1 septembre 2012

278ème semaine politique: la rentrée prévisible de François Hollande

Passe-t-il à la vitesse supérieure ? La France médiatique, ex-Sarkofrance, reste en sevrage accéléré. Il faut se déshabituer de l'ancienne agitation immobile de Nicolas Sarkozy qui, en matière d'action économique et sociale n'a servi à rien.

Mais la pression est là, évidente et tenace. Et les mêmes qui s'amusaient des mises en scène répétitives de l'ancien monarque regrettent ces cascades de communiqués, réunions, projets de lois et déplacements de l'ancienne Sarkofrance...

Mardi, Hollande et Ayrault avancent finalement la session parlementaire de 15 jours. La veille, le premier ministre se défendait d'accélérer. Les mauvaises nouvelles s'accumulent sur le front économique... et ailleurs.

Rien n'est surprenant.

Tout était prévisible.

A Paris, les écologistes s'agacent des déclarations pro-nucléaires d'Arnaud Montebourg. A Marseille, d'autres règlements de comptes, gravissimes, se poursuivent. Une sénatrice socialiste réclame l'armée, une demande refusée par Manuel Valls. Depuis deux ans, certains quartiers de la cité phocéenne ressemblent au Chicago des années trente.

Lundi, François Hollande joue un coup contre la Syrie. Il place la France en pointe de l'opposition au régime syrien. La France ne reconnaît plus le gouvernement actuel. Hollande enjoint l'opposition de constituer un gouvernement pluraliste et a décidé d'apporter un soutien matériel aux zones libérées. A propos de  l'Iran voisin, l'AIEA s'inquiète de l'escalade atomique. L'Iran s'équipe à tour de bras en centrifugeuses.

Mardi, son ministre de l'Economie surprend tout le monde en annonçant une baisse des prix de l'essence, pendant trois mois, d'au moins 6 centimes. C'est mieux que le blocage promis initialement, mais il y a quand même des râleurs. C'est cocasse. 

La rentrée scolaire approche. Quelques modifications ont été prévues par le ministre Peillon. L'Education nationale a un millier de professeurs en renfort. Mercredi, les emplois d'avenir sont présentés en conseil des ministres: 100.000 jobs subventionnés à 75% du SMIC, ciblés vers les jeunes peu qualifiés et sans emplois, avec engagement de tutorat ou de formation (dont 6.000 pour l'enseignement). 50.000 suivront en 2014. Avant même les annonces précises, certains ont râlé. A gauche, Mélenchon regrette que ces contrats ne soient aidés que sur un à trois ans. « C'est du précariat ! » dénonce-t-il. A droite, on fustige ces emplois publics (ils sont réservés pour l'essentiel au secteur non marchand).

Pourtant, la situation de l'emploi est toujours grave, près de 41.000 sans-emploi supplémentaires ont été enregistrés à Pôle Emploi, pour frôler les 3 millions à fin juillet. Vendredi, le président profite d'un déplacement à Châlons-en-Champagne pour s'exprimer plus largement. Un document d'orientation de négociation sur la sécurisation de l'emploi pour les salariés «sera présenté le 10 septembre» aux partenaires sociaux. Des manifestations l'accueillent aux cris de « on veut du changement ! ». La CGT promet des manifestations le 9 octobre contre le traité budgétaire. C'était presque cocasse, il y a moins de 4 mois, la CGT était accusée d'être vendue à Hollande...

Mercredi, Jean-Marc Ayrault déboule sur le campus d'HEC, où le MEDEF tient son université d'été. Les patrons ont le blues. Officiellement, ils s'inquiètent de « la stratégie économique du gouvernement » (dixit Laurence Parisot au Monde) ou de la « compétitivité » des entreprises françaises. Officieusement, les plus grands d'entre eux, ceux du CAC, protestent contre la future taxation de 75% de leurs revenus supérieurs à un million d'euros annuels, prévue dans la prochaine loi de finances; ou du relèvement de l'ISF. A l'Elysée, on les appelle les « pleureuses ». L'une de ces dernières s'exclame dans les colonnes du Nouvel Obs: « Les 75%, c'est du viol ! » Un viol ?

Le récent classement des fortunes du pays établi par le magazine Challenge pour l'année 2012 recensait 500 fortunés qui comptabilisaient presque autant de gains que les recettes nettes de l'Etat...

Mathieu Pigasse, responsable de la banque Lazard France et, accessoirement, propriétaire de Libération, des Inrocks et d'une fraction du Monde, n'a pas de chance. Sa banque a été choisie par le gouvernement pour conseiller ce dernier en vue de la création de la future Banque publique d'investissement. Comme Audrey Pulvar, compagne du ministre Montebourg, a rejoint les Inrocks en juillet dernier comme directrice éditoriale, il n'en fallait pas plus à quelques-uns pour faire la polémique.

Le Nouvel Obs, qui a lâché cette prétendue bombinette jeudi 30 août, accuse ainsi Pigasse d'avoir nommé Pulvar en contrepartie de l'octroi du mandat.

L'accusation de conflit d'intérêt prête à sourire: les règles d'appels d'offres publiques sont assez drastiques pour une mission pilotée par Bercy et non Montebourg, la banque Lazard n'a pas pas besoin de cela. Mais elle rappelle cette désagréable impression d'une confusion des genres permanente. Sans attendre, dès vendredi, Montebourg lui-même fustigeait le recours à une banque privée (Lazard ou toute autre banque) pour cette mission.

Une autre information fut plus discrètement relayée. François Fillon, révèle Rue89, a créé sa société de conseil entre son départ de Matignon (mai) et son élection à l'Assemblée nationale (juin). S'il avait tardé, il n'aurait pu, la législation empêchant un député de créer une telle activité en cours de mandat. S'afficher consultant quand on devient élu de la Nation, quelle curieuse démarche !

Nicolas Sarkozy serait également devenu consultant. C'est une épidémie. La banque d'affaires Morgan Stanley, l'une de celles que l'ancien monarque désignait de déraisonnable au plus fort de la crise boursière de l'automne 2008, voudrait le rémunérer 250.000 euros pour une conférence de 45 minutes à New-York en octobre prochain, selon le Canard Enchaîné.

Du vrai travail !

A droite, l'UMP semble sombrer. Nous pourrions leur donner quelques conseils d'opposition. La campagne interne n'intéresse personne. Jean-François Copé a pourtant enfin déclaré sa candidature à la présidence de l'UMP. Un débat télévisé sera organisé. Copé et  Fillon font assaut de sarkozysme comme pour mieux enterrer tout risque de retour de leur ancien mentor. La gauche gouvernementale a peut-être des ennuis, la droite d'opposition n'en profite pas. Les idées sont absentes, les débats se limitent à des petites vannes. Hélène Jouan (France Inter) s'amuse: « pour un parti qui découvre enfin la démocratie, commencer par le Congrès de Rennes, c'est cocasse

Jeudi, Hollande est à Madrid. Il traite de la crise européenne avec le premier ministre Rajoy.

Vendredi, Christiane Taubira fait un malaise en réunion publique. Un simple coup de fatigue, nous dit-on. Depuis sa nomination en mai dernier, la garde des Sceaux a été accusée des pires saloperies par certains de l'opposition. Sur Twitter, le député UMP Lionnel Luca déclenche une belle nausée en moquant son malaise qu'elle aurait eu « à l'énoncé de toutes les mesures en faveur de de la délinquance » du gouvernement...

Rien n'est surprenant.

Tout était prévisible.

8 commentaires:

  1. A propos du billet d'hier, je suis tenté d'écrire qu'il fallait sortir de la torpeur de l'été qui a vu la cote de popularité du président Hollande fléchir assez vigoureusement ! Un coup s'imposait effectivement ! De préférence sur la scène politique internationale ! Dans le même temps, sur la scène intérieure on envoie les ministres à Jouy, le premier d'entre eux en tête, faire des ronds de jambes à Laurence du Medef !!! Et on fait des cadeaux aux grosses fortunes par rapport à l'ISF ainsi que Mauduit nous en informe sur Médiapart !

    Hollande joue en Syrie le Sarkozy de Libye ! Par grandeur d'âme totalement désintéressée, l'Occident vole au secours des faibles ! France en tête ! Bien sûr que la situation est tragique en Syrie. Mais ce pays est en état de guerre civile : et on s'indigne qu'il y ait des atrocités ! Et tjrs du même côté naturellement ; du bon côté diplomatiquement parlant ! C'est le retour du bon vieux manichéisme : le camp des bons et le camp des méchants ! Et pourtant : http://www.reopen911.info/News/2012/08/28/controverse-sur-la-dissimulation-dun-crime-de-guerre-par-la-bbc/

    Ne feignons pas d'ignorer que ce conflit déborde et de loin le cadre d'un simple conflit syro-syrien dans la pure tradition politique telle que nous la connaissons !

    Petit rappel sur le contexte du conflit :
    Analyse de la situation en Syrie, par Alain Chouet ==> http://www.reopen911.info/News/2012/08/23/analyse-de-la-situation-en-syrie-par-alain-chouet/

    Syrie et propagande guerrière: un article essentiel de Charlie Skelton ==> http://mounadil.wordpress.com/2012/07/16/syrie-et-propagande-guerriere-un-article-essentiel-de-charlie-skelton/

    Pour finir, je ne pense plus que ce blogue soit le fait d'une personne totalement désintéressée motivée uniquement par des considérations purement citoyennes, fussent-elles partisanes ; les prises de position y sont trop professionnelles et trop précisément et unilatéralement orientées pour cela !

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  2. Sur le prix des carburants, baisse ou blocage... la baisse est transitoire, pas seulement parce qu'elle ne durera que 3 mois mais aussi parce que prix du pétrole dépend des cours du pétrole et de ceux du dollar. Il suffit que l'euro s'affaiblisse ou que le cours du pétrole monte pour réduire à néant l'effort gouvernemental. D'ailleurs dès le lendemain de la baisse officielle, je voyais remonter d'un centime le prix du gazole à la pompe voisine de chez moi.
    Comme je l'ai dit ailleurs c'est une erreur de baisser le prix de l'énergie fossile. On donne l'illusion que les choses seront toujours ainsi, le pétrole indéfiniment disponible à des prix même administrés. De surcroît c'est peu efficace et visible pour les consommateurs et coûteux pour le contribuable. En outre l'impasse est faite sur le coût du fioul domestique destiné au chauffage...
    Sur la mission de la banque Lazard dans la création de la BPI. Y en a vraiment marre de ces machins alors que la CDC pouvait parfaitement assumer la mission. D'ailleurs le voltairien Jouyet ne revendique t-il pas pour la CDC un rôle prépondérant dans la BPI.
    On se fout encore du monde, on gagne du temps, valse hésitation scabreuse.
    Dans le même temps le Figaro et d'autres feuilles dévoilent un probable gel du barème de l'IRPP pour 2013 (revenus 2012) alors que F. Hollande trouvait la chose fort injuste lorqu'il n'était que candidat. Injuste certes mais quel rendement rapide qu'une hausse d'impôt sur le revenu sans risque d'emmerdement avec le conseil constitutionnel concernant la taxation des très hauts revenus.
    Hollande commence à préparer le terrain sur la réforme de la sécurité sociale. Amère potion à venir.

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  3. "L'accusation de conflit d'intérêt prête à sourire" ?
    Non. L'idée d'une BPI est de Pigasse lui-même, alors qu'il travaillait pour la campagne de Hollande. Le voir la diriger, en tant que dirigeant d'une banque privée, c'est juste inacceptable.
    Quant à Pulvar, je suis navré, mais le mélange des politiques/journalistes laisse toujours peser un soupçon - surtout quand on voit QUI, in fine, sont les patrons de ces journalistes...

    Non, vraiment, je ne peux pas vous suivre sur ce coup. Un soupçon suffit pour qu'on parle de conflit d'intérêt, et dans le cas qui nous occupe, il y aura forcément des soupçons.
    C'est à mon sens une faute politique !

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  4. @PierreMarot: mais personne n'a dit que Pigasse allait diriger la BPI ?! (A moins que j'ai manqué un épisode) Le gvt avait confié à la banque Lazard le soin de proposer comment mettre sur pied la BPI. Une simple mission de conseil (ceci dit, on se serait bien épargné la chose!)

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  5. La simple présence de Pigasse dans l'affaire rend toute l'histoire scabreuse, non ?
    cf. Authueil :
    http://authueil.org/?2012/08/31/2045-la-gauche-et-le-conflit-d-interets

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  6. François Hollande, qui parle de mesures courageuses à prendre en 2013, on en parle peu, mais voilà qui est inquiétant ! Remarquez, on ne parle pas beaucoup non plus du traité européen, qui doit être voté en septembre. Comme d'habitude, la plupart des médias en restent à des analyses superficielles.

    Sur la guerre civile en Syrie, je suis bien d'accord avec Desmoscratie. Vive les déclarations manichéennes, alors que nul ne dit qui est cette armée libre, alors que nous connaissons tous les noms des dictatures, qui la soutiennent. D'ailleurs, je ne me souviens pas avoir lu, ni entendu beaucoup de critiques sur le pouvoir syrien depuis son accueil en grandes pompes par Sarkozy. Toujours le même comportement de mouton de Panurge chez la plupart des commentateurs et intellectuels !

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  7. en parlant de conflit d'intérêt

    Novartis et la DMLA: un scandale à 500 millions d'euros par an

    31 AOÛT 2012 | PAR MICHEL DE PRACONTAL

    L’administration française a imposé aux ophtalmologistes de soigner la DMLA, une maladie des yeux, avec un produit qui coûte 1 000 euros la dose, le Lucentis, alors qu’une molécule très proche, l’Avastin, donne les mêmes résultats pour un prix vingt à quarante fois plus bas. Ou comment creuser le trou de la Sécu, sur fond de lobbying pharmaceutique et de conflits d’intérêts.

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  8. Complètement d'accord avec bobcestmoi. Le pouvoir accepte que des centaines de millions d'euros soient gâchées, alors que se profilent pour 2013 "des mesures courageuses (pour qui ?) pour équilibrer les comptes de la sécurité sociale. J'ajouterais que ce n'est malheureusement pas le seul exemple, qui prouve que rien n'a changé face au lobby pharmaceutique malgré les scandales à répétition.

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