8 décembre 2012

La politique abîmée [292ème semaine politique]

Une semaine habituelle. Des cris, des pleurs, des trahisons, des échecs. De la diversion, des donneurs de leçons, des impatients de la dernière heure. On peine à trouver le semblant de réflexion dans ce bordel ambiant.

Il fallait rester zen et ouvert à l'échange pour comprendre et espérer.

La politique abîmée
L'UMP a disparu. Evacuons l'affaire. Elle reviendra. Les militants sont là, mais le parti s'est bel et bien scindé en deux ou trois. A l'Assemblée nationale, François Fillon s'est présenté en président d'un nouveau groupe, celui des RUMP.  Lundi, puis mardi et encore mercredi, l'évidence s'imposait: Nicolas Sarkozy avait échoué à éteindre ce spectacle pitoyable. L'homme qui voulait redresser une France qu'il avait ruinée ne parvient pas à sauver son propre camp de chamailleries incroyables. Quelle autorité ! Quelle leçon ! Deux garçons trop âgés se disputaient la présidence d'un parti moribond qui ne le savait pas.

L'UMP est un poulet sans tête. Voici que certains de ses députés demandent une commission d'enquête sur la diffusion de la théorie du genre... Quel spectacle pitoyable !

La Sarkofrance est peut-être morte ces derniers jours.

A gauche, ils s'interrogent trop, se fatiguent les méninges sur une improbable question: qu'est-ce que le Hollandisme ? Libération, sans doute mal inspiré ce jour-là, en avait consacré 5 pages et sa couverture, mercredi 6 décembre 2012. Mais pour quel intérêt ? N'y avait-il pas plus important ? Etait-ce une diversion ? Hollande aurait donc 4 visages: il serait intriguant comme François Mitterrand, patriote comme Jean-Pierre Chevènement, sociétalement frileux comme Lionel Jospin, et social-réaliste comme Jacques Delors, par ailleurs présenté comme son mentor ultime.

Le grand jeu de l'étiquetage continue donc, partout et en vain. A gauche, on se délivre ou se retire des brevets de gauchitude.

Hollande gouverne et c'est déjà suffisant. Même pour ses plus fervents critiques de gauche, il conserve un atout, celui d'avoir renversé l'ancien monarque. Mais pour le reste, l'actualité de la semaine était sacrément plus chargée pour qu'on s'épargne ces élucubrations médiatiques.

Florange efface le reste.
Cécile Duflot, ministre du Logement, évoque le nécessaire devoir de solidarité de l'Eglise vis-à-vis des SDF. Il y a tant de bâtiments religieux sous-occupés. Les représentants de la première religion de France sont outrés qu'on les soupçonne de pingrerie. Voici 15 jours, le Canard Enchaîné avait publié une édifiante liste de belles propriétés franciliennes quasi-vides. Mais l'Eglise préfère partir à la charge contre le mariage civil pour tous. Elle choisit ses sujets.

Najat Vallaud-Belkacem, en charge des Droits des Femmes, avait convié tous ses collègues sur une cause légitime, les violences faites aux femmes. Une journée de colloques, discours et séminaires. Patatras...

Le même jour, le premier ministre Jean-Marc Ayrault avait cru bien faire en lâchant un accord avec Mittal. Trop peu, trop tard, trop flou. Le projet dévoilé par morceaux fut critiqué d'égale ampleur par tous. On a compris, après le weekend, qu'un contingent de ministres (Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti) restaient favorables au bras de fer contre le sidérurgiste milliardaire. On s'est vite énervé en apprenant que M. Mittal disposait de trois maisons dans le Royaume Uni voisin d'une valeur supérieure à l'investissement qu'il allait faire à Florange. On s'agace que le gouvernement prête encore 2,5 milliards d'euros à DEXIA pour éviter qu'elle ne coule. Pourtant, imaginez les dégâts locaux si la banque des collectivités locales sombrait à son tour...

Mardi, le sabotage se poursuit, on livre à la presse et aux blogs l'accord signé la veille de sa présentation par Ayrault aux représentants de Florange. Mercredi, Mittal prévient que Florange n'est pas adapté à la première tranche du projet ULCOS, une reconversion qui fait l'objet d'un appel d'offre à Bruxelles. Le dialogue social est mort et enterré.

Passée la foudre des déceptions, pouvait-on se dire les choses en face ? (1) les salariés ont gagné un sursis puisque le plan (a)social déclenché par Mittal n'aura pas lieu; (2) Montebourg, s'il a perdu la bataille de la nationalisation, a permis de gagner/conserver un large crédit à gauche. Et cela inquiète quelques éditocrates de la France conservatrice.

Normalement, elle s'allume, déclara avec amusement notre actuel président en tenant dans sa main, par le culot, l'une des ampoules de l'usine qu'il visitait. Vendredi dernier, Hollande restait calme. La tempête s'est levée plus tard. En début de semaine, on ne comptait donc plus les ravages et les rages de l'affaire. Montebourg avait menacé de démissionner. Hollande l'a rattrapé. Le résultat est heureux, sa cote progresse.
Le véritable acquis, dans ce chaos, est politique. Une gauche plus large que sa fraction impeccable retrouve plaisir et envie à se parler, à échanger.

Cahuzac contre Mediapart
Le ministre du Budget est accusé par le site d'information de fraude fiscale. Les preuves sont minces: un mauvais enregistrement non authentifié vieux de 12 ans dans lequel le futur ministre dirait qu'il a un compte en Suisse, la trace de 600.000 euros d'apport personnel dans l'acte notarié d'un achat d'un appartement six ans avant, et le rapport d'un inspecteur du fisc aujourd'hui à la retraite. Quelques heures plus tard, le ministre clarifie le financement de son acquisition, et l'ancien inspecteur confie qu'il n'exclue pas que Cahuzac soit innocent. On oublierait presque que disposer d'un compte étranger ne signifie pas fraude fiscale.

L'affaire n'a pas grand chose à voir avec l'imbroglio du Woerthgate (qui mêlait une véritable fraude fiscale chez l'employeur de l'épouse du ministre du Budget, des enregistrements volontairement clandestins et authentifiés, plusieurs témoignages concordant, etc...). Mais certains avaient besoin de parallèles courts et claquants.

Le mal est fait. Le ministre venait de lancer une énième charge contre l'exil fiscal. Dans sa défense, Mediapart ne cache pas combien Cahuzac est un morceau de choix, un ministre qui avait « très vite pris la lumière ».

Le site s'imagine avoir déstabilisé la Hollandie. Il a lui-même beaucoup à perdre tant sa salve paraît fragile.

La politique est abîmée par cette suspicion et cet énervement généralisés.

Noël approche.


13 commentaires:

  1. J'en ai ras le bol des journalistes qui font leur beurre en faisant semblant qu'ils "servent la transparence".

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  2. Il y a autre chose qui "abîme" la politique, c'est cette manie de plus en plus répandue qui veut que, chaque fois qu'un ministre fait son travail (Duflot pour le logement des sans-abri, Vallaud-Belkacem pour la violence faite aux femmes.) de bonnes âmes, attachées à ouvrir les yeux du public, ou à les lui faire garder ouverts, insinuent avec plus ou moins de sincérité que c'est pour détourner l'attention de ceci, de cela, de je ne sais quoi encore, ou pour punir icelle de sa position sur telle ou telle question.

    Ceci dit, c'est dans l'air du temps, et du sentiment envahissant du "tous pourris".

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    1. commentaire plein de sens, cf Duflot qui annonce du Super social , donc du HLM low cost (encore +) pour loger les SDF etc.. Qui a couiné en premier : la raclure Zemmour.

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  3. quand estce que médiapart fera une enquête sur l'origine de l'argent que la "pauvre église de france" consacre à l'affrètement de trains spéciaux et de cars pour amener des provinces des cohortes de bigotes et de bigots que les prêtres auront appelés à manifester le 13 janvier du haut de la chaire sur ordre des evèques collés au cul du réactionnaire 23

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  4. La gauche sera toujours critique contre la gauche, c’est notre identité l’esprit critique. Mais le gouvernement hollande n’a pas trop mal travaillé. SMIC coup de pouce ; rentré scolaire augmentation ; retraite à 60 ans le retour ; crédit d’impôt, etc. . Puis tous les projets en route, justice, prison, violence contre les femmes, mariage des couples de même sexe etc. Bien sur moi aussi j’aimerais encore plus, légalisation des drogues douce ; euthanasie le droit de mourir dans la dignité ; le droit de vote des étrangers ; mieux combattre la délinquance financières et la corruption etc. puis ont a le droit d’avoir nos préférences ; moi s c’est Christiane Taubira ; j’espère que hollande la soutiendra a fond dans sont ministère ! Aurélie Filippetti ; sans doute une ouverture a des mentalités plus proches de la citoyenneté ! Marisol Touraine une bourgoise de gauche, mais je l’aime bien ! La gauche de la gauche veule quoi une révolution socialiste ? Et bien qu’ils commence ont verra bien si ils sont suivie ! Moi je préfère une évolution lente avec des droits pour tous toujours plus juste !

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    1. Tu ne parles presque que de mesures sociétales, c'est à dessein ?
      Rien à faire du sociétal, ça a toujours été le cache sexe d'une gauche pusillanime qui oublie le peuple.

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    2. Les socialistes, je veux parler de ceux qui nous gouvernent, parlent de leurs préoccupations, non ? Ceux-là n'ont pas de problèmes de fin de mois (à partir du 11 du mois, comme disait Coluche), mais sont concernés uniquement par les questions de société, comme le mariage homosexuel , oui, Charles-Henri, comme le vote des étrangers - les pôôo..vres qui sont si injustement stigmatiséé..s, comme la parité pour les femmes, mais uniquement pour les postes de niveau supérieur, l fameux plafond de verre, of course - pour les femmes sous-payés, travaillant à temps partiel contraint, les femmes de ménage, les caissières et les familles monoparentales, faudra repasser plus tard, comme les droits de l'homme, enfin une certaine conception des droits de l'homme, qui ne s'appliquent pas à leur personnel de maison. Alors,quelles différences a-t-il, mon cher Charles-Edouard, entre libéraux et sociaux-démocrates ?

      Eh bien, pourr reprendre à mon compte et très simplement les observations dun philosophe comtemporain, les libéraux ont une approche libérale de l'économie et les sociaux-démocrates une approche libérale de la morale. En réalité, il s'agit de deux visions du monde, qui s'articulent bien entre elles, qui se complètent et qui relèvent d'une même conception individualiste et inégalitaire du monde. Autrement dit, c'est bonnet blanc et blanc bonnet.

      Elémentaire, mon cher Watson ! Tout s'éclaire t-il ? Vous pigez le truc. Des libéraux et des sociaux-démocrates, qui nous jouent ad libitum la même pièce de théâtre et depuis bien longtemps. T'exagères, Sherlock ! Ah bon, dis-moi, Watson, qui a fait la révolution en 1789 et qui en a profité ?

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    3. Et qui en profite encore aujourd'hui ? Combien de fils et de filles d'ouvriers, d'employés et de paysans à l'Assemblée nationale, au Sénat, dans les sphères du pouvoir économique, politique ?

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  5. Sur son site Mediapart, Edwy Plenel semble sûr de son fait comme il dit ci-dessous :
    "...Quant à notre enquête actuelle, j'aimerais vous convaincre de son envergure. Non seulement, comme vous vous en doutez, nous sommes totalement sûrs de notre fait, mais de plus cette information a une portée d'intérêt public immense. Elle pose en effet la question de l'hypocrisie des élites dirigeantes française, de tous bords, vis-à-vis de l'égalité devant la loi, laquelle comporte au premier chef la loi fiscale, celle qui permet de construire des routes, des écoles, des hôpitaux, etc. La lutte contre l'évasion et la fraude fiscales, sur laquelle (contrairement à ce que répètent en boucle les médias dominants) le pouvoir actuel reste bien timoré, est aujourd'hui une question politiquement décisive..."

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  6. 'On s'agace que le gouvernement prête encore 2,5 milliards d'euros à DEXIA pour éviter qu'elle ne coule".

    Eh oui, ON s"agace d'autant plus que cette banque a été créée par le pouvoir politique avec l'aide d'un haut fonctionnaire, qui a tiré les marrons du feu pour son propre compte en nous laissant uner ardoise phénoménale. Ce sinistre individu, nommé Pierre Richard, touche 600000 euros de retraite par an après avoir été grassement payé pour mener la banque à la ruine. Encore un résultat éblouissant de la confusion des genres chez nos hauts fonctionnaires français. Comme hez nos dirigeants.

    Mais, chut, il ne faut rien dire, Juan. L'Etat n'a qu'à effacer l'ardoise. Nos hauts fonctionnaires et nos dirigeants se goinfrent et nous, on casque.

    C'est ça, le nouvel Etat providence : la voiture-balai des catastrophes et banqueroutes de nos élites. On dit merci qui ?

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  7. J'allais oublier de préciser que ce Pierre Richard, qui n'est ni l'acteur comique, ni le fils de l'acteur Jean Richard est un polytechnicien reconnu et compétent. Il a cumulé poste et distinctions. Regardez ses états de service et vous verrez. Cet homme trop peu connu nous laisse une ardoise de 90 Mds d'euros. A titre de comparaison, Jérôme Kerviel, c'est combien ? Mais, bon, Kerviel n'est pas polytechnicien et il ne dispose des réseaux de Pierre Richard. Ce cas illustre bien l'existence d'une oligarchie toute puissante où on reste entre soi.

    Jetez par curiosité un oeil sur ce qui se passe en ce moment à Sciences Po, où nos amis de droite et de gauche sociaux-démocrates se donnent la main si tendrement à l'abri des médias et des mauvais esprits. C'en est touchant.

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  8. 90 Mds d' euros c'est une somme, heureusement, la gauche gouvernementale a créé 1000 postes de professeurs des écoles et réinstauré les cours de morale, on est sur la bonne voie, le redressement ne sera pas brusque, il sera RELAX. TRANQUILOU.

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