28 septembre 2012

Après Sarko, qui va sauver Florange ?

Nicolas Sarkozy s'y est cassé les dents. Il n'y a plus que Brice Hortefeux et Jean-François Copé pour avoir zappé la nouvelle.

Florange est un échec de Sarkofrance qui, comme d'autres, rejailli quelques mois plus tard.

Après ses promesses non tenues en faveur du site de Gandrange, l'ancien monarque s'était embourbé dans de fumeuses annonces à propos du site sidérurgique de Florange. En pleine campagne présidentielle, alors qu'il venait enfin d'avouer sa candidature à sa réélection, il avait lâché cette déclaration au Républicain Lorrain:
« Ne mélangeons pas les ouvriers, inquiets et pour qui j’ai obtenu 17 millions d’euros d’investissement, et les permanents de la CGT ou de la CFDT : 2 millions d’euros de travaux sur la phase liquide réalisés immédiatement – ces travaux ont démarré –, 7 pour la cokerie, 8 millions pour l’usine de fabrication de produits pour l’automobile. C’est de l’investissement pour Florange ! Et il est décidé. Si ces travaux n’avaient pas été engagés, c’était la certitude que les hauts fourneaux ne reprenaient pas. Quant aux permanents de la CFDT, ils trahissent la confiance des salariés. Ils sont venus m’insulter et essayer de casser mon siège de campagne. Ne confondons donc pas les salariés d’ArcelorMittal, que je ne laisserai pas tomber, et des syndicalistes qui trompent leurs adhérents en faisant de la politique au lieu de défendre l’intérêt des salariés. »  
Nicolas Sarkozy était furax. Trois jours auparavant, des salariés de Florange avaient tenté de le rencontrer à son QG de campagne, rue de la Convention dans le XVème arrondissement de Paris. Claude Guéant, alors ministre de l'intérieur, avait envoyé CRS et fumigènes.

Les propos mêmes du candidat sortant étaient mensongers: Arcelor-Mittal n'avait rien promis d'aussi ferme, bien au contraire. Le groupe sidérurgiste avait prévenu que l'investissement de 17 millions d'euros était loin d'être assuré:  « Le redémarrage du site de Florange dépendra d'une reprise économique cette année. L'entreprise redémarre le haut-fourneau si la demande est là ».

Six mois plus tard, nous y sommes. La déconvenue, c'est maintenant. Le groupe Arcelor-Mittal juge donc que la demande n'est pas suffisamment là, pour reprendre son expression d'antan. Il préfère fermer pour concentrer ses capacités ailleurs. Et refuse de vendre Florange pour éviter qu'un concurrent ne renaisse.

Jean-François Copé, décidément prêt à tout pour décrocher la présidence de son parti, osa accuser François Hollande d'être responsable de cette fermeture pourtant annoncée 6 mois plus tôt: cette feremeture, a-t-il déclaré, « arrive après que François Hollande ait retaxé les heures supplémentaires et supprimé la fiscalité anti-délocalisation qu'on avait mise en place ». Comme si Arcelor-Mittal avait décidé de fermer le site à cause de ces prétextes !

Jeudi 28 septembre, Arnaud Montebourg s'est rendu sur le site. Le ministre du redressement productif a confié que les négociations avec le groupe sidérurgistes étaient difficiles. Mais il y avait une annonce, une première qu'on espère n'être pas la seule ni la dernière: « Nous sommes aujourd'hui dans un bras de fer qui commence et nous allons le mener ensemble. (...) Mittal a fait la première concession qui consiste aujourd'hui à accepter une reprise, là où ailleurs, dans d'autres sites, il la refuse ». Si la direction « décidait lundi de ne pas faire repartir les hauts fourneaux, le gouvernement a déjà donné instruction à ses mandataires (...) qu'ils se tiennent prêt à rechercher un opérateur industriel durable et sérieux et disposant d'un projet solide et réaliste ».

Les salariés - 550 dont les postes sont menacés - étaient quand même déçus. La situation reste dramatique. Devant ces salariés traumatisés mais combattifs, Montebourg a reconnu qu'il n'avait pu infléchir la décision du sidérurgiste indien. La CGT appelle à la nationalisation. Tous attendent la loi promise par le candidat Hollande, en avril dernier, quand ce dernier était venu les rencontrer. Une loi qui devait permettre de forcer la vente d'un site industriel menacé de fermeture. Mais elle ne serait pas prête avant la fermeture du site. Montebourg cherche à gagner du temps, le temps qu'il faut pour que cette fichue loi et ses décrets soient enfin adoptés.

Le ministre bosse pour revendre ce qu'on appelle la « filière chaude » mais maintenir la « filière froide ». Pour le Point, qui osait titrer sa semaine sur le retour de Sarkozy, l'information ne valait qu'une brève.

Le président du groupe, Lakshmi Mittal, était à l'Elysée.

Il a vu Hollande.

Le débrief fut sommaire. 

Aurait-on pu prévoir un comité d'accueil à la sortie ?


11 commentaires:

  1. Oui bon s'il pleut aujourd'hui c'est la faute à Sarkozy !

    Plus intéressante se semble cette info :
    http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/09/26/le-nombre-de-chomeurs-en-fin-de-droits-explose_1765897_823448.html
    Et sur la faible hausse du nombre de chômeurs indemnisés et les explications fournies :
    L'assurance-chômage est encore incapable d'expliquer précisément cette tendance, mais avance quelques pistes. "Crise oblige, les entrées au chômage ne se font plus forcément avec les quatre mois de travail obligatoires pour ouvrir des droits au chômage. Le nombre de chômeurs en fin de droits augmente aussi depuis le début de l'année", indique la direction de l'organisme, sans être en mesure de chiffrer l'impact de chacune de ces tendances.

    A Pôle emploi, on tient à rassurer : "Il n'y a pas de chute de l'indemnisation. Le taux de chômeurs indemnisés est le même qu'avant la crise de 2008." La direction de l'organisme explique que la très forte hausse du nombre d'indemnisés survenue les premiers mois de la crise est due aux licenciements de salariés du secteur de l'industrie qui bénéficiaient de droits suffisants. La période suivante, depuis deux ans, est marquée par l'entrée au chômage de salariés aux contrats nettement plus précaires, et donc avec moins de droits au chômage.

    Et sur le niveau des indemnisations encore :
    Au-delà des six derniers mois, cela fait quatre ans que le taux d'indemnisation dépasse à peine les 40 %, contre 55 % dans le milieu des années 2000. Alors que la France compte un million de demandeurs d'emploi de plus depuis le début de la crise, elle ne les indemnise donc pas mieux. "La convention chômage signée en 2009 est responsable de cette baisse, plaide Maurad Rabhi, chargé des questions d'emploi à la CGT. Avant, un chômeur pouvait bénéficier de 23 mois de chômage s'il avait travaillé seize mois. Ce n'est plus le cas, et comme le travail précaire augmente, le nombre d'indemnisés ne suit pas."

    Une analyse réfutée par Mme Ferrand (1). "Au contraire, la convention de 2009 a permis d'améliorer l'indemnisation des chômeurs en permettant de toucher les allocations dès quatre mois d'activité, contre six auparavant. Si le taux d'indemnisation baisse, c'est uniquement en raison de la longueur de la crise", affirme-t-elle.

    Les études, très sensibles, de l'impact du changement de règles sur le nombre d'indemnisés ne sont pas rendues publiques par l'Unedic. La renégociation de la convention, prévue pour 2013, devrait peut-être enfin permettre d'y voir plus clair. Reste qu'avec une dette qui devrait atteindre 17,7 milliards en 2013, l'Unedic n'aura vraisemblablement pas de quoi faire des miracles.

    (1) Patricia Ferrand, vice-présidente CFDT de l'Unedic.

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  2. Compte tenu de la désindustrialisation de la France (et d'une bonne partie de l'Europe de l'ouest), on produit trop d'acier par rapport à la demande locale. Si les usines automobiles partent en Pologne (au sein de l'UE) pourquoi ne voulez pas que les haut-fourneaux qui sont leur fournisseur les suivent? La situation est d'autant plus grave que la Chine ralentit, ce qui fait que l'acier qu'elle produit en très grand quantité pour son développement économique va maintenant finir sur le marché international et ainsi casser les prix. Arcelor réagit en fermant définitivement ses usines qui lui coutent le plus (merci notre mode l social que tout le monde nous envie) afin de réduire la surcapacité qui plombe le marché. C'est une décision logique et rationnelle.

    La loi proposé par Monsieur Montebourg est un non sens économique. Oui il faut savoir fermer des sites pour sauver des filières. Un bon coup de pub populiste par un homme politique

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    1. Sans parler des approvisionnements, le coke nécessaire au fonctionnement de Florange et Gandrange devait y être acheminé pour un coût loin d'être négligeable.

      Vive la destruction créatrice (j'aime beaucoup l'enthousiasme de Sophie de Menton lorsqu'elle en parle) : on détruit des activités obsolètes et par l'innovation on recrée d'autres activités. Evidemment l'adéquation de la main d'oeuvre à ces nouvelles activités reste encore un mystère non résolu tant en terme d'effectif que qualité.

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    2. Comment ne pas réagir aux âneries proférées par Coin le Canard, qui ne connaît pas ce dont il parle.
      Je te signale, Coin Coin, que la désindustrialisation de la France a commencé à la fin des années 60, quand l'Europe a décidé de fermer les mines et les usines en Lorraine en maintenant les capacités de production de la Ruhr. La CECA, l'ancêtre de la CEE, tu en as peut-être entendu parler, non ? Tu veux que je te rappelle quel était le modèle social dans les usines et dans les mines à cette époque-là ? Tu veux peut-être qu'on revienne sur les subventions distribuées par la droite, puis par la gauche à la sidérurgie et au cher baron Seillière ? Ton analyse à trois sous sur la responsabilité de notre modèle social dans la disparition de la sidérurgie est nulle. Moi, qui connais bien la situation, elle me donne envie de vomir. Réfléchis avant de nous asséner ton dogmatisme ! Coin Coin ou comment raconter n'importe quoi en donnant des leçons à tout le monde. "Vive la concurrence libre et non faussée" à la mode ultra libérale. Comment dit-on rapacité et foutage de gueule en indien, Monsieur Mittal ?

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  3. surtout connu pour sa capacité a utiliser les médias. Non seulement il serait stupide pour quelqu'un de reprendre Florange dans ces conditions (profitable maintenant mais pas forcement demain) sauf a avoir un soutien massif de l'état qui ne durera que le temps que les médias s'intéressent au sujet mais voila encore une excellente façon de décourager toute entreprise assez folle pour vouloir ouvrir une usine en France.

    Même un marxiste profond doit au minimum avoir une vague idée de ce qu'est la loi de l'offre et de la demande. Sérieusement, vous ne comprenez pas qu'entre choisir entre ouvrir une usine en France où tu n'es pas sure de pouvoir la fermer en cas de surcapacité et ouvrir la même en Italie ou en Espagne qui eux sont entrain de reformer leur marché du travail, il est beaucoup mois risqué de le faire la-bas?

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    1. Pour moi la fermeture de Florange était actée dès 2007.

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    2. Bravo à Coin Coin, qui nous donne des leçons de libéralisme ! La loi de l'offre et de la demande, on produit trop d'acier (c'est qui on ?) bla, bla, bla ... bla, bla ...

      "There is no alternative, my poor duck". C'est le message de Margaret Thatcher à la mode Donald !

      Il y a des fois où un canard, volatile respectable au demeurant, devrait savoir fermer son bec ou réfléchir avant de l'ouvrir !

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    3. Ben sachant que les hauts-fourneaux de Florange sont fermé de manière intermittente depuis environs 2008 et que jusqu'à présent je n'ai pas encore entendu parler de pénurie d'acier frappant la France, on peut se demander effectivement s'ils servent encore à quelque chose.

      Très cher Démos, je vous laisse à vos rêve de grand soir. Avec vous au commande, les suppôts du grand capital peuvent dormir tranquille. La révolution n'est pas près d'arriver mais surtout n'hésitez pas à continuer de pianoter sur votre clavier juste au cas où cela ferait une différence.

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  4. http://leparisienliberal.blogspot.fr/2012/09/montebourg-au-charbon-lol.html

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  5. Au delà de toute considération partisane sur le coût du travail et de la responsabilité de notre modèle social dans notre déclin industriel, j'aimerais bien qu'un économiste honnête nous fasse une étude à l'échelle nationale pour savoir ce qu'il en est du coût pour une entreprise de délocaliser pour produire moins cher, ou investir massivement dans l'automatisation, comparé à ce que ça va va coûter à la collectivité (les gestionnaires d'entreprise y compris) de payer des impôts et des charges pour venir en aide aux salariés restés sur le carreau.

    Non pas qu'il ne faille pas chercher à réduire ses coûts pour le simple fait de conserver de l'emploi, mais qq part j'ai l'impression que l'économie qu'on fait d'un côté on la paye par plus d'impôts de l'autre, avec un appauvrissement de la clientèle au passage.

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