17 juillet 2012

C'est quoi, une rigueur juste ? (2/2)

La pédagogie de la rigueur juste n'est pas aisée.

Ce pourrait être celle qui épargnerait les plus fragiles.

Le rapport de la Cour des Comptes, évidemment largement commenté par la presse conservatrice, contient son lot de propositions qui sont loin d'être justes. Ainsi la réduction des dépenses publiques fut-elle (trop) rapidement assimilée à celles des services publics. La Cour a également évalué la stabilisation de la masse salariale de la Fonction publique: cette dernière progresse de 1,3 milliard d'euros par an, à cause (1) des revalorisations du point d'indice (+650 millions), (2) de mesures catégorielles (+500 millions), et (3) des GVT (+150 millions). Les conseillers notaient au passage que le non-remplacement d'un fonctionnaire partant à la retraite ne générait que 900 millions d'euros d'économies annuelles. Une goutte d'eau par rapport aux quelques 33 milliards d'euros !
Une rigueur juste passe par la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires. Quelque 9 millions de Français bénéficient d'environ 600 euros par an. On dira qu'il est injuste de leur supprimer. C'est d'ailleurs le seul argument véritablement critique qui reste à la droite UMPiste. Mais, comme le rappelait Alternatives Economiques dans son édition estivale, cette défiscalisation représente 400.000 postes à temps complet. Un gisement d'emplois volontairement ignoré par Nicolas Sarkozy. Privilégier la lutte contre le chômage est une priorité évidente.

Une rigueur juste épargnerait l'Etat providence, quitte à supprimer l'essentiel des niches fiscales et sociales.
Ces dernières coûtent 140 milliards d'euros par an, 40% de plus que le déficit budgétaire de l'an dernier. Leur coût a explosé depuis l'aube des années 2000. Les rapports se sont multipliés, en vain. L'ancienne équipe sarkozyste en a plafonné le bénéfice par foyer. La nouvelle a promis de durcir le plafond. L'an dernier, environ 250 niches ont été jugées inefficaces par l'IGF. Hollande a promis 65.000 postes supplémentaires pour l'education, la Justice et la Police, sans remettre en cause les 150.000 suppressions de postes réalisées par les gouvernements Sarkozy. Comment rétablir le niveau des effectifs vu la situation des comptes publics ?

Une rigueur juste épargnerait la prise en charge des dépenses de santé. La santé a un coût, même si ce dernier – injustice suprême – n'est pas le même suivant les régions. La question est de savoir si l'on mutualise la charge via l'assurance maladie ou si l'on préfère que ce coût reste à la charge directe des assurés. L'ancien gouvernement se félicitait des déremboursements et nouvelles franchises. Il avait même imaginé et fait voter cette aberration sanitaire de droit d'entrée à 30 euros pour les immigrés sans papier prétendant à l'Aide Médicale d'Etat. C'était la meilleure façon de faire proliférer les épidémies dans le pays, pour un coût bien plus grave encore.

Une rigueur juste ne peut inclure une hausse de la TVA puisque la TVA est l'un des impôts les plus injustes qui soit dans notre pays. D'ailleurs, le gouvernement l'a exclue. D'après le Canard Enchaîné et le Monde, il pense plutôt à une hausse de la CSG, entre 2 et 4 points: « Une hausse de la CSG est inévitable, mais ce n'est pas le moment de l'annoncer » a confié un conseiller élyséen au Canard Enchaîné. Cet impôt n'est malheureusement pas proportionnel et non progressif, mais qui a l'immense vertu de porter indifféremment sur tous les revenus (travail, capital, fonciers). Un point de hausse rapporterait 11 milliards d'euros par an. Nos confrères Politeeks et Eléments d'Omelette  résument bien combien la CSG est un impôt délicat à manier qui nécessite, notamment, une réelle progressivité pour rester juste.

Au final, une rigueur juste doit suivre quelques principes simples: épargner les plus fragiles (y compris via les services publics auxquels ils sont le plus attachés) et préserver l'indépendance du pays face à ses créanciers.




4 commentaires:

  1. Une rigueur juste passe par la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires. Quelque 9 millions de Français bénéficient d'environ 600 euros par an. On dira qu'il est injuste de leur supprimer.

    il n'est pas quetion de les supprimer mais de les soummettre à l'impot comme tous les revenus salariaux
    sarko a bien jugé bon d'imposer les indemintes journalières
    si les patrons les suppriment ce sera la preuve de l'effet d'aubaine prochomage

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  2. « … cette défiscalisation représente 400.000 postes à temps complet. »

    Ah oui ! la fameuse répartition du temps de travail qui nous a donné les merveilleuses 35 heures que le monde nous envie.

    Si la réduction du temps de travail marchait, cela se saurait puisque nous l’avons applique dans notre merveilleux pays. Je note aussi que nous sommes les seuls d’ailleurs de l’avoir fait d’une manière aussi brutale et unilatérale.

    C’est marrant mais il faut quand même bien remarquer que nos voisins Suisses ne nous ont pas suivis dans cette direction, la population votant récemment contre la réduction du temps de travail. Nul ne doute que le malheur les frappera puisqu’ils osent ne pas penser comme les illustres économistes d’Alternative Economique… c’est dire comment ils poussent le bouchon, les Suisses.

    Pour en revenir à nos très chers amis d’Alternative Economique, ces derniers n’ont toujours pas compris la notion de charge fixe et ce qu’elle représente pour une entreprise, surtout une PME.

    Une charge fixe, c’est quelque chose que l’entreprise doit payer qu’il neige, pleuve ou vente. L’avantage des heures sup c’est que c’est flexible et cela permet d’accompagner une monté en charge de la production sans prendre trop de risque.

    Une nouvelle embauche c’est une charge fixe supplémentaire. Que se passe-t-il si le niveau de commande supérieure ne se matérialise pas ? L’entreprise se retrouve sans revenu supplémentaire mais avec des coûts qui ont augmentés. C’est pas exactement le truc le plus recommandé si on veut relancer l’industrie en France. D’autant plus que le nouvel employé il va falloir le former, par opposition à faire faire des heures sup à quelqu’un qui sait déjà comment les choses marches.

    Résultat, il est parfois plus simple de ne pas prendre la commande supplémentaire qui arrive. C’est moins d’argent à gagner mais aussi moins d’ennuis.

    Incroyable ! On en revient à la réduction du temps de travail. Flinguer une bonne part de l’industrie n’a pas suffit aux socialistes ? Allez, je propose d’aller encore plus loin. 35 heures c’est trop. Passons directement à 0 comme cela tout le monde sera content.

    Et encore bravo pour préfère la CSG à la TVA. La TVA a elle au moins un taux réduit.

    Ce que fait le gouvernement de François Hollande, ce n’est pas gérer l’économie du pays, c’est simplement de la politique pour faire plaisir aux camarades des sections locales du PS.

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  3. Tout d'abord, il est humainement et intellectuellement choquant de placer la politique sous le seul signe de la rigueur. Ensuite, la question du financement des besoins publics est gentiment évacué alors même qu'il faut emprunter à des banques privées, qui se financent pour rien auprès de la BCE et qu'il faut renflouer en permanence. Enfin, y aura-t-il une réforme fiscale et, dès à présent, une remise à plat des niches fiscales, avantages fiscaux, exonérations et autres dispositions prises par Sarkozy et ses prédécesseurs pour avantager les privilégiés et les grandes entreprises sans aucun retour réel sur investissement ? Nous avons des premières réponses, qui, si elles démontrent un progrès de ce pouvoir par rapport au précédent, ne manquent pas d'amener des interrogations et des doutes sur le fond de sa politique. Socialiste ou sociale-libérale, ce n'est pas la même chose pour le quotidien des Français?

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  4. Le maire de Meaux est très très inquiet.

    Effectivement, il va être difficile cet été de faire trempette dans une piscine de milliardaire.

    C'est la loose pour Charly Oleg.

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