3 septembre 2012

Pourquoi Pigasse a agi contre son intérêt...

Que la banque Lazard ait été retenue par le ministre de l'Economie pour le conseiller sur la mise en place de la Banque Publique d'Investissement, et voici que le soupçon de conflit d'intérêt surgit.

Certains n'hésitent pas à convoquer l'histoire et le scandale Woerth pour tenter de nous convaincre que finalement la gauche au pouvoir ne fait pas mieux que la droite.

Il faut donc, encore et toujours, clarifier le présent et rappeler le passé.

En matière de conflit d'intérêt, les nouveaux Zorros/Zozos de l'ex-Sarkofrance ne manquent pas de références en moins de 5 années de mandat: la fondation Bruni, les bois précieux du ministre Joyandet, l'EPAD-story, le pantouflage de François Pérol.

Mais l'affaire Woerth fut un summum, un modèle, un truc incroyable qui aurait valu une mise à mort médiatique et politique dans n'importe quelle démocratie digne de ce nom:  l'affaire Woerth était cette histoire d'un ministre du budget, toujours trésorier du parti présidentiel, qui avait fait embaucher sa femme chez la plus grosse fortune de France par ailleurs fraudeuse fiscale... 

Bref, en Sarkofrance, nous pouvions parler de malaise moral.

Pour l'ancienne équipe défaite et ses supporteurs, l'enjeu désormais est de montrer que leurs successeurs font de même, que la connivence avec les puissances de l'argent est aussi forte chez Hollande que chez Sarkozy, qu'ils sont tous pareils et donc que l'ancien monarque ne méritait pas l'opprobre qu'il subit, comme pour mieux relativiser le passé.

A cet égard, Matthieu Pigasse, comme Pierre Bergé, sont des proies de choix, régulièrement exhibées par les Sarko-fans avec une rage redoublée par le fait que ces derniers ont le sentiment d'une trahison de classe.

Le concept de conflit d'intérêt, hier comme aujourd'hui, semble presque insoluble. Prenez la banque Lazard. C'est un établissement privé, mais l'engagement du numéro deux de sa branche française, Matthieu Pigasse, était un engagement personnel.

Peu importent ses motivations, Pigasse a soutenu François Hollande. C'est si rare parmi les grands patrons que l'homme fut rapidement la cible des discours de Nicolas Sarkozy pendant la dernière campagne.

Qu'il ait soutenu Hollande n'engageait pas sa banque, le constat paraît assez évident pour qui veut bien réfléchir deux secondes: les patrons nous sont systématiquement présentés comme hostiles à Hollande à cause de sa politique fiscale ou économique. Il suffit de relire les comptes-rendus de la récente université du MEDEF pour s'en convaincre.

On pourrait même assez raisonnablement conclure que Matthieu Pigasse, en soutenant François Hollande, a agi contre son intérêt de classe (si nous sommes marxistes), d'entreprise (à moins que nous découvrions alors que la banque Lazard récupère une multitude de contrats publics à rendre jaloux ses concurrents d'affaires), et personnel (puisqu'il paiera davantage d'impôts sous Hollande que sous Sarkozy).

Donc si Matthieu Pigasse, en soutenant Hollande, a agi contre son intérêt de classe, d'entreprise, et personnel, ... la question se pose: mais où donc se loge le conflit d'intérêt ?

Les partisans de la thèse du conflit d'intérêt ont donc avancé un argument massif: la banque Lazard a obtenu un fabuleux contrat d'assistance de quelques dizaines de milliers d'euros pour avoir en échange fait embaucher Audrey Pulvar à la direction éditoriale des Inrocks... A moins que cela ne soit l'inverse...

Quelle affaire ! On prendra soin d'oublier, au passage, que Matthieu Pigasse ne possède pas la banque Lazard, il n'en est que directeur général délégué de la branche française d'une banque d'affaires présente dans 24 pays.

Finalement, il est évident qu'il faut relever ce genre d'affaire, plus maladroite qu'autre chose, mais il nul besoin d'en faire des louches comme si c'était le scandale du siècle. Surtout quand l'intéressé joue plutôt contre ses intérêts qu'autre chose.






Billet écrit sous l'emprise de conflits d'intérêts.

8 commentaires:

  1. La création de la BPI, nouvelle usine à gaz dont la mise en place prendra plusieurs mois encore, et fera ensuite une belle sinécure pour recaser quelques hauts-fonctionnaires de l'Etat reconnaissant. Autant dire qu'il est difficile de croire qu'avec une nouvelle structure on va sortir la France du marasme et de la désindustrialisation qui durent depuis des années. Enfin il faut bien montrer qu'on agit un peu en comparaison avec le "Prédécesseur" qui s'agitait surtout (puisqu'il faut tout mesurer à son aune).
    Confier la mission à la banque Lazard et à son directeur Matthieu Pigasse est une maladresse qui permet facilement à la droite de brailler au conflit d'intérêt. Le dossier n'en est pas totalement exempt en dépit de ce billet digne d'un père jésuite au meilleur de sa forme.

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  2. "père jésuite au meilleur de sa forme" ?! Vous savez manier le verbe!

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  3. on pourrait suspecter un conflit d'intérêt si on s'appuyait sur cette baque pour créer la BPI
    en l'occurence il ne s'agit que d'une mission de conseil très faiblement payée

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  4. Mais peu importe le montant de la mission, le conflit d'intérêt n'est pas caractérisé selon la somme en jeu.
    Et pour l'édification des foules pourriez vous être un peu plus précis sur le montant modeste des honoraires alloués par l'Etat à la Banque Lazard en rémunération de ses judicieux conseils ?

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  5. Matthieu Pigasse, ex grand commis de l’Etat devenu grand commis de chez Lazard. Sorti de Science-Po et inévitablement de l’Ena,

    Monsieur Pigasse commence sa carrière dans les cabinets ministériels sous Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. Il entre en 2002, chez la discrète mais néanmoins très puissante banque d’affaire Lazard où il met a profit son carnet d’adresse obtenu sous les ors de la République pour y faire une brillante carrière.

    Monsieur Pigasse est la parfaite illustration de cet exceptionnalisme Français qui voit de très haut-fonctionnaires aller pantoufler dans le privé avec brio. Dans d’autres pays que le notre, un tel mélange des genres risquerait de faire tiquer… mais nous en France, on s’en fout.

    Monsieur Pigasse se dit de gauche, mais probablement pas de la même gauche que vous, Juan. Votre élan de solidarité envers lui est touchant.

    Le fait que Lazard obtienne le mandat pour la création d’une nouvelle et redondante banque publique d’investissement n’a rien de surprenant. Lazard est quand même la première et mieux connectée des banques d’affaires Françaises. Il faut tout de fois noter qu’elle a ainsi participé en tant que conseil à de nombreux actions financière et autre plans de restructuration qui n’ont pas toujours été sans conséquence au niveau social. On peut donc s’étonner que Monsieur Pigasse en sa fonction de directeur de Lazard ait de si bonnes relations avec les éminences du PS. Si quelqu’un appartient au monde de la finance qui est je vous rappel l’ennemi, c’est bien lui… Mais le PS n’est pas à une hypocrisie prés… après tout ils ont tous fait l’ENA et entre gens du même monde on finit toujours par se comprendre.

    Non. Le scandale c’est d’avoir laissé quelqu’un de lié à Lazard prendre le contrôle du Monde, le journal de référence en France. C’est un peu comme si Goldman Sachs rachetait le New York Times. Les Inrocks, c’est marrant et en plus cela permet de recycler la femme de Monsieur Montebourg qui a quand même rendu de bons et loyaux services pendant l’élection. Par contre, je ne comprends pas pourquoi Thomas Legrand s’est senti obliger de démissionner. C’est pas comme si on s’attendait à ce que les Inrock restent objectifs. On savait déjà qu’ils étaient de gauche avec de bien belles œillères de chaque côté.

    C’est quand même beau de voir la gauche contrôler les medias.

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  6. C'est quand meme beau de voir Juan et Bobcestmoi defendre un banquier... j'en verserais presque une larme d'emotion

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  7. @Coin: je ne défend pas le banquier, je m'amuse de la polémique.

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  8. Ce que l'on retrouve dans ces attaques de la droite sarkozyste contre Mathieu Pigasse, c'est l'habituelle rhétorique de ce parti. La recette marche presque à tout coup : pousser des cris d'orfraie et s'indigner en manipulant, si nécessaire, les faits pour être repris par les médias et entendu par le grand public. Sensationnel pour créer la confusion et idéal pour relativiser ses propres turpitudes. En résumé, une belle technique de manipulation de l'opinion à laquelle nous avait habitué l'ancien monarque. Ceci dit, la parole est heureusement libre dans notre pays, même pour les manipulateurs.

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