17 décembre 2012

Le modèle américain (2): une leçon pour la France ?


L'Amérique sait être un modèle. Passée l'horreur d'un massacre dans une école, il fallait se souvenir de cette autre actualité. Là-bas, le régime politique autorise des contrôles que notre classe politique nationale ne supporte pas. 

Ce système politique vient de nous donner une leçon de haute démocratie (*). Un simple rappel car l'affaire date de longtemps.

Une candidate au poste de Secrétaire d'Etat vient de lâcher. Susan Rice, actuelle ambassadrice américaine à l'ONU, jette l'éponge. Barack Obama est franchement soulagé même s'il ne l'avoue pas. Pour remplacer Hillary Clinton, qui souhaite quitter son poste, Susan Rice s'était déclarée à la fin de l'été. Mais sa déclaration minorant la réalité terroriste de l'attaque du consulat américain de Benghazi le 11 septembre dernier avait provoqué l'ire de quelques sénateurs républicains. Or le système américain exige que les prétendants aux postes ministériels passent une audition devant le Sénat, dont le vote s'impose ensuite.Et Barack Omaba n'a pas obtenu la majorité requise au Sénat en novembre dernier. Il cohabite. Finalement, ce sera John Kerry, ancien candidat malheureux à la présidentielle américaine il y a 10 ans, qui va concourir.

Imaginez qu'en France un tel système s'applique. Imaginez qu'en France chacun des ministres soit contraint à cette validation parlementaire. Imaginez qu'en France, ces derniers ait à justifier de ses actions passées, de ses déclarations publiques, de ses intérêts, le tout en audition publique et filmée.

Un tel spectacle a tout du grand oral.

Qu'importe la majorité actuelle ou passée, il y a fort à parier que nombre de ministres de ces derniers gouvernements n'auraient pas franchi l'épreuve de l'audition sans douleur. La pression médiatique, accélérée par nos réseaux 2.0 et les chaînes d'information, ajouterait une pression inédite et, pour certains, insupportables. Même si la cohabitation n'est qu'un lointain souvenir, l'exposition des prétendants ministériels à l'examen parlementaire laisserait forcément des traces.

Sans doute, grâce à l'exercice, aurions-nous découvert plus vite et plus tôt, les contours du Premier Cercle, la vente d'un terrain à Compiègne, les bois précieux d'Alain Joyandet, les rétrocommissions du Karachigate, les voyages d'affaires de Claude Guéant en Libye, l'amitié Hortefeux/Takieddine, et, qui sait, quelque parlementaire ou journaliste aurait alors sorti ce que l'on appelle l'affaire Cahuzac.

Certains de nos ministres passés ou actuels auraient passé haut la main ledit grand oral. Ils auraient préparé leur défense, ils auraient taclé les reproches ou les contestations. 


(*) Dans un éditorial savoureux, le patron-fondateur de Mediapart se plaignait de l'état de « basse intensité » de la démocratie française.

10 commentaires:

  1. Saluons l'audace de notre hôte pour son éloge du grand oral, complément nécessaire du retour des cours de morale.

    NI DIEU NI MAITRE D ECOLE . KILL ALL THE BOBO !

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  2. Il suffirait d'une décision honnête...

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  3. Chez nous, l'exécutif est bicéphale :le Président de la République est "intouchable", mais le 1er Ministre et le Gouvernement, naturellement, sont responsables devant le Parlement : art. 49 de la Constitution.
    Le 1er Ministre choisit les membres du Gouvernement,c'est le Président de la République qui les nomme (art.8 de la Constitution) : le contrôle du choix est donc fait en 1er lieu par le Président de la République. Mais,si le Parlement entend désavouer le Gvt, il le peut à tout moment, en déposant la motion de censure de l'article 49.
    Le problème chez nous est celui du "fait majoritaire" qui s'est édifié à l'occasion de plusieurs évènements institutionnels :
    1. L'adoption, dans une situation de crise politique mettant en cause les institutions (évènements de la fin de 1961, de février 1962 et d'août 1962), de nouvelles règles d'élection du Président de la République (Modification de l'art.6 & 7)
    2. La modification de l'article 6 (durée du mandat ramenée à 5 ans)
    3. L'alignement des élections législatives et présidentielles.
    S'ajoute une pratique institutionnelle critiquable selon laquelle le Président de la République fait signer au 1er Ministre une lettre de démission en blanc lors de sa nomination, afin de pouvoir le débarquer quand il veut.
    Tous ces éléments et d'autres qu'il serait trop long de décrire, concoure à ce qui est nommé le "fait majoritaire" : c'est à dire à un régime où le contrôle parlementaire du gouvernement est quasi bloqué.
    Pour ma part, je ne trouve pas le régime américain meilleur : il engendre l'immobilisme puisque le Parlement peut bloquer pendant quatre ans toutes les actions du Président qui est unique et a en principe plus de pouvoirs mais qui ne peut rien faire sans concéder tout ce qu'elle veut à une majorité parlementaire qui n'est pas la sienne et lui dicte sa conduite.
    Belle journée à toi.

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  4. S'ils étaient cohérents, les américains rajouteraient sur leurs billets de banque, à côté de "In God We Trust", "In Gun We Trust"...

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  5. **** Welcome to Las Vegas****

    Wow, Avec Ayrault on avait un joueur de beneto mais avec Sapin c'est carrément David Copperfield, LiveShow from Bercy.

    La manière dont Sapin a escamoté l'inflation (visiblement trop haute) pour la remplacé par la croissance (qui est à ZERO) pour indexcé l'augmentation du smic est grandiose !!!
    musique maestro ba dam ba boum boum.

    Moi je dit qu'avec ce talent là si on voit pas Sapin dans au bras de Doria Tillier d'ici 3 mois c'est à ne plus rien y comprendre. allez..

    ****VIVA LAS VEGAS.****

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  6. Barack Obama dispose d'une très courte majorité au Sénat. On ne peut pas vraiment dire qu'il cohabite avec cette chambre. En revanche, les Républicains disposent d'une courte majorité à la Chambre des Représentants.

    Je crois que cette bande d'extrémistes du FdG préconise le processus d'approbation des ministres par le parlement (élu à la proportionnelle).

    Le rejet de Susan Rice par les Républicains est une belle hypocrisie. Après tout, elle n'a fait que transmettre les renseignements fournis par la CIA. Et les Républicains se sont montrés beaucoup plus coulants avec une autre Rice, Condolezza, de leur bord il est vrai, qui a proféré une quantité de craques en son temps (et dans ce cas, c'était le gouvernement de Bush qui trafiquait les renseignements fournis par la CIA). Quant à John Kerry, il est ironique qu'il ait aujourd'hui la faveur des mêmes Républicains qui, lorsqu'il était candidat à la présidentielle, n'ont pas hésité à recourir à la calomnie contre lui.

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  7. Les nombreux ex goldman sachs dans le gouvernement Obama ont bien passé l'examen, c'est bien une grande démocratie.

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  8. Les nombreux ex goldman sachs dans le gouvernement Obama ont bien passé l'examen, c'est bien une grande démocratie.

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  9. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  10. "De Guantanamo aux tortures de la CIA en passant par la surveillance de la population américaine ou la validation de la détention arbitraire indéfinie, les promesses de Barack Obama pour restaurer l'éthique des Etats-Unis débouchent sur un univers sombre, masqué, couvert par l'impunité et parfaitement assumé par son administration". (Extraits du blog de Stéphane Trano, journaliste installé à Chicago). Peut-on l'écrire mieux que cela ?

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