27 septembre 2012

Rigueur: révolte ou résignation ?

C'est une guerre où le champ de bataille n'est pas le bon. Pourtant, elle fait des victimes. Mardi 25 septembre, à Madrid, la police a chargé, une trentaine de manifestants, tout comme 27 policiers, furent blessés. L'un d'entre eux restera paraplégique. Les clichés des visages ensanglantés nous rappelaient qu'il s'agissait bien de combats physiques.

Cette fois-ci, les protestataires n'étaient pas quelques bandes organisées comme les médias aiment à nous décrire les auteurs présumés des débordements violents de ce genre de manifestations. Reuters évoquait toutefois des activistes. Comme en Grèce, où quelque 30.000 personnes ont encore défilé à Athènes et Salonique en marge d'une énième grève générale, des Espagnols de tous âges et toutes conditions se sont durement frottés aux matraques de la police. Comme en Grèce, des milliers de policiers avaient été dépêchés pour contrer la révolte. A Lisbonne, dans le Portugal voisin, des policiers manifestaient contre des policiers.

Plus loin, beaucoup plus loin, en Inde, des ouvriers d'une usine Maruti-Suzuki avaient obtenu une augmentation de salaires de près de 75% après une grève, et des émeutes ultra-violentes. Du sang et des larmes... 500 des 1.500 salariés avaient été virés par la direction. Le directeur de l'établissement avait été lynché.

C'est bien une guerre.

Ces combats-là, dans les rues d'Europe, n'opposent pas les manifestants à leurs vrais adversaires. On accuse la Finance, puisque tous les programmes d'austérité sont menés sous le prétexte de conforter la crédibilité des Etats, et l'objectif de redresser des budgets publics trop déficitaires. Mais la Finance est protéiforme: elle regroupe des prêteurs qui agissent pour le compte de leurs clients, qui peuvent être des particuliers; des traders désintéressés du sort des nations et des usines, des banques centrales aveuglées de rigorisme, des fonds souverains étrangers ravis de renforcer leur influence.

Cette guerre-là peut rester sournoise. En Grèce, comme en Espagne ou au Portugal, les manifestatios peuvent être violentes, elles ne rassemblent pas des millions de personnes. En France, la protestation sociale est quasiment (malheureusement) inexistante. Seuls les salariés, courageux mais isolés, protestent encore contre les plans sociaux ici ou là.  Mais la précarité décourage les combattants, disperse les troupes.

Faute de révolte, certains se contentent de sondages. Ou de une sur la menace ... islamiste, belle diversion.


Belle erreur...

Faute d'affrontement direct, les attaques déplacent leur violence contre des intermédiaires - les politiques, nos élus petits et grands. Et le débat, souvent, est rendu impossible par la violence des situations. On qualifie de (socio)traîtres celles et ceux qui défendent le redressement au risque de l'austérité.

D'autres cherchent des alternatives. On les cherchent avec eux.

Mercredi, l'un de ses élus, Claude Bartolone, second personnage de l'Etat après le Président de la République puisqu'il préside l'Assemblée nationale, expliquait que la réduction du déficit budgétaire à 3% du PIB l'an prochain était un objectif intenable sauf à casser la croissance. La déclaration est loin d'être anodine. A droite, l'UMP reste irresponsable: les 3 % sont «tenables, à condition de ne pas aller dans une gabegie de dépenses» a confié Christian Jacob. Gabegie de dépenses ? On oublierait presque que la dégradation des comptes n'est pas due à la seule chute des recettes fiscales pour cause de crise: la dépense publique a progressé de 15% au total entre 2007 et 2011, pour atteindre 1.126 milliards d’euros en 2011!

Cette prise de position fait avancer le débat, même si elle embarrasse le gouvernement. 

En France, le chômage poursuit sa progression, pour le 16ème et désespérant mois d'affilée. Au 31 août dernier, la DARES comptait 4,8 millions d'inscrits à Pôle Emploi en recherche active d'emploi (+8% sur un an), dont 3,26 millions sans aucune activité (+9% sur 12 mois)...  Parmi les victimes de cette dégradation, les seniors (plus de 50 ans: +17% en un an), et les hommes de moins de 25 ans.

Le même service avait publié le 20 septembre dernier un autre bilan, tout aussi inquiétant et prémonitoire: l'emploi intérimaire a encore baissé au second trimestre 2012, pour atteindre 548.000 postes (-19.000 par rapport au trimestre précédent). Tous les indicateurs étaient négatifs : -0,6% de contrats conclus, -2,2% de volume de travail temporaire en équivalent-emplois à temps plein; -0,6% pour la durée moyenne des missions (pour atteindre 1,8 semaine en moyenne). Les secteurs les plus touchés sont sans surprise l'industrie (-5,4 %, soit -13 600 postes) et la construction (-2,3 %, soit -2 900 postes).


A l'UMP, il n'y eut aucun commentaire.

La perspective que la pauvreté grossisse son contingent de quelques centaines de milliers de ménages supplémentaires, chômeurs en fin de droit et retraités sans retraites pour cause de réforme sarkozyenne devrait en effrayer plus d'un.

Et pas qu'à l'UMP.


11 commentaires:

  1. Claude Bartolone dit peut-être une chose sensée : les 3 % ne seront probablement pas tenables en 2013, ce sera 2014 ou plus avec de la dette qui se rajoutera à la dette. Mais son discours est peu crédible lorsque dans son cabinet il fait émarger son épouse sur le budget de l'A. N. au sein de son cabinet. Par ailleurs on attend de l'Assemblée un peu plus qu'un écrêtement de 10 % de l'indemnité représentative de frais de mandat et le gel du budget durant son mandat, sans doute rapidement compensée par une hausse des frais de mandats locaux pour tous ces cumulards madrés.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

      Supprimer
  2. c'est où le Neuilly espagnol
    c'est là qu'il faut manifester

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Dans mon cabanon de jardin je garde une vieille fourche. Bon état, entretenue, n'ayant pas servi depuis le 4 août 1790.

      Supprimer
  3. Excellent billet. Moi jai les pieds au sec, mais souvent je me demande si les français réalisent ce qui se passe. La crise économique dans laquelle le pays est, est tellement réelle que labsurdité des déclarations de nos politiques sur le foulard rose,la kippa verte, le poulet hallal-casher-labelrouge, le profil psychologique des taureaux de corrida ou la couleur du racisme au-dela de la diversion, en effet, escomptée et de la relative complicité ou benveillance ou bienveillante complicité des médias - ils doivent eux aussi vendre, sans entrer ds les détails politiques et en restant simplistes, leurs journaux, frôle la haute trahison. Et je nexagere meme pas.

    Tweetette

    RépondreSupprimer
  4. C'est justement durant les moments de crise où l'on se dit qu'on a mieux à faire qu'à défendre les libertés pour s'occuper de choses importantes comme de soutenir l'économie qu'on s'aperçoit que les droits fondamentaux subissent les atteintes les plus graves. Parce qu'on regarde ailleurs.
    La crise est là, voila Renault qui chouine aussi pour avoir de l'aide, par la voix de son PDG, Carlos Ghosn. On finira pas remercier Peugeot de ne fermer qu'un site. Et ArcelorMittal qui ose enfin dire la vérité : les hauts fourneaux de Florange sont définitivement fermés.

    RépondreSupprimer
  5. Article sans queue ni tête, Juan. Si c'est la guerre (ou plutôt la lutte des classes) qui est l'ennemi? La finance que l'on a juré de mettre au pas mais dont on a rudement besoin pour financer notre train de vie? Les syndicats qui ont refusé tout changement jusqu'au dernier moment ce qui rend les ajustements encore plus difficiles? Les riches qui s'enfuient après avoir payé leur impôts pendant des années et qui n'ont d'autres perspectives que payer encore plus pour un pays qui les hait et peine à se réformer? Les allemands qui refusent de payer pour les autres parce que personne n'a payé pour eux et on su se serrer la ceinture au bon moment? Les français qui pensent que la solution est de lever de l'impôt tant que cela ne les concerne pas? Oui. À qui la faute?

    RépondreSupprimer
  6. Les propos repris par Coin le Canard, comme "la finance que l'on a juré de mettre au pas" sont évidemment caricaturaux, ridicules et bien commodes pour ne pas traiter les vraies questions. Il s'agit de fixer des principes, de réguler la finance, les échanges commerciaux, la parité entre les monnaies ... etc. A moins que l'on pense que les paradis fiscaux sont une bonne chose pour notre économie, que les prêts aux banquiers à des taux dérisoires au détriment des Etats, des entrepreneurs et des citoyens, sont logiques, qu'il est bon que les multinationales échappent presque entièrement à l'impôt ... Alors, pour répondre à la question de Juan sur "la révolte ou la résignation", si je n'ai pas la réponse pour la France, je suis convaincu que nous aurons des surprises désagréables si la politique reste aussi "ambitieuse" que le dit le Premier ministre.Le pouvoir va-t-il choisir les mots (compatissants) ou les maux ?

    RépondreSupprimer
  7. Un dernier clin d'oeil : "avez-vous entendu Carlos, le patron de Renault s'adresser au pouvoir ? Magnifique, aujourd'hui, ce sont les patrons, qui donnent des directives au gouvernement et, qui plus est, le patron d'une entreprise nationale, qui lui a servi de tremplin.

    Nous vivons vraiment dans un monde merveilleux, mes amis !

    RépondreSupprimer
  8. @ Démos

    Bon. J'en ai marre d'entendre encore et toujours le même argument de la part de la go-gauchsphere : mais pourquoi l'ECB prête-t-elle a quasi 0% au banques?

    Réponse : parce qu'elle fait son boulot et surtout parce que personne d'autre ne prêterait à ces banques tellement leur situation financière est catastrophique. Non, ce n'est pas un complot des méchants banquiers contre les gentils peuples. C'est le signe que cela va très très mal en Europe et que l'ECB fait tout son possible (et va probablement au-delà de son mandat) pour éviter qu'une banque fasse défaut? Pourquoi? Parce que le défaut d'une banque et tout simplement catastrophique. Non seulement les déposant risquent de perdre toutes leur économies mais comme les banques se prêtent entre elles, la chute de l'une peut en entrainer une autre. Un entreprise qui fait faillite est un drame. Un banque qui fait faillite est une catastrophe nucléaire... Et franchement, une bonne partie du secteur banquaire est sous perfusion et respiration artificielle en ce moment.

    Pourquoi l'ECB ne prête pas directement aux états ? Parce que cela lui est formellement interdit. Il y a une différence entre pousser un peu et carrément franchir une ligne rouge. Mario Draghi maltées ses qualités n'a aucune légitimité politique pour ré-écrire les règles du jeu qui régissent l'ECB. Ceci est plutôt du ressort des politiciens, vous en conviendrez,

    RépondreSupprimer
  9. On attends toujours de vraies mesures au niveau politique, comme une diminution drastique du nombre des représentants à l'Assemblée et au Sénat. Les USA fonctionnent bien comme ça et ce n'est pas la pire dictature au monde...
    Le must serait la suppression pure et simple du Sénat, qui ne sert strictement à rien, puisque les lois sont votées au final par l'Assemblée, et qui nous coûte une fortune.
    Mais, au contraire, grâce à Sarko, on a obtenu quelques sièges de plus pour les DOM-TOM, vu qu'il espèrait gagner les élections grâce à cet électorat principalement de droite.
    Donc je crois qu'on peut attendre encore longtemps des réformes sur ce plan là.
    La France est aujourd'hui, et pour de nombreuses raisons, une république bananière qui s'enfonce chaque jour un peu plus. Et on n'a encore rien vu.

    RépondreSupprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.