13 août 2012

Le Figaro ment sur les 35 heures.

Il y a quelques jours, le Figaro a publié un article assassin sur le coût des 35 heures. Au moins 22 milliards d'euros par an, expliquait l'auteur. L'argument était complété d'un constat: il faudra bien y renoncer et travailler plus.

Malheureusement, tout était faux.

Mensonge avoué...
Le titre de l'article est affirmatif, définitif, sans aucune ambiguïté:

« Les 35 heures coûtent au moins 22 milliards par an »

On cherche alors la preuve du propos, la justification de l'affirmation.

Puis, presque à la fin de l'article, on tombe sur cet aveu, un court paragraphe, qu'il vaut mieux citer in extenso pour éviter toute accusation de censure:
« Résultat, la France se retrouve aujourd'hui avec un chômage de masse et un coût du travail élevé (de 23 % supérieur à celui de l'Allemagne), en dépit des 22 milliards d'euros d'exonérations de charges sociales accordées chaque année aux entreprises pour «compenser» le passage de 39 heures à 35 heures sans perte de salaire. C'est le véritable boulet des 35 heures! Il représente, grosso modo, l'équivalent du budget annuel de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

La Cour des comptes elle-même a jugé que l'efficacité sur l'emploi de ces exonérations était «trop incertaine pour ne pas amener à reconsidérer leur ampleur, voire leur pérennité». Certes, la totalité de ces allégements n'est pas directement imputable aux lois Aubry. Les premières exonérations sur les bas salaires ont même été introduites par le gouvernement Balladur en 1993. Mais elles ont considérablement gonflé avec les 35 heures: passant de moins de 7 milliards d'euros en 1999 à 17 milliards cinq ans plus tard, et à plus de 22 milliards en 2010.»
Relisons ensemble: « Certes, la totalité de ces allégements n'est pas directement imputable aux lois Aubry. »

Et oui. L'auteur avouait son forfait à demi-mot, les 22 milliards d'euros qu'il nous jetait en titre n'étaient pas totalement imputable aux trente-cinq heures.

... 9 milliards de trop
D'ailleurs, l'ancien gouvernement avait déjà livré une estimation très précise des différentes exonérations de charges sociales dont bénéficient les entreprises. En juin 2011, répondant à la question d'un sénateur, voici que Xavier Bertrand fournit un tableau très exhaustif sur les exonérations de charges sociales. Un tableau que la journaliste auteur de l'article aurait pu consulté.




Qu'apprend-t-on ?

1. En 2003, François Fillon, alors ministre du travail, fusionne tous les dispositifs d'exonération de charges, en unifiant les barèmes - ceux concernant les bas salaires et ceux instaurés en 1998 liés à la réduction du temps de travail (allégements « Robien », puis « Aubry »).

2. Les 22 milliards d'euros concernent bien toutes les exonérations et pas seulement ceux relatifs à la RTT.

3. En 2002, dernière année où les exonérations 35 heures étaient encore comptabilisées séparément, les aides Aubry (« I » puis « II ») représentaient un montant total de ... 10,4 milliards d'euros. Le Figaro se/nous trompait de près de 50% !

4. Pour compléter sa présentation, le ministre d'alors faisait préciser que les conclusions des rapports du Conseil d'orientation pour l'emploi et de la Cour des comptes « tendent à la reconnaissance de l'impact positif de la politique d'allégements de cotisations sociales sur l'emploi », et d'ajouter que « leur suppression totale aujourd'hui conduirait à détruire environ 800 000 emplois en l'espace de quelques années, sauf à revenir sur les fortes augmentations du SMIC horaire décidées et votées du fait de la RTT. » Quel paradoxe ! Supprimer ces fameux 22 milliards d'euros d'exonérations de charges - dont une partie couvrent la neutralisation du passage de 39 à 35 heures - coûterait 800.000 emplois ! Arroseur arrosé ?

Le retour de Sophie Roquelle ?
L'article, publié par le Figaro, est signé par Sophie Roquelle, rédactrice en chef au Figaro.

Ce nom ne vous dit peut-être rien.

En juin 2011, elle s'était fendu d'une longue enquête pour le Figaro magazine sur « la France des assistés ». Elle rebondissait sur les salves de Laurent Wauquiez contre le « cancer de l'assistant ». Son article avait débuté par un paragraphe fameux : « On les surnomme parfois «les canapés». Dans le milieu de l'insertion professionnelle, on connaît bien ces demandeurs d'emploi qui ne demandent plus grand-chose, sinon de rester chez eux devant la télévision. Le travail n'est plus qu'un vieux souvenir. Leur univers se résume à un gros sofa face à un immense écran plat qui ronronne en permanence pour meubler la solitude. » Rapidement, une belle fraction du Net s'indigna, jusqu'à cette interrogation de Daniel Schneidermann, d'Arrêt sur Images, dans un  article également publié par Rue89:

« Peut-on écrire sur les « assistés » et être marié au n°2 de GDF ? »

Peut-on écrire sans vérifier ses chiffres dans la rubrique économique du Figaro ?



20 commentaires:

  1. Peut-on écrire sans vérifier ses chiffres dans la rubrique économique du Figaro ?

    au Bigaro, pour l'UMP tout est possible
    nous en avons eu maintes fois les preuves

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  2. Non seulement le chiffre est faux, mais ce ne sont pas non plus "les 35 heures" qui coûtent, mais les allègements de charges. Et là, l'UMP, le MEDEF, le Figaro... tous sont pour en faire toujours plus.

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  3. Très bon article, par contre les "charges sociales" n’existent pas, ce sont des "cotisations sociales" : http://hern.over-blog.com/article-les-charges-sociales-n-existent-pas-ce-sont-des-cotisations-sociales-99858332.html

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  4. Charges ou cotisations sociales... Si pour le salarié cela peut se comprendre puisqu'il obtient lui des compensations (soins médicaux, indemnisation en cas de maladie, maternité ou invalidité, charge de famille au titre de alloc. familiales, etc..), pour l'entreprise c'est du jargon de gauchistes de salon pour qui il n'est pas nécessaire de modifier un système en faillite depuis 30 ans et plus.
    Pour le fond de l'article c'est comme tant d'articles : de l'approximation journalistique. On en lit tous les jours dans tous les journaux.
    On finit même par s'y habituer ou s'en désintéresser à force de lassitude.

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  5. pour l'entreprise le travailleur est une charge et plus un moyen de production
    tout est bon pour le cupalbiliser sur son cout dès lors qu'il est supérieur à zéro
    tout le reste n'est que tatcherisme et reaganisme de très bas étage à la sauce MEDEF

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  6. « Peut-on écrire sur les « assistés » et être marié au n°2 de GDF ? »

    Ah ! la bonne go-gauchesphere bien sectaire que voila…

    Il est intéressant de voir Juan décerner des « permis de penser » à certains journalistes et non a d’autre.

    J’ai cependant le sentiment que le faite qu’Audrey Pulvar soit co-directrice des Inrocks et compagne d’Arnaud Montebourg ne lui ait pas posé tant de problème.

    Belle exemple de deux poids et deux mesures…

    Continuez, c’est très bien…

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  7. Vous m'avez bien l'air d'être un expert en matière sociale bob. Cela fait chaud au coeur.

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  8. C'EST RIGOLO : SARKOZY n'est plus aux manettes depuis trois mois, et pourtant ICI on continue de ne parler que de lui ????
    Il n'y aurait rien à dire sur le Président NORMAL, ou le Président ROND (voir les couvertures de PARIS MATCH ou de VSD) ou le Président PEPERE (voir la une de LIBE) ??? Ressasser sa bile AntiSarko, c'est le quotidien des Bobcestoi ou Lebienpensant (celui là il est trop modeste)???.
    Bonne journée à tous !

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  9. "C'EST RIGOLO : SARKOZY n'est plus aux manettes depuis trois mois, et pourtant ICI on continue de ne parler que de lui ????"

    faut pas voir des nains partout
    j'ai relu l'article de juan, le mot sarkosy n'y apparait pas

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  10. bob : pour l'entreprise le travailleur est une charge et plus un moyen de production
    tout est bon pour le cupalbiliser sur son cout dès lors qu'il est supérieur à zéro
    tout le reste n'est que tatcherisme et reaganisme de très bas étage à la sauce MEDEF

    brucolaque : Vous m'avez bien l'air d'être un expert en matière sociale bob. Cela fait chaud au coeur.

    je cherche en vain dans mon texte une notion pure d'économie, je n'y ai mis que de la sémantique

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  11. "j'ai relu l'article de juan, le mot sarkosy n'y apparait pas "

    ... c'est qui le mec en photo qui accompagne l'article deja?

    ... Et puis c'est aussi marrant de noter que cet article porte le tag "Sarkozi"

    Bel exemple de mauvaise foi de la part de Bobcestmoi sur ce coup la.

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  12. Bob : "je cherche en vain dans mon texte une notion pure d'économie, je n'y ai mis que de la sémantique".
    Encore une bonne grosse fleur de rhétorique.

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  13. @Coin le Canard: un peu rapide vos commentaires.

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  14. @ Juan

    Ce n'est pas moi mais bien vous qui avez choisi de reprendre l'attaque ad hominem de Daniel Schneidermann contre Mme Roquelle en Font Size : Large sur mon blog.

    De même, on peut s'étonner de la présence de la photo de Monsieur Sarkozy pour illustrer votre article. J'aurais compris pour la photo de Monsieur Fillon à la rigueur... mais Sarkozy?... je ne vois pas le rapport. Je ne pense pas qu'il ait émis des commentaires sur les 35 heures récemment.

    Je pense parfois que votre anti-sarkozysme vous aveugle.

    Ceci étant dis, je me doute bien que votre blog appartient à la go-gauchesphere et je ne m’attends donc pas à une grande objectivité. Vous êtes engagé dans un combat politique et cela est tout à votre honneur.

    Je me complais juste à pointer certaines de vos incohérences. C’est de bonne guerre, non ?

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  15. @Coin le Canard: c'est de bonne guerre. Concernant Sarkozy, attendez demain, vous allez vous régaler ;-).

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  16. Excellent billet qui dénonce les mensonges du Figaro et de la presse libérale. Merci Juan de souligner qu'une fois de plus essaie d'arnaquer le lecteur, mais ça ne marche pas. Je crois me souvenir que les 35 heures devaient créer de l'emploi : c'était logique, il y avait des heures libres à combler. Le MEDEF s'est complètement fichu de cette répartition, il ne s'est soucié que d'empocher les allègements de cotisations et de mettre la pression sur les salariés pour faire en 35 h ce qu'ils faisaient en 39 h, dans la mesure du possible et souvent de l'impossible. C'était pourtant évident que les 35 heures étaient là pour créer de l'emploi. Le MEDEF a doublé tous les gouvernements, de gauche comme de droite. Nos impôts financent donc le MEDEF. Super. Par ailleurs le MEDEF toujours lui ne cesse de râler sur les "charges" sociales, alors que celles-ci leur paie une conscience plutôt tranquille quand ils vont au lit : "si je licencie les chômeurs seront rémunérés..." Donc moi patron patronne je ne cherche pas de marché, je n'innove pas, je ne cherche pas, les crédits impôts recherche je ne vous dirai pas où ils vont parce que je tripatouille et magouille avec et vogue et rame et s'épuise la galère des nouveaux mécréants, les "Assistés", des malades du "cancer de l'assistanat", terme qui existe depuis des années 70 et fleurit toujours salement les discours de la droite dure et patronale.

    @Coin le Canard : vos comparaisons entre Montebourg et le président de GDF sont plutôt rigolotes. Pourquoi ne pas répondre sur le fait tout simple que S. Poquerel est la compagne du DG GDF Suez?

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  17. Où l'on voit que les 35 heures déclenchent toujours des réactions contrastées ! La réponse sur le coût prétendu du passage à 35 heures est claire : ce sont des fariboles, comme d'habitude. Sans compter qu'il s'agissait de créer des emplois, les montants engagés sont faibles en comparaison des 75 milliards de cadeaux fiscaux faits par Sarkozy aux plus riches. Quand on est comme la droite sarkozyste, responsable de la destruction de 350000 emplois dans l'industrie française, d'une augmentation de 612 milliards de la dette de notre pays, de l'envolée du chômage avec un million de chômeurs de plus en 5 ans, quand on a fait perdre plusieurs dizaines de milliards de recettes (71 milliards pour 6 niches fiscales par exemple) au budget de la France, on devrait être plus modestes et adopter un profil bas. Mais non ! Sarkozy et ses amis de l'UMP, Copé, Morano, Peltier ..., relayés par des trolls fanatiques, aussi bêtes qu'inconsistants, sont "sur les dents" pour faire le buzz et ridiculiser François Hollande. Avec la plus grande mauvaise foi et un ton insultant. Sans succès. La Syrie, manqué. Les 35 heures, ça sent le réchauffé. A propos, quel était le président français de 2007 à 2012, qui a refusé toute aide à la Syrie, qui n'a pas touché aux 35 heures pour ne pas nuire aux patrons, qui ? Un homme d'une stature internationale, un stratège éclairé ? Le même homme, me semble-t-il, qui se pose aujourd'hui en donneur de leçons.
    Affligeant et improdutif, en plus !

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