12 décembre 2012

Pourquoi la CIMADE a raison de râler


La défense des sans-papiers s'invite à nouveau dans le débat public. Et des plus désagréables des façons qu'il soit. Les services techniques du ministère de l'intérieur ont transmis une note provisoire encadrant le prochain appel d'offre relatif à la « fourniture de prestations d'accueil, information et soutien aux étrangers maintenus en CRA». En d'autres termes, l'aide aux sans-papiers par les associations humanitaires dans 8 zones administratives. Seulement voilà, le texte fait scandale.

Rappelez-vous
Il y a quelques années, en 2008, Brice Hortefeux puis Eric Besson avaient tenté de limiter le rôle des associations humanitaires par le biais le plus simple: création de lots géographiques bien distincts  pour remettre en cause la place prépondérante de la CIMADE, puis appel d'offre avec quelques candidatures bidon pour semer la division, définition de conditions d'exercice de leur mission plus difficiles (dont l'interdiction de concertation entre associations).

En novembre 2009, la CIMADE avait aussi publié un bilan détestable des conditions de rétention: 230 enfants détenus en CRA (parmi plus de 50.000 clandestins retenus), et un coût des expulsions qui se chiffrait à 533 millions d'euros (2008)

L'affaire avait duré, au point de se terminer devant un tribunal administratif, au grand dam de l'ancien ministre de l'Identité nationale. Les 8 lots avaient finalement été répartis entre 6 associations, mais le ministère de l'identité nationale leur interdisait de se concerter.

Trois années ont passé, l'alternance politique est là, le sinistre ministère identitaire n'a même pas survécu à Nicolas Sarkozy lui-même. Mais la politique migratoire fait encore débat. La destruction de camps illicites de Roms, rapidement instrumentalisée de toutes parts, a créé la polémique. La clarification des conditions de régularisation des immigrés par Manuel Valls n'a pas séduit les associations humanitaires. L'attente du vote (constitutionnel) du droit de vote des étrangers aux élections locales a suscité des remous. Et quelques cas d'expulsions, plus rares si l'on en croit la fréquence des alertes de RESF mais souvent symboliquement très chargés, continuent de défrayer certaines chroniques. Voici que tombe cet autre sujet, sacrément structurant pour l'accueil, le soutien et la défense des sans-papiers dans ce pays.

Ce qui cloche
Sous la plume de Carine Fouteau, Mediapart en avait publié quelques points dès lundi soir. La CIMADE a publié un communiqué plus complet quelques heures plus tard. Rappelons que le texte transmis est un document provisoire, issu des services techniques du ministère (dixit Mediapart). Un texte qui est négociable, et sur lequel, d'ailleurs, Mediapart promet « un nouveau bras de fer entre l’État et les associations concernées ». Une version synthétique des différents thèmes de l'appel d'offre est librement accessible. Voici ce qui heurte, à juste titre.

1. Les moyens financiers alloués à cette mission de soutien seraient peut-être en baisse, de 20% évoque France Terre d'Asile citée par Mediapart. Mais l'évaluation définitive reste à faire, conviennent les associations interrogées. La charge de certaines prestations demandées serait augmentée. Et le ministère ne prévoit aucune baisse du nombre de personnes enfermées dans les centres de rétention en 2013, regrette la CIMADE. Mediapart mentionne aussi que les horaires de présence, « variant d’un CRA à l’autre en fonction du nombre de “retenus” sont par exemple élargis.»

2. Le durcissement des conditions d'exercice du soutien aux sans-papiers est dénoncé par les associations. Dans un communiqué publié mardi 11 décembre, la CIMADE dénonce les contraintes suivantes: (1) « prévenir les chefs des centres de rétention, dès qu’une des personnes enfermées qu’elles accompagnent, osera déposer un recours », (2) « les personnes étrangères enfermées ne pourront plus s’entretenir avec les associations accompagnées d’un co-retenu de leur choix, ce qu’elles souhaitent pourtant très fréquemment ».

3. La critique porte enfin sur un détail qui a son importance, au moins symbolique, une nouvelle disposition sur un devoir de discrétion sous peine de pénalité: « Une pénalité de 500 euros sera appliquée pour chaque manquement aux obligations contractuelles », telles que « le non-respect du principe de réserve et de l’obligation de discrétion ». La CIMADE évoque, sans les nommer, « de nombreuses autres conditions que devront remplir les associations, sous peine d’être sanctionnées ».

Notons enfin que ce texte fait visiblement hurler les intéressés (la CIMADE réclame son retrait) mais il n'est pas communiqué, pas même par Mediapart.

Pour être complet, il faudrait ajouter deux éléments, tout autant déterminants.

Primo, Manuel Valls a décidé de supprimer l'aide au retour, ce pécule subventionné pour inciter les clandestins à retourner chez eux. Une aberration financière qui donnait bonne conscience à l'ancienne Sarkofrance. Secundo, le ministre a annoncé quelques mesures d'urgence pour soulager/améliorer les conditions de rétention (indignes) à Mayotte. Derrière les cas dénoncés par RESF en France se cache un autre scandale depuis des lustres: une belle fraction des expulsions annuelles de sans-papiers se réalisent entre deux îles à des milliers de kilomètres de la métropole: Mayotte (françaises) et les Comores.  Déjà sous Sarkozy nous dénoncions l'imposture des statistiques de l'ancien régime, entre 15 et 17.000 expulsions annuelles se logeaient à Mayotte, (et près de 22.000 clandestins retenus), une situation excessivement locale qui n'avait pas grand chose à voir avec le mythe de l'invasion de clandestins dans nos campagnes de métropoles véhiculées par quelques sbires de l'extrême droite copéiste.

Rappelez-vous.




9 commentaires:

  1. "Justice en mode Booster" - Accrochez vos ceintures !

    Pour ce qui est de l'aide au retour, sa divinité Sarko 1er a proné durant 5 ans le travail au mérite, 2000 euros pour 15 jours de vacances au bled était tout a fait justifié pour les pickpokets de Roumanie vu le mal qu'ils se donnent, non ? Faut reconnaitre Sarko, le nabot, savait se montrer généreux avec les voleurs, non ?

    Quand à Ayrault, le joueur de beneto, je te donne 3 jours pour revenir sur l'insulte qu'est les 10% d'augmentation sur 5 ans du RSA, c'est même pas l'inflation, toto, cela fait 8 euros par mois, c'est à dire 1 carembar par jour, pour rappel la botte de foin que Matignon envoi à HiHan (Notre hôte aka le bob de gauche Juan) doit couter beaucoup plus chere, non ?

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    1. Comme disait Céline, arrive un moment où il faut mettre ses couilles sur la tables, comprenne qui pourra ?

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    2. Il parait que Juan dansait le pogo sur les Ramones ?
      Non sans blagues ?
      Karl Zero a lui aussi danser le pogo avec Brigitte Bargot, comprenne qui pourra !

      KILL ALL THE BOBO !

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    3. Juan est au blog de gauche ce que Bono au Rock engagé.
      C'est à dire un mec qui vient te dire comment mieux aider financièrement l'Afrique et qui dans le même temps prends un avocat fiscaliste, qui a travaillé en autre avec les Stones, pour planquer son fric aux îles Caïmans. Ha ha ha je me marre....

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    4. Hey, tu ne confondrais pas avec Jules Bonnot, le bandit tristement célèbre, non ? Bono, c'est le type qui est Chevalier de la Légion d'honneur et Chevalier de l'Ordre de l'empire britannique. Un vrai rocker, quoi ! Il a même écrit une chanson pour Johnny Hallyday, le gars ! Respect, Bono.

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  2. Personnellement, je ne connais pas grand chose à la question de l'immigration, à la politique menée par notre pays, ni à l'aide apportée aux immigrés par les associations. Comme beaucoup de Français, je suppose.

    Mais ce sujet humain, s'il en est, m'amène à faire deux remarques :
    1. Comment se fait-il qu'on soit incapable d'aborder sereinement cette question, l'immigration, dont on ne cesse de parler, même s'il faut bien reconnaître les choses ont évolué favorablement depuis le départ du nain. On n'aborde jamais les questions de fond. Je ne compte évidemment pas sur les racistes irrécupérables, ni sur les promoteurs de l'Identité nationale pour le faire, mais que font les politiques, les médias ? Encore une fois : rien. Les faits divers et les statistiques suffisent à leur bonheur.

    2. J'ai recherché des informations sur la CIMADE et son histoire est riche d'enseignements. Nous devrions nous en inspirer et favoriser son action, plutôt que de compliquer sa tâche.

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  4. Sujet trop compliqué en plus la droite et l’extrême droit utilise le sujet de façon honteuse, pour faire de la politique xénophobe ! Les pays d’Europe et la France ont colonisé des nations ont massacré des populations ont exploité des ressources ; et aujourd’hui ils font la leçon au monde entier, alors que la bête se trouve toujours parmi nous ! Pour moi la bête prête a déchiré le monde et bien ici une des raisons pour la quelle je suis farouchement opposé a un gouvernement unique pour l’Europe. D’ailleurs la politique libéral qui ces installés dans pratiquement tous les partis politiques de droite à gauche en passent pars les verts et un véritable fléau pour le futur proche. Le berceau du fascisme est l’Europe et même très affaiblit il est toujours présent dans beaucoup de mentalité. Si l’Europe et ne veut ou peu recevoir des flues d’émigrants ils doivent aider au développement des pays pauvres.
    Aguirre la colère de dieu, l’occident a toujours cherché l’eldorado et na construire que l’enfer pour les autres et pour eux mêmes ! Et cette Europe prend le même chemin d’exclusion des plus fragiles ! La gauche doit résister à cette dérive inhumaine !

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  5. Voici quelques éléments d'information extraits de Wiki sur les ultra libéraux qui conduisent le monde en s'organisant très efficacement (ne nous faites pas le coup du complot, celle-là on la connaît) :

    LA COMMISSION TRILATERALE : elle réunit les dirigeants et privilégiés les plus influents de la planète. A l'instar du groupe Bilderberg, il s'agit d'un groupe partisan de la doctrine mondialiste, auquel certains attribuent, au moins en partie, l'orchestration de la mondialisation économique.

    LE FORUM ANNUEL DE DAVOS, qui se réunit en janvier de chaque année et qui fait tant rigoler les "journalistes". Non, ce n'est pas le festival de Cannes, c'est beaucoup moins drôle quand on voit ce qui se passe à l'issue de ses réunions. Bref, cet événement organisé dans la célèbre station de sport d’hiver des Alpes suisses réunit les PDG des 1000 entreprises membres du Forum ainsi que des responsables politiques, des représentants des milieux universitaires et des ONG, des leaders religieux et des personnalités du monde des médias. Regardez la liste de ces gens et vous comprendrez pourquoi la PENSEE UNIQUE s'impose partout en Occident. Reprendre le pouvoir et ne pas le laisser aux "citoyens" qui sont des cervelles de moineau. Appauvrir les gens, les réduire peu à peu à l'esclavage. THERE IS NO ALTERNATIVE. Puisqu'on vous le dit. A DROITE COMME A GAUCHE.

    Pour information, le Forum a fondé en 2005 la communauté des Young Global Leaders, avec dans ses rangs Aditya Mittal, le fils de l'autre. Celui-ci a été, ainsi que l'a souligné à l'époque Lakshmi Mittal, la cheville ouvrière de la fusion avec Arcelor, qui a conduit à la naissance d'ArcelorMittal, société sidérurgique géante comptant plus de 300 000 employés.

    Etonnant non ?

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