9 août 2012

Sarko sur la Syrie ? Ce n'était qu'une manoeuvre...

De nombreux coups de téléphone et quelques réunions discrètes auront suffi. Le clan Sarkozy a orchestré une petite manoeuvre estivale contre François Hollande ces dernières heures.

Avec au coeur du dispositif, Nicolas Sarkozy évidemment.


Acte 1: Geoffroy Didier, secrétaire national UMP, exige publiquement de François Hollande qu'il rembourse son séjour au Fort de Brégançon. C'était crétin, mais avec le recul, on comprend mieux la démarche. Le protégé de Brice Hortefeux cherchait à marquer les esprits d'un message simple: Hollande part se reposer... vacances du pouvoir...

Acte 2: Nadine Morano revient sur la scène médiatique. Elle s'était contrainte à un silence médiatique depuis trois semaines. Lundi matin, elle est sur RTL pour attaquer l'inaction de François Hollande en le traitant d'« hypoprésident ».

Acte 3: Nicolas Sarkozy publie un communiqué de presse commun avec le président du conseil national syrien. Pour dire quoi ? Que la situation est aussi grave en Syrie qu'elle l'était en Libye. Il a tort. Elle est bien plus grave en Syrie, les troubles mués en guerre civile ont débuté début 2011, quand il était président. Mais le fond n'importait pas. L'ancien monarque violait le devoir de réserve du Conseil Constitutionnel auquel il appartient. Pour le problème syrien lui-même, son intervention ne servait à rien. L'objectif n'était que de la manoeuvre politique interne.

Acte 4: un UMP de permanence lance un énième communiqué qualifiant « l'attentisme de François Hollande » sur la situation syrienne de « criminel ». L'auteur, Philippe Juvin, est un inconnu du grand public. Il est maire de La Garenne-Colombes, et député européen. En 2009, il soutenait l'élection de Jean Sarkozy à la tête de l'EPAD. En février dernier, il a été placé chef des urgences de l'hôpital Pompidou à Paris, un « emploi en grande partie fictif » ont dénoncé certains de ses « collègues », outrés par cette nomination de dernière minute.

Acte 5: Morano réitère et Laurent Wauquiez et Thierry Mariani complètent: « Hollande est en vacances Sarkozy aussi mais comme toujours actif à s'intéresser au dossier syrien comme en 2008 pour la Géorgie » déclara la première mercredi. « On a un vrai problème d'autorité, on a un président de la République qui ne tient pas son équipe gouvernementale » assura le second ... à propos de Christiane Taubira. « Je suis contre une intervention militaire française mais il y a d'autres moyens d'action » expliqua en substance et maladroitement le troisième.

Le seul hic: l'intervention de Sarkozy fut trop peu reprise. Sans doute a-t-il eu quelque difficulté à joindre suffisamment tôt son interlocuteur syrien. Il rata les éditions matinales de la presse du lendemain. Même le Figaro se contenta de reproduire une brève de l'AFP. On entendit un peu BHL se lamenter de n'être pris au téléphone par le Quai d'Orsay. Et la plupart des commentateurs raillèrent la manoeuvre trop visible.

Que retenir ?

Pour la résolution du conflit syrien, pas grand chose. Ce cirque ne servait à rien. La France devait parler d'une seule voix, mais Sarkozy l'avait oublié. Aucun de ces protagonistes - pas même Nicolas sarkozy lui-même - n'avait non plus osé rappeler un simple fait, pourtant connu de tous: l'intervention libyenne n'avait été rendu possible que grâce à l'aval du Conseil de Sécurité de l'ONU. Sans cet accord, jamais la France ni ses alliés ne se seraient risqués à une guerre contre le colonel Kadhafi.

Or justement, dans le cas syrien, la situation à l'ONU est radicalement différent. Deux pays, dont les chefs furent célébrés en grande pompe à chaque occasion possible par Nicolas Sarkozy quand il était président, la Russie et la Chine s'opposent à toute intervention terrestre avec une régularité et une persévérance criminelle et détestable. Alain Juppé, quand il était ministre des Affaires Etrangères, en a fait l'amère expérience.

En juin 2011 déjà, il regrettait les veto russe et chinois contre tout embargo ou sanction contre la Syrie. Une intervention terrestre n'était pas encore évoquée. Au contraire, en coulisses à l'Elysée, les conseillers de Sarkozy expliquaient qu'il fallait être « réaliste ».

En décembre dernier, nous écrivions sur le blog Sarkofrance: « Alain Juppé, le ministre des affaires étrangères, tente de convaincre les Russes et les Chinois du Conseil de Sécurité de l'ONU qu'il faudrait réprimander la Syrie de Bachar El-Assad. Bien sûr, la France n'ira pas jusqu'à attaquer la Syrie. Nous n'avons ni l'argent ni l'envie

Que retenir alors de cette opération ? Que ce n'était qu'une petite manoeuvre d'un clan d'irréductibles, trop impatients pour trouver une parade contre François Hollande sur d'autres sujets que ceux sur lesquels ils n'avaient pas d'idées - la dette, la crise de l'euro, l'équilibre budgétaire, la relance, l'insécurité ou le pouvoir d'achat.






10 commentaires:

  1. on pourrait inviter poutine à planter une yourte dans les jardins de la lanterne et inviter jin tao à dans avec mme tweet

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  2. à danser (et non à dans - décidément mon clavier fait de la rétention)

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  3. "intervention de Nicolas Sarkozy fut trop peu reprise "

    Je suis mort de rire car il n'y a presque que les blogs de gauche qui l'ont reprise .. Merci grâce à votre obsession maladive vous faites exactement ce que M Sarkozy veut.

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  4. C'est faire trop d'honneur à NS que de parler lui.

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  5. Et bien pour un Sarko qui aurait loupé son coup, je trouve que c'est plutot réussi, on en parle de partout aujourd'hui. sur ton blog ( 2eme billet sur le sujet il me semble ), sur le mien et ds toutes les éditions infos des JT depuis hier. Sans trop de commentaires il est vrai. Mais on en parle.

    En plus, félicitations, tu démontres presque dans ce billet en quoi ce coup de fil est un bon coup politique !
    bravo a toi !

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  6. Je me demande même s'il ne s'agit d'une manœuvre télécommandée pour préparer l'opinion à une intervention (israélienne et/ou US)en Syrie et en Iran ? Je sais, ça fait un peu parano mais ...

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  7. @ Bruno Meli
    J'espère que non mais il faut s'attendre à tout

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  8. Que retenir de cette opération en dehors du fait qu'il s'agit d'une manoeuvre ? Qu'une fable racontée par un personnage connu suscite l'intérêt de média, qui n'ont aucun recul et ne prennent à aucun moment la peine d'analyser la situation. Rien de plus facile pour celui qui organise la manipulation et choisit le moment et le thème :(1)je monte l'opération (2) j'appelle ou je fais appeler un journaliste ami, qui va diffuser l'information
    (3) j'attends les réactions de ceux qui vont se positionner sur le mode binaire (c'est bien/c'est mal ou c'est vrai/c'est faux)à partir de ce que j'ai dit. C'est le jackpot en deux temps trois mouvements pour le manipulateur et le discrédit pour les politiques et les média. A nous d'être vigilants, informés et pondérés dans nos réactions "à chaud" !

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  9. La manoeuvre vise aussi à "blanchir" par avance le sarko. A la rentrée, il va devoir s'expliquer devant la justice sur les ventes d'armes et de matériels de surveillance que sa clique a organisé. Et sur les commissions. Une solution est de prendre à témoin l'opinion public sur sa prétendue défense des peuples oprimés afin d'atténuer sa responsabilité.

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  10. C'est lassant ces éternels retours
    je m'en vais
    on ne m'entendra plus
    coucou me revoilà !!!!!!!!!

    Retour ou plus exactement jamais sorti de maternelle

    François DART

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