31 août 2012

Le coup de Hollande en Syrie.

Mardi, François Hollande a livré son premier discours aux ambassadeurs depuis qu'il a été élu. Ces discours posent les principes de l'action diplomatique pour l'année à venir. La démarche est importante. C'était la XXème conférence du genre. C'est devenu « un rite, une tradition, un rendez-vous. »

Du temps de Sarkozy, on s'y régalait de ses formules à l'emporte-pièces. Cette fois-ci, on s'attendait à de la continuité.

Mais il y eut une surprise.

Rupture ?
En Sarkofrance, ce moment était chéri. Sarkozy s'agitait derrière l'estrade, livrant ses leçons, délivrant des oukazes, répétant ses messages d'un exercice à l'autre. En cinq années, l'Iran fut menacée de guerre... cinq fois. En 2007, il critiqua l'intervention américaine en Irak (après avoir dit le contraire pendant la campagne), et menacé la Turquie qui voulait négocier son entrée dans l'Union Européenne. En 2008, il voulait se féliciter de sa négociation de la crise géorgienne, mais il venait d'être désavoué par ses amis Poutine et Medvedev: la Russie avait reconnu l'indépendance des deux anciennes provinces géorgiennes. En 2009, il joua au taurillon contre l'Iran, qui détenait pourtant une otage française. En 2010, il était furieux contre le terrorisme, toujours en guerre (psychologique) contre l'Iran à qui il proposait quand même le nucléaire civil. En 2011, il était satisfait de sa guerre en Libye - Kadhafi n'avait pas encore été capturé ni le pays totalement libéré. Il loua le printemps arabe mais fit silence sur l'attitude française en Tunisie, en Egypte ou à Barheïn.

Bref, en cinq années, l'agitation diplomatique de Nicolas Sarkozy s'incarnait rituellement dans cette  Conférence des ambassadeurs.

Avec François Hollande, qu'est-il  ?

Evidemment, c'est moins agité.  A droite, on dit même que c'est trop calme. Il y a des points communs avec Nicolas Sarkozy, qui lui-même entretenait des similitudes avec Jacques Chirac: l'élargissement du Conseil de sécurité à de nouveaux membres permanents et à à de nouveaux enjeux « comme celui du défi écologique »; une meilleure gouvernance mondiale y compris une réforme du G20;  la mis en œuvre des règles prudentielles décidées en 2008, la lutte contre les paradis fiscaux, la lutte contre la prolifération nucléaire, le renforcement des coopérations militaires européennes (notamment avec le Royaume Uni) ou les inquiétudes à l'encontre du programme nucléaire iranien.

Un monde désespérant

Hollande rappelle des évidences, le monde est instable. Depuis la disparition de l'URSS et surtout le 11 septembre 2001, le constat s'est imposé à tous. Il pointe, sans emphase, sur les dangers et les nouvelles menaces: « le terrorisme qui a même gagné d'autres terrains comme en Afrique, la drogue qui devient le fléau majeur de la décennie à venir, les grandes pandémies qui se propagent en ignorant les frontières, le détournement des nouvelles technologies de l'information qui peuvent donner le meilleur, mais aussi le pire par rapport aux libertés individuelles

Le monde est instable, et la liste est longue: instabilité économique et financière mondiale, régulation internationale insuffisantes face aux excès de la finance, ralentissement de la croissance, menaces protectionnistes, volatilité incontrôlée des cours des matières premières, manipulations géopolitiques du prix des carburants, chute du pouvoir d'achat des ménages, incertitude environnementale et climatique, attaques contre la biodiversité, risque de la prolifération nucléaire, permanence des conflits comme au Proche-Orient.

Tout juste Hollande souligne-t-il quelques raisons d'espérer: « il y a la vitalité des peuples, leur aspiration démocratique, les exigences d'une bonne gouvernance et la capacité d'innovation que trouvent toujours les êtres humains ». C'est mince...

Nouveauté ?
Pour « déterminer la place de la France », le président évoque... l'identité nationale. Oui, tout à fait, celle-là même que l'ancien monarque aimait tant à revendiquer à tout bout de champ. Mais Hollande usait d'une autre formulation. La démarche était habile. Hollande chipait les concepts de l'adversaire, pour les replacer à sa sauce.
« Je partirai de ce qui fait notre identité historique, géographique, politique, celle qui nous permet d'être écoutés, attendus, espérés et surtout utiles. Je partirai donc de nos valeurs universelles, dont la France a éclairé le monde et qui doivent continuer à déterminer son action internationale. Ces valeurs sont celles des droits de l'Homme, de la démocratie, de la justice internationale, de la laïcité, de l'égalité entre les femmes et les hommes.
(...)
La France est un pont entre les nations, y compris les émergentes, entre le Nord et le Sud, entre l'Orient et l'Occident. Notre pays est un acteur et un médiateur du dialogue entre les civilisations. »
Hollande revendique aussi « la promotion de la langue, de la création française ».La ministre Yasmina Benguigui, présente dans la salle, est heureuse.

Le Hollandisme diplomatique repose sur la concertation, le droit, le dialogue. Au passage, Hollande tacle, à nouveau, les quelques critiques de l'été qui l'enjoignaient d'intervenir en Syrie: « Nous nous inscrivons dans la légalité internationale et je confirme ici que notre pays ne participe à des opérations de maintien de la paix ou de protection des populations qu'en vertu d'un mandat et donc d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies.»

Hollande reste atlantiste. Mélenchon aime Chavez, Hollande se soucie de ses convergences avec Obama. Il ne sortira pas la France du commandement intégré de l'Alliance Atlantique; mais il en a demandé un bilan à l'ancien socialiste Hubert Védrine, par rapport « à nos objectifs et à l'Europe de la défense. » Védrine est trop atlantiste pur contester la décision sarkozyenne.

C'est quoi, la France dans le Monde ?
En Méditerranée, Hollande ose rappeler que si la France « porte depuis longtemps une ambition » , elle « ne manquera jamais de rappeler que le respect de l'opposition, la liberté de la presse, les droits des minorités, la capacité pour chacun de participer à la vie publique, quelles que soient ses opinions politiques ou religieuses, sont pour la France autant de principes essentiels. » Peut-on espérer qu'il a répété ce message aux rares autocrates rencontrés cet été ?

Idée plus concrète que l'ancienne Union pour la Méditerranée qui porta jusqu'à Bachar el Assad sur nos Champs Elysées, la « Méditerranée de projets » aura son délégué interministériel à la Méditerranée pour y travailler. Avec l'Afrique, il veut « établir une nouvelle donne ». Le discours de Dakar est bien loin, la Françafrique sera-t-elle abandonnée ? Il l'a promis: « notre politique doit être différente du passé. Elle doit être fondée sur la transparence dans nos relations commerciales et économiques. Elle doit être fondée sur la vigilance dans l'application des règles démocratiques et le respect aussi des choix souverains. » Il a confirmé sa visite au Sommet de la Francophonie à Kinshasa. En République démocratique du Congo, il a promis d'y rappeler les droits de l"homme.

Hollande évoqua le besoin de réciprocité des relations avec la Chine, le développement de l'Inde ou du Brésil et, au passage, le traité budgétaire européen, et l'intégration européenne qu'il qualifie de « solidaire ».

Le coup
Mais la vraie nouvelle, la véritable annonce concernait la Syrie, la seconde urgence du moment: la France ne reconnaissait plus le gouvernement Assad. Et Hollande marque un coup.
Le principe est simple : Bachar EL-ASSAD doit partir. Il n'y a pas de solution politique avec lui. Il constitue une menace, il continue avec une violence inouïe à massacrer la population, à détruire les villes et à provoquer la mort de femmes et d'enfants, nous en avons encore la preuve ces derniers jours. C'est insupportable pour la conscience humaine, inacceptable pour la sécurité et la stabilité de la région. La Cour pénale internationale devrait être saisie pour que les responsables de ces ignominies puissent être un jour jugés.
Ces belles paroles, de plus en plus dures au fil des mois à l'encontre d'un gouvernement syrien devenu l'ennemi public numéro un de la diplomatie occidentale, ne changent rien à la situation locale, sauf à accroître la pression. Hollande le reconnaît: « nous devons surmonter des obstacles au Conseil de sécurité ». Et sans attendre que la Russie et la Chine abandonne le boucher Assad, Hollande lâche sa bombe:

« La France demande à l'opposition syrienne de constituer un gouvernement provisoire, inclusif et représentatif, qui puisse devenir le représentant légitime de la nouvelle Syrie. Nous engageons nos partenaires arabes à accélérer cette démarche et la France reconnaîtra le gouvernement provisoire de la nouvelle Syrie dès lors qu'il aura été formé.»
Il est rarissime que notre pays désavoue la légitimité d'un gouvernement en place sans attendre une alternance politique. Cette déclaration signifie un abandon total et sans retour du dictateur Assad.

Seconde annonce, le soutien « matériel » à l'opposition:

« Ensuite et sans attendre, nous apportons un soutien appuyé à ceux qui œuvrent sur le terrain pour une Syrie libre, démocratique et garantissant la sécurité de toutes ses communautés. Nous aidons notamment ceux qui organisent les zones libérées sur les territoires syriens.»

A l'étranger, le WallStreet Journal n'en revient pas.  Dans un article titré: « leader du monde libre: le Président français dirige le front contre la Syrie », le journal commente:
« Un chef d'État occidental a donné à l'opposition assiégée de Syrie son plus fort soutien à date, (...), ce chef d'Etat s'appelle François Hollande, le président socialiste de France.»
Rien n'est encore gagné. L'opposition syrienne est divisée.

Jeudi, il est tard quand la chaîne d'information iTélé retransmet l'intervention de Laurent Fabius à l'ONU. Le ministre des affaires étrangères anime une séance restreinte du Conseil de Sécurité. Il parle en regardant tour à tour les représentants syrien, russe et chinois:
« Personne ne pourra dire qu'il ne savait pas.»


30 août 2012

Parisot et Barbier regrettent-ils le Président des Riches ?

Incroyable ! La nouvelle a fait trembler dans les chaumières. Des milliers de militants désemparés pleuraient de rage et de déception. Quelle trahison ! Quel renoncement !

Le premier ministre et près d'une dizaine de ministres allaient visiter l'université d'été du MEDEF ces jours prochains, sur le campus d'HEC à Jouy-en-Josas. Pire, Frabnçois Hollande avait déjeuné avec quelques grands patrons voici quelques jours... Fichtre !  Le Monde fit sa une sur le « flirt discret de l'Elysée avec les patrons ».

Qu'on ne s'y trompe pas, les pontes du MEDEF ont le blues.

Comme Christophe Barbier, le patron de la rédaction de l'Express.

Le MEDEF a le blues
Incroyable ! Dans les médias ou les milieux conservateurs, certains avaient peut-être imaginé Jean-Marc Ayrault ou François Hollande comme d'affreux gauchistes révolutionnaires prêts à décapiter du patron sur la place publique.

Une journaliste de Challenges avait quand même rappelé que François Hollande avait été initialement bien accueilli par des patrons déçus par Sarkozy et orphelins de DSK. Mais le divorce serait désormais consommé depuis janvier, bien avant la campagne.

En fait, il n'y avait pas grand chose de nouveau sous le soleil. Le président rencontre des patrons, et alors ?

Mais la presse avait envie de saluer la prétendue réconciliation. Elle avait presque oublié l'immense discours de 2007 d'un certain Nicolas Sarkozy. L'ancien Monarque, un petit trimestre à l'Elysée, s'était épanché en leçons sur le monde qui sonnaient doux aux oreilles du patronat présent. A l'époque pourtant, Sarkozy fut avare en annonces, mais la seule présence du Président des Riches les contentaient.

Parisot regrette Sarko
Laurence Parisot a trop soutenu Nicolas Sarkozy, jusqu'à vanter son bilan en pleine campagne électorale. Début juillet, elle s'était déclaré finalement déçue de la Conférence sociale organisée à Matignon, qui fixa le programme législatif et social de l'année à venir. Son dada, c'est la « baisse du coût du travail », avec toujours le même exemple, par ailleurs régulièrement démenti, sur un prétendu différentiel avec l'Allemagne. Elle regrette la suppression de la hausse de la TVA que Sakrozy avait promis pour octobre. La taxation exceptionnelle à 75% des revenus excédant le million d'euros la dérange.

Mardi dans le Monde, elle a poursuivi, critiquant l'absence de stratégie économique du gouvernement. Et mercredi, le message d'accueil au premier ministre était presque aussi caricatural: «les entreprises ne font pas semblant d'aller mal, Monsieur le premier ministre, nous ne sommes pas dans un jeu de rôle» . Quel message de bienvenue !

Après une intervention plutôt consensuelle du premier ministre Ayrault, les témoignages restent mitigés. Les patrons présents, et interrogés par l'Express, regrettaient tous Nicolas Sarkozy.

Parisot trouva même à redire sur la baisse des prix de l'essence, provisoire et trop coûteuse selon elle... Décidément, rien n'allait ...

... Barbier aussi
Mercredi, les prix de l'essence entament leur décrue. La veille, Pierre Moscovici avait négocié une baisse jusqu'à 6 centimes par litre avec les pétroliers, dont 3 centimes financés par l'Etat. Soit 300 millions d'euros d'ffort pour 3 mois. N'imaginez pas que la nouvelle ait satisfait quelques éditocrates ! Natacha Polony, qui sévissait déjà chez Laurent Ruquier (France 2), iTélé et au Figaro, se régalait, mercredi matin, en constatant combien l'effort est jugé ridicule. Il y a quelques jours, les mêmes se plaignaient que les prix de l'essence ne soient pas bloqués comme convenus. Les voici qu'ils baissent (un peu), et les râleurs deviennent moqueurs.

Le trouble médiatique est aussi palpable ailleurs.

Parisot avait son alter-égo médiatique en la personne de Christophe Barbier L'Express fait sa couverture de la semaine sur Les Cocus de Hollande. Vous l'aurez compris, il paraît que le gouvernement Hollande n'est finalement si révolutionnaire, si écologiste, si gauchiste, si je-ne-sais-quoi.

Quand Sarkozy terminait son premier été présidentiel (après le yacht, le Fouquet's, la rétention de sûreté, le paquet fiscal, etc), Christophe Barbier s'extasiait encore... Mais ces temps-là sont derrière nous...

Emploi d'avenir, critiques du passé
Plus sérieusement ce mercredi, le gouvernement a présenté le projet des 150.000 « emplois d'avenir », dont 100.000 l'an prochain et 50.000 de plus en 2014. Les critiques n'avaient pas attendu le texte exact de la proposition de loi pour sortir du bois. Il fallait patienter quelques minutes de trop, jusqu'à la publication dudit document sur le site de l'Elysée ou du gouvernement en fin de matinée.

Avant que les râleurs ne se déchaînent davantage, précisons les modalités.

Ces emplois seront réservés à des jeunes sans emploi ni formation, prioritairement « dans les zones urbaines ou rurales les plus marquées par le chômage. ». Ces derniers seraient près de 500.000 au dernier comptage...

Ils seront logés principalement dans le secteur non marchant. La droite s'étrangle ! Encore des fonctionnaires ! Faux ! Le gouvernement cible des employeurs du secteur non marchand « dans des activités ayant une utilité sociale avérée et susceptibles d'offrir des perspectives de recrutement durables (filières vertes et numériques, secteurs social et médico-social, aide à la personne, animation et loisirs, tourisme...). » Quelques emplois d'avenir pourront concerner des étudiants boursiers de l'Education nationale.

L'Etat financera 75% du SMIC. Et les contrats de travail seront « pour l'essentiel » à temps plein, en CDI ou en CDD de 3 ans (ou 1 an renouvelable jusqu'à 3 ans).  L'une des contre-parties à ce soutien public est un engagement des employeurs à former leurs nouvelles recrues.

Enfin, la session parlementaire a été avancée au 10 septembre afin que les députés puissent étudier le texte sans tarder (tiens, personne ne note l'avancement de la session parlementaire... ).

Au MEDEF, certains regrettent sans doute l'ancien temps, les emplois-jeunes où le précariat était gentiment subventionné sans contraintes ni trop de limites.

Et Christophe Barbier pouvait encore penser à sa prochaine une.  Cocufié par Sarkozy, espérait-il se venger ?


29 août 2012

La guerre Fillon/Copé a fait un mort: Sarkozy

C'est fait. Jean-François Copé a déclaré sa candidature à la présidence... de l'UMP. Quel suspense !

A Nice, les Amis de Sarkozy ont fait leur pèlerinage sarkozyen. On imagine le rite devenir annuel. La ville était bien choisie. La délinquance y flambe depuis ... 2002.

A Nice, Copéistes et Fillonistes se sont toisés avec un objectif caché et pressant: enterrer au plus vite l'ancien leader pour mieux préserver les chances présidentielles de leurs nouveaux mentors.

Cette fois-ci, nous y sommes, la guerre est bel et bien déclarée et la première victime pourrait être Nicolas Sarkozy lui-même.

Fillon en béquille
Dans le Point, souriant sur le cliché mais ferme dans le texte, François Fillon a fait sa rentrée. Sans surprise, il se compare à George Pompidou. C'est facile: Pompidou fut ce premier ministre qui prit le relais du général de Gaulle après 1969. Les caricaturistes jugeront aussi que les deux hommes partagent les mêmes sourcils imposants.

Fillon revendique sa prudence, et tacle gentiment son ancien mentor: ‘Nicolas me disait souvent tu es trop prudent’. Je lui répondais ‘oui mais parfois tu vas trop vite’ ‘.

Pourtant, s'il était élu président de l'UMP avant de concourir pour la France, il nous promet des mesures « choc ». Lui aussi, aurait-il changé ?

Dimanche, dans la Sarthe, il raille l'absence de bagages du président normal qui rentre de vacances en train. Lui-même préférait le jet gouvernemental pour ses allers et retours le weekend quand il était premier ministre.

Sa fidèle Valérie Pécresse, ralliée dès les premières heures de l'après-défaite à l'ancien premier ministre, moque Copé sans le nommer, une « pâle copie de Sarkozy ». Elle ose le comparer à Martine Aubry. 
« Cette élection ressemble au match Hollande-Aubry. Hollande était le candidat de l'opinion, Aubry de l'appareil. »
Valérie Pécresse, 26 août 2012.

Copé joue à Sarkozy
Copé en avait même copié les plus fameuses expressions. Pour sa déclaration de candidature à la présidence de l'UMP, ce même dimanche, Jean-François Copé avait allègrement pompé quelques éléments de langage et formules tant chéries de Nicolas Sarkozy, pour la plus grande joie des journalistes présents.

Comme Sarkozy, Copé se confondait avec la France: « je suis venu vous parler de la France » avait-il commencé. Fichtre !

A Chateaurenard, l'actuel secrétaire général évoqua son origine -  « Français non par le sang reçu mais par le sang versé » - comme jadis « le Français de sang mêlé » écrit par Henri Guaino pour Nicolas Sarkozy; la « droite décomplexée » dont il se réclame comme l'ancien Monarque; «  le peuple de France comme le disait si justement Nicolas Sarkozy ».  Comme Sarkozy, Copé avait été « changé », « transformé par les épreuves ». Il n'évoquait pas sa riche amitié avec l'intermédiaire Ziad Takkiedine - un exilé fiscal sous le coup de 3 mises en examen dans l'affaire du Karachigate. Il ne pensait pas non plus à son expérience d'avocat d'affaires quand il était aussi député Non, les épreuves traversées par M. Copé furent la gestion d'une ville de grande banlieue, Meaux, dont il était maire depuis 1995.

Sarkozy partout
Tous, décidément, se réclament de l'héritage Sarkozy. C'est à celui qui paraîtra le plus sarkozyste! Mais aucun des ténors n'a envie qu'il ne revienne. C'est d'ailleurs tout l'enjeu: absorber le sarkozysme pour mieux empêcher son éventuel retour. Car cette présidence de l'UMP n'est qu'une étape pour la candidature de 2017, une place de choix pour maîtriser l'appareil avant les primaires. En attendant, il faut donc jouer au sarkozyste pur jus.

« Je le dis très clairement à tous ceux qui voudraient remettre en cause son action : ils me trouveront sur leur route pour défendre son bilan et sa personnalité » lâcha Copé. Et Fillon, qui prit le compliment pour lui, répliqua à distance:  « J'ai vu que ces derniers jours certains avaient découvert qu'il y avait des différences entre Nicolas Sarkozy et moi. (...) Ceux qui font ça, ils ne m'impressionnent pas, parce que ça fait cinq ans qu'ils font ça, ça fait cinq ans que tous les matins ils se réveillent en se disant qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire pour mettre un coin entre François Fillon et Nicolas Sarkozy ».


Copé a un passé à faire oublier. C'est un sarkozyste de la dernière heure, depuis deux ans à peine, quand l'ancien Monarque lui confia les rênes de l'UMP, sans élection ni contestation. Fillon, au moins, a tout supporté sans broncher durant 5 années. Une épreuve de résistance qu'il faut bien reconnaître.


A Nice, les Amis de l'ancien Monarque avaient rassemblé 2.000 militants d'après les chaînes d'information, 4.000 d'après le niçois Estrosi. Les hostilités étant officiellement lancées pour la présidence du parti, cet hommage n'a trompé personne. Il s'agit déjà de construire un mythe, un hommage au Monarque disparu. Le sarkozysme serait ce « courage réformateur » décrit par la filloniste Valérie Pécresse. La cérémonie funèbre fut parfaite. Un petit film sur le quinquennat écoulé fit paraît-il couler quelques larmes.

Nicolas Sarkozy, lui, observait tout cela du Cap Nègre, où il se repose encore.

28 août 2012

Crise et cacophonie: c'est la rentrée !

C'est la rentrée, tous les ministres sont rentrés, certains n'étaient pas partis. Le gouvernement clarifie certaines des propositions.

Les critiques pourraient-elles être plus précises ? Pas forcément.

Big Brother ? Ben non!
Fleur Pellerin, la ministre déléguée à l'Economie Numérique, a fait oeuvre de pédagogie dans les colonnes des Echos: « Nous sommes opposés à la surveillance généralisée et au filtrage. Nous restons très attachés à ces principes. La question n'est pas de limiter la liberté d'expression et les capacités d'innovation liées à la neutralité du Net ». Certains s'inquiétaient déjà du rapprochement annoncé (et nécessaire) de l'ARCEP qui régule les tuyaux numériques et le CSA qui régule l'audiovisuel... et leurs tuyaux. Aussitôt annoncé, aussitôt quelques-uns stressèrent. La France allait-elle filtrer le Net comme la Chine ? Mouarf! pouvions-nous répliquer. Certains aiment le procès d'intention comme si nous étions encore en Sarkofrance. Echanger est devenu difficile.

Pourtant, chez Fleur Pellerin comme Aurélie Filippetti, il n'y avait que du bon sens: « L'arrivée de la télévision connectée nous conduit à nous interroger sur les modes de régulation des contenus accessibles à partir des supports de diffusion multiples. C'est autant une question sur les contours de la régulation que sur les institutions »

Renoncements fiscaux ? Ben non!
Le ministre du Budget n'est pas à un poste enviable. Il sabre, coupe, économise, taxe. Parfois, comme ses prédécesseurs, il ne connaît pas tous les secteurs qu'il « impose ». Cahuzac a un atout. A l'inverse d'Eric Woerth, premier des ministres du budget de Nicolas Sarkozy, on ne lui connaît aucun conflit d'intérêt avec une milliardaire évadée fiscale. Il n'est pas non plus trésorier du parti socialiste ni d'aucun autre parti, comme l'était Eric Woerth. Il n'organise aucune réunion de collecte de fonds pour le Parti, comme le faisait M. Woerth quand il était ministre.

Mais Jérôme Cahuzac fait mal et fera mal. Le « redressement dans la justice » est d'abord une douleur. Il avait au moins une bonne nouvelle pour ces jours: la fiscalité du Livret A, malgré le relèvement (promis par Hollande) du plafond de versement, ne sera pas alourdie.

Jeudi 23 août, Cahuzac a prévenu d'un prochain plafonnement à 10.000 euros par an du bénéfice des niches fiscales. Et aussi qu'un retour de la publicité sur les chaînes de France Télévision était à l'étude. Sacrilège pour la droite et pour la gauche ! Cette dernière mesure était l'un des cadeaux fait aux chaînes privées en 2008. Avant la crise, même la gauche espérait une télévision publique sans coupures publicitaires. Mais il fallut compenser par une nouvelle ponction fiscale.Vendredi dernier, sa collègue de la Culture a remis cette pendule à l'heure - pas de retour de la pub sur France Télévisions après 20 heures.

Espérons que Mediapart est (provisoirement) rassuré.

Chamailleries nucléaires ? Ben oui !
« Pour ma part, je considère que le nucléaire est une filière d'avenir » a déclaré Arnaud Montebourg chez BFM-TV dimanche soir... Interrogé lundi matin sur Europe 1, Manuel Valls abonde sur les propos de son collègue. Quelle surprise ? Qui croyait que François Hollande avait décidé d'abandonner le nucléaire ? L'UMP bien sûr ! Rappelez-vous la campagne ! Nicolas Sarkozy nous assurait qu'Hollande voulait tout fermer, tout abandonner. C'était faux, mais ça a laissé quelques traces.

Sans davantage de surprise, voici que quelques écologistes dont Noël Mamère sautent sur l'occasion: « S'il n'y a pas d'explication et s'il n'y a pas de remise en cause des déclarations d'Arnaud Montebourg, nous serons en droit, nous, écologistes, de nous interroger sur la validité des accords que nous avons passés dans cette majorité».

Le nucléaire est un chiffon rouge trop facilement agité, trop facilement décrié.

Lundi soir sur CANAL+, même Jean-Luc Mélenchon a lui aussi exprimé son désaccord avec les propos de Montebourg. L'ancien leader du Front de Gauche faisait sa rentrée télévisuelle. Il confia combien il ne croyait plus au nucléaire.

Baisser le prix de l'essence ? Ben, comment ?
Au plus fort de la campagne, Nicolas Sarkozy expliquait qu'on n'y pouvait rien si les prix de l'essence flambaient. François Hollande promis d'en bloquer le tarif quelques semaines si l'inflation se poursuivait.

Quand les prix de l'essence baissèrent quelques semaines après l'élection, il y eut quelques (crétins) UMPistes pour s'inquiéter que le gouvernement Ayrault n'ait toujours pas figé ces tarifs. On s'amusait. Voici que l'inflation a repris. C'est assez prévisible. Les ressources fossiles sont limitées et les tensions sur l'approvisionnement ne manquent pas.

Pierre Moscovici, le ministre de l'Economie, a promis: cette semaine, le gouvernement allait concéder une baisse des taxes pour modérer les tarifs. On espère 2 à 4 centimes de baisse pour les consommateurs. Les principales organisations de défense des consommateurs ont été reçues lundi, avant une réunion avec les  distributeurs ce mardi.

Le chômage explose? Ben oui !
Les statistiques du chômage à fin juillet sont tombées. Evidemment, les chiffres sont mauvais, très mauvais. La hausse est historique: près de 3 millions de personnes n'ont exercé absolument aucune activité en juillet dernier (2.987.000 pour être précis, soit +41 300 chômeurs de plus en un mois). Quinze mois que cela dure. La fin de tous les CDD du premier semestre renchérit la facture. Au total, le nombre des personnes inscrites à Pôle emploi en recherche active d’emploi atteint 4.733.000.

Jean-Marc Ayrault a concédé qu'il devrait sans doute revoir à la baisse la prévision (de 1,2%) de croissance du PIB l'an prochain (« effectivement, il y a une baisse de la croissance partout, même l'Allemagne ) . Son budget 2013 serait « honnête, sincère, réaliste et volontariste » a-t-il déclaré sur France 2. Contre le chômage, « Nous prenons entreprise par entreprise et avec les partenaires sociaux nous essayons d'apporter des solutions concrètes. (...) En même temps il faut engager les réformes de structure. (...) Le résultat vous pourrez le mesurer chaque jour mais vous pourrez aussi le mesurer à la fin du quinquennat (...) notre action s'inscrit dans la durée ».

Leur action s'inscrit dans la durée.

A droite, l'UMP avait déclenché les hostilités, c'est-à-dire ses primaires.

Nous allions nous régaler. 










27 août 2012

Pourquoi Valls est essentiel pour Hollande

Comment décrire au mieux la (pauvre) situation du ministre de l'intérieur ?  Loué par les uns, déjà détesté par les autres, il horripile la droite sarkozyenne.

Et pourtant, il est surtout essentiel pour François Hollande.

Ni plus, ni moins.

A la Rochelle, il a été fortement applaudi par les militants socialistes.

Procès en gauchitude
Manuel Valls (y compris parfois dans ces colonnes) a reçu et continuera de recevoir des critiques pour des positions jugées trop à droite. Depuis sa nomination, il a mutiplié les interventions et déclarations.

A peine nommé, des associations, y compris comme RESF, se sont émues que les expulsions et arrestations d'immigrés clandestins se poursuivent comme s'il n'y avait eu aucune alternance politique. Le candidat Hollande n'avait pourtant promis aucune régularisation massive. Et rapidement le gouvernement avait tenté d'imprimer quelques changements: suppression de la circulaire Guéant contre les étudiants étrangers, création d'un nouveau titre de séjour pour 3 ans, interdiction des rétentions familiales, audit sur les conditions d'accueil des étrangers en préfecture, assouplissement des conditions de naturalisations.

Fin juin, quelques phrases devant une délégation sénatoriale sur la nécessité de démanteler des camps insalubres et illicites de Roms lui ont valu d'être comparé à l'ignoble discours de Grenoble du 30 juillet 2010 de Nicolas Sarkozy. La plupart des critiques n'avaient pas lu le fameux discours, ou l'avaient oublié, ou étaient de franche mauvaise foi. A Grenoble, Sarkozy avait mis en scène une violente diatribe contre l'immigration.

Fin août, il s'est inquiété de la délinquance roumaine. Le souvenir des statistiques Hortefeux puis Guéant sur l'exacte même délinquance nous faisait encore frémir. 

Bref, le procès en gauchitude instruit contre Manuel Valls est presque exemplaire de ce qu'une fraction de la gauche pourrait faire au gouvernement Hollande/Ayrault. Mon confrère Vogelsong a récemment livré un rigoureux réquisitoire: « Manuel Valls est-il de droite ? ». 

Valls... indispensable ?
On peut effectivement débattre pour savoir si le ministre de l'intérieur défend et applique des mesures concrètement cohérentes avec le camp auquel il appartient. Le soupçon est d'autant plus légitime que l'ancien candidat aux primaires, avant de rallier sans hésitation le vainqueur Hollande, défendait une certaine forme de la TVA sociale et quelques autres idées plutôt à droite des positions socialistes, elles-mêmes déjà centristes.

1. La lutte contre la délinquance et la question migratoire sont de vrais sujets. Le premier est un échec, le second une diversion. Contre la délinquance, on a répété, ici et ailleurs, combien l'échec de Nicolas Sarkozy depuis 2002 a été patent. Il fallut le temps pour le découvrir, mais les chiffres ne mentent plus. Quant à l'immigration, Nicolas Sarkozy avait cru bon, dès 2007, d'en faire un épouvantail politique.

2. Il faut effacer le souvenir de Sarkozy. En charge de notre sécurité, de l'intégration et des libertés publiques, le ministre a multiplié les interventions, à cause de l'actualité (comme par exemple les émeutes à Amiens le 12 août dernier), mais aussi l'importance symbolique de ce poste. Pour le dire court, Manuel Valls a repris la fonction emblématique de Nicolas Sarkozy. Il efface, jour après jour, l'image sarkozyenne. Samedi à l'université d'été de la Rochelle, le « Tigre » a  parait-il fait sensation. Valls aime se comparer à George Clémenceau, président du Conseil pendant la Grande Guerre.

3. Il faut sortir la délinquance et l'immigration du champ des surenchères politiciennes. L'enjeu n'est pas tant de faire du Sarkozy à la place de Sarkozy. Il s'agit non seulement d'effacer Sarkozy, mais aussi de cesser l'instrumentalisation systématique de ces sujets:
«Il faut désigner les problèmes et s'y attaquer. C'est ce que je fais en matière de lutte contre la délinquance, contre le trafic d'armes, contre le trafic de drogue». Manuel Valls, La Rochelle, 25 août 2012
4. Le terrain politique est favorable: la droitisation du débat n'a pas porté ses fruits. Nicolas Sarkozy n'avait cessé, comme Marine Le Pen, de replacer le sujet migratoire au coeur du débat politique... en vain. Les Français ont d'autres préoccupation (chômage, dette, précarité, santé, etc).

5. Manuel Valls remplit ainsi une fonction essentielle dans le dispositif Hollande. L'un des échecs majeurs de la gauche gouvernementale depuis plus d'une décennie fut d'avoir laissé les thèmes de l'immigration et de la sécurité aux délires xénophobes de l'extrême droite et d'une frange de la droite prétendument classique: «La République, c'est d'abord la France (…) La gauche a laissé à d'autres, à la droite et à l'extrême droite, son langage, ses couleurs, son hymne national, son histoire, ses valeurs» a rappelé Valls à La Rochelle.

En défendant la loi et l'ordre, avec des termes bien différemment de l'ancienne agitation sarkozyenne, sans instrumentalisation outrancière ni dérapages verbaux, Manuel Valls les prive d'arguments.  Et tente de normaliser la gestion de ces sujets.
 « la reconquête de la République passe par l’amour de la patrie »
Manuel Valls, La Rochelle, 25 août 2012.



25 août 2012

277ème semaine politique: "Nous sommes en état de guerre"

François Hollande est donc rentré lundi, après un weekend de canicule sur l'essentiel de la métropole. On lui a promis une rentrée « dure », « difficile », « impossible », presque ratée d'avance.

Une rentrée socialo-fiscale agitée, puisque cet été nous n'avions encore rien vu malgré un plan d'urgence de plus de 7 milliards d'euros d'efforts.

Quand l'UMP au pouvoir économisait 10 milliards d'euros de niches fiscales, on nous expliquait que l'effort était gigantesque. Cette fois, 7 milliards était jugés chose négligeable par les mêmes qui nous avaient placé là.

En Italie, le président du Conseil Mario Monti n'a pas hésité sur les termes: «nous sommes en état de guerre contre l'évasion fiscale» a-t-il expliqué. Son pays, l'Italie, est à peine mieux lotie que la Sarkofrance dont a hérité François Hollande. La dette publique y est moins importante - en valeur absolue comme rapportée au PIB national - mais l'impôt rentre très mal, le chômage y est terrifiant, la confiance des prêteurs en presque chute libre. Mario Monti, le technocrate, a parfois des expressions pleines de bon sens: « Il y a un an, nous pensions moins que nous ne le faisons aujourd'hui que nous étions dans une crise mais je crois que nous y étions encore davantage  ».

François Hollande serait-il inspiré de vendre la Tour Eiffel ? Après tout, une chambre du Commerce italienne (celle Monza et Brianza), l'a évaluée à 434 milliards d'euros, un quart de notre endettement national. Vendre les joyaux du pays pour renflouer les caisses ? L'affront serait-il à ce point suprême ? En France, TRACFIN fait ce qu'elle peut. Parfois bizarrement, quand un ministre dénommé Woerth lui demande de traquer un élu socialiste. Dans son rapport 2011, enfin publié ce 22 août, on apprenait que l'organisme recevait un peu moins de 400 déclarations de suspicion relatives à des personnalités ...

Pour la zone euro, la Merk-Allemagne a prévenu: ne vous attendez à rien d'essentiel quand Hollande puis Samaras viendront à Berlin en fin de semaine... Sans rire ? Dans les milieux officiels, on se reprend à évoquer une sortie de la Grèce de l'eurozone.  Jeudi, Hollande n'est pas d'accord. Mais Merkel compatit sur la douleur des efforts à faire. Le premier ministre grec rêve d'un rééchelonnement des efforts (il lui manque encore 14 milliards d'euros!)... qui n'a pas été accepté par les deux leaders.

Dans les colonnes du Monde, il nous explique, sans haine ni remords, combien l'immigration clandestine causait de l'insécurité en période de crise. L'homme répétait une antienne xénophobe si facile. Ce sont pourtant les immigrés qui semblent être la cible des suppôts du Parti néonazi grec. En Les attaques racistes se multiplient. Le Haut commissariat des réfugiés des Nations unies (UNHCR)  exprime son inquiétude devant « l'aggravation » des attaques racistes en Grèce. Vendredi, des milliers d'immigrés manifestent.

Crise, chômage, xénophobie, faillite... quel cocktail!

En France, les critiques restent dérisoires. Il y a bien le sujet Roms, qui avait provoqué gêne, disputes voire colère. Mercredi, le premier ministre a reçu des représentants de Romeurope, pour annoncer ensuite la levée des interdictions et taxations de travail qui frappe la communauté Rom. L'association a salué le changement de ton.

Mais pour les commentateurs, le problème était ailleurs: la cote de François Hollande plonge dans les sondages.

Et alors ?

Quelle popularité ? Que fallait-il espérer après quatre années années de crise, trois millions de demandeurs d'emplois, un pouvoir d'achat en berne et des comptes publics plombés ?

Des danses de rue et des confettis sur les Champs Elysées pour célébrer la rentrée ?

Même Jean-Luc Mélenchon, sans surprise, fait sa rentrée sur le dos du président Hollande. Il l'accuse d'avoir briser l'élan révolutionnaire du printemps. Fichtre ! Nous l'avions raté celui-là... Comment Mélenchon espère-t-il peser sur le réel en taillant ainsi ses anciens camarades sans attendre ?

Cet été, la (petite) manipulation sarkozyenne avait consisté à clamer qu'Hollande ne faisait rien. C'était drôle. L'ancien monarque - qui souffla dans le vide sur le dossier syrien voici 15 jours - aimait tant les vacances, du Cap Nègre à Marrakech. Qui étaient-ils, ces Sarko-fans, pour nous livrer leurs leçons après cette décennie ratée ?

A Nice, l'Association des Amis de Sarkozy se réunissait pour la première fois. Les appels à son retour se multipliaient. Même la prétendue Sarko-résistante Nathalie Kosciusko-Morizet avouait « l'immense vide » causé par son absence. Cet aveuglement collectif sur l'ancien leader déchu et mystérieusement millionnaire était de mauvais augure pour la recomposition de la droite républicaine. Fillon livre ses mesures « choc » dans les colonnes du Point (que n'a-t-il fait pendant 5 ans alors qu'il se décrit plutôt comme prudent de nature ?) et se voit un destin à la Pompidou. Copé chute (aussi) dans les sondages.

Bien inspirés, les sondeurs ont demandé si Hollande en faisait assez pour l'emploi et la croissance.

Mercredi, comme pour mieux répondre à cette impatience, Jean-Marc Ayrault a joué à l'omni-premier ministre, 25 mesures, chantiers et projets de lois annoncés d'ici décembre, sans compter les conférences et missions connexes. On pouvait citer la réforme fiscale, le pacte européen, la banque publique d’investissement, les 80.000 emplois aidés supplémentaires, les « emplois d'avenir », le relèvement immédiat de 25% du plafond du livret A, la création d'un système de caution aidée, ou la tarification sociale et progressive de l'électricité et de l'eau.

Jean-Marc Ayrault promet aussi un rapprochement de l'ARCEP et du CSA, un chantier lancé la veille avec Aurélie Filippetti (Culture) et Fleur Pellerin (Numérique). Quelques grincheux hurlèrent à la censure du Net... Pourquoi tant de stress ? Le CSA est une institution fatiguée, l'ARCEP une tutelle parfois très légère des tuyaux numériques.

Après l'agitation immobile sarkozyenne, pouvait-on se donner le temps de travailler, réformer, corriger ?




24 août 2012

Tracfin: les faibles moyens de lutte contre le blanchiment

La fraude est notre ennemi. En Italie, le président du conseil italien lui a déclaré la guerre. En Grèce, on a fustigé la déperdition fiscale généralisée provoquée par les multiples évasions, sous-déclarations et autres travaux au noir.

En France, la lutte contre la fraude fut toujours un argument facile, mais légitime et évident en période de crise. Cette fraude est multiple mais, parfois, les moyens consacrés à faire face paraissent dérisoires. C'est justement le cas de TRACFIN, l'organisme est en charge de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Mercredi 22 août, l'institution a livré son rapport annuel 2011, toujours riche d'enseignements. Quelques médias se sont rapidement félicités des succès rencontrés par l'institution. Ils avaient raison... et tort. Il fallait aussi s'inquiéter de la faiblesse des moyens, et de ces secteurs où les professionnels du métier ne veulent décidément pas s'inquiéter du blanchiment d'argent occulte...

L'argent n'y a pas d'odeur.

La structure est toujours petite, 84 personnes l'an dernier. Elle réceptionne et analyse les déclarations de soupçons. Pour 2011, il y en eut quelques 24.000 reçus (+19% versus 2010). 80% d'entre elles correspondent à des personnes physiques. 95% des dénonciations (une obligation légale) émanent de professionnels. Quelque 7.500 ont été réalisées de façon dématérialisée via le site interne du service.

TRACFIN a pu lancer 26.000 enquêtes, contre 15.000 en 2010. De ces enquêtes, elle a ensuite transmis 1.064 dossiers aux autorités compétentes: 495 à la justice, 569 aux administrations (dont 264 aux services de renseignement).

Le blanchiment recourt toujours principalement aux espèces (8 100 informations en 2011, + 30 % par rap- port à 2010), puis aux virements (6 700 informations, + 15 % par rapport à 2010) et enfin via les chèques (4 140 informations, + 30 % par rapport à 2010). Mais les développements technologiques s'accompagnent de menaces inédites, notamment via les nouveaux moyens de paiements électroniques. TRACFIN semble désemparée, franchement désemparée. Elle s'inquiète ainsi des cartes prépayés, vendues en libre service, et qui garantissent l'anonymat de leurs utilisateurs.
« L’usage des instruments de monnaie électronique est, en effet, un facteur de ralentissement considérable des procédures, d’autant plus que les typologies examinées font apparaître que les personnes concernées résident – parfois fictivement – ou font héberger leurs serveurs informatiques dans des pays qui peuvent, pour certains, être qualifiés de « paradis fiscaux numériques » difficilement accessibles en termes d’entraide pénale. »
Les secteurs traditionnellement à risque restent les mêmes depuis 2008: « le bâtiment et les travaux publics (BTP), le commerce et les services, l’informatique, les gros- sistes, les activités immobilières et les activités culturelles et sportives. » TRACFIN cite quelques exemples relatifs à la sécurité privée, un « secteur surreprésenté ». L'éventail des fraudes et des pratiques dénoncés y est très vaste et « diversifié»: blanchiment, abus de bien social, fraude fiscale et sociale, criminalité organisée, etc.

S'ajoutent de nouvelles activités, qui doivent faire « l’objet d’une vigilance particulière des professionnels » comme la restauration rapide, les téléboutiques et les cybercafés.

Le marché de l'art, qui ne connaît pourtant pas la crise tant les prix y flambent, fait l'objet d'une surveillance quasi-inexistante. TRACFIN balance: ce marché se protège, les professionnels ne respectent pas leur obligation de surveillance:
« Le nombre de déclarations concernant ce type d’opérations reste, en effet, relativement faible (134 déclarations reçues en 2011). Et ces déclarations émanent très majoritairement de professionnels relevant d’autres secteurs d’activité, qui ont ainsi été en mesure de détecter des opérations suspectes pourtant non décla- rées par les professionnels du marché de l’art.»
Autre secteur obscur, la formation professionnelle. On ne s'y attendait pas. A peine dix déclarations de soupçon reçues en 2011, alors que la dépense nationale dans le secteur explose. TRACFIN s'inquiète: « les acteurs de la formation professionnelle ont des statuts juridiques très hétérogènes, sont parfois peu contrôlés et ont, dans certains cas, des modes de fonctionnement assez opaques en termes de gouvernance ».

Les opérations boursières douteuses sont également rarement dénoncées (66 en 2011!). Tracfin regrette «que les opérations douteuses liées aux montages financiers complexes et, notamment, les opé- rations de fusion et acquisition ou de participa- tions en capital des entreprises, soient encore très peu déclarées ».

Elle n'a enregistré que deux informations en 2011.

Deux sur 26.000...


23 août 2012

Les 25 premières mesures de l'omni-premier ministre Ayrault

Ayrault fait sa rentrée, une rentrée pas normale: une interview matinale à la radio, une longue communication pendant et après le conseil des ministres sur  le « programme de travail » du gouvernement pour les semaines à venir; une autre réunion avec des représentants des gens du voyage, puis avec Manuel Valls et, pour finir, un dîner de travail avec ses ministres.

La mise en scène est rodée puisque la France manque de spectacle. Il fallait annoncer un programme lourd, puisque la sphère médiatique s'inquiétait de manquer de sujets. La « normalité » était-elle terminée ? Pas forcément. François Hollande n'était pas si médiatiquement organisé que son prédécesseur, même s'il n'y avait aucune raison de penser qu'il ne procédait qu'en improvisation.

Au final, 25 mesures ont été annoncées. Les critiques, comme souvent, sont diverses et si prévisibles: le gouvernement en ferait trop fort ou... pas assez. Mercredi 22 août, vous aviez le choix de la critique.

Certains moutons criaient donc au loup et d'autres se prenaient pour des loups.

Mercredi, sur le perron de l'Elysée, le premier ministre répète son crédo: ce sera « le redressement du pays dans la justice » sinon rien.

Hormis les projets de séminaires (sur la Compétitivité), conférences (sur l'environnement le 14 septembre), réunions (sur la Fonction Publique, avec les syndicats, le 4 septembre) et séminaires (sur le financement de la protection sociale; comité interministériel sr l'égalité hommes/femmes), voici à quoi ressemble le programme des semaines à venir:

1. Une réforme fiscale, rien que ça, afin de rendre notre système « plus juste et plus efficace, qu’il s’agisse des ménages ou des entreprises. » La barre est haute, sacrément haute. On n'en demandait pas tant. Nous espérions une grosse taxation des plus riches (la fameuse tranche à 75% sur les fractions de revenus supérieures au million d'euros).

2. Des économies et des impôts pour respecter « l’objectif de réduction à 3% du déficit public en 2013 et tracera une trajectoire de retour à l’équilibre des comptes publics en 2017 ». Echéance: le 24 septembre en Conseil des ministres.

3. Un projet de loi de financement de la sécurité sociale pour le 10 octobre: « les dépenses d’assurance maladie (ONDAM) progresseront de 2,7% en 2013, contre 2,5% en 2012, ce qui permettra d’améliorer l’accès aux soins et de conforter l’hôpital public

4. L'adoption du Pacte européen d'une part, et du « pacte européen pour la croissance et l’emploi de 120 Mds d’euros » sera proposée au Parlement d'ici 15 jours. La droite couinera mais votera, la gauche râlera, et une partie s'opposera.

5. Chaque ministère devra identifier les projets éligibles de son périmètre aux futurs crédits européens dudit Pacte (« project bonds, nouveaux moyens de la Banque européenne d’investissement grâce à sa recapitalisation »).

6. La création de la banque publique d’investissement « dans les semaines qui viennent ».

7. Une réforme du secteur bancaire « au cours du dernier trimestre 2012 ».

8. Stéphane Le Foll a du pain sur planche. Il lui faut travailler son « projet de loi d’avenir pour l’agriculture, la forêt et les industries agro-alimentaires » pour l’année prochaine.

9. Mise en oeuvre des 80.000 emplois aidés supplémentaires (en sus des 340.000 consommés par le gouvernement Sarkozy/Fillon au premier semestre).

10.  Proposition de loi portant sur la création des emplois d'avenir (le 29 août au Conseil des ministres et seconde quinzaine de septembre au Parlement en session extraordinaire).

11. « Le contrat de génération sera également adopté avant la fin de l’année », après la négociation avec les partenaires sociaux sur certains de ses aspects « qui s’ouvrira sur la base du document d’orientation remis en septembre par le gouvernement ».

12. Lancement de la négociation sur la sécurisation de l’emploi entre les partenaires sociaux. Ayrault espère une « traduction législative » pour le début de l'année prochaine.

13.  Un projet de loi pour la construction de 150.000 logements sociaux l'an prochain, et la modification de la loi SRU pour augmenter à 25% le taux nécessaire de logements sociaux (seconde quinzaine de septembre). Le gouvernement espère mobiliser la centaine de milliards d'euros non encore utilisés des fonds récoltés par le livret A. Il annonce aussi des « mesures fiscales pour un effort national de construction de logements privés ».

14. Relèvement immédiat de 25% du plafond du livret A. Un second relèvement de 25% sera mis en place plus tard, « en fonction des besoins ».

15. Création d'un système de caution facilitée « pour lever les obstacles à l’accès au logement »

16.  Proposition de loi relative à la tarification progressive de l'électricité et de l'eau (avant la fin septembre): « Le gouvernement travaille sur la question des prix des carburants et prendra des décisions sur la base des expertises en cours et des discussions avec les distributeurs qui seront conduites par le ministre de l’économie et des finances. »

17. Un projet de loi sur le renforcement des moyens de l'Education nationale, pour la fin novembre (après la consultation ouverte en juillet dernier).

18. Un projet de loi présenté pour la mi-décembre sur la gouvernance et les moyens de l’enseignement supérieur et de la recherche.

19. Le rapprochement de l'ARCEP et du CSA (fin novembre). La veille, ce chantier avait été lancé. Trois ministres concernés (Montebourg, Pellerin et Filippetti), sous l'autorité du premier ministre. La première autorité régule les tuyaux numériques, la seconde l'audiovisuel (télévisions et radios françaises). L'idée était déjà défendue par la ministre Fleur Pellerin avant qu'elle ne soit ministre. Certains posent des questions légitimes (de quelles régulations nouvelles la nouvelle entité devrait se saisir concernant l'Internet prétendument libre ?). D'autres hurlent déjà au sarkozysme déguisé. Pour d'autres encore, l'affaire est pliée. Pour l'heure, Ayrault a simplement lancé une concertation, avec une feuille de route officielle très succincte. 

20. Un projet de loi sur la décentralisation (en décembre), visant à « donner des compétences nouvelles aux collectivités locales ».

21. Une loi sur la modernisation de la vie politique (scrutin, cumul des mandats, etc) pour décembre.

22. La mise en place des zones de sécurité prioritaires (notamment à Amiens). A Nice, ce mercredi, l'ineffable Christian Estrosi maire de nice expliquait qu'il installait la sienne, tout seul... On se demandait pourquoi donc la ville d'un ancien protégé de Nicolas Sarkozy semblait encore si mal lotie en matière de sécurité, après dix années de sarkozysme sécuritaire...

23. Deux circulaires sur l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’action publique « dans les prochains jours ».

24. Un projet de loi relatif « au mariage pour tous » pour la fin octobre. 

25. L'encadrement des dépassements d'honoraires de médecins, pour la fin de l'année.

Pour être bien complet, le chef du gouvernement annonça aussi quelques perspectives pour le début de l'année prochaine:  encadrement du crédit renouvelable, introduction en droit français de l’action de groupe (une véritable rupture !),  loi d’orientation sur la création et le spectacle vivant, une loi sur l'audiovisuel («  l’acte II de l’exception culturelle, alliant la défense des droits des créateurs sur Internet et un accès aux œuvres facilité pour les citoyens »), ou une nouvelle loi de programmation militaire.

En passant, Ayrault expliqua que les prix des carburants ne seraient pas gelés malgré le récent regain d'inflation. Une baisse « modeste » des taxes sur les carburants serait rapidement mise en place.  Voilà de quoi alimenter les gazettes UMPistes sur le thème des promesses non tenues.

Plus tard dans l'après-midi, l'association Romeurope était presque satisfaite. Elle avait été reçue, après quelques semaines de polémiques sur le démantèlement de camps illicites. Certes, Ayrault rappela que ces derniers se poursuivraient. Mais la ministre Duflot a levé quelques interdictions de travail: suppression de la taxe pesant sur les employeurs des Roms et un un élargissement des métiers auxquels Roumains et Bulgares (nationalités de nombre de Roms) avaient droit. 

Tiens, nous pouvions nous demander quand et si le gouvernement allait supprimer ces quotas d'immigration par nationalité hérités du sinistre Hortefeux.  




Et si on parlait des 100 premiers jours de retraite de #Sarkozy ?

On raille donc dans la presse l'été jugé trop normal, trop absent, trop présent de François Hollande. Quand il s'aspergeait dans la piscine du Cap Nègre ou créchait chez des amis millionnaires, Nicolas Sarkozy aimait nous mitrailler de communiqués pour montrer qu'il était sur le pont. Il n'a découvert Twitter qu'en février 2012.

François Hollande fut assez... normal, dramatiquement normal. Mais elle quand même suscité nombre de commentaires des plus curieux.

Mais qui s'est véritablement intéressé aux 100 premiers jours de retraite de Nicolas Sarkozy ? Résumons donc rapidement ce formidable été de l'ancien candidat du peuple.

1. Il est allé deux fois à Marrakech, invité par le roi local. Pour celles et ceux qui ignorent encore le luxe du coin, nous leur conseillons l'ouvrage, encore récent, d'Ali Amar et  Jean-Pierre Tuquoi, intitulé « Paris-Marrakech: Luxe, pouvoir et réseaux ». Entre ces deux séjours, il s'est aussi reposé quelques semaines dans un chalet au Canada, prêté par le milliardaire et ami Paul Desmarais.

2. Le Monarque marocain lui a prêté un jet pour ses déplacements, un avion de la compagnie nationale Royal Air Maroc, pour se rendre directement de Marrakech au Cap Nègre. Comme c'est pratique ! 

3. Il aurait acheté un riad avec son épouse Carla:1 500 mètres carrés habitables, un parc « arboré », une piscine à débordement. Pour le prix, 5 millions d'euros, on peut s'interroger sur le financement. Nicolas Sarkozy n'a que 2 millions d'euros de patrimoine placé à l'étranger depuis 2007.

4. Après le premier séjour (gratuit car invité) de trois semaines au Maroc, le couple Sarkozy a séjourné au Cap Nègre, dans la résidence de la famille Bruni.

5. Début août, un site d'information marocain mentionnait une improbable proposition: Nicolas Sarkozy se serait vu offert une position de conseiller diplomatique auprès de sa Majesté Mohamed VI. Rien que ça... Un vrai scandale...ni confirmé, ni démenti...

6. Une association de financement politique a été installée par ses amis en juillet dernier.

7. Sarkozy téléphone beaucoup et à pratiquement tout le monde de son camp et de son clan. A Marrakech, il a aussi beaucoup reçus: des représentants d'Etat (comme le couple Ouattara) ou des personnalités moins recommandables (comme le couple Balkany des Haut-de-Seine, en juin dernier).

8. En août, on découvre que deux entreprises françaises déjà coupables de ventes de technologie de surveillance à la Libye de Kadhafi avec le concours de Nicolas Sarkozy quand il était ministre de l'Intérieur, avaient procédé  de même en Syrie...

9. Le 7 août, l'ancien Monarque commet l'incroyable: une déclaration publique qu'il s'est entretenu pendant 40 minutes avec le chef de l'opposition syrienne et que les situations libyennes et syriennes sont « similaires ». Souhaite-t-il une intervention occidentale, celle-là même qu'il refusa 14 mois durant quand il était Monarque et que la Syrie s'embrasait ? Que nenni, nous assurèrent ses proches ! La confusion était telle qu'on ne retint qu'une chose de ce coup de pacotille: Sarkozy enrageait de n'être plus aux commandes. « On m'a critiqué sur la Libye, mais moi au moins, j'ai agi » aurait-il dit en coulisses.

10. Le 9 août dernier, un ancien ministre libanais, homme de confiance de Nicolas Sarkozy et de Claude Guéant auprès du boucher Bachar el Assad, quand ce dernier était l'un des leaders favoris de la Sarkofrance au Proche Orient, a été arrêté. Michel Samaha, c'est son nom, est tout simplement accusé de terrorisme. Les services secrets libanais le soupçonnent d'avoir tenté d'organiser des attentats. L'homme a avoué « avoir transporté et stocké des explosifs devant servir à une série d'attentats dans le nord du Liban », d'après l'AFP. En France, Samaha a reçu l'Ordre du Mérite.



Sarkozy est déjà revenu. Et ça fait Bling Blang Boum !


22 août 2012

Syrie: "Allo ? Nicolas ? C'est François."

Mardi 21 août, François Hollande a reçu le vice-président l'opposition syrienne. Le 6 août dernier, l'ancien Monarque avait parlé « 40 minutes » avec le président du CNS pour conclure que la Syrie était dans une situation similaire à celle de la Libye en 2011, mais sans avouer qu'une intervention militaire était exclue.

Ce 21 août, Hollande a donc engagé la République de son soutien auprès du Conseil National Syrien. Le communiqué est sans ambiguïté. Après 14 mois d'attentisme de Nicolas Sarkozy, c'était bienvenu. Son ministre des affaires étrangères Laurent Fabius revenait d'un déplacement sur les zones de soutien humanitaire dans la région. Et Hollande avait également reçu Lakhdar Brahimi, le nouveau représentant spécial de l’ONU.

Le même jour, Barack Obama menaçait Assad d'une rétorsion militaire si ce dernier envisageait l'utilisation d'armes chimiques. Quelques heures plus tard, on apprenait l'incroyable: « La Syrie est prête à discuter d'une démission du président Bachar al-Assad dans le cadre d'un processus de négociations avec l'opposition » avait déclaré en substance à Moscou le vice-Premier ministre syrien Qadri Jamil. «Pendant le processus de négociations, on peut étudier toutes les questions et nous sommes prêts à étudier même cette question».

Effectivement, la situation syrienne... n'avait plus rien à voir avec celle de la Libye au printemps 2011. A l'époque, Sarkozy avait obtenu un accord onusien pour intervenir militairement. Pour la Syrie, Sarkozy avait échoué à l'obtenir. Hollande récupéra les restes d'un enlisement diplomatique. La Russie de Poutine, ex-grand ami de Sarkofrance qui devait faire travailler nos chantiers navals de Saint-Nazaire ne voulait accepter de nouvelles ingérences occidentales.

En Syrie, une journaliste japonaise a été tuée lundi à Alep.

21 août 2012

Le RSA, son flicage et ses morts

Un homme est mort des suites de ses blessures. Il s'était immolé dans le hall d'une Caisse d'Allocations Familiales à Mantes-la-Jolie. Il était allocataire du RSA, mais le versement du RSA avait été suspendu depuis trois mois pour défaut de justificatifs.

Il lui manquait sa date de cessation d’activité et les fiches de paie correspondant à son activité des mois précédents, d'après Sébastien Rochat d’Arrêt sur images.

Véronique Valentino est revenue sur l'affaire, ce scandale effroyable, pour le site ActuChômage. Bizarrement, les  anciens sarkozystes si prompts à s'indigner de tout et de rien n'avaient pas grand chose à dire. D'ailleurs, l'information ne fit même pas l'objet d'un communiqué de l'UMP.

Où était donc Laurent Wauquiez, le chantre de la droite sociale qui nous promettait, en mai 2011, de lutter contre ce cancer social qu'était l'assistanat ?

Bien sûr, certains argumenteront qu'il est bien normal d'être exigeant sur les justificatifs à l'assistance sociale, afin d'éviter la fraude quand il s'agit de la solidarité nationale. Mais combien de bénéficiaires de niches fiscales largement plus coûteuses qu'un RSA à 450 euros mensuels accepteraient le niveau de flicage imposé aux bénéficiaires du RSA ?

Comment ne pas se révolter devant la disproportion d'importance des contrôles imposés aux plus faibles par rapport aux contrôles fiscaux des plus riches ? Rappelez-vous l'anecdote fameuse: Liliane Bettencourt n'avait jamais été contrôlée entre 1995 et 2010, malgré plusieurs dizaines de millions d'euros d'avantages fiscaux chaque année ! La milliardaire aurait-elle supporté ce que les bénéficiaires du RSA supportent en contrôles connus ou à leur insu ? En 2010, en pleine affaire Bettencourt, un représentant du SNUI révélait que le nombre de contrôles approfondis sur les particuliers (ESFP, examens de la situation fiscale personnelle), avait chuté de 5.100 en 2005 à 3.900 en 2009.

Deux poids, deux mesures ? Bien sûr !

En avril 2009, nous nous inquiétons des mesures de contrôle publiées au Journal Officiel,
 le décret d'application "n° 2009-404 du 15 avril 2009 relatif au revenu de solidarité active".

Les formalités de contrôle du RSA étaient et demeurent strictes et intrusives comme jamais: les risques de radiation étaient plus plus importants que pour le RMI que le RSA remplaçait. Des modalités du contrôle franchement «  perturbantes »:  le contrôle peut être réalisé à l'insu du bénéficiaire. Le train de vie de ce dernier peut être espionné à tout moment. Toute « personne morale », publique ou privée, disposant d'informations électroniques sur le bénéficiaire du RSA peut être sollicitée, sans information préalable du bénéficiaire contrôlé. Toute personne morale compétente sur des sujets aussi variés que l'automobile, le matériel hi-fi, les déplacements, les hébergements en hotels, ou le vendeur d'une automobile.

Récemment, les services de l'Etat se sont félicités de l'efficacité de la lutte contre la fraude, à l'occasion de la publication de quelque bilan annuel.

Concernant le RSA, environ 7.500 fraudeurs avaient été démasqués, notamment grâce aux croisements de fichiers et autres contrôles clandestins. Au total, les CAF ont récupéré 105 millions d'euros l'an dernier, sur 15.000 personnes (dont 48% de RSAistes). 105 millions d'euros, pas plus.  En 2011, les redressements totaux opérés par les Urssaf se sont élevés à 220 millions d’euros. Ils représentent une forte augmentation (de l’ordre 20 %) par rapport à 2010, supérieure aux objectifs fixés

L'essentiel de la fraude sociale provient du travail illégal. Et elle se chiffre à plus de 3 milliards d'euros. La seule fraude à la TVA par les entreprises est estimée ... à 7 à 9 milliards d'euros de manque à gagner par an !

Mais l'homme qui s'est immolé le 9 août dernier ne fraudait pas. Il peinait à fournir les justificatifs. Il avait 51 ans. Il campait. On aurait pu isoler son cas. Au lendemain de son décès, le 13 août, la ministre en charge des Personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion Marie-Arlette Carlotti a rappelé «qu'il est important d'éviter toute rupture dans le suivi des personnes et qu'il est indispensable d'accompagner chacun de manière continue. Les situations personnelles, aussi complexes que diverses, doivent être prises en compte afin d'apporter un soutien aux personnes en difficultés».

Jeudi 16 août dernier, la CAF de Mantes-la-Jolie a réouvert ses portes.

Une délégation du Mouvement National des Chômeurs et des Précaires a rendu hommage au décédé: « Des deux côtés du guichet, la tension est forte, agents et usagers se sentent abandonnés par les pouvoirs publics, sous pression. Nous appelons les autorités compétentes à réagir, pour que le service public ait les moyens d'accomplir avec sérénité ses activités, pour que toutes les personnes en situation de précarité ne se sentent pas exclues ou traitées comme des citoyens de seconde zone. »

Un cas isolé ? Sans mesurer sans doute la gravité de sa déclaration, le directeur de cabinet du sous-préfet de la Marne a expliqué, à chaud: «c’est un cas courant, les gens à qui on suspend leur allocation puis auxquels on reprend le versement, dès lors qu’ils ont fourni les pièces demandées. Il y a des milliers de gens à qui ça arrive». Comme le rappelle ActuChômage, le RSA est d'abord une usine à gaz: « L’une des conséquences de cette complexité administrative, c’est le non-recours au RSA : plus du tiers des bénéficiaires potentiels ne le demanderaient pas, soit une économie de 5,2 milliards d’euros pour les pouvoirs publics.»

Un machin administratif complexe et ultra- fliqué qui tue... occasionnellement.


20 août 2012

Grèce: le vent tourne.

La déclaration devrait faire du bruit. Dans une interview publiée lundi par le quotidien allemand Frankfurter Rundschau, l'un des membres du directoire de la BCE a prévenu qu'une sortie de la Grèce de la zone euro serait « gérable », mais qu'elle serait « très coûteuse ».

1. La sortie de la Grèce de l'euro se valide un peu plus chaque semaine dans les mentalités européennes. Il y a deux ans, quand les premières difficultés grecques furent enfin dévoilées au grand public, ce scenario était synonyme de catastrophe nucléaire: « Une sortie de la Grèce serait gérable, (...); elle serait accompagnée par une perte de croissance et un chômage en hausse, et serait très couteuse. En Grèce, dans toute l'Europe, et également en Allemagne » a prévenu Jörg Asmussen.

2. L'actuel gouvernement grec semble plus attaché à l'eurozone que certains de ses partenaires européens: « Nous devons survivre et demeurer au sein de la zone euro, parce que c'est l'unique choix qui peut nous protéger d'une pauvreté que nous n'avons encore jamais connue », a ainsi expliqué l'actuel ministre grec des Finances M. Stournaras ce dimanche. A l'inverse, l'Allemagne ou la Finlande donnent des signes de faiblesses de solidarité...

3. A écouter/lire Asmussen (un économiste et ancien membre du SPD), on pourrait sourire si le sujet n'était grave: le maintien de la Grèce dans la zone euro est également coûteux! La Grèce vient de parvenir à rembourser 3 milliards d'euros de prêts à la BCE. Mais à quel prix... 4,43% d'agios! Par ailleurs, l'économie grecque semble complètement plantée, dans un contexte européen par ailleurs dépressif.

4. La facture ne cesse de s'alourdir. Selon l'hebdomadaire allemand Der Spiegel samedi dernier, les représentants de la Troïka (Union européenne, Fonds monétaire international, Banque centrale européenne) réclament quelques 14 milliards d'euros d'efforts supplémentaires dans les 2 prochaines années. D'après le Financial Times,  le Premier ministre grec, Antonis Samaras, devrait demander cette semaine à Angela Merkel et François Hollande d'échelonner son plan d'austérité jusqu'en 2016...

Contre Hollande, choisissez votre rumeur.

Que comprendre de cette succession de rumeurs aoutiennes relatives à François Hollande, ses ministres et son actions ? Une chose simple, certains médias s'ennuient fermes et ont besoin d'animer leurs (maigres) ventes estivales.

Chaque gouvernant attire les rumeurs, surtout quand il vient de s'installer au pouvoir. Nicolas Sarkozy en son temps en avait fait les frais également. Mais cette fois-ci, les rumeurs sont plus diverses, elles touchent tous les sujets, de l'intime à l'action politique. Comme si on regrettait l'agitation politico-médiatique de Sarkofrance.

Pour certains, le sevrage est rude.

Jugez plutôt.

Contre Hollande
Il y a d'abord les saloperies habituelles, ces rumeurs qui touchent à l'intime, à la vie privée des protagonistes. Elles ne visent qu'à salir, d'autant plus que François Hollande n'a pas étalé sa vie privée avec autant d'énergie et de calcul que son prédécesseur. Fils caché, divorce non prononcé, séparation, tout y passe.

 Fin mai, le couple Hollande/Trierweiler était ainsi accusé d'avoir triché à l'ISF. La rumeur n'était pas sourcée, elle « circulait sur Internet », comme on dit pudiquement. En d'autres termes, quelques anonymes la relayaient dans des commentaires d'articles et dans des forums. la campagne était finie, mais ils s'acharnaient. C'était faux. Les patrimoines combinés de François Hollande et Valérie Trierweiler ne leur permettaient pas de payer l'ISF dont Nicolas Sarkozy avait relevé les seuils en 2011... Mais ce n'est pas tout. Caprices de ministres, renoncements politiques, chasse aux sorcières, d'autres rumeurs se répandent assez facilement, souvent avec le concours de médias professionnels.

Faux scandales
Il y a quelques semaines, un buzz assez surréaliste frappait la nouvelle commission Jospin, installée par Hollande pour réfléchir à la moralisation de la vie politique: ses membres seraient rémunérés et la compagne même de Lionel Jospin aurait été nommée en coulisses... C'était faux, et fut démenti.
Il y a trois jours, la ministre déléguée à la Francophonie Yamina Benguigui était accusée d'avoir exigé la présence d'un coiffeur personnel lors de son déplacement à Kinshasa (Congo) en juillet dernier. L'information venait du Point, rien que ça ! C'est faux, l'information fut démentie via Rue89. Jamais l'ambassade n'a entendu parler d'une telle commande de coiffeur. Pas un autre média n'avait daigné appeler pour vérifier. Il paraît que l'auteur de la rumeur était un pigiste estival (rumeur).

Fausses nominations
Changement d'administration oblige, la prétendue chasse aux sorcières fait l'objet de fantasmes. Ainsi, Guillaume Pépy, l'actuel patron de la SNCF, prendrait la tête d'EDF, à la place d'Henri Proglio, trop mouillé avec Nicolas Sarkozy. C'était faux: « De pures rumeurs » dixit l'Elysée. « Aucune décision n'a été prise », répète Matignon. Ce genre de manipulations est un classique.

Le patron d'Air France est-il sur la sellette ? On ne sait pas, et nous ne nous avancerons pas sur ce pénible sujet. Mais sa compagnie a commis une incroyable bêtise. Le 15 août dernier, ne pouvant atterrir à l'aéroport de Beyrouth, un avion Air France a été dérouté sur ... Damas, la capitale syrienne ! Le vol comprenait plusieurs personnalités hostiles au régime du boucher Assad...

Fausses décisions
Crise oblige, on trouve une multitude de rumeurs relatives aux prochaines mesures de rigueur. Le gouvernement aurait décidé d'augmenter massivement ou pas la CSG (« Le budget 2013 n’envisage pas cette mesure-là » a dû rappelé le ministre du Budget le 30 juillet), l'impôt sur le revenu, voire même la TVA.

Dans la même veine, on lui prête tous les renoncements, avant même que les décisions ne soient prises ou présentées: le plafonnement des rémunérations des dirigeants d'entreprises publiques (mesure adoptée finalement quelques semaines plus tard), ou le blocage des prix de l'essence (quand ces derniers baissaient !).

Tout récemment, Ayrault fut soupçonné d'avoir déjà renoncé à supprimer quelques 3 milliards d'euros d'allègements de cotisations sociales portant sur les bas salaires, à cause d'un rapport de l'Inspection des Finances commandé par l'ancienne équipe et livré récemment. Les Echos livrait ce scoop vendredi 17 août.

C'est faux, archi-faux: «Le sujet n'a pas été évoqué à Matignon, il n'y a aucune décision de cette nature dans les cartons» ont répondu à l'AFP les services du Premier ministre.