31 juillet 2012

Volailles Doux: le modèle dur.

Depuis la fin du printemps, le volailler Doux est en sursis, écrasé par le poids de ses 430 millions d'euros d'endettement. Le gouvernement est ému et se démène. Les salariés craignent pour leur emploi. Les élus locaux se mobilisent. Le Tribunal de commerce local doit se prononcer sur la liquidation éventuelle ce 1er août.

Il y a un autre volet tout aussi dramatique, et à peine relayé par les médias, les exécrables conditions de travail au sein de ces établissements.

Le reportage était édifiant, mais ce n'était ni le seul ni le premier.
Dans son édition du 19 juillet 2012, l'hebdomadaire Politis publiait une enquête de Laurène Perrussel-Morin sur les conditions de travail au sein du numéro français de la volaille et cinquième exportateur mondial: « Doux, un monde de brutes » (*). Il y a 17 ans déjà, le quotidien Libération, sous la plume de Pierre-Henri Allain, relatait les mêmes situations, comme sorties tout droit de Germinal.

« Tous les postes sont debout, dans le froid et l'humidité », décrivait à Politis un porte-parole de la Confédération paysanne. « J'ai eu des témoignages évoquant des chefaillons qui donnaient des coups de coude dans le dos des femmes pour qu'elles aillent plus vite. » Une autre représentante syndicale, Nadine Hourmant, déléguée FO du groupe Doux et salariée depuis 22 ans, précisait: « J'ai toujours travaillé au poste emballage. On emballe 1.000 poulets à l'heure. Sur les chaînes manuelles, les filles emballent 14 poulets à la minute. (...) Tous les salariés du groupe sont cassés. Tous ont des problèmes de cou, de tendinite, d'épaule...»

« Chez Doux, c’est Germinal. Quand vous n’êtes pas gentil, vous êtes sanctionné » , expliquait Nadine Hourmant à un autre journaliste, Raphaël Baldos de La Croix. Ce dernier complétait: « Ne pas être « gentil » , c’est participer à un débrayage, poser des questions à l’encadrement ou répondre aux journalistes ». Doux a un contentieux historique avec l'expression des salariés.

Dix-sept ans auparavant, même son de cloche. Rien n'a donc changé.

En mai 1995 déjà, un conflit avait opposé quelque trois cent employés et la direction sur l'amélioration des conditions de travail à l'usine de Châteaulin, près du siège du groupe. Outre une revalorisation salariales, les syndicats réclamait déjà un audit sur les conditions de travail, « particulièrement pénibles sur les chaînes d'abattage et de conditionnement de volailles où l'on travaille debout, généralement dans l'humidité, le froid, ou la poussière des poulets », relatait l'envoyé spécial de Libération.
«Il y a un an, on nous avait promis d'étudier la question, se souvient Bernard Le Brun, délégué CGT. Mais cela n'a abouti à rien. On a mis des sièges en fer à la disposition des femmes enceintes et c'est tout. Cette fois, le conflit a débuté le 16 mai avec la négociation annuelle sur les salaires où la direction a proposé 3% d'augmentation. Autant dire rien avec la prochaine réévaluation du Smic de 4%. Nous avons commencé à faire des débrayages avant de nous mettre en grève.»
Source: Libération, 12 juin 1995, « Conflit sur les conditions de travail dans les volailles Doux »
Vous avez bien lu: des sièges en fer pour les femmes enceintes... Comment s'étonner que les troubles musculo-squelettiques (TMS) soient l'une des plaies du secteur ? Une activité malheureusement exemplaire de la pénibilité du travail si superbement ignorée par Nicolas Sarkozy et Eric Woerth lors de leur réforme des retraites en 2010.
«On est traité comme des chiens, enrage Christine, ouvrière dans l'unité de découpe. Au-dessus de la pointeuse, il est écrit qu'il est interdit de parler, de se maquiller, de porter des bijoux, de mâcher du chewing-gum. Et il y a toujours quelqu'un derrière nous en train de gueuler ou de nous traiter de tous les noms. On n'est pas respecté. Qu'on nous respecte!»
On évoquait déjà des « méthodes de production à la chaîne » quasiment inchangées sauf pour « l'accélération des cadences », les « problèmes de dos ou tendinites au poignet ».

Dix ans plus tard, en 2005, ça recommence. Un millier de salariés font grève. L'affaire s'envenime. Elle est portée en justice. En cause, la demi-heure de pause quotidienne, non rémunérée depuis juillet 2004. Condamné aux Prud'hommes, l'entreprise avait fait appel. Elle refusait également des heures de délégation exceptionnelles aux syndicalistes. Autres procès aux Prud'hommes. Dans le journal de l'entreprise, le directeur général de l'époque, Guy Odri, argumentait sur la compétitivité : «Les conséquences des décisions judiciaires en France suite à des actions engagées par certains d’entre vous en 2004 vont sévèrement pénaliser la compétitivité du groupe […] en le privant de ressources pour […] faire de l’innovation sociale.»

Aujourd'hui, rien n'a changé. Dans l'un des récents bulletins de FO, Nadine Hourmant détaillait:
« Les volailles vivantes arrivent dans des conteneurs vidés automatiquement sur des tapis. Les accrocheurs les placent sur des potences où elles reçoivent une décharge électrique. Ensuite, viennent le saignage, le déplumage puis l’éviscération, des opérations semi-automatiques.
Ce travail est très dur. Les opérateurs occupent une position “assise- debout” mais ont la plupart du temps les bras levés pour procéder à l’accrochage. La pénibilité est telle que cette tâche est le plus souvent effectuée par des intérimaires. Alors que l’ancienneté moyenne dans l’entreprise est de vingt ans, les accrocheurs, eux, restent environ un an puis trouvent un autre emploi.»
L'entreprise a été placée en redressement judiciaire au début du mois dernier.
Le ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll s'en est ému. Outre les 3.400 salariés, quelque 800 aviculteurs sont également menacés. Le tribunal de commerce de Quimper doit donner sa décision - poursuite ou liquidation - ce mercredi 1er août. Le 26 juillet dernier, dans un entretien à Ouest-France, le tout nouveau directeur général du groupe évoquait une reprise par ... la banque Barclays. Charles Doux, le PDG envisagerait de céder l'entreprise à sa principale banque: « Nous avons réuni 25 millions d'euros. La banque Barclays apportera 10 millions d'euros ; Al Munajem, un client saoudien 12 millions d'euros et Factor 3 millions d'euros. Dans un second temps, la banque Barclays est prête à convertir sa créance (140 millions d'euros) en capital. Elle prendrait ainsi le contrôle du groupe Doux. La famille Doux resterait actionnaire minoritaire. »

Une dernière précision: en 15 ans, le groupe a perçu environ un milliard d'euros de subventions publiques.



(*) article payant

30 juillet 2012

Les surprises du crédit impôt recherche

C'est la cinquième dépense fiscale la plus coûteuse, mais l'une des plus efficientes d'après un rapport de l'IGF de 2010. Nicolas Sarkozy en a largement réclamée la paternité.

Elle devait incarner la réussite de sa politique économique et industrielle. Le Crédit Impôt Recherche (CIR) a été cité en exemple dans des centaines de discours et d'allocutions de l'ancien monarque. Il faut avouer que le soutien à la Recherche est l'un des objectifs les plus louables et les plus loués en politique.

Mais voici qu'un récent rapport sénatorial, publié le 18 juillet et rédigé par le sénateur socialiste Michel Berson pour le compte de la Commission des Finances, nous éclaire sur le fonctionnement et le coût du dispositif. Si le bilan semble positif, il y a quelques surprises, et clarifications.

1. Le Crédit Impôt Recherche date de François Mitterrand. Nul besoin d'attendre ce rapport pour le savoir. Mais certaines vérités ont été si enfouies dans les éléments de langage de l'époque qu'il est bon de les rappeler.  Pendant tout son quinquennat et particulièrement pendant la dernière campagne, Nicolas Sarkozy et ses proches s'étaient targués d'avoir créé le crédit d'impôt recherche. Ce dernier avait été lancé en 1983 par le gouvernement Fabius, et fut amendé 6 fois. La dernière réforme date de 2007 dans la loi TEPA de Nicolas Sarkozy.
 
2. La vraie spécifité sarkozyenne est d'en avoir élargi le périmètre et le bénéfice. Au point que son coût a explosé. Au final, ce coût du CIR pour l’Etat est passé, entre 2007 et 2011, de 1,7 milliard d’euros à 5,1 milliards d’euros, et devrait se stabiliser à un peu plus de 5 milliards d’euros en 2014 selon le Gouvernement. Lors de la réforme de 2008, son coût a été largement sous-estimé par l'équipe Sarkozy, ont regretté les sénateurs.

3. Au sein de l'OCDE, c'est l'incitation fiscale la plus favorable aux entreprises: « dans le cas de la France, un euro de dépenses de R&D correspond à une subvention fiscale de 0,425 euro, ce qui en fait le pays dont le système fiscal est le plus favorable à la R&D. »

4. Bizarrement, l'Etat est quasiment incapable d'en évaluer la portée macro-économique. Ce dispositif pourrait procurer un petit effet de levier sur la croissance du PIB: l'auteur du rapport regrette qu'il n'y ait qu'il n'y ait qu'une seule étude de l'Etat - en l'occurence du Trésor, en janvier 2009 - qui se soit attardé à tenter d'évaluer l'impact de ce CIR élargi: « la réforme de 2008 devrait augmenter le PIB structurel de l’économie d’environ 0,5 point au bout d’une quinzaine d’années. »Vous avez bien lu: 0,5 point de PIB supplémentaire en 15 ans, au conditionnel, pour un surcoût total d'environ 45 milliards d'euros (3 milliards annuels d'incréments).

5. Le CIR est, en France, le plus important dispositif de soutien public à la recherche privée. Mais il reste marginal en comparaison de la recherche globale. La seule dépense privée de R et D des entreprises était évaluée à 26 milliards d'euros en 2009, dont 27% subventionnés par le public. Le Crédit Impôt Recherche (CIR) permet de défiscaliser 30% des dépenses de RD, jusqu'à 100 millions d'euros, puis 5% au-delà. L'assiette du CIR est plus restrictive que celle de la comptabilité nationale: seuls 17 milliards des 26 mentionnés précédemment sont éligibles.

6. Le CIR bénéficie marginalement aux PME. Quelque 29% de la créance fiscale est captée par des entreprises de moins de 250 salariés: « Si les PME perçoivent environ 30 % du CIR total, c’est parce que cela correspond à peu près à leur part dans les dépenses de R&D, et elles perçoivent davantage de CIR par euro de dépenses de R&D que les autres entreprises. »  Pourtant, pour les PME bénéficiaires, le CIR apparaît déterminant: il « se substitue » en partie à un financement bancaire défaillant.

7. Les grands groupes (plus de 5.000 salariés) captent 32% du total du CIR. L'auteur du rapport reconnait que cette part est sous-évaluée car toutes leurs filiales et participations ne sont pas consolidées. Globalement, « le CIR est concentré sur les branches les plus exportatrices.»


8. Le détournement du dispositif (« l'optimisation ») concerne en premier lieu les grandes entreprises: « certaines entreprises rattachent artificiellement certains projets non éligibles au CIR à un « méga-projet » de R&D. (...) De telles pratiques concerneraient essentiellement de grandes entreprises, réalisant des dépenses de R&D d'un montant important, de nature variée et difficiles à contrôler.» En fait, les grandes entreprises ont multiplié les filiales pour échapper au plafond de 100 millions d'euros de subvention. Bizarrement, le sénateur propose de faire sauter ce plafond puisqu'il est détourné...

9. En revanche, « la fraude caractérisée concernerait plutôt les PME ». Au global, elle serait marginale d'après le rapport.


10. L'industrie bénéficie peu du CIR, moins d'un tiers des sommes en jeu (30% des dépenses en 2009). Les holdings industriels récupèrent 18% du bénéfice du dispositif. Les banques et assurances quelque 1,6%. Un député UMP, Gilles Carrez, s'était complètement planté en 2009: « notre collègue député Gilles Carrez, alors rapporteur général, a publié un rapport d'information comprenant un tableau ambigu, transmis par le Gouvernement, suggérant que le CIR aurait bénéficié en 2007 pour 18,6 % aux banques et aux assurances.
Bien que le taux véritable soit de l'ordre de seulement 1% ou 2%, ce chiffre a été largement repris par la presse. » Une critique infondée malheureusement reprise par Jean-Luc Mélenchon et quelques autres: « l'industrie manufacturière correspond à 65 % du CIR et des dépenses déclarées ».

11. Ce renforcement du CIR n'a pas signifié une augmentation du nombre de chercheurs. Pourtant, on manque de chercheurs et la réussite du CIR est conditionnée à une augmentation des moyens humains de recherche. « La réforme du CIR de 2008 suppose un doublement temporaire du nombre d’embauches de chercheurs.»  Ou encore: « l'augmentation de l'offre de chercheurs est essentielle pour que la réforme du CIR de 2008 ait un réel effet sur le PIB structurel. » D'après une étude du Trésor de janvier 2009 sur le CIR, la réforme de 2008 aurait dû impliquer de « faire temporairement passer de 6 000 à 11 000 le nombre d’embauches annuelles de chercheurs par les entreprises.» Ce qui n'a pas été le cas ! Le nombre de diplômes de doctorants a été stable, tout comme le nombre d'étudiants en France, y compris étrangers.

12. La France s'est privé de chercheurs à cause de la politique migratoire de Nicolas Sarkozy. Les sénateurs rappellent notamment la « circulaire Guéant » du 31 mai 2011 qui restreignait « la délivrance de titres de séjour professionnels aux étudiants étrangers (et abrogée le 31 mai 2012) ». L'auteur du rapport recommande « un véritable effort de valorisation des métiers de la recherche » mais aussi un recours à l'immigration: « En second lieu, le levier de la politique d'immigration ne doit pas être écarté. L'immigration de scientifiques étant faible (de l'ordre de 2 000 personnes par an), l'embauche d'étudiants étrangers constitue un réel enjeu.»

13. Le contrôle fiscal est insuffisant. C'est paradoxal. Rappelons que le CIR est la cinquième niche fiscale la plus coûteuse du pays. On pourrait espérer que son utilisation soit davantage contrôlé. Pourtant, « selon la sous-direction du contrôle fiscal, contrairement à une idée répandue le fait de bénéficier du CIR n'accroît pas la probabilité de contrôle ».

29 juillet 2012

Les JO gâchés par les combats en Syrie

James Bond avait pourtant emmené The Queen elle-même dans les cieux pour redescendre avec un parachute dans la tribune officielle, rien n'y fait. Le premier weekend des Jeux Olympiques londoniens était tristement concurrencé par l'assault d'Alep, en Syrie, en préparation depuis 5 jours.

Les Jeux Olympiques sont une grand-messe géopolitique et marketing. La sincérité des athlètes est totale, le mercantilisme également. On a pu critiquer et rappeler les enjeux avant tout commerciaux de l'opération.

Mais cette année, la Syrie s'est invitée dans le spectacle.

Sur leur fil Twitter, quelques journalistes non sportifs boudaient les scores olympiques pour relayer quelques nouvelles du front syrien. L'histoire s'accélérait-elle là-bas? Depuis mars 2011, le conflit a fait plus de 20.000 morts.  A Alep, principale ville du nord-ouest du pays,  l'armée officielle avait décidé de passer massivement à l'offensive pour déloger les rebelles qui contrôlaient quelques quartiers. Ces derniers réclament des armes à l'OTAN. Dimanche matin, une « pluie  de bombes » se serait abattue sur la ville.
Selon les militants, les combats ont repris le matin à Alep, deuxième ville du pays située à 355 km au nord de Damas, où les rebelles retranchés dans plusieurs quartiers résistent à l'assaut des troupes régulières appuyées par des chars et des hélicoptères.
Des blindés ont tenté de prendre d'assaut le quartier Salaheddine à l'aube, bastion rebelle, mais ont été repoussés par les combattants de l'Armée syrienne libre (ASL), formée de déserteurs et de civils armés, qui ont pu détruire un char, a indiqué Abou Hicham al-Halabi, un militant joint via Skype.
De violents combats avaient lieu aussi dans les quartiers de Bab al-Jadid, Zahraa et Arkouba, a précisé l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). "Des explosions ont été entendues alors que l'aviation survolait la ville", a ajouté l'ONG qui s'appuie sur un réseau de militants sur le terrain.
Source: afp
Jean Pierre Duthion, un expatrié français, tweetait depuis Damas, samedi soir: « Explosion au loin. #Damas #Syrie ».

En France, Nicolas Sarkozy a eu l'indécence de critiquer en off l'attitude de François Hollande. « On m’a critiqué sur la Libye mais moi au moins, j’ai agi. Il faut être plus ferme contre le régime de Damas, beaucoup plus ferme. »


28 juillet 2012

273ème semaine politique: Si Hollande était Sarkozy, il serait déjà en vacances.



Lundi, la France médiatique et la France tout court étaient encore scotchées par l'hommage de François Hollande, la veille, aux 13.000 victimes de la rafle du Vel d'hiv, 70 ans plus tôt. Hollande était allé plus loin encore, au point d'énerver quelques souverainistes qui n'acceptaient pas que la France de Vichy soit la France. Hollande avait enfoncé, défoncé, déchiqueté l'héritage de la Collaboration, la France pétainiste, celle qui avait envoyé la police française rafler des enfants juifs pour les envoyer dans un camp de la mort un jour de juillet 1942.

Mardi, comme la veille et le lendemain, la zone euro tremblait encore. L'Espagne empruntait à des taux inédits dans son histoire. Moody's menaçait même le Triple A allemand. L'Allemagne de Mme Merkel était bien trop exposée sur le risque espagnol pour s'en sortir seule. En fin de semaine, comme un coup de nez contre l'éthique et l'histoire, la bourse de Madrid grimpait de 4% alors que le taux de chômage frôlait les 25%.

Acculée, la BCE préparait un plan de sauvetage de l'euro, mais en concertation avec quelques Etats-membres dont la France et l'Allemagne. Serait-ce la fin de l'autonomie politique de la BCE ? « Dans le cadre de mon mandat, depuis Londres, la BCE sera prête à tout pour préserver l'euro. Croyez-moi, ce sera suffisant. » a expliqué son patron, un ancien bankster de Goldman Sachs.  « Bruxelles pourrait-elle avoir un mois d'août tranquille ? » s'interrogeait un blogueur du Financial Times. Non, la BCE s'apprêtait à racheter des obligations (notamment espagnoles) sur le marché secondaire pour éviter une plongée des taux.

En France, Arnaud Montebourg avait d'autres soucis. Une à une, toutes les grandes entreprises du pays semblaient avoir attendu la victoire politique de François Hollande pour annoncer leurs plans sociaux. Alcatel suivait PSA. Les statistiques du chômage de juin, publiées mercredi, étaient encore désastreuses. L'héritage était lourd à payer.

Mercredi, le ministre du redressement productif avait pu annoncer son premier plan d'envergure, une réponse à l'urgence automobile. A droite, les critiques ont été ridicules. De son temps, Nicolas Sarkozy multipliait les effets d'annonces, et l'affaire PSA est également une belle manipulation médiatico-politique. L'état-major avait avoué avoir attendu l'élection pour annoncer son plan, tandis que les ténors de Sarkofrance répétaient à l'automne ou au printemps derniers que jamais - ô grand jamais - PSA ne supprimerait de postes cette année.

Du plan Montebourg, on retiendra qu'il se saisit des difficultés structurelles de la filière automobile pour encourager les véhicules propres: renforcement immédiat des bonus/malus pour favoriser l'acquisition de voitures électriques ou hybrides (4 à 7.000 euros de primes) et des facilités de trésorerie pour la sous-traitance. Les écologistes regretteront que le transport collectif, le recyclage ou les énergies alternatives soient oubliées. Quelques grincheux s'agaçaient qu'il n'y ait pas de plan européen. Et PSA réclamait des aides publique pour pérenniser son site de Sevelnord. On croyait rêver.

Au total, le premier chiffrage de ce dispositif plutôt large est de 1,8 milliard d'euros. A droite, les critiques étaient désordonnées, de mauvaise foi ou franchement ignobles. Christian Estrosi accusa le gouvernement de vouloir « assassiner l'industrie ». Valérie Pécresse expliquait que le plan « sera décevant s'il ne s'attaque pas au vrai sujet qui est la baisse du coût du travail ». Pourtant, la main d'oeuvre française n'est pas plus chère que sa consoeur allemande dans l'industrie, y compris automobile. Mais il y avait pire: d'autres accusèrent Hollande de préférer annuler la dette ivoirienne (4 milliards d'euros) au soutien de l'industrie nationale. On nageait en plein délire crypto-raciste.

Vendredi, Hollande visitait le le centre de recherche de l'équipementier Valeo, à La Verrière dans les Yvelines: « nous devons aussi parler des entreprises françaises qui dégagent des résultats, qui exportent, innovent, entreprennent et permettent à la France de prendre de l'avance ». Le lendemain, il partait dans le Gers. A la même date, l'an dernier, comme les années précédentes, Nicolas Sarkozy était déjà au Cap Nègre.

Le second évènement de la semaine est la mise en cause d'une entreprise française dans la répression inouïe qui frappe la population syrienne. QOSMOS fabrique une technologie de surveillance informatique. Elle a vendu son système à la Syrie de Bachar el-Assad, comme elle l'avait fait au régime Kadhafi en Libye. Le site Reflets avait tweeté la chose en février 2011. Voici que la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et la Ligue des droits de l’homme (LDH) vont porter plainte pour complicité. Le 24 mai dernier, les associations avaient également attaqué une autre entreprise française, AMESYS, en justice, pour « complicité d'actes de tortures en Libye ». Cette dernière est bien connue de la blogosphère vigilante.

En Syrie comme en Libye, Big Brother est un peu français. 

La troisième nouvelle de la semaine est le nouvel épisode du feuilleton de l'été, la prise de contrôle de l'UMP. Même la droitosphère finit par s'inquiéter de cet étalage d'égotismes. Samedi dernier, Nathalie Kosciusko-Morizet a finalement déclaré sa candidature. Jean-François Copé a préféré s'indigner de l'assurance tranquille affichée par son autre rival François Fillon. Il espérait que le scandale Takkiedine, du nom de l'un de ses anciens meilleurs amis, ne l'éclaboussera pas trop. Guillaume Peltier, un ancien du Front National de la Jeunesse et Geoffroy Didier, un protégé de Brice Hortefeux ont enfin lancé leur courant de la Droite Forte au sein de l'UMP. Avec pour « fondation non négociable le sarkozysme ». Et une première idée, première mesure, l'interdiction du syndicalisme au sein du corps judiciaire. Cette Droite forte-là refusait de choisir entre Fillon et Copé. Et elle devait trouver sa place contre la Droite Populaire (Mariani), les Humanistes (Raffarin), A Droite Toutes (Dati), et les libéraux (Novelli). Fichtre ! L'heure était grave.

Cette droitosphère a l'indignation facile, mais elle épargne les siens. La mise en examen du sénateur-maire UMP de Woippy en Moselle, François Grosdidier, pour « détournement de biens publics » et « prise illégale d’intérêts » par un juge d’instruction de Metz n'a pas suscité beaucoup de réactions. La plainte avait été déposé... il y a 8 ans! Quelle célérité de la Justice !

Bref, cette semaine de juillet fut riche, trop riche.

Si Hollande était Sarkozy, il serait déjà en vacances.


27 juillet 2012

Montebourg, PSA et comment sauver l'automobile.

Comme convenu, Arnaud Montebourg a présenté son projet de plan de soutien à l'automobile, mercredi 25 juillet. Le jour même où PSA tenait un comité d'entreprise pour confirmer les annonces de suppressions de 8.000 postes. Dans quelques rues de Paris, des salariés de PSA étaient là pour protester.

1. En matière d'affichage, le gouvernement Ayrault a fait aussi bien sinon mieux que son prédécesseur Sarkozy/Fillon: (1) un entretien du PDG de Peugeot avec François Hollande, (2) un autre avec le premier ministre, (3) un plan de soutien/reconversion pour le secteur. Est-ce suffisant ? Non. Un sondage - encore un - semble montrer que l'opinion lui en est gré.

En janvier 2010, Nicolas Sarkozy était bravache sur TF1: « convenez le plan que nous avons mené a sauvé l'industrie automobile français ». En 2009, contre l'avis du gouvernement, le parlement avait durci le petit décret contre les bonus des patrons des secteurs bancaires et automobile, en élargissant ces restrictions à tous les sous-traitants de l'automobile et aux entreprises aidées par le Fonds stratégique d'investissement.

2. Le plan Montebourg est un premier pas essentiel, même insuffisant. Quand Sarkozy était président, il y a peu, une éternité, son plan de relance de 2009 avait gravement négligé les contre-parties, une véritable occasion manquée. Un temps dopé par le bonus-malus du ministre Jean-Louis Borloo au début de 2008, le secteur avait plongé le premier dès le déclenchement de la Grande Crise à la fin de l'année. L'affaissement du pouvoir d'achat et le resserrement des conditions de crédits de l'automne avaient eu raison d'un secteur sous pression. Le plan Montebourg est encore provisoire mais il contient pas mal de points essentiels:
- une mission confiée à Louis Gallois (nouveau commissaire général à l'investissement chargé du Grand emprunt), sur la compétitivité industrielle,
- un renforcement des bonus écologistes: le plafond du bonus relatif aux véhicules électriques porté de 5.000 € à 7.000 € ; celui relatif aux véhicules hybrides doublé (à 4.000 €), et ouvert aux véhicules de sociétés.
-  La réservation de 25 % des nouveaux véhicules de l'Etat aux modèles électriques ou hybrides (« tout nouveau véhicule à usage urbain sera électrique »). Pourquoi seulement 25% ?
- une accélération - non chiffrée - de l’implantation de bornes de recharge des véhicules électriques et hybrides rechargeables en France.
- la promotion (non détaillée) « l’industrie de la déconstruction et du recyclage » , à travers une politique d’agrément ambitieuse.
- la création d'un institut de recherche technologique dédié à l’automobile « avant fin 2012 ».
- la réorientation de 400 M€ des bénéfices du crédit impôt recherche vers la « localisation en France de l’innovation » et de 350 M€ des investissements « d’avenir » sarkozyens lancés en 2009 vers « le véhicule de demain ».
-  un soutien à la sous-traitance via OSEO (+150 M€ pour la trésorerie des PME, +450 M€ pour des « financements dédiés à la modernisation des sites et à l’investissement industriel »).

3. Le plan Montebourg oublie les énergies alternatives (GPL, GNV, bioéthanol E85), le recyclage, et le transport collectif.  Il préfère miser sur la « voiture propre et populaire, accessible à tous », un slogan qui sonne comme une réactualisation du mythe des 30 Glorieuses.

4. PSA est victime de la crise et de l'austérité.
Le groupe automobile a annoncé plus de 800 millions d'euros de pertes au premier semestre, et détaillé les motifs des 8.000 suppressions de postes. « Nous faisons face à une dégradation de grande ampleur et durable du marché européen » a publiquement déclaré Philippe Varin. Et de préciser ensuite l'ampleur d'un effondrement que l'on connaît. La crise est là, et PSA n'est sans doute qu'une victime plus fragile que d'autres dans le secteur. En d'autres termes, l'austérité généralisée qui frappe la zone euro - avec la baisse de pouvoir d'achat des ménages et la quasi-fermeture des marchés exports - a privé le groupe de débouchés et de croissance.

5. Il faut mettre PSA sous tutelle. On a beaucoup reproché à l'administration Sarkozy d'avoir octroyé un shoot subventionnel nécessaire au secteur automobile sans aucune contrepartie. En d'autres termes, Sarkozy s'était couché devant le chantage à l'emploi. Cette fois-ci, le groupe PSA pose à nouveau un triple problème politique:  (1) il bénéficie d'aides publiques (défiscalisations locales, subventions à l'emploi, etc) et en réclame encore de nouvelles aides publiques; (2) il produit des voitures qui polluent bien trop, (3) l'avenir de l'automobile est en jeu.

« PSA Peugeot Citroën a demandé des aides publiques pour l'aider à pérenniser son usine de Sevelnord (Nord), deuxième site du groupe le plus menacé après celui d'Aulnay-sous-Bois ». La révélation a fait l'effet d'un choc, lundi dernier. C'était l'habituel chantage emploi/subvention. A Sevelnord, PSA emploie 2.700 personnes, et négocie un accord de flexibilité en échange de l'attribution à l'usine de la production d'un nouveau véhicule issu de son nouveau partenariat avec Toyota. Rappelons que le directeur des marques de PSA, Frédéric Saint Geours, est également président de l'UIMM. Pour la pérennité du site, l'entreprise demande 42 millions d'euros d'aides.

6. L'avenir de l'automobile est de toute façon compromis. Les écologistes font valoir qu'il faut préparer l'après-pétrole. Qui pourrait proclamer le contraire ?

Jeudi 26 juillet, trois des quatre syndicats de l'établissement de Sevelnord d'Hordain ont finalement donné leur accord à un accord dit de compétitivité. « Cet accord, qui sera effectif à partir du 1er janvier 2013, prévoit un gel des salaires sur deux ans et une flexibilité accrue en fonction des cadences » regrette l'Humanité. « L'horizon s'éclaircit » se félicitait la Tribune. La formule est classique. Elle faisait partie du programme de Nicolas Sarkozy pour sa réélection. A Sevelnord, il y a une subtilité locale, relevée par notre confrère Slovar: « L'accord, que la direction aimerait voir signé avant la fin du mois pour une durée de cinq ans, n'entrerait en vigueur que si Sevelnord obtenait le K-Zéro, pour lequel l'usine est en concurrence avec le site de Vigo, en Espagne, où le coût du travail est inférieur d'un tiers.» Le K-zéro est un modèle utilitaire du groupe automobile.

Lire aussi:

26 juillet 2012

Fatigué


Finalement, Sarko, c'était la droite forte.

Il a fait perdre son camp à toutes les élections intermédiaires depuis 2007 (municipales, régionales, européennes, sénatoriales). Il a lui-même détricoté les « réformes » les plus emblématiques de son programme. Il a revigoré le Front national à des hauteurs inégalées en France au point de déboussoler une large frange de ses soutiens.

De Sarkozy...
Et pourtant, certains persistent à croire en lui. Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, deux (plus si) jeunes pousses de l'UMP viennent de lancer le courant de la Droite Forte au sein de l'UMP. Leur compte Twitter a été rapidement hacké par le Front national: « rien ne vaut l'original » justifiaient les frontistes.

Leur perspective est d'abord le congrès de l'automne et l'élection du président du parti. « Nous avons pour fondation non négociable le sarkozysme. Sous Chirac, la droite n'assumait pas assez ses valeurs. Avec Sarkozy, la droite les a assumées » a expliqué Peltier au Figaro. Fichtre ! L'ancien frontiste est toujours habile à décrocher des formules qui claquent: « La Droite forte, c'est une droite qui a pour fondation le sarkozysme, la France pour espérance, l'Europe pour horizon et le peuple pour boussole. »

Et il a même de brillantes idées, si brillantes qu'on ne sait pourquoi elles n'ont pu être adoptées plus tôt quand son mentor gouvernait l'Elysée, l'Assemblée, le Sénat et l'UMP:  « Il faut, par exemple, rendre obligatoire la redistribution de 10% des bénéfices à tous les salariés dans les entreprises ». Ou encore : « Il faut aussi un protectionnisme économique aux frontières de l'Europe, supprimer les remises de peine automatiques, interdire la syndicalisation des juges et magistrats, supprimer complètement les 35 heures et réformer intégralement le Code du travail. » Ces titulaires de la Droite forte s'estiment à mi-chemin entre les « Humanistes » et la « Droite Populaire » de l'UMP... Un vrai parc d'attractions !

L'interview est proprement incroyable. Guillaume Peltier dérive ou dérape, les deux peut-être. Il poursuit: « On a déversé des milliards dans les quartiers populaires en donnant comme seule perspective aux jeunes: le chômage ou le football. » Pensait-il au Plan Marshall pour les banlieues du couple Amara/Sarkozy ?

Interdire les syndicats dans la Justice ? On sera curieux d'entendre la réaction de Nicolas Sarkozy sur le sujet. Pour l'instant, il paraît qu'il chasse l'ennui au Cap Nègre, après son séjour canadien dans un chalet prêté par son ami le milliardaire Paul Desmarais.

Dans le combat (à mort) entre Copé et Fillon, la Droite forte ne choisit pas. Elle est forte... « En tant que mouvement, La Droite forte ne soutiendra ni François Fillon ni Jean-François Copé, ce qui n'empêchera pas ses membres de choisir, eux, un candidat. »

...à Woerth
La droite forte, c'était celle de la République irréprochable, du Karachigate à l'affaire Woerth/Bettencourt. L'ancien trésorier de l'UMP, animateur du Premier cercle et éphémère ministre du travail pour la réforme des retraites en 2010 s'est dit soulagé, mardi 24 juillet. L'expert indépendant nommé par le ministre du budget Jérôme Cahuzac sur l'affaire de la vente de l'hippodrome de Compiègne. Le secrétaire général du syndicat national unifié des personnels des forêts et de l'espace naturel avait demandé un recours gracieux pour annuler cette cession de 57 hectares à la Société des courses de Compiègne (SCC) pour 2,5 millions d'euros, jugée trop bon marché, réalisée sans mise en concurrence ni l'aval du ministère de l'agriculture. Eric Woerth, ministre du budget et maire de Chantilly, avait validé seul cette vente.

L'expert indépendant a finalement jugé que « la vente pouvait être réalisée de gré à gré ». Ce rapport est donc favorable à l'ancien ministre, mais il ne résout pas tout. Eric Woerth est soulagé, mais son soulagement ne sera complet que lorsque les autres points de cette affaire seront clos. Les enquêteurs de la la Cour de justice de la Républiqueont encore du pain sur la planche.

... ou le Fouquet's ?
La Droite forte, c'est cette UMP qui saisit le Conseil Constitutionnel (où siège désormais son ancien mentor aux côtés de Bernard Debré et Valéry Giscard d'Estaing) contre la contribution exceptionnelle de 3% sur les fortunes.

Elle doit rapporter 2,3 milliards d'euros dès 2012, sur les 7 milliards que le gouvernement Ayrault cherche à récupérer pour limiter le déficit budgétaire à moins de 4,5% du PIB.

L'argument de l'UMP, développé par Gilles Carrez, l'ancien rapporteur du budget sous la majorité Sarkozy, est que cette contribution exceptionnelle n'est pas exceptionnelle. A gauche, on espère bien qu'elle n'est pas exceptionnelle !
«Dès lors que vous estimez que ce n’est pas une vraie contribution exceptionnelle puisque c’est une préfiguration de ce qui viendra après, vous ne pouvez pas tenir l’argument qu’il n’y a pas besoin de plafonnement» (Carrez)
Les anciens du club du Fouquet's sont malicieux: si cette contribution n'est pas exceptionnelle, il faudrait la plafonner pour éviter des prélèvements confiscatoires pour ces fameux contribuables qui cumulent un gros patrimoine et de faibles revenus. C'est la grande obsession de la Droite Forte. Rappelons qu'environ moins de 10.000 bénéficiaires de l'ancien bouclier fiscal récupéraient 0,8% du montant global pour ces motifs.

«Il y a une considération beaucoup plus importante, c’est que nous aurons au moins quelques milliers de contribuables qui vont être dans une situation impossible» (Carrez)

 Une situation impossible ?

Créons un bouclier fiscal plafonné en valeur à 600 euros de remboursement.

Et tout sera réglé.

Sauf pour la Droite Forte.

Ami sarkozyste, reviens. Ils ont besoin de toi.

La Droite forte, c'est la Droite d'avant-hier.




25 juillet 2012

En Syrie comme en Libye, Big Brother est un peu français

Quand la France était en guerre contre la Libye, on a « découvert » qu'une entreprise française avait vendu un puissant système d'espionnage au régime Kadhafi. De surcroît, elle avait été aidé par Nicolas Sarkozy quand il était ministre de l'intérieur.
Depuis que la Syrie est à feu et à sang, voici qu'une autre entreprise française est à nouveau sous les projecteurs pour l'exportation de technologie de Web-surveillance.

La première s'appelait Amesys, devenue filiale de Bull. Son patron de l'époque avait été décoré de la légion d'honneur par Nicolas Sarkozy devenu président. Ce commerce était absolument légal. Amesys fit le ménage comme il put. Nicolas Sarkozy s'était appuyé sur Claude Guéant, Brice Hortefeux et ... Ziad Takkiedine pour cette conclusion commerciale. Le site Mediapart a largement relayé les soupçons de financement politique qui a accompagné cet étrange commerce. Quand il était directeur de cabinet de Sarkozy à l'Intérieur, Claude Guéant avait directement négocié la vente d'équipements de sécurité auprès du colonel Kadhafi entre 2005 et 2007. Ces équipements comprenaient notamment un logiciel d'espionnage baptisé Eagle.

En France, la Fédération internationale des droits de l'homme avait porté plainte en mai dernier à l'encontre d'Amesys pour « complicité d'actes de tortures en Libye ».

La seconde entreprise s'appelle QOSMOS. Son affaire est moins bien partie. Mercredi 25 juillet 2012, le site d'information Owni révélait que la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et la Ligue des droits de l’homme (LDH) devaient déposer une dénonciation contre « des sociétés françaises, dont QOSMOS, pour leurs activités en Syrie. » Motif: « Dans ce document qu’Owni a consulté, les deux organisations ciblent la participation de QOSMOS “aux opérations de répression réalisées par le régime de Bachar El Assad à l’encontre du peuple syrien”. La société a été “mise en cause pour avoir contribué à fournir au régime syrien le matériel de surveillance électronique nécessaire à la répression de la contestation”. Ce qui fait penser à la FIDH et à la LDH que QOSMOS, à l’instar d’autres sociétés françaises, “[pourrait] être impliqu[é] dans la commission d’actes de tortures et de crimes contre l’Humanité.” » .

QOSMOS avait également vendu au régime Kadhafi. Le site Reflets s'était fait l'écho de l'exportation de ces technologies en Syrie, (les Deep Packet Inspections - DPI), qui permettent de « fouiller dans les mails et de reconstituer tout ce qui se passe sur l’ordinateur d’un internaute », pour reprendre une expression d'un directeur marketing de QOSMOS citée par Reflets et Owni. Interrogé le 6 juillet dernier, Olivier Laurelli, co-fondateur de Reflets, avait regretté la différence de traitement entre les Etats-Unis et l'Europe : « le congrès américain a diligenté une enquête et l'entreprise Bluecoat a été condamnée un mois plus tard, alors qu'en France, un an après, il n'y a qu'un début d'enquête, et encore, parce que la FIDH a porté plainte. »


L'entreprise se présente  d'ailleurs ainsi: «Qosmos fournit une technologie d’Intelligence Réseau qui identifie et analyse en temps réel les données qui transitent sur les réseaux. Au-delà d’une simple classification du trafic, la technologie de Qosmos permet également d’extraire du contenu et des attributs protocolaires à des débits de plusieurs dizaines de Gbps – ce qui rend possible une analyse précise et exhaustive de l’activité des réseaux en temps-réel.»

En Syrie comme en Libye, Big Brother est un peu français. 

et il fallut 18 mois de boucherie, des massacres quotidiens de civils, une guerre éponyme, un attentat, et la menace d'utilisation d'armes chimiques pour que ces funestes exportations soient placées au grand jour.



Lire aussi:

Takkiedine, Copé et la Libye: ces affaires qui continuent

Dans sa conquête de l'UMP, Jean-François Copé peut-il souffrir du déroulement de l'instruction sur le Karachigate ? Il est déjà énervé par la confiance de François Fillon, mais rares sont les journalistes à lui rappeler cette autre facette de son si récent passé.

En janvier dernier, nous apprenions que Jean-François Copé, quand il était ministre du Budget, aurait concédé une ristourne fiscale à ... Ziad Takkiedine. 

Mais il y avait plus grave, bien plus grave.

En juin dernier, les juges avaient interrogé un neurochirurgien, Didier Grosskopf. Ce dernier a relaté l'épisode désormais connu et daté de 2004 quand Jean-François Copé, alors ministre délégué à l'intérieur et porte-parole du gouvernement Raffarin, avait dépêché avion et chirurgien sur l'île Moustique pour secourir son ami Takkiedine victime d'un accident (que ce dernier qualifia d'attentat).

Le ministre n'avait pas hésité à mobiliser des moyens de l'Etat pour cette affaire, comme le confirma le docteur aux juges français le mois dernier: « Jean-François Copé m'a appelé sur mon portable pour me demander de m'occuper d'un personnage important. La préfecture, après mon accord, est venue me chercher

Le 17 juillet dernier, le site d'informations Mediapart révélait les liens existants entre la banque Barclays et Ziad Takieddine, l'ancien intermédiaire de ventes d'armement proche de Jean-François Copé. Fabrice Arfi et Karl Larske publient de longs extraits d'un rapport interne de la banque britannique daté de février 2009. A l'époque, Takkiedine réclamait un prêt de 13,6 millions d'euros à l'établissement. Le responsable Moyen Orient de la banque a donc étudié le profil du candidat. 


Ce document a été saisi par la justice française: selon les auteurs de l'article, il « révèle en effet la parfaite connaissance par la banque des circuits de blanchiment et d’évasion fiscale mis en place par Ziad Takieddine.» On peut notamment y lire que « Les activités de Ziad découlent essentiellement de la mise en œuvre de contrats entre le gouvernement français et le Moyen-Orient, précisément le Liban et la Libye. Il connaît personnellement le chef de gouvernement Nicolas Sarkozy, et l’a introduit auprès du gouvernement libyen. »
Le responsable local de Barclays a également détaillé tout le circuit d'évasion fiscale mis en place par Takkiedine, ainsi que les sommes restant à percevoir par l'homme d'affaires au titre de ces missions pour la Sarkofrance (notamment le contrat Amesys): « Comme on peut s’y attendre pour un client de la nature de Ziad, ses avoirs sont détenus par le biais de structures offshore, bien qu’il soit, lui et non un trust, le bénéficiaire direct de chacune (...) En raison de sa résidence à Paris, la structure de ses propriétés d'actifs est un peu complexe.»


Un peu complexe ?




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24 juillet 2012

François Hollande défonce la France pétainiste. Merci.

L'hommage était tout sauf anodin.
« j’ai été fier d’être français et admiratif de la personne qui parle au nom du peuple français. ».  
Cette confession émanait d'un confrère blogueur, Alter-Oueb. Elle résumait bien ce que des millions de concitoyens pouvaient penser. François Hollande, ce dimanche 22 juillet, s'adresait au nom de la République sur la Rafle du Vel d'Hiv.

L'absence de reconnaissance du rôle de l'Etat français dans la déportation des Juifs en France entre 1940 et 1944 a longtemps été une tare nationale. Il fut reproché à François Mitterrand, à juste titre, d'être si silencieux sur la Rafle du Vel d'Hiv. L'ancien chef d'Etat était trop soucieux de ses anciennes amitiés. A l'inverse, Jacques Chirac président fut remercié, à juste titre, pour son hommage aux victimes de la Rafle du Vel d'Hiv. de juillet 1942. Nicolas Sarkozy, qui avait embauché le fils Klarsfeld pour un quelconque strapotin, eut l'hommage très volatile, trop rapide et discret.
« Nous sommes rassemblés ce matin pour rappeler l'horreur d'un crime, exprimer le chagrin de ceux qui ont vécu la tragédie, évoquer les heures noires de la collaboration, notre histoire, et donc la responsabilité de la France.»
Ce dimanche 22 juillet à Paris, François Hollande n'a pas seulement rendu hommage aux victimes. Il a enfoncé, défoncé, déchiqueté l'ignoble héritage de la Collaboration, la France pétainiste, la collusion avec le Mal nazi.
« Nous sommes ici aussi pour transmettre la mémoire de la Shoah.»
Car François Hollande fut presque exhaustif dans l'énumération du malheur.
« Ce crime s'est déroulé ici, dans notre capitale, dans nos rues, dans nos cours d'immeuble, dans nos cages d'escalier, sous nos préaux d'école.
Il allait ouvrir la voie à d'autres rafles, à Marseille et dans toute la France, c'est-à-dire des deux côtés de la ligne de démarcation. Il y eut aussi d'autres déportations, notamment celle de Tsiganes. »
Car les meurtres furent nombreux. Et au nom de la France. Sarkozy, en son temps, n'aimait pas la repentance.
« 76.000 Juifs de France furent déportés vers les camps d'extermination. Seuls 2.500 en sont revenus. Ces femmes, ces hommes, ces enfants, ne pouvaient pas s'attendre au sort qui leur avait été réservé. Ils ne pouvaient pas même l'imaginer. Ils avaient confiance dans la France.»
Confiance dans la France, c'était justement ça. Hollande insista sur le pire de ce crime, la collaboration autonome et sans contrainte de certains Français, de l'administration française, de la France officielle de cette (sale) période-là, cette « trahison ». Son discours fut sans détour, sans excuse: « Ils croyaient que le pays de la grande Révolution, que la Ville Lumière, leur serviraient de refuge. Ils aimaient la République avec une passion inspirée par la gratitude. »

Lundi matin, la presse - même de droite - était incrédule.  Quelques souverainistes historiques tels Jean-Pierre Chevènement (à gauche) ou Henri Guaino (à droite) protestèrent. Ce dernier était même scandalisé.

Mais qu'importe.

François Hollande avait été grandiose et cinglant. Il avait livré le discours qui manquait.





23 juillet 2012

Quand les députés UMP boycottent le président de la nouvelle Tunisie

C'est un tweet parmi d'autres, d'un citoyen révolté par la récente attitude de l'UMP française, le 18 juillet dernier.
« La droite qui a soutenu le dictateur Ben Ali pendant la révolution boycotte le premier président arabe démocratiquement élu. Bravo les gars.»
A l'Assemblée nationale, Moncef Marzouki, nouveau président de la nouvelle Tunisie venait s'adresser à notre représentation nationale. La situation tunisienne est loin d'être simple, mais la Tunisie n'avait pas sombré depuis la chute de l'autocrate Ben Ali. Ce dernier venait de proposer de restituer une fraction des milliards de dollars que sa famille avait détournés du pays vers la Suisse ou ailleurs en une quarantaine d'années de dictature.

A peine entré dans l'hémicycle pour sa déclaration solennelle, une large frange des députés UMP avait déserté les rangs, pour mieux bouder son intervention.

Pour la France, c'était indigne. Tout simplement indigne.

Un ancien député UMP, Didier Julia, n'a pas hésité à se déclarer « consterné par l'attitude de certains représentants de l'UMP à l'égard du Président Monzef Marzouki qui dans son pays et pour le monde entier incarne la laïcité, la tolérance et le besoin de justice ». «J'appelle tous mes compagnons de route à s'informer sur le terrain et à rendre hommage à ce que l'on peut appeler le modèle tunisien.»

Il fut effectivement surprenant d'entendre le député UMP Pierre Lellouche excuser son absence au motif que « le processus démocratique n'est pas encore stabilisé ». En 2006, le même Pierre Lellouche faisait du lobbying pour l'autocrate Ben Ali lors d'un voyage organisé à Djerba par les autorités tunisiennes de l'époque.

A peine élu, l'ancien Monarque s'était rendu en juillet 2007 en Tunisie embrasser Ben Ali et louer les progrès de la démocratie. Ben Ali n'avait aucun souci à ce faire, Nicolas Sarkozy n'avait d'irréprochable que la plus grande des continuités en matière de diplomatie discutable. Et Rama Yade, éphémère secrétaire aux Droits l'Homme dans le gouvernement Fillon, n'était pas choquée par son voyage à Tunis.

En avril 2008 pour une seconde visite, le même mépris pour la situation des droits de l'homme fut de mise. En 2009, il avait salué dans les premiers la réélection de Ben Ali à 89% des suffrages. Son second ministre de la Culture adorait le pays au point d'en être citoyen d'honneur.

Le printemps arabe avait commencé en Tunisie, en décembre 2010. La Sarkofrance resta paralysée face à l'agitation populaire déclenchée par l'immolation d'un jeune marchant de légumes. La ministre Michèle Alliot-Marie était en vacances, invitée en jet et villas par un riche homme d'affaires ami de famille et du régime. Elle en avait profité pour rencontrer le ministre de l'intérieur tunisien, Rafik Haj Kacem, et le chef de la garde présidentielle, Ali Seriati.

La Sarkofrance ne voulut reconnaître l'opposition qu'une fois l'autocrate local Ben Ali enfin destitué, un vendredi 14 janvier 2011. Quelques jours avant cet heureux dénouement, le gouvernement Fillon/Sarkozy avait même tenté d'envoyer des grenades lacrymogènes au régime en place. La ministre des Affaires étrangères proposait aux autorités le « savoir faire » français en matière de maîtrise des manifestations. Ben Ali exilé, la Sarkofrance nomma un nouvel ambassadeur français, Boris Boillon. Le jeune homme - 40 ans à peine - se félicitait de parler arabe et de connaître intimement le colonel Kadhafi. Lors d'une première rencontre avec la presse (libre) locale, il fut si hautain qu'il déclencha une manifestation réclamant son départ !

La Tunisie libérée, le pays organisa des élections présidentielles puis législatives. A la première vainquit un ancien opposant laïc, longtemps réfugié en France, Moncef Marzouki. Aux secondes, le gagnant fut le parti islamiste modéré Ennadha. Bien sûr, rien n'est gagné, la démocratie n'est pas acquise. Mais la réaction de ces députés UMPistes à la venue de Moncef Marzouki ne souffrait aucune excuse.

Imaginez un instant que des députés socialistes se soient retirés à la première venue de Vaclav Havel, premier président de la République tchèque post-communiste. Quelle aurait été notre réaction collective ? De l'indignation.

Marzouki fut évidemment reçu à l'Elysée. Et François Hollande ne pouvait qu'assurer le nouveau président du soutien de la France:  « Après le temps de la révolution, il faut assurer le temps de la transition. C'est ce que vous êtes en train de traverser. Et la France doit être à vos côtés. A vos côtés ça veut dire répondre à toutes les demandes que vous voudrez bien nous adresser sur la question de la dette, sur la question de l'aide, sur la question aussi des relations économiques, commerciales ».

A l'Assemblée, le président tunisien eut quelque peine à convaincre que l'islam politique saurait être démocratique (« L'islam démocratique, il ne faut pas en avoir peur »). Il est trop tôt. Mais il eut des mots simples de reconnaissance envers son hôte d'un jour: « Mais la partie essentielle de la France, celle des partis et des syndicats, des organisations de la société civile, la France des médias, des intellectuels et des simples citoyens, la France qui m'a donné asile, ne nous a jamais fait défaut et nous a soutenus autant qu'elle le pouvait.»

En Tunisie, rien n'est gagné. Mais chez certains députés UMP, trop nombreux, tout est déjà perdu.

22 juillet 2012

Quand on parle de l'ISF, les ténors de l'UMP se planquent

Jeudi 19 juillet, les députés continuaient de plancher sur le collectif budgétaire estival. Le sujet du jour était le renforcement de la fiscalité du patrimoine et des grandes entreprises.

Bizarrement, les ténors de l'UMP, qui s'étaient déchaînés sur les bancs de l'Assemblée pour fustiger la suppression de la défiscalisation des heures sup', n'étaient plus là. Xavier Bertrand, Eric Woerth et autres Pécresse s'étaient fait porter pâle. Le sujet était politiquement moins porteur.

La « flibusterie parlementaire » de l'opposition, comme l'a qualifié le ministre du budget Jérôme Cahuzac, continuait cependant. Et voici le florilège du jour des arguments et positions des députés UMP et UDI.

Charles de Courson (UDI) s'alarma de la baisse de rentabilité du patrimoine à cause de la taxation renforcée des fortunes proposée dans le collectif: « La rentabilité du capital a chuté ces quatre dernières années (...) Alors même que la rentabilité du patrimoine est en baisse, le Gouvernement nous propose un barème non modifié, ce qui n’est pas du tout cohérent, puisque cela signifie que, si le taux supérieur est maintenu à 1,8 %, plus la rentabilité du capital baisse plus la pression s’accentue, jusqu’à devenir confiscatoire. Il est en second lieu incroyable que l’étude d’impact n’analyse pas les risques de voir s’amplifier les délocalisations de détenteurs du patrimoine. »

Le même Charles de Courson proposa de rétablir le bouclier fiscal (que Sarkozy avait renforcé en 2007 puis supprimé en 2011), mais à 70%.

Gilles Carrez, président UMP de la Commission des finances, eut cet exemple savoureux par sa représentativité, pour justifier son opposition au durcissement de l'ISF: « Considérez un professeur de collège qui se trouve appartenir à une famille propriétaire d’une entreprise de taille intermédiaire (...) : si l’ISF que paie le professeur de collège mange la totalité de son traitement, voire excède celui-ci, il va être conduit à vendre ou bien à exiger que l’entreprise distribue des dividendes au moins supérieurs au montant de son impôt.»

A un député socialiste qui s'amusait du « moins d’enthousiasme » à droite « pour demander aux patrimoines les plus importants de participer au redressement » que sur la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaire, l'UMPiste de Mulhouse Arlette GrossKot répondit sans rire ni sourire: « Nous défendons les classes laborieuses. »

Contre le relèvement des droits de succession, l'UMP Alain Chrétien s'exclama: « Monsieur le ministre, faire croire que l’augmentation en 2007 du montant de l’abattement à 159 000 euros par parent et par enfant a principalement bénéficié aux contribuables les plus aisés est une imposture ! Vous allez à nouveau taxer les personnes qui souhaitent transmettre à leurs enfants un patrimoine qu’ils ont mis toute une vie à constituer et à construire. Oui, nous le savions déjà : vous n’aimez pas les riches.» Involontairement, l'homme reconnaissait donc que la mesure concernait les riches... Une député de gauche rappela d'ailleurs que 80% des foyers français n'étaient pas concernés par ce durcissement.

Le même Chrétien s'indigna encore: « porter le délai à quinze ans, presque trois fois plus qu’il y a un an et demi, signifie que la plupart des familles ne procéderont à la mutation qu’une seule fois. Cela revient à tuer la transmission du patrimoine sur toute une génération. » Quinze ans, une génération ! Arlette Grosskost s'est aussi enflammée: « C’est au contraire la classe moyenne, la classe des ouvriers que vous taxez une nouvelle fois ».

Marc Le Fur - l'homme au pot de fleur - rajouta: « cet article est un crime à l’égard de la famille. C’est un crime à l’égard des classes moyennes. C’est un refus de la notion de transmission. » Etranglé d'émotion devant la perspective de cette taxation des successions, l'UMPiste Hervé Mariton fit cette glissade surprenante vers l'homoparentalité : « C’est notre vision de la transmission, de la famille qui est en jeu; (...) vous voulez faire évoluer la conception de la famille vers une prise en compte de la famille complexe, qu’il s’agisse du statut du beau-parent, de l’homoparentalité, et, comme il vient d’être proposé en Californie récemment, de la reconnaissance d’un nombre de parents supérieur à deux – trois, quatre ou, dans l’hypothèse d’une recomposition, un nombre supérieur encore. »

Alain Chrétien défendait l'amendement 69 pour réduire de 15 à 10 ans le délai entre deux donations manuelles de 30.000 euros au plus exonérées de droits de succession:  « Vous avez été très rigide durant ces dernières heures, monsieur le ministre. Une durée de quinze ans pour les dons manuels nous paraît vraiment excessive. Vous pourriez donc, dans votre mansuétude, faire un geste sur cet amendement. »

Charles de Courson proposa l'abandon de la nouvelle taxe de 3% sur les dividendes en contrepartie d'un relèvement de 0,5 ou 0,6 point de l'Impôt sur les sociétés.

Jacques Myard, l'un des chantres de la Droite Populaire, refusait le doublement du taux de la taxe sur les transactions financières au motif que cela avantagerait la City de Londres contre la Bourse de Paris: « Les Anglais, une nouvelle fois, vont bénéficier du système que nous sommes en train de mettre en place. (...)  Même si le taux reste très modeste, nous sommes en train de nous mettre en position de faiblesse vis-à-vis de la City qui s’en frotte les mains. ». Au passage, ses collègues UMPistes confirmat ce que l'on savait déjà: cette fameuse taxe créée en urgence par Sarkozy en début d'année n'était que l'impôt de Bourse que le même Sarkozy avait supprimée en 2007.

Dominique Tian proposa de permettre aux PME de titriser leurs créances fiscales au titre du crédit impôt recherche; c'est-à-dire, en des termes moins techniques, de transformer ces créances en titres financiers placés dans des fonds qui pourraient ensuite en faire le commerce...

Ils sont tous candidats à la présidence de l'UMP

Les candidatures se dévoilent une à une. La gauche aurait tort de s'en désintéresser. La question du leadership post-Sarkozy du parti principal de la droite engage l'avenir et la démocratie.

Rien n'est gagné.

Le 10 juillet dernier, la COCOE (Commission d’Organisation et de Contrôle des Opérations Électorales de l'UMP) a dévoilé les règles de candidature: il faudra au moins 3% des adhérents à jour de cotisation au 30 juin 2012 répartis sur au moins 10 fédérations différentes pour se porter candidat à la présidence du parti. Au passage, nous avons appris que l'ancien parti majoritaire comptait  264.137 adhérents à jour de cotisation au 30 juin 2012.

A ce stade, les candidatures dévoilées ne permettent pas de distinguer des différences programmatiques ou d'orientations politiques. C'est le choc des personnes, pas des idées.

François Fillon: l'ancien premier ministre l'a annoncé par un tweet. On le croyait gaulliste social, maltraité par 5 années de sarkozysme. Il s'est doté d'Eric Ciotti, l'un de ces extrêmes-droitistes de l'UMP comme directeur de campagne. A Paris, Fillon s'est fait élire dans une circonscription sans risque. Fillon n'a sans doute de courage politique que l'image que ses amis tentent de donner de lui. Il peut compter sur les soutiens

Jean-François Copé: trop sensible à l'argent et au pouvoir, il pense qu'il n'a pas été grillé par son amitié tenace et profitable avec l'intermédiaire Ziad Takkiedine. ce dernier, qui a fait fortune entre 1993 (pour le compte des Balladuriens) et 2007 (pour le compte des Sarkozystes) est au coeur de l'instruction sur le Karachigate. Copé s'était également permis de cumuler un poste d'avocat d'affaires quand il était président du groupe UMP à l'Assemblée entre 2007 et 2010. Sarkozy lui a donné la direction de l'UMP. Il a reçu l'imprévu soutien de Jean-Pierre Raffarin, preuve qu'il sait même rassembler des centristes de l'UMP.

Nathalie Kosciusko-Morizet: elle incarnait la droite anti-FN après un ouvrage presque remarqué publié à l'été 2011. Presque centriste, elle ne supportait pas Jean-Louis Borloo. Puis l'aristocrate de Longjumeau s'est donnée corps et âme au porte-parolat de Nicolas Sarkozy pour une campagne ratée et conduite à l'extrême droite. Depuis la défaite, elle tente de faire oublier toutes les couleuvres frontistes qu'elle a avalé sans sourciller. Samedi 21 juillet, elle a officialisé son ambition à la tête de l'UMP. Elle voudrait «reconstruire une droite qui met de la clarté dans ses valeurs de travail et d'autorité mais qui investit des sujets modernes». Après 5 années de sarkozysme, sous-entendrait-elle qu'il y a matière ?

Dominique Dord: député de Savoie et maire d'Aix-les-Bains, il a pris le relais d'Eric Woerth à la trésorerie du parti en 2010 quand ce dernier avait sombré lors du scandale Woerth/Bettencourt.

Philippe Herlin: illustre inconnu, économiste de profession, militant UMP, visiblement de tenedance libérale (sic!).

D'autres se tâtent: Bruno Le Maire aimerait bien faire entendre sa voix. Il « compte » ses soutiens parmi les parlementaires. Rachida Dati, toujours soucieuse d'entretenir sa notoriété, a fait savoir qu'elle « réfléchissait ». Elle aurait rassemblé 120 éluEs de l'UMP dans un collectif baptisé A Droite Toutes. Xavier Bertrand, ex-ministre du travail et de la santé, se verrait bien un destin à la François Hollande. Christian Estrosi craint d'être contraint à se présenter (sic!) si le sarkozysme était mal représenté dans cette course au perchoir. Il y a quelques semaines, Alain juppé pensait être un recours.

Ami sarkozyste, n'hésite pas.


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21 juillet 2012

272ème semaine politique: la gauche vote, la droite enrage

Les choses sérieuses commençaient enfin.

L'Assemblée votait à nouveau et enfin. La gauche s'attaquait aux derniers vestiges du sarkozysme fiscal. Les débats étaient donc enragés. L'UMP peinait encore à renouveler ses repères, les dérapages machistes de la semaine en étaient la preuve.

En coulisses, les ministres négociaient avec Bercy leur budget de l'an prochain. La situation était toujours aussi grave.

Lundi, l'anniversaire était grave. 
Il y a 70 ans, des policiers français commandés par un préfet français raflaient près de 13.000 Juifs à Paris pour les parquer au Vel d'Hiv, près du pont Bir Hakeim à Paris, avant de les déporter vers un internement provisoire en province puis les camps de la mort. Dimanche 22 juillet, François Hollande devait prononcer un discours très attendu.

A Paris, le microcosme s'agitait sur la nomination d'Audrey Pulvar, compagne du ministre Arnaud Montebourg, à la direction éditoriale des Inrocks. C'était presque aussi grave qu'un sénateur UMP possède le premier quotidien national d'information du pays.

Mais l'action politique, la vraie, celle qui exige notre attention, qui engage le pays et témoigne - ou pas - de la nouvelle gouvernance du pays avait enfin démarré.


A l'Assemblée, les débats étaient violents.
Ils étaient enragés parce que l'opposition de droite était enragée mais sans autre repère que le sarkozysme si récemment déchu. Marc Le Fur traita la ministre Fleur Pellerin de pot de fleur, pendant que ses collègues UMP sifflèrent la robe portée par la ministre Cécile Duflot. Ces railleries machistes étaient l'un des derniers refuges de quelques quinquas flétris par une décennie de mandature godillot. Contre la re-fiscalisation des heures supplémentaires, les ténors étaient tous là, ou presque. Contre le renforcement de la taxation des fortunes et des successions, Xavier Bertrand, Eric Woerth, Jean-François Copé, François Fillon, Bruno Le Maire et Valérie Pécresse s'étaient fait porter pâle. Le sujet était moins porteur. Quelques seconds couteaux attaquèrent, bien seuls.  L'UMP Hervé Mariton osa accuser la gauche de «ne pas aimer la famille». Marc Le Fur, encore lui, dénonça un « crime » contre les riches.

Les députés votèrent la loi de finances rectificative, celle-là même annoncée par Jean-Marc Ayrault avec ses 7 milliards d'euros d'impôts supplémentaires pour tenir les 4,5% de déficit budgétaire promis en fin d'année. Entre autres, les députés de gauche votèrent la fin de l'exonération fiscale et de cotisations des heures supplémentaires, l'un des vestiges les plus emblématiques du Sarkozysme budgétaire. A droite, on se prit soudain d'une incroyable admiration pour ces millions de Français modestes supposés bénéficier du dispositif. On clama aussi que cette re-fiscalisation favoriserait les heures sup' non déclarées (ce qui confirmait l'inutilité du dispositif sarkozyste) et le travail intérimaire (sic!) . Il fallu rappeler combien cette défiscalisation était inefficace (un effet d'aubaine), contreproductive (400.000 d'emplois équivalent temps plein), injuste (subventionner les employeurs qui n’embauchent pas ?), et coûteuse (4 milliards d'euros par an, non financée de surcroît !).

Les députés de gauche votèrent aussi la suppression de la hausse de la TVA décidée par Nicolas Sarkozy, un durcissement des droits de succession (via la réduction de 159.000 à 100.000 euros par enfant, du montant de dotation défiscalisée, soit un retour à la situation pré-Sarkozy), une augmentation exceptionnelle de l'ISF (2,3 milliards d'euros en 2012), un doublement de la taxe sur les transactions financières, la surtaxation des dividendes, la hausse du forfait social de 8 à 20 %, et la baisse de 30% du traitement du président de la République et des ministres. Il supprimèrent la franchise de 30 euros imposée aux immigrés sans papier pour bénéficier de l'Aide Médicale d'Etat (dont le frontiste Gilbert Collard réclamait carrément la suppression), une aberration sanitaire dénoncée par les médecins.

Cette rigueur serait-elle juste ? 
Ce premier collectif l'était, mais la prochaine loi de finances pour 2013 sera le véritable moment de vérité.

Au gouvernement justement, certains ministres bataillaient ferme pour préserver leurs budgets contre les services de Bercy désormais dirigés par Jérôme Cahuzac. A la Culture, la ministre Aurélie Filippetti s'était inquiétée, lors de son passage remarquée au Festival d'Avignon, de ces tensions budgétaires. Sa collègue du Logement, Cécile Duflot, s'alarmait qu'on prélève 1,8 milliard d’euros (sur un budget total de 3,5 milliards en 2012) sur les fonds du 1% logement. Mais elle présenta sa feuille de route en conseil des ministres: construction de 500.000 logements dans les 5 ans, blocage des augmentations de loyers au changement de bail, plan de performance thermique de l'habitat en septembre.

Pierre Moscovici était parti rencontrer ses collègues européens des Finances et du FMI. La menace d'un éclatement de la zone euro est plus que jamais crédible. Arnaud Montebourg passait d'un plan social à un autre. Après le choc des annonces de PSA vendredi 13 juillet, Hollande avait annoncé le lancement d'une contre-expertise publique. Thierry Peugeot se sentait « visé ». Après 4 milliards d'euros d'aides publiques ces 5 dernières années, il avait de quoi. Fillon vint à sa rescousse, accusant Montebourg de « mettre à ce point en cause l'image d'une entreprise pour le plaisir ». Fillon était cet ancien premier ministre d'un Monarque qui aimait tant prendre le PDG de Renault comme bouc-émissaire... De toutes façons, l'actuel ministre du redressement productif avait plusieurs dizaines d'autres plans sociaux à affronter.

Lundi, François Hollande installait officiellement la commission présidée par Lionel Jospin et chargée de « la rénovation et de la déontologie de la vie publique. » L'ancienne ministre sarkozyste Roselyne Bachelot y participait. La commission a quelques mois à peine pour proposer des mesures, entre autres sur le non-cumul des mandats, une réforme des scrutins et « des règles déontologiques de nature à garantir la transparence de la vie publique ».

L'UMP restait en rage.
En interne, c'était la guerre des chefs pour la présidence du parti dont l'élection est prévue en novembre. Rachida Dati (raillée par Bernard Debré pour ses tenues Dior) et Bruno Le Maire y pensent. Jean-François Copé espérait pouvoir attendre fin août pour trahir un secret de Polichinelle, et compter sur les franges droite et libérale du parti. Mais le sécuritaire Eric Ciotti est devenu directeur de campagne de Fillon. Et Copé traînait trop de casseroles avec son ami Takkiedine dans l'affaire de Karachi.


Ami sarkozyste, reviens.

Les choses sérieuses commencent enfin.


20 juillet 2012

La gauchosphère à l'abordage d'une droite sans repère

On la croyait fatiguée après ces cinq dernières années d'opposition, au repos après les succès électoraux récents; ou incapable d'inspiration sous la présidence jugée trop normale de François Hollande.

Pourtant, elle est bien là. La gauchosphère n'est pas en vacances. L'occasion de ces premiers débats parlementaires nous le rappellent.

Voici une sélection non exhaustive de quelques récents billets.

Partageons mon avis: Pourquoi l’UMP est-elle si nulle ? Illustration... 




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A vos claviers!