8 novembre 2012

Pourquoi le mariage gay attire autant de caricatures.


La prochaine légalisation du mariage homosexuel tient déjà toutes ses promesses. Les critiques caricaturales s'accumulent, et même d'où on ne les attend pas.

Et les autorités religieuses ont aussi commis l'inévitable maladresse ultime de s'inviter brutalement dans le débat.

Religieux en rage
Ce n'était qu'une promesse de François Hollande. Nul reniement ni revirement, donc; simplement l'application d'un élément de son programme de campagne. Et ce mercredi 7 novembre, la mesure était adoptée en Conseil des ministres. Il y en a pour penser que le gouvernement hésite.

Il était prévisible que nos Eglises de France se choquent. Ce projet est contraire aux représentations officielles du couple dans toutes les religions du pays. On aurait pu espérer que quelques esprits croyants éclairés réalisent qu'une telle ouverture du mariage civil pourrait mieux différencier l'importance symbolique de leurs unions religieuses.

En vain.

Après les propos outranciers puis démentis d'un cardinal Barbarin, Monseigneur André Vingt-Trois,  a « sonné la charge » dimanche 4 novembre, devant un parterre de confrères: « Imposer, dans le mariage et la famille où la parité est nécessaire et constitutive, une vision de l'être humain sans reconnaître la différence sexuelle serait une supercherie qui ébranlerait un des fondements de notre société et instaurerait une discrimination entre les enfants. »

Mais au final, de quoi se mêle-t-il, cet archevêque ? Que ne reste-t-il cloitré dans son domaine des cieux ? Seul le mariage civil est reconnu en France qui, rappelons-lui, est une République laïque. La légalisation du mariage gay détachera enfin, symboliquement et totalement le mariage civil de la sphère religieuse.
« Nous ne touchons pas à la Bible, nous touchons au Code Civil »
Christiane Taubira, 7 novembre 2012.
Sans surprise, la quasi-totalité de la droite politique a suivi ces hiérarques catholiques.

Valérie Pécresse, l'une des supportrices du candidat François Fillon rappelle sa position, dès dimanche, après la déclaration de l'archevêque: « Nous, nous ne sommes pas favorables au mariage homosexuel (...) non pas parce que nous ne sommes pas favorables à la reconnaissance de l'amour des couples homosexuels mais parce que ça touche à la filiation et que nous ne voulons pas voir disparaître la référence au père et à la mère dans le code civil ». Le mercredi suivant, Serge Dassault, l'industriel propriétaire du Figaro et sénateur UMP, grand amateur de formules qui tachent, nous lâche sur France Culture: « Y'a plus de renouvellement de la population à quoi ça rime ? On veut un pays d'homos ? Dans dix ans y'a plus personne, c'est stupide.» On ne touche plus le fond, mais les sous-sols.

La messe était dite.

Plus sexy que les traditions, il y avait la science et les droits de l'enfant. Le Figaro Magazine nous avait exhumé un militant et pédopsychiatre qui affirmait qu'un enfant devait pouvoir « s'originer », fut-ce dans une famille hétérosexuelle démembrée.

Caricatures
On accuse aussi la gauche de vouloir réécrire les manuels d'histoire pour revaloriser l'homosexualité. La critique vient même ... de la la gauche. Certain(e)s se troublent: «Pourquoi faut-il que, même à gauche, des ministres se mêlent du contenu des manuels scolaires ? En quoi Najat Vallaud-Belkacem est-elle légitime pour affirmer que l’homosexualité de Rimbaud explique une grande partie de son œuvre ?» titre Rue89, le site affilié au Nouvel Obs.

La ministre et porte-parole du gouvernement avait osé cette remarque, un sacrilège: « Aujourd’hui, ces manuels s’obstinent à passer sous silence l’orientation LGBT (lesbien, gay, bi et trans) de certains personnages historiques ou auteurs, même quand elle explique une grande partie de leur œuvre comme Rimbaud. » Et voici certains d'allonger la sauce, d'enchaîner la prose comme si la ministre avait annoncé une prochaine réécriture des manuels scolaires.

Rue89 renvoie en fait vers un autre billet, plus accablant, publié par RAGEMAG contre Caroline de Haas, conseillère en charge des relations avec les associations et de la lutte contre les violences faites aux femmes auprès de la ministre Najat Vallaud-Belkacem. En cause, elle en ferait trop pour les droits des gays.

La charge fut violente, aussi violente que la critique s'avère finalement vaine.  La cause - la légalisation du mariage gay - ne serait pas en cause. Mais il faudrait la jouer discret, cesser de proclamer autant d'urgence sur un sujet prétendument évident. Ainsi écrit l'auteur de RAGEMAG:
« L’exemple du « mariage pour tous » est révélateur de la stupidité ambiante : des guenons et des macaques font une bataille de boue. Le citoyen, au milieu, s’excuse de s’inquiéter pour son pouvoir d’achat. Disons-le sans ambages : le mariage pour tous peut bien passer, non parce que cela va dans le sens de l’Histoire – il n’y en a pas – mais simplement parce qu’il n’y a aucun bon argument contre.»
Fichtre !

Quelle ignorance du monde! Les discriminations contre l'homosexualité commencent jeune, très jeune.

Pourquoi ne pas reconnaître ce besoin de dé-passionner, dé-stigmatiser le débat dès l'adolescence ?

Il y a ensuite l'autre argument. Le gouvernement devrait être mono-sujet. Variante du « it's the economy, stupid ! » que nous proclamions contre Nicolas Sarkozy quand il nous lançait à la figure et sans crier gare son débat sur l'identité nationale, certains estimeraient donc que la Grande Crise exclurait toute avancée sociétale. Quel choix ! La crise, protéiforme, frappe tout. Elle favorise déjà les clivages, aggrave les inégalités, facilite les caricatures. Elle sert d'argument régulièrement invoqué comme une technique bien facile de management du plus grand nombre.

Pourquoi donc se priver d'avancées de nos libertés publiques ?




10 commentaires:

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  2. Une façon d'appaiser les débats serait justement de permettre les conditions d'un vrai débat démocratique ; c'est-à-dire avec un vote à la clé. Comme cela peut se passer aux Etats-Unis au niveau des états [ http://www.24heures.ch/monde/Mariage-homosexuel-adopte-et-marijuana-legalisee/story/31357880 ].

    En l'état actuel des choses en France, il s'agit d'un passage aux forceps sans aucune légitimité (j'ai voté "Hollande" -- le moins pire des bulletins -- et cependant je suis philosophiquement opposé au mariage pour couple homosexuel alors que j'étais et reste archi-favorable au Pacs, voire à un Pacs amélioré) pour le motif qu'il s'agit là aussi d'un symbole civilisationnel qui n'appartient pas à un parti mais à l'ensemble des membres du corps électoral. Pour satisfaire 2500 demandes par an on crée les conditions d'un passage en force qu'on aimerait pouvoir qualifier de rétrograde en matière de fait démocratique !

    Il conviendrait de prendre les problèmes dans le respect d'une certaine hiérarchie : améliorons d'abord le fonctionnement démocratique ; et ensuite avec un outil démocratique valide, opérationnel, abordons les différentes questions de société pour en décider rationnellement et démocratiquement. Pas de décision législative concernant des évolutions sociales majeures à la Pyrusse !

    Il y en a vraiment assez de ces programmes fourre-tout où on est censé adopté l'ensemble quand on glisse un bulletin dans l'urne. c'est du tout ou rien : c'est se moquer du monde ! Prendre les uns et les autres pour des pigeons !

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    1. Tout à fait d'accord.
      La démocratie ne devrait pas se résumer à un seul geste : glisser un bulletin dans une urne tous les 5 ou 6 ans, geste suivi d'une hibernation de la même durée pour tous les citoyens- marmottes. Entre-temps, ne vous inquiétez pas, on s'occupe de tout !

      Cela ressemble bien à une confiscation du pouvoir par les élites, non, d'autant que nous sommes dans un système où les politiques sont des professionnels, des professionnels cumulards en plus. L'on peut ajouter l'absence de représentativité sociale et des genres chez nos élus et dans nos assemblées. Alors, qu'est-ce qui autorise "la représentation nationale" à décider de tout en notre nom, y compris en ne respectant pas la Constitution (vote du TSCG) ou en s'affranchissant de nos votes (en 2005 pour le traité de Lisbonne) ?

      En outre, pour certains, nous ne devrions pas non plus critiquer le candidat(ou la liste) pour lequel nous avons voté. Là, je tombe à la renverse. Ce serait donc ça la démocratie moderne ?

      Il serait peut-être temps d'instiller plus de démocratie dans ce système oligarchique, qui verrouille le système. Personne ne demande des consultations "à tout bout de champ", mais bien des sujets mériteraient d'être débattus avant d'être soumis au vote.

      Au lieu de cela, les décisions nous sont imposées et sur-vendues à grand renfort de communication matin, midi et soir !







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  3. Je suis un des touts premiers pacsés de France, je pourrais en dire… Mais je préfère le silence ! Bizoux mon Juan !

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  4. Le souci n'est pas dans le mariage entre personnes du même sexe mais ce que cela entraine, l'adoption voire la PMA, sans parler des revendications qui commencent déjà au sujet de la polygamie (trouples, polysexualité). On ouvre la boite de pandore.

    Et comme d'hab' tout le monde s'en fout des enfants. On parle de droits, de liberté, d'égalité... jamais de devoir.

    Doutes à lever:
    Il y a des doutes à lever concernant les enfants qui grandiront dans ces familles. Pas que ce soit automatiquement négatif mais personne, je dis bien personne, n'a jamais rien prouvé ni dans un sens ni dans l'autre. Les études sont soit sur quelques couples homos choisis par des assos LGBT (bonjour l'impartialité) soit tout autant traficotées pour assombrir les conclusions.
    Vous avez un doute sur les OGM vous demandez un moratoire, vous avez un doute sur un médicament, il faut l'interdire...
    Et là on fermerait les yeux. Bah de toute manière en cas de souci ce sera bien un "politique" qui trinquera... Irresponsable ! Cette irresponsabilité (d'autres nomment cela égoïsme ou surdité) n'augure rien de bon.
    Nous devons éclairer le devenir des enfants de famille homoparentales. L'aspect santé (psy, impact de ne pas voir -de ne jamais avoir eu- de mère) et l'aspect famille (quid de la filiation, des famille recomposées).

    Egalité, Liberté, Droits:
    On entends que cela partout. Que vaut des droits sans des devoirs, la liberté sans la contrainte, l'égalité sans la différence. Le Devoir qu'à la société envers ses enfants (art 3 droits de l'enfant) on s’assoie dessus, on rigole, on s'enthousiasme, on va pouvoir faire chier le maire !
    Bien sûr que les couples homos ont des droits légitimes, le débat n'est plus là depuis belle lurette malgré ce qu'on veut nous faire croire (hou les vilains homophobes). On a tous des amis homos et tout va bien (bizarre, d'ailleurs aucun des miens ne réclame quoi que ce soit).
    Oui à des "unions civiles" ou autre vocable. Le Mariage entrainant des droits (décidément...) à adopter c'est autre chose.

    Puissions-nous ouvrir notre coeur:
    nous DEVONS, nous la société, faire les études nécessaires sur la "nouvelle" famille et en débattre contradictoirement dans des Etats Généraux. Des spécialistes, des éducateurs, des représentants des familles, des cultes, des associations, des médecins. Et peu de politiciens svp.
    Ne faisons pas comme pour certains médicaments qui on fait bcp de mal avant d'être retirés. Etude avant, décision après.

    Puissions-nous élargir notre réflexion:
    nous DEVONS, nous la société, être consensuels sur une telle modification de la société. Vous êtes pour ? les sondages sont propices ? Montrons que les français acceptent très majoritairement ce changement, qui impacte la notion de famille, par un référendum.
    Qu'on arrête avec l'engagement 31, chacun sait ce pourquoi les français ont voté (pas pour mais contre), aucun n'est un blanc-seing.
    Et surtout cela sécurise les familles homoparentales car personne ne reviendra dessus même en cas de retour de la Droite.


    Les apprentis sorciers du risque mal calculé c'était avant, le sérieux et la responsabilité c'est maintenant. Non ?

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    1. Personne ne reviendra sur la loi, surtout maintenant qu'elle est en voie d'adoption aux Etats-Unis. Les anti-mariage pour tous savent très bien que c'est un changement irréversible, c'est pour ça qu'ils jouent la résistance avant leur capitulation inéluctable à cause de l'évolution des moeurs.

      Quant aux études, des nombreux éthologues et psychanalystes ont déjà démontré depuis les années 50 que l'attachement de l'enfant à ses parents ne dépend d'aucune cause biologique, mais simplement de la capacité de ceux-ci à répondre aux besoins affectifs de celui-là. Les opposants au mariage homo ne font en effet que projeter leur façon de penser adulte sur le psychisme des enfants et introduisent une mentalité fortement empreinte de sexualité dans l'esprit d'un être qui ne lui attribue pas une telle importance.
      De toute manière, il est logiquement impossible d'affirmer qu'un individu né de parents divorcés ou vivant dans une famille recomposée aurait plus de soucis qu'un enfant adopté par un couple homosexuel, car dans les deux cas l'enfant ne grandit pas avec l'ensemble de ses parents biologiques.

      Après si l'on préfère revenir à l'époque où le père choisissait le mari pour sa fille et où le respect et l'amour dus à celle-ci étaient fils de la soumission à l'autorité c'est simple, on n'a qu'à interdire les divorces, rétablir la coscription (pour redonner un peu de discipline aux individus), supprimer la loi de 1905, etc... C'est assurement ce dont rêvent une bonne partie des membres de l'UMP, mais je doute que ce soit là un désir partagé par la grande majorité de la population.

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    2. Cipher

      Chaque chose en son temps ; le problème pour l'heure concerne effectivement le mariage entre personnes du même sexe ! et étude ou pas étude, ce n'est pas à vous ou aux experts de rendre le verdict au nom de la démocratie qui dans ce cas se trouve confisquée. Revenez sur terre et cessez de vous payer d'évolutions inéluctables des moeurs au motif que ici et là l'évolution est déjà à un stade avancé !

      Drôle de conception du débat démocratique qui dénote soit d'un mépris pour celles et ceux qui ne pensent pas comme vous et donc d'une sorte de complexe de supériorité qui en fait dissimule un manque de sérénité. Sans quoi vous accepteriez un débat bcp plus ouvert et revendiqueriez l'organisation d'un référendum sur le sujet ... Comme aux Etats-Unis précisément !

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  5. En avril 2012, l'Australie, qui avait deux projets de loi de "marriage equality", de mariage homosexuel a organisé une session parlement taire spéciale sur la question, invitant les représentants de diverses religions à donner leur avis. Il y avait là des Chrétiens d'obédiences diverses (Catholiques, Anglicans, Adventistes, Armée du Salut, j'en oublie peut-être), des Sikhs, des Hindouistes, des Juifs (progressistes, la précision est utile), des Bouddhistes. Les Musulmans, apparemment, n'avaient pas répondu à l'invitation.

    Tous les Chrétiens se sont prononcés contre, ainsi que les Sikhs. Hindouistes, Juifs et Bouddhistes étaient pour. L'argument des Bouddhistes est intéressant : le Bouddhiste doit éviter d'infliger de la souffrance, et, autant que possible, agir pour la faire disparaître ou au moins pour la diminuer. Les homosexuels ressentant de la souffrance et du stress parce qu'ils sont stigmatisés, discriminés et vivent dans une certaine insécurité et le mariage leur apportant une certaine sécurité, et une reconnaissance du fait même qu'il serait autorisé, le Bouddhiste ne peut qu'apporter son soutien au mariage homosexuel. Les Bouddhistes parlaient aussi de compassion, et se demandaient ce qu'il était advenu de cette grande qualité chez les Chrétiens, qui ne semblaient en éprouver aucune pour leur prochain homosexuel (par ailleurs, ils fournissaient une belle réfutation aux arguments tirés de la Bible).

    Deux autres projets ont été introduits depuis.

    Le premier projet de loi a été rejeté par le parlement australien par 98 voix contre 42 en septembre. Il est peu probable que les autres passeront, bien que les Australiens soient majoritairement pour.

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    1. Il est tout à fait envisageable de prendre en considération les souffrances inhérentes à l'homosexualité tout en préservant le caractère spécifique du mariage. Imagination et bonne volonté devraient permettre d'avancer efficacement selon une orientation consensuelle. Ainsi on prendra également en considération les souffrances des uns et des autres ! Car je ne vois pas au nom de quoi on pourrait discriminer entre souffrances ... en présupposant que la souffrance d'untel est supérieure à la souffrance d'unetelle !

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  6. @esl78a,

    T'es-tu posé la question de ce que deviennent les enfants d'hétérosexuels, que nous sommes (selon toi) tous supposés terre, notamment en cas de familles recomposées?

    Pourquoi diantre focaliser sur des enfants qui seraient, selon toi, différents des autres?

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