18 septembre 2012

Hollande: la Fabrique de l'opinion est encore à l'oeuvre

Nous le savions. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles nous nous sommes mis à bloguer. Les médias rapportent un traitement de l'actualité qui ne nous convient pas. Sinon, quel autre intérêt à bloguer quand on est anonyme ?

Dans le récent ouvrage de Laurent Binet, « Rien ne se passe comme prévu », un best-seller publié voici un mois, nous pouvions noter à quelques reprises comment l'information accréditée se fabrique. C'est le charme du bouquin de Laurent Binet, il n'est qu'écrivain, pas journaliste. Tout au long de son ouvrage, sa surprise de citoyen permet quelques petites révélations d'insider. Comme celle-ci, datée du 29 février 2012, quand François Hollande visitait Londres, en pleine campagne. Laurent Binet note ce constat, pas si anodin que cela.
«Fish and Chips au pub du coin, débriefing rituel des journalistes. L'un de ceux du Big Four de la presse écrite nous donne son impression: Moi, je l'ai pas trouvé très chaleureux, Miliband, hein ... " Je persifle: "J'adore vos petites séances d'harmonisation. Demain dans tous les journaux, on aura donc pour titre: 'Accueil glacial pour Hollande'". Le journaliste, avec beaucoup de prescience vu que je n'avais encore jamais abordé cette question avec eux, s'inquiète: "Ah la la, ça y ets, tu vas en faire u un chapitre sur la fabrique de l'opinion ! Moi, j'disais cela juste comme cela. Franchement c'était pas chaleureux." Mais une consoeur de la télé abonde dans mon sens: "Il a raison, sous prétexte de débriefer, on se met tous d'accord."»
Evidemment, voici comment l'opinion médiatique se fabrique. Le journaliste accrédité vérifie auprès de ses confrères s'il a la bonne interprétation des évènements de la journée. Quand il a de l'expérience, il peut même installer le ton dominant des comptes-rendus du lendemain. Ces comptes-rendus sont ensuite relayés en cascade par quelques éditocrates - souvent les chefs de service de ces journalistes de terrain.

Cette fabrique de l'opinion est bien connue. Elle est redoutée, détestée, fustigée. Elle est régulièrement décortiquée par des des sites tels Acrimed ou Arrêt sur Images.

Parfois, l'opinion se retourne, ou ne suit pas ces commentaires généraux. On l'a vu en 2005. Parfois l'opinion est manipulée. Comme en 2008, on l'a découvert plus tard. Nicolas Sarkozy avait fait financé quelques 150 sondages politiques dans l'année, ensuite publiés (sans mention du commanditaire officiel) par le Figaro et LCI. Les questions étaient choisies et définies avec Patrick Buisson, au cabinet de l'ancien Monarque.

Actuellement, la « Fabrique de l'opinion » est à l'oeuvre. L'argument est connu et un peu confus: François Hollande deviendrait impopulaire parce que (1) il est contraint à la rigueur; (2) il dévoile une rigueur qu'il n'aurait pas promise, (3) il déçoit parce qu'il est contraint ou retord. Les arguments se contredisent mais à la marge.

Mais la Fabrique n'est pas à cette contradiction près. Pour son appui, elle a toujours les sondages, hier comme aujourd'hui. Cette fois-ci, tous convergent pour dire qu'Hollande deviendrait impopulaire. Quelle surprise ! Sarkozy était impopulaire avant la crise. Hollande le serait devenu après avoir annoncé le plus gros plan de rigueur de l'après-guerre.

Ensuite, et c'est le second temps, d'autres prennent le relais du commentaire: Hollande n'aurait plus de majorité. D'autres glosent sur l'amour contraint du président Hollande avec les écologistes.

Et voici que le droit de vote des étrangers refait surface, à l'initiative de 76 ou 77 députés socialistes qui publient leur réclame d'un projet de loi dans une tribune publié par le Monde. Ceux-là n'ont pas envie d'attendre 5 ans et l'abandon d'une promesse vieille de 30 ans. D'autres, à gauche, dans le camp même de François Hollande, n'apprécient pas une démarche qu'ils jugent déplacée et inutile. A droite, on tombe dans le panneau, on s'engouffre dans la porte ouverte. Le droit de vote des étrangers, sous conditions,

Gageons que la Fabrique nous publiera rapidement, dès ce mardi, l'interprétation qu'il convient d'avoir sur ce fait divers politique: (1) Hollande serait gêné; (2) cette « demande des 76 » serait la preuve des dissensions au sein de son camp; (3) les Français y seraient majoritairement hostiles.

Restons au conditionnel car seul la Fabrique est habilitée à utiliser le présent voire l'impératif d'autorité.


8 commentaires:

  1. hélas , les médiacrasses sont encore et toujours à l'oeuvre sous l'autorité de quelques chefs de file autoproclamés

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  2. "Parfois, l'opinion se retourne"

    L'exemple le plus frappant à mon sens, est la dégringolade de Sarkozy dans l'opinion à partir de l'automne 2007 (Kadhadi à Paris, Carla à Disneyland...). L'intéressant est que là, c'est l'opinion qui a donné le ton à la presse. Jusque là la quasi totalité des médias continuaient sur la même lancée sarkolâtre de la campagne 2007 (comme tu dis c'est ce scandale même qui a amené un certain nombre de gens à bloguer en 2006-07). Suite à la dégringolade de Sarko dans les sondages fin 2007, il y eut un soudain et très frappant retournement de la presse qui se permit - enfin ! - de traiter "normalement", c'est à dire de façon critique, le "cas Sarkozy". Bref, on eut l'impression que la presse retournait d'un coup sa veste pour éviter de se faire lyncher avec le principal coupable.

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  3. Bonjour,
    Sur le terrain les militants et sympathisants réclament effectivement une avancée sur le dossier du vote des étrangers. Maintenant, en effet, il faut rester attentifs à l'utilisation qui sera faite de cette info qui n'est pas à mon avis "un fait divers politique" mais un vrai chantier

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  4. Grâce à Internet la "Fabrique" connaît parfois quelques loupés. Et c'est heureux. Tout n'est cependant pas tant "fabriqué" que cela. Et bien malin celui qui pourra dire sans coup férir quand l'opinion précède et quand elle suit les médias.
    On peut déplorer qu'Hollande ne soit plus aussi populaire. Votre conditionnel (Hollande deviendrait) me fait bien rire.
    Il s'agit d'être efficace, réaliste, et trouver un compromis socialement acceptable pour répartir les efforts demandés.
    Nous avons vu que N. Sarkozy n'en était pas capable pour des raisons mille fois rappelées ici et ailleurs. Nous essayons autre chose et nous attendons du Président qu'il fasse enfin ce que ses prédécesseurs n'ont jamais voulu faire : équilibrer les comptes de l'Etat, de la sécurité sociale, des régimes de retraite, de l'assurance Chômage. 5 ans ne seront pas de trop et il est déjà en retard d'un train sur la crise.

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  5. Serais-tu fâché avec les s ?
    "voici un moiS"
    "retors" (et non "retord")

    Sur le fond, le panurgisme des journalisme politiques est flagrant, et les éditorialistes de la PQR ne sont pas les derniers à coller au cul de la troupe d'éditocrottes indécollables.

    Et ça veut donner des leçons aux français.

    Arf !

    Zgur_

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  6. moderation approbation discernement etc çà en fait des pirouettes pour éviter hypocritement l emploi du mot censure si pratique pour trier les tetes des clients

    hahahaaaa

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  7. pour éclairer l'opinion :

    http://survie.org/francafrique/burkina-faso/article/blaise-compaore-a-paris-la

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  8. Oui, Juan, c'est exactement de cela qu'il s'agit : la fabrique de l'opinion par les "grands" médias.

    Le traitement industriel des informations, standardisées, minutées, rythmées par le sensationnel conjugué à une concentration monopolistique de la presse entre les mains de quelques-uns conduit inévitablement à cette situation. Et il faut des moyens, dans le privé, comme dans le public. Vous rappelez-vous les coupes sombres réalisées il y a quelques années dans les moyens de France 3 avec des résultats que l'on peut mesurer chaque jour !

    Pour le reste, quelques médias différents existent, du journal modeste,avec peu de moyens au journal internet payant, mais ils sont rares, confidentiels en général, sans oublier quelques espaces de liberté par-ci par-là, y compris dans l'audiovisuel public.

    Pour améliorer la situation, il serait bon de se poser quelques questions tant sur le fond que sur la forme. Difficile à faire ? Peut-être, mais voulons-nous, pour faire court, seulement des sujets bâclés en une minute trente, des faits divers exploités jusqu'à la corde, des commentaires de l'AFP repris et râbachés cinq fois par jour par des journalistes insipides, des histoires du terroir nostalgiques ?

    Non, nous sommes nombreux à attendre autre chose. Vous me direz, l'information est disponible et chacun est libre de s'informer. C'est vrai, mais l'information libre et critique est, pour moi et beaucoup d'autres citoyens, indissociable de la démocratie.

    Soyons exigeants et merci à Internet !






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