8 juin 2012

Merkel s'obstine contre Hollande. Comme prévu.

La crise européenne inquiète jusque dans les milieux conservateurs britanniques. Barack Obama s'agace de l'incapacité européenne à sortir de l'austérité.

Et les regards se tournent sur la même personne, Angela Merkel.

Crise espagnole, confiance française
L'Espagne ne pouvait plus emprunter. La nouvelle était une catastrophe malheureusement attendue depuis des semaines dans la zone euro. Le ministre espagnol du Trésor a reconnu, mercredi, que les taux d'emprunt étaient hors de prix pour son pays: « La prime de risque signifie que l'Espagne n'a pas d'accès au marché ». Vendredi dernier, l'écart de taux entre l'emprunt d'Etat espagnol à dix ans et son équivalent allemand atteignait le niveau record de 548 points de base.

Ce jeudi, Madrid avait quand même pu emprunter un à deux milliards d'euros. Le pays n'avait pas encore sollicité d'aide européenne. Le Parti Populaire Européen, à qui appartient l'UMP au Parlement européen, a réclamé 80 à 100 milliards d'euros pour sauver les banques espagnoles, plombées par la crise immobilière.

En France, le clan sarkozyste promettait le sort de l'Espagne à la France si Hollande remportait l'élection: « Vous voulez la gauche, vous aurez la crise comme en Espagne » promettait Nicolas Sarkozy. Mais ce vendredi, l'agence franco-américaine Fitch a préféré dégrader la note espagnole de trois crans, mais pas la française. Après Moody's, Fitch a également jugé le plan français de redressement des finances publiques « crédibles ». Quelle mauvaise nouvelle pour ... l'UMP.

Les mauvaises recommandations de Mme Merkel
Mercredi, le gouvernement écrivait à son homologue français qu'il refusait d'ajouter un volet sur la croissance au pacte budgétaire. La missive était secrète, mais fut révélée par le Monde. Le texte était titré « Plus de croissance en Europe : emplois, investissements, innovation ».

Prenant exemple sur le le Canada, la Finlande, les Pays baltes et l'Allemagne avant la Grande Crise, le ministre allemand des finances a décrit la formule miracle: « Par le biais d'une consolidation favorable à la croissance, les déficits publics ont pu être réduits, une vigoureuse croissance économique a été dans le même temps rendue possible, des réformes sur le marché du travail ont provoqué une augmentation soutenue du nombre d'emplois.»

Mme Merkel a toujours ses solutions miracles pour sauver l'Europe: il faudrait d'abord « lutter contre le chômage des jeunes », « renforcer les entreprises en rendant l'administration plus efficace », via notamment « des privatisations nécessaires ». Tout juste accepte-t-elle l'utilisation de 7 milliards d'euros de fonds structurels pour lutter contre le chômage des jeunes. Mais pas question d'investissement publics européens (« il est important de faire appel à plus de capitaux privés »).

A Washington, le président américain a pris son téléphone, ces derniers jours, pour débloquer la situation. Un porte-parole de la Maison Blanche a expliqué vendredi que « les dirigeants se sont accordés sur l'importance de mesures à prendre pour renforcer la résistance de la zone euro et la croissance en Europe et dans le monde, et se sont mis d'accord pour rester en contact ».

La croissance, toujours la croissance.

« Créée à Athènes, aggravée à Berlin »
Angela Merkel était isolée. Elle joue sa réélection dans 10 mois. Le parti social-démocrate allemand a récusé ses propositions jugées insuffisantes. Pour le satisfaire, la chancelière allemande s'est précipitée à accepter le principe d'une taxe européenne sur les transactions financières internationales dans la journée de vendredi, lors de la venue de David Cameron. Mais ce dernier y est hostile. Retour à la case départ...

Angela Merkel n'avait sans doute pas envie de lire The Economist. L'hebdomadaire britannique, pourtant libéral, faisait sa une sur un dessin humoristique figurant un cargo baptisé « Economie mondiale » en train de couler au fond de l'océan; de la cabine de pilotage venait une question: « S'il vous plaît, pouvons commencer à démarrer le moteur, Mme Merkel ? »

L'éditorial débutait par un sinistre constat pour la chancelière allemande: « L'économie mondiale est en grave danger. Beaucoup dépend d'une femme.» Et d'ajouter: « quand des gens sont prêts à payer le gouvernement allemand pour le privilège de détenir sa dette à deux ans et prêter au gouvernement américain à 10 ans pour un rendement inférieur à 1,5%, ils s'attendent à des années de stagnation et de déflation ou ... un immense désastre.» L'hebdomadaire accusait directement Angela Merkel d'être co-responsable d'une nouvelle Grande Crise, en pointant trois erreurs pour lesquels « l'essentiel du blâme revient à l'Allemagne »: « l'obsession d'austérité; la succession de plans de sauvetage à moitié soutenus; le refus d'une stratégie claire d'intégration fiscale et bancaire ».

Bien sûr, rien n'est gagné. Mme Merkel peut s'obstiner, ruser, bloquer.

Vendredi, elle a tenté de reprendre l'initiative, évoquant la nécessité de constituer rapidement une union politique.

Sans blague ?

Et qui va gouverner ?







13 commentaires:

  1. Le débat finira par se cristaliser stérilement entre les tenants de l'austérité et ceux de la croissance. Alors que la solution est entre les deux : baisse des dépenses publiques et hausses d'impôts et soutien de la croissance. Et si l'on connaît assez bien les effets escomptés de l'austérité (contraction puis rebond de l'économie avec des conséquences sociales importantes), l'incertitude demeure sur le volet croissance. Combien, pour qui, et dans quel but ? et les probabilités d'un louper sont incommensurables. En 1981 "changer la vie" avait plombé les comptes, les fonds publics injectés avaient certes dopés la consommation mais en faveur des produits étrangers sans augmenter l'activité en France.
    La Banque de France annonce pour le second trimestre 2012 un PIB en repli. Très mauvaise nouvelle si l'on sait que les hypothèses de redressement des comptes tenaient compte d'une croissance du PIB de 1,7 %
    Nous n'échapperons probablement pas à une purge sévère et il n'est pas certain que nous ayons encore les moyens de soutenir la croissance si dès maintenant l'activité se tasse. Ce sera limite, il faudra aussi que ce soit juste.

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  2. Mais oui !

    Aux armes !

    Il faut faire la guerre à l'Allemagne tant que l'on y est.

    La vérité c'est que Hollande est en train de foutre en l'air 60 ans de construction européenne.

    La vérité c'est que Hollande par lâcheté, par électoralisme, refuse de reconnaître que le seul problème de ce pays est le déficit public et qu'il faut massivement diminuer les dépenses publiques.

    La réalité c'est qu'en Allemagne il y a 50 fonctionnaires pour 1000 habitants et quasiment le double en France (90 pour 1000 hab).

    La réalité c'est qu'il y a 2 millions de fonctionnaires qui ne servent à rien, à rien si ce n'est de masquer les vrai chiffres du chômage.

    La réalité c'est que notre "système social" est devenu un cancer de l'assistanat et que cela ruine le pays.

    Je suggère par exemple à tous ceux qui veulent des logements sociaux de venir les construire., de venir travailler sur les chantier au lieu de pleurnicher aux guichets de l'assistanat.

    La gauche nous refait Munich et la ligne Maginot en mentant aux français.

    Hollande a été élu sur des mensonges.

    Lui et les socialistes devront répondre de cette trahison de la patrie.

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    1. Ne suggérez plus rien Mistral. Pour la paix civile qui est nécessaire au processus de réforme de la société française, un boutefeu n'est pas indispensable.
      Nous avons bien compris vos solutions radicales mais peu adaptées à la réalité de la situation. Il n'est pas besoin de "mater" la société en lourdant 2 Mo de fonctionnaires soit disant inutiles et leur famille à la rue pour qu'ensuite les forces de l'ordre viennent les gazer. Pas plus qu'il n'est souhaitable de faire venir sur des chantiers une main d'oeuvre non qualifiée dont les entrepreneurs ne sauraient que faire.
      Garderiez vous rancune aux électeurs de n'avoir pas désigner votre champion le 6 mai dernier ?
      C'est vilain d'être un mauvais perdant et de vouloir plonger la société française dans le chaos pour justifier à postériori la soi-disant pertinence de vos arguments.
      Munich et Maginot ne sont pas là où vous le pensez.
      Et prenez vous gouttes !!

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    2. Vous savez, pour l'UMP, la démocratie c'est du gadget, pour reprendre un de leurs termes favoris faisant partie d'un vocabulaire se limitant à une vingtaine de mots. C'est du gadget au même titre que la retraite, la sécurité sociale, l'assurance chômage,et tout ce qui fait partie du CNR en général.
      Quant à Hollande qui foutrait 60 années de construction européenne en l'air, si c'est pour en arriver là où nous en somme aujourd'hui, c'est à dire à une Europe gouvernée par des technocrates, des vendus aux services des lobbies américains et européens et qui plus est, non élus par les peuples, eh bien, on s'en passera et le plus tôt sera le mieux. Si un Pays détermine sa politique par rapport à des notes établies par d'obscures agences de notation en cassant les acquis sociaux du peuple, on ne va pas aller bien loin et les choses vont se précipiter. Il ne faut surtout pas oublier que l'oligarchie préfèrera que les peuples s'entretuent plutôt que de lâcher la moindre miette. Décidément, l'histoire se répète (crise provoquée par des banques, les spéculateurs, montée du fascisme, boucs émissaires, peuples fonçant tête baissée dans ces enfumages, etc.)

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    3. cher mis-troll, tu as au moins un point commun avec le mulet, quadrupède engendré par un âne et une jument : toi, c'était avec un toutou sarkozyste au lieu d'une jument. C'est vrai que tu sais taper sur un clavier et ça c'est plutôt bien pour une bête, mais ça te sert à quoi ? Tu répètes toujours la même chose : il est gentil, monsieur Sarkozy, il est méchant, monsieur Hollande ... ad libitum, si tu sais ce que ça veut dire. Ton patron est à peine parti que tu t'en prends à la terre entière. T'étais attaché à ton maître, mais y faut qu'tu fasses ton deuil, c'est mieux, j't assure. D'autant que c' qu'on vit aujourd'hui, c'est grâce à lui, il est pas parti sans rien laisser, faut êt' juste : un déficit record, une pauvreté accrue, un chômage qui explose, une insécurité en augmentation ... Tu vois, tu peux penser à lui tous les jours. Alors, pourquoi tu pleures tout le temps ?

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  3. Tres cher Juan,

    Permettez-moi encore une fois d’être l’avocat du diable et d’essayer de regarder la crise Européenne d’un point de vue Allemand.

    Pour commencer, je constaterais que l’Allemagne va plutôt bien pour l’instant contrairement à beaucoup d’autres pays Européens. Elle exporte toujours plus qu’elle n’importe, sa croissance est dynamique comparée a ses pairs, le chômage est bas et les salaires pourraient même augmenter… c’est dire.

    Il est vrai que les nuages commencent à s’accumuler sur l’horizon mais pour l’instant elle n’a pas beaucoup à se plaindre et Mme Merkel, bien qu’elle soit de droite, y est quand même populaire. C’est plutôt une exception dans un paysage politique Européen qui a vu jusqu'à présent tous les leaders se faire balayer.

    Mais au faite, pourquoi l’Allemagne accepterait-elle de participer aux Eurobonds tels que Monsieur Hollande essaye de leur vendre ?

    Avec l’Espagne qui part en vrille, l’Italie qui suit et la France qui perd de l’altitude, les Allemands se doutent bien que ce sont eux qui seront tenu ultimement responsable pour rembourser ces dettes qu’ils n’ont pas souscrites puisqu’ils sont les derniers solvables. Il est cependant très difficile d’expliquer à un plombier allemand pourquoi il devra payer plus d’impôt pour financer la retraite d’un plombier grecque qui lui prendra sa retraite 5 ans avant. Cela risque de créer un sentiment légitime d’injustice.

    De plus, les Eurobonds se traduiraient par un doublement des taux d’intérêt allemand vers la moyenne Européenne, ce qui serait une sanction pour leur économie d’autant plus incompréhensible que cette dernière semble aller plutôt bien.

    L’inflation repartirait probablement compte tenu d’une politique monétaire très accommodante, ce qui risque aussi de leur poser un gros problème culturel (cf. la République de Weymar).

    Mais plus important encore, les Eurobonds enlèveraient toute motivation pour reformer les économies Européenne car pourquoi faire des reformes socialement douloureuses alors que l’Allemagne paiera ?

    C’est pourtant l’Europe qui s’est mis toute seule dans cet état. A ce sujet, je ne pense pas qu’un contrat de génération, 60,000 fonctionnaires en plus ou un ministère du redressement productif soient à la hauteur du défit qui attend une France qui n’a fait que creuser son déficit extérieur.
    Des mesures bien plus sévères sont nécessaires et ces dernières ne seront prises que si les politiciens Européens ont un flingue sur la tempe. Mme Merkel sait cela. Vous pouvez la trouver cynique, moi je la trouve plutôt réaliste. Sans reforme, autant demander aux Allemands de jeter leur argent dans un puits sans fond.

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    1. Comment on dit "coin le canard" en allemand ? Ecke, die Ente, ich glaube ? Et comment on écrit conservateur en allemand ? Coin-coin, le canard, y devrait rester dans sa pataugeoire plutôt que jouer à l'expert international. Ich rappelle à Herr coin-coin qu'en Allemagne, il y a des conservateurs, au pouvoir, mein Freund, et qu'il y a aussi des salariés, qui touchent un euro (ein euro) de l'heure (für ein Uhr), en Allemagne. En plus, avec tes histoires de plombier germano-polonais et de "flingue sur la tempe", t'as pas besoin de nous dire de quel côté de la Strasse (route) tu roules (recht in deutsch, ja). Alors, au lieu d'essayer de voir la crise du point de vue pas FRANCHEMENT allemand, mais CARREMENT umpiste, je t'invite à la voir d'un point de vue humain et social, la crise. Auf wiedersehen, Ecke, die Ente ! Tu me rappelles un toutou umpiste qu'on a le plaisir de lire régulièrement sur le blog de Juan. Malheureusement pour nous !

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    2. Chacun regarde et défend ses propres intérêts et les intérêt des français ne sont pas aujourd'hui ceux des allemands.

      En clair, si nous n'arrivons pas dans les prochaines semaines à trouver un accord, chacun devra reprendre sa liberté et casser le contrat de mariage existant avec l'Europe; cela s'appelle un divorce...

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  4. Les Eurobonds tels que Monsieur Hollande les présentent n’offrent que peu de chose à l’Allemagne. Ils ont par contre un coup certain pour elle. Mme Merkel ne fait que son boulot en disant « NEIN ! ».

    Pourtant la porte n’est pas entièrement fermée compte-tenu de l’ampleur de la crise mais si l’Allemagne finit par y consentir cela ne sera qu’en échange d’un certain nombre de concession de notre part. Apres tout, pourquoi ce serait toujours les même qui payent ?

    Quelles seront ces concessions ? L’Allemagne voudra tout d’abord très certainement mettre ne place un mécanisme qui empêchera les déficits de filer jusqu’aux niveaux désastreux d’aujourd’hui afin d’éviter d’avoir une fois encore à remettre au pot dans 10 ans. Je ne pense pas qu’on puisse en toute honnêteté leur reprocher cela.

    La vrai question est non pas pour ou contre l’austérité (elle arrive quoi qu’on fasse) mais bien si nous sommes prêt a payer le prix que l’Allemagne va nous demander ?

    Ne vous leurrez pas. Si vous pensez que le débat sur la constitution Européenne était houleux, attendez de voir quand on va demander à la France de transférer à l’Europe une grande partie de sa souveraineté fiscale. On ne parle plus d’un bout de papier mais bien de la feuille d’impôt que tout Français reçoit en fin d’année. Il sera intéressant de voir à ce moment comment le parti socialiste abordera cette question, lui qui a tant souffert du clivage entre le Oui et le Non. Ce sera encore pire à mon avis.

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    1. Un grand merci à Coin le Canard pour ses deux commentaires, ceux que j'aurais voulu écrire, mais hélas n'en ai pas son talent! A part "...ils ont par contre un coût certain..." et non pas coup, je n'ai rien à ajouter, ou SI, car nous habitons mon mari allemand et moi à la frontière allemande!

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    2. Sauf votre respect, qu'on habite à la frontière allemande ou à Nijni Novgorod n'a rien à voir là-dedans ! Arriverez-vous à comprendre que les opinions politiques n'ont pas de nationalité ? On peut être réactionnaire en Amérique et démocrate en Chine, ultralibéral en France et social-démocrate au Luxembourg ? Il n'y a pas pire manipulation (ultralibérale) que d'aborder cette question sous l'angle de la Nation, de la patrie ... Nous sommes nombreux à apprécier l'Allemagne et les Allemands et à rejeter en bloc la politique de Merkel et de ses sbires. Ist-es klar, comme le dirait "Ecke, die Ente" ? Avons-nous le droit de critiquer la politique de l'Allemagne conservatrice ou ist-es verboten ?

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  6. Entre nous, j'ai des amis allemands, ils ne supportent plus Merkel, ils la trouvent trop souple et obéissante face aux banques et surtout, ils pensent qu'elle ne s'intéresse pas à l'Allemagne mais au Pouvoir.
    Merkel est de plus en plus isolée dans les milieux d'affaire.
    Elle peut dire ce qu'elle veut, les échéances des élections la mettent sous pression.
    CQFD

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