16 octobre 2012

Pourquoi l'intervention d'Emmanuel Todd est formidable


Le démographe et politologue se livre à l'hebdomadaire Marianne, dans son édition du 13 octobre. Des propos recueillis par Philippe Cohen et Aude Lancelin, avec quelques idées-clés ou détonnantes pour analyser plus sereinement la période actuelle et fustiger les mauvais prophètes.

1. Emmanuel Todd défend l'hypothèse d'un mitterrandisme à l'envers: François Hollande exécute son programme en deux temps. Une politique d'abord conventionnelle en début de quinquennat - rendue nécessaire par les circonstances et possible par l'absence de promesses démesurée - avant un tournant radical - contraint ou volontaire.
« Je m'en tiens à ce parallèle inversé: nous sommes encore dans la phase conformiste de l'hollandisme. Et je discerne quand même déjà des aspects positifs, dont certains constituent l'amorce d'une révolution morale et sociale. La politique de rigueur n'affiche plus comme priorité la destruction de l'enseignement, de la santé et des services sociaux. Elle part du principe d'une taxation supplémentaire des plus fortunés.»

2. Emmanuel Todd flingue en quelques phrases la Fabrique de l'Opinion : « La déception actuelle des médias nous permet, en fait, de mesure la contribution des médias aux cinq ans de folie sarkozyenne. la presse adorait l'agité de l'agité de l'Elysée qui lui offrait un évènement bidon par jour.» Fichtre ! J'aurais pu écrire cette phrase ! D'ailleurs, je l'ai écrite.

3. La relance est absurde aujourd'hui. « On ne peut plus faire de relance dans un économie ouverte. »  Rappelons que Todd défend la sortie de l'euro (qu'il juge inévitable). Et il est cinglant: « l'émergence de Paul Krugman et de Joseph Stiglitz en grands prêtres de la relance budgétaire, en penseurs cultes de la gauche française, est pathétique.»

4. L'endettement public profite aux riches. Car, précise-t-il, « toute relance serait nécessairement financée par l'emprunt. Mais la relance par l'emprunt, c'est la politique qu'attendent les riches et les banques». Voici une position rarement expliquée aussi clairement à gauche. « Le monde entier (...) est rempli de nantis qui ne savent plus quoi faire de leur pognon et qui rêvent de prêter aux Etats. » Et d'ajouter: « Avec Hollande, l'Etat ne supplie plus les riches de bien vouloir leur prêter de l'argent. Il réaffirme son droit à reprendre aux riches le trop d'argent qu'ils ont accumulé en tondant la société.»

In fine, Emmanuel Todd est persuadé que l'euro va ou doit disparaître. Qu'il est devenu l'instrument d'une domination allemande en Europe.

5. Todd développe une autre idée: la mondialisation commerciale est moins l'affaire d'une concurrence mondiale que de guerres économiques régionales:
« La globalisation conduit à l'affrontement entre voisins. Quand les Allemands mènent une politique de compression salariales pour abaisser le coût du travail, l'impact est nul sur l'économie chinoise, mais considérable pour ses partenaires de la zone euro. Quand la Chine manipule le yuan, c'est contre la Thaïlande, l'Indonésie ou le Brésil, ses concurrents en main d'oeuvre à bas coût. Ce que nous constatons, c'est une tendance des émergents à se battre entre eux et aux pays développés à s'exterminer industriellement entre eux. »
Cette intervention est formidable parce qu'elle déplace les curseurs et les positions. On ne soupçonnera pas Emmanuel Todd d'être l'habituel socio-traître que d'aucuns à la gauche de la gauche adorent fustiger. On aura quelques difficultés à le décrire comme un soutier du clan des Sarko-fans. Todd est à part et déplace quelques lignes.


21 commentaires:

  1. "A 90 % l'euro explosera en 2011". C'est pas d'Emmanuel Todd aussi ?

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    1. Reste 10%. C'est mieux que Sarkozy qui avait dit plus un sans-abri dans les rues en France...

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    2. Mais que dire lorsque le premier des ministres annonce que seul un français sur 10 sera affecté fiscalement par les dispositions du projet de loi de finances ?
      Et le plan de financement de la séc. soc. combien de victimes ?

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  2. Ah bravo, éloge des idées pour gogo !
    La sortie de l'euro, c'est se retrouver avec une money de singe, qui en plus sera attaquer par Soros et le nabot et tous les spéculateurs et donc sera dévaluée tout les 6 mois, quel bonheur !
    Ni Le Pen, ni Todd, ni Dupont-Aignant ne disent comment contrer la spéculation des requins, rappelons quand même que la dernière fois les allemands ont racheter massivement du franc ce qui a éviter le pire.

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    1. Ils devraient aussi acheter des Bescherelle et les distribuer à tous ceux qui veulent essayer d'écrire des commentaires..

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    2. C'est un coup bas et vous le savez, l'orthographe pour éviter de débattre sur le fond est devenu tellement bateau que l'argument se retourne presque aussitôt contre celui qui use de ce vieux cliché éculé.

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    3. Plus on est en désaccord sur le fond, plus on doit être attentif à la forme !

      Il ne peut y avoir d'un côté la forme, de l'autre le fond. Un mauvais style, une mauvaise orthographe sont .... une pensée imparfaite !

      Mais surtout le peu d'attention accordé à l'orthographe c'est un peu comme son linge sale lancé à la face de l'autre....

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  3. La France n'a plus le choix, ou elle reste sous domination allemande ou elle sera déchiquetée par les rapaces.

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    1. La finance va réussir là où les blindés d'Hitler ont échoués ! C'est plus discret, mais plus efficace et terriblement plus dévastateur pour les populations...

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    2. Pôle-Emploi c'est les tranchées de Verdun, et les plans sociaux c'est des ordres de mobilisation...

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    3. Evitons les métaphores belliqueuses si cela est possible.

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    4. bon d'accord, je dois avoir des métaphores sur le cui-cui des oiseaux, et quelques trucs de vieux hippy, mais faut que je les retrouve...

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    5. C'est ce que dit Juan aux socialistes, c'est marrant.

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  4. bon billet - astucieux- car il évite de s'attarder sur la sortie de l'Euro....
    Tapons dessus- ça ne fait de mal à personne.....
    y rentrer : prix * par ?
    en sortir : prix * par ?*2 + inflation..... + ?


    brr....

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    1. L'économie ce n'est pas que de l'arithmétique telle que veut nous la présenter ladite science économique ; ce peut aussi être de l'économie politique et alors interviennent d'autres paramètres qui se conjuguent à d'imprévisibles et immaîtrisables forces qui en certaines périodes traversent l'Histoire et peuvent parfois contribuer à déjouer les pires pronostiques.

      A fortiori en des époques particulièrement chahutées où bien malin celui qui peut prétendre dominer la complexité croissante d'un monde qui de ce fait devient de plus en plus difficile à dominer. A l'image du fameux Golem de Pragues qui finit par détruire ce qu'au départ il avait été conçu pour protéger !

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  5. Je comprends pas la morale de l'article. En gros Todd et toi réclamez, validez (et pariez pour) une politique pour l'essentiel telle que défendue par la "gauche de la gauche", et tu finis en écorchant cette gauche-là. C'est diviser pour dire la même chose. En somme, puis-je affirmer que tu veuilles dire :
    "Je veux voir Hollande faire du Mélenchon, patientons donc encore un peu" ?

    Quelques remarques en passant :
    1. Ma foi, une fois l'élection passée, c'est le seul pari qui nous reste. Mais c'est bien un pari, sur lequel notre unique influence est la contrainte du "contraint ou volontaire". Parce qu'en attendant, on morfle concrètement.
    3. Encore un pari, pour plus tard (la fin de l'euro ? quand ?). Krugman et Stiglitz ont bien 2 3 trucs intéressants à dire, et à tout le moins, présentent l'avantage de démonter la propagande libérale en venant de leurs rangs. Faut pas être sectaire, nom de gu !
    4. On conviendra de concert que toute ces remarques s'appliquent à fortiori au FdG (fiscalité, statut de la BCE, socialisations...).

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  6. Ce qui est marrant, c'est que Krugman, comme Stiglitz, sont très peu convaincus par l'euro (c'est un euphémisme)...

    Todd ne les a pas lu jusqu'au bout: une relance Keynesienne, par la dépense budgétaire comme dirait Krugman, ne peut se faire qu'à une échelle où existe une souveraineté monétaire, donc à l'échelle de la zone où existe une banque centrale.

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  7. La BCE serait-elle une banque centrale ?
    La réponse est bien évidemment non au regard du rôle et des prérogatives d'une banque centrale. Elle est un outil soi-disant indépendant au service des ultra libéraux ! Comme le sera l'instance chargée de vérifier et de sanctionner le non-respect de notre fameux TSCG.

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