8 août 2012

Comment Hollande déconstruit l'image de Sarkozy

François Hollande en fait-il trop pour son image ?

C'est devenue l'une des préoccupations politico-médiatiques majeure du moment.

Nous avions connu pareille situation les premiers mois de la mandature Sarkozy, car l'omniprésident multipliait aussi (tristes) symboles et fautes de goûts.

Mais cette fois-ci, c'était différent. 

Les enjeux
Il y a 8 jours, le couple Hollande/Trierweiler a été (largement) vu partir en train pour le Fort de Brégançon, une propriété de l'Etat sécurisée pour les présidents français en vacances. « Avant de se rendre en train à la résidence présidentielle du fort de Brégançon, le chef de l'Etat est allé jeudi faire des emplettes à la Fnac » rappelait le Figaro. Le même journal avait reçu 87% de 52.000 votes à l'un de ses sondages en ligne qu'il affectionne: D'autres images étaient plus classiques, comme celles du 3 août, où le couple flânait à Bormes-les-Mimosas parmi les touristes (comme Nicolas et Carla Sarkozy pouvaient se montrer dans les environs du Cap Nègre), ou à la terrasse d'un bistrot de plage.

Depuis son élection, l'équipe Hollande a ainsi cherché à construire une autre image, celle maintes fois commentée d'un président « normal ».

Il y avait deux enjeux, bien différents et si complémentaires. Primo, à gauche comme à droite, on a largement imputé la défaite de Nicolas Sarkozy à ses dérapages Bling Bling. Il ne faut pas se louper, surtout en période de crise. Secundo, il y avait fort à faire à déconstruire l'image présidentielle véhiculée par son prédécesseur: normaliser un fonctionnement institutionnel abimé par le centralisme décisionnel sarkozyen, normaliser l'image de la fonction pour apaiser le débat politique.

Les moyens de l'image
Voici une revue sans doute non exhaustive des moyens et des actes déployés depuis quelques mois.

1. Hollande fait attention aux symboles. L'entretien du 14 juillet, ses premières interventions télévisées, ses déplacements. Le président élu ne cache pas l'importance de ces actes de normalité. « Avant de monter à bord, François Hollande a lui-même reconnu la valeur symbolique de ce voyage » relatait une journaliste du Figaro au départ du train pour Brégançon.

2. Pendant la campagne, le dessinateur Matthieu Sapin était parvenu à convaincre très tôt le candidat socialiste de le laisser suivre son périple électoral depuis les coulisses. Cela donna une bande dessinée, Campagne présidentielle – 200 jours dans les pas du candidat François Hollande..., publiée en juin dernier. Dans cet ouvrage, on apprend d'ailleurs discrètement que le cinéaste Djamel Bensalah a lui-même filmé les coulisses de la campagne.

3. Au même moment paraissait un recueil de photographies de la campagne, François Hollande Président, réalisées par Stéphane Ruet, et commentées par Valérie Trierweiler.

4. Fin août, la rentrée littéraire promet d'être encombrée d'ouvrages sur François Hollande. Mais un seul d'entre eux aura un caractère quasi-officiel, celui de l'écrivain Laurent Binet, « chroniqueur officiel de la campagne », qui publie son ouvrage Rien ne se passe comme prévu, chez Grasset, le 22 août. En 2007, Yasmina Reza avec L'aube le soir ou la nuit avait procédé de même avec Nicolas Sarkozy.

5. D'une brève, le Figaro avait vendu la mèche: un documentaire se préparait sur les 100 premiers jours de la présidence Hollande, réalisé par Patrick Rotman. Le documentariste, auteur de nombreux portraits politiques (Chirac, Jospin) et de scénarios (on lui doit le script de la Conquête, réalisé par Xavier Durringer en 2011) a été accepté dans le cercle présidentiel pour filmer et raconter ce premier épisode. Une initiative qui a énervé notre confrère Guy Birenbaum voici quelques semaines.
De son temps, Nicolas Sarkozy se faisait filmé par Elysée.fr quasi-quotidiennement, des images ensuite souvent fournies aux chaînes de télévision notamment d'information. Plus de 1.500 videos plus ou moins longues ont ainsi été postées sur le site pendant le mandat.

Les critiques
Les critiques, pour l'essentiel à droite et chez quelques éditocrates, développent 3 arguments:

1. Certains raillent l'hypocrisie supposée de cette « normalité  » avec autant d'ardeur qu'ils raillaient, pendant la campagne, la normalité supposée existentielle et handicapante pour la fonction. Candidat, Hollande était trop normal pour être président. Président, il serait maintenant faussement normal...  Quand il s'est rendu en train à Bruxelles en mai/juin dernier, on a pu entendre certains moquer qu'il ait dû repartir en voiture.

2. La seconde critique est que cette normalité coûte aussi cher que l'anormalité du Monarque Sarkozy. L'argument est répété sur des anecdotes invérifiables et rarement chiffrées. Ainsi, lors des trois déplacements en train (à Bruxelles puis pour le Fort de Brégançon), le Figaro répétait qu'il fallait sécuriser tous les ponts sur le trajet. Un dispositif assurément coûteux, mais qui l'a donc réellement comparé avec le coût des heures de vols en Airbus ou Falcon réalisés par Sarkozy lors de ses aller/retour Paris/Cap Nègre ?
« Le choix du président a certainement fait grincer des dents à la SNCF, sécuriser un train n'étant pas une mince affaire. Le président de la compagnie ferroviaire, Guillaume Pepy, expliquait il y a un an qu'une réglementation vieille de soixante ans imposait, en cas de présence du chef de l'État à bord d'un train, de faire garder tous les ponts du réseau ferroviaire par des gendarmes.» Marion Brunet, Figaro du 3 août 2012.
Plus globalement, cette critique n'a pour l'instant pas grand sens puisque nous ne disposons pas du premier état de la Cour des Comptes sur les dépenses de l'Elysée sous administration Hollande.

3. Le troisième argument est que cette attitude fait prendre des risques à son auteur. On imagine pourtant que les mesures de sécurité sont prises. C'est un paradoxe apparent: comme Nicolas Sarkozy mais différemment, François Hollande ne semble pas forcer sa nature même s'il construit son image.

En construisant son image, François Hollande tente aussi, volontairement ou pas, de déconstruire celle de son prédécesseur.


10 commentaires:

  1. Dans les démocraties du Nord, les ministres ne sont pas bardés de chauffeurs et de cuisiniers particuliers.Ce sont de sociétés fraternelles et au très haut niveau de vie. Les élus sont là-bas "normaux". En France, la vie politique notabilise encore trop. Il y a trop d'avantages matériels et fiscaux attachés à ces fonctions. Trop de parlementaires et de membres de l'exécutif se prennent pour des nobles ! On n'est plus sous Napoléon III, hé oh !qu'ils se réveillent ! Que la presse people change de sujet!

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  3. est on sur que tous les ponts soient réellement sécurisés
    avec le figaro de dassault je me mefie de tout

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  4. [ Effectivement, ainsi que Bob le fait à juste titre remarquer, avec l'amertume rancie qui menace de tourner à la haine, c'est déjà fait pour certains, qui règne dans les rangs de la sarkozie défaite et déprimée, on n'est jamais trop sûr de rien ! ]

    L'hypocrisie si hypocrisie il y a est nécessaire dans une certaine mesure ; ce qui compte c'est la valeur du symbole ... dans le contexte de la France ! Tout est symbole dans l'art de gouverner ! Le tout est de ne pas se planter : tSarkomzy affichait les siens, correspondant à son tempérament ; Hollande affiche les siens, qui coincident tout autant avec son tempérament ! Il n'y a pas d'hypocrisie exagérée, dans un cas comme dans l'autre ; chacun met ses options conformes à ses valeurs en évidence !

    A propos du coût engendré par les voyages en train : contentons-nous de rappeler que les symboles n'ont pas de prix ... pourvu qu'ils embrassent l'âme d'un peuple ! Par ailleurs, pour sacrifier un peu à la chicane, ceux qui soulignent les dépenses liées à la sécurisation du président n'étaient pas aussi prodigues de leur légitimes, bien que de mauvaise foi, appels à la vigilance lorsque le monarque tSarkomzy effectuait deux fois par semaine des déplacements éclair en province à grand renfort de déploiements policiers ... pour empêcher les citoyens de protester et de dire leur mécontentement ! Tout ça pour faire proche d'un peuple ... trié sur le volet !

    La prise de risques : gloire à celui qui par respect pour le peuple sait ainsi se mettre en risque ;) Un déraillement surviendrait-il un jour au train emprunté par notre président normal (dont la politique en son contenu ne m'emballe pas tiens-je à rappeler) que le peuple ne lui en tiendrait aucunement rigueur !

    Sauf les plus irréductibles de nos gaulois sarkoziens, rongés de l'intérieur par le prurit du dépit ... consécutif à l'écroulement des espoirs placés en leur champion ... battu à la régulière par celui qui incarne son strict opposé !

    C'est bien cela le plus difficile à encaisser car eut-il été battu par DSK que la pilule eut été bien moins amère car le désaveu pour ainsi dire insignifiant ! Mais être battu par le candidat de la normalité vs la rupture, le retour de manivelle en termes narcissiques, le rappel à l'ordre du réel est assez rude il faut bien le reconnaître. Et le pire c'est qu'effectivement toutes les initiatives de notre président normal sont de permanents rappels à cette vérité : la normalité l'a emporté sur l'excentricité d'un président hors-sol !

    Hollande grosso modo au niveau du maniement des symboles poursuit son sans-faute là où son prédécesseur cumulait les bourdes et maladresses. Et qd il voulait faire peuple son insincérité était criante ! Pas à pas, le travail de déconstruction se poursuit. Cela devrait bien prendre une petite année pour un retour à la normale et pour panser les plaies après cinq années d'une parenthèse catastrophique de qui vient de se refermer non sans laisser qqs blessures à l'âme !!

    Excellent billet ... de politique nationale Juan ;)

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  5. Pauvres goyim à qui on fait tout avaler e, et qui avale, et qui avale !

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  6. #Hollande et son gouvernement persécutent les #Roms

    http://leparisienliberal.blogspot.fr/2012/08/hollande-et-son-gouvernement.html

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  7. Pauvres goyim qui avalent Le Gall, pas qui avale ;) Deux fotes en sept mots de plus de trois lettres ça amoindrit l'impact votre saillie !

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  8. @Le Parisien Libéral: c'est du réchauffé, j'en ai parlé voici 8 jours: http://sarkofrance.blogspot.fr/2012/08/non-manuel-valls-nest-pas-un-voyou-de.html

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  9. "L'hypocrisie, si hypocrisie il y a, est nécessaire dans une certaine mesure", nous dit Desmocratie réagissant à l'idée lancée par le secrétaire national de l'UMP. En l'occurence, l'UMP est vraiment très mal placée pour donner des leçons à qui ce soit au vu du comportement de ses dirigeants pendant 5 ans. Par ailleurs, est-ce de l'hypocrisie que de donner des signes forts aux Français ? Je ne le pense pas. Desmocratie ajoute que "ce qui compte c'est la valeur du symbole". Nul doute que les symboles sont importants, notamment en politique, mais l'art de gouverner, qui est complexe, ne se limite pas à des actes symboliques. Dans une société informée en continu, qui juge à l'emporte-pièce, instantanément, où les opinions sont a priori toutes de même valeur, sans compter qu'il faut réagir à des attaques de toute nature, il est évidemment difficile pour les politiques d'aujourd'hui d'avoir la "bonne attitude". Pour moi, l'honnêteté intellectuelle doit présider à la conduite des affaires publiques et le jugement que nous pouvons et devons porter sur l'action politique nécessite du temps. Le temps de vérifier, plutôt que de trancher instinctivement, de comparer au lieu de rejeter, de recouper les informations plutôt que croire sur parole. Autrement dit, tout le contraire de la politique spectacle.

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  10. En toute honnêteté, je me moque qu'il déconstruise l'image de N. Sarkozy. Ce qui m'intéresse davantage c'est qu'il reconstruise un la France, son économie et son image sur la scène internationale.
    Or ça n'en prend pas précisément le chemin. Voilà que P. Moscovici annonce un comité théodule sur la "transparence des prix du carburant". On se pince en lisant pareilles fariboles.
    Ont-il bien pris la mesure du sérieux et de l'ampleur de la crise et celle du désarroi et de l'inquiétude des citoyens ?
    Il est permis de commencer à en douter.

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