4 septembre 2012

Hollande sonne la fin de la récré

Il n'a pas « découvert » la gravité de la crise au sortir de l'été, comme le Figaro le titrait si bien samedi 1er septembre. François Hollande, comme tout un chacun, connaissait bien assez tôt l'état déplorable du pays. Ce fut même l'un des axes de campagne.

Mais après un été où la fabrique de l'opinion a marché à plein régime, il y avait urgence. L'image d'un président trop patient, presque absent, pas assez actif sur le front de la crise, a largement été propagée et commentée ces dernières semaines.

Depuis quelques jours, Hollande dramatise donc. Et rappelle combien le pays est planté. 

Il dramatise au risque de planter le rêve français qu'il voulait réenchanter. Il dramatise au risque de brusquer son premier ministre. Il dramatise puisque quelques dizaines d'éditocrates et de sondeurs concertés relaient qu'on manque d'omniprésidence.

Le cap des 3 millions de chômeurs a été franchi. Quand Michel Sapin annonçait la chose, dimanche dernier, il pensait aux sans-emplois. Mais l'on sait que le chômage frappe un nombre bien plus large de Français, aux environs des 6 millions si l'on additionne les travailleurs à temps partiel contraint, les chômeurs placés en formation, ou ceux qui ont cessé de s'inscrire. Trois ou six millions d'euros, peu importe.

Le message est passé.

C'est la crise, la Grande, la vraie. 

Pour le dernier jour du mois d'août, François Hollande avait bien chargé la barque: « mon devoir, c'est de dire la vérité aux Français ». Et de compléter: « Nous sommes devant une crise d'une gravité exceptionnelle, une crise longue, qui dure depuis maintenant plus de 4 ans et aucune des grandes puissances économiques, même les émergentes, n'est désormais épargnée, la croissance ralentit partout et les prix des matières premières, les céréales, augmentent pour des raisons aussi bien climatiques que spéculatives, mais aussi le pétrole avec ses conséquences sur le prix des carburants, tout cela complique encore la donne et la reprise. L'Europe est la plus touchée, la récession s'y est installée, les plans d'austérité s'additionnent, sans d'ailleurs que la confiance ne revienne, et c'est pourquoi, les principales décisions sont attendues maintenant dans la zone euro. Elles ont été trop longtemps différées ou reportées, ou annoncées comme devant enfin conclure un processus quand il n'y avait finalement qu'une étape de franchie ».

La démarche avait deux objectifs. Le premier est de calmer les ardeurs sociales de certains. « Notre boussole, c’est la justice sociale et l’efficacité économique » a rappelé la ministre Najat Vallaud-Belkacem.

Le second est de presser la négociation sur le financement du système de protection sociale s'engage sans tarder entre les partenaires sociaux. Privilégier la concertation, c'est bien, mais si celle-ci ne vient pas...

Ces derniers jours, quelques ministres ont lâché des confidences sur les réformes à venir ou la loi de finances.

Une hausse de la CSG n'est pas exclue, mais on ne sait dans quelles modalités. Le sujet nous a déjà chauffé avant l'été. Autre réforme, la taxation exceptionnelle à 75% des revenus excédant le million d'euros semble se vider de sa substance. Pour l'instant, c'est une rumeur, une de plus. Si elle se confirme, on attend de savoir si la CSG sera rendue plus progressive ou pas. Rappelez vous les débats (à gauche) d'avant l'été. Autre rumeur, largement commentée, un nouveau gel du barème de l'impôt sur le revenu. Sarkozy nous avait fait discrètement le coup en janvier dernier, sans le dire ni l'avouer. C'était une belle hausse d'impôt  sur le revenu, plus de 2 milliards d'euros ! « Tout le monde doit faire un effort et l'effort doit être juste.  Cette mesure est sur la table mais rien n'est encore arbitré » a confirmé Matignon. L'argument est trop court: un gel des barèmes a ceci d'injuste qu'il rend imposable les ménages à la limite de l'imposition sur le revenu - des classes moyennes, donc - les disqualifiant, par la même occasion, de nombre d'aides sociales.


Une réforme du contrat de travail est à l'étude chez Michel Sapin. Sarkozy n'avait pas eu le courage d'aller jusqu'au bout de son délire libéral - la suppression de toute référence à une durée nationale du temps de travail et la modulation des rémunérations en fonction du travail. La réforme envisagée par le nouveau ministre du Travail semble bien différente: «Aujourd'hui, le contrat de travail n'est plus un contrat stable, n'a plus aucun sens, c'est complètement détourné: les CDD, les missions d'intérim, les ruptures conventionnelles utilisées de manière extrêmement libérale. Tout cela fait qu'il y a une insécurité dans l'emploi

Du côté des bonnes nouvelles, Cécile Duflot peaufine sa loi sur le logement social. Le gouvernement veut 150.000 constructions l'an prochain (contre 120.000 ces dernières années). La loi SRU sera durcie, en portant de 20 à 25% la fraction de logements sociaux requis par commune. On espère que la (jeune) ministre n'oubliera pas les deux autres composantes essentielles de cette loi: monter les sanctions financières (puisque quelques belles communes UMPistes préfèrent payer l'amende plutôt que de respecter la loi; et durcir la qualification sociale des logements sociaux prévus dans la loi SRU.

Son collègue de l'Education nationale, Vincent Peillon a été accusé d'inspiration pétainiste par Luc Chatel, son prédécesseur. En cause, Peillon demandait un enseignement de la morale laïque à l'école. Chatel a manqué une occasion de se taire. Comment donc Chatel pouvait-il connaître tous les discours du Maréchal Pétain sur le bout des doigts pour tweeter sa pensée aussi rapidement ? C'était triste de la part d'un ancien ministre. Pourquoi sombrer dans l'outrance après la défaire ? Le déshonneur après l'échec...

François Hollande visite un collège de Trappes, dans les Yvelines. Il rencontre des professeurs qui, ce mardi 4 septembre, font leur rentrée scolaire. Nous n'avons pas retrouvé trace d'une quelconque visite de Nicolas Sarkozy dans un établissement de banlieue difficile. Mais cette visite de Hollande, pour la presse, était évidemment « normale », sans commentaire particulier.

A Paris, Pierre Moscovici se dépatouille d'une affaire médiocre que d'aucuns adorent monter en épingle. A droite, quelques adeptes de l'ancien chef de gang du Fouquet's donne des leçons de morale. c'était triste. On attend que l'Express fasse sa une sur le scandale Pigasse. En fait, Moscovici avait dû sauver une banque de prêt, un sale dossier laissé par son prédécesseur François Baroin: le Crédit Immobilier de France - 33 milliards d'euros de prêts aux ménages - avait été dégradé la semaine dernière par une agence. Il risquait la cessation de paiement ce lundi. L'Etat a apporté 20 milliards de garantie samedi dernier.


Lundi, « Mosco » avait encore d'autres urgences.

Il n'y avait pas de caméras pour scénariser la chose, figer l'évènement, afficher qu'il travaille même quand il ne parle pas à des journalistes.

Christophe Barbier, où es-tu ?




7 commentaires:

  1. Christophe Barbier, où es-tu ?

    drapé majestueusement dans son écharpe rouge , comme d'hab
    et occupé à pérorer contre le gouvernement

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  2. Le moment où le slogan du redressement et de l'effort dans la justice sera vidé de tout sens semble approcher.
    Il faudrait que M. Sapin précise ses idées sur le nouveau contrat de travail (moins de protection du CDI et davantage sur les contrats précaires - cdd et interim ?) et sur le financement élargi de la protection sociale dont le coût pèse actuellement essentiellement sur le travail (retour donc de la fameuse ou fumeuse "rumeur" sur la hausse de la CSG alors que le gouvernement semble prêt à davantage de sincérité en reconnaissant que la chose fait désormais partie des pistes à explorer).

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  3. Sapin était un baltringue quand il était ministre des finances et ne savait dire qu'une seule chose "on attends la reprise aux Etats-Unis" A l'époque le mot "reprise" était le mot à la mode.
    Il a bien entamé les dernières illusions que j'avais en la politique, cela dit au regard des 5 ans passés avec ces mafieux internationaux, la racaille UMP, Sapin reste à mes yeux largement respectable.

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  4. Bravo et merci au CIF ! Encore une fois, un Etat, l'Etat français met "la main à la poche", après tant d'autres, pour aider une banque, qui fait n'importe quoi ! Pendant le même temps, nos chers dirigeants européens nous rebattent les oreilles avec la nécessité de réduire les dépenses publiques sans revenir un seul instant sur la nécessité de réglementer le monde de la finance. Bravo à Goldman Sachs et à ses pairs, qui vont pouvoir continuer à piller les citoyens et les Etats. Pas question non plus de remettre en question l'indépendance de la BCE ! Il est tout à fait normal pour nos dirigeants et technocrates européens que la BCE décide de la politique éonomique, sociale, industrielle ... de nos Etats. Quel monde merveilleux !

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  5. faire prendre des vessies pour des lanternes est leur passe-temps favori chez ces socialos

    Moi c’est simple : dés qu’un socialo ouvre son clape-merde : j’entends le contraire

    Avant on disait : " Menteur comme un arracheur de dents "

    Aujourd’hui il faut dire " Menteur comme un socialo "

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  6. Flanby est une erreur de casting devenue un danger public.
    Il était tout juste bon à faire sa loi au Conseil général de Corrèze qu il a mis quand meme en faillite .
    Quand on veut être Président de la République, il faut être capable de jouer dans une toute autre cour.
    Il n'en a ni la compétence, ni le talent.
    Il est totalement dépassé. Dans le Monde d'aujourd'hui, il représente un danger réel pour la France et les français.
    Mais en tant qu'énarque, il ne l'admettra jamais, il va persister dans l'erreur et signer la fin de tout espoir pour la France de conserver son rang, et l'appauvrissement général.

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  7. De l'etranger, la France du pignouf socialo n'interesse plus personne.
    Avant, du temps de Sarkozy, au moins on parlait du panache de la France qui avancait et faisait imposer ses visions sur la scene internationale en Europe bien sur mais meme vis-a-vis des russes ou des americains.
    Aujourd'hui, c'est fini car le president elu n'a aucun charisme et n'est meme plus considere par ses autres homologues internationaux car il s'est mis tout le monde a dos a peine arrive (Obama avec l'Afghanistan, Merkel avec l'Europe, etc.).

    Il devrait peut-etre rappeler Sarkozy comme consultant pour lui donner des cours de president de la republique !

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