'Eric Besson faussement triomphant nous vendant ce gel comme la preuve de l'efficacité gouvernementale: « Il y a plusieurs scénarii sur la table. Il y a un ou plusieurs scénarios où ça augmente, faiblement ou modérément. (...) A titre personnel, le seul scénario que j'écarte c'est l'hypothèse d'une augmentation forte du prix du gaz » déclarait-il encore fin novembre.... en violation d'une règlementation que le gouvernement Fillon avait installée! Sans surprise, GDF-Suez avait porté plainte et eu gain de cause. Au 1er janvier, Fillon avait concédé une hausse de 4%, contre 10% théoriquement dû. A l'époque, l'équipe Sarkozy pensait déjà la campagne présidentielle.

Six mois plus tard, le réajustement risque d'être brutal. L'avis du rapporteur public précède généralement le jugement définitif du Conseil d'Etat, qui a été saisi par GDF-Suez. Cette nouvelle tombe au plus mal. Elle oblige le gouvernement à accélérer la mise en oeuvre de l'une des promesses du candidat Hollande, l'adoption d'une tarification progressive en fonction des revenus pour lutter contre la précarité énergétique.

Les 10 milliards
Second cadeau empoisonné, plus grave encore: l'exécution du dernier budget de l'Etat voté sous la mandature Sarkozy connaît des ratés. Il manquerait quelque 10 milliards d'euros de recettes. Le collectif budgétaire de juillet inclura donc des mesures d'urgence. Le ministre chargé des relations avec le parlement, Alain Vidalies, l'a confirmé mercredi: « On constate qu'il manque 10 milliards sur l'exécution du budget, « ce n'est quand même pas nous qui allons assumer cette responsabilité ».

Et oui... c'est une évidence... Mme Pécresse s'indignait sur Twitter du report de publication du rapport de la Cour des Comptes de quelques jours. L'ancienne ministre du Budget était moins diserte sur le dérapage des finances publiques: sa dernière loi de finances était-elle bidonnée ?
« On voudra bien constater que le fait qu'il manque 10 milliards d'euros à la fin du mois de juin n'est pas de la responsabilité d'un gouvernement ou d'une majorité qui est en place depuis le 16 mai » 
Alain Vidalies
Parmi les pistes évoquées par le dit ministre, certaines sont de bon sens: l'exonération partielle d'impôt et de cotisations sociales des heures supplémentaires, outre qu'elle est anachronique et heurte l'emploi, coûte 4,6 milliards d'euros par an (dont 3,2 milliards à la Sécu, une charge compensée par l'Etat). L'AFP mentionnait également une réforme de l'impôt sur la fortune (ISF), le plafonnement des niches fiscales, la taxation des dividendes, et l'alourdissement de la fiscalité sur les successions et les donations.

La fausse polémique
Rappelez vous cette étrange campagne présidentielle: François Hollande promettait notamment 60.000 recrutements dans l'Education nationale sur 5 ans mais une stabilité générale du nombre de fonctionnaires. Il fallait donc bien que certains ministères subissent des coupes. Mais le clan Sarkozy criait que le candidat socialiste allait augmenter le nombre de fonctionnaires.

On avait beau leur répéter l'exact verbatim de la promesse hollandaise, rien n'y faisait.
Engagement numéro 10: « Un coup d’arrêt sera porté à la procédure de révision générale des politiques publiques et à l’application mécanique du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. »
Engagement numéro 36 : « Je créerai en cinq ans 60 000 postes supplémentaires dans l’éducation.»
«Ces créations se feront dans le cadre de la stabilité des effectifs de la fonction publique» (François Hollande, le 25 janvier dernier).
Il fallut attendre le débat d'entre-deux tours pour que Hollande mouche définitivement Sarkozy en public sur le sujet.

Puis vint la campagne législative. L'argument UMPiste évolua à peine: Copé et quelques autres dénoncèrent le « matraquage fiscal » pour financer cette augmentation fantasmée du nombre de fonctionnaires. 

Sept semaines plus tard le Figaro et quelques autres médias paresseux nous la fait à l'envers: le gouvernement Ayrault s'apprêterait à faire des « coupes drastiques ». C'était le scoop du Figaro, jeudi matin. Fichtre ! Quel revirement ! Du candidat laxiste, nous étions passés au père-la-rigueur ! Et la journaliste Cécile Crouzel, du Figaro, n'y allait pas par quatre chemins: « Pendant cinq ans, la gauche a accusé Nicolas Sarkozy de casser le service public, à coup de suppressions de postes, de fermetures de petits tribunaux et autres services locaux. Mais pour tenir ses objectifs de baisse de déficits publics, le gouvernement Ayrault s'apprête à mener une politique tout aussi sévère. » La formule semblait tout droit sortie d'un bureau de riposte de l'UMP.

C'était normal... Le Figaro, pour la première fois depuis 10 ans, était enfin un journal d'opposition. Et la jeune journaliste continuait l'indignation: « les ministères, à l’exception de ceux 'prioritaires' (éducation, justice et intérieur), verront ainsi leurs effectifs diminuer en moyenne de 2,5 % par an de 2013 à 2015 inclus ».

Cette affaire n'était en fait qu'un autre aspect de l'héritage sarkozyen: les caricatures de l'ancien Monarque avaient marqué certains esprits au point de confondre les anciens fantasmes UMPistes pour la réalité du programme Hollande.


Ce jeudi soir, un nouveau gouvernement était formé, conséquence logique de la démission du premier au lendemain des élections législatives. Il y eut peu de surprises, seulement 4 ministres supplémentaires et des changements mineurs. Evidemment, certains allaient railler sur l'effectif global. Les mêmes oubliaient que le second gouvernement Fillon, il y a 5 ans tout juste, comptait 32 ministres et secrétaires d'Etat, payés 30% plus cher. Ils masquaient surtout l'essentiel: nonobstant un déficit budgétaire de 4,5% cette année, les comptes publics manquaient de 10 milliards d'euros supplémentaires aux prévisions du gouvernement Sarkozy.

Une véritable catastrophe.

Ami sarkozyste, reviens ! Il faut que tu nous expliques.


21 juin 2012

Sarkozy ou Hollande au G20: la différence.

Nicolas Sarkozy nous avait-il lassé de ses innombrables mises en scènes internationales ? La question pouvait se poser, cette semaine. François Hollande traversait une séquence diplomatique très chargée et pourtant cette dernière n'occupait que peu d'espace médiatique.

Notre presse nationale préférait se concentrer sur la compétition au perchoir de l'Assemblée, la bataille pour la présidence du groupe UMP, les règlements de comptes au sein de l'ancien camp sarkozyste, ou une prise d'otages à Toulouse.

C'était curieux et sans doute compréhensible. Curieux parce que le contexte international influence gravement notre propre destin national. Comment alors ignorer Rio+20 ou le récent G20 ? Compréhensible parce que ces sommets se suivent et se ressemblent; on a peine à trouver leurs réalisations concrètes. Cela demande une attention particulière. Et Nicolas Sarkozy n'est plus là pour faire le spectacle.

C'était son premier G20 mais pas son premier sommet international. Rapidement après son élection, François Hollande avait enquillé une réunion informelle du G8 et une rencontre des dirigeants de l'OTAN.

A Los Cabos, au Mexique, Hollande a livré deux conférences de presse à quelques heures d'intervalle. Il était amusant de les comparer avec celles de son prédécesseur. Nul tressautement d'épaules, nulle attitude exténuée. Sarkozy jouait à l'athlète au sortir d'une compétition de haut vol à chacune de ces rencontres internationales. François Hollande fut méthodique, posé et apaisant. Sarkozy gonflait les résultats de ses palabres, s'appropriait les annonces toujours qualifiées de « décisives ». On se rappelle ses fameuses expressions comme «Je crois que pour la première fois dans un document, dans un communiqué officiel d'un sommet du G20, du G8, d'un sommet international,...» ou autre « Les paradis fiscaux, le secret bancaire c'est terminé ».

Hollande était plus modeste. Quand il y avait échec, Sarkozy n'en parlait pas, ou prenait à témoin l'assistance, ou en chantage ses collègues récalcitrants. Hollande n'était ni dans ses excès ni dans ces oublis.

Sur le fond, ce G20 restait un G20, d'innombrables rendez-vous bilatéraux et discussions collectives pour aboutir sur des communiqués. Les résultats se font souvent sentir plus tard. Le sarkozysme diplomatique nous avait habitué à un story-telling triomphant. Ce G20 eut un compte-rendu français plus modeste. Pourtant, il déboucha  sur de « quelques avancées intéressantes qui pourraient nourrir l'actualité des prochains mois »... relevées par l'envoyé spécial du Figaro.

Mardi 19 juin en fin d'après midi (minuit en France) , le président français s'est expliqué sur les conclusions du sommet. Il a cité les objectifs, qu'il a jugé « atteints ». En premier lieu, « mettre la croissance au premier niveau de nos discussions. » Hollande était satisfait: «Cette volonté de croissance figure dans les termes mêmes de nos conclusions.» Mais il était prudent. « Mobiliser tous les participants sur les objectifs de croissance n'allait pas de soi. » A une journaliste de Radio France qui lui demanda si les politiques d'austérité étaient donc récusées par le G20, il répondit: « j'aimerai vous répondre oui, mais cela ne serait pas exact. » Il avait précisé que les dirigeants du G20 s'accordaient sur différentes formules pour développer la croissance (le soutien aux exportations, les stimulations fiscales, ou la mobilisation de l'épargne en Europe, pour dégager des financements pour des projets d'investissements »). Il précisa que « l'austérité pour l'austérité  ne pouvait pas être la solution. »

Les chefs d'Etat et de gouvernement s'étaient accordés sur l'idée qu'il fallait stimuler la demande plutôt que l'offre. Au pire de la crise, Sarkozy aboyait qu'il ne fallait pas de relance mais une hypothétique régulation de la finance. En 2009 déjà, Barack Obama s'agaçait de cette résistance franco-allemande. En 2010 à Toronto, le président américain s'inquiétait que les divers plans d'austérité budgétaire en vigueur ou en cours d'élaboration en Europe ne brise une relance déjà fragile. Et Sarkozy s'obstinait encore à nous faire croire que la finance mondiale était enfin régulée. Trois ans plus tard, l'agenda du G20 avait donc enfin changé.

Second objectif atteint, « renforcer la stabilité financière », en institutionnalisant le Conseil de stabilité financière. Hollande parlait trop vite. De ce Conseil, « les bases ont en été jetées », avec des « compléments utiles » : Hollande cita l'identification de 13 nouveaux paradis fiscaux, le souci de taxer les transactions immatérielles et l'adoption de nouvelles normes anti-blanchiment. Il aurait pu ajouter que l'intégrité de la zone euro était désormais une priorité : «les pays membres de l'euro s'engagent à prendre toutes les mesures pour sauvegarder l'intégrité et la stabilité de la zone».

L'actuel président assuma un échec, cela nous changeait de son prédécesseur: « vous savez que j'ai insisté pour une taxe sur les transactions financières, qui ne figure pas dans le communiqué. Et donc c'est pas un autre moyen que nous aboutirons à ce résultat-là, à travers notamment la coopération renforcées au sein de l'Union européenne.» Il avait raison sur ce dernier point: en Allemagne, Angela Merkel avait été obligé de céder à l'idée pour se rallier le SPD.

Troisième objectif, troisième résultat, François Hollande était heureux d'un accord unanime contre le recours au protectionnisme. « Il y avait un risque que le protectionnisme soit une des réponses pour un certain nombre d'Etats, au ralentissement de la croissance et aux difficultés de l'emploi ». Il avoua que la discussion fut « longue » et « même vive ». Mais, expliqua-t-il, un accord a finalement été trouvé pour que jusqu'en 2014, « aucune mesure protectionniste ne soit prise par quelque Etat que ce soit ». Pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait usé de l'argument protectionniste pour s'attacher les faveurs de l'électorat. Ses sbires avaient aussi caricaturé les propositions d'Arnaud Montebourg - devenu depuis ministre du redressement productif. Ils avaient négligé que c'était François Hollande qui était candidat.

Le président français évoqua brièvement une nouveauté de ce G20: « la Chine a montré une évolution et a admis que sa monnaie devait tenir compte aussi de sa position commerciale et du soutien de la croissance pour les pays qui ont à commercer avec la Chine ». Les précédents G20 faisaient l'autruche sur la Chine. Celui-ci pointa du doigt la politique de change de la dictature chinoise. Les dirigeants du G20 saluèrent « l'engagement de la Chine de laisser les forces de marché jouer un rôle plus important dans la détermination du niveau de change du renmimbi, de continuer à réformer son régime de change et d'accroître la transparence de sa politique monétaire». L'envoyé spécial du Figaro préférait y voir un renoncement général. C'était le même envoyé spécial du Figaro, Cyrille Lachèvre, qui criait victoire au dernier G20 sarkozyen à Cannes.

François Hollande parla une douzaine de minutes, avant de prendre quelques questions. Il n'avait pas perdu son humour. Cela nous changeait de l'agressivité passée de l'ancien Monarque.

Quand on lui demanda de réagir à l'appel de David Cameron du lundi précédent, aux exilés fiscaux français. Hollande avait répondu avec calme puis ironie: « chacun doit être responsable de ce qu'il dit, je le suis. Et donc, dans un moment où la cohésion des Européens doit être forte, je ne ferai rien qui puisse l'ébrécher. Après sur les politiques fiscales, nous ferons la comparaison. »

Ce jour-là, une journaliste suédoise lui demanda s'il était prêt à tout pour aider l'Espagne. « Je ne suis jamais prêt à tout » répliqua-t-il d'un sourire. 

Une autre, de France 24, demanda si la mort d'Hosni Moubarak était « la fin d'un symbole ». Hollande fut surpris: « Je ne sais pas si c'est la fin d'un symbole, mais c'est la fin, sans doute, de Monsieur Moubarak. Je n'ai pas d'autres remarques à faire. »


20 juin 2012

Impôts: la droite couine avant d'avoir mal

Un premier ministre britannique qui en appelle aux exilés fiscaux français.

Une patronne qui s'énerve contre une micro-taxe sur les dividendes pas même confirmée.

Un G20 qui débouche sur une habituelle déclaration de principes...

De Cameron à Parisot
Un nouveau G20 s'est déroulé en début de semaine au Mexique. Le premier ministre britannique a voulu faire sensation, lundi soir, devant un parterre de grands patrons, réunis sous l'ambitieuse appellation de « B-20 » (B pour « Business »). Il s'est amusé à tacler la future taxation à 75% des revenus supérieurs à un million d'euros. On appelle cela la solidarité européenne version libérale.
«Quand la France instituera un taux de 75% pour la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu, nous déroulerons le tapis rouge et nous accueillerons plus d'entreprises françaises, qui paieront leurs impôts au Royaume-Uni»
En fait, David Cameron est assez mal en point dans son propre pays. La collusion de ses proches avec l'empire Murdoch, sur fond d'écoutes téléphoniques et d'espionnage de journalistes, n'en finit pas de secouer le landernau britannique. Lui-même a été auditionné par un juge voici 5 jours. Autant dire qu'il avait besoin de faire les bravaches à l'étranger. « Je ne ferai rien qui puisse ébrécher la cohésion des Européens. Chacun doit être responsable de ce qu'il dit » a rétorqué François Hollande.

Le chantage à l'évasion fiscale est une vieille antienne des néo-conservateurs. La délocalisation fiscale existe, et existera tant que des paradis fiscaux existeront. On croyait que ces derniers avaient été disparu. La récente campagne présidentielle a permis de constater que même l'ancien Monarque n'y croyait plus. En effet, pris de remords ou d'une soudaine envie d'agir, Nicolas Sarkozy avait institué une « exit-tax » l'an dernier, applicable sur les revenus 2011. Candidat, il avait aussi proposé de taxer à l'avenir le patrimoine des exilés fiscaux.

Malades imaginaires
En France, le chantage fiscal était aussi d'actualité.

Faudrait-il prévoir la déchéance de nationalité pour les exilés fiscaux ?

Pour cet été, le gouvernement Ayrault prépare quelques mesures pour son collectif budgétaire de juillet prochain. L'une d'entre elles, révélée par les Echos, fait frémir le patronat: taxer davantage les dividendes versés aux actionnaires. Le supplément de taxe est pourtant modeste - 3% de prélèvement à la source sur les dividendes versés aux actionnaires. Mais il n'en fallait pas davantage pour que le quotidien économique s'insurge: « Les entreprises vont être taxées à 3 % sur les dividendes versés aux actionnaires ». Et un courtier chiffrait rapidement la «catastrophe »: les entreprises les plus touchées seraient, Total (coût de 170 millions d'euros), Sanofi (123 millions), GDF Suez (101 millions), France Télécom (94 millions), EDF (63 millions) et Axa (53 millions).

Les entreprises à nouveau taxées ? Pas vraiment, la formule est trompeuse.

Comme tout prélèvement à la source, cette nouvelle taxe frappe d'abord... les actionnaires, rebaptisés « investisseurs » dans l'argumentaire du Medef: « Augmenter la fiscalité des dividendes, c'est courir le risque que ces investisseurs privés soit investissent moins, soit investissent ailleurs, soit même cessent d'avoir envie d'investir tout court » a regretté Laurence Parisot. En ajoutant que « mettre la fiscalité des revenus du capital au même niveau que la fiscalité des revenus du travail », cela « assécherait l'économie ». Au moins, l'argumentaire est direct. Selon la patronne du Medef - qui postule à un troisième mandat - le capital doit être moins taxé que le travail, même en période de grave crise. Cette hiérarchie des valeurs sera-t-elle assumée à l'UMP dans son grand aggiornamento ?

Qui criait, main sur le coeur, qu'il fallait réévaluer la taxation des revenus du capital (dont les dividendes font partie) au niveau de l'imposition des revenus du travail ? Qui promettait de réduire les abattements fiscaux sur dividendes pour 1,5 milliards d'euros annuels ?

L'objectif de recettes fiscales semble modeste: 800 millions d'euros en année pleine. Et les PME, c'est-à-dire les entreprises indépendantes de moins de 250 salariés et moins de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires, en seront exonérées. Pour mémoire, les dividendes versés cette année en France au titre des résultats 2011 des entreprises du CAC40 devraient se chiffrer à 37 milliards d'euros...

Mauvaise nouvelle au G20
Au G20, l'équipe Hollande n'a pas eu gain de cause: la taxe sur les transactions financières internationales ne figure pas dans le communiqué final du sommet. C'est un échec. Les négociateurs français étaient déçus: « C’est une déception, mais on a pu constater que l’agenda reste vivant et que de nouveaux sujets apparaissent notamment sur les questions de régulation financière ». Des ONG étaient même furax.

En réalité, cela ne change pas grand chose. Pour les sarkozystes, cette taxe existe déjà, leur ancien mentor l'avait institué ! On savait qu'il en était rien, Sarkozy avait simplement rétabli un impôt de Bourse qu'il avait précédemment supprimé (en 2007).

Depuis la Grande Crise de l'automne 2008, on ne comptait plus les communiqués prétendument triomphants de ce genre de pinces-fesses internationaux. Au moins, le président français a-t-il pu afficher sa différence de méthode: concertation et respect. Juste avant de venir à Los Cabos, il s'était fendu d'un long échange avec Angela Merkel.

Lors de sa conférence de presse, François Hollande a tracé la voie: « si on veut avancer sur la taxe, il ne faut pas chercher l'unanimité, elle est impossible, ou alors on est dans l'ordre du voeux pieux. Ce sera donc de la responsabilité de certains pays qui sont convaincus de l'utilité de cette instrument, du rendement qui peut être le sien, d'avancer, soit au sein de l'Europe par un coopération renforcée, soit par une mise en place d'un outil commun avec des pays de plusieurs continents.»

Bonne nouvelle, c'était l'un des points d'accords... avec Angela Merkel.