31 octobre 2012

35/39 heures: retour sur un désastre médiatique


Le buzz médiatique nous a-t-il tué ? C'est la réflexion que l'on pouvait se faire en écoutant, même distraitement, les commentaires de ce mardi sur une déclaration du premier ministre. Ayrault répondait à une question d'un lecteur du Parisien sur les 39 heures payées 39 dans une interview publiée ce mardi 30 octobre. Il expliqua qu'on pouvait débattre de tout et que cette option ferait débat.

Sur Twitter, la "Tweet-critique" s'excita dès potron-minet d'indignation; ça éructait, ça grinçait des dents, ça couinait; ça oubliait même d'évoquer la signature des premières conventions d'emploi-avenir. Valérie Pécresse ou d'autres UMPistes enfonçaient le clou, c'était de bonne guerre.

Le ministre du travail, sur une autre antenne, rajouta qu'il n'était pas prévu de remettre de cause les 35 heures. Et voici que la chose s'emballa encore davantage. Et Ayrault se sentit obligé de faire la déclaration suivante sur France info:
Ce n’est pas un débat qui est relancé.  Il y a toujours débat dans la société française. On est dans une démocratie. Est  ce qu’on a le droit de parler de tous les sujets ? Un lecteur du Parisien dans un débat que j’ai eu avec plusieurs d’entre eux me pose cette question.
Je dis il n’y a pas de sujet tabou. Simplement ce n’est pas le point de vue du gouvernement. Voilà, je vous  le dis ce matin, il n’est pas question de revenir sur les 35 heures, d’abord parce que  ce n’est pas la cause de nos difficultés économiques, il y en a beaucoup d’autres.
Et donc ce n’est  pas parce que je respecte mes interlocuteurs, qui ont le droit de poser toutes les questions et de défendre tous les points de vue, que pour autant c’est le point du vue du gouvernement. Donc je vais vous faire une confidence. J’ai rencontré hier Loui
s Gallois. il termine son rapport qu’il me remettra lundi. Et bien il n’y aura rien concernant les 35 heures dans son rapport. Il m’a indiqué que, contrairement à ce qu’avait dit le Parisien la semaine dernière, ce n’est pas une proposition qu’il fera. Et en tout état de cause, même s’il l’avait fait, le gouvernement ne l’aurait pas retenu. Ce n’est pas la position du gouvernement.
Il fallait simplement lire la fameuse interview au Parisien pour comprendre combien ce buzz était crétin et raccourci.

En quelques heures, quelques journalistes avaient donc sombré dans un ridicule assez rapide, et de nombreux twittos avec eux. Le soir, sur le Grand Journal de Canal+, Jean-Michel Aphatie tenta encore d'en remettre une couche sur « l'affaiblissement » du premier ministre. A minima, nous aurions aimé pouvoir discuter de cette idée de 39 heures payées 39 si cher à cet aimable lecteur du Parisien. Franchement, qui connaît le nombre de salariés réellement aux 35 heures ?

D'autres analystes, au contraire, ont résisté à cet absurde déchainement, tels Patrick Roger (Le Monde), Bruno Roger-Petit (Le Plus du Nouvel Obs) ou Roland Cayrol (sur LCP).

Pendant 5 ans, nous avons critiqué la fausse urgence installée par Sarkozy comme technique de "management" de l'agenda politique, les faux buzz et fausses annonces, sa boulimie législative qui gâchait nombre de débats, son utilisation systématique de la fébrilité médiatique. Que l'UMP continue dans cette voie-là, avec le soutien de quelques supports médiatiques, est à peine surprenant.

Qu'une fraction de la gauche n'ait pas le recul ni l'envie pour y résister est assez confondant.

Si l'actualité n'était pas si grave, c'en serait même drolatique.

Sur ce, pour celles et ceux qui s'intéressent réellement aux plans du gouvernement, je leur conseille la lecture, au fil de l'eau, des lois de finances pour l'Etat et la Sécurité sociale, ainsi que les transcriptions des débats parlementaires.

Cela prend du temps, c'est plus fastidieux qu'un buzz facile, mais c'est sacrément instructif.



Lire aussi:

30 octobre 2012

La complainte du cadre sup... et ses niches fiscales

C'est un combat sémantique. Quelques médias, peu nombreux mais puissants, voudraient

Il faut lire le projet de loi de finances si l'on veut le commenter. Voire le critiquer. Mais certains s'arrêtent aux slogans, aux formules livrées par les uns ou les autres. Le débat est raccourci. On commente les commentaires. On analyse les analyses.

Pourquoi ne pas observer la réalité, étudier la réalité des arguments ? Internet fait des merveille. Quiconque peut enfin lire les comptes-rendus de l'Assemblée nationale ou du Sénat.




Le Point version FigMag
L'enquête est évidemment explosive. C'est la France des Enfants Gâtés. La couverture ne laissait aucun doute.

On ne reprochera pas au Point de cultiver son pré carré. La bataille est rude pour capter la France des mécontents. Cette annexe version papier glacé de la France des Riches dispute au Fig-Mag jadis animé par le libéral-réac Alexis Brezet le statut d'hebdomadaire de la génération Geonpi.

Il fallait donc lire cette enquête, formidablement biaisée, aussi peu nuancée que nos blogs qualifiés de militants. Car le Point fait acte de militantisme. Ce dernier ne se loge pas seulement dans les recoins des éditos de Patrick Besson ou de FOG. Mais cette fois-ci, l'hebdomadaire labourait un terrain qui lui était sacrément connu: Hollande et sa majorité socialiste forcément dépensière ont forcément préféré le matraquage fiscal à la réduction des dépenses publiques. Pour nous faire regretter le choix des 6 mai et 17 juin dernier, cette presse de droite nous énumère donc toutes ces fameuses dépenses publiques inutiles ou injustement protégées. Et cette fois-ci, c'est donc le Point, et non le Figaro ou l'Express, qui s'y colle.

Tout y passe: EDF, les intermittents, les comités inutiles, les collectivités locales, les régimes spéciaux. Le Point agrège les chiffres comme d'autres font des salades niçoises. Rien n'est clair sauf la conclusion, livrée dès l'introduction: il y a tant à économiser dans la sphère publique qu'il apparaît bien injuste de relever les impôts des plus riches.

L'examen du projet de loi de finances permet de mettre à jour de nombreux exemples de l'impact du choc fiscal qui s'annonce. Nous avons vu combien le cadre-à-200k peut avoir le stress facile et nullement patriote sur l'imposition de son salaire.

10.000 euros de niches
La véritable affaire est ailleurs. Comme l'a noté un commentaire de ce blog, les plus riches (*) sont surtout en rage contre l'autre volet de ce paquet fiscal version Hollande: le plafonnement du bénéfice des niches fiscales à ... 10.000 euros annuels maximum.

Et là... ça fait mal. 10.000 euros, c'est une misère quand on veut et peut embaucher une nounou (à mi-SMIC, et voici 60% du plafond atteint en remboursement de charges sociales par le fiscal), isoler son pavillon ou défiscaliser une partie de ses placements. La députée Karine Berger, en séance la semaine dernière, rappela à l'un de ses collègues UMP, Hervé Mariton, ce fait peu connu: « Je vous signale que seul le 97e percentile de la population française paye plus de 10 000 euros d’impôts, montant qui correspond au nouveau plafond global proposé par le projet de loi de finances en deuxième partie ». L'opposant répliqua par un aveu: « Les niches fiscales existent afin d’éviter l’excessive concentration actuelle de l’impôt sur le revenu.» Formidable confession ! Notre impôt sur le revenu, anciennement si progressif, l'était trop pour certaines bonnes âmes qui ne cessèrent depuis quelques décennies de le saper de l'intérieur. L'IR est devenu un Canada Dry de fiscalité progressive. Le barème, quoique allégé, fut sapé par toute sorte de niches réservées aux « happy few ».

Mais ce n'est pas tout. Le PLF2013 prévoit aussi de prétendues vilaines mesures contre les détenteurs d'actions, c'est-à-dire une plus grave imposition des dividendes et autres revenus financiers:
  • Imposition au barème progressif de l’impôt sur le revenu des dividendes et des produits de placement à revenu fixe
  • Imposition au barème progressif de l’impôt sur le revenu des gains de cession de valeurs mobilières et de droits sociaux des particuliers
  • Imposition au barème progressif de l’impôt sur le revenu des gains de levée d’options sur actions et d’attribution d’actions gratuites
  • Aménagement du régime d’imposition des plus-valuesimmobilières 


C'est bien là le paradoxe. Le gouvernement Hollande a plafonné le bénéfice des niches fiscales à 10.000 euros par an et par ménage. Mais l'on pense, à gauche, qu'il n'a rien fait en la matière.

Et les familles ?
Notre cadre supérieur, désespéré au point de quitter le territoire, pensait peut-être déduire autant quelques parts grâce à une famille que l'on espère nombreuse. Il est vrai que le bénéfice du quotient familial a été légèrement durci: 2.000 euros de réduction d'impôt maximale contre 2.336 euros auparavant. Quel effort pour la Grande Crise ! Rappelons seulement que cet avantage bénéficie surtouy aux revenus élevés et pour une raison simple, rappelé par le rapporteur du Budget dans son analyse: « cet avantage croît avec le niveau de revenu, les contribuables ne disposant que de peu de revenus imposables profitant ainsi d’un avantage plus faible que ceux disposant de davantage de revenu. »

Le nouveau plafonnement (à 2.000 euros) concernera les ménages gagnant plus de 67.953 euros annuels (soit 5 SMIC) avec un enfant, ou plus de 77.393 euros avec 2 enfants, et 95.171 euros avec 3 enfants.

Pour les autres familles, ce renforcement du plafond est indolore.
 







(*) Si 4.000 euros mensuels n'est pas d'une richesse extrême, c'est un revenu qui ne concerne qu'a minima 20 % des actifs du pays

29 octobre 2012

La complainte du cadre sup' et ses 45% d'impôt


Le père d'une amie de ma fille voudrait s'exiler. Le pauvre homme pense à la Belgique ou à la Suisse. D'après les confessions maladroites de sa fille, ce cadre supérieur gagnerait 200.000 euros par an et les mesures fiscales adoptées ces derniers jours le terrifient.

Sans évidemment connaître la situation fiscale de cette relation indirecte, je ne peux que m'étonner, voire me désoler, de l'improbable décision.

Il suffit se renseigner un peu, pour comprendre d'où l'on vient, et ce que la loi de finances a réellement prévu pour 2013.

Reprenons.

Le taux d'imposition des plus riches n'a cessé de baisser depuis 20 ans - y compris pendant les périodes où le gouvernement était de « gauche plurielle » ou de simplement socialiste. La dernière décennie, sous administration conservatrice, fut particulièrement faste et plus avantageuse que la précédente pour la fiscalité du dernier décile du pays. Il suffit de lire les derniers échanges parlementaires sur le PLF 2013 pour réaliser l'ampleur du sabotage fiscal que nous avons connu. 

En 1999, les taux d'imposition marginale sur le revenu variaient de 8% (pour la fraction de revenus annuels supérieure à  4.055 euros) à 53% (pour la fraction supérieure à 46.343 euros). Mais ça, c'était avant. En 2002, ces extrémités étaient déjà réduites à 7% et 48%. Merci la gauche ! Ensuite, ce fut le grand détournement. L'an dernier, les bornes de notre impôt sur le revenu étaient rabaissées à 5,5% (pour 5.615 euros) et ... 40% (pour 66.679 euros et au-delà). L'impôt sur le revenu, le plus progressif, a été vidé de sa substance.

Précisons l'évolution: en une décennie, l'imposition sur les revenus supérieurs à 46.000 euros est passée de 53% à ... 30%. Pour être complet, il faudrait ajouter toutes ces niches fiscales qui ne bénéficient qu'aux plus riches: défiscalisations des nounous et des femmes de ménages, des emprunts immobiliers, des aménagements d'isolation d'appartement, etc. Sans compter la trop faible imposition des REVENUS du capital, c'est-à-dire de l'argent qui dort mais qui rapporte, de la rente contre le travail. « La multiplication des avantages fiscaux venant minorer le montant de l’imposition et des modalités particulières du calcul de l’impôt reposant sur l’application de taux forfaitaires a également entraîné une perte de progressivité de l’impôt » notait le député Christian Eckert dans son rapport sur le PLF 2013 . D'après le Conseil des prélèvements obligatoires, « les contribuables appartenant au dernier décile concentrent ainsi 62 % des réductions d’impôt.» A l'inverse, les 40% des contribuables les moins riches bénéficient en moyenne « de moins d’un quart du montant de réductions d’impôt auquel ils pourraient prétendre, en raison de la faiblesse de leur imposition ».

Au final, la France de 2012 est l'un des pays les plus cléments. Et oui, on nous rabâche que les prélèvements obligatoires sont parmi les plus élevés d'Europe. Mais l'imposition des revenus reste très et trop faible. Elle est même loin d'être la plus élevée d'Europe.

Constatons ensuite la situation du pays: ces allègements massifs d'impôts, pour les tranches supérieures de revenus du pays, ont-ils permis une évolution harmonieuse de l'économie, de nos ressources, de notre endettement ? Nous pourrions croire, puisque l'argument inverse est régulièrement rappelé, qu'un si agréable allègement favoriserait la création de richesses au point de regretter qu'on ait pu ainsi oser solliciter davantage la solidarité nationale ?

Que nenni !

La France est, comme d'autres pays, dans l'une des pires situations économiques et fiscales qu'elle ait connue dans son histoire contemporaine. Rappelez-vous ce que nous expliquait l'ancien monarque. Notre Grande Crise équivalait à l'extinction des dinosaures.

Revenons donc à notre cadre supérieur, si fortuné qu'il pense à partir.

La réforme Hollande est encore modeste. Inutile de crier au loup, vous ne le reconnaîtriez pas si jamais il arrivait enfin !

Ainsi a donc été votée la création d'une nouvelle tranche marginale supérieure de l'IR, soit 45% pour la fraction de revenus imposables supérieurs à 150.000 euros (par ménage). Hollande applique son programme mais reste bien modeste. En 1982, le gouvernement Mauroy avait augmenté cette dernière tranche de 60% (sous Giscard !) à 65% ! En 2005, nous avions encore un taux marginal à 48% ! La suppression des taux supérieurs à 40% depuis 2006 a permis au dernier décile des contribuables de profiter de quelque 2,3 milliards d'euros d'allègement, soit 60% du gain total ces 10% de chanceux !


Le rapporteur du budget relevait ainsi, à propos de la création d'une nouvelle  « un contribuable célibataire qui bénéficie de 200 000 euros de salaires au titre de 2012 sera imposé à hauteur de 64 271 euros contre 62 838 euros avec le barème applicable aujourd’hui (+ 2,2 %). » Mieux, l'effet de seuil est largement maîtrisé: « L’augmentation de l’imposition ne créera pas de ressauts d’imposition importants jusqu’à un certain niveau de revenu. À partir de revenus élevés, le ressaut est plus sensible : l’imposition augmente de plus de 5 % à compter de 300 000 euros pour un célibataire et de 600 000 euros pour un couple. »

S'exiler pour 5% d'impôts supplémentaire ?

Quel patriotisme !











28 octobre 2012

L'appel de trop de 98 grands patrons



Ils sont adhérents de l'AFEP, et ils ont paraît-il signé une tribune commune dans les colonnes du JDD. Un appel au président Hollande pour qu'il baisse le coût du travail et ne touche pas trop à leurs impôts.

Ces gens-là voulaient-ils appeler au débat ou réactiver la lutte des classes ?

Certains font décidément du bruit pour rien.

L'appel
Les signataires engagent l'AFEP,  l'Association française des entreprises privées.

« Nous, dirigeants des plus grandes entreprises privées françaises, proposons au gouvernement un pacte pour relancer la croissance et l'emploi. Il traduit notre ambition pour la France et est conçu dans un esprit de dialogue. La France affiche un déficit sans précédent de son commerce extérieur, de ses paiements courants, de ses finances publiques et de ses comptes sociaux. Les marges de nos entreprises sont historiquement basses. Le chômage sape la cohésion sociale et exclut notre jeunesse. La France doit se transformer en profondeur. Il est urgent d'agir maintenant et collectivement. Nous préconisons une réponse globale adossée à des mesures simples et concrètes. »
Les rares propositions concrètes sont, pêle-mêle, 60 milliards d'euros d'économies (soit 3 points de PIB) au cours des cinq prochaines année; une baisse de 30 milliards d'euros des cotisations sociales (soit trois fois plus que la mesure Sarkozy annulée par Hollande), via un relèvement de deux points de la TVA et des économies budgétaires; une baisse de l'impôt sur les sociétés; la préservation du crédit-impôt-recherche (qui a dit qu'il serait menacé ?); et l'autorisation d'exploitation du gaz de schiste. 

La réponse... et les questions
Comme l'a rapidement demandé notre confrère Politeeks, il nous manque quelques informations essentielles pour entendre ces demandes avec un peu de sérieux.

Combien d'aides publiques ont-ils reçues ? Pour quels résultats ?

Quelle politique de dividendes (37 milliards d'euros versées l'an dernier rappelle Melclalex) ?

Quelles sont les plus fortes rémunérations ? Quelle politique de stock-option et d'attribution d'actions gratuites ?

Quelles sont leurs activités exposées à la concurrence ? Combien de bénéfices ont-ils délocalisé ?

Pourquoi réclamer une baisse de l'IS alors que ce dernier ne représente que 8% des bénéfices chez les groupes du CAC40 ?

Nous pourrions multiplier les questions évidemment sans réponse à adresser à ces managers de haut vol visiblement coincés dans leur bulle.

A moins qu'il ne s'agissait que d'une tribune manipulée ?

L'affaire Gallois décryptée.

Philippe Cohen revient sur l'affaire Gallois, puisqu'il y a une affaire, dans l'édition du 27 octobre de Marianne.

Le journaliste lève un coin du voile médiatique sur cette curieuse polémique.

1. La première fuite sur les 40 milliards d'euros de baisse des cotisations sociales sur le quinquennat émanait directement de l'Elysée, lors d'un déjeuner prétendument "off" avec des conseillers.

2. Le prétendu scoop du Figaro quelques jours plus tard sur le contenu du rapport Gallois était à l'inverse complètement bidon: le journal n'avait pas eu accès au fameux rapport.

Au passage, Philippe Cohen apporte quelques précisions sur l'un des enjeux de ce débat sur la compétitivité: le transfert de financement de notre Sécurité Sociale sur la consommation doit être analysé et jugé sur ses modalités et non seulement son principe. Un exemple, relève le journaliste : Louis Gallois envisagerait une réduction des cotisations salariales et non seulement patronales. Voilà une option qui distinguerait son auteur de ses prédécesseurs sarkozyens.

Mais encore faudrait il que le débat cesse d'être cette agitation caricaturale...


27 octobre 2012

286ème semaine politique: pourquoi Hollande doit rendre sa présidence compétitive


Jolie catastrophe médiatique, un vrai choc dans les milieux autorisés, le premier ministre commet la bourde, mercredi, de confirmer une décision du Conseil constitutionnel qui n'avait pas encore été officialisée, l'annulation, pour vice de procédure, de la loi Duflot sur le Logement Social.

Quelle victoire de l'UMP ! Une petite infamie que d'aucuns, à droite, hésitent à commenter sur le fond. Nathalie Kosciusko-Morizet, sur France Inter, bredouille qu'il y a trop à dire sur le texte lui-même et qu'elle préfère commenter le prétendu amateurisme de l'équipe Hollande.

Quelle tristesse... Quelle petitesse... NKM devait surtout annoncer la création de son parti, la France Droite. Après la Droite forte, la génération sarkozyste, la Droite humaniste, la Droite populaire, on ne sait plus où donner de la tête.

Autre catastrophe médiatique, ... ce vrai faux débat entre les deux prétendants à la présidence de l'UMP jeudi soir a fait un flop, moins de 10% des téléspectateurs sont restés sur #DPDA, soit à peine 2,3 millions de personnes. François Fillon et Jean-François Copé ne réussissent pas à convaincre. Ils font pourtant assaut d'amabilités. Au point qu'on se demande si les sympathisants devaient les départager sur leur cravate ou leur chemise.

Fillon fait du Copé en refusant de voter socialiste contre le FN. Copé fait du Le Pen en expliquant qu'il ne célèbrera aucun mariage gay dans sa mairie de Meaux.

Mais la vraie bourde est ailleurs. Fillon confie que Nicolas Sarkozy avait demandé au patron de PSA « qu’on repousse le plan social, ça ne revient pas du tout au même». Quelle belle confirmation ! «C’est un choix politique, qu’on peut discuter d’ailleurs (...) qu’il avait d’ailleurs déjà fait au moment de la crise de 2008 en disant à l’industrie automobile "je n’accepte pas que vous licenciez et je vais vous aider"». Le lendemain, Fillon s'empêtre dans de confondantes explications embarrassées.

Il y a aussi cette curieuse polémique sur le fameux rapport Gallois que personne n'a lu mais que tout le monde commente. Quand le Figaro livre quelques confidences invérifiables, ses confrères de gauche comme de droite emboitent le pas avec gourmandise. Puis, jeudi soir, François Hollande tranche enfin cet incroyable suspense devant quelques milliers d'entrepreneurs. A ceux qui réclamaient un « choc » de compétitivité sans comprendre ce qu'il en ressort, il oppose une fin de non-recevoir, une « stratégie » plutôt qu'une « énième annonce ». Il préfère « un pacte de compétitivité».

Peu importe la formule. Le président précise: « Nous avons veillé à ce que ces entreprises (PME et ETI, NDLR) ne soient pas affectées par les mesures de redressement ».

Mais observez le débat: il y a encore des gens, prétendument experts ou réels éditocrates pour croire que l'Allemagne s'en sort grâce à un avantage coût contre la Brésil ou la Chine.

Quelle tartufferie !

Il y a enfin cette impression que cette majorité présidentielle ne sait décidément pas gérer sa communication. C'est bien dommage, car l'action est là: le traité européen avait bien été adopté, tout comme un collectif budgétaire estival de 7 milliards d’euros ou les emplois d'avenir, et tout le volet fiscal du projet de loi de finances. Cette action fait même hurler à gauche (trop de concessions, pas assez de gauchitude), et à droite (un véritable drame fiscal, à en croire les partisans du Président des Riches). 

Il faudrait savoir... Hollande agit-il, oui ou quoi ?

On peut répéter que l'imposition des plus riches est encore bien modeste pour un pays qui traverse la Grande Crise. Rien n'y fait. Certains fortunés créent à l'égorgement comme un cochon un soir soir d'Aïd. Cette semaine, ils peuvent pleurer: la nouvelle tranche d'impôt sur le revenu à 45%, la taxation à 75% des revenus supérieurs à un million d'euros, le durcissement du quotient familial, toutes ces mesures qui enfin rééquilibrent un tant soit peu l'effort fiscal ont été voté. Il n'y a que Laurent Wauquiez pour couiner que les classes moyennes (qu'il définit vers les 4.000 euros) vont être affectées.

Heureusement, il y a d'autres bonnes nouvelles, de vraies bonnes nouvelles. Le remboursement intégral de l'IVG fut enfin voté ce vendredi 26 octobre. La veille, le plafonnement des salaires des dirigeants d'entreprises publiques étendu aux filiales. Un congé d'accueil d'enfants, extension naturelle du congé de paternité, fut aussi voté.

Mercredi, le gouvernement confirmait avoir sauvé la banque de PSA, en apportant une garantie publique aux quelques 7 milliards de prêts automobiles de l'établissement. L'occasion d'imposer au groupe quelques contraparties: l'Etat aura un administrateur au Conseil de surveillance du groupe privé. A Rennes, les suppressions de postes pourraient être réduites de 1.400 à 1.000. Montebourg négocie aussi l'internalisation de postes extérieurs, ou une sauvegarde des emplois occupés par des seniors. Quelques éditocrates moquent l'effort. Nous devrions les envoyer chez PSA.

Un dirigeant d'entreprise, importateur de la marque Mitsubishi en France, a été démissionné illico presto cette semaine. Il avait traité Arnaud Montebourg, publiquement, d'abruti mental, avant de revenir sur ses propos.

Lundi, le tarif des visas pour les immigrés était réduit de 110 euros à 50 euros, un retour à l'ancien prix d'avant Sarkozy. Pourquoi donc pénaliser les immigrés... légaux ? Sans surprise, le Front National s'insurge. Sur le mariage gay, l'UMP continue son travail polémiste. Nadine Morano, une revenante, s'amuse qu'Hollande puisse soutenir cette avancée alors qu'il n'est pas lui-même marié.

Quelle tristesse.





26 octobre 2012

Mais qui pilote la com' chez Hollande ?


Ne nous voilons pas la face. La communication de la majorité présidentielle souffre.

Elle n'est pas efficace.

Point barre.

L'UMP a beau jeu d'accuser le gouvernement d'amateurisme. Même la presse de gauche s'y est mise, après le dernier couac de Jean-Marc Ayrault. Cela n'a pas grand chose à voir avec le fond de l'action, mais c'est sans doute davantage qu'un simple problème de communication. 

1. Une certaine presse n'a fait aucun cadeau à l'équipe Hollande. Elle n'avait pas à en faire. Intoxiquée par 10 années d'agitation sarkozyenne, dont 5 ans d'omniprésidence, elle s'est jetée sur le nouvel impétrant comme un vautour sur sa proie. Il faut rappeler, à ces éditocrates, leur présupposés idéologiques, leur aveuglement passé, leurs silences d'aujourd'hui, leurs futilités systémiques. Ce n'est pas suffisant. D'autres médias, à gauche, cherchent à justifier ou témoigner de leur esprit critique. Libération titre sur les Apprentis. Mediapart multiplie les charges contre Manuel Valls ou d'autres symboles. Le journaliste Bruno Dive, sur son blog, s'inquiète de ces attaques de l'intérieur.

2. La majorité présidentielle est mal tenue. Observez les écologistes. A peine élus, ils jouent les « aiguillons ». Merveilleux, fantastique, parfait. Jean-Vincent Placé a récemment (encore) taclé Arnaud Montebourg. Pascal Durand, sympathique secrétaire national d'EELV, a renchérit sur l'arrogance des grands élus socialistes. Et ? Les Français n'en ont rien à fiche...

3. La polémique des Pigeons fut d'une absurdité inégalée. Qui gouverne la com' ? Quelques entrepreneurs mobilisent sur le Net en criant au sacrifie et en maquillant grossièrement les mesures projetées sur l'imposition des revenus du capital. Le gouvernement tarde à parler, et le « compromis » finalement annoncé, aussi modeste, déclenche l'ire de sa gauche.

4. Le projet de loi de finances fut mal vendu. Le fameux argument du « 9 Français sur 10 ne seront pas touché » était mauvais. C'est la Grande Crise. On sait bien qu'il faut faire des efforts, que tout le monde sera touché. Mais cet axe de com' est inefficace et inutile: ce n'est tant pas l'éventail des ménages concernés qui importe que la répartition et l'intensité des efforts. Pire, cette communication a occulté un véritable acquis du PLF2013, le rééquilibrage de la fiscalité des revenus du capital. 

5. Les vacances du président étaient normales, inutiles d'en rajouter. Il créchait dans un château républicain et non la villa de luxe de sa compagne qui n'en avait pas. Mais mes symboles ont leur limite. De toutes façons, le tweet-gate du mois de juin était encore dans toutes les mémoire. Joli (et injuste) fail de communication présidentielle.

6. Le projet de loi de finances contient quelques petits symboles négatifs alors qu'il présente un réel et inégalé effort de rééquilibrage de la fiscalité sur les plus hauts revenus et ceux du capital: la non-intégration des oeuvres d'art dans l'ISF, par exemple, est une erreur... symbolique. Fondamentalement, la mesure n'aurait pas changé la face du monde. Le PLF2013 comprend d'autres mesures sacrément plus révolutionnaires - osons le terme - que cette chose-là. Mais l'abandon fait tâche. Mais il n'y eut personne, dans le dispositif élyséen ou gouvernemental, pour venir déminer la chose.

7. La France de 2012 a manqué de pédagogie. C'est peut-être et sans doute l'unique concession que nous ferons aux Sarko-fans: nous n'avons pas eu le temps de faire la pédagogie nécessaire, à droite comme à gauche, sur la crise et le redressement. Une campagne présidentielle ne s'y prête pas, et c'est bien paradoxal. Les énergies sont mobilisées au combat, pas à l'explication.

8. Certains ministres sont trop autonomes, ou tombent trop facilement dans des pièges. Vincent Peillon répondait à une question sur le canabis sans prendre gare à la polémique. Sur le fond, il n'y avait aucune matière à polémique (le ministre réagissait, sans proposer autre chose qu'on réfléchisse aux effets de la pénalisation du canabis). Mais il aurait dû se méfier. Des journalistes (certains, pas tous) ont affamés de buzz rapide. Et Copé allait forcément enfoncer le clou

9. On pourrait se consoler avec quelques souvenirs de l'ancien Monarque de Sarkofrance. Nos ministres s'appelaient Bernard Laporte (il n'est pas le père de qui vous savez), Fadela Amara (le plan anti-glandouille dans les banlieues), Rachida Dati (la fellation), Christian Blanc (les cigares), Alain Joyandet (le bois précieux pour ses bateaux), Brice Hortefeux (les Auvergnats), Christine Lagarde (la baisse de l'augmentation). Les couacs étaient légions et nous nous en amusions. Les lois mal préparées, mal ficelées, retoquées ou auto-détricotées s'appelaient la taxe carbone (retoquée en 2009), le bouclier fiscal (renforcé en 2007, supprimés en 2011), ou la défiscalisation des intérêts d'emprunts immobiliers (votée en 2007, transformée en 2010, supprimée en 2011). 

10. Les arguments de riposte sont pourtant là. Prenez la prétendue polémique sur le rapport Gallois. Les sachant répètent partout dans les médias que ce rapport - que personne n'a lu - serait enterré. Mercredi dernier, la porte-parole Najat Vallaud-Belkacem fut évidemment questionnée. Et elle tacla fort justement: « Je vais vous poser une question: est-ce que vous avez lu le rapport Gallois ? » « Euh... non » bafouille le journaliste. « Ces fuites faisaient partie du rapport Gallois...» Puis la porte-parole enchaîna sur la méthode (évaluer, discuter) et la « trajectoire » (ce rapport est une étape).

11. La bourde qui vient d'en haut ? Mercredi matin, Jean-Marc Ayrault déclare trop prématurément que le Conseil Constitutionnel a retoqué la loi Duflot sur le Logement social parce que la procédure aurait été trop rapide. Sa porte-parole ne peut empêcher un sourire en évoquant cette anticipation. Quelques éditocrates ne cessent de propager cette rumeur depuis lundi. Ayrault « anticipe » donc. Sur le fond, on s'en fiche. C'est même cocasse. On retiendra que l'UMP aura bien joué son rôle d'obstruction contre l'une des premières lois sociales du gouvernement Ayrault. Quand le Ghotta protège ses ghettos...tout est possible.

12. Sur le fond, le gouvernement ... gouverne. Il faut savoir distinguer le bruit du reste: traité européen, collectif budgétaire estival (7 milliards d'euros d'économies), projet de loi de finances (33 milliards), emplois d'avenir, réforme de l'école publique, recrutement d'enseignants, etc. L'observation du mandat donne déjà de certains résultats.

Mais il y a le bruit, le bruit qui domine le reste, le bruit qui n'est pas maîtrisé.




Billet publié par RAGEMAG

Hollande: pourquoi c'est dur






Quelle surprise !


Il y a ce sondage qui nous dit, nous prouve, nous affirme que les deux tiers des Français sont mécontents de l'action de François Hollande. La dernière fois que nous nous intéressions aux sondages, ils étaient tous payés par l'Elysée de Sarkofrance, sous l'égide de Patrick Buisson. Ils étaient déjà réalisés par OpinionWay, comme celui-ci. Et déjà publié par le Figaro. Ils regrettaient le Président des Riches, l'homme aux 40 milliards d'impôts mais 60 milliards de services publics en moins.

La droite s'est autocentrée. Nathalie Kosciusko-Morizet, celle-là même qui a avalé toutes les couleuvres fascisantes de l'ancien Monarque, a cru bon propager l'idée que l'équipe Hollande n'était composée que d'amateurs. Elle est inaudible, sauf à gauche, ce qui est curieux et symptomatique. On le sait, nous y reviendrons ici et ailleurs, l'équipe Hollande gère très mal sa communication.

Sarkozy était impopulaire parce qu'il était détestable puis incapable. Il a aussi laissé quelques bombinettes sociales que d'aucuns à droite tentent de joliment masquer.

 François Hollande suit un autre chemin, celui du redressement dans la Grande Crise. Il peut échouer, rien n'est jamais garanti. Mais il enfile les mesures nécessairement impopulaires: pour la Sécu, même la bière sera taxée davantage. Il paraît que les cadres et les retraités s'inquiètent aussi. Et celles et ceux qui peinent à trouvent leurs trimestres manquants, en pleine explosion du chômage ? Le 1er janvier dernier, Nicolas Sarkozy avait fait supprimer définitivement la Dispense de Recherche d'Emploi. Pour quelques centaines de milliers de seniors, c'était un ascenseur direct vers ... le RSA.

« Monique Girardot, 59 ans, fait partie de ces seniors qui déversent leur amertume sur le web, envoient lettre sur lettre à leur député ou au gouvernement pour réclamer le retour de l'Allocation équivalent retraite (AER).»  Il fallait lire la suite de ce témoignage.  Le Gotha s'en fiche. Il pense à ses impôts.

Et penser à l'Autre. A celui aux conférences brésiliennes ou new-yorkaises à 50.000 euros.

Il était impossible de penser qu'il serait populaire l'année d'une quarantaine de milliards d'euros d'efforts budgétaires. Augmenter les impôts n'est jamais, nulle part, populaire. Réduire ou détruire les services publics - l'option favorite des deux rivaux de l'UMP qui s'écharpèrent jeudi soir sur France 2 - n'est pas davantage populaire.

Il fallait écouter, comprendre, entendre François Fillon et Jean-François Copé, ce jeudi soir sur France2. ces deux-là nous promettaient la révolution ou la désintégration. Tous les deux semblaient encore frotter avec le Rassemblement Bleu Marine. « Le mot d'intégration a perdu son sens » déclara Fillon. Il évoqua des « cohortes d'étrangers ». L'ancien premier ministre raconta n'importe quoi sur la baisse de la dépense publique. C'était terrible.

Son rival Copé pourtant maire, annonça qu'il refuserait de célébrer des mariages gay. Quel courage ! Fillon , qui n'est pas maire mais vise la commune de Paris en 2014, a au contraire promis de respecter la loi républicaine le cas échéant. Quel débat !

Qui regrette ? 

25 octobre 2012

La Sarkofrance est de retour.


Il y a cet ancien ministre qui voyage pour convaincre quelque autocrate africain de filer de l'argent mal acquis à une société impliquant son gendre.

Il y a cette UMP presque mal à l'aise d'avoir réussi à retoquer pour vice de procédure une loi sur le ... logement social. C'était indigne et il n'y avait pas grand monde pour parler du fond.

Il y avait ce stress, réel et palpable, du côté du camp Balladur, ces anciens d'une campagne ratée en 1995. Les juges avancent, et suivent la trace de mallettes d'argent sale pour une candidature échouée. 

Il y avait ce débat, sur France 2, un jeudi soir, entre ... Jean-François Copé et François Fillon.

Mais que se passe-t-il ? La Sarkofrance serait-elle prématurément de retour ?

Crise de nerfs à l'UMP.
Les deux espèrent que 200.000 militants iront voter en novembre. Presque un 100% de participation parmi les adhérents de l'ancien parti sarkozyste; C'est aujourd'hui le grand débat, celui dont tout le monde se fiche. Il y a un an, l'UMP raillait la retransmission télévisée des débats des primaires socialistes. Mais il s'agissait quand même de départager les candidats socialistes (et le radical) à la présidentielle. Cette fois-ci, on se dispute la tête de l'UMP. Et il n'y a que deux candidats. du côté de Fillon, on veut minimiser le bide télévisuel. Eric Cioti, mercredi sur France Inter un peu avant 8 heures, expliquait que ce débat n'avait pas grand enjeu... Hum hum...

A l'UMP, les équipes de Copé ont débarqué un responsable juridique. David Biroste a été viré cette semaine pour faute grave.

Rien que ça... Belle ambiance...

Crise d'angoisse chez Balladur
Les juges avancent. Lentement, mais sûrement. Il faut dire que les pressions d'en haut sont désormais inexistantes. Le rôle central de l'ancien premier ministre dans le détournement de quelques commissions militaires en 1994-1995 apparaîtrait « central », à en croire les enquêteurs. Et dans ce joyeux potage, on retrouve toujours Ziad Takkiedine (l'ami de Jean-François-qui-débat-ce-soir-contre-François), mais aussi et surtout Nicolas Bazire, le témoin de mariage de Nicolas Sarkozy qui risque une seconde mise en examen: « Il n'est plus seulement soupçonné d'avoir supervisé la signature de contrats d'armement douteux, mais aussi d'avoir détenu des fonds illicites issus desdits contrats. Fonds qu'il aurait eu pour mission de remettre à M. Balladur... » relatent les deux journalistes du Monde.

Et Sarkozy ? Et bien il a tout autorisé, mais il n'avait pas envie.
« Pour les contrats saoudiens, Mme Laplaud a été interrogée sur le fait que, comme pour Agosta, le versement de "balourds" (paiement accéléré des commissions) avait aussi été décidé en dépit de l'opposition de la direction du budget. Et que M. Sarkozy avait donc donné son feu vert contre l'avis de ses fonctionnaires. »
On sourit.

Françafrique... d'opposition
Il ne stresse pas, lui. Il voyage. Avant de récuser toute incompétence dans l'affaire Merah (on vient d'apprendre comment la DCRI gérée par l'effroyable couple Squarcini/Guéant s'était outrageusement plantée dans la surveillance de Mohamed Merah), l'ancien ministre de l'intérieur était parti en Afrique. Et oui.... depuis sa défaite aux élections législatives à Boulogne Billancourt, Claude Guéant cherche à valoriser son expérience... dans le privé. Il est devenu avocat.

Les réseaux entretenus par Claude Guéant quand il était le grand vizir de Nicolas Sarkozy sont encore à l'oeuvre. C'en devient gênant. Cet ancien ministre, déjà très actif pour commercialiser des technologies de surveillance au régime Kadhafi quand il bossait au cabinet du ministre Sarkozy, continue ses bonnes oeuvres. Jeudi dernier, le 18 octobre, il fit surpris en photographie avec son gendre, Jean-Charles Charki, en Guinée Equatoriale. D'après un site africain, Guéant venait appuyer la cause d'un projet aérien lorrain qui cherche des fonds privés... Quelle providence !« Cette société, placée en redressement judiciaire, est à la recherche d'un partenariat financier et industriel, explique-t-il. Elle a déjà eu des contacts encourageants avec la Guinée équatoriale et son président. » a simplement expliqué Guéant à l'Express le 16 octobre dernier, juste avant de partir.

Rappelons, enfin, que le patron-président du pays fait l'objet d'une enquête en France sur des biens mal acquis, enquête largement freinée du temps de la Sarkofrance.

L'UMP se réjouit contre le logement social
Elle a fait retarder une loi sur le logement social. Joli symbole, relevé partout.

Bravo, on applaudit. La nausée n'est pas loin. 

Certains vous jugeront, la main sur le coeur, qu'il s'agissait de critiquer la forme - la précipitation d'un gouvernement que les mêmes critiquaient pour sa passivité - et non le fond. Personne, à l'UMP, ne vous dira qu'il s'agissait de contrecarrer, retarder, saborder la dite loi. Le silence, sur le fond du texte, était assourdissant. Le Ghota des Riches, pendant quelques semaines, avait frôlé l'infarctus à l'idée d'un renforcement des obligations sociales. Qu'importe si 3 millions de foyers sont mal logés en France...

La loi, donc, fut invalidée mercredi matin par le Conseil constitutionnel. Rassurez-vous. Nicolas Sarkozy n'y siégeait pas, paraît-il. Il revenait tout juste d'une conférence à 50 ou 100.000 euros au Brésil, devant des entrepreneurs et des banquiers. 

Retour sur un cadeau fiscal
La révélation était surréaliste. Nicolas Sarkozy, quand il était président des Riches et, accessoirement, de la République française, avait soudainement décidé, en avril 2008, « d'exonérer de toute forme d'impôt le milliardaire Karim al-Husseini, alias l’Aga Khan », pourtant domicilié en France. Cette révélation, on la doit aux efficaces Fabrice Arfi et Karl Laske, pour Mediapart

« Monseigneur, le gouvernement m’a fait part de votre projet d’établissement en France d’une délégation importante de la fondation suisse Réseau Aga Khan pour le Développement », écrivit un jour d'avril 2008 Nicolas Sarkozy. « Afin de permettre à cette structure de déployer ses activités dans les meilleures conditions, vous avez exprimé le souhait, pour vous-même et chacun de vos successeurs nommé par son prédécesseur, de pouvoir bénéficier du régime de la haute courtoisie internationale ». Et l'ancien monarque de compléter: « Après avoir pris connaissance des travaux d’expertise menés entre les ministères des affaires étrangères et européennes et le ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique, il m’est agréable de vous faire part de ma décision de vous accorder le bénéfice de la haute courtoisie internationale dans son acception la plus large ».

L'affaire est grave. Le ministre du budget s'appelait Eric Woerth, maire de Chantilly. Et très intéressé aux activités hippiques de l'Aga Kahn.

Tiens, Carla Bruni a livré quelques confessions et conseils au Parisien.

N'en jetez plus. C'est bon, nous sommes convaincus.

La Sarkofrance est encore là.


24 octobre 2012

Quand le JDD trouve que les chômeurs sont trop payés

On connaît la rengaine. S'il y a tant de chômage, c'est parce que les chômeurs sont grassement indemnisés.

Ce weekend, un éditocrate du JDD, Axel de Tarlé, s'y est collé. Depuis le mois de mai dernier, le « quotidien du dimanche » joue sa fonction d'hebdomadaire de droite.

« Chaque mois, 30.000 Français basculent dans le chômage. Et notre système est généreux. »

Pour preuve, le journaliste complète: « Sur la durée : l’indemnité est versée pendant deux ans en France, contre un an en Allemagne, huit mois en Italie, six mois en Grande-Bretagne… » On devine l'argument. Il n'est pas tout à fait vrai. Le journaliste était mal renseigné. Il avait oublié de cliquer sur le site du Centre des Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale.

En Allemagne, la durée d'indemnisation dépend en fait de la durée d'assurance préalable et de l'âge du demandeur. A moins de 50 ans, l'indemnisation est effectivement plafonnée à 12 mois, mais au-delà, elle peut monter jusqu'à 24 mois.

L'éditocrate considère l'indemnisation également trop généreuse: « Sur le montant : en France, on peut toucher jusqu’à 6.160 € par mois sans aucune dégressivité. Alors que le chômage est plafonné à 2.215 euros en Allemagne, 1.422 euros en Belgique, 1.119 euros en Italie…» Nulle part, dans la suite de sa démonstration, ne précise-t-il que l'indemnité moyenne en France est de 1.100 euros. Pour toucher les fameux 6.160 euros mensuels, il faut avoir gagné plus de 11.800 euros par mois pendant plus de deux ans consécutifs ! L'UNEDIC notait que « seuls 0,2% des allocataires touchent le plafond, soit environ 5000 demandeurs d'emplois - sur plus de trois millions ».

Car récemment, l'UNEDIC a publié une étude sur l'indemnisation des chômeurs. Un document qui a inspiré notre journaliste. Rappelons donc quelques faits.

1. En 2009, sous la pression des manifestations sociales provoquées par l'attentisme gouvernemental, Nicolas Sarkozy a autorisé un avancement de l'indemnisation des chômeurs.  Elle est ouverte aux salariés ayant cotisé 4 mois dans les 28 derniers mois.

2. La durée d'indemnisation est plus longue en France qu'ailleurs en Europe, sauf... en Allemagne, en Espagne, et au Danemark.

3. Le taux d'indemnisation est dans la moyenne européenne:  entre 57% à 75% du salaire brut, ce qui donne 69% en moyenne (67% en Europe d'après l'OCDE), mais le niveau moyen est dans la moyenne européenne, vers 1.121 euros. Et la médiane inférieure à la moyenne européenne: 50% des chômeurs reçoivent moins de 980 euros mensuels bruts. 

4. Le véritable avantage du système français est qu'il indemnise grassement... les hauts salaires ! 6161 euros mensuels, contre 1940 en Allemagne, ou 2295 au Danemark. voire moins de 1500 euros par mois en Belgique (1422 euros), en Espagne (1397 euros), en Italie (1119) et au Portugal (1048). Cependant, et c'est là que le bât blesse contre un plafonnement plus strict: les cadres concernés cotisent largement plus qu'ils ne reçoivent.

Revenons donc à l'argumentation de notre éditocrate dominical: si nos chômeurs, on l'a vu, ne pas si chèrement indemnisés, la question serait donc de réduire leur période d'indemnisation. Pour mieux les forcer à reprendre un emploi.

Car c'est bien là le présupposé de cette argumentation: si le chômage est si élevé, ce serait parce que les chômeurs ne sont pas suffisamment incités à recouvrer un emploi. Face à cette position, qui ne serait pas si ignoble ou absurde si nous n'étions plongés dans la Grande Crise depuis bientôt 4 ans, nous reverrons vers cette simple statistique.

Pôle emploi reçoit moins de 250.000 offres d'emplois par mois (300.000 il y a un an, en chute de près de 50.000). 

Et elles sont à 81% satisfaites ! 













23 octobre 2012

Le Petit Journal, la main dans le sac

Comme l'ont relevé Nicolas et Romain, il n'est pas si courant que le Petit Journal de Yann Barthès soir pris la main dans le sac de flemmardise ou d'approximation.

L'émission humoristique de canal+ s'est moquée de Jean-Marc Ayrault à Singapour. Le premier ministre aurait pompé un paragraphe entier du discours de François Hollande.

Quel scoop ! Quel scandale ! Quelle horreur !

Le Petit Journaliste du Petit Journal avait simplement oublié l'essentiel: c'était bel et bien une citation dudit président, comme l'expliquait Ayrault dès l'introduction.

Jugez plutôt.

(vers la 4ème minute de l'émission)

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo


Puis écoutez le début du discours de Jean-Marc Ayrault...

Quelle supercherie !


Mise à jour 17h50: Le Petit Journal s'est finalement excusé pour ce montage "trompeur" : « C’est une erreur de notre part même si souligner ce que disait le Président et pomper intégralement son discours n’est pas tout à fait la même chose».

Merci à eux.

Mortalité infantile: Atlantico raconte-il n'importe quoi ?


Le fait divers a choqué. Vendredi 21 octobre, une femme a accouché dans sa voiture, sur l'autoroute A20, faute de parvenir à temps à la maternité de Brive, en Corrèze, à une heure de son domicile. Elle a perdu son bébé.

Et l'accident rappelle l'importance de la médecine de proximité, en particulier pour les accouchements. Même François Hollande s'en est ému.

Quelques esprits contradictoires ont cherché l'absence de corrélation entre l'équipement et la mortalité périnatale. Ainsi, Éric Verhaeghe pour Atlantico, conclut-il: « Une étude de l’Insee de juin 2011 montre que, dans tous les cas, la mortalité périnatale frappe beaucoup plus durement les entités de plus de 200.000 habitants que les zones rurales : le taux passe presque du simple au double entre villes de moins de 20.000 habitants et grandes villes. Le fantasme d’une ruralité frappée par la mortalité à la naissance faute de maternités de proximité est donc sans fondement. »


Cette conclusion est formidablement... raccourcie. L'auteur oublie un facteur essentiel: les zones urbaines comprennent davantage de populations fragilisées, immigrées notamment, parmi lesquelles la mortalité périnatale est élevée.

Nous avons trouvé une étude de l'INSEE sur les facteurs de mortalité infantile, datée de 2011. Son auteur explique: « D’après l’analyse multivariée, la mortalité infantile est plus forte pour les jumeaux, les garçons, les enfants de mères de nationalité d’Afrique Noire, de mères de moins de 20 ans, de mères inactives ou de catégorie sociale inconnue, de pères ouvriers, de mères résidant dans des unités urbaines de plus de 200 000 habitants. »

Ouch... l'explication est plus vaste que l'improbable approximation de ce contributeur d'Atlantico.

Nous  avons cherché d'autres explications.

On s'est souvenu des grandes explications d'une ministre de la Santé devenue chroniqueuse sur une chaîne gratuite. Roselyne Bachelot, c'est son nom, justifiait sa réforme "Hôpital, patients, santé et territoires". Cette dernière ne faclitait, ni plus ni moins, la fermeture des établissements ensuite jugés non rentables. Depuis 2003, les hôpitaux n'étaient plus seulement financés par une dotation globale de fonction, mais également par la tarification de leurs actes de soin, la fameuse "tarification à l'activité". Une sacrée réforme qui permettait d'identifier les hôpitaux non rentables pour mieux les fermer ensuite. La loi Bachelot renforçait cette transformation des hôpitaux en entreprises. Les directeurs de CHU pouvaient désormais choisir leurs équipes comme ils le souhaitaient, et seraient évalués sur la « qualité des soins » et la rentabilité de l'établissement.
Puis la Sarkofrance s'est engagée dans un bel exercice de fermeture des établissements de proximité les moins « rentables ». En juillet 2010, la ministre hésite à signer le décret de fermeture d'une cinquantaine d'hôpitaux.

En juillet dernier, un rapport parlementaire aurait dû mettre le feu aux poudres.
Ses auteurs expliquaient que la T2A, qui concerne déjà 75% des actes hospitaliers, ne devraient pas être étendue aux quelques établissements qui y échappent encore (les hôpitaux locaux), faute de comptabilité analytique pertinente (en gros, c'est le bordel, on ne sait pas tarifer), et parce que c'est une méthode inadaptée à la ... médecine. Rien que ça !

Les hôpitaux publics ne sont pas « rentables ». Nicolas Sarkozy nous l'avait pourtant promis. Mais en 2011, les 1.200 établissements ont encore affiché 487 millions d'euros de déficit.

Qui osera réclamer davantage de fermetures ?


Droite: l'UDI sera-t-elle le refuge anti-Buisson ?

Dimanche 21 octobre, le nouveau parti centriste tenait une espèce de congrès fondateur à Paris. A l'UMP, on s'agace de cet affranchissement soudain du centre-droit.

L'Union des démocrates et indépendants (UDI)  est née au lendemain des élections législatives de juin dernier quand Jean-Louis Borloo parvint à rassembler une soixantaine de parlementaires sous cette étiquette. 

Dimanche 21 octobre, Valéry Giscard d'Estaing et Simone Veil ont apporté leur soutien. L'UDI rassemblait ses troupes à la Mutualité de Paris.

Deux leaders de la droite parisienne s'énervèrent contre Chantal Jouanno. La jeune sénatrice UMP venait d'annoncer son ralliement à l'UDI. «Désormais, sur le plan politique mais surtout sur le plan moral, il appartient à Chantal Jouanno de tirer toutes les conséquences de sa décision, s'agissant des mandats de sénateur et de conseiller régional qui lui ont été confiés, et ce d'autant plus qu'elle fut choisie par l'UMP pour conduire aussi bien la liste régionale que sénatoriale» ont ainsi clamé Philippe Goujon et Jean-François Legaret.

C'était de la petite jalousie partisane, et le signe d'un gros stress politique avant les prochaines échéances municipales. Car Jouanno a fait comme une grosse cinquantaine d'ex-élus UMP en juin dernier. Sans que personne ne réclame à ces derniers de rendre leur mandat.

Surtout, l'électeur n'a rien à craindre. Les responsables de l'UDI ont largement expliqué qu'ils restaient à droite. C'est justement pour cela que François Bayrou et son MOdem n'ont pu se joindre à la fête. Borloo leur a expliqué que sa ligne était claire... et à droite.

Le véritable enjeu de ce reboot de feu-l'UDF est la question nationale. Depuis les années 2000, l'UMP s'est progressivement radicalisée à droite, pour finalement coucher avec la plupart des thèses du Front National. Sous l'emprise de Patrick Buisson, Nicolas Sarkozy avait achevé cette conversion à coup de ministère de l'Identité nationale, de débat éponyme, d'un fameux discours à Grenoble puis d'une campagne présidentielle à la droite de Marine Le Pen.

L'UDI sera-t-elle le refuge anti-Buisson de la droite républicaine ?

« Redevenir la première force politique française comme l'était l'UDF au début des années 90 : voilà notre objectif » s'est contenté de déclarer Jean-Louis Borloo.

Pourquoi alors garantir une inféodation à l'UMP ?




22 octobre 2012

Touche pas à ma blogosphere


Nous, blogueurs et blogueuses, et avant cela citoyens et citoyennes, tenons à jour sur le web des chroniques, incluant du texte, des photos, des vidéos, de la musique. Ils sont le fruit de nos réflexions ou de nos humeurs, à propos de l’actualité politique ou culturelle, sociale ou sportive, ou dans des secteurs plus spécialisés tels que l’histoire ou la cuisine, la photographie ou les nouvelles technologies… Nous produisons un contenu dont nous sommes les auteurs, chacun et chacune à son propre rythme, selon ses propres centres d’intérêts ou ses compétences, chacun et chacune avec son expérience personnelle, sa sensibilité. En un mot, nous tenons des blogs.
Des hommes et des blogs
Chacun de nos billets de blogs est l’occasion de susciter des avis, des commentaires, des questions, des discussions, à l’occasion du débat. En un mot, de l’interaction. Les internautes qui « nous rendent visite » sont parfois blogueurs eux-mêmes. En commentant « chez nous », ils nous permettent de découvrir leurs propres blogs et ainsi d’étendre notre réseau, nos liens : ce que nous nommons la blogosphère. Avec le temps, parce que derrière chaque blog il y a un homme ou une femme, sa réalité, des affinités se nouent, des rencontres ont lieu, des sourires sont échangés. La supposée virtualité a alors fusionné avec le réel. 
Telle est notre vision du réseau social qu’est la blogosphère. Elle est tout sauf fermée, froide et aseptisée. Elle est au contraire ouverte sur la vie, bouillonnante, source d’autant d’amitiés durables que d’irréductibles inimitiés, et l’on peut même de temps à autre s’y faire insulter copieusement. Elle est tout simplement le meilleur et le pire de ce que sont les gens, de ce que nous sommes. Elle est vivante.
Des blogs et des liens
La société Wikio avait en son temps joué un rôle important dans l’émergence de cette communauté de blogs, et donc de blogueurs et de blogueuses. Wikio assurait la promotion des blogs, leur apportait un surcroît de visibilité, et eux-mêmes le lui rendaient bien. Et puis la petite société est devenue plus grande, elle s’appelle aujourd’hui Ebuzzing et a de nouvelles ambitions. 
Dans un premier temps, Ebuzzing a choisi de préserver l’outil qui avait fait la popularité de Wikio auprès des blogueurs, ses classements des blogs, se contentant d’adapter ceux-ci aux évolutions majeures d’Internet, l’émergence de Twitter par exemple.
Basés sur les liens entre blogs, divisés en catégories – politique, sport, technologies, société, etc… -, ces classements permettaient dans une certaine mesure d’apprécier le poids de chaque blog dans la blogosphère, l’étendue du réseau de chacun, pas nécessairement son audience. C’était intéressant ou amusant, pertinent ou farfelu, utile ou inconséquent, les avis étaient partagés. Chacun d’entre nous savait cependant y retrouver une photographie plus ou moins déformée de la communauté ou des communautés que nous formons.
Des blogs sans blogueurs
Mais récemment, l’outil est devenu tout autre chose. Des blogs institutionnels, des blogs de personnalités dont les médias traditionnels font la notoriété, ont été intégrés à la liste des blogs. Pis encore, des agrégateurs de liens et de contenus, des sites semi-professionnels, ont soudainement rejoints les bases de données d’Ebuzzing, y compris des sites d’extrême-droite qui usent à grande échelle de méthodes plus que suspectes pour gagner en notoriété – démultiplication de pseudos, retweets automatiques en masse, commentaires copiés-collés de manière industrielle, etc…
Les uns ne sont pas des blogueurs, les autres ne sont pas des blogs. Autant considérer comme des blogs Atlantico et le Huffington Post, les sites du Figaro et de Libération. Et pourquoi pas les pages Google News ?
De fait, les classements de « blogs » d’Ebuzzing ne nous parlent plus de la blogosphère, ne sont plus en « lien » avec elle et de qui nous y est commun, ce qui nous fait vibrer, fait sens et nous motive. Plus grave, il apparaît évident que tout ceci, cette définition nouvelle de la blogosphère que voudrait imposer une société de droit privé, nous englobant dans tout autre chose que ce que nous sommes, vise à nous étouffer, à faire taire notre spécificité : celle d’une parole libre venue d’un endroit d’où il n’est pas habituel qu’on parvienne à l’entendre, la parole des citoyens. Car la blogosphère n’est que cela, la caisse de résonance des citoyens et de leur diversité – diversité d’opinions et de centres d’intérêts, diversité sociale et professionnelle. La blogosphère, finalement, c’est le média de ceux qui n’en ont pas.

La blogosphère se rebiffe
Le choix fait par Ebuzzing est un choix politique. Nous en sommes d’autant plus convaincus que Pierre Chappaz, son patron, est aussi un des fers de lance du mouvement des « pigeons », un homme qui s’affiche sans ambiguïté en tant que libéral – ce qui ne nous pose aucun problème en soi – et qui, tenant lui-même un blog, a choisi de le faire figurer dans les classements établis par sa propre entreprise selon des algorithmes qu’il est seul à connaître, prenant de facto le risque du conflit d’intérêt, donc du soupçon. 
Considérant que Pierre Chappaz devenait en cette affaire juge et partie, nous le laissons seul juge de ses choix et décidons de partir, afin de ne pas cautionner plus longtemps une conception de la blogosphère qui ne repose plus sur aucune réalité. 
Nous, blogueurs et blogueuses, 1er, 10ème, 100ème ou dernier des classements actuels, avons décidé de ne plus en être et avons exigé de Wikio-Ebuzzing la suppression de nos blogs de ses listes. Parce que nous ne saurions nous retrouver à servir les intérêts commerciaux d’une société et les nouvelles ambitions politiques de son patron. Parce que nous refusons que la blogosphère, dont nous sommes à la fois le cœur et les poumons, puisse ce faisant se trouver assimilée à – et finalement dissoute dans – quelque chose de plus vaste et qui ne lui ressemble pas, et d’où les blogs ne sauraient plus être visibles et les blogueurs se faire entendre.


La présente tribune est collective.
S’y associent les blogueurs suivants et leurs blogs (*) :
  1. A perdre la raison@melclalex 
  2. Le chiffonnier dans le jardin@MarieEngagee 
  3. Chez El Camino@elc95 
  4. Le blog de corinne morel darleux@cmoreldarleux 
  5. Chez l’vieux@yannsavidan 
  6. Partageons mon avis@jegoun 
  7. Les coulisses de Juan@sarkofrance 
  8. Les échos de la gauchosphère@JesuisCethomme 
  9. Lyonnitude@romainblachier 
  10. Les chroniques de Juan@sarkofrance 
  11. Bah !? by CC@cycee 
  12. Reservus@bembelly 
  13. David Burlot s’explique@davidburlot 
  14. Affichage libre@elooooody
  15. Le cri du peuple@cridupeuple
  16. Le blog de Captainhaka@captainhaka 
  17. Rimbus le blog@rimbus 
  18. Mon Mulhouse@ericcitoyen 
  19. Trublyonne@trublyonne 
  20. Le blog de Louis Lepioufle@louislep
  21. La Renovitude@nico_LdT 
  22. Les bas-fonds de Juan@sarkofrance 
  23. Chez dedalus@zededalus 
  24. Et ma main dans la gueule ?@elc95 
  25. La femme de George@mrsclooney
  26. Ce que je pense@bembelly 
  27. Au comptoir de la comète@jegoun 
  28. Les photos de chez El Camino@elc95 
  29. Partageons nos agapes@jegoun 
  30. De tout de rien sur tout de rien d’ailleurs@detoutderien 
  31. Le p’tit cagibi de GdeC@JesuisCethomme
  32. Mon mulhouse bio@ericmulhouse 
  33. Partageons l’addiction@jegoun 
  34. Alter-Oueb@alteroueb 
  35. RéflexionPolitique.net, @gillessauliere 
  36. Le coin politique de dedalus@zededalus
  37. Woof it, @O_bi_Wan
  38. Ça sent le vomi@JesuisCethomme
  39. Partageux
  40. Les Témoins du temps présent, @lino83
  41. A gauche pour de vrai@sydne93
  42. Le jour et la nuit, @JeandelaXR
  43. Voie militante, @voiemilitante
  44. Regarder le ciel@regarderleciel

(*) 19 heures, lundi 22 octobre. Liste complétée chez Dedalus.

Compétitivité: pourquoi Mauduit attaque encore Hollande

Laurent Mauduit, journaliste de Mediapart, fait partie de l'un des ses critiques systématiques de François Hollande. depuis le 6 mai dernier, l'homme spécialisé dans la chose économique et sociale n'a jamais écrit une ligne favorable au nouveau pouvoir.

Dans l'édition du 20 octobre dernier de l'hebdomadaire Marianne, Laurent Mauduit décoche une nouvelle flèche: « Compétitivité: cap sur le brouillard ! »

L'article, d'une page de longueur, a l'immense vertu de permettre de comprendre le raisonnement général. Mauduit défend l'argument central d'un Figaro ou, plus largement, de tous les éditocrates de droite: François Hollande n'aurait pas de stratégie économique.

C'est exactement la thèse de l'UMP. Jean-François Copé, dans le Monde, le répète: « L'exécutif souffre d'une absence de lucidité sur la situation, d'une absence de courage pour les décisions à prendre et d'une absence de vision pour la France ».

Lisez donc Laurent Mauduit: « Où est donc, dans tout cela, la stratégie économique de François Hollande ? La faille principale, la voici : c’est qu’en vérité il n’y a pas de stratégie du tout. »

Pour preuve, le journaliste remonte le temps et détaille une chronologie.

1. Avant l'élection, le candidat socialiste récuse la hausse de la TVA et la baisse des cotisations familiales décidées par Nicolas Sarkozy. Mauduit rappelle à juste titre que Hollande critiquait alors l'injustice de la TVA et la fragilité du pouvoir d'achat. Mais le journaliste réécrit l'histoire en proclamant qu'Hollande conteste qu'« un transfert de charges à l’avantage des entreprises et au détriment des salariés ou des consommateurs » soit justifié.

2. Puis, le journaliste tente de décrire, sans preuve malheureusement, ce qu'il considère comme « un brutal changement de cap ». On imagine alors qu'il a lu un projet de loi, rencontré un ministre, débusqué une annonce présidentielle que nous aurions mal lu ou franchement ratée. Non, il n'y a rien. Laurent Mauduit utilise la même technique que quelques pontes UMPistes: il s'appuie sur des rumeurs, des confessions de couloirs, des articles de confrères rédigés au conditionnel.

La conférence sociale des 9 et 10 juillet derniers serait ainsi, selon Mauduit, la première étape de cette trahison: « le nouveau chef de l’Etat prend l’exact contre-pied de ce qu’il avait affirmé six mois plus tôt et fait savoir que cette question du coût du travail figure parmi les priorités de son quinquennat ». En fait, François Hollande a clairement énoncé ce jour-là les trois priorités économiques de son quinquennat. Il suffit de relire le texte pour s'en rappeler et... éviter les raccourcis: « D'abord le redressement de nos comptes publics. »  « Le second défi auquel nous faisons face est la détérioration de notre compétitivité. » « Le troisième défi est le plus exigeant, c'est celui du chômage et de la précarité. » Et Hollande a ensuite détaillé ses préoccupations, dans l'ordre: « la faiblesse d'activité des séniors et de réduire le chômage des jeunes » (le contrat de génération), « la précarité » des travailleurs, « la question de la sécurité et des garanties collectives » dans les restructurations d'entreprises.

3. Mais, complète le journaliste, c'est la nomination de Louis Gallois, ancien patron d'EADS, pour
 « Preuve de cette stupéfiante volte-face : dans la foulée, l’ancien patron d’EADS, Louis Gallois, est chargé par Matignon d’un rapport sur la question. » Sans texte ni annonce, le journaliste se rabat sur les hommes et les rumeurs. Car Gallois a ses propres idées, largement relayées ces jours derniers par ... le Figaro et la presse économique. Il serait partisan d'un « choc de compétitivité », c'est-à-dire une baisse bien plus significative des cotisations sociales que celle envisagée par Nicolas Sarkozy.

4. Enfin, à « l'automne », il y aurait eu une nouvelle volte-face. Là encore, on cherche l'annonce, le discours, la décision. Puisque Mauduit précise la période, on s'imagine qu'il pense aux projets de lois de finance de l'Etat ou de la Sécurité sociale. Rien de tout cela. Mais le journaliste est encore plus affirmatif: « le gouvernement découvre un peu tard qu’il y a peut-être plus urgent à faire que de lancer cet immense Meccano. » Pourtant, certains de ses confrères propagent au contraire d'autres rumeurs. L'Elysée réfléchirait toujours à un transfert de cotisations sociales. Le 3 octobre, Emilie Lévêque, pour l'Expansion, se demande si Hollande ne copie pas Sarkozy. Le Figaro, le 20 octobre évoque la proposition d'une quarantaine de milliards d'allègements, alors que le rapport Gallois n'est attendu que pour novembre. D'après le quotidien de droite, Hollande et Ayrault n'en voudraient pas. Le 22 octobre, les Echos titrent sur « la perspective d’un choc de compétitivité s’éloigne ».

Résumons notre critique:

1. Laurent Mauduit n'étaye sa critique sur aucune décision concrète du gouvernement ni annonce publique de François Hollande depuis le 6 mai.

2.  Une critique aussi péremptoire et affirmative n'est justifiée que si elle s'étaye sur des faits.  Mauduit a raison sur un point au moins: ni François Hollande ni Pierre Moscovici n'ont confié leur démarche ni leur plan d'action à la rédaction de Mediapart.Peut-être est-ce là la raison de cet énervement.

3. Un député européen de centre-droit, Jean-Louis Bourlanges, avait eu une formule fameuse pour décrire l'agitation immobile de l'ancien monarque: il décrivait ce dernier comme « un vaccin contre les réformes: il injecte au patient un peu de réforme, pour susciter le rejet et la rendre impossible ». François Hollande est moins bravache, plus conciliant. Cela suppose d'attendre de connaître avant de crier au loup. Laurent Mauduit est peut-être encore trop marqué, comme d'autres, par la décennie sarko-agitée.

4. Ce que l'on peut comprendre et retenir de cette séquence, c'est que personne ne connaît la proposition finale

5. Parlons enfin du fond: y-a-t-il un problème, à gauche, avec la compétitivité ? Non. Le trouble et l'interrogation naissent quand il s'agit de détricoter notre compromis social ou attaquer le pouvoir d'achat. La piste, non vérifiée, non confirmée, non établie, d'un relèvement de la CSG contre une baisse d'une fraction des cotisations sociales n'est en rien critiquable tant qu'on n'en connaît pas les modalités. On sait que la CSG a l'injustice des impôts non progressifs.

Point.

Comme l'écrit Jacques Julliard en ouverture du même Marianne, « avoir voté pour Hollande n'autorise personne pour tirer à vue sur le gouvernement ».

Sans doute Laurent Mauduit n'a-t-il pas voté pour Hollande au second tour.

C'est son droit.