29 septembre 2012

282ème semaine politique: l'addition, c'est maintenant !

« Je crois que les Français iront chercher Sarkozy. »
Bernadette Chirac, 28 septembre 2012.
Un quotidien du soir nous avait prévenu dès lundi: la semaine serait noire, encombrée d'annonces désagréables pour l'équipe Hollande: plans sociaux ou fermetures de sites, statistiques du chômage, remous politiques et présentation du plan de rigueur.

Lundi, Hollande est à New-York, à l'Assemblée générale de l'ONU, où David Martinon, éphémère porte-parole de Sarkozy chassé par le Prince Jean, débute un stage de reconversion. Il prononce son premier discours depuis l'élection. On retiendra trois choses: Hollande a publiquement appelé à la reconnaissance d'un gouvernement provisoire en Syrie, il appelle à une intervention militaire africaine au Mali, et Barack Obama s'est barré avant la fin.

A Paris, le microcosme se délecte de la décision d'Europe Ecologie Les Verts de refuser le traité budgétaire européen. Cécile Duflot préfère défendre sa loi sur le Logement, dont l'examen débute à l'Assemblée. On y entend des députés-maires de communes bourgeoises réclamer que les lits d'hôpitaux ou de prisons soient comptabilisés dans les 25% de logements sociaux désormais requis. D'autres UMPistes, tel David Douillet, proposent de sanctionner les communes qui feraient « trop » de logements sociaux (plus de 35%) !

Le Gotha, par tous les moyens, cherche à protéger ses ghettos.

Le Figaro publie les bonnes feuilles du dernier bouquin de Jean-François Copé,dont celle-là même où il évoque un « racisme anti-blanc » qui se « développe » dans le pays. Fichtre ! Quelle diversion !

Mercredi, des images de Grèce ou d'Espagne, où des manifestants de tous âges et toutes conditions se heurtent à des policiers casqués en protestant contre l'austérité, font le tour des rédactions ... sauf en France. Nos médias préfèrent titrer sur la menace islamiste (l'Express), le retour de Sarko (Le Point), ou Les leçons de vie de Boris Cyrulnik (Le Nouvel Obs). Révolte ou résignation ? La question va se poser en France. Le nombre d'inscrits à pôle Emploi atteint les 4,8 millions à fin août, dont plus de 3 millions sans aucune activité. Les effectifs des fins de droits explosent également. Parmi les plus touchés, ces fameux seniors dont l'ancien monarque a reculé l'âge de la retraite.

Jeudi, Montebourg file à Florange, Hollande reçoit Mittal. L'aciérie est menacée de fermeture. Le patron du groupe sidérurgique n'en est pas à son coup d'essai. On croyait que Sarkozy nous l'avait sauvé en mars dernier... Copé accuse la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires. Valérie Pécresse, l'ex-ministre UMP du Budget, sur France Inter, explique que c'est la faute à la crise, qui est la faute de Hollande.

On se pince. 

Le même jour, les patrons de Renault et PSA dénoncent un coût du travail « trop élevé » en France par rapport à notre voisin germanique. L'argument est d'une banalité affligeante ... et faux. Auraient-ils oublié que l'heure de main d'oeuvre en France est moins chère qu'en Allemagne dans le secteur automobile ?

A Florange, les ouvriers trouvent le ministre Montebourg combattif mais cela ne sauvera pas l'aciérie. Arcelor-Mittal veut fermer les fourneaux et refuse - pour l'instant - de céder le site. C'est aussi cela le capitalisme, éteindre la concurrence. Une loi est en préparation pour forcer la cession des établissements fermés.

Jeudi, Ayrault s'explique sur France 2, première édition de rentrée de l'émission Des Paroles et des Actes, animée par David Pujadas. Le premier ministre expose son programme de l'automne. Puis il se confronte à Nathalie Kosciusko-Morizet. L'ancienne porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy fait la preuve que la droite sarkozyste n'est pas mûre pour la reconquête. Aucune idée, aucune proposition, un faux bilan, et de vrais mensonges. Elle glisse, en une phrase, de la dette au racisme anti-blanc. Patrick Buisson n'est pas loin. La Dame de Longjumeau ose même se scandaliser de la revalorisation de l'allocation de rentrée scolaire ! Ayrault est un type sympa. Il ne rappelle pas que le pouvoir d'achat des ménages devrait baisser cette année d'un niveau historique depuis 20 ans à cause des hausses d'impôts décidées l'an dernier.

Sarkozy refait surface, à travers son bilan.

Vendredi, ce fut le pompon. Il faut passer à la caisse. Hollande nous avait prévenu. La crédibilité du pays auprès de ses créanciers est en jeu. Il répète: pas un euro d'emprunt supplémentaire ! L'an prochain, la charge de la dette s'élèvera à 47 milliards d'euros. Donc « le capitaine de pédalo » assume.

L'addition, c'est maintenant !

Il nous présente une sacrée addition, 37 milliards d'euros d'efforts identifiés pour améliorer les comptes ! Le quotidien économique les Echos évoque un « choc fiscal historique pour les plus riches ». La presse s'étrangle. Ses premiers commentaires sont édifiants. Ils témoignent d'une déconnexion totale de ces éditocrates d'avec la réalité du pays. On nous place des classes moyennes à 50.000 euros de revenus annuels, on s'inquiète du plafonnement des niches fiscales à 10.000 euros par an, on s'indigne d'une tranche supplémentaire de l'Impôt sur le revenu au-delà de 150.000 euros...

A droite, on hurle évidemment. On préférait les déremboursements médicaux, les réductions de services publics et 10 milliards d'euros de TVA supplémentaires pour tous les ménages. Un audit de l'inspection générale vient justement de sortir. Ses auteurs critiquent le bric-à-brac et le gâchis de la fameuse Révision Générale des Politiques Publiques, abrogée par Hollande, et si chère à Eric Woerth. Ce dernier se défend, Sarkozy ne voulait pas de concertation: « On ne réforme pas la France en consultant tout le monde sur tout ». Tout ça pour trouver une douzaine de milliards d'euros d'économies... en 5 ans !

Dans le plan Hollande/Ayrault, les grandes entreprises supporteront 10 milliards d'impôts, les ménages aisés 10 milliards également, et la dépense publique à 10 milliards. Les PME sont épargnées, tout comme 90% des ménages, par ce « choc fiscal ».

Pierre Moscovici et Jérôme Cahuzac ont soigné les symboles - le gel du barème de l'Impôt sur le Revenu, décidé par Sarkozy en 2011 pour 2012, est ainsi neutralisé pour les foyers les plus modestes. Et la fameuse taxation à 75% des revenus excédant un million d'euros devrait rapporter 200 millions d'euros.

« C'est un budget de gauche », commente Mosco, vendredi soir sur Canal+. C'est en tout cas un choc.

Sarkozy pourrait-il revenir ?

S'il vous plaît.

Il est parti sans payer.




28 septembre 2012

Rigueur: le choc Hollande.

François Hollande a sorti son plan de rigueur.

Même à droite, ils n'y croyaient pas.

Mais ce plan est bien là. 


Des impôts pour les ménages les plus riches:
  • Un taux marginal d'impôt à 45 % pour la fraction de revenus supérieure à 150 000 euros par part de quotient familial: +320 millions d'euros sur les 50.000 foyers les plus riches
  • Une décote pour les ménages modestes pour neutraliser l'effet du gel du barème de l'impôt sur le revenu (de 439 à 480 euros, soit + 9 %). -345 millions pour 7,4 millions de contribuables.
  • Abaissement du plafond du quotient familial (de 2 336 euros à 2 000 euros par demi-part): 2,5 % des foyers concernés pour 490 millions.
  • Suppression du prélèvement forfaitaire libératoire (PFL) sur les dividendes et intérêts,  désormais soumis au barème progressif de l'IR: +2 milliards (avec décote pour les dividendes inférieurs à 2.000 euros/an)
  • Imposition des plus-values mobilières au barème de l'IR : +1 milliard à partir de 2013.
  • Soumission des gains procurés par les stock-options au barème de l'IR : +45 millions.
  • Durcissement du plafonnement des niches fiscales (de 18 000 euros + 4 % du revenu imposable du foyer fiscal en 2012 à 10 000 euros). Les niches en faveur de l'outre-mer restent soumises à l'ancien plafond. Les dispositifs Malraux et les Sofica ne sont pas soumises à plafond.
  • Une contribution de 75 % sur les très hauts revenus : 210 millions d'euros prélevés sur 1.500 personnes. (une mesure symbolique ?)
  • Réforme de l'impôt de solidarité sur la fortune : +1 milliard d'euros

Des impôts sur les entreprises, (surtout les grandes) :
  • Limitation de la déductibilité des intérêts d'emprunt à partir de 3 millions d'euros de charges financières par an (85 % pour  2012 et 2013; à 75 % au-delà):  4 milliards d'euros
  • Réforme de la niche Copé sur l'exonération des plus-values à long terme réalisées par les entreprises à l'occasion de la cession de titres de participation: 2 milliards en 2013 ; 1 milliard à compter de 2014.
  • Extension du crédit d'impôt recherche innovation, pour un coût de 200 millions annuels.
  • Durcissement du report en avant des déficits des sociétés (sous réserve d'une franchise de 1 million d'euros): 1 milliard en 2013 ; 500 millions annuels après.
  • Modification du régime des acomptes d'impôt sur les sociétés : le plafond d'exonération du cinquième acompte est abaissé de 500 à 250 millions d'euros de chiffre d'affaires. 1 milliard d'euros attendu en en 2013.
  • Contribution exceptionnelle sur la réserve de capitalisation des sociétés d'assurance (taxation supplémentaire de 7 % sur les sommes placées dans cette réserve), pour 800 millions de rendement.
Des réductions de dépenses publiques:
  • Défense nationale: 2,2 milliards
  • Fonctionnement des administrations: -2,8 milliards
  • Dépenses d'interventions économiques et sociales: 2 milliards
  • Agences de l'Etat et collectivité: 1,8 milliard
  • Investissements gelés: -1,2 milliard


Lire le détail:

Après Sarko, qui va sauver Florange ?

Nicolas Sarkozy s'y est cassé les dents. Il n'y a plus que Brice Hortefeux et Jean-François Copé pour avoir zappé la nouvelle.

Florange est un échec de Sarkofrance qui, comme d'autres, rejailli quelques mois plus tard.

Après ses promesses non tenues en faveur du site de Gandrange, l'ancien monarque s'était embourbé dans de fumeuses annonces à propos du site sidérurgique de Florange. En pleine campagne présidentielle, alors qu'il venait enfin d'avouer sa candidature à sa réélection, il avait lâché cette déclaration au Républicain Lorrain:
« Ne mélangeons pas les ouvriers, inquiets et pour qui j’ai obtenu 17 millions d’euros d’investissement, et les permanents de la CGT ou de la CFDT : 2 millions d’euros de travaux sur la phase liquide réalisés immédiatement – ces travaux ont démarré –, 7 pour la cokerie, 8 millions pour l’usine de fabrication de produits pour l’automobile. C’est de l’investissement pour Florange ! Et il est décidé. Si ces travaux n’avaient pas été engagés, c’était la certitude que les hauts fourneaux ne reprenaient pas. Quant aux permanents de la CFDT, ils trahissent la confiance des salariés. Ils sont venus m’insulter et essayer de casser mon siège de campagne. Ne confondons donc pas les salariés d’ArcelorMittal, que je ne laisserai pas tomber, et des syndicalistes qui trompent leurs adhérents en faisant de la politique au lieu de défendre l’intérêt des salariés. »  
Nicolas Sarkozy était furax. Trois jours auparavant, des salariés de Florange avaient tenté de le rencontrer à son QG de campagne, rue de la Convention dans le XVème arrondissement de Paris. Claude Guéant, alors ministre de l'intérieur, avait envoyé CRS et fumigènes.

Les propos mêmes du candidat sortant étaient mensongers: Arcelor-Mittal n'avait rien promis d'aussi ferme, bien au contraire. Le groupe sidérurgiste avait prévenu que l'investissement de 17 millions d'euros était loin d'être assuré:  « Le redémarrage du site de Florange dépendra d'une reprise économique cette année. L'entreprise redémarre le haut-fourneau si la demande est là ».

Six mois plus tard, nous y sommes. La déconvenue, c'est maintenant. Le groupe Arcelor-Mittal juge donc que la demande n'est pas suffisamment là, pour reprendre son expression d'antan. Il préfère fermer pour concentrer ses capacités ailleurs. Et refuse de vendre Florange pour éviter qu'un concurrent ne renaisse.

Jean-François Copé, décidément prêt à tout pour décrocher la présidence de son parti, osa accuser François Hollande d'être responsable de cette fermeture pourtant annoncée 6 mois plus tôt: cette feremeture, a-t-il déclaré, « arrive après que François Hollande ait retaxé les heures supplémentaires et supprimé la fiscalité anti-délocalisation qu'on avait mise en place ». Comme si Arcelor-Mittal avait décidé de fermer le site à cause de ces prétextes !

Jeudi 28 septembre, Arnaud Montebourg s'est rendu sur le site. Le ministre du redressement productif a confié que les négociations avec le groupe sidérurgistes étaient difficiles. Mais il y avait une annonce, une première qu'on espère n'être pas la seule ni la dernière: « Nous sommes aujourd'hui dans un bras de fer qui commence et nous allons le mener ensemble. (...) Mittal a fait la première concession qui consiste aujourd'hui à accepter une reprise, là où ailleurs, dans d'autres sites, il la refuse ». Si la direction « décidait lundi de ne pas faire repartir les hauts fourneaux, le gouvernement a déjà donné instruction à ses mandataires (...) qu'ils se tiennent prêt à rechercher un opérateur industriel durable et sérieux et disposant d'un projet solide et réaliste ».

Les salariés - 550 dont les postes sont menacés - étaient quand même déçus. La situation reste dramatique. Devant ces salariés traumatisés mais combattifs, Montebourg a reconnu qu'il n'avait pu infléchir la décision du sidérurgiste indien. La CGT appelle à la nationalisation. Tous attendent la loi promise par le candidat Hollande, en avril dernier, quand ce dernier était venu les rencontrer. Une loi qui devait permettre de forcer la vente d'un site industriel menacé de fermeture. Mais elle ne serait pas prête avant la fermeture du site. Montebourg cherche à gagner du temps, le temps qu'il faut pour que cette fichue loi et ses décrets soient enfin adoptés.

Le ministre bosse pour revendre ce qu'on appelle la « filière chaude » mais maintenir la « filière froide ». Pour le Point, qui osait titrer sa semaine sur le retour de Sarkozy, l'information ne valait qu'une brève.

Le président du groupe, Lakshmi Mittal, était à l'Elysée.

Il a vu Hollande.

Le débrief fut sommaire. 

Aurait-on pu prévoir un comité d'accueil à la sortie ?


27 septembre 2012

Rigueur: révolte ou résignation ?

C'est une guerre où le champ de bataille n'est pas le bon. Pourtant, elle fait des victimes. Mardi 25 septembre, à Madrid, la police a chargé, une trentaine de manifestants, tout comme 27 policiers, furent blessés. L'un d'entre eux restera paraplégique. Les clichés des visages ensanglantés nous rappelaient qu'il s'agissait bien de combats physiques.

Cette fois-ci, les protestataires n'étaient pas quelques bandes organisées comme les médias aiment à nous décrire les auteurs présumés des débordements violents de ce genre de manifestations. Reuters évoquait toutefois des activistes. Comme en Grèce, où quelque 30.000 personnes ont encore défilé à Athènes et Salonique en marge d'une énième grève générale, des Espagnols de tous âges et toutes conditions se sont durement frottés aux matraques de la police. Comme en Grèce, des milliers de policiers avaient été dépêchés pour contrer la révolte. A Lisbonne, dans le Portugal voisin, des policiers manifestaient contre des policiers.

Plus loin, beaucoup plus loin, en Inde, des ouvriers d'une usine Maruti-Suzuki avaient obtenu une augmentation de salaires de près de 75% après une grève, et des émeutes ultra-violentes. Du sang et des larmes... 500 des 1.500 salariés avaient été virés par la direction. Le directeur de l'établissement avait été lynché.

C'est bien une guerre.

Ces combats-là, dans les rues d'Europe, n'opposent pas les manifestants à leurs vrais adversaires. On accuse la Finance, puisque tous les programmes d'austérité sont menés sous le prétexte de conforter la crédibilité des Etats, et l'objectif de redresser des budgets publics trop déficitaires. Mais la Finance est protéiforme: elle regroupe des prêteurs qui agissent pour le compte de leurs clients, qui peuvent être des particuliers; des traders désintéressés du sort des nations et des usines, des banques centrales aveuglées de rigorisme, des fonds souverains étrangers ravis de renforcer leur influence.

Cette guerre-là peut rester sournoise. En Grèce, comme en Espagne ou au Portugal, les manifestatios peuvent être violentes, elles ne rassemblent pas des millions de personnes. En France, la protestation sociale est quasiment (malheureusement) inexistante. Seuls les salariés, courageux mais isolés, protestent encore contre les plans sociaux ici ou là.  Mais la précarité décourage les combattants, disperse les troupes.

Faute de révolte, certains se contentent de sondages. Ou de une sur la menace ... islamiste, belle diversion.


Belle erreur...

Faute d'affrontement direct, les attaques déplacent leur violence contre des intermédiaires - les politiques, nos élus petits et grands. Et le débat, souvent, est rendu impossible par la violence des situations. On qualifie de (socio)traîtres celles et ceux qui défendent le redressement au risque de l'austérité.

D'autres cherchent des alternatives. On les cherchent avec eux.

Mercredi, l'un de ses élus, Claude Bartolone, second personnage de l'Etat après le Président de la République puisqu'il préside l'Assemblée nationale, expliquait que la réduction du déficit budgétaire à 3% du PIB l'an prochain était un objectif intenable sauf à casser la croissance. La déclaration est loin d'être anodine. A droite, l'UMP reste irresponsable: les 3 % sont «tenables, à condition de ne pas aller dans une gabegie de dépenses» a confié Christian Jacob. Gabegie de dépenses ? On oublierait presque que la dégradation des comptes n'est pas due à la seule chute des recettes fiscales pour cause de crise: la dépense publique a progressé de 15% au total entre 2007 et 2011, pour atteindre 1.126 milliards d’euros en 2011!

Cette prise de position fait avancer le débat, même si elle embarrasse le gouvernement. 

En France, le chômage poursuit sa progression, pour le 16ème et désespérant mois d'affilée. Au 31 août dernier, la DARES comptait 4,8 millions d'inscrits à Pôle Emploi en recherche active d'emploi (+8% sur un an), dont 3,26 millions sans aucune activité (+9% sur 12 mois)...  Parmi les victimes de cette dégradation, les seniors (plus de 50 ans: +17% en un an), et les hommes de moins de 25 ans.

Le même service avait publié le 20 septembre dernier un autre bilan, tout aussi inquiétant et prémonitoire: l'emploi intérimaire a encore baissé au second trimestre 2012, pour atteindre 548.000 postes (-19.000 par rapport au trimestre précédent). Tous les indicateurs étaient négatifs : -0,6% de contrats conclus, -2,2% de volume de travail temporaire en équivalent-emplois à temps plein; -0,6% pour la durée moyenne des missions (pour atteindre 1,8 semaine en moyenne). Les secteurs les plus touchés sont sans surprise l'industrie (-5,4 %, soit -13 600 postes) et la construction (-2,3 %, soit -2 900 postes).


A l'UMP, il n'y eut aucun commentaire.

La perspective que la pauvreté grossisse son contingent de quelques centaines de milliers de ménages supplémentaires, chômeurs en fin de droit et retraités sans retraites pour cause de réforme sarkozyenne devrait en effrayer plus d'un.

Et pas qu'à l'UMP.


26 septembre 2012

Sarkozy, Jospin. Même combat.

Le Point reprend cette semaine la une de l'Express d'il y a quelques semaines sur un éventuel retour de Nicolas Sarkozy sur le devant de notre scène politique.

Il paraît que Brice Hortefeux y croit aussi.

A titre personnel, je pensais que Sarkozy était tel Giscard.

En février 2008, je m'étais livré à cette comparaison sans savoir que l'impopularité et l'inefficacité de l'ancien monarque lui pèteraient en pleine figure.

Je m'étais trompé.

Sarkozy n'était pas tel VGE.

(roulement de tambour) 

En fait, Sarkozy, c'est le Jospin de l'UMP.

Quand il est parti, il est resté des fidèles supporteurs pour nous entretenir l'idée que sa défaite n'était "" juste.

Ecoutez Henri Guaino (si, si, ça vaut le coup). Ecoutez-le lors de son passage, le 23 septembre, sur France 5 chez Caroline Roux. L'émission n'a que peu intérêt sauf celui de revoir l'ancien conseiller de l'ancien monarque répéter sa déception devant l'injustice de cet échec présidentiel.

Oui, ce n'est vraiment juste.

Pourrait-on se rappeler, entre nous, combien l'autre a sacrément raté son quinquennat ?

Entre nous.




Logement: comment le Gotha protège ses ghettos

Depuis lundi, Cécile Duflot fait parler d'elle. A l'Assemblée nationale, les députés ont débuté l'examen en séance plénière du projet de loi relatif au logement social.

Les débats sont déjà édifiants. Au point qu'il faut lire ou relire l'enquête de deux sociologues sur les ghettos du Gotha, un ouvrage bien documenté sur les stratégies d'évitement social mises en oeuvre par les plus fortunés.

Ghettos de Riches
C'est un ouvrage très instructif qu'il fallut lire peu à peu à peu et sans urgence, afin de ne pas sombrer dans une paranoïa anti-Riche.

« Les ghettos du Gotha », rédigé fin 2007 par les deux sociologues auteurs du « Président des Riches », Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, vaut le détour et l'attention.

Je vous livre l'une des conclusions:
« C'est l'une des forces des dominants d'avancer sous le masque de l'individualisme et du mérite personnel tout en pratiquant dans la discrétion le collectivisme, le souci de l'héritage et de la transmission des avantages acquis.»
A travers de multiples exemples, anecdotiques ou collectifs, les deux auteurs détaillent les stratégies de défense de «l'aristocratie de l'argent»: de cercles d'héritiers en clubs de cooptés, cette dernière protège avec savoir et application la transmission de son héritage, les « monuments historiques » qu'elle habite, les quartiers riches où elle s'est réfugiée. Sa stratégie d'évitement est sans pareille, coordonnée, outillée et réfléchie.

Cet ouvrage mérite d'autant plus le détour qu'il permet de revisiter l'actualité politique récente: à l'Assemblée nationale, la ministre de l’égalité des territoires et du logement, Cécile Duflot, défendait en effet sa loi sur la Mobilisation du foncier public en faveur du logement et le renforcement des obligations de production de logement social.

Loi Duflot
On mesure combien l'ex-leader écologiste devenue ministre intéresse les commentateurs politiques, depuis que son parti EELBV s'est déclaré hostile au traité européen TSCG. Mais bizarrement rares étaient ces mêmes commentateurs à s'attarder sur l'adoption de sa loi sur le logement. Pourtant, les arguments avancés par les députés-maires de certaines communes bourgeoises valaient le détour. Un détour assez agaçant, presque pré-révolutionnaire.

« Il n'est pas admissible », expliquait la ministre ce lundi, « qu'en 2012, en France, plus de 3 millions de personnes ne soient pas logées, ou très mal. Près de 10 millions de personnes sont aujourd’hui en situation de fragilité quant au logement à court ou moyen terme et subissent de plein fouet la crise.» La ministre voudrait 150 000 logements sociaux par an pendant le quinquennat Hollande. Sa loi, rappelons-le, prévoyait aussi que le taux minimum de logements sociaux par commune serait porté de 20 à 25 % « là où le besoin s'en fait sentir », c'est-à-dire dans les agglomérations de plus de 50.000 habitants où la pénurie justifie d'accroître l'effort de construction de logements sociaux. Il est aussi prévu une sous-obligation d’au moins 30 % de logements très sociaux pour les constructions de plus de douze logements ou 800 m2.

Parti des Riches ?
A droite, on minaude. On explique que c'est trop ou pas grand chose. Que cela ne sera jamais atteint (« il me semble que ce projet de loi ne permettra pas de produire un logement de plus » déclara Benoist Apparu). On souhaite l'échec.

Henri Plagnol, député-maire Nouveau Centre de Saint-Maur (6% de logements sociaux!), critiqua ainsi la cession de terrains de l'Etat: « Ce n’est pas avec ça que vous allez désendetter la France ! » . Le député Benoist Apparu, ex-secrétaire d'Etat au Logement de Nicolas Sarkozy, préférait le bail emphytéotique - un bail de très longue durée (99 ans) - plutôt que la cession des terrains de l'Etat. Il chipotait. 

Il s'indigna aussi qu'on veuille le contraindre, lui comme ses collègues maires de communes bourgeoises qui ne respectent pas la loi, et, pire, il réclamait qu'on lui accorde une aide. Il fallait se pincer pour ne pas crier: la commune de Saint-Maur, par le biais de son maire, réclamait donc une aide de la Région pour financer son logement social...

Lisez plutôt: « vous demandez aux maires de communes qui, comme la mienne, ne satisfont pas aux obligations de la loi SRU, de faire plus, tout en leur refusant toute aide de la région – en ce qui concerne ma ville, le conseil régional est celui dont vous êtes l’élue, madame la ministre –, du conseil général et maintenant de l’État. Vous refusez également de raisonner, ce qui est le bon sens même, en termes de potentiel foncier ».

La lecture des Ghettos du Gotha est éclairante sur ce sujet, le fameux potentiel foncier. La parade de communes bourgeoises - dont Neuilly-sur-Seine est l'un des pires exemples - consista à réduire ce potentiel foncier via le plan d'occupation des sols ou la classification des habitations.

Nausée sociale
Il y eut aussi le député Sadier (UMP), qui porta l'amendement 444. Ce dernier était une sacrée proposition, décompter les lits d'hôpitaux, de prisons ou de gendarmerie dans les 25% de logements sociaux ! Quelle ignominie ! 
Après l’alinéa 12, insérer les deux alinéas suivants : « 4° bis Après le huitième alinéa, est inséré un 5° ainsi rédigé : « 5° Sont également comptabilisés comme autant de logements locatifs sociaux les lits d’hôpitaux, de prison, de gendarmerie, de soins de suite et de réadaptation. »
EXPOSÉ SOMMAIRE Les lits de ces structures doivent être comptabilisés dans le quota des 25 % de logements sociaux, au regard de leur utilité éminemment sociale et des coûts supportés par les collectivités qui comprennent ces structures sur leur territoire.
Certains s'affichaient favorables à l'augmentation du taux de 20 à 25% de logements sociaux, mais, précisa Benoist Apparu, « mais à certaines conditions, notamment celle d’y intégrer l’accession à la propriété ». La mixité sociale a des limites ! Apparu précise: « nous considérons que l’essentiel, c’est de permettre à ceux qui n’ont pas les moyens de se loger dans le secteur privé d’accéder à un logement aidé. Telle est à nos yeux la vocation même du logement social.» Enfonçait-il des portes ouvertes ? L'argument est central: « Je répète que, pour nous, la mixité ne dépend pas du statut d’occupation d’un logement – en location ou en propriété – mais bel et bien des revenus du ménage occupant. » Apparu est clair: à droite, pour limiter l'ampleur de la mixité sociale, il faut y inclure le plus de statuts possibles afin de limiter les effets de la loi.

Autre amendement, autre nausée. Les députés David Douillet, Henri Guaino et Jacques Myard proposèrent de pénaliser les communes qui feraient « trop » de logements sociaux (le seul étant proposé à 35%) seraient fiscalement pénalisés autant que les communes qui ne respecteraient pas le seuil de 25%. En d'autres termes, un joli racisme social...

Il fallut écouter Marc-Philippe Daubresse, le grand gaillard du Nord, député UMP, qui hurla contre cette précipitation à voter une loi sur le logement social. Comme si l'urgence n'était pas sociale. En dix ans, rappela Cécile Duflot, la part de logements sociaux des communes visées par l'article 55 de la loi SRU n'avait augmenté que d'un point, de 13 à 14 %. Une décennie pour presque rien...
« Si une partie des communes respecte les obligations que leur imposait la loi, d'autres ont préféré payer plutôt que contribuer à la solidarité territoriale.»
Cécile Duflot, 24 septembre.
Le groupe UMP déposa effectivement une motion de rejet préalable, avant tout débat. L'explication était double: la procédure est précipitée. Sur le fond, Marc-Philippe Daubresse justifia aussi que cette loi était anticonstitutionnelle car les amendes aggravées prévues contre les communes récalcitrantes iraient abonder un fond national sans que l'on sache si ce dernier serait pas affecté à la construction de logements sociaux,

Le même Daubresse s'indigna du fait que le gouvernement chercherait à « tuer le Crédit immobilier de France, alors qu’il n’était pas du tout en péril, l’affaire de l’agence de notation étant tout simplement due à un problème de financement sur les marchés extérieurs ». Une affaire de financements extérieurs ?? Mais le CIF ne repose que sur des appels aux marchés extérieurs pour financer les prêts qu'il concède ensuite !

Stratégie de survie
Ce lundi 24 septembre, il fallait donc relire quelques savoureux passages des Ghettos du Gotha. L'une des thèses, toujours argumentée, était que ces fortunés, si habiles à se défendre, constituent bien ce qui s'appelle une classe sociale, délicieusement à l'abri des statistiques, hermétique aux entrées qui ont peu à voir avec le mérite et l'effort.
« La classe dominante dispose de deux formes de capitaux spécifiques en cela qu'elles sont transmises et donc héritées. Le capital patrimonial et le capital mondain restent à peu près inaccessibles à qui n'en bénéficie pas par la naissance. » 


25 septembre 2012

Grâce à Taubira et Vallaud-Belkacem, nous pouvons supporter Valls

Valls dérange, Valls agace. Même pour ses partisans à gauche, sa récente proposition de mesures contres les voyages des apprentis djihadistes dans des camps terroristes en Afghanistan ou ailleurs faisait sourire ou grincer des dents. On s'était bien moqué de la proposition similaire faite par Nicolas Sarkozy en mars dernier au lendemain de l'affaire Merah.

A l'époque, il est vrai, Sarkozy déclamait encore son traditionnel « y-a/faut qu'on», alors que Manuel Valls ne faisait qu'évoquer le problème.

Mais qu'importe, le ministre de l'intérieur attire tellement la lumière que d'aucuns le confondent avec Hollande et Ayrault. Relisez donc cette tribune d'Edwy Plenel, sur Mediapart vendredi dernier. Et la réponse de Jean-Marc Ayrault, dans le même Mediapart, publiée ce dimanche. Valls est le ministre iconique qu'il faut casser ou louer.

Aussi devions-nous nous réjouir des initiatives récentes de deux autres ministres, deux femmes.

Tour à tour, Najat Vallaud-Belkacem (Droits des Femmes) puis Christiane Taubira (Justice) ont présenté la semaine dernière quelques-uns de leurs projets qui engagent directement la justice et la conception que l'on s'en fait dans notre beau pays.

Après l'étouffante séquence « Valls » de l'été, l'automne pourrait-il se dérouler sous d'autres couleurs ?

Najat Vallaud-Belkacem a promis des sanctions plus dures contre les entreprises qui n'engagent ni ne concluent d'accords sur l'égalité hommes/femmes. On se souvient que le candidat Sarkozy de 2007 avait promis l'égalité salariale « totale » entre hommes et femmes « en 2010 ». On en a encore les larmes aux yeux.

On se souvient comment un ancien ministre du Travail avait tenté de nous convaincre, voici 2 ans, que sa réforme en la matière allait changer le monde. Puis il avait saboté le décret d'application avec suffisamment d'énergie pour qu'aucune sanction ne soit enfin possible. Quel cachotier ! Cette fois-ci, Natjat Vallaud-Belkacem a donc prévu de modifier d'ici la fin du mois d'octobre le dit décret d'application de la dite loi de 2010 sur l'égalité salariale.

Le lendemain, elle publiait une tribune contre une autre incompréhension. Neuf représentants d'Etats-membres de l'Union européenne s'opposent à un projet de directive qui encadrerait la part des femmes siégeant dans les conseils d'administrations des grandes entreprises européennes. La Commission européenne - pour une fois qu'elle travaillait à l'avancée des droits - envisageait une directive pour imposer 40% de femmes dans les conseils d'administration. « 86% des administrateurs de société cotées en bourse sont des hommes et la résorption de ce grave déséquilibre par la méthode douce de l'autorégulation est si lente qu'il faudrait attendre au mieux 2053 pour que 40% de femmes siègent dans les conseils d'administration des entreprises européennes » fustigeait la jeune ministre.
 Avant de se rendre vendre à Marseille avec son collègue Valls, Christiane Taubira avait livré un entretien plein de bon sens sur la lutte contre la récidive.

« Ne peut-on pas débattre du sens de la peine, du fait que le tout-carcéral augmente les risques de récidive ? »

Elle recadrait nombre de caricatures et stupidités dont la droite au pouvoir ou l'extrême droite dans l'opposition ne abreuvent depuis des lustres. Comme nombre de ces caricatures portent justement sur elle-même et son action, citons-la tout simplement... Histoire de lever certains malentendus pour celles et ceux qui ont le courage de vouloir comprendre la réalité. Car à droite, on cherche évidemment à surjouer la différence et la caricature: Taubira serait la face cachée mais réelle de l'action gouvernementale, les raisons de l'échec programmé de Manuel Valls. Jeudi 20 septembre, Jean-François Copé expliquait encore que le ministre de l'intérieur était « objectivement est à droite » dans ses paroles, mais que Taubira  « fait voter des lois qui vont dans le sens inverse ».

Citons donc les déclarations de Christiane Taubira.

« Il n'y a pas à opposer incarcération et aménagement de courtes peines. Nous faisons confiance aux magistrats du ministère public pour apprécier de manière adaptée les mesures d'exécution des peines. L'ancienne majorité ne faisait pas confiance aux juges, ça n'est pas un mystère, elle l'a dit en termes fortement déplaisants, pas seulement envers les personnes, mais envers l'institution et la dignité de la charge.»

Ou encore:

« Il faut faire en sorte que nous réduisions effectivement les risques de récidive, ça ne veut pas dire cesser d'emprisonner. » Pourquoi donc quelques ténors à droite (Copé, Hortefeux) récidivent-ils en expliquant que la ministre Taubira serait adepte du plus grand des laxismes ? 

« Les politiques pénales des dix dernières années – 50 lois pénales en dix ans– ont généré de plus en plus de peines de prison ferme. Et des études multiples ont prouvé que la prison augmente davantage les risques de récidive que les autres peines pénales ; la formule "la prison : école du crime" n'est pas complètement fantaisiste.»

Fichtre ! Christiane Taubira serait-elle dans l'opposition ? Non. Elle est la digne ministre, collègue de Manuel Valls. Les deux jouent leur partition, un jeu compliqué qui nécessite un tant soit peu d'équilibre de la pensée et de l'argumentation.

Pour le dire autrement, grâce à Taubira et Vallaud-Belkacem, nous devons soutenir Valls.



24 septembre 2012

Traité européen: la grande hypocrisie !

Le traité budgétaire va-t-il faire imploser la majorité présidentielle ? Sans doute pas. Espérons que non. Le texte ne le mérite pas. Les cris d'orfraie des uns et les incantations des autres nous agacent déjà au plus au point pour un texte qui ne mérite ni tant de haine ni tant de soutien.

Il a été présenté le 19 septembre en Conseil des Ministres. Bernard Cazeneuve, ministre délégué aux affaires européennes s'amuse beaucoup. Il était partisan du Non au Traité Constitutionnel en 2005, le voici chargé de défendre un autre traité de contraintes supra-nationales. Est-il masochiste ou simplement traître ? Même pas. « On ne construit pas un budget et une politique sans volontarisme pour la croissance » a-t-il déclaré dimanche 23 septembre.

En 2005, le rêve était permis. En 2012, la crise menace de submerger chacun des pays européens, les uns après les autres.

La coalition du Non
Ce traité, adopté par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel il y a plus d'un an a peu de soutiens à gauche. Ce qui n'empêche pas qu'il soit voté par une majorité des élus de gauche quand il sera soumis ces jours prochains à leur suffrage. Apprécier un texte et son contexte sont deux choses habituellement différentes.

Pour l'heure, les opposants sont sacrément nombreux. A droite, on retrouve évidemment le Front national et les souverainistes tels Debout la République, ou la Droite populaire perdue à l'UMP. A gauche, les bataillons semblent plus nombreux, même si certains sigles recouvrent parfois une réalité numérique bien maigrichone: on peut ainsi compter sur AC !, Attac, Convergence services publics, la CFDT CFF, la CGT, Les Économistes Atterrés, la Fondation Copernic, le Front de gauche (Parti communiste français, Parti de gauche, Gauche unitaire, FASE, République et Socialisme, PCOF, Convergences et Alternative, Gauche anticapitaliste), la FSU, Les efFRONTé-e-s, le NPA, le Parti Fédéraliste Européen (sic!), le Parti pour la décroissance, le Réseau Éducation Populaire, les Solidaires, ou le syndicat Sud, et le mouvement Utopia. Tous ceux-là appellent à manifester le 30 septembre. Gageons qu'il y aura aussi des socialistes, députés, sénateurs et militants.

Et même des écologistes... C'est la nouveauté du moment. Les Verts - puisqu'ils ont visiblement pris les rênes du mouvement écologiste - se sont désolidarisés du TSCG. Eux qui avaient soutenus le traité constitutionnel de 2005, les voici opposants à ce micro-texte.

Même les écologistes !
Vendredi dernier, quatre élus écologistes avaient pourtant signé une tribune en faveur dudit traité budgétaire européen. Ces quatre-là pèsent quand même un peu: Daniel Cohn-Bendit (qu'on ne présente plus), Yannick Jadot (ex-directeur de campagne d'Eva Joly), Jean-Paul Besset (bras droit de Nicolas Hulot), et José Bové (ex-leader de la Confédération Paysanne).

Ils avancent plusieurs arguments en faveur du traité: il reste « très critiquable » mais il « doit donc être appréhendé comme l’héritage d’un compromis passé »; il n'est pas plus contraignant que les dispositions de Maastricht en matière de déficit, il est indispensable pour construire une République européenne (« L’Europe doit changer, profondément, car il n’y a pas de plan B, pas de sortie de crise ou d’écologie possible dans un seul pays. »), et il est complété par une stratégie de relance.
« Voter oui au TSCG nous permettrait de prendre toute notre place au sein de la majorité et d’y peser avec nos propositions. Au moment où partout dans le monde, et en Europe, s’affirme la tentation du repli souverainiste, qu’il soit libéral, républicain ou écologiste, nous voulons faire le pari d’une Europe ambitieuse, ouverte et solidaire.»
Leur intervention n'a pas suffit. Le lendemain, le conseil fédéral d'EELV se déclarait majoritairement hostile au traité. Et demandait à ses parlementaires de voter contre. Daniel Cohn-Bendit s'est aussitôt mis en congés. On le comprend, et la démarche est tout simplement cohérente.

La Grande hypocrisie
Le TSCG est-il cette abomination ? Evidemment que non. Le texte est insuffisant, par ailleurs presque obsolète. Il a été décidé en juillet 2011! Et pourtant, que d'accusations, que de critiques. Des critiques qui lui font dire beaucoup, beaucoup trop. Le traité ne change pas grand chose. Après son adoption, nous critiquions déjà ses insuffisances.

La fameuse affaire de la règle d'or, un joli piège politicien glissée par l'ancien couple Merkozy était une tartufferie: (1) le Conseil constitutionnel a précisé, il y a quelques semaines, que notre Constitution n'avait pas besoin d'être changé; (2) l'obligation d'équilibre budgétaire s'entend hors circonstances exceptionnelles et ne devrait pas concerner les investissements.

Dimanche, Mediapart publiait une interview de Jean-Marc Ayrault. Le premier ministre s'était donc frotté aux questions d'un média peu suspect de complaisance à son égard.

Ayrault reconnaît bien - qui le niera ? - que le texte du traité est le exactement même que celui proposé par Merkozy. La différence est ailleurs: depuis le conseil européen des 28 et 29 juin s'est ajouté un pacte de croissance et d’emploi, la mise en place de la taxe sur les transactions financières (initialement refusée par Angela Merkel) et les premiers travaux pour une union bancaire. C'est sûr, rien n'est régél, tout est insuffisant, on pourrait et devrait réclamer davantage. Ayrault ne dit pas autre chose: « l’Europe est une construction politique complexe, faite de compromis entre des points de vue souvent très éloignés, avec des résistances au changement.»

En fait, les opposants - que votre serviteur peut rejoindre parfois - agrègent deux critiques bien distinctes: primo, ce traité est insuffisant (ce que personne ne récuse, pas même au sein du gouvernement). Comment d'ailleurs penser qu'il sera amélioré s'il est refusé au parlement ?

Secundo, ce traité bloquerait toute marge de manoeuvre ultérieure. Mais là, l'argument est spécieux. Dans l'édition du 20 septembre, l'hebdomadaire Politis fait parler l'ancien député européen Francis Wurtz: selon lui, « le TSCG est l'instrument majeur d'une restauration de l'ordre social d'avant les Trente Glorieuses ». L'ordre social d'avant 1945 ? Fichtre ! Une vraie contre-révolution !

Cessez les caricatures, de part et d'autre.

Ce Traité est une mauvaise mais petite étape.

Sans lui, serons-nous mieux loti ?

Certainement pas.

Et avec lui ?

Pas sûr, pas forcément. Pourtant, il y a quelques bonnes nouvelles: la perspective d'eurobonds soutenue par Mario Monti, une Banque Centrale européennes qui se décide enfin à prêter aux Etats.

Mais l'ex-Sarkofrance a visiblement besoin de symboles pour s'agiter.


22 septembre 2012

281ème semaine politique: Hollande peut-il réussir contre les caricatures ?

La Fabrique de l'Opinion n'a aucun problème de production, de clients, ni de fournisseurs. Elle marche à plein régime. Elle prospère sur n'importe quel sujet, n'importe quel prétexte. Cette semaine fut exemplaire. Les abus budgétaires des agences de l'Etat, des révélations sur le potentiel cancérigène du maïs Monsanto, la réforme de la Justice ou l'amélioration des droits des femmes, tous ces sujets furent un à un balayés par un emballement médiatique et caricatural sur des manifestations islamistes. 

La semaine aurait pu bien commencer. Le mini-Grenelle de l'environnement de François Hollande avait réjoui les écologistes, et convaincu jusqu'à la presse. Le président avait promis une évalusation annuelle de sa politique, la fermeture de la dangereuse Fessenheim en 2016, et l'interdiction d'exploitation du gaz de Schiste. Même José Bové claqua une bise de remerciement à la ministre Delphine Batho.

Mais ce fut vite (et temporairement ?) oublié.

Attirés par le bruit et la facilité, nos médias et éditocrates préfèrent ce prétendu embrasement du monde musulman après la diffusion d'une quinzaine de minutes de film islamophobe réalisées par un extrémiste copte d'origine égyptienne. L'auteur, réputé escroc, se terre quelque part en Californie. En Tunisie, Libye ou en Egypte, des petites foules manipulées, minoritaires mais ultra-violentes, crient leur rage contre le Grand Satan américain.

Puis, samedi 15 septembre, l'affaire débarque en France. 
Environ 200 Musulmans - 200 sur les quelque 3 ou 5 millions que compte le pays - manifestent à l'improviste place de la Concorde. Et aussitôt, c'est l'emballement. Aux vociférations des illuminés répondent alors des appels à la croisade ou des dessins moqueurs. Les contraires se retrouvent dans leurs caricatures.

Mardi, soixante-dix-sept députés, tous socialistes, réclament publiquement le dépôt d'un projet de loi légalisant le droit de vote des immigrés extra-communautaire aux élections locales. On ne pouvait pas choisir pire timing. Ces gars cherchaient sans doute à alimenter les débats de l'université d'été du Front National ce weekend.

Mercredi, l'hebdomadaire Charlie Hebdo croit faire drôle.

Il publie de nouvelles caricatures brocardant les islamistes (soit !), l'islam (aïe!) et Mahomet (??). On s'interroge sur l'objectif ou le message, surtout après avoir contemplé les dites caricatures. Pourquoi se moquer ? Quelques heures plus tard, le gouvernement envoie un car de CRS protéger les locaux de ces ex-gauchistes. Consulats et écoles français sont fermés un peu partout dans le monde musulman. Les manifestations prennent de l'ampleur.  Répétons la question : qel est le sens d'étendre le mécontentement à tous les croyants ? Une envie de croisade, peut-être ? Marine Le Pen, après son père, ne s'y est pas trompée. Avec une surprenante facilité, le quotidien Le Monde lui consacra sa une du 21 septembre et une pleine page d'interview sans contradictions.

Les terroristes d'Aqmi annoncent à leur tour qu'ils exécuteront les 4 otages français qu'ils détiennent si la France se mêle un peu plus des affaires maliennes.

Personne, ou presque, ne relate ces manifestations arabes anti-salafistes. 

La situation est donc grave. L'incompréhension devient totale. Elle semble irréversible. En France pourtant, contrairement aux protestataires médiatiques, la fin de semaine est calme. Les représentants de l'islam appellent à l'indifférence et au mépris.

Bref, un apaisement bienvenu.

Les plus sérieux de nos commentateurs s'attardent heureusement sur la vraie vie (les OGM), les annonces du gouvernement, les plans sociaux, les derniers écarts de Manuel Valls, ou le traité européen.

Lundi, un rapport de l'Inspection Générale des Finances, révélé par le Parisien, dézingue encore un peu plus la gestion passée de l'ancien Monarque. Cette fois-ci, ce sont les agences de l'Etat qui sont dans le collimateur de cet audit: plus de 1.200 établissements, un budget (+15%) et des effectifs (+6%) en constante hausse depuis 5 ans, et une cartographie encore floue faute d'informations fiables. Bref, la prétendue rigueur sarkozyenne en prend pour son grade. Comment comprendre que Sarkozy ait réduit les effectifs de la Fonction publique de quelque 150.000 postes en 5 ans, tout en laissant augmenter ceux de ces agences publiques de près de 30.000 ?

Edwy Plenel, dans Mediapart, livre une charge incroyablement violente contre le plus populaire des ministres de François Hollande, Manuel Valls. Tout y est, et tout y passe. Valls, qui vient de renoncer à imposer les récépissés pour les contrôles d'identité de la police, incarnerait la trahison des promesses Hollandaises. Plenel, qui vise juste par moments, reste caricatural: il est aveuglé par Valls et oublie le reste, ces autres ministres qui travaillent aussi et qui méritent encouragements ou applaudissements.

Ce prétendu débat - répression contre prévention, Valls contre Taubira - est caricatural.

Mardi, deux ministres nous réjouissent. Najat Vallaud-Belkacem, en charge des droits des femmes, promet de durcir les sanctions contre les entreprises qui ne respectent pas la loi sur l'égalité salariale hommes/femmes. Et pour cause : l'ancien ministre Xavier Bertrand avait simplement saboté le décret d'application de la dite loi qui prévoyait pourtant jusqu'à 1% de leur masse salariale en pénalité. La même ministre a lancé le chantier de la légalisation du mariage civil des homosexuels. Enfin ! Christiane Taubira, sa collègue de la justice, recadre les caricatures propagées à droite sur ses idées, sa réforme et sa propre personne: la récidive ne se combat pas avec le tout-carcéral prôné par l'ancien Monarque et ses sbires. Sur son blog du Figaro, l'éditocrate Ivan Rioufol éructe avec autant de rage que certains de ces lecteurs.

En fin de semaine, la ministre est à Marseille avec Manuel Valls. Le symbole fait plaisir.
« Nous effectuons ce déplacement dans l'esprit de nos responsabilités respectives et dans le désir du travail commun. Entre Manuel Valls et moi, il y a une volonté politique de réussir. »
Vincent Peillon (Education) frappe un joli coup, un bel espoir que le changement est finalement pour maintenant: 40.000 recrutements de professeurs sont prévus dès l'an prochain. Cécile Duflot (Logement) obtient 50 millions d'euros supplémentaires pour financer l'hébergement d'urgence. Fleur Pellerin (Numérique) nous promet le très-haut-débit pour tous plus tôt que prévu.

Vendredi, Libération croit faire un bon coup en plaçant en une le spectre de la TVA sociale. 
D'après « ses » informations, la mesure tant honnie serait à l'étude à Bercy. Pierre Moscovoci (Finances) puis Alain Vidalies (Relations avec le Parlement) ont du perdre quelques minutes pour démentir la chose: même pas en rêve ! Le projet de loi de finances se dévoile peu à peu. Il sera présenté d'ici 8 jours: plafonnement des niches fiscales (sauf pour la culture ou l'outre-mer), relève du barème de l'ISF, gel du barème de l'IR,  forfait de 2000 euros pour les petits épargnants, etc.  Les socialistes sont aussi occupés à défendre ou débattre du traité budgétaire européen. Qu'importe. Jacques Attali, pour une fois, fait un constat empreint de bon sens: « les politiques ont peur de la révolte, ils auront la révolution

Vendredi, un revenant s'exprime à l'Université privée de Marrakech : Dominique Strauss-Kahn avait encore des choses à dire, des conseils ou son analyse sur la situation économique. Il veut partager des idées nouvelles. Du pain béni pour quelques médias ! iTélé croit savoir que DSK veut peser sur le débat franco-français.  L'envoyé spécial du Monde se régale des premiers mots publics de l'ancien patron du FMI.

François Hollande joue quelques symboles. Mardi, il inaugure un nouveau département sur l'art islamique au Musée du Louvre, puis, vendredi, un mémorial à Drancy dressé dans l'ancien camp d'internement qui envoya 60.000 Juifs vers les camps de la mort.

Symbole contre caricatures ?

Ce sera sans doute insuffisant. 

Ami sarkozyste, nous n'avons même plus besoin de toi.


21 septembre 2012

Médias: ces cumulards qui nous commentent

Vous les avez forcément entendus, vus, ou lus.

A moins de ne jamais vous intéresser à l'actualité, de ne jamais lire un quotidien - fut-il régional; ne jamais écouter les tranches matinales des radios nationales; ne jamais regarder un quelconque journal télévisée.

Ils sont journalistes. Ou plutôt, ils ont une carte de presse. Leur job n'est pas de produire de l'information. Ils ne sont à l'origine d'aucun scoop, d'aucune information.

Leur job est d'analyser, de commenter. Un peu comme un blogueur politique, mais avec une vraie rémunération à la clé et un abattement fiscal supplémentaire de 30% pour frais professionnel.

Ces derniers temps, l'un des sujets de prédilection de ces éditocrates est de comparer l'exercice du pouvoir par François Hollande avec ses propres promesses. Ce serait louable s'il ne s'agissait que de Fact-checking, cette heureuse nouvelle mode médiatique qui consiste à vérifier les faits. Mais s'agissant d'éditocrates, ils n'en sont plus ou pas là. Ils commentent.

Jean-Michel Aphatie est l'un des plus célèbres. Il déteste le cumul des mandats, mais il cumule beaucoup lui-même: journaliste à RTL, il officie également quotidiennement dans le Grand Journal de Canal+. Il n'aime pas le cumul des mandats. Et quand en 2008, Jean-François Copé critique sa consoeur de RTL Laurence Ferrari sur son propre cumul des mandats, il sort de ces gons contre cet « argument que les responsables politiques resserviront, nous sommes désormais face à une stratégie de communication. Et cette stratégie là, il faut lui tordre le cou pour sa fausseté, son étrangeté et aussi, osons le mot, sa violence ».

Christophe Barbier est directeur de la publication de l'Express. Il officie également quotidiennement sur iTélé, chaque matin et aussi le soir. Il est régulièrement invité sur France 5 dans l'émission C'EST DANS L'AIR animée par Yves Calvi. Le cumul des mandats, c'est sa marotte. En août dernier, il s'indignait: « Aubry a raison, il faut oxygéner la démocratie en faisant place aux femmes, aux jeunes et aux représentants de la diversité ! »

Qui va oxygéner nos médias ?

Bruno Jeudy est patron de la rédaction du JDD. Il « éditorialise » également l'actualité sur iTélé, l'an dernier comme depuis la rentrée. On le retrouve aussi de temps à autre sur France 5, Yves Calvi aime cumuler les éditocrates autour de sa table.

Nicolas Demorand, le patron de la rédaction de Libération, était moins présent l'an dernier. Le voici qui déboule dans la nouvelle émission LE SUPPLÉMENT animée chaque dimanche par Maïtena Biraben.

L'an dernier déjà, Le Monde puis Télérama s'étaient attardés sur ces cumulards de l'éditocratie.

Et pourtant, rien n'a changé.

Personne, nulle part, n'est dérangé par cet étrange état de fait.

Les plus cumulards de nos éditocrates sont les plus vindicatifs contre le cumul des mandats...


Qui cherche la croisade ?

D'un côté, il y a ceux qui brandissent leur laïcité, les droits de l'homme, les leçons de morale, parfois arrosées de pétrole; de l'autre, il y a ces (petites) foules de Musulmans en colère avec (quelques) femmes voilées et de nombreux hommes souvent barbus.

Il y a ces caméras d'agences occidentales filmant en gros plan chacune de ces images de violence prétendument spontanée à caractère religieux, ou ces soutiers du terrorisme islamiste international qui soufflent avec joie sur la braise du mécontentement.

Ce « marketing de la peur » est une vieille recette réactionnaire qu'on utilise à toutes les sauces. Bizarrement, la recette est utilisée avec la même ardeur de part et d'autres de l'affrontement. Comme si les deux parties cherchaient cet affrontement.

Il y a des caricatures ici - les nôtres - et là-bas - les leurs. Mahomet contre Grand Satan, principes contre foi, riches contre pauvres, etc.

Jour après jour, comme par un énième coup du sort, une fraction du monde s'embrase sur des conneries. Il suffit que quelques centaines d'illuminés (pourrions-nous plutôt les qualifier d'éteints, car nulle lumière de l'esprit critique visiblement ne les habite ?) défilent sur la place de la Concorde à l'improviste pour qu'on s'indigne de cette attaque islamiste avec la gravité que mériterait un attentat criminel. Pourquoi n'avoir préféré de ridiculiser ces gens-là, plutôt que la religion dont ils se réclament ?

Au Mali depuis près d'un an, le pays est coupé en deux, occupé au Nord par une clique islamiste qui coupe des mains pour appliquer sa charia.

En France, notre ex-Sarkofrance tant aimée, on porte toujours facilement l'étendard laïc quand il arrange. Certains sont sincères, c'est-à-dire systématiques dans leur vigilance. D'autres sont plus aléatoires. D'autres encore sont davantage effrayés par l'islam.

La place de l'islam ne cesse d'agiter les débats occidentaux.

Qui cherche la croisade ? 

Le monde compte plus d'un milliard et demi de musulmans. Il va falloir s'y faire. Les Musulmans vivent majoritairement dans des pays où la vie est rude. Ceci n'explique en rien cela, mais c'est un fait, un paramètre indéniable...

Une ultra-minorité s'excite avec une régularité hors normes, il va falloir la traiter, l'affronter, la combattre. Mais cela demande une subtilité, de la diplomatie, de la tactique. Il faut décrocher les foules, le croyant ordinaire, le citoyen de la rue de ces agitateurs radicaux.

La diplomatie de Barack Obama au Proche Orient semble avoir été planté par un curieux faux film extrémiste. Dont acte. Il faut gérer l'ingérable, maîtriser l'échauffement, éteindre l'incendie que les plus fous des islamistes - salafistes, entre autres - veulent à tous prix propager un peu partout.

Que cherchons-nous ? Nous faire comprendre ? Convaincre pour faire évoluer ?

Ou souhaitons-nous partir en croisade, caricatures sous le bras, avec quelques fachos dans nos bagages qui pensent davantage à une guerre de civilisation qu'à l'affranchissement des esprits ?


20 septembre 2012

What's next ? Mahomet à poil ?

L'hebdomadaire humoristique a réussi son coup: un car de CRS de la République a été envoyé pour protéger ses locaux, des polémiques en tous genres ont agité les blogs et les réseaux sociaux; et il a soulevé une levée de boucliers dans le monde politique et médiatique jusqu'à l'Elysée. Bref, la publication, dans l'édition du mercredi 19 septembre a rempli sa promesse: faire vendre le journal.

On peut imaginer qu'un tel hebdomadaire a néanmoins deux objectifs plus éditoriaux: faire rire et faire réfléchir. La transgression des humoristes est une expression de liberté essentielle en démocratie. Elle provoque régulièrement d'insondables débats sur ses limites ou l'absence de limite. L'humour d'un dessin est une affaire de goût personnel. Susciter la réflexion est en revanche un objectif qu'il est plus facile d'appréhender de façon neutre et impersonnelle.

Quand Charlie Hebdo publie les fameuses caricatures de Mahomet en 2006, il apporte en France une manifestation de soutien au journal danois qui les avait publié en premier lieu, et se trouva alors pris d'un tourbillon de censure et de pressions politiques inédites dans le pays. Charlie Hebdo faisait preuve d'indépendance - comme souvent - et de solidarité. Il testait, une fois de plus et à juste titre, notre liberté d'expression et le sens de la dérision de certains. Qu'importe le tollé, les pressions, le procès ! Charlie Hebdo faisait réfléchir.

Quand le 19 septembre 2012, l'hebdomadaire décide de publier de nouvelles caricatures de Mahomet, la situation, sa situation est bien différente. Il en fera peut-être rire certains.

Espérons-le.

Espérons aussi que la démarche ne visait pas qu'à provoquer seulement des rires ou des sarcasmes mais aussi un minimum de réflexion sur l'état du monde, ou, en l'occurrence, notre liberté d'expression face aux religions en général, l'islam en particulier. Si c'est le cas, s'il s'agissait bien de faire progresser notre liberté de pensée, alors le coup est objectivement raté, et triplement raté.

Divers pays où l'islam est la religion dominante voient les rangs des manifestations d'indignation grossir après la diffusion - instrumentalisée - d'un film provocateur d'un extrémiste égyptien caché aux Etats-Unis: On peut imaginer que toute provocation supplémentaire émanant d'un pays occidental n'améliorera pas la situation. Certains supporteurs de l'initiative humoristique clament en retour qu'il faut justement affirmer sa fermeté.

Vraiment ? Charlie Hebdo n'apporte rien dans l'affaire. Bien au contraire!

On n'ose imaginer que l'hebdomadaire veuille exprimer une quelconque solidarité avec les auteurs dudit film. Cette mauvaise polémique est tellement instrumentalisée par les salafistes et l'Iran qu'on pouvait penser que la meilleure des attitudes aurait été de fustiger ces derniers plutôt que de se moquer de Mahomet...

Partout, les gouvernements sont surpris par l'ampleur et la violence de manifestations sur un prétexte aussi fallacieux et absurde. Les opinions occidentales sont choquées, les autorités religieuses appellent calme. Tous ou presque ont conscience de l'absurdité et de la stupidité de ces réactions. Nul besoin de Charlie Hebdo pour comprendre ni réaliser.

Du coup, l'attitude du journal apparaît franchement contre-productive: Charlie Hebdo s'est attiré des nombreuses réactions négatives de la part de critiques peu suspectes de complaisance envers l'islamisme radical voire les religions en général. Le journal est suspecté d'opportunismed'instrumentaliser lui-même l'affaire, d'agiter les esprits, ou d'être suiviste dans une polémique gravissime qui le précède. A l'inverse, il fallait chercher loin, du côté d'Yves Rioufol, le polémiste ultra-catholique du Figaro et François Fillon, enfin seul en campagne contre Jean-François Copé, pour trouver quelques soutiens à cette initiative médiatique.

Le sujet religieux est enfin, une fois encore, une diversion des vrais problèmes: la mise en oeuvre des emplois d'avenir, la hausse des prix du gaz, le traité européen ou les menaces sur l'emploi public et l'austérité en général...

19 septembre 2012

Agences de l'Etat: un plan social à 60.000 postes ?

Le rapport de l'Inspection Générale des Finances rendu public lundi 17 septembre fait nécessairement du bruit. En période de crise des finances publiques, les recherches d'économies frappent tous azimuts. Voici donc l'IGF qui s'est attardée, des mois durant, sur ces agences de l'Etat aux statuts publics mais variés.

Elle en a recensé 1.244 en 2010, dont 1.101 étaient dotées d'une personnalité morale. Les seuls opérateurs, un sous-ensemble de l'enquête, représentent 20% du budget de l'Etat et de ses effectifs. Dans ces agences, l'IGF regroupe les Agences de la santé et du secteur médico­social (Haute Autorité de la Santé, ARS Rhône-Alpes, etc), les Agences du développement durable (Agence de l'eau, Etablissement Public du Marais Poitevin, etc), les Agences de financement, les Agences de la culture (Château de Chambord, CNC, BNF, Musée d'Orsay, Palais de Tokyo, etc), et la centaine de Services à Compétence Nationale (Ecole nationale des finances publiques, etc).

Bizarrement, la « Fabrique de l'opinion » n'a pas marché à plein. Elle a bien retenu qu'il se passait quelque chose de bizarre au royaume de France depuis 2002 et, en particulier, depuis 2007. Le Parisien fut à ce titre exemplaire, quant il publia lundi les principaux résultats de cette enquête de l'IGF. Mais la Fabrique s'interrogea peu sur les responsabilités du passé - aucun sondage ne fut lancé ce lundi avec la question fatidique: trouvez-vous normal que l'on découvre de tels cadavres dans les placards ?

Car il y avait quand matière à s'interroger.

Ou bien.

1. Nicolas Sarkozy avait bien caché la poussière sous le tapis: comment comprendre qu'il ait réduit les effectifs de la Fonction publique de quelque 150.000 postes en 5 ans, tout en ayant laissé augmenté ceux de ces agences publiques de près de 30.000, sans compter les recrutements induits dans les administrations de tutelle ? Au total, l'IGF pose la question de quelque 60.000 postes...

2. L'IGF révèle aussi les limites de la gouvernance publique, que l'on croyait remise à plat et normalisée depuis la fameuse Révision Générale des Politiques Publiques mises en oeuvre sous la droite depuis 2002. Les ministres du Budget successifs Jean-François Copé, Eric Woerth, ou Valérie Pécresse se sont souvent gargarisés de ces travaux. Et qu'apprend-t-on aujourd'hui ? « Il n’existe pas, actuellement, de recensement exhaustif de toutes les entités à la fois contrôlées par l’État et exerçant pour son compte des missions de service public non marchand.» En d'autres termes, Copé, Woerth et Pécresse n'étaient donc que des incapables. L'IGF s'inquiète même de n'avoir pu documenter l'évolution des frais de fonctionnement de ces agences, faute de documents de synthèse !

3. Les opérateurs de l'Etat ont réussi à gagner 15% de budget supplémentaire entre 2007 et 2012... Quelle rigueur ! Au final, ils atteignent 50 milliards d'euros, ce qui est loin d'être anodin: près de 3% du PIB...

4. En matière d'effectifs, l'évolution est presque aussi farfelue et incohérente avec les discours sarkozyens d'antan: « concernant les effectifs et les masses salariales des agences, leur croissance apparaît significativement plus rapide que celle de l’État. Par exemple, les effectifs des opérateurs sont passés de 417.296 à 442 830 agents entre 2007 et 2012, soit une augmentation globale de 6,1%. Sur la même période, les effectifs de l’État ont à l’inverse décru d’environ 6%. » Au final, l'IGF note que les effectifs non concernés par le plafonnement de la RGPP ont cru de 17.000 agents depuis 2008, soit +13% !

5. « L’opportunité et les modalités de recours à des agences n’ont pas relevé d’une stratégie d’ensemble cohérente. » L'IGF note cependant que « la création d’agences présente certains avantages.» En particulier, grâce à leurs spécialisations. Mais leur création créé inévitablement des postes, y compris de tutelle dans les ministères et des frais de démutualisation des services. Par exemple, la seule transformation du Musée d'Orsay en agence autonomie a fait perdre 2,3 milliards d'euros par an de mutualisation (d'après la Cour des Comptes). Quand on lui attribue des taxes dédiées, l'agence se croit indépendante. Pour certaines administrations, la multiplication des agences perturbe la gestion publique.

6. Les taxes affectées à ces agences ont fortement progressé, mais elles restent marginales dans leur financement: de 7,9 milliards d'euros en 2007 à 9,8 milliards pour 2012 (+4,5% en rythme annuel). Les crédits budgétaires, eux, ont augmenté plus rapidement que l'inflation: +2,4% par an sur la période, pour atteindre 40 milliards d'euros en 2012.

7. Il reste de nombreux doublons entre l'Etat et les agences, voire entre agences elles-mêmes: « Dans certains champs de politiques publiques examinés par la mission, les acteurs apparaissent nombreux, et la répartition des compétences fixée par les textes législatifs ou réglementaires n’est pas toujours suffisamment précise pour éviter les frottements. Cette situation est en particulier observable dans les sphères de la santé et du secteur médico­social ».  L'IGF critique ainsi l'Etablissement du Marais Poitevin, dont les attributions doublonnent en partie avec les préfets.

Que retenir sinon l'impression d'un immense gâchis ?

Hollande: le Qatar est toujours là

La mondialisation est une chose formidable et de terrifiante. Des Chinois à peine sortis de l'adolescence fabriquent des iPad à raison d'une quinzaine d'heures quotidiennes dans des usines surchauffées, et des pétro-monarchies peuvent racheter quelques pans de notre économie nationale sans que personne n'y trouve à redire.

En Sarkofrance, nous avions comme d'autres rappelé cette curieuse invasion culturelle et sportive d'un émirat richissime, le Qatar.

L'alternance est venue, mais le Qatar est toujours là. Non pas que François Hollande ait promis une quelconque rupture des relations diplomatiques avec cet émirat. Mais tout de même, on guette le changement, la rupture.

La chaîne sportive Al-Jezira a rempli sa mission, près de 600.000 abonnés à ses deux chaînes françaises en quelques mois. Le Qatar poursuit ses investissements. On ne sait pas si la prochaine loi de finances reviendra sur cette curieuse niche établie par Nicolas Sarkozy qui permet aux investisseurs qatari de défiscaliser leurs investissements dans notre beau pays.

« La sainte alliance se poursuit », écrivait Jean-Dominique Merchet dans les colonnes de l'hebdomadaire Marianne samedi 8 septembre 2012. Le spécialiste des affaires de Défense pensait à plus grave que cette intrusion footballistique du Qatar dans nos foyers.

Le Qatar reste un allié incontournable pour la France. Et cela reste bien curieux.

En Syrie, comme hier en Libye, le Qatar fournirait ces forces spéciales que l'Occident ne voulait fournir. D'après Merchet, le Qatar est même le seul pays réceptif à la diplomatie française, sous Sarkozy comme sous Hollande.

Parfois, le Qatar nous fait plaisir, comme lorsqu'il va expulser le gendre de l'ancien autocrate tunisien Ben Ali.

Mais souvent, le Qatar inquiète. Que fait-il dans le Nord d'un Mali démembré ?  Ou plus largement dans le Sahel ? N'encourage-t-il pas une guerre des sunnistes contre des chiites ?

18 septembre 2012

Hollande: la Fabrique de l'opinion est encore à l'oeuvre

Nous le savions. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles nous nous sommes mis à bloguer. Les médias rapportent un traitement de l'actualité qui ne nous convient pas. Sinon, quel autre intérêt à bloguer quand on est anonyme ?

Dans le récent ouvrage de Laurent Binet, « Rien ne se passe comme prévu », un best-seller publié voici un mois, nous pouvions noter à quelques reprises comment l'information accréditée se fabrique. C'est le charme du bouquin de Laurent Binet, il n'est qu'écrivain, pas journaliste. Tout au long de son ouvrage, sa surprise de citoyen permet quelques petites révélations d'insider. Comme celle-ci, datée du 29 février 2012, quand François Hollande visitait Londres, en pleine campagne. Laurent Binet note ce constat, pas si anodin que cela.
«Fish and Chips au pub du coin, débriefing rituel des journalistes. L'un de ceux du Big Four de la presse écrite nous donne son impression: Moi, je l'ai pas trouvé très chaleureux, Miliband, hein ... " Je persifle: "J'adore vos petites séances d'harmonisation. Demain dans tous les journaux, on aura donc pour titre: 'Accueil glacial pour Hollande'". Le journaliste, avec beaucoup de prescience vu que je n'avais encore jamais abordé cette question avec eux, s'inquiète: "Ah la la, ça y ets, tu vas en faire u un chapitre sur la fabrique de l'opinion ! Moi, j'disais cela juste comme cela. Franchement c'était pas chaleureux." Mais une consoeur de la télé abonde dans mon sens: "Il a raison, sous prétexte de débriefer, on se met tous d'accord."»
Evidemment, voici comment l'opinion médiatique se fabrique. Le journaliste accrédité vérifie auprès de ses confrères s'il a la bonne interprétation des évènements de la journée. Quand il a de l'expérience, il peut même installer le ton dominant des comptes-rendus du lendemain. Ces comptes-rendus sont ensuite relayés en cascade par quelques éditocrates - souvent les chefs de service de ces journalistes de terrain.

Cette fabrique de l'opinion est bien connue. Elle est redoutée, détestée, fustigée. Elle est régulièrement décortiquée par des des sites tels Acrimed ou Arrêt sur Images.

Parfois, l'opinion se retourne, ou ne suit pas ces commentaires généraux. On l'a vu en 2005. Parfois l'opinion est manipulée. Comme en 2008, on l'a découvert plus tard. Nicolas Sarkozy avait fait financé quelques 150 sondages politiques dans l'année, ensuite publiés (sans mention du commanditaire officiel) par le Figaro et LCI. Les questions étaient choisies et définies avec Patrick Buisson, au cabinet de l'ancien Monarque.

Actuellement, la « Fabrique de l'opinion » est à l'oeuvre. L'argument est connu et un peu confus: François Hollande deviendrait impopulaire parce que (1) il est contraint à la rigueur; (2) il dévoile une rigueur qu'il n'aurait pas promise, (3) il déçoit parce qu'il est contraint ou retord. Les arguments se contredisent mais à la marge.

Mais la Fabrique n'est pas à cette contradiction près. Pour son appui, elle a toujours les sondages, hier comme aujourd'hui. Cette fois-ci, tous convergent pour dire qu'Hollande deviendrait impopulaire. Quelle surprise ! Sarkozy était impopulaire avant la crise. Hollande le serait devenu après avoir annoncé le plus gros plan de rigueur de l'après-guerre.

Ensuite, et c'est le second temps, d'autres prennent le relais du commentaire: Hollande n'aurait plus de majorité. D'autres glosent sur l'amour contraint du président Hollande avec les écologistes.

Et voici que le droit de vote des étrangers refait surface, à l'initiative de 76 ou 77 députés socialistes qui publient leur réclame d'un projet de loi dans une tribune publié par le Monde. Ceux-là n'ont pas envie d'attendre 5 ans et l'abandon d'une promesse vieille de 30 ans. D'autres, à gauche, dans le camp même de François Hollande, n'apprécient pas une démarche qu'ils jugent déplacée et inutile. A droite, on tombe dans le panneau, on s'engouffre dans la porte ouverte. Le droit de vote des étrangers, sous conditions,

Gageons que la Fabrique nous publiera rapidement, dès ce mardi, l'interprétation qu'il convient d'avoir sur ce fait divers politique: (1) Hollande serait gêné; (2) cette « demande des 76 » serait la preuve des dissensions au sein de son camp; (3) les Français y seraient majoritairement hostiles.

Restons au conditionnel car seul la Fabrique est habilitée à utiliser le présent voire l'impératif d'autorité.