27 août 2012

Pourquoi Valls est essentiel pour Hollande

Comment décrire au mieux la (pauvre) situation du ministre de l'intérieur ?  Loué par les uns, déjà détesté par les autres, il horripile la droite sarkozyenne.

Et pourtant, il est surtout essentiel pour François Hollande.

Ni plus, ni moins.

A la Rochelle, il a été fortement applaudi par les militants socialistes.

Procès en gauchitude
Manuel Valls (y compris parfois dans ces colonnes) a reçu et continuera de recevoir des critiques pour des positions jugées trop à droite. Depuis sa nomination, il a mutiplié les interventions et déclarations.

A peine nommé, des associations, y compris comme RESF, se sont émues que les expulsions et arrestations d'immigrés clandestins se poursuivent comme s'il n'y avait eu aucune alternance politique. Le candidat Hollande n'avait pourtant promis aucune régularisation massive. Et rapidement le gouvernement avait tenté d'imprimer quelques changements: suppression de la circulaire Guéant contre les étudiants étrangers, création d'un nouveau titre de séjour pour 3 ans, interdiction des rétentions familiales, audit sur les conditions d'accueil des étrangers en préfecture, assouplissement des conditions de naturalisations.

Fin juin, quelques phrases devant une délégation sénatoriale sur la nécessité de démanteler des camps insalubres et illicites de Roms lui ont valu d'être comparé à l'ignoble discours de Grenoble du 30 juillet 2010 de Nicolas Sarkozy. La plupart des critiques n'avaient pas lu le fameux discours, ou l'avaient oublié, ou étaient de franche mauvaise foi. A Grenoble, Sarkozy avait mis en scène une violente diatribe contre l'immigration.

Fin août, il s'est inquiété de la délinquance roumaine. Le souvenir des statistiques Hortefeux puis Guéant sur l'exacte même délinquance nous faisait encore frémir. 

Bref, le procès en gauchitude instruit contre Manuel Valls est presque exemplaire de ce qu'une fraction de la gauche pourrait faire au gouvernement Hollande/Ayrault. Mon confrère Vogelsong a récemment livré un rigoureux réquisitoire: « Manuel Valls est-il de droite ? ». 

Valls... indispensable ?
On peut effectivement débattre pour savoir si le ministre de l'intérieur défend et applique des mesures concrètement cohérentes avec le camp auquel il appartient. Le soupçon est d'autant plus légitime que l'ancien candidat aux primaires, avant de rallier sans hésitation le vainqueur Hollande, défendait une certaine forme de la TVA sociale et quelques autres idées plutôt à droite des positions socialistes, elles-mêmes déjà centristes.

1. La lutte contre la délinquance et la question migratoire sont de vrais sujets. Le premier est un échec, le second une diversion. Contre la délinquance, on a répété, ici et ailleurs, combien l'échec de Nicolas Sarkozy depuis 2002 a été patent. Il fallut le temps pour le découvrir, mais les chiffres ne mentent plus. Quant à l'immigration, Nicolas Sarkozy avait cru bon, dès 2007, d'en faire un épouvantail politique.

2. Il faut effacer le souvenir de Sarkozy. En charge de notre sécurité, de l'intégration et des libertés publiques, le ministre a multiplié les interventions, à cause de l'actualité (comme par exemple les émeutes à Amiens le 12 août dernier), mais aussi l'importance symbolique de ce poste. Pour le dire court, Manuel Valls a repris la fonction emblématique de Nicolas Sarkozy. Il efface, jour après jour, l'image sarkozyenne. Samedi à l'université d'été de la Rochelle, le « Tigre » a  parait-il fait sensation. Valls aime se comparer à George Clémenceau, président du Conseil pendant la Grande Guerre.

3. Il faut sortir la délinquance et l'immigration du champ des surenchères politiciennes. L'enjeu n'est pas tant de faire du Sarkozy à la place de Sarkozy. Il s'agit non seulement d'effacer Sarkozy, mais aussi de cesser l'instrumentalisation systématique de ces sujets:
«Il faut désigner les problèmes et s'y attaquer. C'est ce que je fais en matière de lutte contre la délinquance, contre le trafic d'armes, contre le trafic de drogue». Manuel Valls, La Rochelle, 25 août 2012
4. Le terrain politique est favorable: la droitisation du débat n'a pas porté ses fruits. Nicolas Sarkozy n'avait cessé, comme Marine Le Pen, de replacer le sujet migratoire au coeur du débat politique... en vain. Les Français ont d'autres préoccupation (chômage, dette, précarité, santé, etc).

5. Manuel Valls remplit ainsi une fonction essentielle dans le dispositif Hollande. L'un des échecs majeurs de la gauche gouvernementale depuis plus d'une décennie fut d'avoir laissé les thèmes de l'immigration et de la sécurité aux délires xénophobes de l'extrême droite et d'une frange de la droite prétendument classique: «La République, c'est d'abord la France (…) La gauche a laissé à d'autres, à la droite et à l'extrême droite, son langage, ses couleurs, son hymne national, son histoire, ses valeurs» a rappelé Valls à La Rochelle.

En défendant la loi et l'ordre, avec des termes bien différemment de l'ancienne agitation sarkozyenne, sans instrumentalisation outrancière ni dérapages verbaux, Manuel Valls les prive d'arguments.  Et tente de normaliser la gestion de ces sujets.
 « la reconquête de la République passe par l’amour de la patrie »
Manuel Valls, La Rochelle, 25 août 2012.



8 commentaires:

  1. Personnellement je ne vois pas grande différence dans le "traitement" du problème des roms entre avant et après.
    Le discours est certes plus feutré, mais dans les faits le résultat est exactement le même : les roms sont simplement expulsés de leurs campements insalubres sans aucune solutions de relogement, éparpillés, éloignés des organisations qui en assuraient un suivi sanitaire et social.
    Le discours sur l'ordre peut alors être déroulé gentiment sans que cela fasse trop de vague.
    Où est le changement ?
    Et voilà que Manuel Valls s'occupe d'énergie nucléaire également. Le ministère de l'Intérieur ne l'occupe pas assez ?

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  2. J'ai rédigé mon billet en essayant d'éviter l'écueil du procès. Comme il est dit dans ce billet.

    Dans l'introduction et la conclusion je tente de le dire clairement.

    Par contre il est clair que M. Valls prend systématiquement des positions libérales, réactionnaires ou conservatrices. Systématiquement. Et sur des sujets hors sécuritaire.

    De la posture surement. De la tactique politique surement.

    Je pourrais faire des paragraphes sur la langue et la sémantiques du ministère de l'intérieur. La Réplique, la patrie, la sécurité, etc...

    Une chose est certaine. Au petit matin, ce n'est pas nous qui sommes obligés de quitter nos pénates avec enfants et bagages.

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  3. Excellent billet. pas un mot à redire : car, ne partageant pas les opinions de Manuels Valls relativement au droit du travail et aux instruments d'intervention de l'Etat en matière économique, je partage tout à fait,au contraire,doce ses orientations relatives à la sécurité intérieure et la lutte contre toutes les formes de criminalité.

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  4. Valls n'est que tactique et posture : 2022 en ligne de mire.

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  5. Tout d'abord, il faut, comme l'a dit Manuel Valls, "désigner les problèmes et s'y attaquer". C'est une évidence et c'est ce qu'il fait sans soumettre à la vindicte populaire telle ou telle communauté, sans démagogie. Certes, il a le sens de la communication, mais n'oublions pas que avoir une position claire et forte, cela n'allait pas de soi pour des socialistes, divisés sur les questions de sécurité et d'immigration. Ensuite, et c'est plus difficile, il est nécessaire de définir des politiques cohérentes sur le long terme, notamment dans un domaine aussi sensible et controversé que l'immigration. En effet, fermer des camps occupés par des roms est une mesure d'urgence. Et après ? Je suis impatient de voir la suite ...

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  6. excellent billet.Je pense qu'une partie de la gauche, par confort, fait du déni de réalité pour aller dans la posture

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  7. Pardonnez-moi, mais voir ainsi les mots "délinquance" et "immigration" collés ensemble sous la plume d'un blogueur de gauche m'a un peu heurté l'oeil.
    Je tenais à vous le signaler.

    Je ne crois absolument pas que les deux aient un lien.

    Coralie

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  8. @Coralie: moi non plus, je ne pense absolument pas que les deux aient un lien (je ne crois pas avoir écrit le contraire !).

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