25 septembre 2012

Grâce à Taubira et Vallaud-Belkacem, nous pouvons supporter Valls

Valls dérange, Valls agace. Même pour ses partisans à gauche, sa récente proposition de mesures contres les voyages des apprentis djihadistes dans des camps terroristes en Afghanistan ou ailleurs faisait sourire ou grincer des dents. On s'était bien moqué de la proposition similaire faite par Nicolas Sarkozy en mars dernier au lendemain de l'affaire Merah.

A l'époque, il est vrai, Sarkozy déclamait encore son traditionnel « y-a/faut qu'on», alors que Manuel Valls ne faisait qu'évoquer le problème.

Mais qu'importe, le ministre de l'intérieur attire tellement la lumière que d'aucuns le confondent avec Hollande et Ayrault. Relisez donc cette tribune d'Edwy Plenel, sur Mediapart vendredi dernier. Et la réponse de Jean-Marc Ayrault, dans le même Mediapart, publiée ce dimanche. Valls est le ministre iconique qu'il faut casser ou louer.

Aussi devions-nous nous réjouir des initiatives récentes de deux autres ministres, deux femmes.

Tour à tour, Najat Vallaud-Belkacem (Droits des Femmes) puis Christiane Taubira (Justice) ont présenté la semaine dernière quelques-uns de leurs projets qui engagent directement la justice et la conception que l'on s'en fait dans notre beau pays.

Après l'étouffante séquence « Valls » de l'été, l'automne pourrait-il se dérouler sous d'autres couleurs ?

Najat Vallaud-Belkacem a promis des sanctions plus dures contre les entreprises qui n'engagent ni ne concluent d'accords sur l'égalité hommes/femmes. On se souvient que le candidat Sarkozy de 2007 avait promis l'égalité salariale « totale » entre hommes et femmes « en 2010 ». On en a encore les larmes aux yeux.

On se souvient comment un ancien ministre du Travail avait tenté de nous convaincre, voici 2 ans, que sa réforme en la matière allait changer le monde. Puis il avait saboté le décret d'application avec suffisamment d'énergie pour qu'aucune sanction ne soit enfin possible. Quel cachotier ! Cette fois-ci, Natjat Vallaud-Belkacem a donc prévu de modifier d'ici la fin du mois d'octobre le dit décret d'application de la dite loi de 2010 sur l'égalité salariale.

Le lendemain, elle publiait une tribune contre une autre incompréhension. Neuf représentants d'Etats-membres de l'Union européenne s'opposent à un projet de directive qui encadrerait la part des femmes siégeant dans les conseils d'administrations des grandes entreprises européennes. La Commission européenne - pour une fois qu'elle travaillait à l'avancée des droits - envisageait une directive pour imposer 40% de femmes dans les conseils d'administration. « 86% des administrateurs de société cotées en bourse sont des hommes et la résorption de ce grave déséquilibre par la méthode douce de l'autorégulation est si lente qu'il faudrait attendre au mieux 2053 pour que 40% de femmes siègent dans les conseils d'administration des entreprises européennes » fustigeait la jeune ministre.
 Avant de se rendre vendre à Marseille avec son collègue Valls, Christiane Taubira avait livré un entretien plein de bon sens sur la lutte contre la récidive.

« Ne peut-on pas débattre du sens de la peine, du fait que le tout-carcéral augmente les risques de récidive ? »

Elle recadrait nombre de caricatures et stupidités dont la droite au pouvoir ou l'extrême droite dans l'opposition ne abreuvent depuis des lustres. Comme nombre de ces caricatures portent justement sur elle-même et son action, citons-la tout simplement... Histoire de lever certains malentendus pour celles et ceux qui ont le courage de vouloir comprendre la réalité. Car à droite, on cherche évidemment à surjouer la différence et la caricature: Taubira serait la face cachée mais réelle de l'action gouvernementale, les raisons de l'échec programmé de Manuel Valls. Jeudi 20 septembre, Jean-François Copé expliquait encore que le ministre de l'intérieur était « objectivement est à droite » dans ses paroles, mais que Taubira  « fait voter des lois qui vont dans le sens inverse ».

Citons donc les déclarations de Christiane Taubira.

« Il n'y a pas à opposer incarcération et aménagement de courtes peines. Nous faisons confiance aux magistrats du ministère public pour apprécier de manière adaptée les mesures d'exécution des peines. L'ancienne majorité ne faisait pas confiance aux juges, ça n'est pas un mystère, elle l'a dit en termes fortement déplaisants, pas seulement envers les personnes, mais envers l'institution et la dignité de la charge.»

Ou encore:

« Il faut faire en sorte que nous réduisions effectivement les risques de récidive, ça ne veut pas dire cesser d'emprisonner. » Pourquoi donc quelques ténors à droite (Copé, Hortefeux) récidivent-ils en expliquant que la ministre Taubira serait adepte du plus grand des laxismes ? 

« Les politiques pénales des dix dernières années – 50 lois pénales en dix ans– ont généré de plus en plus de peines de prison ferme. Et des études multiples ont prouvé que la prison augmente davantage les risques de récidive que les autres peines pénales ; la formule "la prison : école du crime" n'est pas complètement fantaisiste.»

Fichtre ! Christiane Taubira serait-elle dans l'opposition ? Non. Elle est la digne ministre, collègue de Manuel Valls. Les deux jouent leur partition, un jeu compliqué qui nécessite un tant soit peu d'équilibre de la pensée et de l'argumentation.

Pour le dire autrement, grâce à Taubira et Vallaud-Belkacem, nous devons soutenir Valls.



1 commentaire:

  1. On retrouve là les clivages habituels au sein du PS sur ses prises de position sur la sécurité, les droits des femmes, les immigrés ...

    Sans sous-estimer les mesures positives, qui ont été et vont être prises, le nouveau pouvoir semble beaucoup plus inspiré, exigeant et innovateur sur les questions de société que sur les droits sociaux et économiques, où il est plutôt frileux, voire attentiste.

    Comme le dit François Hollande, il sera jugé sur ses résultats, mais qu'il n'oublie pas que beaucoup de Français attendent autre chose, voire rejettent le vote des immigrés et le mariage homosexuel.

    Son prédécesseur n'a pas été mis dehors pour être remplacé par un homme, qui maintiendrait le même cap sur le plan social et économique.

    Il y a eu 2002 et 2007, ne préparez pas 2017 !

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