21 novembre 2012

Pourquoi on se fiche de Moody's ?


L'agence a donc dégradé la note de la France. L'agence ne faisait que suivre, avec 10 mois de retard, sa concurrente Standard and Poor's qui avait fait de même le 13 janvier dernier.

A l'époque, la Sarkofrance avait tremblé.

Aujourd'hui, tout le monde s'en fiche, ou presque.

1. Nous n'avions pas besoin de Moody's pour découvrir que le pays va mal. On s'en doutait. Le ministre des finances Pierre Moscovici a rappelé que l'héritage ne s'efface pas en 6 mois. Jusqu'en mai dernier, le clan Sarkozy invoquait encore le bilan des 35 heures votées il y a 14 ans ! Autant dire que la gauche a de la marge pour évoquer la décennie UMPiste écoulée... Pour en revenir à Moody's, l'annonce n'a donc créé aucun choc.

2. La France n'a aucune difficulté à emprunter sur les marchés. Dans le marasme ambiant, les titres français restent des valeurs relativement appréciées, presque refuge: « Le marché de la dette française est très liquide et reste un placement de référence pour les investisseurs internationaux, notamment dans un univers financier où le 'AA' devient la norme dans les grands pays occidentaux » déclarait un gestionnaire de fonds à l'Expansion. Mieux, alors que les Sarko-boys nous prédisaient la faillite du pays dans les quinze jours suivant la prise de fonction de François Hollande, l'agence France Trésor - qui gère les emprunts publics - pouvait même emprunter à taux négatifs ! Après la décision de Moody's, le rendement des obligations à 10 ans émises par la France est resté proche des plus bas historiques, à 2,11%. 

3. Les agences de notation sont presque sorties du discours politique officiel. Dans sa dernière année élyséenne, Sarkozy ne cessait de brandir la menace de la dégradation. Le 13 janvier dernier, la décision de SP avait du coup créé choc, énervement et déception à l'Elysée. Nicolas Sarkozy ne cessait depuis 18 mois d'invoquer la défense du Triple A, le nouveau Graal de son action politique. Pendant la campagne et depuis son élection, François Hollande s'est bien gardé d'invoquer les agences de notation à tout bout de champ. Non pas qu'il se fiche du redressement des comptes publics. Pas moins de six textes financiers ont été votés et/ou examinés depuis 6 mois.  Mais Hollande invoque d'autres arguments que ce grand méchant loup.

4. En janvier, « les explications de Standard and Poor's contredisaient des mois d'argumentaires élyséens: la règle d'or ne servait à rien » écrivions-nous alors. A l'époque, SP expliquait que les tensions systémiques européennes étaient trop fortes, que la France était fragile, et que le sommet européen de décembre 2011 n'avait pas été concluant car il ne fournissait pas « de ressources supplémentaires suffisantes » ni « la flexibilité opérationnelle pour soutenir le sauvetage européen» .

A l'inverse, les explications avancées par Moody's confortent partiellement l'argumentaire gouvernemental actuel. Il suffit de lire le texte du communiqué qui accompagne cette décision. Primo, Moody's regrette, à nouveau, la perte de compétitivité de l'économie française et « les rigidités durables des marchés du travail, des biens et des services ». Deuxièmement, elle souligne que les perspectives de recettes fiscales sont menacées par la trop faible croissance économique. Troisièmement, l'exposition du pays au risque de nouveaux chocs dans la zone euro est toujours préoccupant, d'autant que les engagements français au sein du MES se sont fortement accrus. Sans rire, l'agence explique aussi qu'à la différence d'autres pays de même notation hors de la zone euro (par exemple le Royaume Uni), « la France n'a pas accès à une banque centrale nationale pour financer sa dette en cas d'une disruption du marché financier.» Notre confrère Hervé Nathan, sur Marianne.net, suggère ainsi à Hollande d'engager rapidement une « renationalisation de la dette »

Ensuite, l'agence loue les efforts entrepris par le gouvernement Ayrault: « l'ampleur limitée du mouvement sur la note reflète aussi la reconnaissance par Moody's des travaux en cours du gouvernement sur un programme de réforme visant à améliorer la compétitivité du pays et les perspectives de croissance à long terme. »

Nul doute que certains utiliseront cette dernière et maigre louange pour crier à nouveau combien François Hollande gouverne pour les agences... Ce sera si facile.

La vraie question reste celle de l'austérité.

Moody's confirme noir sur blanc que cette dernière politique, qu'elle recommandait comme ses consoeurs, ne mène à rien.


25 commentaires:

  1. Très bon billet ! La France a des armes pour se défende suffi de voir le livre A pour comprendre que la France est riche grâce plus a ses petits que ses gros !

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    1. confondre la France et les économies des français, faut le faire.

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    2. ça n'est pas complètement idiot au contraire... Un grande partie de la dette nippone est détenue par les japonais eux-même sous forme d'épargne à l'abri donc de la spéculation.

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    4. "confondre la France et les économies des français, faut le faire" ==> de même lorsqu'on nous rabâche les oreilles en nous expliquant qu'un pays s'est enrichi grâce à la mondialisation libérale sans tenir compte du creusement des inégalités !

      ==> ensuite pourquoi emprunter à des préteurs étrangers qd on pourrait solliciter plus largement des prêteurs nationaux ? Sous le dernier quinquenat la part des prêteurs étrangers a encore cru : pourquoi une telle volonté d'exposer la France ?

      ==> sinon, c quoi la France selon vous ... si ne n'est pas les Français, les gens qui y vivent, y travaillent et y épargnent ...

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  2. En gros enculé liberal et fier de l'être, je propose que la caisse des dépôts qui gère les 325 milliards du livret A des pauvres achète massivement des actions Facebook (truc bidon programmer pour s'écrouler) cela permettrait de piquer l'épargne des français que l'on ferait rembourser ensuite avec leur propre impôts, pour cette très bonne idée, merci de verser ma commission sur mon compte au Brésil.

    Vive la France forte.

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    1. Parce que le terme "Nazi" est un peu galvaudé, utilisé à tort et à travers par la gauche bien pensante de Saint-Germain des Près.

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    2. A troller pour troller tâchez au moins d'être drôle.

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    3. Des comiques volontaires et involontaires il y en a suffisament.
      Par contre je peux être aussi chiant que toi, çà c'est pas difficile !

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    4. Pas de fausse modestie : vous pouvez l'être plus que lui.

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    5. Il se planque là, il a peur d'en prendre une !

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    6. Rouler des mécaniques en claviotant... La bravitude dans sa splendeur.

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    7. Tu as raison, mon gros, je vais prendre tes jugements faciles pour de la splendide répartie.

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    8. "En gros enculé libéral", pourquoi "gros" ? Tous les gros sont pas des enc..... "Enculé libéral, c'est comme qui dirait un pléonasme.
      Libéral, c'est déjà suffisant comme insulte, non ?

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    9. Y a has been aussi pour deux gars comme vous Démos et Justice qui n'ont rien de mieux à faire qu'insulter qui n'est pas de votre avis. Alors chômeur, fonctionnaire ou retraité ?
      Dites nous qu'on se marre pour de bon.

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  3. Hollande, comme Sarkozy, se soumet au bon vouloir des agences de notation.

    Croisons les doigts pour que celles-ci ne lui redemandent pas de rétablir l'esclavage !

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  4. Interdire les agences de notation c'est pour quand ? :
    http://www.perdre-la-raison.com/2012/11/interdire-les-agences-de-notation-cest.html

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    1. Vous avez raison. Interdisons aussi les thermomètres qui dérèglent notre climat ! Et revenons aux bonnes vieilles méthodes d'antan.

      À la Sainte Cécile (c'est demain), chaque fève en fait mille ! :-)

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    2. Parce que vous pensez que l'époque que nous vivons est formidable ?

      Voilà encore un "nouveau" courant de pensée qui consiste à dire que tout ce qui est du passé est obsolète, ringard...ne peut plus avoir cours, n'a plus lieu d'être.

      Voyez ce qui est sorti du CNR, c'est tellement ringard; C'est d'un autre temps d'avoir une Sécurité Sociale collective. Mieux vaut l'individualisme, le chacun pour soi, c'est tellement branché de faire comme nos colonisateurs, pardon, alliés, états-uniens.
      Sauf que par le passé, ça aussi cela a été mis en pratique et on a vu sur quoi tout ça a débouché : une catastrophe, une guerre. Beaucoup d'entre-nous sont persuadés qu'une nouvelle guerre mondiale est de l'ordre de l'impossible. La surprise n'en sera que plus grande.

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  5. Hop, la Caisse d'amortissement de la dette sociale dans laquelle sont logée tous les déficits de la séc. soc., l'UNEDIC qui finance l'indemnisation des chômeurs, la Caisse Nationale des Autoroute et la RATP voient également leur note dégradée par Moody's avec perspective négative. Si rien ne bouge pour l'instant cela ne signifie pas pour autant qu'il y a lieu de s'en réjouir d'une part ni que cette passivité des créanciers et futur prêteur se poursuivra benoîtement l'an prochain si la croissance de 0.8 % n'est pas au rendez-vous pour tenir l'engagement d'un déficit contenu à 3 % du PIB.
    Des indices défavorables s'accumulent en dépit des mesures annoncées et il n'y a pas vraiment de quoi pavoiser.

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    1. J'aime beaucoup le "Hop" de ta revue de presse, cela met du rythme !
      Comme quoi on peut aller acheter l'Huma en pantoufle tout les matins et rester djeun dans sa tête. Bravo Bruco !

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  6. interdisons aussi le licenciement pour faute grave, les agences ont certifiés les emprunts "toxic" comme étant de qualités, ah ah ah je me marre, pov' crétin !

    Bonjour à Cécile.

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  7. Les taux sont bas parce que les acteurs de marché anticipent une prolongation de la récession.

    LA crise a débuté en août 2007 aux USA. Un an plus tard en Europe. Nous sommes en 2012. On parle d'une sortie de crise en fin de quinquennat, soit en 2017. Nous sommes donc bien parti pour battre le record de la crise de 1929. J'espère que le gouvernement est conscient qu'il n'y a aucune chance, zéro, de sortie de crise spontanée, sans une relance de l'investissement par le public (étatique ou européen), et que donc le pari de l'austérité maintenant pour finir le quinquennat sur une note positive est pour le moins hasardeux.

    Ce qui est extraordinaire, c'est le choix, par ce gouvernement, comme par le précédent, de la petite réforme bidouillée plutôt que du changement d'orientation Rooseveltien.

    C'est extrêmement décevant de ce point de vue, et Hollande est en train de perdre toutes chances de réélection en 2017. Alors, Copé ou Le Pen?

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    1. Le PS a réussi à accéder au pouvoir grâce aux quatre et quelques millions de voix du Front de Gauche.

      Eh bien, aux prochaines élections, il faudra faire sans, quoi qu'il arrive.

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