7 décembre 2012

Comment Florange a été saboté.



Chaque fermeture de site est et sera un drame. Nul doute que l'affaire de Florange est devenue un symbole. L'ancien monarque avait joué les bravaches à Gandrange puis à Florange, avant de battre piteusement retraite et de se planquer à l'Elysée. Pas même un ministre ou un secrétaire d'Etat ne s'était ensuite rendu sur place.

Florange est un symbole. Et aussi un sabotage.

1. C'est l'un des symboles de la Présidence immature. Faute de mieux et contre l'absurde fermeture du site, salariés et supporteurs en appellent à l'actuel locataire de l'Elysée comme au sauveur suprême. Sarkozy s'était pris au jeu. Hollande s'en était presque gardé. Mais le show a repris ses droits. Jean-Marc Ayrault, et indirectement François Hollande, se sont pris dans ce dossier inextricable: nous reprochions à Sarkozy de surjouer le volontarisme, puis de traiter les représentants des salariés de traîtres et de voyous. L'actuel président n'a pas joué à si grave mais a été pris dans l'engrenage.

2. Le contrôle public du site était une voie de sortie. Temporaire sûrement sauf à penser que l'Etat est aujourd'hui l'entrepreneur de dernier recours. A gauche, certains pensaient que l'Etat devait au contraire assurer d'innombrables services publics essentiels au bien-être que quelques décennies de libéralisme rentier ont préféré livrer par morceaux à la libre entreprise.  Cette piste a été caricaturée (retour de l'Etat actionnaire), médiatiquement sabotée.

3. La nationalisation n'aurait pas créé de débouchés pour autant. Comme l'a dit Aurélie Filippetti, en tant qu'ancienne élue de Moselle,  elle aurait permis de gagner du temps pour trouver un repreneur. Les deux mois accordés par Mittal en octobre, délai qui expirait vendredi dernier, étaient largement insuffisants. Florange, même sous contrôle public, aurait connu son lot de difficultés, et une autre course contre la montre.

4. Une autre piste avait été avancée par Arnaud Montebourg. Elle a été balayée, arbitrée, éteinte par Jean-Marc Ayrault sans que l'opinion, les médias et quelques autres puissent s'en faire une idée plus précise. Du coup, elle reste une hypothèse crédible dans l'esprit de beaucoup. Dans le monde réel, l'action nécessite parfois de la durée, une durée que le temps médiatique ne donne plus.

5. Le premier ministre a lui-même présenté l'accord avec Mittal aux représentants du site. Le gouvernement a accepté, à tort, l'échéance du sidérurgiste Mittal. Ayrault a préféré un accord imparfait (pas de plan social) plutôt que d'assumer (1) un refus ou (2) un échec.

6. Pire, comme nous vivons désormais dans la République immédiate, il fallait que le document de l'accord fuite quelques heures avant la rencontre. Histoire d'ajouter de la pression médiatique et sociale juste avant. Nous aimerions savoir combien sont-ils celles et ceux qui aimeraient voir saboter un moment de dialogue. La publication anticipée de l'accord a permis à la rage de s'exprimer sans débat ni échange. Dans les cours de négociation, on appelle cela pressurer l'adversaire. Cette pression est d'autant plus efficace quand les alliés agissent de manière involontaire. En hurlant contre Ayrault avant même qu'il ne s'exprime, on n'agit pas.

7. Florange sera aussi un symbole de résistance ouvrière contre un capitaliste mondialisé. Et ce depuis le début. Jeudi 6 décembre, comme un ultime outrage, le groupe sidérurgiste annonçait qu'il retirait la candidature du site au projet Ulcos, tout en assurant de « sa volonté de poursuivre le projet de recherche ». Un « enfumage » de plus, comme l'a dit Edouard Martin, figure CFDT emblématique du site. Les salariés du site ont décidé d'occuper les hauts-fourneaux. Le premier des saboteurs s'appelle Mittal. Lakshmi Mittal.

La crise ne s'arrête pas à Florange.

C'est bien là le problème.






6 commentaires:

  1. C'est effectivement devenu un piège créé et alimenté par Sarkozy. Difficile de ne pas critiquer l'action ou l'inaction de Sarkozy, mais ce faisant la gauche doit en qq sorte remplacer Sarkozy dans le même rôle.

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  2. Je sais pas qui est tombé dans le piège, mais m'est avis qu'y a pas que Florange de sabotée.
    - Un ministre est sur le carreau : Montebourg n'a peut-être pas perdu d'opinion favorable dans le population, mais il n'a sûrement plus le moindre poids dans les négociations à venir, tant a été médiatisée son humiliation.
    - Le comportement d'Ayrault, qui croit peut-être se faire respecter en humiliant les siens (ministre et syndicats), est particulièrement affligeant.
    - L'idée de nationalisation, même temporaire, n'est discréditée que par l'arbitrage qui a été fait, et les justifications qui en ont été données.
    - Même utilisée comme arme de dissuasion, elle n'a plus le moindre poids : la preuve a été faite que les seuls véritables arbitres (pas Montebourg, donc) ne l'envisagent pas sérieusement.

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  3. Pour bien connaître l'histoire de la sidérurgie lorraine sans être un expert, qui sait tout sur tout, je peux vous dire que la démolition de cette industrie a commencé il y a plusieurs dizaines d'années, précisément dans les années 60, avec la fermeture des mines de fer. A suivi la liquidation progressive des usines sidérurgiques, conduite méthodiquement, site par site. Aujourd'hui, il n'y a plus rien ou presque en Lorraine hormis Florange. Notez que la destruction systématique de la sidérurgie lorraine a été conduite par la droite, puis pilotée par la gauche socialiste, qui a versé des dizaines de millions de Francs au patronat, dont le fameux baron Ernest-Antoine, alors que dans le même temps l'Allemagne conservait sa propre sidérurgie. Ces mêmes Allemands dont oon vante la puissance. Curieux non ? Alors, les socialistes, on connaît leurs méthodes et leurs options. Elles portent un nom : LIBERALES et mises en oeuvre de manière moins décomplexée que dans les années 90, mais sans aucun état d'âme. Tout le reste est de la littérature.

    Le pire dans toute cette affaire, c'est que l'agriculture a l'air de suivre le même chemin avec, par exemple, des Allemands qui commencent également à nous damer le pion dans ce domaine en faisant travailler des salariés polonais, ukrainiens dans leurs exploitations.

    Merci à l'Union européenne et merci surtout à nos dirigeants de droite, de gauche, du centre et d'ailleurs, qui font leurs petites affaires en "foutant en l'air" notre outil économique. Qu'ils continuent comme ils ont commencé pendant qu'on passe notre temps à se demander si la droite va s'associer au centre droit ou au centre gauche, si la gauche radicale ne devrait pas modérer ses critiques.

    Ne rien comprendre à ce qui se passe, passer à côté des vrais sujets et se réveiller un beau matin dans un pays en voie de sous-développement, est-ce que c'est plausible d'après vous en France dans quelques années ?

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  4. La France est un pays de syndics d'immeuble avec surfacturation (corruption) à tout les étages. Ce pays est pourri jusqu'à l'os.

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    1. Je proposerais bien d'appliquer la formule "république bananière" si la formule n'était pas déposée et si nous étions encore en démocratie.
      Oligarchie fromagère, ça a quand m^mem moins de gueule. Une seule solution, lancer un concours richement doté pour trouver un synonyme !

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  5. Quel destin envisagent à ce pays de révolte, les milliardaires affairistes et leurs valets, en quête de mise en coupe réglée planétaire ? A faire par exemple de la France, un lieu de villégiature d'où aura disparut le gueu, l'ouvrier, le râleur et le rétif à toutes formes de formatage, par disparition des raisons de leur présence et augmentaion du coût de la vie, avec obligation de dispsoser d'un montant financier minimal (disons 5000 euros pour commencer en 2015) pour aveoir le droit de demeurer et même simplement de rester de transit sur le territoire. Pour ce faire, ne faut-il pas commencer par fermer ces mastodontes issus des temps de l'industrialisation qui permirent de fabriquer tant de fortunes. Lesquelles fortunes se jugent arrivées à bon port et entendent repousser la barque du pied. Et on les laisserait faire en votant pour de pseudos défendeurs qui ne font qu'accompagner le mouvement ? Non, nous ne nous laisserons pas enfermer dans cette logique néolibérale qui nous refera le coup du STO avec le donnant donnant pour envoyer travailler à pas cher dans l'Est, le réservoir de main d'oeuvre de cette Europe du fric vue comme une bergerie de 500 millions de moutons. Voilà ce que l'on nous prépare... ARAMIS

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