12 juillet 2012

Ce qu'il faut retenir de la Conférence sociale.

Laissez l'UMP de côté. Trop occupée à trier ses valeurs et ses chefs, elle n'avait pu aligner une critique constructive sur le sujet du moment, la question sociale. La campagne avait révélé combien chômage et  précarité dominaient les autres thèmes. La crise est toujours là, n'en déplaisent à quelques-uns qui tentèrent de nous faire croire que l'ancien Monarque avait protégé les Français et placé le pays sur la voie du redressement.

Lundi et mardi, le gouvernement a donc organisé le premier « Grenelle » social depuis plus d'une décennie. Sarkozy aimait les sommets d'urgence, Hollande avait promis de la concertation. De cette rencontre, il est ressorti quelques bonnes idées, et des absences. Le Medef a failli claquer la porte, les syndicats de salariés étaient satisfaits.
  1. Le financement de la protection sociale sera la priorité de l'année, déficits obligent. Sarkozy préférait une hausse générale d'une TVA pourtant des plus élevées en Europe. Une mesure qui frapperait le porte-monnaie des plus fragiles, tout en épargnant les revenus du capital et du patrimoine. La CSG devrait augmenter, mais pour 2013. La CFDT y est favorable. La CGT y est hostile. Ayrault ne l'a pas confirmée. La CSG a l'avantage d'être un impôt qui frappe tous les revenus (capital, foncier), et non seulement le travail.

  2. Une nouvelle réforme des retraites est prévue pour 2013. On savait que Nicolas Sarkozy n'avait rien sauvé, tout juste donné un peu de répit au prix de beaucoup d'injustice. En 2010 déjà, une révision à court terme était inévitable. La réforme Sarkozy reposait sur des hypothèses de croissance et d'emploi farfelus. Nous étions et sommes toujours en pleine crise. Et la réforme Sarkozy faisait l'impasse sur une quinzaine de milliards d'euros par an. Le patron de FO anticipe un joli conflit: « Je dis tout de suite : dossier rock and roll. (...) On ne peut pas dire que le consensus existe. Il n'existait pas avant je ne vois pas pourquoi il existerait demain. »
  3. La loi sur la rémunération des patrons, peut-être sur le modèle américain « say on pay » (qui impose de faire voter la rémunération des dirigeants en AG d'actionnaires) sera proposée en octobre. D'ores et déjà, une vingtaine de dirigeants d'entreprises publiques, mandataires sociaux, ont vu leur traitement fixe et variable se réduire au plafond de 20 fois les plus basses rémunérations de leurs entreprises. Dans son discours de clôture, Ayrault a évoqué la présence des représentants des salariés dans les comités de rémunération des entreprises... Fichtre ! Une révolution....
  4. Le chantage « emploi contre salaires » n'est plus l'ordre du jour, a promis Jean-Marc Ayrault. Les sarkozystes (et quelques autres) appelaient cela « les accords compétitivité/emploi »: « baisse ton salaire sinon j'te vire». En septembre, le gouvernement proposera un document d'orientation sur la « sécurisation de l'emploi » pour que les partenaires sociaux négocient un accord d'ici le premier trimestre 2013. Au menu, lutte contre la précarité, bilan du chômage partiel, sécurisation des licenciements collectifs, encadrement des licenciements « abusifs », obligation de recherche d'un repreneur, accord sur le travail des handicapés.
  5. Lors de cette conférence, on a promis beaucoup de négociations. C'est la limite de l'exercice. Si Hollande avait annoncé des mesures immédiates, on l'aurait accusé de fausser la concertation. Il « concerte », et donc on l'accuse de ne pas décider. L'année sera donc sociale avec au menu :
    • l'égalité hommes/femmes (la loi Sarkozy/Bertrand promettait des sanctions bien légères) et les conditions de travail; en particulier, le temps partiel subi (fixer une durée minimale pour les temps partiels ?); la parité dans les instances du personnel; et une refonte du congé parental pour y inclure un volet formation (« Si le congé parental a été dans l'histoire une avancée, il est pris à 98% par les femmes, ce qui finit par constituer une trappe à inactivité», a jugé Najat Vallaud-Belkacem.)
    • le contrat de génération (en septembre): exonération de charges sociales pour l'embauche en CDI d'un jeune de moins de 30 ans placé sous le tutorat d'un senior de plus de 55 ans;
    • la régionalisation des fonds de formation; 
    • la politique salariale et des carrières au sein de la fonction publique (la RGPP est enterrée);
    • les modalités d'indexation du SMIC sur la croissance
A droite, l'UMP ne fut pas à la hauteur. Quand Sarkozy avait organisé sa grand-messe écologiste dit du « Grenelle » en octobre 2007, l'opposition s'était tue. Pour cette conférence sociale, Jean-François Copé s'est fendud'une large interview dans les Echos pour en condamner le principe même : « c'est du cinéma » a-t-il dénoncé. Il était grand acteur  Sa mauvaise foi était incroyable: il dénonça la « pauvreté de la session parlementaire » qui s'ouvre. « il y a 5 ans, nous avions multiplié les réformes »... On pouvait sourire: il y a 5 ans, la seule réforme économique votée durant l'été était la fameuse TEPA. Ce paquet fiscal était si néfaste, si inefficace, si anachronique que Nicolas Sarkozy lui-même le détricota ensuite quasiment intégralement – à la seule exception de la défiscalisation des heures sup et du renforcement du crédit impôt recherche.

Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand (UMP) taclèrent les projets non annoncés de hausse de la CSG: «Une augmentation de la CSG, pour moi, c'est criminel» a déclaré le premier. Rappelons que la seule hausse de 1,6 point de TVA prévue par Sarkozy (et annulée par Hollande) représentait 11 milliards d'euros de prélèvements sur les consommateurs - retraités, salariés, etc. C'est le même rendement que la hausse d'un point de CSG, mais qui, pour le coup, ne concerne pas que les revenus des salariés mais aussi ceux du capital et du foncier. Les cris d'orfraie UMPistes sur le thème du pouvoir d'achat sont particulièrement mal placés ! A gauche, une bonne dose de pédagogie sera nécessaire.

Au Medef, Laurence Parisot, qui pourtant semblait accepter la démarche d'ensemble, eut un « coup de sang ». Elle était furax des projets gouvernementaux en matière de rémunération des patrons...

Chassez le naturel...

19 commentaires:

  1. Des avancées, oui. Mais pas toutes les réponses, ni sans doute toutes les solutions.
    Mais c'est mieux que le précédent quinquennat, c'est clair.
    Par contre, je suis restée sur ma faim et là, suis un peu contrariée.
    Je me surprend à piaffer d'impatience.
    Hollande a promis une allocation unique formation à tous les jeunes de 16 à 25 ans, il me semble.
    Pour les jeunes qui arrêtent l'école et ceux qui font leurs études avec rien en poche.
    C'est important pour les emplois de demain, c'est important quand on voit tous ces jeunes qui abandonnent, vu l'augmentation du prix des études, vu que Sarkozy n'a rien fait sur le sujet, ni ses ministres.
    Là est une des clés de la croissance.
    Et on ne dit rien dessus, d'où mon malaise et mon impatience.
    En sais-tu plus dessus, vu que tu as des contacts que je n'ai pas?
    Faire l'impasse sur cette mesure serait une grave erreur

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  2. Désolé de ne pas être encore une fois d’accord avec vous, Juan, mais la CSG est payé par principalement par les salariés. C’est tout à fait exact de dire qu’elle s’applique à la fois au revenus du travail comme ceux du capital. Cependant, elle n’est pas progressive (tout le monde paye le même taux qu’il soit milliardaire ou smicard) ce qui n’en fait pas forcement l’impôt le plus progressif et socialement responsable qui existe. Même les chômeurs la paye. La CSG a aussi pour but de servir au financement des déficits sociaux. L’utiliser pour renflouer les caisses de l’état c’est un peu dévoyer son sens.

    Une hausse de la CSG a par contre le gros désavantage de n’être payé que par les Français en fin de compte. Par opposition, une hausse de la TVA s’applique à tous les biens de consommation y compris ceux qui sont importés. Elle a donc pour avantage de redonner un peu de compétitivité à la production nationale par vis-à-vis des importations qui elles n’ont pas forcement à payer les même charges sociales et donc peuvent être moins cher. C’est justement cette voie qu’a suivit l’Allemagne et dont l’Espagne s’apprête à emboiter le pas.

    Economiquement, je pense qu’une augmentation de la TVA aurait été plus bénéfique compte-tenu de son impact sur la production nationale. En gros, on demande aux gentils chinois de payer une partie de nos déficits. Je ne pense pas aussi qu’elle soit foncièrement plus injuste qu’une hausse de la CSG puisque tout le monde y est assujetti. Seulement, la hausse de la TVA c’est une idée de Sarkozy. Il faut forcement faire différent même si c’est probablement moins efficace et tout aussi socialement injuste… forcement, il faut faire de gauche.

    Encore une occasion ratée au nom des impératifs politiques.

    Et pour finir : ne vous avais-je pas prévenu que les classes populaires et moyennes seraient elles aussi mises à contribution. C’est un plaisir de lire que vous avez tant hâte de payer plus d’impôt, Juan…. Décidément, les 5 prochaines années vont être très très longues…

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  3. @ Coin le Canard

    Mes études de sciences économiques sont très loin derrière moi, c'est sans doute ce pour quoi j'ai du mal à saisir :

    Vous dites que la TVA s'applique à tous les produits y compris ceux importés, et qu'une hausse redonnerait de la compétitivité aux produits nationaux vis-à-vis des produits importés. Il me semble que si les produits importés sont plus compétitifs, ils ne le sont pas moins avec une hausse qui s'applique à tous et qui est proportionnelle, et que bien au contraire, ceux qui sont les moins compétitifs (les plus chers, les nôtres) augmenteront plus que les autres, et seront donc encore moins compétitifs.

    Vous dites aussi qu'une hausse de la TVA c'est demander aux gentils Chinois de payer une partie de nos déficits. Comment ? Ils ne payent pas de TVA, eux. C'est nous, les consommateurs, qui la payons.

    Vous dites enfin qu'une hausse de la TVA n'est pas foncièrement plus injuste qu'une hausse de la CSG, parce que tout le monde est assujetti à la TVA. mais la TVA est une taxe à la consommation, donc elle frappe plus, en proportion, les bas revenus que les hauts, puisqu'un pourcentage plus important des bas revenus est consacré à la consommation, et qu'une bonne partie de celle-ci n'est pas élastique.

    Je ne doute pas que vous saurez m'expliquer où mon raisonnement est erroné, et je vous en remercie d'avance.

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  4. @ZapPow

    Merci pour vos questions. Je n'ai pas complètement développé mes idées. Permettez-moi de le faire.

    Une entreprise en France paie des charges social sur ses employés. Grosso modo pour un €1 de salaire quelle donne a ses employés, elle donne €1 à la secu pour la financer ce qui est une bonne chose. Une entreprise chinoise qui exporte en France n’a pas par contre à payer cet €1 supplémentaire, l’état chinois ne jugeant pas nécessaire d’offrir les même prestations sociales à sa population qu’en France (c’est leur choix après tout). Les produits que cette société chinoise vend en France sont donc généralement moins chers, ce qui a tendance à tuer l’entreprise Française.

    L’idée avec la hausse de la TVA c’est de simultanément baisser les charges sur les entreprises françaises.

    La TVA est récoltée tout au long de la chaine de production. La filiale française de la société chinoise qui achète ses biens a la maison mère a €10 et les revends ensuite sur le marché français à €11 paye la TVA sur la différence (la fameuse valeur ajoutée). En augmentant la TVA, on augmente donc les recettes que l’état récolte sur cette derrière.

    Ces recettes peuvent servir à renflouer les caisse de l’état mais aussi à réduire les charges qui pèsent sur les entreprises françaises, ce qui leur redonne un peu de compétitivité. C’est ce que j’appelle « faire payer nos déficits aux chinois ». Comme les France importe beaucoup plus qu’elle n’exporte, c’est quelque chose qui a mon avis devrait être considéré.

    Pour le consommateur final, oui, cela se traduit par une augmentation des prix. Mais c’est à comparer avec la réduction de salaire qu’implique une hausse de la CSG. Ca revient exactement au même : « Tout est plus cher mais je garde mon salaire » contre « les prix restent les même mais j’ai un plus petit salaire net. »… Psychologiquement, c’est peut-être même pire de voir son salaire net baisser parce qu’on mesures plus directement la perte de pouvoir d’achat. Cela peut déclencher un phénomène de retranchement (ne plus dépenser et économiser à la place en vue de la période de vaches maigres qui s’annonce). C’est pas forcement le mieux pour la croissance.

    Bien cordialement.

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  5. @CoinLeCanard: restez branchés, 5 ans, c'est long. Me concernant, je n'ai pas voté Hollande mais contre Sarko. L'affaire est faite. Désolé si vous me découvrez trop tard. Mais votre démonstration est presque convaincante.
    merci du passage.

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  6. @ Juan

    Il faut bien que je vous asticote, ce ne serait pas drole autrement.

    Bien cordialement

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  7. @ Coin le Canard
    "...Il faut bien que je vous asticote, ce ne serait pas drole autrement."

    Va dire çà aux familles des victimes de Karachi, salope !

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  8. @ Coin le Canard

    Pour faire plus court, on gagne en productivité parce qu'on transfère les charges sociales de l'entreprise au consommateur.

    Encore que parler de "charges sociales", c'est déjà adopter un langage idéologique.

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  9. @ZapPow

    Pas entierement. Toute la chaine de production paye la TVA au fur et a mesure, pas simplement le consommateur final.

    Ensuite, je vous ferais remarquer que les entreprises en l'etat actuel reflètent déjà leur charges sociales dans leur prix puisqu'elles fixent ce dernier en fonction de leur couts.

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  10. Quelle que soit la complexité des systèmes de production et de ventes, aucun intermédiaire ne supporte la TVA, qui n'est payée que par le consommateur final. La TVA est neutre à l'égard des modes de production (sous-traitance ou non ; importation de composants ou non). Chaque produit est taxé de la même façon qu'il soit importé ou produit dans l'État concerné.

    Pour les entreprises, l'enregistrement de la TVA perçue sur les ventes se fait aussi simplement que celle grevant les achats. Elles font ce travail avec application pour bénéficier du remboursement de la TVA qu'elles ont payée à leurs fournisseurs


    Je sais bien que la fiabilité de Wikipedia est sujette à caution, mais ce qui est dit là correspond à ce que je sais de la TVA, à savoir que les entreprises se font rembourser la TVA payée à leurs fournisseurs, et que seul le consommateur final paie.

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  11. Je prends pour l'exemple un taux de TVA de 20%. Une entreprise achete un 1k de pomme a €10 hors taxe. Elle paie en fait €12 TTC (10+2). Elle revend ensuite les pommes a €20 (cher les pommes) hors tax. Le client payera le prix TTC de €24 (20+4). A la fin du mois, l'entreprise remplira sa déclaration de TVA. Elle aura collectė pour le compte de l'état €4 de TVA auquels elle soustraira les €2 qu'elle a elle-même payė. Elle enverra donc un cheque de €2 a l'etat.

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  12. Bien au-delà des querelles byzantines pour savoir si une augmentation de la CSG est préférable à un accroissement de la TVA ou vice-versa, la vraie question est posée par Marc Vasseur. Ayant posé une fois pour toutes que ce pouvoir est supérieur au précédent, je pose la question de savoir s'il y a chez lui la volonté de faire des réformes fiscales, sociales, économiques ... favorables au plus grand nombre ou s'il s'agit de mesures cosmétiques de type social-libéral ? Dans le second cas, quelques avancées ne suffiront pas et le résultat ne se fera pas attendre : il sera à la hauteur de la déception des électeurs de gauche. Nous serons vigilants et aurons longuement l'occasion d'échanger sur le sujet.

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  13. Je pense que vous risquez d'être déçu. La conjoncture économique offre très peu de marge. l'avenir nous le dira.

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  14. Faux pour la TVA.
    Elle se répercute et le dernier maillon paye sur la valeur ajoutée.
    Vous êtes commerçant?
    La TVA est de 20% sur le produit fini.
    Taxe de Valeur ajoutée:TVA.

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  15. 1/L'augmentation de la CSG, mensonge du candidat Hollande qui l'avait caché au français et ineptie économique.
    Bravo à coi coin et moi qui paie la TVA tous les mois je suis effaré qu'il y est encore des abrutis pour ne pas comprendre que c'est un impôt pour les entreprises.

    2/ce gouvernement de fonctionnaire n'aime pas les entreprises. Qu'il se rassure, elle le lui rende bien
    http://www.20minutes.fr/economie/970897-patron-psa-veut-baisse-massive-cout-travail-france

    3/bouffon 1er a pris son téléphone pour dire son inquiétude !!!

    http://lci.tf1.fr/politique/hollande-fait-part-de-sa-vive-preoccupation-sur-psa-7413142.html

    Bouge toi le cul feignasse !

    Le président Sarkozy lui il allait sur le terrain et à chaque fois trouver une solution. Aubry avait raison : Hollande est paresseux et les ouvrier trinquent !

    4/PSA c'est que dalle par rapport à ce qui se passe dans les PME. Ce que j'écris sur ce blog depuis des semaines. On va avoir la peau de l'usurpateur et de son gouvernement de fonctionnaire.

    5/Ca va péter !

    Ami socialiste, t'as voulu le pouvoir : tu l'as !

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  16. @ Rosa

    Dans l’exemple que je vous ai donné plus haut, les €2 payés par l’entreprise proviennent effectivement de la poche de son client… mais je vous ferai remarquer que c’est comme tout le reste d’ailleurs : les €10 payé au producteur, les €2 de TVA dessus et les €10 de profit que l’entreprise réalise sur la vente. C’est même le but de la manœuvre : faire porter les couts par les clients afin de dégager une marge.

    Dire que la TVA n’a pas d’impact sur l’entreprise est un peu rapide. Par exemple, que ce passe-t-il si l’entreprise n’arrive pas à vendre les pommes avant qu’elles ne périssent ? C’est elle qui alors devient le consommateur final. De même, que se passe-t-il si le client en question est une grande centrale d’achat qui paie ses fournisseurs à 6 mois ? La TVA sur la vente est due dans le mois. Par contre, l’entreprise ne sera payée (elle recevra physiquement l’argent) que dans 6 mois. Si elle n’a pas la trésorerie, elle va donc devoir financer (et donc payer des intérêts) le paiement de TVA jusqu'à ce qu’elle soit payée elle-même.

    Pour mieux illustrer ma position, je vous propose l’exemple suivant : Producteur de pommes Français contre Producteur de pommes Chinois. Pour simplifier, je prends aussi un taux initial de TVA de 20%.

    Un Producteur Français a un cout de production du kg de pomme de €11 HT. Ce dernier est composé de €8 de couts divers et de €3 de charges sociales. Il a contre lui un Producteur Chinois qui a un cout de production du kg de pomme de €10 HT.

    La centrale d’achat de Leclerc lance un appel d’offre. Elle est terriblement agressive et n’offre aucune marge aux deux producteurs (pour simplifier les calculs). Le Producteur Français répond que le mieux qu’il puisse faire c’est vendre ses pommes à €11/kg HT. Il ne va quand même pas vendre à perte (bien que dans la réalité ce soit parfois le cas). Le Chinois répond que lui il peut vendre le même kg de pomme à €10/kg. La centrale choisit donc de passer commande chez le Chinois et laisse le Français sur la paille.

    La Centrale passe commande chez le Chinois lui paie ses €10 et paye en douane (donc a l’état Français) quand elle reçoit la marchandise €10 x 20% = €2 qui correspondent à la TVA. La Central revend ensuite le kg de pomme €20 HT. Le client paie au final €24 qui correspondent au €20HT + €4 de TVA (€20 x 20%). La Central a collecté €4 de TVA lors de la vente mais déjà payé en douane €2 de TVA lors de l’achat. Elle n’envoie donc qu’un cheque de €2 (€4-€2) à l’état. L’état aura lui perçu €4 sur la totalité transaction (€2 + €2) en deux fois.

    L’idée derrière l’augmentation de la TVA c’est d’en affecter les ressources à la réduction des charges. Dans l’exemple qui suit la TVA passe à 25% mais en échange les charges sociales qui pèsent sur le Producteur Français baissent de 1.

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  17. (suite)

    Si la Centrale achète toujours chez le Chinois (qui n’a pas bougé ses prix), elle lui paie toujours €10 mais cette fois ci elle va payer €2.5 en douane (€10 x 25%). La Centrale vend toujours ses pommes a €20 HT, le client final lui paie par contre €25 (contre €24 dans l’exemple précédent). L’état a récolté au passage €5 en deux fois : €2.5 quand la centrale est allé retirer ses marchandises en douane et €2.5 quand la centrale envoie son cheque en fin de mois (elle a collecté €5 mais en déduit les €2.5 qu’elle a déjà payé).

    Cependant, l’état a affecté €1 à la réduction des charges. Les charges du Producteur Français passent donc de €3 à €2 et son cout de revient passe à €10 (€8+€2)… le même que le Chinois. Il se peut donc par ailleurs que la centrale choisisse maintenant le Producteur Français puisqu’il est devenu aussi compétitif que le Chinois. Le Chinois perd des parts de marché alors que le Français en gagne, c’est très bon pour notre économie et l’emploi.

    Oui cela se traduit par une augmentation du kg de pomme pour le consommateur final mais je vous rappel que c’est à comparer avec une augmentation de la CSG qui entraine une baisse des salaires.

    En fait, je n’aurais pas du utiliser un Chinois dans mes exemples mais plutôt un Allemand, qui est la véritable cible de la mesure. Le différentiel de cout est tel entre la Chine et la France que jouer sur la TVA n’apporte pas grand-chose. Par contre c’est plus séré avec l’Allemagne. Certains diront que le plus simple c’est taxer les importations (Chinoise ou Allemande) et ainsi financer la baisse des charges sans pour autant faire payer les consommateurs. C’est exact sauf que c’est interdit par les traités Européens et cela nous ouvrirais à une riposte similaire de la part de nos partenaires commerciaux.

    Quant à savoir si la TVA est plus juste que la CSG, je dirais qu’il est exact qu’à première vue elle pèse plus sur les ménages les plus pauvres en % de leur revenu annuel car ces derniers consomment la plus part de leurs revenus pour leur besoins courants.

    Les ménages plus aisés peuvent couvrir leurs besoins courant et épargner en plus. Les revenus de l’épargne sont de plus non imposables à la TVA. Le % de leur revenu annuel consacré à la TVA par ces ménages est donc forcement plus bas, ne serait-ce que du fait de leur épargne. Cependant, je voudrais faire remarquer que le but de l’épargne c’est quand même financer une dépense future. Tout cet argent qui s’accumule sur les comptes en banque sera bien un jour dépensé et donc par là même soumis à la TVA. Ou alors il sera hérité et donc taxé au passage. La TVA ne me semble donc pas foncièrement plus injuste que la CSG. Toute les deux n’ont d’ailleurs pas de taux progressif, la TVA a même un taux réduit pour les biens de première nécessité qui doivent constituer une part plus importante du panier d’achat pour les ménages les plus pauvres.

    Ce que je reproche surtout au choix de la CSG c’est que l’actuel gouvernement ne parle absolument pas de réduction simultanée des charges. Cette augmentation ne participera pas au redressement productif ce qui est fort dommageable.

    Merci.

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  18. Pour l'histoire des charges qui pèsent, oui, je suis d'accord.
    Il faudrait pouvoir tout payer selon les bénéfices nets hors réinvestissement et RD.
    Il faudrait repenser toute la fiscalité des entreprises.
    Et aussi pouvoir faire un intéressement aux bénéfices des employés en modulant bien sûr les impôts ici.
    Des réformes que ni la droite ni la gauche n'ont faites, je vous rappelle et en plus, nous n'avons pas de marges de manoeuvres pour d'éventuels autres impôts

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  19. @ coin-coin. Les ressources étant rares par définition, la seule question qui se pose est celle de leur répartition. A ce que je sache, depuis les années 80, il y a un transfert important des richesses vers les actionnaires au détriment des salariés. Est-ce dû à la conjoncture ? Je vous laisse en décider. Et je ne vous parle même pas de celles et ceux qui meurent de faim ou vivent dans la misère ici ou ailleurs. Ils seront morts depuis longtemps que rien n'aura changé pour leurs descendants. Toujours est-il que la conjoncture " a bon dos". Votre argument n'est que la déclinaison du fameux There Is No Alernative". En résumé, on voudrait bien que ce soit plus juste, mais, mille regrets, repassez plus tard quand la conjoncture sera meilleure. ON veille sur tout. Si ça, ce n'est pas se moquer des gens .... Ca s'appelle comment se foutre du monde en langage économique ?

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