1 décembre 2012

Cette France malade de la tête [291eme semaine politique ]



La France politique a-t-elle pourri de la tête à ce point là ?

La France est en crise, mais la France politique est malade, incroyablement malade.

291 semaines depuis le 6 mai 2007.

Et nous n'en sommes toujours pas sortis. 

UMP dumpée
Il y a d'abord l'affligeant spectacle de l'UMP. Un show incroyable, détestable, et terrifiant. On se souvient des railleries Sarkozystes, bruyantes et répétées, à l'encontre du Congres socialiste de Reims en 2008. Quatre ans plus tard, l'UMP crève tous les plafonds du ridicule. Deux rivaux incapables de s'accorder, un ancien mentor qui croyait avoir encore un peu d'autorité en coulisses, une scission du groupe à l'Assemblée... Il y aura sans doute un nouveau vote.

Sarkozy, par deux fois, a échoué à imposer une sortie de crise. L'homme qui se disait protecteur de la France se révèle incapable de nettoyer son écurie.

Avec 6 mois de retard, l'ancien parti présidentiel s'est disloqué avec une violence et une soudaineté inattendue, comme un arbre vérolé de l'intérieur qui s'affaisse brutalement au premier choc.

Vieilles méthodes
Mercredi puis jeudi, le Senat prétendument de gauche depuis plus d'un an a refusé les volets de financement du budget de l'Etat puis de la Sécurité sociale. Vingt sénateurs communistes qui se sont abstenus sur le premier, et ont même voté contre le second.

On voit bien que l'accusation d'absolutisme faite à la gauche depuis qu'elle a remporté les derniers scrutins nationaux n'était qu'une figure de style. La gauche a toujours été divisée.  Bizarrement, la médiacratie s'est empressée de qualifier ce revers temporaire de couac. C'est tout simplement faux, juste une bonne formule sans valeur. Ces rejets sont dus à des désaccords réels et sérieux à gauche. Quand on critique ces communistes, leurs supporteurs nous les détaillent avec une gourmandise rageuse. Leur opposition désormais systématique à tous les projets d'ampleur relève pourtant de la bouderie: les socialistes rejettent leurs amendements, donc les communistes préfèrent voter avec l'UMP.

Si les désaccords sont nombreux et légitimes, il faut s'interroger sur l'efficacité politique de ce choix du pire: elle est nulle. On peut même conclure que les sénateurs communistes ont ainsi procédé car ils savaient leur vote était sans conséquence. L'Assemblée a le dernier mot.

Plus efficaces, quelques parlementaires socialistes se sont faits entendre par un ministre de l'Economie pour qu'il améliore sa copie du futur crédit Impôt. Il devrait donc y avoir un durcissement de ses critères d'attribution. Dans le projet initial, ce CIE était calculé sur la masse salariale, pour favoriser les entreprises petites et grandes à forte main d'oeuvre. Dans une tribune et un échange avec quelques blogueurs dûment sélectionnés, le dit Moscovici a justifié son prisme copernicien.

Plus efficaces aussi, le grand ramdam écologiste contre les violences policières à Notre-Dames-Des-Landes a contraint l'ancien maire de Nantes devenu premier ministre à nommer une commission de dialogue pour calmer le jeu. Après tout, ce projet d'aéroport - dont on peut souligner avec le même énervement tant son inutilité et que l'instrumentalisation qui en est fait - date de 1967. On n'est pas à 6 mois près.

Etiquettes contre analyses
Il y a aussi cette incroyable confusion des critiques. Le bashing est général et généralisé, sans patience ni recul. On crie d'abord, on s'insurge, on soupçonne. Un exemple ? Quand Sarkozy était au pouvoir, nous critiquions, notamment, la perte de compétitivité de l'économie. Rappelez vous nos salves sur l'ampleur des fermetures d'usine, ou le déficit commercial historique. Remplacez Sarkozy par Hollande, et les critiques demeurent identiques. Le moindre crédit d'impôt sur les sociétés est caricaturé en cadeau, raillé comme des milliards pillés à nouveau gâchés, la preuve que nos nouveaux gouvernants sont d'immondes socio-traîtres rebaptisés socio-libéraux.

Prenez Florange. Ayrault nous sauve l'apparence - il est trop tôt pour juger - et surtout des emplois. Mittal, sur ce point là, a capitulé. Syndicalistes et supporteurs en appelaient à la nationalisation comme le sauvetage ultime. Nous reprochions à Sarkozy de promettre tout et n'importe quoi. On reproche à Ayrault et Montebourg de ne pas promettre suffisamment et ni n'importe comment... Ce dernier est vendre sur place les annonces du premier ministre. Quand on est honnête, on appelle cela du courage.

La paresse collective est telle qu'on se réfugie derrière des étiquettes dont pas grand monde ne comprend la signification. La multiplication de ces procès d'intention ou d'idéologie est l'un des symptômes d'une société en voie de dislocation. Cela divertit l'attention. Certains font l'effort de pédagogie et d'analyse, des journalistes travailleurs, ou des blogueurs besogneux. Mais d'autres, plus nombreux, sillonnent les plateaux de télévision, les grandes pages des newsmagazines, ou la blogosphère politique à coup d'oukazes et de raccourcis. Ils s'interrogent de savoir si Hollande est plutôt Schroeder, soc-lib ou soc-dem. Si Mosco est resté DSKiste ou si Valls n'est pas sarkozyste.

L'étiquetage l'emporte sur l'analyse. 

Vraies souffrances
Les gens souffrent de précarité alimentaire, sanitaire, professionnelle et sociale.

La ministre Duflot a promis des réquisitions de logements au plus fort de l'hiver. Sa collègue aux Droits des Femmes a organisé une belle journée sur les violences faites aux femmes, vendredi. Manuel Valls a (insuffisamment) assoupli les conditions de régularisation des clandestins. Marisol Touraine s'inquiète des ravages du Sida. A l'ONU, la France a soutenu et voté la reconnaissance de la Palestine.

Le chômage, en France comme dans la zone euro, crève tous les plafonds. Certains y voient toujours une raison supplémentaire pour refuser l'austérité. C'est vrai. Même les plus ultra-libéraux des éditocrates habituels commencent à stresser sur l'effet récessif des politiques de rigueur.

Mais en France, de quelle austérité parle-t-on ?


24 commentaires:

  1. la france , c'est comme les crevettes
    tout est bon sauf la tête
    (paraphrase d'un sketch qui a valu un procès à son auteur)

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  2. Je regrette votre pâle défense du parti d'"élites" qui nous (mal) gouverne.

    Lisez ceci, écrit par un vrai socialiste : http://michaelmoglia.com/2012/11/30/demissionner-maintenant/

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  3. Indépendamment du mépris sourd ou franchement exprimé vis-à-vis du FdG (on passe ici de "désaccords profonds à gauche" à "bouderie des Communistes parce que les Socialistes rejettent leurs amendements"), pourquoi diable les blogueurs soutenant le gouvernement semblent-ils convaincus que des gens en profond désaccord avec ce gouvernement devraient tout de même voter le petit doigt sur la couture du pantalon avec les Socialistes ? Parce que, finalement, on dirait qu'ils leur disent : discutez-pas et voter avec nous, ou bien discutez si vous voulez, on s'en fout, mais votez avec nous.

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    1. je ne critique pas la critique mais le sens et la portée qu'elle se donne.

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  4. Les communistes ont de la rancœur contre les socialistes, pour eux les adversaires à abattre et le frère socialisme qui les empêches de crée une société de gauche dur. « Pour ceux qui ne comprenne pas le socialisme. » Le socialisme et un parti ouvrier et intellectuel des les origines au quelle est venu se joindre la bourgeoisie progressiste et le monde de l’art et la culture ! Les communistes ce trompe de combat d’adversaire et de siècle. Et pour la droite le problème est plus grave, tous en possèdent l’appui du grand capital elle transforment sont discoure en une identité national pour ne pas avoir a affronté leurs amies capitalistes. Mais voila les vrais reformes donc notre société a besoin il faudra bien les faire, et qui mieux que le socialisme pour les entreprendre, si possible avec les verts et les communistes mais tous en respectent le vote des français qui ont choisi les socialistes pour le changement !
    Très bon billet, très bonne vision de notre société, j’espère que tes collèges journalistes et les élus te lise et change de comportement. Oui les français les plus fragiles souffrent des conditions de vie très dure qu’ils ont, mais pour beaucoup ils ne sont que des statistiques et des chiffres sur un tableau !
    Lecteur de Juan excusé non style pas très académique!

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  5. Tu sais, chaque fois que tu grattes un peu, tu te rends compte que les libéraux ont des notions économiques très curieuses, pour le moins surprenantes, j'ai très souvent l'impression que j'en connais plus sur le sujet, alors que je ne suis pas une sommité dans le sujet, étant plus à l'aise avec le social et la géopolitique internationale...La plupart ne comprennent même pas que Mittal a décidé de ne pas vendre finalement car le gouvernement n'aurait pas lâché les brevets et le carnet de commande. Mais restons vigilants! Merci pour le soutien à la Palestine :-)

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    1. ??? "le gouvernement n'aurait pas lâché les brevets et le carnet de commandes" ?
      Mais brevets et carnet de commandes appartiennent à Mittal !

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  6. Sa divinité Sarko 1er va bientôt lancer sa fatouah, pour je cite "disqualifier", les deux troux de balle.

    Salut à toi, oh envoyé des dieux, puisse ton courroux épargner les pov 'petites merdes que nous sommes. Amen.

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  7. Et encore un tour sur les rouges !
    Mais y a du progrès, c'est moins caricatural : voilà qu'est admis que le PS a un comportement pour le moins saugrenu, puisqu'il refuse les amendements CRC. On aurait pu croire en effet à la bouderie puérile, s'il n'y avait le constat suivant, par ailleurs parfaitement exposé par politeeks ( http://politeeks.info/le_piege_du_senat ) :

    pourquoi diable refuser aujourd'hui des amendements qu'on défendait dans l'opposition ?

    Tu regrettes avec raison, et moi avec, les désaccords qui nous divisent. Pourquoi donc en rajouter, alors que ces sujets nous étaient communs ? Est-ce par défiance envers le groupe CRC, soit donner la primauté à l'étiquette plutôt qu'à l'analyse et la cohérence ? Est-ce parce que tout compte fait, ces amendements seraient néfastes, mais alors c'est admettre que l'opposition de la gauche était caricaturale et médiocre ? Est-ce par calcul politicien (les vieilles méthodes) visant à isoler un groupe trop remuant ?
    J'aimerais ton analyse sans étiquette sur cette contradiction, Juan.

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    1. non, je ne cherche pas à caricaturer. Je suis pessimiste, c'est tout. Hollande ne me satisfait pas, mais il n'y a pas d'autres rapports de force utiles actuellement. J'ai écrit ces lignes en pensant à tes critiques. Heureux que tu l'ai remarqué;

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    2. Je comprends. Sois sûr que ma "gourmandise" est bien amère. A plus forte raison lorsque je constate qu'on partage le même sentiment. Mes confuses pour le cynisme que je t'ai prêté.

      S'il te vient la réponse aux questions de dessus, envoie toujours, çà m'intéresse.

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  8. "L'affligeant spectacle de l'UMP" existait déjà du temps du Minuscule, non ? Les propos racistes, les discours débiles et méprisants, les provocations étaient notre quotidien. Cet affrontement entre Couillon et Flipé est-il de pure apparence ou cache-t-il réellement comme le dit François Couillon une "fracture morale" (ou fracture Buisson) ? Y se faudrait p'ête se poser la question.

    Maintenant, pour ce qui concerne les critiques et attaques contre le gouvernement, la question n'est pas de savoir s'il déplace les curseurs de deux millimètres et demi. Il le fait très bien. Le sujet est de s'interroger en regardant si les socialistes et leur révolution copernicienne (image éculée déjà utilisée du temps de Jospin) accompagnent les changements et les dégâts provoqués par un système débile et dépassé ou s'ils veulent réformer les structures.

    La réponse, on la connaît et on la retrouve dans chaque affaire, c'est la technique du chloroforme.

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  9. Au sujet de la commission du dialogue sur le futur aéroport de Notre Dame des Landes : la commission remettra au Premier ministre une synthèse de ses auditions, et formulera des propositions, notamment sur la manière de poursuivre le dialogue dans chacune des étapes de la réalisation du projet. On pourra donc dialoguer tout au long du projet.

    A propos, il est utile cet aéroport, projet vieux de 40 ans ? Il va servir à quelque chose cet aéroport qui est dix fois moins fréquenté que celui de Gatwick, situé à 40 kilomètres de Londres avec une seule piste ?

    Il va coûter combien en euros sonnants et trébuchants au final ? combien sur le plan environnemental ? et combien va-t-il rapporter et à qui ?

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    1. On disait il y a 40 ans la même chose sur les autoroutes de Bretagne. Aujourd'hui qui les remettrait en question ?

      Il n'y a pas d'aéroport dans le grand Ouest et il faut donc continuer à aller à Paris pour voyager en avion. Noël Mamère explique qu'à Nantes il y a deux aéroports: celui de Bouguenais (moins d'1 M de passagers en 1990, 3,5 M aujourd'hui) et... la gare TGV où il suffit de prendre le train pour rejoindre Orly ou Roissy. Mais bien sûr.

      De toute façon Notre-Dame des Landes devient aujourd'hui un emblème. C'est mort. Tant pis pour la Bretagne, ou tant mieux ?

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    2. [Edit: je voulais écrire: il n'y a pas de GRAND aéroport bien sûr]

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    3. Mamère y s'en tape , à Bordeaux , il a son aéroport international

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  10. Montant des primes distribuées aux cadres dirigeants de Sciences-Po :

    2005 : primes de 33 400 euros pour 5 cadres dirigeants.

    2011 : primes de 200 000 euros pour 11 cadres dirigeants.

    Rémunération annuelle brute totale du directeur de Sciences-Po :

    2005 : rémunération de 315 311 euros.

    2011 : rémunération de 505 806 euros.

    http://www.ccomptes.fr/index.php/content/download/50795/1383957/version/1/file/rapport_thematique_Sciences_PO.pdf

    Le système de Sciences-Po est pourri.

    C'est le règne des copains et des coquins.

    Et c'est le CONtribuable qui paie tous ces requins.

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  11. Sciences Po s'est mis à l'heure de la marchandisation, où tout s'achète et tout se vend. Même l'église catholique établit plan d'actions et feuilles de route, comme toute bonne entreprise qui se respecte, mais là on n'a pas d'infos sur le compte d'exploitation et le salaire des dirigeants.

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    1. Pour l'église catho en France y a guère de secret
      un membre du clergé quelque que soit son rang ou sa fonction (hors Alsace-Lorraine) touche un salaire mensuel de 750 à 800 euros + les honoraires de messe mutualisés par secteurs paroissiaux et il est logé gratuitement

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    2. Tu mélanges tout là, Démos, l'économie de marché et les impôts. Piquer dans la caisse ne relève pas de la marchandisation.

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    3. Vous ne faites guère preuve de bienveillance et de charité chrétienne envers des fonctionnaires si dévoués.

      De mon côté, je veux bien reconnaître mon erreur, mon fils. Je propose de dire deux ave et trois pater à la messe ce dimanche.

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    4. Si tu croise la grosse truie coromptue juqu'a l'os de Boutin, crache lui à la gueule de ma part !

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  12. Pour répondre à ta question finale, de quelle austérité parle-t-on en France, apparemment de matraquage fiscal sans baisse des dépenses publiques: http://www.contrepoints.org/2012/10/26/102160-budget-2013-une-austerite-de-facade
    Pourquoi personne n'accepte que quand on claque + qu'on ne gagne, il faut réduire ses dépenses?

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