30 novembre 2012

Logement, UMP, Communistes: le changement, c'est maintenant. Ou bien ?


Nous pouvions éviter de traiter du énième rebondissement des déchirements de l'UMP. Nicolas Sarkozy avait encore échoué à réconcilier les deux impétrants. Une ministre allait faire réquisitionner des logements à l'approche du grand froid. C'était une sacrée nouvelle, mais il faudra juger sur pièce.

Et des sénateurs communistes continuaient leur croisade anti-Hollande au point de voter avec l'UMP.

Il fallait comprendre.

Sarkozy échoue, encore
Qui était dupe ? Nicolas Sarkozy s'est encore planté. La situation est cocasse. L'ancien sauveur que le Point ou l'Express nous présentaient comme le Recours éventuel s'est littéralement vautré à tenter de réconcilier les deux rivaux. Il a déjeuné avec Fillon (mardi) puis Copé (jeudi).

En vain.
« S'il est attentif et préoccupé par la survie de sa famille politique, il est, aujourd'hui, au-dessus des contingences et des divisions partisanes. »
Brice Hortefeux
Le déchirement est complet, ou presque. Selon l'Express, Valérie Pecresse a traité Jean-François Cope de "fasciste". Vraiment ? Sarkozy a joué au pyromane, allumé le feu pour affaiblir Fillon. Lequel est parti.

Car l'ancien secrétaire général, désigné par Sarkozy en 2010, est bel et bien président. L'UMP s'est scindée en deux, et bientôt trois groupes à l'Assemblée. Car des non-alignés (sic! On se croirait au Liban ou en Irak !) ont menacé d'une autre sécession.

On a tout entendu. Jeudi soir, voici donc Raffarin qui suggère une commission de conciliation, tout en déplorant que l'UMP ne soit pas adaptée à la "démocratie moderne". Merci Jean-Pierre !

Quand au négociateur surdoué, il prépare désormais ses vacances de Noël. Il était temps.

Duflot agit, ou bien
Le 27 octobre dernier, la ministre Cécile Duflot promettait la réquisition de logements dans des bâtiments publics avant l'hiver. Elle venait de rencontrer des responsables associatifs.

Un mois plus tard, un jeudi soir, France 2 livre un étonnant reportage dans le journal télévisé de David Pujadas sur combien il est compliqué d'expulser des locataires incommodants quand on est propriétaire... On appelle cela, de la contre-programmation.

Cécile Duflot, depuis un mois, est sous pression. Jeudi 29 novembre, ce même jeudi où une chaîne publique de télévision nous illustrait la nouvelle par cet improbable reportage, la ministre livrait une première salve: trois missives seront adressées aux préfets de régions jugées tendues - Île-de-France, Rhône-Alpes et Paca - « pour se mettre en situation de procéder à des réquisitions d'ici la fin de l'année ». Ces dernières ne concerneront que des habitations appartenant à des personnes morales. 

Encore les cocos ?
Au Sénat, les élus communistes poursuivent leur travail d'opposition avec l'UMP. Ils progressent: maintenant, ils votent désormais vraiment comme l'UMP, comme sur la loi de financement sur la Sécu pour 2013.

Merci.

Bien sûr, ils votent comme l'UMP mais pour d'autres raisons. Ils les ont écrites, dans une tribune. Ou raconté, sur quelques estrades médiatiques. Leur vote est paraît-il clair. Ils votent « contre l'austérité ». Il faut être concret dans la vie. Mercredi, leur abstention a signifié le refus - provisoire et donc inutile - d'un relèvement des impôts contre les plus fortunés au motif que ce dernier était ... insuffisant.

Ahem.

On tousse.

Pourtant, ils persistent. Le Groupe communiste, républicain et citoyen du Sénat a plongé dans l'absurde: «Nous l’affirmons avec force : nous sommes acteurs du changement. » Ils viennent de (re)voter le statu-quo fiscal... Une bouderie, rien d'autre. Nous aurions pu les croire et les comprendre quand ils écrivaient: « Notre seule ambition est de répondre aux attentes et exigences de notre peuple. » Mais l'attitude - soutenir l'UMP pour le statu-quo fiscal... est politiquement incompréhensible.

La démocratie est mature quand elle comprend que seul le résultat compte. S'il s'agit de créer un rapport de forces vis-à-vis d'élus socialistes peu disposés au moindre compromis « sur leur gauche », la démarche se comprend. D'ailleurs, au PS, Harlem Désir s'est décidé à rencontrer les élus d'opposition de gauche. Sauf Mélenchon. Bizarre.

Mais cette fois-ci, au Parlement, cette opposition devenue systématique est inutile, stérile, contre-productive. Quand la gauche y était unie sous Sarkozy après les élections partielles de septembre 2011, freiner d'improbables réformes sarkozystes était un objectif louable du point de vue de l'opposition: l'alternance était possible quelques mois plus tard. Mais nous sommes au début d'un quinquennat. Les communistes du Sénat espèrent sans doute, ou peut-être, quelques succès électoraux aux prochaines municipales.

Il faut l'espérer, car sinon, la disparition est proche. En l'état, le projet de loi de finances de la sécurité sociale a donc été refusé une seconde fois au Sénat, grâce à un vote négatif des sénateurs communistes sur le volet recettes.

Dont acte.

Il faudra expliquer pourquoi le statu-quo est préférable à un progrès insuffisant.


Pourquoi tant de haine ?


29 novembre 2012

Ces sénateurs communistes qui cherchaient leur moment.

L'UMP nous indiffère. La star du jour, mercredi, était le Parti Communiste. ou plutôt 20 sénateurs, sans doute élus avec quelques soutiens socialistes ou écologistes, qui décidèrent de bouder le vote du projet de loi de finances.

Le résultat fut sans surprise: un rejet du texte, qui sera de toutes façons adopté à l'Assemblée; et quelques commentaires médiatiques sur le prétendu camouflet à Hollande.

UMP RUMP DUMP
Ils ont titré sur les grandes haines de la République comme pour expliquer l'inexplicable. Les stratèges du Point, qui comme ceux de l'Express s'exercent à donner des leçons de courage et d'austérité au gouvernement Hollande depuis son élection, n'osent pas dresser le triste constat: François Fillon a peur, et Jean-François Copé est prêt à tout, même à politiquement mourir.

Mercredi, le second a balancé un ultimatum au premier. La veille, les deux venaient d'accepter l'idée d'un référendum interne pour savoir si de nouvelles élections devaient se tenir. La situation, ubuesque, fait surtout l'effet d'une formidable révélation des tempéraments: obstination suicidaire, comportement de voyou, hésitations, etc.

Panique à l'UMP.  Fillon démontre qu'il a quelque courage. A midi, son groupe dissident n'était pas dissous. Nicolas Sarkozy avait encore raté. Le Figaro venait à la rescousse de son ancien mentor pour justifier qu'il pouvait ainsi intervenir dans le fiasco UMPiste, tout Sage du Conseil Constitutionnel qu'il était. 

VALLS ou pas
Manuel Valls a certes présenté la circulaire tant attendue sur les régularisations des immigrés. Les nouveaux critères seraient « exigeants mais justes », a commenté le ministre. Les associations de défense des sans-papier ne sont pas satisfaites. Les progrès, réels, ne sont pas suffisants à leurs yeux. Mais le vrai psychodrame, à gauche, était au Sénat.
« Le Sénat a rejeté, mercredi 28 novembre, par 165 voix contre 156, la première partie du projet de loi de finances (PLF) pour 2013 relative aux recettes. 

Par conséquent, l'ensemble du projet de loi de finances pour 2013 est considéré comme rejeté par le Sénat. »

Voici le communiqué officiel, publié sur le site mercredi en fin de journée. Comme pour remuer le couteau dans la plaie, il fallait se rappeler les mesures qui donc SONT REFUSEES pour le moment:
  • la revalorisation du montant de la décote applicable à l'impôt sur le revenu (article 2) ;
  • la création d'une tranche d'imposition supplémentaire au taux de 45% pour la fraction de revenus supérieurs à 150 000 € par part de quotient familial (article 3) ;
  • la contribution exceptionnelle de solidarité sur les revenus d'activité professionnelle supérieure à 1M € (article 8) ;
  • la fixation du régime d'imposition des plus-values immobilières (article 10) ;
  • le renforcement de la taxe annuelle sur les logements vacants dans les agglomérations de plus de 50 000 habitants où existe un déséquilibre marqué entre l'offre et la demande de logements (article 11) ;
  • la prorogation du dispositif du malus automobile et l’abaissement de l'ensemble de ses tranches (article 12).
Même à gauche, la haute assemblée prouve qu'elle est aussi inutile que lorsqu'elle fut à droite durant 53 ans. Mercredi, le Sénat a en effet récusé le projet de loi de finances.

Merci les Cocos !
Tous les sénateurs communistes se sont abstenus.  Notez leurs noms. Ils expliqueront plus tard le pourquoi du comment.
Mmes Éliane Assassi, Marie-France Beaufils, MM. Michel Billout, Éric Bocquet, Mmes Laurence Cohen, Cécile Cukierman, Annie David, Michelle Demessine, Évelyne Didier, MM. Christian Favier, Guy Fischer, Thierry Foucaud, Mme Brigitte Gonthier-Maurin, MM. Pierre Laurent, Gérard Le Cam, Michel Le Scouarnec, Mmes Isabelle Pasquet, Mireille Schurch, MM. Paul Vergès, Dominique Watrin.
La majorité de gauche n'était que de 6 voix. L'abstention de 6 sénateurs a donc suffit à retarder l'adoption dudit projet de loi de finances.

Ils trouvaient le projet de budget pas assez ambitieux en matière de relance budgétaire et de taxation des plus riches. Du coup, ils ont permis à la droite UMP/UDI de l'emporter contre les sénateurs radicaux, socialistes et écologistes pour refuser la loi dans son entièreté. Plutôt rien que peu ! On applaudit...

Le Sénat, on le sait, n'est pas grand chose. Un refus retarde, mais n'empêche rien. Le projet passera à l'Assemblée. Ces communistes auront eu leur « moment » médiatique dans une actualité chargée de secousses UMPistes... Pierre Laurent a pu expliquer ce vote « révolutionnaire » sur quelques ondes radiophoniques.

Bravo, merci.

L'autre nouvelle peu commentée fut cette surprenante concordance européenne pour décider de créer, au niveau des 27 Etats membres, un contrôle des agences de notation.

Mais chuuuut... L'UMP n'a pas terminé son feuilleton. Et les communistes ont encore des lois à ralentir.

Dormez tranquille.




28 novembre 2012

[SVP] : oubliez l'UMP, voici le RUMP


Quelle fascination collective !  Il y a quelques temps, nous nous moquions du Hollande-bashing, puis des couacs de communication, ou des emballements médiatiques rapides et raccourcis.

Rien ne se calme, tout se propage et s'ultra-buzze. On comprend bien que l'action au long cours ou les souffrances à rythme lent sont de mauvais sujets d'excitation médiatico-blogosphériques. C'en est devenu tristement banal que de le rappeler.

Ces dernières heures, quelques ténors déchus de feu-l'UMP regrettaient à haute voix le triste spectacle que donnait leur formation. Nathalie Kosciusko-Morizet, pour ne citer qu'elle, expliquait bruyamment qu'elle aurait préféré que l'opposition tacle plus violemment le gouvernement sur son « revirement » à propos de Notre-Dames-Des-Landes ou l'épisode raté sur la liberté de conscience des maires.

Quelle ambition politique !

Voici quelques phénomènes longs, discrets et douloureux qui auraient pu agiter nos experts économiques.

La retraite menacée
C'est un sale cadeau de l'équipe d'avant et de la crise. Nos retraites ne sont pas sauvées.
Les Français épargnent de plus en plus tôt pour leur retraite. Pour celles et ceux qui peuvent épargner... Rien de surprenant... Chacun réalise peut-être que la réforme Sarkozy n'a rien sauvé, contrairement à l'argument électoral de l'ancien monarque. Et sa réforme des régimes spéciaux, à l'automne 2007, a davantage coûté au régime qu'elle n'a rapporté. D'après une étude d'Harris Interactive pour le cabinet DELOITE sur 4.000 actifs, 78% d'entre eux estiment nécessaires des sources supplémentaires de financements aux régimes obligatoires.

Divers amendements de députés socialistes (le 31 octobre), écologistes (le 6 novembre), ou du Front de Gauche (le 13 novembre) de députés socialistes proposant le rétablissement total ou partiel de l'AER (allocation équivalent retraite pour les chômeurs en fin de droit de moins de 60 ans) ont été repoussés. Cette subvention avait été supprimée en janvier 2011 par Sarkozy, puis remplacée par un pécule plus réduit et réservé aux chômeurs en fin de droit de plus de 60 ans, à l'approche des élections. Plus de 900.000 seniors pointent à Pôle Emploi... En Commission ou en plénière, le gouvernement a argumenté qu'il avait déjà rétabli le retour à la retraite à 60 ans pour les carrières longues omises par la réforme Sarkozy et prévu une prime de Noël bien dotée.


DUMP, RUMP, UDI
C'est un sujet désormais futile, drôle et triste à la fois. L'UMP agonise. Le jouet de Juppé/Chirac malmené de Sarkozy depuis 2004 a fini par casser. Triste bilan, triste histoire. Personne ne peut s'en réjouir.

François Fillon a gagné son maigre pari. Un peu moins d'une centaine de députés - 68 à mardi soir - ont fait sécession à l'Assemblée nationale. Le nouveau groupe s'appelle Rassemblement UMP - RUMP... Ahem... Croupion, croupe, fesse, en anglais. L'expression fera florès outre-manche. Fillon a promis de rejoindre la troupe si de nouvelles élections étaient organisées.

A l'UDI voisine, on exulte. Un député scande JE SUIS UDI dans une incroyable video publicitaire dénichée par Guy Birenbaum.

Nicolas Sarkozy veut jouer au casque bleu. Ils ont cassé son jouet. Il faut un référendum interne, un voter pour décider une nouvelle élection, plus rapide, plus simple, plus ouverte. En l'état, on ne retient qu'une chose, la droite classique est incapable d'un processus démocratique interne. Voter pour savoir s'il faut revoter est sans doute le dernier des affront au bon sens commun.

Copé et Fillon sont finalement d'accord.

Merci Sarko.

Reviens vite.

La franchise Montebourg
François Hollande reçoit le milliardaire endetté Lakshmi Mittal. Depuis le weekend, la planète éco s'agite de commentaires sur la récente déclaration d'Arnaud Montebourg. Le ministre du redressement productif s'inquiétait de l'attitude du groupe sidérurgiste. Sa charge fut directe, violente et heureuse: « Nous ne voulons plus de Mittal en France parce qu'ils n'ont pas respecté la France. Le problème des hauts-fourneaux de Florange, ce n'est pas les hauts-fourneaux de Florange, c'est Mittal. » Quelques éditocrates s'offusquèrent de cette franchise à l'encontre d'un groupe qui a promis ce qu'il ne tient pas. Et le ministre de préciser, le lendemain à Orléans: « Quand j'ai déclaré 'nous ne voulons plus de Mittal en France', j'ai voulu dire que nous ne voulons plus des méthodes de Mittal en France, des méthodes qui relèvent du non-respect des engagements, du chantage et des menaces.» Montebourg faisait-il du Mélenchon... ou du Montebourg ? Le ministre avait une franchise qui l'honore.

Mittal avait lancé un ultimatum il y a deux mois. Deux mois pour trouver un acheteur pour Florange, sauf pour les activités rentables. Sinon il fermait le site qu'il avait promis à Nicolas Sarkozy de sauver il y a deux ans, en plein crise. La belle arnaque... Montebourg suggère un contrôle public transitoire du site, une forme de nationalisation. Certains sont choqués. Nicolas Baverez, sur France Info lundi soir, s'inquiète d'un tel coût. L'important est de choquer le patron récalcitrant. De lui faire comprendre facilement, rapidement, que ce qu'il fait n'est pas bien.

Il faut les mots, et Montebourg les utilise.

Une quarantaine de députés dépités se sont rapidement exclamés que Montebourg avait raison. Une tribune bien placée dans les colonnes du Nouvel Obs version Web. Il fallait quand même rappeler que Mittal avait absorber Arcelor en 2006, après une OPA hostile, puis fermer le site de Gandrange en 2009.

Le chômage endémique
Il a encore progressé en octobre, tel que le confirme le ministère du travail. Quelque 46.500 inscrits supplémentaires à Pôle emploi dans la catégorie sans emploi. Le précédent record dans cette catégorie des sans-emploi date de 1998. Globalement, les licenciements économiques ont augmenté (+ 12,7 % en un mois), comme les fins de CDD (+6 % en un mois), qui représentent 26,3 % des entrées. Le nombre d'inscrits à Pôle Emploi dépasse tous les records de la décennie et au-delà.

Un vrai cauchemar.

Maigre satisfaction, mais satisfaction tout de même, les offres d'emploi collectées ont bondi de près de 5% en un mois.

Certains, mardi soir, en masse et dans les médias, ne parlaient encore que de l'élection d'un improbable parti feu-majoritaire.


SVP... oubliez l'UMP.






27 novembre 2012

Comment la Droite Morte devrait renaître


C'est un psychodrame plus fascinant qu'un fait divers mais qui ne motive pourtant que les commentateurs professionnels. Jour après jour, l'UMP se disloque un peu plus sans que l'on comprenne où cela s'arrêtera.

C'est la Guerre ! s'exclamait la journaliste Ruth Elkrief en ouvrant son édition de 19 heures sur BFM TV.

Il y a plus grave. Non pas cette autre objet d'excitation symbolique nationale, le projet d'aéroport de Notre-Dames-Des-Landes. On avait failli rater l'information le weekend dernier, après le cessez-le-feu à Gaza mais pendant de nouvelles émeutes en Egypte. Puisqu'il fallait calmer l'excitation écologiste - la nôtre - fixée sur cet improbable projet d'aéroport soutenu par la gauche et la droite locale, le gouvernement s'est ouvert à l'organisation d'une conciliation, via la création d'une Commission de dialogue.

Pas sûr que le geste suffise. De toutes façons, l'attention était ailleurs.

Chaque jour, la crise à l'UMP semble dépasser le paroxysme qu'on lui donnait la veille.

Lundi vers 17h30, la Commission nationale des Recours du parti, saisie par Jean-François Copé jeudi dernier pour mieux torpiller la mission Juppé, proclamait Copé vainqueur avec 952 voix d'avance. Ces résultats intégraient les trois départements oubliés la semaine dernière où pourtant François Fillon était annoncé premier. Faut-il que nombre de suffrages aient été récusés pour parvenir à ce énième retournement.... ? A Nice, on évoque 400 voix copéistes et 1300 voix fillonistes supprimées ... Et hop ! La Commission s'en défend: « Après 22 heures de délibération », elle justifie une « analyse, purement juridique », basée sur «  les statuts de l'UMP, le règlement intérieur, le guide électoral, mais aussi sur les grands principes du droit électoral, tels qu'ils sont appliqués pour toutes élections, notamment grâce à la présence permanente d'un avocat spécialisé en droit électoral et agréé par les deux parties. » Fichtre... On croirait la Commission d'un Rwanda sarkozyste ravagé par une guerre civile.

Sans attendre, Fillon a dénoncé le coup de force, une élection « illégale » - un coup d'Etat en Sarkofrance. Son fidèle Jérôme Chartier évoque une UMP transformée en Fort Chabrol. Le trésorier Dominique Dord démissionne. Il n'est pas possible de faire confiance à une présidence qui n'est pas légitime. Fichtre...

Et Copé, faussement bon joueur, lui a tendu la main: « Il appartient à chacun en conscience de prendre ses responsabilités et de choisir le pardon plutôt que la division (...), l'avenir plutôt que la rancoeur. »

Cette droite que Benoist Apparu qualifiait de morte après l'échec de la médiation Juppé, a pourtant toutes ses chances de résurrection.

1. Si l'on en croit les sondages, les Français se fichent très largement de l'affaire. D'après l'Ifop pour Le Journal du Dimanche, 40% se déclaraient indifférents, 22% déçus, 21% inquiets, 11% en colère (des fans) et 6% satisfaits.  L'indifférence des Français au psychodrame UMPiste est sans doute la grande chance de l'ancien parti sarkozyste. 

2. La Droite a déjà connu de pareilles crises, moins ridicules, mais tout aussi violentes. Rappelez-vous l'élection de 1995. La gauche était en miettes mais la droite s'est déchirée entre Balladuriens et Chiraquiens. Un truc horrible qui donna l'affaire Clearstream, l'attentat de Karachi et ses 11 morts, le sarkozysme politique et bien d'autres choses encore. Et elle s'en sortit, dès 2002 puis en 2007.

3. Jean-François Copé sort gravement affaibli mais c'est presque tant mieux. Comment justifie d'un sens de l'Etat ou du rassemblement quand on a pilonné l'adversaire et récusé toute médiation ? Il s'est accroché à son mandat. Il s'est réfugié derrière des statuts, incroyable chose visiblement inviolable même quand les urnes étaient par endroit bourré. Le discours ressemblait aux offices staliniens de l'ex-Europe de l'Est. Quand il s'agissait de se réfugier derrière la sacro-sainte règle fut-elle obsolète.  Mais Copé est un épiphénomène politique. Lui seul ou presque croyait en ses chances pour 2017.

4. Partout en Europe, les deux impétrants sont la risée des commentateurs politique. La presse de nos voisins rigole et s'amuse de ces déboires, incrédule. Pour un parti qui réclame à nouveau la conduite des affaires du pays, trois présidents, trois fois le même, en moins de 10 jours, quel éclat !
En France, le sursaut de survie semble gagner un nombre croissant de parlementaires. Quelque 55 d'entre eux ont signé un appel à la raison ce mardi 27 novembre.

5. Nicolas Sarkozy est là, prêt à revenir. C'est la seconde révélation du drame. L'entourage de Nicolas Sarkozy s'est confié au Figaro: personne n'imaginait un retour de l'ancien monarque dans des conditions aussi « précipitées » et « désastreuses ». Mais ce retour était évidemment envisagé. Lundi midi, Sarkozy avait déjeuné avec Fillon. Il lui aurait confié qu'il valait mieux re-voter. Mais lundi soir, les plus sarkozystes applaudissaient à la victoire de Copé.

Sarkozy est encore là, pour 2017.


Comment Sarko a claqué 19 millions en 5 mois






C'est une révélation du Canard Enchaîné, édition du 21 novembre dernier. On y apprend que Nicolas Sarkozy a soigneusement vidé la réserve spéciale mise à disposition de l'Elysée dans le budget général de l'Etat.

La somme n'est pas anodine: 18.952.326 euros, une dotation annuelle qui valait donc pour l'ensemble des aides discrétionnaires que l'Elysée pouvait accorder aux collectivités locales.

1. Le hic, c'est que l'ancien monarque s'est dépêché de vider la caisse en mois de 5 mois, avant son départ des lieux le 16 mai dernier.

2. Il a ainsi arrosé 627 collectivités, dont 626 gérées par la droite. Le Canard rapporte que la seule de gauche est le département de Seine-Saint-Denis, présidé par l'actuel président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone (pour 114.000 euros).

3. Quelques éminentes figures de l'UMP ont bénéficié de subventions significatives: la bourgeoise Chantilly, dont le maire est Eric Woerth, a empoché 340.000 euros d'aide directe de l'Elysée. Le candidat UMP Jean Castex, par ailleurs ex-secrétaire général adjoint de Sarkozy à l'Elysée, a récupéré 228.000 euros pour arroser 3 communes de la circonscription qu'il briguait en juin dernier. Celle de Nadine Morano a été encore plus chanceuse, plus d'un million d'euros de subventions élyséennes ! Et que dire de Jean-François Copé, l'autre voyou de la République, qui a distribué 550.000 euros élyséens pour 54 communes de sa propre circonscription.

Quelle merveilleuse entre-aide !

L'affaire n'est pas terminée. La vigilance est encore de mise. Si la nouvelle présidence Hollande n'a pu bénéficier d'une quelconque fraction de cette enveloppe pour 2012 - puisque Sarko avait tout consommé - elle a fait voter le même montant pour 2013; 19 millions d'euros pour des travaux divers d'intérêt local.

Précisons tout de même: cette manne sera désormais gérée par la Direction des collectivités locales du ministère de l'Intérieur, et non plus, comme l'avait décidé Nicolas Sarkozy en parvenant au Palais, par le cabinet de la Présidence de la République.


26 novembre 2012

Pourquoi Sarkozy est déjà revenu


Ils ne sont pas nombreux à espérer son retour sauf, sans doute, quelques milliers de militants de feu-l'UMP.

Mais Nicolas Sarkozy a quand même fait son retour, dans une discrétion toute relative.

Le Canard Enchaîné lui a consacré ses meilleures confidences, mercredi dernier. Preuve sans doute qu'il avait beaucoup à raconter.

Soutenir Copé contre Fillon
A en croire l'hebdomadaire satirique, l'ancien monarque a tout fait pour « faire monter Copé » contre François Fillon. Et Sarkozy fut ravi du résultat final qui, d'après lui, disqualifiait Fillon pour 2017.
« Ce résultat élimine Fillon car ne recueillir que 50% des voix quand on a été premier ministre pendant 5 ans, c'est piteux, terrible pour lui. » Visiblement, la nouvelle est confirmée: Sarkozy n'a pas abandonné ses ambitions présidentielles. Et il est bien content de l'autre Voyou de la République, i.e. Jean-François Copé: « Copé a fait une remontée exceptionnelle.»

Visiblement, l'ancien monarque n'avait pas prévu l'autre dommage collatéral de ce déchirement intestinal, la dislocation de l'UMP. « Ces abrutis sont capables de foutre le parti en l'air. (...) S'ils font trop les cons, je vais finir par m'en mêler » aurait-il déclaré mardi dernier. C'était avant le cataclysme du lendemain, la nouvelle incroyable que l'UMP avait proclamé ses résultats en oubliant quelques départements, puis la médiation d'Alain Juppé.

Durant le weekend, la presse eu confirmation que Sarkozy était « en contact téléphonique » avec ce dernier. Quelle retraite !

Eviter la mise en examen
Jeudi dernier, les juges avaient réservé le temps qu'il fallait à l'audition de Nicolas Sarkozy, à Bordeaux. Mais il était « très serein », a assuré sa grande amie Isabelle Balkany. « Il y a une espèce d'acharnement, d'envie peut-être d'un magistrat de faire un exploit en impliquant sans fondement un ancien président de la République. La durée de l'audition aujourd'hui me renforce dans cette idée. Nicolas Sarkozy est combatif (...) mais dans la durée de l'audition je présume, j'imagine, qu'il y a peut-être une volonté d'en faire un événement médiatique ».

Samedi, une flopée de journaux balançaient leurs scoops exclusifs sur l'audition qui aurait innocenté Nicolas Sarkozy. On imaginait son avocat Thierry Herzog, livrer ses photocopies au Figaro, à Sud Ouest, au Monde,

La Garde des Sceaux Christiane Taubira exprime sa surprise: « Ce n'est pas conforme à la loi, par conséquent ce procès verbal n'aurait pas dû circuler ». Bizarrement, les sarkozystes si agacés que quelques PV d'audition de la même procédure aient pu circuler en juillet 2011 (au point de lancer un illégal espionnage de journalistes) se taisaient religieusement cette fois-ci. 

Se faire désirer dans les sondages
Il y a aussi ces sondages, sans surprise. Tout au long du fiasco électoral de la semaine passée, les sondeurs se sont jetés sur l'inévitable question, un retour de Nicolas Sarkozy était-il déjà souhaitable ? Oui, chez le maigre contingent de militants UMP, à croire d'improbables panels de quelques centaines personnes. Non chez la majorité des sondés en général, un non massif (entre 64% chez Ipsos ; 65% chez Ifop).

Dimanche, un autre sondage CSA pour BFMTV, déclarait Sarkozy vainqueur du duel Copé/Fillon. Quelle ironie !

Revenir au centre du jeu.
Invitée du Grand Journal de Canal+ vendredi soir, Isabelle Balkany se déclarait navrée de la situation de son parti. Et elle appela Nicolas Sarkozy à « prendre la parole » pour sortir l'UMP de sa crise. Elle promit que sa démarche n'était qu'une initiative personnelle. Que c'était drôle et sincère.

Elle avait pris l'habitude de prendre ses consignes à la bonne adresse.

Nicolas Sarkozy avait patiemment détruit l'UMP de l'intérieur en cinq années de présidence. Il a tout manipulé, rien organisé pour l'après 6 mai. L'UMP a été ruinée.

Quand la figure forcément neutre, presque tutélaire d'Alain Juppé s'affiche pour une médiation, les premiers à critiquer à mots couverts la démarche sont le clan Coppé et... quelques sarkozystes purs jus.

Dimanche, Frédéric Lefevbre, l'ancien lobbyiste de la Place Beauvau (2002-2007), éphémère député et porte-flingue de Sarkofrance, critique la prétendue neutralité de l'ancien ministre. Et il le fait de façon posée et réfléchie. Un communique de presse mûrement pensé balancé dimanche après-midi: « Comment rassurons-nous les militants sur le fait que cette médiation ne puisse dériver en prise de contrôle "à l'ancienne" par des personnalités aussi respectables soient elles qui n'auraient pas la légitimité de l'élection, y compris pour une période transitoire ? » Et un autre sarkozyste promettait un retour triomphant: « Il n'est pas l'homme de la politique politicienne. S'il revient ce sera pour jouer le premier rôle de nouveau et il n'a pas à descendre dans la cuisine. »

Claude Guéant, involontairement ou pas, résumait ainsi le scénario écrit chez son ancien monarque.

Dimanche 25 novembre, Alain Juppé retrouvait François Fillon et Jean-François Copé à l'Assemblée. La rencontre tourna court.

Echec total.

Un peu avant 20 heures, Benoist Apparu, ancien ministre du Logement de François Fillon, s'écrit sur Twitter: « Un nouveau courant pour l' la droite morte ! ». Alain Juppé venait d'annoncer qu'il jetait l'éponge dans sa mission de médiation. Juste après 20 heures, Jean-François Copé est déjà devant les caméras pour expliquer qu'il faut laisser du temps à la procédure juridique. De son côté, François Fillon, qui avait  dénoncé les mafias à l'oeuvre à l'UMP, annonce qu'il saisit la justice. La procédure devrait durer un mois, un mois de plus pour se disloquer.

Ces gens-là nous gouvernaient depuis 10 ans.


25 novembre 2012

Twitter: petits meutres (politiques) entre amis

On ne va pas jouer les surpris. Twitter est devenu depuis longtemps une arme de destruction massive. La frappe en 140 caractères doit être chirurgicale pour être efficace. Sur la fin du quinquennat précédent et en particulier pendant la campagne, ce réseau de "socialité" accélérée a été utilisée à grande et efficace échelle.

Conjugué à d'autres caisses de résonance que sont les chaînes d'information, les news 2.0, les blogs politiques, autres pétitions Facebook, ou les alertes Scoop.it,  Twitter est l'un de ces outils qui accélèrent le temps politique. Mais à la transparence et l'instantanéité inédites qui chamboulent ainsi, le débat politique, Twitter apporte aussi autre chose, la violence.

Nous sommes sans doute quelques centaines de milliers dans la sphère politique sur plus de 7 millions de Twittos en France. Militants, activistes, sympathisants ou simples citoyens, ça tweete et reteweete en masse.

Twitter de combat
Dans un combat politique (*), Twitter était l'outil idéal de nos salves. Les Tweet-parties de la précédente campagne présidentielle en furent l'une des illustrations ultimes. Il s'agissait (1) de faire du bruit organisé sur le réseau, (2) de défaire l'argumentaire de l'adversaire ou (3) de défendre celui du candidat à coup de liens vers des « preuves numériques » dont le Web regorge.

Quand l'adversaire s'agite, Twitter est toujours ce lieu de riposte. Pour preuve, la récente actualité du fiasco électoral de l'UMP pour la désignation de son président depuis dimanche dernier. Ou le Tweetgate de la fausse première dame. Les Twittos de tous bord adorent ces feuilletons à rebondissements qui provoquent hilarité et imagination.

Twitter est un lieu de pressions. On peut regretter que des Web-entrepreneurs baptisés les Pigeons aient sauvé leur plus-values futures d'une trop forte solidarité fiscale. On peut se féliciter que François Hollande ait entendu la grogne fulgurante qui suivit sa déclaration relative à la liberté de conscience. 

Twitter n'est pas efficace pour toutes les causes. Les causes populaires sont mal relayées. Le biais sociologique est-il réel ? La rage des sidérurgistes de Florange, des ouvriers de PSA Aulnay, ou des employées de Doux ont créé peu de buzz. Les morts de SDF dans la rue ne suscitent que l'indifférence générale des Twittos. Twitter se focalise sur des personnalités publiques. Twitter a besoin de s'incarner, comme sur les seins de ces Femens brutalisés par quelques réacs en marge des manifs anti-mariage gay.


Twitter est un thermomètre de l'excitation politique du moment. Sans nécessaire organisation préalable, une humeur collective s'y manifeste. Il faut du moment fort ou une histoire imprévue mais chargée d'émotion.

Tweet-déchirements
Twitter est un lieu où le débat est risqué.

L'emballement auto-alimenté peut vous faire dériver vers des tweets trop graves ou définitifs. Prenez l'affaire du mariage pour tous, et la déclaration de François Hollande sur ces maires qui pourraient ne pas célébrer le mariage. A la base, il n'y avait nulle annonce officielle d'un quelconque infléchissement. Mais sur Twitter, le buzz fut immédiat. Sur la base de ce couac, on a pu lire ce tweet de Frédéric Martel, journaliste et intellectuel dit engagé, animateur de radio publique : « Si un maire n'aime pas les couples juifs, arabes, handicapés, il peut ne pas les marier par "liberté de conscience" ? ». Ou celui-ci d'Edwy Plenel, pourtant une référence de l'investigation réfléchie:  «Hollande invente la liberté de conscience».

On regrettait que ces deux journalistes n'aient pris la peine décrocher leur téléphone pour vérifier si la décision était réelle.


Il y a aussi ces propos concevables quand on est au combat, mais étranges et si contreproductifs quand on cherche réellement à convaincre. Comme ceux que l'on tiendrait lors d'une discussion trop arrosée entre proches. Quand les arguments s'effacent au profit de la joute. Twitter devient le lieu de nos disputes familiales.

En 140 caractères, la formule qui claque fait mal. Il faut prendre sur soi, chercher le zen pour éviter la surenchère, trouver la même condensation d'efficacité, mais sans la violence. En 140 caractères, l'argumentation est courte. Il faut marquer les esprits. L'expression doit être à la hauteur de l'impression: forte, extrême, clivante. D'aucuns pourraient dire que « l'on fait du Barbier », du nom de ce patron de l'Express qui choisit les unes des plus outrancières - et décalées du contenu du journal - pour attirer l'oeil et attirer le client.

Twitter est un lieu de posture et d'information, de riposte et d'attaque.

Mais de débat ?






(*) NDLR: Juan était blogueur activiste de la campagne de François Hollande après avoir soutenu Ségolène Royal jusqu'aux primaires d'octobre 2011.

24 novembre 2012

[290ème semaine politique] Ci-gît l'UMP 2002-2012


C'est un résultat imprévu, un désastre incroyable.

Ils sont capables de tout.

En quelques jours, moins de cinq, quelques ténors de l'UMP ont détruit l'ancien parti majoritaire né voici tout juste 10 ans.

De l'implosion...
Sur le papier, c'était une belle idée, une révélation tardive mais démocratique. L'UMP allait élire son président. La campagne démarre avec la recherche des parrainages nécessaires, il fallait 3% des militants. Les seconds couteaux sont vite éliminés. L'affaire devenait un piège à cons. D'improbables sondages d'improbables panels nous promettent la victoire haut la main de François Fillon.

Cet été, le feuilleton s'emballe. Fillon devenait l'impétrant fluctuant. Son positionnement se brouille. Il était gaulliste social mais s'adjoint Eric Ciotti. Copé, qui cultive pourtant ses insupportables postures extrême-droitières, attire à lui des centristes comme Raffarin. Fillon se casse une jambe chez un milliardaire italien, Copé sillonne la France des militants et fait oublier ses baignades dans la piscine de l'intriguant Ziad Takieddine. En octobre, la campagne se durcit, on ne se toise plus, on s'insulte. Quelques mots irréparables sortent des uns ou des autres.

Copé copie la dernière campagne de Sarkozy, et brutalise l'UMP vers sa droite. La démarche fait des ravages. Comme Sarko contre Hollande, Copé traite bien vite Fillon de menteur. A-t-il compris qu'il ne devait pas labourer l'UMP comme la France ? Un sondage nous apprend que près de 60% des militants UMP se voient proches de l'UDI centriste.

L'hebdomadaire Marianne, avec justesse, le qualifie durement ce samedi 24 novembre: Copé, l'autre voyou de la République. L'homme est prêt à tout, sans nul doute. Au soir du vote, dimanche soir, nul n'est gagnant. Il faut attendre la nuit. Au petit matin, Copé s'auto-proclame vainqueur sans attendre la confirmation par l'improbable Commission d'organisation et de contrôle des opérations électorales,
dite COCOE. Les Fillonistes enragent, mais leur mentor concède la défaite dans la nuit.

Mercredi, coup de théâtre: la COCOE reconnait l'oubli de 3 départements d'Outre-Mer qui font pencher la (maigre) balance des suffrages en faveur l'ex-éternel second François Fillon. Copé enrage et récuse ce retour en arrière.

Psychodrame dans les rangs. Mais où vont-ils s'arrêter ?

... à l'explosion
Sur le Web et ailleurs, c'est la curée, la franche rigolade. D'autant plus que les responsables UMPistes des deux camps ne se parlent que par médias interposés. On s'accuse de fraude. Jeudi, on sort Juppé de son silence. Démarche volontaire ou suscitée ? L'ancien président de l'UMP propose sa médiation avec un comité ad hoc qui se donne 15 jours pour recompter tous les bulletins. Mais Copé couine, car la commissionne serait pas celle qu'il a désigné quand il était le patron du parti. Il se réfugie derrière les statuts.

Vendredi, Juppé s'énerve. Il devient sympathique. On est triste pour lui. Même froid, de droite, agaçant et glaçant, l'homme a des principes et une certaine tenue. On imagine sa souffrance intérieure. « Ce qui est en cause aujourd'hui, ce n'est pas la présidence de l'UMP mais l'existence de l'UMP » explique-t-il. Il a raison.

L'an dernier, Copé, Fillon et quelques autres s'indignaient du temps médiatique consacré aux primaires socialistes. Ils ont fait très fort pour rattraper leur retard. Le spectacle est à la hauteur et désolantOlivier Mazerolle, un journaliste de BFM frôle le burn-out, devant ce grand n'importe quoi. L'évènement est quasiment incroyable sous la Vème République. Ces combats occupent davantage l'actualité médiatique que les bombardements sur Gaza, un attentat meurtrier en Israël, des émeutes en Egypte. Mardi, la France perd son Triple A chez Moody's. Mais tout le monde s'en fiche, même les marchés. Pire, l'agence met en avant le terrible bilan de la décennie UMP passée. Au Sénat, le Front de gauche continuent de voter avec l'UMP et les centristes pour mieux rejeter un à un les projets de loi. Vendredi, c'est la taxation supplémentaire des plus-values qui est ainsi censurée par cette alliance improbable.

Pierre Méhaignerie annonce son départ pour l'UDI. François Baroin réfléchit à constituer un groupe autonome à l'Assemblée, avec une cinquantaine de députés. Pour l'UMP, ce serait la faillite... A raison de 40.000 euros par député, voici quelque 2 millions d'euros de financement annuel qui lui échapperaient. Après la migration des centristes, ce serait le coup fatal, l'implosion qui devient explosion et précipite la faillite: car l'UMP est endettée à 75 millions d'euros.

Décidément, l'héritage Sarkozy n'épargne personne.

Sarko chez le juge
La semaine est grandiose. Nicolas Sarkozy passe une douzaine d'heures dans le bureau d'un juge bordelais. L'ancien monarque semble fatigué, à en croire les premières révélations sur cette audition curieusement publiées simultanément dans plusieurs journaux. « Les Bettencourt ne m'ont pas donné un sou ». A lui, non, mais à ses activités politiques ? On retrouve aussi notre Sarkozy si mauvais joueur prompt à balancer les autres quand on l'accuse: « À l'époque, on disait que les intimes des Bettencourt étaient les Mitterrand et leur entourage ». Ou encore « Je suis celui qui est allé le moins souvent lui rendre visite parmi les personnalités politiques citées par le personnel de maison de M. et Mme Bettencourt, à savoir Michel Sapin, les Bérégovoy, Hubert Védrine, les Chirac ». Quel homme d'Etat ! Il a enfin des formules curieuses, comme celle-ci- « Si vous consultez mes agendas, vous verrez qu'en quinze ans je n'ai souvenir que d'un dîner chez les Bettencourt. » Faut-il comprendre qu'il consigne ses souvenirs dans ses agendas depuis 1997 ?

A sa sortie, les éléments de langage sont calés: (1) Il n'est pas mis en examen parce que le dossier est vide; (2) des journalistes et antisarkozystes primaires ont colporté une grossière erreur sur l'agenda de Sarkozy en confondant Betancourt (Ingrid) avec Bettencourt (Liliane). Roooo.... Qu'elle est belle et grosse, la ficelle ! Cette anecdote d'orthographe est loin d'être le coeur de l'accusation et des soupçons. Sarkozy sort comme témoin assisté. La formule est belle. Sarkozy n'a pas besoin d'être assisté pour être témoin. Et le parquet de Bordeaux dément toute confusion des noms confirme: « cette histoire (de confusion Betancourt/Bettencourt) ne figure pas dans le procès-verbal».

L'UMP n'est pas le seul champ dévasté. La démesure frappe partout. Que penser de Pierre Kosciusko-Morizet, le frère de NKM et richissime fondateur de PriceMinister quand il déclare: « A un moment, on a cherché les juifs, maintenant on cherche les riches » ? Un propos repris par Le Monde dans son supplément du 24 novembre. Un propos surprenant franchement ignoble que son auteur a démenti sur Twitter.

Où vont-ils s'arrêter ? 

La démesure est partout
La semaine est instructive: certains critiques applaudissent enfin François Hollande. Le président commence par un couac ... présidentiel - il propose la liberté de conscience aux maires récalcitrants. Oh... pas grand chose, nulle loi, juste un rappel qu'ils peuvent déléguer à d'autres conseillers municipaux s'ils ont des états d'âmes. Hollande dit cela devant des maires, à leur Congrès. C'est le tollé, la rage, l'écoeurement, l'avalanche de tweets en tous genres. Le président entend, reçoit et confirme à des représentants de la cause du mariage gay qu'il ne voulait aucun mal ni malentendu. On loue le retrait, on applaudit la clairvoyance. 

Hollande est capable de dialogue.

Voici qu'il faut répéter: Hollande est capable de dialogue. Il ne gouverne pas à coups de menton. Chez les Sarko-fans, orphelins de ces appels à la croisade donquichotesques toutes les paires d'heures, on traite encore Hollande de mou. Chez quelques opposants de gauche, l'expression gauche molle fait encore florès. Quel sens de l'échange ! On peut critiquer l'actuel président sans recourir à ces caricatures.

Ce dialogue, certains l'attendent à Notre-Dame-des-Landes. Mais on ne sait plus de qui il doit venir. Le lieu, futur terrain du nouvel aéroport de Nantes, est occupé par des « activistes ». L'expulsion, déclenchée vendredi, n'est pas pacifique, loin de là. Blessés de part et d'autre... Les CRS sont aussi casqués et armés sous Valls que sous Guéant. Où est le médiateur ? Qui sont ces activistes ? 

Où allons-nous arrêter?







23 novembre 2012

Les 29 critiques "de gauche" contre François Hollande.

Il fallait bien les recenser. La critique contre François Hollande n'émane pas que de quelques hurluberlus de l'ex-Sarkofrance. Elle vient aussi d'anciens soutiens, de la gauche et d'ailleurs. Et l'on reproche souvent à quelques autres blogueurs dont votre serviteur de ne pas suffisamment reconnaître les critiques adressées à François Hollande.

Voici donc une énumération que nous espérons presque complète de ce qui hérisse ou a hérissé à gauche dans la gouvernance Hollande depuis mai dernier, une énumération qui n'est pas classée par ordre d'importance ni même alphabétique. Mais toutes ces critiques se sont manifestées avec une ampleur similaire.

Quelques commentaires partisans se sont glissées à côté de certaines d'entre elles. 
  1. L'adoption du traité européen, le fameux TSCG.
  2. Le report de l'adoption du droit de vote des étrangers aux élections légales [en fait, la mesure aurait été rejetée par le Parlement réuni en Congrès; Hollande comme Ayrault ont annoncé chercher une majorité des 3/5ème sur le sujet].
  3. Le Pacte de Compétitivité qui ferait la part trop belle aux grandes entreprises, ou qui serait une capitulation devant les chantres de la réduction du du coût du travail.
  4. Les expulsions de Roms
  5. Manuel Valls intuitu personae [lire en particulier Edwy Plenel chez Mediapart]
  6. La poursuite des expulsions de clandestins, malgré l'assouplissement des conditions de naturalisation.
  7. L'extradition d'Aurore Martin vers l'Espagne fin octobre. 
  8. Le projet d'abolition de la prostitution annoncé par Najat Vallaud-Belkacem
  9. Les couacs de communication en cascade l'été dernier
  10. Le refus d'une relance budgétaire
  11. La polémique Geonpi
  12. Le trop faible rabot des niches fiscales [leur coût global est stable même si certaines ont été éliminées et d'autres, plutôt de gauche, votées]
  13. L'insuffisante réforme fiscale
  14. La hausse de la TVA, même quand il s'agit de supprimer au moins partiellement quelques niches fiscales (restauration entre autres)
  15. La loi bancaire qui tarde à venir [ Noël au lieu de juillet... ]
  16. La réduction des dépenses publiques d'une soixantaine de milliards d'euros sur le quinquennat. Environ 10 milliards d'euros ont été votées pour 2013, d'autres 10 milliards doivent suivre pour financer l'allègement de l'IS
  17. L'aéroport de Notre-Dame des Landes,
  18. La prospection pétrolifère en Guyane autorisée en juin dernier
  19. L'irruption de la vie privée de François Hollande, via le rôle ou les interventions de Valérie Trierweiler [ rarissimes depuis le Tweetgate de juillet dernier ]
  20. La tenue d'une conférence de presse à l'Elysée plutôt qu'ailleurs [sic ! ]
  21. La négociation initiée par la direction de Renault pour baisser les salaires alors que l'Etat est actionnaire [ à 15%... ]
  22. La réduction des déficits publics à 3% l'an prochain malgré la récession qui s'annonce [ au lieu de procéder à une relance budgétaire via une revalorisation des minima sociaux et de l'investissement public ]
  23. La prétendue non-stratégie économique de François Hollande, puis, au contraire, la trahison social-libérale (avec comme preuve le recours à des rapports d'experts prétendument affidés au patronat]
  24. Le trop faible recrutement de renforts à Pôle emploi [ 2.000 postes cette année ]
  25. La réduction des effectifs de la fonction publique sur les secteurs autres que la Justice, les forces de l'ordre et l'Education [ promesse de campagne, la stabilité générale ].
  26. Le trop faible coup de pouce accordé au SMIC en juillet dernier... 
  27. La nomination de conseillers à l'Elysée à des responsabilités ayant rapport avec leur activité passé [ on reprochait à Sarkozy ... l'inverse ! ]
  28. Les rencontres discrètes de dictateurs  [ on reprochait à Sarkozy ses rencontres ostentatoires... ]
  29. L'évocation d'une liberté de conscience des maires hostiles aux mariages gays pour qu'ils déléguent la célébration des mariages homosexuels quand ces derniers seront légalisés [ une maladresse reconnue et retirée une douzaine d'heures plus tard après un échauffement remarquable ].

22 novembre 2012

#mariagepourtous: retour sur une hystérie collective





C'est une polémique inattendue et prévisible.

Un cas d'école.


Quand François Hollande s'est exprimé devant les maires de France à leur Congrès mardi dernier, il a déclaré ceci:
« Les maires sont des représentants de l'État. Ils auront, si la loi est votée, à la faire appliquer »;
 « la loi s'applique pour tous dans le respect néanmoins de la liberté de conscience »;
« les possibilités de délégations (d'un maire à ses adjoints) existent et peuvent être élargies »
Les critiques ont été nombreuses parmi les habituels commentateurs et blogueurs que nous sommes.  La Twittosphère, ce nouveau thermomètre de l'excitation de quelques-uns, s'est emballée. Pour les uns, Hollande reculait (encore ?) sur l'une de ses promesses de campagne en accordant la faculté à quelques maires récalcitrants de déléguer à l'un de leurs adjoints le soin de célébrer le mariage. Pour les autres, la démarche créait une brèche dans notre droit républicain et laïc. D'aucuns ont expliqué que la "conscience" n'excusait nullement le respect de nos règles laïques.

1. François Hollande est victime de sa démarche, le dialogue. Contrairement à son prédécesseur, il n'affiche pas le ton volontariste et clivant quand il annonce ce type de réformes sociétales. Il promeut le dialogue. Sa courte déclaration, devant une assemblée de maires dont certains affichaient vouloir partir en croisade contre la mesure se voulait un geste d'apaisement. Rappelez la séquence précédente: pétitions de quelques furieux, hurlements d'une large fraction de la droite classique, déclarations publiques des plus hautes autorités de l'Eglise catholique, appels aux manifestations de rue de Jean-François Copé, etc. Bref, certains ont voulu dramatiser à l'extrême la réforme et les enjeux. Il fallait leur répondre que (1) la réforme serait votée (c'est prévu pour janvier) et (2) il est inutile de crier au loup et à la conscience puisque les délégations de mariage sont prévues dans la loi.

2. Il est normal, prévisible, légitime que ce geste heurte, choque, trouble les plus fervents défenseurs de la réforme, notamment les associations et supporteurs militant de longue date pour cette légalisation. Le sujet leur tient, nous tient particulièrement à coeur. Par ailleurs, la dictature du buzz est une réalité.  Attendre quelques heures ou, pire, une journée, pour recueillir les avis et les éclaircissements est devenu risquéLes réactions négatives s'empilent, s'auto-alimentent, se renforcent les unes les autres. L'observateur distant qui découvrait mardi soir la polémique pouvait croire que François Hollande avait renoncé à la réforme !


3. Comme l'a expliqué l'un de nos commentateurs et confrères, Elie Arié, le président n'aurait pas dû utiliser le terme "conscience" ni l'idée que les délégations d'autorité - qui existent - pouvaient être "élargies." Primo, ça choque inutilement. Secundo, il n'est pas prévu de modification de la loi en matière de délégation. Tertio, notre loi est suffisamment claire et elle s'applique à tous. Si l’ensemble du conseil municipal refusait de célébrer un mariage, il serait dans une position d'illégalité, et, mercredi, Hollande l'a rappelé sans surprise: « La loi doit s'appliquer partout dans toutes les communes de France ». Mercredi après-midi, Hollande a ainsi reçu deux représentants de l'Inter-LGTB pour reconnaître l'erreur et lever tout malentendu. « Il nous a dit qu'il regrettait d'avoir utilisé ce terme et que ce n'était pas un terme approprié », a confié Mathieu Nocent, membre de l'Inter-LGTB et porte-parole de l'association des parents et futurs parents gays et lesbiens, cité par Le Nouvel Obs. « Nous sortons de cet entretien rassurés puisque le terme liberté de conscience ne convenait pas et nous sommes dans des dispositions du droit qui ne vont pas changer.»

4. On a failli oublier que le mariage pour tous ... est actuellement illégal. Certains critiques de la déclaration de François Hollande se sont lancés dans des parallèles un peu courts sur les dérives qu'une telle clause de conscience (qui est par ailleurs une chimère) permettrait aux maires pour des mariages qui ne leur conviendrait pas. L'une des plus emblématiques est ce tweet de Frédéric Martel:
Au final, l'impression est évidemment désagréable.

Cette polémique était vide, incroyablement vide, comme l'explique fort justement mon confrère Gabale. Jamais François Hollande ni quiconque au gouvernement n'a eu l'intention de créer un quelconque "sous-mariage" pour les homosexuels, ni d'ouvrir je-ne-sais-quel clause de conscience dans notre dispositif législatif pour quelques maires réacs.

Le couac présidentiel est indéniable, tout comme l'emballement qui suivit fut une nouvelle manifestation de la situation de non-débat dans lequel une fraction du pays s'est placée.

La faute à qui ?



21 novembre 2012

Expulsions familiales: le changement, c'est pour quand ?

Ce message est un appel de RESF.

Il est relayé comme d'autres le furent, épisodiquement, sur le blog Sarkofrance au début du quinquennat précédent.

L'actuel gouvernement a promis d'abolir sous conditions les expulsions familiales.

Au-delà du débat politique, des témoignages de terrain comme celui-ci restent souvent les plus efficaces pour faire progresser les consciences.

Sans invectives ni ultimatum.

« Le gouvernement de François Hollande tente d’expulser une famille dont les enfants sont scolarisés en France... l'avion n'est finalement pas parti mais la volonté d'expulsion était bien présente. 

Puisque même l'avion, en plus de la population de Culoz, refuse l'expulsion de la famille Pacarizi, le gouvernement et son ministre de l'Intérieur doivent en prendre acte et régulariser cette famille dont tous les frères et soeurs sont en France en situation régulière ou même devenus français.

Récit du départ raté.

La famille Pacarizi est de retour à l'hôtel à Saint Genis Pouilly, à deux pas de la frontière suisse, après avoir été emmenée ce matin à l'aéroport de Lyon Satolas (coût du transport en taxi : 300 euros aller, 300 euros retour).

L'avion Lyon-Pristina avait du retard, la correspondance devenait impossible, le vol a été annulé. Ils ont attendu quelques heures dans les locaux de la PAF. Un enseignant du Collège de Culoz qui voulait leur dire au revoir n'a pas été autorisé à les voir. Ils étaient de retour à l'hôtel après 16 heures et nous ont prévenus par téléphone. Ils n'ont aucune information sur la suite. Les vols Lyon-Pristina ne sont pas quotidiens, loin de là...

Hier soir, nous étions une trentaine à défiler depuis l'hôtel jusqu'au centre de Saint Genis Pouilly, avec banderoles et tambours. Cette manif dans la campagne en pleine nuit, puis dans une ville presque vide, même devant l'hôtel de ville, avait quelque chose d'irréel.

La famille était avec nous, la mère effondrée et épuisée, le père digne et silencieux, les deux garçons jouant et courant comme deux pré-ados, plaisantant en français, tapant sur les tambours. Le soir, ils nous ont dit au revoir avec une certaine gravité. Pourquoi ont-ils accepté de se rendre dans cet hôtel, autrement dit de se jeter dans la gueule du loup (comme le pensait leur avocate), puis de se laisser transporter à l'aéroport ?

Les enseignants de Culoz en ont longuement parlé avec eux. Les Pacarizi ne voulaient pas entrer dans la clandestinité, ni être redevables de leur survie quotidienne à qui que ce soit, pas même leur famille, ils ne pouvaient pas comprendre que la France aille jusqu'au bout de sa volonté d'expulsion...

Et puis, ils avaient peur des risques que la préfecture n'avait pas manqué de leur faire connaître: 3 ans de prison et 10 ans d'interdiction du territoire ! La CIMADE nous a confirmé que ces peines étaient prononcées en ce moment contre ceux qui s'opposent à leur expulsion. Comme leur famille est en France, l'idée de ne plus pouvoir leur rendre visite pendant dix ans les paralyse. Mais ils sont toujours là, et c'est peut-être une ultime chance.

Le conseiller général qui les soutient a téléphoné aujourd'hui au cabinet de Valls avec fermeté. La pétition en ligne a déjà recueilli 654 signatures, et reste très utile.

Faites-la signer à tous vos contacts. Interpellez le gouvernement par tous les moyens.

Merci pour eux,

RESF 01

Rappel : Monsieur et Madame PACARIZI sont originaires du Kosovo, depuis 2010, la famille a construit sa vie dans l’Ain. Les deux enfants sont scolarisés, Neriton a 13 ans, il est en 4ème au collège, Getuart a 8 ans, il est au CE2 à Culoz.

Le 7 novembre, la PAF, Police de l’Air et des Frontières, a averti la famille qu’elle était placée en assignation à résidence avant expulsion. La population de Culoz a manifesté son refus de cette expulsion et son soutien à la famille.

Le 14 novembre, les enseignants du collège ont organisé un rassemblement devant l'établissement; hier soir, ils ont manifesté sur le lieu d'assignation de la famille.

Pour faire savoir que la chasse à l’enfant est aussi inacceptable sous Hollande qu’elle l’était sous Sarkozy :

A l'Elysée : 
Secrétaire général : pierre-rene.lemas@elysee.fr
Directrice de cabinet : sylvie.hubac@elysee.fr
Directeur de cabinet adjoint : alain.zabulon@elysee.fr
Chef de cabinet : pierre.besnard@elysee.fr
Conseiller politique : aquilino.morelle@elysee.fr

A l'Intérieur : 
Directeur de cabinet: jean.daubigny@interieur.gouv.fr
Conseiller yves.colmou@interieur.gouv.fr
Directeur de cabinet adjoint: thomas.andrieu@interieur.gouv.fr
Conseiller immigration : raphael.sodini@interieur.gouv.fr

Copé/Fillon: du chaos au fiasco.





Quelle histoire ! Quelle misère ! Quel spectacle !


Il n'est jamais bon de tirer sur une ambulance, mais celle-ci - l'UMP - multiplie les tonneaux sur la route comme victime d'un mauvais carambolage.

Après une journée de votes internes dimanche dernier, l'UMP a mis une journée de plus à communiquer le résultat du gagnant. Jean-François Copé n'avait pas attendu cette confirmation pour officialiser sa victoire...

Puis, Nicolas Sarkozy a félicité Jean-François Copé pour son élection à l'arraché à la tête de l'UMP. L'histoire ne dit pas s'il a également consolé François Fillon. Le tour se serait joué avec 98 voix d'écarts. Une misère...

On croyait que les plaies se panseraient, même difficilement. Fillon avait pris acte de sa défaite, mais quelques partisans menaçaient de quitter le navire. Leur mentor avait refusé la vice-présidence de l'UMP.

A la rubrique UMP, la justice s'ajoutait au spectacle. Le même Nicolas Sarkozy devait revoir le juge, l'un de ceux qui enquêtent sur ces affaires de l'ancien quinquennat. En l'occurence, l'ancien monarque risquerait la mise en examen dans le dossier Bettencourt.

Et Mediapart nous rappela les amitiés du sieur Copé. Le domicile de François Léotard, ancien ministre de la Défense entre 1994/1995,  venait d'être perquisitionné dans l'affaire Karachi. Jean-François Copé était l'homme de la piscine, cette piscine de l'ami Ziad Takieddine que ce dernier lui prêtait à Antibes entre 2003 et 2005. On se souvient du cliché publié par Mediapart en juillet 2011. L'homme d'affaires est déjà mis en examen pour différents motifs dans le volet financier du Karachigate. Copé aida souvent son ami. Notamment quand il était ministre du Budget de Jacques Chirac et que Takieddine pourtant millionnaire grâce à des contrats de ventes d'équipements militaires français était exonéré d'impôt sur le revenu en France.



Mais mercredi 21 novembre, nouveau coup de théâtre. 

D'après Reuters, la réintégration des votes de Wallis, Nouvelle-Calédonie et Mayotte permettait à Fillon de passer devant Copé ... avec 26 voix d'avance ... Fillon demandait à Alain Juppé d'assurer de façon transitoire la direction de l'UMP (AFP) tandis que son équipe de campagne, Eric Ciotti en tête, contestait officiellement l'élection de Copé et revendiquait la victoire (AFP).

Au final, cette désagrégation du premier parti du pays est une mauvaise nouvelle pour la démocratie, et un (maigre) soulagement pour la gauche.

L'UMP est sans gouvernail.

On peut imaginer que les Copéistes ne se laisseront pas faire. Même si François Fillon l'emportait in fine, le parti est scindé en deux bataillons d'environ 90.000 supporteurs. Qu'en pensent la centaine de milliers d'abstentionnistes UMP ?

Marine Le Pen, qui osa qualifier les deux prétendants de candidats de centre-gauche dimanche dernier, peut se frotter les mains.

Eric Ciotti avait finalement raison: « le débat démocratique n'est pas dans notre culture à l'UMP ».

Pourquoi on se fiche de Moody's ?


L'agence a donc dégradé la note de la France. L'agence ne faisait que suivre, avec 10 mois de retard, sa concurrente Standard and Poor's qui avait fait de même le 13 janvier dernier.

A l'époque, la Sarkofrance avait tremblé.

Aujourd'hui, tout le monde s'en fiche, ou presque.

1. Nous n'avions pas besoin de Moody's pour découvrir que le pays va mal. On s'en doutait. Le ministre des finances Pierre Moscovici a rappelé que l'héritage ne s'efface pas en 6 mois. Jusqu'en mai dernier, le clan Sarkozy invoquait encore le bilan des 35 heures votées il y a 14 ans ! Autant dire que la gauche a de la marge pour évoquer la décennie UMPiste écoulée... Pour en revenir à Moody's, l'annonce n'a donc créé aucun choc.

2. La France n'a aucune difficulté à emprunter sur les marchés. Dans le marasme ambiant, les titres français restent des valeurs relativement appréciées, presque refuge: « Le marché de la dette française est très liquide et reste un placement de référence pour les investisseurs internationaux, notamment dans un univers financier où le 'AA' devient la norme dans les grands pays occidentaux » déclarait un gestionnaire de fonds à l'Expansion. Mieux, alors que les Sarko-boys nous prédisaient la faillite du pays dans les quinze jours suivant la prise de fonction de François Hollande, l'agence France Trésor - qui gère les emprunts publics - pouvait même emprunter à taux négatifs ! Après la décision de Moody's, le rendement des obligations à 10 ans émises par la France est resté proche des plus bas historiques, à 2,11%. 

3. Les agences de notation sont presque sorties du discours politique officiel. Dans sa dernière année élyséenne, Sarkozy ne cessait de brandir la menace de la dégradation. Le 13 janvier dernier, la décision de SP avait du coup créé choc, énervement et déception à l'Elysée. Nicolas Sarkozy ne cessait depuis 18 mois d'invoquer la défense du Triple A, le nouveau Graal de son action politique. Pendant la campagne et depuis son élection, François Hollande s'est bien gardé d'invoquer les agences de notation à tout bout de champ. Non pas qu'il se fiche du redressement des comptes publics. Pas moins de six textes financiers ont été votés et/ou examinés depuis 6 mois.  Mais Hollande invoque d'autres arguments que ce grand méchant loup.

4. En janvier, « les explications de Standard and Poor's contredisaient des mois d'argumentaires élyséens: la règle d'or ne servait à rien » écrivions-nous alors. A l'époque, SP expliquait que les tensions systémiques européennes étaient trop fortes, que la France était fragile, et que le sommet européen de décembre 2011 n'avait pas été concluant car il ne fournissait pas « de ressources supplémentaires suffisantes » ni « la flexibilité opérationnelle pour soutenir le sauvetage européen» .

A l'inverse, les explications avancées par Moody's confortent partiellement l'argumentaire gouvernemental actuel. Il suffit de lire le texte du communiqué qui accompagne cette décision. Primo, Moody's regrette, à nouveau, la perte de compétitivité de l'économie française et « les rigidités durables des marchés du travail, des biens et des services ». Deuxièmement, elle souligne que les perspectives de recettes fiscales sont menacées par la trop faible croissance économique. Troisièmement, l'exposition du pays au risque de nouveaux chocs dans la zone euro est toujours préoccupant, d'autant que les engagements français au sein du MES se sont fortement accrus. Sans rire, l'agence explique aussi qu'à la différence d'autres pays de même notation hors de la zone euro (par exemple le Royaume Uni), « la France n'a pas accès à une banque centrale nationale pour financer sa dette en cas d'une disruption du marché financier.» Notre confrère Hervé Nathan, sur Marianne.net, suggère ainsi à Hollande d'engager rapidement une « renationalisation de la dette »

Ensuite, l'agence loue les efforts entrepris par le gouvernement Ayrault: « l'ampleur limitée du mouvement sur la note reflète aussi la reconnaissance par Moody's des travaux en cours du gouvernement sur un programme de réforme visant à améliorer la compétitivité du pays et les perspectives de croissance à long terme. »

Nul doute que certains utiliseront cette dernière et maigre louange pour crier à nouveau combien François Hollande gouverne pour les agences... Ce sera si facile.

La vraie question reste celle de l'austérité.

Moody's confirme noir sur blanc que cette dernière politique, qu'elle recommandait comme ses consoeurs, ne mène à rien.


20 novembre 2012

UMP: Sarkozy a-t-il préparé le fiasco ?


Nicolas Sarkozy ne voulait pas partir. C'était la seule conclusion que nous pouvions tirer du fiasco électoral à l'oeuvre à l'UMP.

Quand il s'est retiré, au soir du 6 mai dernier, il était difficile d'imaginer qu'il oeuvrerait à la transition du pouvoir au sein de son ancien parti. L'UMP n'avait plus de président depuis qu'il était lui-même président de la République. Car la Sarkofrance et l'UMP ne faisaient qu'une et indivisible depuis mai 2007. Réunions de travail, points hebdomadaires, rencontres avec les parlementaires, tout se faisait dans les locaux même de l'Elysée. Les orangeades, cafés et petits-fours étaient offerts par la République reconnaissante au premier parti de France.

Quand il s'est retiré, on le savait trop narcissique pour aider ses proches à reconstruire un outil de reconquête électorale pour 2017. Il s'imaginait en recours caché. Sarkozy, jeune comme de Gaulle en 1946, attendait son mai 1958 entre la plage du Cap Nègre et les richissimes villas marocaines ou canadiennes que des milliardaires lui prêtaient. Son RPF (*) était logé entre la rue de Miromesnil et la Villa Montmorency à Paris.

A minima, on espérait que Sarkozy aurait mis les formes. Une association de financement de son action avait été créée par quelques proches reconnaissants. C'était l'un de ses obscurs micro-partis personnels qui fleurissaient un peu à gauche mais surtout à droite depuis une décennie. On espérait que Sarkozy soutiendrait Copé ou Fillon. Le premier n'était pas vraiment sarkozyste mais il avait repris toute l'antienne extrême-droitière de l'ami Patrick Buisson. Le second était un fidèle premier collaborateur trop faible pour critiquer le bilan, trop fier pour se retirer après la défaite.

La recomposition interne de l'UMP fut étonnante: Alain Juppé, la figure tutélaire du chiraquisme, refusa de s'engager. Une fraction des plus à droite du parti (le Monsieur Sécurité Eric Ciotti, le chantre du Cancer social Laurent Wauquiez) s'engagèrent auprès de François Fillon. Des centristes tels Jean-Pierre Raffarin préfèrent Jean-François Copé pour son sens du débat interne... Ahem...

Lundi vers 23 heures, plus de 24 heures après la clôture des votes internes, le résultat était enfin proclamé. Jean-François Copé, le candidat prétendument inattendu, l'emportait de peu et son rival lui concédait la victoire.  Copé président de l'UMP, c'était l'aboutissement d'un jusque-boutisme qui favorisera la recomposition du centre.

Ou pas.

Sarkozy recevait beaucoup, téléphonait souvent, mais ne soutenait personne. En fait, nous comprîmes trop tard, dimanche 18 novembre dans la soirée, qu'il faisait campagne pour le bordel à l'UMP et lui-même en 2017.

Ce Congrès de Reims version UMP avec triches, menaces et déchirements, il l'avait voulu, souhaité, favorisé.

Merci Nicolas.

Nous t'attendons.




(*) Rassemblement du Peuple Français créé par le général de Gaulle en 1947

19 novembre 2012

Copé-Fillon: le pire est arrivé



Qu'il est loin le temps où les mêmes, ces leaders et petits ténors de l'UMP, se moquaient rageusement des primaires socialistes.

L'UMP s'est inventé des élections internes avant l'heure pour départager les héritiers après la reddition du Monarque. Si le spectacle fut parfois affligeant, le résultat final est à l'avenant. A l'aube du lendemain du scrutin, les deux rivaux clamaient victoire !

Vu de gauche, nous avons l'habitude des petites phrases, des coups bas ou coups tordus. Même les primaires écologistes, en juin 2011, furent parfois croquignolesques. Cette fois-ci, les militants étaient un peu moins de 300.000 à voter. Comme pour le Parti socialiste, l'échantillon est trop faible, le scrutin repose sur des milliers de strates intermédiaires où les facultés de manipulations sont trop nombreuses.

Cette semaine encore, Eric Ciotti avait répété cette antienne, largement reconnue: « le débat démocratique n'est pas dans notre culture a l'UMP ». 

Sans rire...

Outre l'élection d'un président, l'UMP jaugeait ses forces internes. Six motions s'affrontaient ce dimanche pour le soutien des militants. Mais la course aux faveurs s'était globalement déroulée dans le sillage de la campagne extrême-droitière de Nicolas Sarkozy de mai dernier.

Le jour du vote, Alain Juppé a annoncé qu'il avait donné sa procuration ... pour voter blanc. Fichtre... Quelle meilleure position pour expliquer que cette élection ne servait à rien, ne départageait rien d'autre que des ambitions individuelles ? L'ancien ministre et ancien président de l'UMP était injuste. Il y avait bien quelques différences. Même si François Fillon s'était laissé embarqué dans la course à l'extrême droitisation du parti conduite par Jean-François Copé, il marquait quelques différences avec son rival.

Lui au moins avait été premier ministre de Nicolas Sarkozy...

L'ancien monarque se refusait officiellement de soutenir l'un ou l'autre. Mais Brice Hortefeux - l'ami de 30 et quelques années - et Jean Sarkozy - le Prince héritier - avaient annoncé la couleur: ce serait Copé...

Le soupçon de la fraude est venu rapidement. Dimanche fut un grand jour. La députée Michelle Tabarot, soutien de Copé, dénonçait d'évidentes fraudes dans le Sud... On souriait. Les mêmes dénonçaient la RoseMafia et n'étaient pas capables d'organiser un scrutin interne sans contestation aussi grave... « Nous avons identifié de nombreuses difficultés dans les bureaux de vote des Alpes-Maritimes ».

Les communiqués des comités locaux se sont succédé les uns aux autres pour annoncer la victoire de leur champion... A Paris, les pro-Fillon s'estimait gagnante dans les 1er, 3e, 9e, et 17e arrondissements. 

Les deux camps s'estimaient encore vainqueurs quelques minutes après 20 heures. Il était trop tard pour crier victoire dans les journaux télévisés. Sur 41 000 bulletins dépouillés, la « team » Copé se donnait une avance de 500 voix. Puis celle de Fillon annonça le contraire quelques minutes plus tard. Un peu avant 21 heures, c'était Copé qui tenait à nouveau la corde, moins de 2.000 voix d'avance sur 60.000 suffrages. Vers 21h30, le dépouillement dépassait les 120.000 bulletins. Copé était encore en avance.

Le dépouillement a duré. Plus tard, l'équipe du secrétaire général dénonça des fraudes à Nice et dans le XVIème arrondissement de Paris. 

Dans la nuit, Copé puis Fillon clament officiellement victoire... Aucun des deux n'appelle l'autre pour s'expliquer.
«Les militantes et les militants de l'UMP viennent aujourd'hui de m'accorder une majorité suffisante et de m'élire comme président» Jean-François Copé
«Je ne laisserai pas voler la victoire aux militants. Je ne lâcherai rien.» François Fillon
Vers 4 heures du matin, la fameuse COCOE, la commission interne du parti chargée de veiller au bon déroulement de l'élection, interrompt ses travaux. Plus de la moitié des suffrages ne lui ont pas été remontés ! Valérie Pécresse, soutien de Fillon, confie son désarroi sur Twitter: « Contestation à la Cocoe de tous les departements favorables à FF par les représentants de JFC...Bloquage total. »

Peu importe le gagnant, la victoire sera trop serrée, la campagne a été trop rude pour qu'il n'y ait aucune séquelle.