6 novembre 2012

Ces lobbies qui achètent l'opinion



Ils se sont appelés les 4 Millions. Ils se sont offerts une large page de publicité acquise dans quelques journaux de la PQN.

S'agit-il d'une cause humanitaire ? Que nenni !

En bas de page, les auteurs signent leur forfait: le syndicat des entreprises de services à la personne; le syndicat des autoentrepreneurs, l'organisation patronale Ethic présidée par Sophie de Menthon, et le Syndicat des Particuliers Employeurs.

En cause, le durcissement de la fiscalité des emplois à domicile. L'accusation est directe, contre le gouvernement et les députés qui le soutiennent. Le slogan ne prête à aucune confusion, il est politique: jamais une loi n'aura créé autant de hors-la-loi.  Ces auteurs prédisent un large recours au travail au noir puisque la loi de finances pour 2013 et celle de financement de la Sécurité sociale prévoit un relèvement des cotisations sociales (ou plutôt la suppression du choix du régime de cotisation par l'employeur - forfait ou réel), et surtout le plafonnement en valeur absolu des niches fiscales à 10.000 euros par foyer et par an. Or nombre de cotisations sociales patronales des particuliers-employeurs leur étaient remboursées de la sorte.

Cette prise de parole très politique n'est pas nouvelle.

Nous avions l'habitude de lire distraitement ces encarts publi-rédactionnels à la gloire de quelques autocraties africaines ou moyen-orientales dans la PQN. Combien d'articles à la gloire des ministres de l'exportation ou du commerce des Ben Ali, Kadhafi, Biya et consorts ? Ces publicités-là n'avaient pas grand effet sur l'opinion publique. Elles ne visaient qu'à rassurer les sphères politico-économiques sur la stabilité et la prospérité de ces régimes. Elles n'avaient pas grand chose à voir avec cette multiplication récente des interpellations ciblées et par voix de presse de quelques lobbies.

On se souvient de ce gestionnaire de fortune qui s'acheta une pleine page dans Le Monde et le Figaro en plein été pour crier sa crainte d'être « tondu » par l'équipe Hollande. Il fustigeait certaines dispositions fiscales - non encore votées ni même débattues.

Plus récemment, un député socialiste, nouvel élu qui ne faisait que son travail de parlementaire, a été nommément ciblé par la multinationale McDonald's. A nouveau, l'arme utilisée par le géant du fast-food fut également une pleine page de publicité dans cinq quotidiens: « Encore un petit effort Monsieur Thévenoud, vos chiffres sur l'utilisation de l'argent de la baisse de la TVA par McDonald's sont presque bons. » En cause, un rapport signé par le dit Thévenoud sur l'impact de la baisse de la TVA sur la restauration, l'une des plus grosses niches fiscales françaises ! Le député ne fut pas en reste. Il répliqua par une tribune - gratuite - publiée par Libération deux jours plus tard.

Ces prises de parole sont inquiétantes. Si l'on voulait se rassurer, on s'imaginerait que cette expression ne devient publique que parce que les habituelles pressions discrètes dans les couloirs de l'Assemblée ou des ministères font moins recettes.

Si l'on est réaliste, on doit s'inquiéter de cette américanisation du débat politique. Tous les groupes de pression ne sont pas logés à la même enseigne. Aux pauvres et aux précaires, la rue, les cris, les manifestations. Aux lobbies privés et aux grandes entreprises, la publicité dans la presse, les réseaux sociaux et demain, qui sait ?, la télévision ou la radio.

Qui contrôle ?


12 commentaires:

  1. et toujours le même pujadas sur la 2

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  2. Pourquoi contrôler?

    Je n'ai pas vraiment l'impression que les journalistes soient en majorité de droite. C'est même plutôt l'inverse.

    Je ne pense pas non plus qu'il n'y est que d'un coté le peuple et de l'autre l'état. Il y a tout un ensemble de corps intermédiaires (syndicat, associations) dont font aussi partie les entreprises. Pourquoi voulez-vous les empêcher de parler? Parce que ce qu'elles ont à dire vous déplait?

    Et pour finir, si vous souhaitez limiter la prise de la parole, faite bien attention qu'on ne commence pas par limiter celle des blogs.

    Votre position est assez paradoxale: quand ça vous plait c'est forcement l'expression du peuple-souverain-merci-de-circuler-il-n'y-a-rien-à-voir mais quand ça ne vous plait pas c'est forcement le fruit des pressions injustes d'un quelconque lobby.

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  3. Pourquoi les syndicats ne répliquent-ils pas ? Une belle page de pub eux aussi, non ? (j'ignore l'état de leurs caisses)

    On assisterait à un genre de "ad fighters" ^^

    Au delà de ça, moi j'aimerais que tous ces gens m'expliquent comment ils comptent combler le déficit français sans vraiment participer alors qu'ils braillent à ce propos sans arrêt. IL faut le faire mais ça doit être l'autre qui paye, pas moi.

    Ha oui, pardon, les dépenses de l'état. Les fonctionnaires ? Très bien. Ceux-ci vont s'offrir une page de pub ? Les très riches ? Hop une page de pub avec Bernard Arnault en photo "le rêve français détruit"?

    L'augmentation de la tva ? Verra-t-on les français, à travers une pétition par exemple et un compte paypal, cotiser pour s'offrir une page de pub eux aussi et argumenter sur l'impact dramatique d'une hausse de la tva ?

    Verra-t-on disparaître Vuitton, L'Oréal des journaux et assister à une bataille d'encarts ?

    Qui va financer si on ne décide pas de s'y coller tous ensemble, chacun à notre niveau ?

    Je raisonne certes par l'absurde mais à un moment donné si chaque "communauté" se bat pour son propre compte à coup de pubs, je ne vois pas comment on peut s'en sortir.

    On a décidément bien perdu de vue le "bien commun"...

    (Note fais-moi penser à organiser quelque chose pour les mères célibataires :p)

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  4. Bonjour les enfants, c'est Justice.

    Je représente le lobby des guitaristes de delta blues, j'avais l'intention de faire une pétition sur le net pour réclamer une baisse de la TVA sur le prix des cordes de guitare électrique, histoire de faire chier le monde comme Sophie de Menthon qui gère des centres d'appel au magreb et qui passe son temps à donner des leçons de patriotisme (ah ah ah je me marre, quel salope..) ainsi avec l'argent je l'investirais à l'étranger comme Charles Beigbedder, autre grand patriote. Allez barrez vous.

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  5. Et si finalement, on avait fait un débat "Déterminez quelle sera votre participation pour combler le déficit". Combien êtes vous prêt à payer pour que votre pays s'en sorte ? Pendant combien de temps ? Débat concernant tous les français de plus de 18 ans. On peut imaginer la même chose avec les entreprises.

    Même si la réponse aurait été désespérante, au moins les Français se seraient rendus compte de leur propre médiocrité en la matière.

    Il serait peut-être temps de responsabiliser les gens. La démocratie participative, c'est possible de nos jours.

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    1. Très bonne idée ce débat, Gérard Longuet va encore faire un tabac !

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  6. Mon cher Juan
    Je pense que vous en avalez des couleuvres, en vous efforçant de justifier ce qui est en train de se passer. Ce que nous, gens de gauche,nous avions prévu tout en espérant au fond de nous qu'il y aurait d'heureuses surprises. Hé bien non,nulle surprise, bien au contraire . Les évènements dépassent largement nos craintes .
    Ne vous posez vous pas de question quant à ces audaces, ces avalanches de revendications, d'exigences , d'ultimatums,auxquelles se croient autorisés les pigeons, les patrons, les lobbies de tout genre, à partir d'arguments la plupart du temps faux et mensongers?
    Qu'est ce qui les autorise, voire les encourage si ce n'est la faiblesse d'un pouvoir qu'ils sentent prêt à céder (et qui cède) à leurs pressions.
    En quoi rançonner le peuple un coup de plus et durement, pour soi disant améliorer la pseudo compétitivité des entreprises améliorera-t-il quoi que ce soit? Depuis le temps qu'on diminue les contributions des entreprises à la vie sociale du pays quels résultats a-t-on obtenus de ces exonérations? Pourquoi ce pouvoir dont on voit bien qu'il n'a de gauche que l'étiquette s'engouffre-t-il dans ce cul de sac? Par manque de courage ou par idéologie libérale?
    Je ne pense pas qu'il faille faire comme si tout allait bien.C'est comme cela qu'on va le plus sûrement vers la catastrophe.

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    1. Bien d'accord avec vous. Ils cèdent on ne peut plus facilement a des lobbies constitués par quelques personnes, sans oublier qu'ils sont allés faire allégeance à l'université d'été du MEDEF (ce qui vaut largement le coup du Fouquet's de Sarkozy car ce n'est pas le bistrot de luxe qu'il fallait voir à cette époque-là, mais ses occupants avec qui Sarkozy a fêté son élection).

      Si le peuple descend dans la rue, nul doute que les CRS seront là pour donner de la matraque et du lacrymogène.

      Depuis 1981, le PS a trahi la classe ouvrière, la classe moyenne, la majorité des gens qui font se Pays, quoi, et il n'y a aucune raison que cela cesse. Un traitre reste un traitre.

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    2. Moi je traiterais pas Ayrault de traite, ni de 5èmè colonne elle est déjà passée, mais le pays est coulé, c'est plié, et les leviers pour le redresser ont étés vendus ou privatiser ou même délocalisés, éviter le bain de sang et faire du bla bla, c'est son job maintenant.
      Bon Ayrault c'est pas la Compagnie Créole niveau ambiance, mais il est bien élevé lui au moins, il nous chie pas sur la gueule toutes les semaines comme l'autre con.

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  7. Avec ces sous dépensés pour leur pub, ils ne vont quand même pas déclarer leurs employés maintenant? Ils sont pas pauvres à ce point?
    Je vais les plaindre, moi...

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  8. Des sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon dans Politis en septembre 2011 : "Pour nous les riches mènent une « guerre des classes », qui vise à réduire au minimum les coûts du travail. Ils utilisent la dette et le déficit comme armes pour détruire les services publics, maintenir des salaires bas... Cette « guerre des classes » s'accompagne d'une guerre psychologique".

    Eh, oui, ils ont l'argent, les postes-clés, les réseaux, les médias (propriétaires, non ?) ... et ils les utilisent à fond. Franchement, ils auraient tort de se gêner et d'ailleurs, ils ne se gênent pas.

    Quand je pense qu'il y a des nigauds ou des cervelles d'oiseau qui défendent les mêmes idées que ces gens-là ....

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  9. Extrait de La Boîte à Idées, dont M. Thiard, co-auteur du rapport Gallois, est un des représentants UMP :
    Pierre-Emmanuel Thiard (29 ans, Fédération de Paris), est haut-fonctionnaire et enseigne à Sciences-Po. Ancien président de l’UMP Sciences Po entre 2004 et 2005, il a été co-rapporteur des groupes ayant travaillé sur les questions économiques, les finances publiques et la politique industrielle dans le cadre de la préparation du programme présidentiel de Nicolas Sarkozy.

    On vit vraiment dans un monde formidable !

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