24 septembre 2012

Traité européen: la grande hypocrisie !

Le traité budgétaire va-t-il faire imploser la majorité présidentielle ? Sans doute pas. Espérons que non. Le texte ne le mérite pas. Les cris d'orfraie des uns et les incantations des autres nous agacent déjà au plus au point pour un texte qui ne mérite ni tant de haine ni tant de soutien.

Il a été présenté le 19 septembre en Conseil des Ministres. Bernard Cazeneuve, ministre délégué aux affaires européennes s'amuse beaucoup. Il était partisan du Non au Traité Constitutionnel en 2005, le voici chargé de défendre un autre traité de contraintes supra-nationales. Est-il masochiste ou simplement traître ? Même pas. « On ne construit pas un budget et une politique sans volontarisme pour la croissance » a-t-il déclaré dimanche 23 septembre.

En 2005, le rêve était permis. En 2012, la crise menace de submerger chacun des pays européens, les uns après les autres.

La coalition du Non
Ce traité, adopté par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel il y a plus d'un an a peu de soutiens à gauche. Ce qui n'empêche pas qu'il soit voté par une majorité des élus de gauche quand il sera soumis ces jours prochains à leur suffrage. Apprécier un texte et son contexte sont deux choses habituellement différentes.

Pour l'heure, les opposants sont sacrément nombreux. A droite, on retrouve évidemment le Front national et les souverainistes tels Debout la République, ou la Droite populaire perdue à l'UMP. A gauche, les bataillons semblent plus nombreux, même si certains sigles recouvrent parfois une réalité numérique bien maigrichone: on peut ainsi compter sur AC !, Attac, Convergence services publics, la CFDT CFF, la CGT, Les Économistes Atterrés, la Fondation Copernic, le Front de gauche (Parti communiste français, Parti de gauche, Gauche unitaire, FASE, République et Socialisme, PCOF, Convergences et Alternative, Gauche anticapitaliste), la FSU, Les efFRONTé-e-s, le NPA, le Parti Fédéraliste Européen (sic!), le Parti pour la décroissance, le Réseau Éducation Populaire, les Solidaires, ou le syndicat Sud, et le mouvement Utopia. Tous ceux-là appellent à manifester le 30 septembre. Gageons qu'il y aura aussi des socialistes, députés, sénateurs et militants.

Et même des écologistes... C'est la nouveauté du moment. Les Verts - puisqu'ils ont visiblement pris les rênes du mouvement écologiste - se sont désolidarisés du TSCG. Eux qui avaient soutenus le traité constitutionnel de 2005, les voici opposants à ce micro-texte.

Même les écologistes !
Vendredi dernier, quatre élus écologistes avaient pourtant signé une tribune en faveur dudit traité budgétaire européen. Ces quatre-là pèsent quand même un peu: Daniel Cohn-Bendit (qu'on ne présente plus), Yannick Jadot (ex-directeur de campagne d'Eva Joly), Jean-Paul Besset (bras droit de Nicolas Hulot), et José Bové (ex-leader de la Confédération Paysanne).

Ils avancent plusieurs arguments en faveur du traité: il reste « très critiquable » mais il « doit donc être appréhendé comme l’héritage d’un compromis passé »; il n'est pas plus contraignant que les dispositions de Maastricht en matière de déficit, il est indispensable pour construire une République européenne (« L’Europe doit changer, profondément, car il n’y a pas de plan B, pas de sortie de crise ou d’écologie possible dans un seul pays. »), et il est complété par une stratégie de relance.
« Voter oui au TSCG nous permettrait de prendre toute notre place au sein de la majorité et d’y peser avec nos propositions. Au moment où partout dans le monde, et en Europe, s’affirme la tentation du repli souverainiste, qu’il soit libéral, républicain ou écologiste, nous voulons faire le pari d’une Europe ambitieuse, ouverte et solidaire.»
Leur intervention n'a pas suffit. Le lendemain, le conseil fédéral d'EELV se déclarait majoritairement hostile au traité. Et demandait à ses parlementaires de voter contre. Daniel Cohn-Bendit s'est aussitôt mis en congés. On le comprend, et la démarche est tout simplement cohérente.

La Grande hypocrisie
Le TSCG est-il cette abomination ? Evidemment que non. Le texte est insuffisant, par ailleurs presque obsolète. Il a été décidé en juillet 2011! Et pourtant, que d'accusations, que de critiques. Des critiques qui lui font dire beaucoup, beaucoup trop. Le traité ne change pas grand chose. Après son adoption, nous critiquions déjà ses insuffisances.

La fameuse affaire de la règle d'or, un joli piège politicien glissée par l'ancien couple Merkozy était une tartufferie: (1) le Conseil constitutionnel a précisé, il y a quelques semaines, que notre Constitution n'avait pas besoin d'être changé; (2) l'obligation d'équilibre budgétaire s'entend hors circonstances exceptionnelles et ne devrait pas concerner les investissements.

Dimanche, Mediapart publiait une interview de Jean-Marc Ayrault. Le premier ministre s'était donc frotté aux questions d'un média peu suspect de complaisance à son égard.

Ayrault reconnaît bien - qui le niera ? - que le texte du traité est le exactement même que celui proposé par Merkozy. La différence est ailleurs: depuis le conseil européen des 28 et 29 juin s'est ajouté un pacte de croissance et d’emploi, la mise en place de la taxe sur les transactions financières (initialement refusée par Angela Merkel) et les premiers travaux pour une union bancaire. C'est sûr, rien n'est régél, tout est insuffisant, on pourrait et devrait réclamer davantage. Ayrault ne dit pas autre chose: « l’Europe est une construction politique complexe, faite de compromis entre des points de vue souvent très éloignés, avec des résistances au changement.»

En fait, les opposants - que votre serviteur peut rejoindre parfois - agrègent deux critiques bien distinctes: primo, ce traité est insuffisant (ce que personne ne récuse, pas même au sein du gouvernement). Comment d'ailleurs penser qu'il sera amélioré s'il est refusé au parlement ?

Secundo, ce traité bloquerait toute marge de manoeuvre ultérieure. Mais là, l'argument est spécieux. Dans l'édition du 20 septembre, l'hebdomadaire Politis fait parler l'ancien député européen Francis Wurtz: selon lui, « le TSCG est l'instrument majeur d'une restauration de l'ordre social d'avant les Trente Glorieuses ». L'ordre social d'avant 1945 ? Fichtre ! Une vraie contre-révolution !

Cessez les caricatures, de part et d'autre.

Ce Traité est une mauvaise mais petite étape.

Sans lui, serons-nous mieux loti ?

Certainement pas.

Et avec lui ?

Pas sûr, pas forcément. Pourtant, il y a quelques bonnes nouvelles: la perspective d'eurobonds soutenue par Mario Monti, une Banque Centrale européennes qui se décide enfin à prêter aux Etats.

Mais l'ex-Sarkofrance a visiblement besoin de symboles pour s'agiter.


14 commentaires:

  1. Juan, don't you understand ? Can't you understand ?

    We don't want THIS Europe !!!

    Is not it clear ?

    We want a democratically and slowly made Europe !

    Cette Europe bafoue la voiex des peuples en se construisant aux forceps : ce ne sont que passages en force sur passages en force ! Au nez et à la barbe d'une population médusée, qui n'en peut mais !!

    Cette Europe, et cette mondialisation globalisante qui dévore leurs enfants, sont une fuite en avant éperdue.

    Juan, nous savons d'expérience qu'il est difficile de voir la réalité des choses en face qd l'enjeu n'est ni plus ni moins que le renoncement à l'un de ses derniers espoirs de pouvoir sauver qqe chose de ce monde construit à crédit, sur une illusion voire une imposture !

    La voie où nous sommes engagés est dans le meilleur des cas sans issue et nous devrons tôt ou tard faire demi-tour : le plus tôt sera le mieux ; dans le pire elle débouche sur un ravin !

    L'humanité est dans le bus et les chauffeurs d'élite écrasent l'accélérateur ! Ils ne veulent pas croire que leur monde n'était qu'un leurre construit sur du sable ! Ils ne veulent pas croire que la route empruntée ne débouchera ... que sur une catastrophe finale ! Ils croient, ou feignent de croire que tout ceci n'est que baliverne ; un mauvais moment de résistance au changement qui une fois franchi ne sera plus qu'un vague lointain et diffus souvenir ...

    Notre coivilisation est dans le déni de ce qu'elle a produit !

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  2. Le résumé des arguments anti-traité est caricatural.

    De plus, le raisonnement "qu'arrivera-t-il avec oui sans" est faible, Si ce traité est lui-meme faible, alors pourquoi le pousser ou l'approuver? Et pourquoi cette fameuse renégociation a-t-elle été abandonnée, ou à l'inverse, pourquoi a-t-elle été promise?

    Ce traité, en dehors-même de son contenu, appuie là où ça fait mal politiquement pour Hollande et le gouvernement Ayrault (changement ou "gouvernance"? Quel mode d'exercice du pouvoir?). Ne pas voir ou vouloir voir les rapports de forces et les enjeux politiques qui risquent effectivement de disloquer la majorité est une erreur, et pour un commentateur politique, une faute.

    Certains débats doivent avoir lieu.

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  3. Bien d'accord sur la nécessité du débat !

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  4. Belle analyse mais seuls les faits et les effets de ce traité trancheront. Moi, personnellement je pense qu'il penche vers des idées libérales et antisociales, l'histoire tranchera.

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  5. L'argument qui tue et que tu donnes dans ton texte : "Le TSCG est-il cette abomination ? Evidemment que non. Le texte est insuffisant, par ailleurs presque obsolète. Il a été décidé en juillet 2011!"
    Pourquoi s'emme... à le voter alors ?

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  6. Juan...
    Il y a des années que je suis votre blog. Evidemment je m'y trouvais parfaitement bien sous l'ère Sarko! C'était un de mes plaisirs quotidiens. Je dirai qu'il n'en est pas de même aujourd'hui.
    Voici que ce traité que nous avons tous tant critiqué quand il portait la signature de Sarkozy devient tout à coup acceptable, ou au moins inoffensif (alors pourquoi l'appliquer?) lorsqu'il est poussé par Hollande.
    Ce traité est une aberration.Aucun traité européen ne s'est jamais amélioré après coup!C'est pourquoi nous sommes aujourd'hui dans une Europe que nous refusons!
    L'hypocrisie n'est pas de dénoncer le traité, elle est de le voter aux côtés de Copé et des autres, ce qui en dit long, en nous faisant croire qu'il n'est pas mauvais puisqu'en fin de compte il ne servira à rien, ou qu'on n'y peut rien. L'europe s'est construite (plutôt en mal) à force de conflits, de raidissements. rappelons nous De Gaulle et la politique de la chaise vide. Quand on a la volonté on peut.
    Je ne sais pas si vous avez vu la dégringolade dans les sondages. Hé bien que les socialistes continuent comme ça. Ils perdront leur crédit, leur public, et leur âme de gauche s'il leur en reste encore quelques traces. Ne pas le voir est inconscient, c'est la promesse de beaux jours pour Le Pen et compagnie!

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  7. Démocratie à géométrie variable selon le pouvoir en place !!!

    Le NON au TCE par le peuple s'est traduit par un OUI au Traité de Lisbonne par les représentants du peuple (pourtant la même chose, dixit VGE instigateur du texte)

    Le NON au TSCG (plan Merkozy) par la gauche se traduit par le OUI au TSCG (traité budgétaire) par le PS au pouvoir (pourtant la même chose, dixit Ayrault), qu'en sera-t-il de la droite ? (question subsidiaire: et le peuple ? si on lui demandait son avis ? et surtout, si on tenait compte de cet avis ?)

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  8. Entièrement d'accord avec Claribelle, les français ont décidément autant de mémoire qu'un poisson rouge.
    Je rajouterai que le mot "démocratie" est en trop...

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  9. Le peuple ici parlant par ma voix...
    Je suis "Le Peuple".....enfin une fraction... (mais quelle fraction !)

    le peuple est paumé !!!

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  10. Europe-Ecologie-les-Verts ou l'art d'empapaouter le parti qui lui a offert un groupe parlementaire sur un plateau.

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  11. Je trouve ahurissants et irresponsables le comportement et les propos des quatre leaders écologistes, qui nous disent "vouloir faire le pari d’une Europe ambitieuse, ouverte et solidaire".

    Renoncer à se battre pour une autre politique économique et financière européenne sans autre contrepartie que 120 Mds d'euros de crédits consacrés à la croissance, dont la plus grande partie est un report, est un renoncement incroyable.
    Au lieu de faire pression sur les conservateurs, notamment allemands, en disposant du levier que représentent les besoins de financement dûs à la crise, nombre de ces politiciens de droite et de gauche baissent les bras et renoncent en nous donnant des leçons. Remember 2005 !

    Accepter de promulguer un traité qui va faire perdre son indépendance budgétaire à la France après avoir accepté, voire participé activement à la création d'une banque indépendante (du politique, mais pas de la finance), sera lourd de conséquences.

    De plus, j'aimerais comprendre ce qui motive ce choix.

    Soit il est le fait de naïfs, qui ne comprennent rien et qui s'imaginent que leurs concessions conduiront les autres à accepter des compromis. On lit que François Hollande craidraient une crise et une sortie de l'euro. Pas très convaincant !
    Soit il répond à la volonté de ces politiques d'accélérer le pas pour arriver une intégration européenne budgétaire forcée.

    Dans les deux cas, les pays européens sont si différents sur les plans économique, réglementaire, social, culturel ... qu'une intégration, qui reste hypothétique, sera longue, difficile et surtout coûteuse.

    Coûteuse financièrement et surtout socialement. Mais, après tout, c'est peut-être bien là le but de nombre dd'ultra libéraux et socio-libéraux : confier tous les services public et d'intérête général au privé et faire tomber toutes les protections sociales.

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  12. Aimez-vous les questions ?
    Je vous en propose une dont vous trouverez la solution dans quelque temps en fonction de l'accélération de la récession européenne :
    quel est le point commun entre les traités européens (libéraux), celui-ci ou le précédent, au choix, et le cheval de Troie ?

    Cherchez bien, on en reparlera d'ici peu, quand la récession se généralisera à toute l'Europe et que ceux qui défendent aujourd'hui le TSCG, nous expliqueront qu'il nous faudra faire des sacrifices !

    Quel gâchis ! Sans parler des conséquences politiques ....

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  13. Brillant billet (comme à l'habitude) et brillants commentaires...Sauf que tu te gardes bien (comme d'habitude) d'affirmer clairement ta position... C'est ton choix, mais pour qui tu roules ?

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    1. Les analyses sont pourtant assez claires et explicites, non ?

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