9 octobre 2012

#Geonpi: pourquoi le gouvernement ne peut que perdre.

Allez, oui, avouons, capitulons, abandonnons.

Lâchons la confidence finale que certains attendent.

Le gouvernement a perdu son combat contre les #geonpi.

Oui, oui. Vous avez bien lu.

Nous avons tenté, comme d'autres, d'expliquer qu'il était inutile de caricaturer un débat lancé dans l'outrance et le raccourci par quelques activistes pour la plupart exilés fiscaux. Nous avons tenté, comme d'autres, de relater les reculs et les avancées des projets fiscaux du gouvernement.

Pourquoi tant de prudence ? Parce que l'équipe actuelle, non sans quelques heurts et couacs, a placé sa démarche sous le signe de l'apaisement et de la concertation dans l'une des périodes les plus difficiles que nous ayons à vivre depuis les Trente Glorieuses. L'ancienne administration était souvent secouée par les coups de mentons et les stigmatisations permanentes de son monarque. Dans son discours de politique générale, qui était également celui d'une méthode, Jean-Marc Ayrault en juin dernier avait réclamé cette place au débat. On peut aisément convenir que la période s'y prête mal, que les gens sont à bout, que la crise est trop grave, etc, etc.

On peut comprendre que la droite s'acharne, sans trouver encore son angle d'attaque. Elle oscille encore dans la caricature d'un Hollande qui en fait trop ou pas assez; d'un Hollande qui ferait du sarkozysme sans le dire ou qui ne serait qu'un vil socialo-gauchiste adorateur du Dieu fiscal.

On acceptera bien évidemment les critiques de gauche. La fiscalité du capital n'a que trop été épargnée depuis plus d'une décennie sans qu'on comprenne à quoi cela nous a donc servi. Une crise financière, déclenchée par un incroyable surendettement privé et bancaire, un outil monétaire sorti de la gouvernance politique à l'aube des années 1990, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la catastrophe actuelle est aussi née des mains mêmes de ceux qui nous donnent des leçons de bonne gestion aujourd'hui. Le trop faible rabot annoncé des niches fiscales semble tout autant inexplicable.

L'attaque des #geonpi était si caricaturale qu'on pouvait donc espérer un rapide débat serein. Tout pouvait être sur la table si l'on s'épargnait l'outrance dans l'argumentation. On peut même penser que le gouvernement lui-même n'attendait rien de mieux qu'une critique constructive pour mieux répondre à l'assaut des plus manoeuvriers des #Geonpi.

Hélas, il n'en fut rien, ou si peu. Certains ont préféré persévérer dans l'anathème définitif. La messe était dite dès l'origine. Point de débat, l'échange devait rester binaire. Hollande et ses ministres étaient et resteront des sociaux-traîtres.

Le débat politique est-il vicié par 5 ans de sarkozysme et d'antisarkozysme primaires ? Ou par la Grande Crise qui précipite les réactions et accélère les coups de gueules ?

Quatre jours après l'annonce d'un retour au prélèvement forfaitaire de 19% des plus-values de cession d'actions, Libération titrait: « Taxation des plus-values : le gouvernement en arrière toute ». Mais était-il seulement allé autant en avant ? Le journal n'apportait pas davantage d'éclairage que la reprise, délayée pour en faire un billet, d'un autre article de l'un de ses confrères, Les Echos. Ce dernier s'avançait au conditionnel mais on peut espérer qu'il s'approvisionne aux bonnes sources.
« Ce ne sont plus seulement les créateurs d'entreprise, mais tous les actionnaires, créateurs, investisseurs ou dirigeants, qui vont rester soumis au régime actuel du prélèvement forfaitaire libératoire de 19 %. La condition ? Qu'ils soient détenteurs d'une part « significative » du capital. Celle-ci avoisinera sans doute les 10 à 15 % (en tout cas moins de 25 %), et sera couplée à une durée de détention allant de deux à cinq ans. La notion de créateur d'entreprise, difficile à définir, n'est donc pas retenue comme un critère. C'est le seuil et la durée de détention qui sont privilégiés. »
A gauche, donc, ce sera la curée.

Un autre débat aurait pu avoir lieu, celui qui aurait consisté à distinguer, à force d'exemples et de simulations, ceux des entrepreneurs dont le risque économique s'accompagne d'une précarité réelle. Le débat aurait pu aussi s'articuler sur les fameux Business Angels, puisque cet assouplissement, s'il se confirme, les vise directement. Les Pigeons ont largement mis en avant quelques millionnaires particuliers. Et le reste du dispositif fiscal projeté dans la PLF 2013 durcit d'autres éléments de leur capacité d'investissement.

Par exemple, les redevables de l'ISF auront davantage de mal à réduire leur impôt, nous rapporte Le Monde ce lundi 8 octobre. La journaliste Nathalie Cheysson-Kaplan détaille ainsi qu'il ne sera plus possible de « déduire de son actif taxable à l'ISF les dettes contractées pour acheter des biens qui n'entrent pas dans l'assiette de l'ISF ».  De même, l'intégration des revenus de l'assurance vie et autres placements d'épargne ne pourra être évacuée chaque année.

Mais ce débat n'aura pas lieu.

Pourquoi aurait-il lieu ?

Dormez tranquille.


16 commentaires:

  1. Le gouvernement retire le projet de loi sur la tarification progressive de l'énergie. Une idée intéressante gâchée par un projet de loi mal rédigé. Du travail de Gribouille partout !
    Plutôt que l'apaisement et la concertation on aimerait voir chez ceux qui nous gouvernent de véritables qualités de savoir-faire et de compétence.
    Ces embrouillaminis ne vont pas aider.

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  2. Christine Lagarde qui a fait 750 milliards de dette en plus entre 2007 et 2012 met en garde la France sur les prévisions du déficit.
    Manque plus que DSK donne des cours de galanterie...
    On marche pas un peu sur la tête ?


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    1. Ce n'est pas que Christine Lagarde, c'est aussi la directrice du FMI. Et le FMI, qui s'est hélas souvent trompé, n'a pas vraiment coutume de bidouiller ses prévisions de croissance et de déficit (déclaré intenable pour 2013 et 2014) sur un coin de table.
      "Une économie française à l'arrêt, avec une croissance nulle aux troisième et quatrième trimestres, dans une zone euro en récession : c'est ce que prévoit l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) dans son point de conjoncture d'octobre, présenté jeudi 4."
      Pire que de marcher sur la tête : l'enfoncer dans le sable comme une vieille autruche craintive.

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    2. L'INSEE c'est de la merde. Ils trouvaient une inflation nulle ce qui a permit au Nabot de baisser le taux de rémuneration du livret A et de piquer 3 milliards dans les poches des épargnants sans qu'ils s'en apercoivent.

      La pintade Lagarde avait declaré 3 mois avant d'aller au FMI :"Les reformes du gouvernement commencent à porter leurs fruits"

      Maintenant qu'ils parlent de récession, on peut logiquement en déduire que l'on est en dépression, non ?

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    3. Le rétroviseur est votre accessoire favori, avec la mauvaise foi.

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    4. C'est moi que tu traites de veille autruche craintive, papa Schultz ?

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    5. D'emblée non, ce n'était pas mon intention, mais puisque vous semblez donner une préférence à l'insulte. Je dirai oui.

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    6. Tu t'es pas fait mal au moins ?

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  3. Juan, une droite anxieuse et (donc) hargneuse veut en découdre [ http://blogs.mediapart.fr/blog/hubert-huertas/091012/droite-en-furie-gauche-evasive ].

    Quelle réponse appelle, exige cette droite de combat ? quelle stratégie ? qui pour la mener ?

    En d'autres termes, "quoi faire et avec qui ?" pour reprendre les termes employés par Frédéric Lordon dans son dernier billet [ http://blog.mondediplo.net/2012-09-26-En-sortir ]

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  4. C'est un problème de méthode à l'origine. Se faire surprendre par un mouvement aussi vite témoigne du fait que le gouvernement n'a pas de témoin ou de prise de température dans le domaine de l'entrepreneuriat. Ou, pire, leurs relais sont à côté de la plaque. Donc, ils ne perçoivent pas la marée montante du tout mais vraiment du tout. J'en veux pour preuve que les deux sorties de Fleur Péllerin étaient Jeudi dernier Libération, itélé et Rmc info, je crois alors que j'aurais personnellement privilégié un journal économique et BFM TV et Radio. Ils n'ont pas de canaux.

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  5. Juan nous dit que, pour certains, "Hollande et ses ministres étaient et resteront des sociaux-traîtres". Oui, c'est une question de choix et de convictions. Il n'y a aucune raison que ceux qui ne partageaient pas les visions et les analyses des socialistes avant la présidentielle y adhèrent, sauf à être touchés par la grâce(présidentielle), comme on dit au Vatican.

    Pour moi et pour d'autres, la vraie question est de savoir ce que François Hollande et le gouvernement font concrètement aujourd'hui au regard de ce que le nouveau président avait promis. Or, comme le font remarquer quelques commentateurs avisés et bien informés, pas particulièrement mal intentionnés, les premières failles apparaissent, à commencer par le vote du TSCG. Nous sommes-nous trompé ou l'avons-nous été ? Vous souvenez-vous de la polémique relayée il y a quelques mois par les médias français, quand François Hollande s'était rendu à Londres pour "rassurer les financiers britanniques" ? L'histoire prend une autre résonance au moment de prendre position pour ou contre la domination des financiers.

    Nous savions que François Hollande était un modéré, mais nous aimerions pouvoir nous réjouir d'autre chose que de la discipline de vote des socialistes. Ceux qui ont voté pour le candidat socialiste ne se satisferont pas d'une politique, qui serait seulement "moins pire" que celle que menait le lider minimo. Ils ne sont pas prêts à revivre la même chose que dans les années 90 avec son cortège de privatisations et de cadeaux aux patrons, n'est-ce pas Monsieur DSK ? Alors, des socialistes sociaux-démocrates, sociaux-libéraux ou sociaux-traîtres ? Des mesures homéopathiques ou des changements structurels ? Une réelle ambition d'agir sur le réel ou une démarche de compromis portée par "un expert du consensus" ?

    Nous n'aurons pas besoin d'attendre un ou deux ans. L'avenir ne tardera pas à nous le dire.
    Le changement, c'est maintenant, non ?

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  6. J'y vois dans cette affaire une absence totale de nuances et de culture politique (un projet de loi de finances se discutent n'en déplaisent à la fois à l'extreme-gauche et aux pigeons) ainsi qu'un groupe de responsables de start ups bien plus fermé qu'on ne le pensait à toute réforme et tout effort. Ainsi que de le part de trop d'acteurs de la start ups, un mépris pour les non entrepreneurs d'une part, pour les entreprises hors numériques d'autres part.

    Dés la moindre comparaison avec d'autres activités économiques, les pigeons, leurs alliés et leurs affidés journalistiques montent sur leur grand chevaux. Les bouchers,boulangers, industriels sortes de roturiers etc...ne seraient pas à mélanger avec leurs activités.

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    1. Tout ce qui sera concédé aux "Pigeons" devra être compensé aurait dit Cahuzac. D'où je comprends que d'autres devront probablement payer et j'entrevois déjà un peu qui sera sollicité. Ce qui pourrait aisément amoindrir toutes sortes de capacité à nuancer ces choses compliquées.
      Et quand je vois les médecins (+ 6 % de revenus chez les généralistes en 2011) réclamer à leur tour des aménagements, je sens comme un rétrécissement des nuances disponibles.
      Un projet de loi de finances en période de tension sociales pour ne pas dire de crise avec des objectifs ambitieux de réduction des déficits publics devraient faire l'objet de moins de boulettes.
      Ne pas avoir assez de relais dans le monde de l'entreprise pour ne pas avoir vu venir le clash témoigne d'un amateurisme qui ne peut plus être toléré à ce niveau de responsabilité. Et expose ensuite à des revendications catégorielles va tout simplement ruiner l'idée même du redressement dans la justice lorsque ces geignards-couineurs auront obtenu satisfaction aux dépens des autres.
      Bref c'est mal parti pour le budget de l'Etat, et ça préjuge assez mal du reste.

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  7. Pourquoi les décisions des socialistes paraissent-elles toujours teintées de morale religieuse, comme celles des conservateurs le sont de théories pseudo-scientifiques ?
    Sans compter les querelles byzantines quand il s'agit de trancher définitivement, de prendre position.

    Allez-y, les gars, tenez-bien la barre ! Le changement c'est enfin maintenant.


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  8. Sous le capitalisme, les gens ont davantage de voitures. Sous le communisme, ils ont davantage de parkings.
    "Winston Churchill"
    .
    .
    .
    « En ces temps d'imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire »

    George Orwell

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  9. touche pas à ma gauche !!!

    vive la liberté en socialie !!!!

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