1 octobre 2012

La curieuse manifestation du Front de Gauche

Comme ailleurs en Europe, il y avait une manifestation, en cette fin septembre, contre l'austérité. Mais la comparaison s'arrêtait là. L'austérité version Hollande frappait les riches et les grandes entreprises, elle n'avait pas grand chose à voir avec les cures de rigueur de nos voisins européens.

Pourtant, à Paris, quelques manifestants pensaient bien faire.

Portugal, Espagne, Grèce
Au Portugal, le gouvernement a légèrement reculé devant la pression populaire. Comment interpréter autrement sa récente décision ? Il envisageait d'augmenter les cotisations salariales de 11 à 18% et de baisser les patronales de 23,75% à 18%, une mesure à laquelle il a du renoncer !

Le premier ministre aurait failli démissionner. La coalition au pouvoir est secouée. 

Dans l'Espagne voisine, les manifestants en appellent à sauver la démocratie. Le projet de budget 2013 prévoit quelques 39 milliards d'euros d'économies dans les dépenses y compris sociales, gèle les salaires des fonctionnaires, et baisse même les allocations chômage.

Vous avez bien lu... 39 milliards d'euros. 

Austérité... socialiste ?
En France, la rigueur est bien différente. Comme en Espagne, l'endettement public frôle les 90% du PIB. Mais le plan annoncé vendredi n'a pas grand chose à voir avec celui des gouvernements conservateurs espagnols, grecs ou portugais. Il suffisait de voir la une du Figaro magazine samedi dernier. Les éditorialistes du quotidien d'opposition de droite s'étranglaient de rage.

Les hausses d'impôts et de cotisations frappent marginalement la frange supérieure des classes moyennes. Neuf ménages sur dix verront même leur feuille d'impôt sur le revenu baisser ou stagner l'an prochain. Le gros des 20 milliards d'euros de relèvements des prélèvements obligatoires concernent les 10% les plus riches (dont 200 millions de la fameuse taxe à 75% des revenus excédant un million d'euros annuels) et les grandes entreprises. La hausse sarkozyenne de la TVA qui, elle, allait frapper l'ensemble des consommateurs et surtout les plus modestes a été abrogée. Coté services publics, on a gelé ou supprimé des programmes militaires et culturels mais on va recruter 43.000 professeurs et maîtres(ses) l'an prochain. Et quelques milliers de personnels pour la justice et les forces de l'ordre.

En France, donc, aucune mesure similaire à l'Espagne, la Grèce, l'Italie ou le Portugal.

Et pourtant...

Et pourtant, en France, on manifestait ce dimanche. Contre un traité budgétaire européen dont on craint - à juste titre - qu'il ne soit un carcan.

C'était en tout cas le mot d'ordre initial des forces politiques et syndicales qui appelaient à défiler dans les rues ce dernier jour de septembre. Mais la manifestation, qui rassembla finalement moins que le dernier meeting de Jean-Luc Mélenchon dans la capital en avril dernier - 80.000 personnes - tourna au vinaigre, au rassemblement contre « l'austérité socialiste. »

Quel curieux slogan ? L'avaient-ils chipé au Figaro ? 

Mélenchon avait pourtant prévenu, ce rassemblement n'était pas contre Hollande: « c'est une manifestation d'opposition aux politiques d'austérité », mais « pas d'opposition au gouvernement, parce que ça donnerait une dimension personnalisée que ça n'a pas ». Notez la nuance car elle est importante.

Mais dans le cortège, les affiches et slogans anti-Hollande étaient bien présents. Il fallait se pincer pour le croire. On protestait contre l'austérité mais pas contre le plan présenté vendredi. Ou bien ?

Le gouvernement avait pourtant des raisons d'être chahuté: au salon de l'Automobile, quelques salariés bientôt licenciés de PSA-Aulnay ont joué de la voix pour protester contre la disparition de leur site. Il y avait aussi une délégation des Ford de Blanquefort est nettement plus imposante, emmenée par Philippe Poutou. Le chômage n'est « que » de 3 millions de sans-emplois, un record depuis 13 ans. Mais un quart des actifs redouterait de perdre son chômage, à en croire un sondage opportunément publié ce weekend. Il y avait donc matière à de l'inquiétude mais, ce dimanche, les mots d'ordre semblaient viser à côté.

Une occasion ratée.


13 commentaires:

  1. Moi c'est surtout le mot d'ordre qui me frappe.

    "NON à l'austérité" j'aurais compris

    "NON au _traité_ d'austérité" sans dire que celui-ci n'est que la reprise de la législation européenne ayant été adopté en 2011 (google réforme du pack de stabilité "sixpacks") je trouve ça grotesque de tromper les gens ainsi.

    Qui va leur dire que quand bien même le traité ne passerait pas, la réforme elle est déjà en vigueur ?

    S'agissait-il de rassembler les nationalistes de tous les Fronts ?

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  2. "Reste que le gouvernement annoncera aussi lundi plus de 4 milliards d'euros d'impôts et taxes supplémentaires au titre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS 2013)."

    "La loi de programmation prévoit enfin que les organismes sociaux (Sécu, retraites complémentaires Agirc-Arrco et Assurance-chômage essentiellement, tous en déficit actuellement) soient globalement excédentaires à partir de 2015."

    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/09/28/20002-20120928ARTFIG00595-securite-sociale-27-milliards-d-economies-annuelles.php

    37 Mrds sur le budget de l'Etat, 4 Mrds pour la séc. soc.

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  3. Comme c'est drôle, Merluchon le franc-maçon, rameute les moutons "gentils", pour bien les ancrer dans une gauche immigrationniste mondialite ! (PS : quel blabla, le préambule aux commentaires)

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  4. "Neuf ménages sur dix verront même leur feuille d'impôt sur le revenu baisser ou stagner"

    Avec le refiscalisation des heures sup, le plafonnement de niches fiscales et une possible hausse de la CSG, je pense que vous êtes très optimistes.

    Surtout que la France n'est pas sure d'atteindre les 0.8% de croissance. Le moral des entreprises est dans la cave, celui des ménages ne va pas très bien. Pensez-vous vraiment que les Français qu'ils soient entrepreneurs ou simple consommateurs aient envie de faire de grosses dépense en ce moment?

    Ce budget est une occasion manquée: on aurait pu en profiter pour remettre a plat la fiscalité mais aussi le train de vie de l'état (elle est passée où la promesse du candidat de réduire les dépenses et d'augmenter les impôts a part égale?) et surtout la compétitivité.

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  5. Eclairez moi, svp, car je n'ai pas encore saisi la différence entre l'ancien gouvernement UMP et le nouveau gouvernement PS.

    Mise à part la vulgarité que l'on trouvait dans le gouvernement Sarkozy, la différence - si différence il y a - est tellement ténue que je ne la voie pas.

    Tout ce que je sais, c'est que leurs donneurs d'ordres sont les mêmes et qu'ils œuvrent pour les mêmes intérêts (pas les miens en tout cas).

    Ah, autre chose : si quelqu'un est capable de me démontrer que le PS est de gauche, merci d'avancer quelques arguments.

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  6. Disons que pour des raisons politiques, le Front de Gauche et ses leaders ont des pudeurs que n'ont pas les militants et sympathisants.
    La manifestation était contre le Traité Merkozy, devenu Traité Merkollande sans la moindre virgule de différence. Dans ces conditions lutter contre ce Traité revient à lutter contre Hollande qui se prépare à le faire ratifier par le Parlement et non par voie référendaire.

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  7. Si vous croyez que la France ne subira pas le sort de la Grèce, de l'Espagne, du Portugal, eh bien, le réveil va être très, très brutal pour vous. Décidément, jusqu'où va-t-on devoir descendre...

    Au passage, je vous signale que ce gouvernement "dit de gauche" va s'en prendre aux retraités. Peut-être que pour vous, ceux-ci font partie des nantis, voire des riches et que vos protégés, les sociaux-traitres dont certains faisaient partie du cercle de l'industrie (CAC 40) ont raison ?

    Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, ce n'est pas parce que l'on met une étiquette "Vosne Romanée" sur une bouteille de Grapiru que cela en fait nécessairement une bouteille de "Vosne Romanée"...Il en va de même pour l'étiquette "Gauche".

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  8. Nicolas VDR, d'abord, vous n'êtes pas honnête quand vous déclarez que "la différence est ténue entre Nicolas Sarkozy et François Hollande". Cette différence, je vous le rappelle, ce sont déjà 600 Mds d'euros de déficit supplémentaire (pas mal, un tiers du déficit total de notre pays), que nous devons aujourd'hui combler, une augmentation importante de la pauvreté, un enrichissement sans cause des privilégiés et des multinationales et bien d'autres choses sur lesquelles je ne m'étendrai pas ici. Ce serait trop long.

    Ensuite, évitez de tomber dans la caricature.
    Pour que les critiques puissent porter, il est nécessaire de faire preuve de mesure, voire de reconnaître les mérites d'une politique. Dans le cas contraire, vous ne serez pas entendu et vous ouvrirez la porte aux extrémistes, qui sont experts en termes de contre vérités et de manipulations.

    Franchement, la question, qui se pose à nous aujourd'hui, est-elle de savoir si les socialistes sont de gauche ou s'agit-il de se demander s'ils font le bon choix dans l'intérêt de notre pays et de ses citoyens ? L'intérêt général plutôt que les intérêts d'une caste. Des solutions sérieuses plutôt que de la com' à deux francs six sous.

    Ce dont nous avons besoin, c'est de lisibilité, ce qu'il nous faut, ce sont des projets de grande ampleur (travail, fiscalité, industire, politique européenne). Libre à chacun de considérer que François Hollande va trop loin (la droite) ou pas assez (la gauche), mais il est mensonger et injuste d'écrire qu'il n'agit pas et qu'il ne fait rien.

    Sans compter que vous comparez cinq ans de Sarkozy et dix ans de droite à quatre mois de François Hollande et de socialisme.

    Ne soyons pas naîfs, mais reparlons-en en fin d'année !








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    1. "Franchement, la question, qui se pose à nous aujourd'hui, est-elle de savoir si les socialistes sont de gauche ou s'agit-il de se demander s'ils font le bon choix dans l'intérêt de notre pays et de ses citoyens ?"

      Les deux mon Capitaine.

      S'ils étaient de gauche ils feraient un bon choix dans l'intérêt de notre pays et de ses citoyens.

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    2. On a connu plus d'un parti, d'un mouvement ou d'un pays dits de gauche, qui se sont illustré en opprimant et en écrabouillant leurs citoyens. C'est triste, mais c'est comme ça. Il n'y a que l'embarras du choix pour juger de l'absurdité des étiquettes auto revendiquées. L'URSS, de gauche ou pas ? La Chine, de gauche ou pas ? La Corée du nord de gauche ou pas ? Il ne suffit pas de dire son attachement à des grands leaders politiques ou à de grandes idées de gauche pour mener une politique sociale, humaine, soucieuse de l'intérêt général. Le reconnaître n'enlève rien à la grandeur des hommes et des gouvernements, qui ont été et sont fidèles à ces idéaux.

      De la politique, on connaît les paroles et les théories, mais ce qui compte pour moi, ce sont les actes.


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    3. Exact, mais pour moi l'URSS, la Chine ou la Corée du Nord ne sont pas de gauche car elles n'ont pas amélioré le sort de leur population.

      Il n'y a pas de Gauche, il n'y a que des preuves de Gauche !

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    4. Eh bien, puisqu'il faut leur laisser le temps (soit dit en passant, cela fait plusieurs décennies que j'entends cela), laissons leur le temps d'un quinquennat, si toutefois ils arrivent à la fin.

      En attendant, j'en connait un qui doit se frotter les mains en ce moment et qui se dit qu'il a vraiment toutes ses chances en 2017 : Nicolas Sarkozy.

      Allez, cette fois, ce sera la bonne (façon de parler) au deuxième tour de 2017 : Sarkozy/Marine le Pen.

      Quant à celles et ceux qui parlent des extrêmes qui n'ont rien de bon, en pensant prioritairement au Front de Gauche, ils sont ni plus, ni moins pour le bipartisme. Drôle conception de la démocratie.

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    5. Cher Démos, vous parlez d’extrémisme en pensant probablement au Front de Gauche, moi, j'appelle cela la gauche, tout simplement. Seulement, il serait bon que ce gouvernement cesse un instant son arrogance et ne perde surtout pas de vue que si il est au pouvoir actuellement, c'est grâce aux reports de voix des électeurs du Front de Gauche. Le nier reviendrait à nier que 1+1 font deux.

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